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7 juin 2026

Le bracelet d'émeraude

Ce qu'il y a aussi de passionnant, dans la littérature populaire fasciculaire de la première moitié du siècle dernier, outre le fait de découvrir des auteurs inconnus et parfois des récits passionnants, c'est que le mystère et la surprise ne nous attendent pas que dans les pages elles-mêmes.

Je m'explique.

Souvent, je cherche dans les bases de données, sur les sites, les forums, les blogs, trace d'un personnage récurrent. J'essaye de me procurer tous les fascicules signés par un même auteur (et ses pseudonymes, quand ceux-ci sont connus... parfois on les découvre justement grâce à la présence de ce fameux " récurrent ") en les achetant sur les sites spécialisés, en mandant l'aide de collectionneurs passionnés.

Malgré tout, parfois, je n'arrive pas à en faire le tour, car nombre de fascicules sont totalement introuvables...

D'autres fois, je pense avoir fait le tour de la question, être parvenu à créer une liste exhaustive des titres dans lesquels apparaît ce fameux personnage sur lequel je me concentre...

C'est le cas de l'Inspecteur Principal Poncet, un personnage créé par Henry de Golen.

C'était le cas de l'Inspecteur Principal Poncet, que je pensais héros de seulement 6 enquêtes.

Et puis...

Et puis, au hasard de mes pérégrinations dans les journaux est les magazines de l'époque, ceux publiés en France, en Suisse ou au Canada, je tombe sur un texte non répertorié dudit auteur ou sur un texte jusqu'ici introuvable et en le lisant, j'ai le plaisir de rencontrer à nouveau " mon " récurrent.

C'est également le cas de l'Inspecteur Principal Poncet, que je pensais héros de seulement 6 enquêtes et dont je viens de dénicher une 7e, qui est la réédition d'un fascicule introuvable de la mythique collection " Le Roman Policier " des éditions Ferenczi, dans sa seconde série (qui fut également illustrée par le génial Gil Baer).

Aussi puis-je désormais rajouter à ma liste le titre « Le bracelet d'émeraude » paru initialement sous la forme d'un fascicule de 32 pages (enfin, je pense) en 1927 (si je ne me trompe pas).

Ma liste est-elle désormais exhaustive ? L'avenir me contredira peut-être à nouveau.

Le bracelet d'émeraude :

Dans l'atmosphère feutrée de la rue d'Anjou, l'irréparable s'est produit.

Pierrette Ravenel, une jeune femme à la beauté radieuse est retrouvée gisante sur le tapis de sa salle à manger, terrassée par un poison foudroyant : le curare.

Le scandale est total lorsque, dans un ultime instant de lucidité avant de sombrer dans une folie incurable, elle pointe un doigt accusateur vers son mari, Me Ravenel, un avocat respecté.

Pour l'inspecteur Poncet, l'as de la Sûreté, commence alors une partie d'échecs contre l'invisible.

Entre une porte restée ouverte, les gémissements d'un petit chien terrorisé et des apparences trop lisses pour être honnêtes, le célèbre limier saura-t-il distinguer la vérité du délire d'une démente ?

L'inspecteur Poncet est appelé rue d'Anjou pour résoudre une bien étrange affaire. Madame Ravenel a été retrouvée par son avocat de mari dans sa salle à manger, morte ou presque. Le médecin mandé sur place rend son diagnostic : empoisonnement au curare ayant provoqué la catatonie puis, bientôt, la folie. Mais dans un dernier accès de lucidité, Madame Ravenel accuse son mari. L'inspecteur Poncet, ne sachant si la victime était vraiment lucide au moment de son accusation, va devoir enquêter pour se faire sa propre idée.

On retrouve dans ce récit deux pans de la littérature d'Henry de Golen.

La première est inhérente à son personnage, celui de l'inspecteur Poncet, que l'on a déjà rencontré au moins six fois. C'est le récit policier pur, avec un personnage principal qui s'inscrit dans la lignée des grands enquêteurs de la littérature populaire, un policier qui maîtrise à la fois l'art de l'observation, celui de la déduction, mais également celui du maquillage et de la transformation.

L'autre, on l'a découvert notamment dans le récit « L'épouvante », que j'ai déjà critiqué il y a quelques années (mais dont on retrouve quelques onces dans chacune des aventures de Poncet), c'est le goût de l'auteur pour, si ce n'est l'horreur, du moins l'angoisse affolante, celle qui peut rendre fou (je crois qu'il a écrit des reportages sur les asiles psychiatriques et l'aliénation... du moins sur le monde médical).

Cette angoisse, on la retrouve dès la première scène, à travers le personnage du mari qui découvre le corps de sa femme, mais elle est exacerbée par les réactions de la victime à son " réveil ". L'auteur place à merveille en quelques mots cette ambiance à la fois étouffante et délétère.

Si Henry de Golen a souvent abordé des sujets graves, pour ne pas dire glauques, lors des enquêtes de l'inspecteur Poncet (meurtres sauvages, décapitations...), il évoque déjà souvent le côté psychiatrique des criminels.

Mais ici, il pousse le curseur un peu plus loin. Certes, on est dans du roman policier, mais toute la séquence avec le " réveil " de la femme fait froid dans le dos comme rarement dans les récits fasciculaires de l'époque.

En effet, Henry de Golen s'éloigne des " récits " gentillets, des intrigues sentimentalo-policières pour plonger le lecteur dans un monde plus noir, plus glauque...

Bien évidemment, la suite du récit retrouve un peu son aspect " lisse " de l'époque et du genre, mais il ne faut pas forcément s'attendre avec Henry de Golen à un " Happy end ", une fin heureuse de coutume dans ce genre de récit.

Au final, « Le bracelet d'émeraude », comme souvent avec les textes d'Henry de Golen, est un récit policier moins " lisse ", moins " fleur bleue ", que la plupart des récits fasciculaires de son époque.

 

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