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5 juillet 2026

Le poignard javanais

En littérature populaire, comme ailleurs, on recroise souvent les mêmes auteurs (en plus des autres). Il n'est donc pas étonnant que ma route me mette à nouveau sur celle de l'auteur Jean Normand, de son vrai nom Raoul Anthoni Lematte (1885-1956), un écrivain qui travailla dans l'administration pénitentiaire guyanaise, ce qui lui inspira de nombreux récits dont ceux composant la série « Inspecteur Doublet à travers le monde ».

Il est indéniable que cette expérience forgea sa plume et guida ses inspirations vers des lieux exotiques, soit directement, soit, comme dans le cas présent, plus indirectement...

« Le poignard javanais » est un récit initialement paru sous la forme d'un fascicule de 64 pages dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi en 1936.

Le poignard javanais :

Par une nuit de brouillard sur la Seine, la brigade fluviale ne s'attendait pas à une telle pêche : dans les filets abandonnés par des braconniers, le corps d'un homme ligoté émerge des eaux noires.

La découverte est d'autant plus troublante que la victime a été frappée par un poignard javanais en bois précieux, une arme exotique totalement inconnue des malfaiteurs européens.

L'inspecteur Marjol, chargé de l’enquête, découvre que le mort, un riche courtier en perles nommé Van Zollen, dissimulait une double identité et fréquentait les bords de Marne sous un pseudonyme pour y rencontrer une mystérieuse Soriana.

Pour résoudre l’affaire, l’inspecteur Marjol va devoir plonger dans les bas-fonds de la capitale.

Pour lui, commence alors une traque haletante afin de percer le secret d'une vengeance implacable venue du bout du monde.

C'est en pourchassant, de nuit, des pêcheurs braconniers que la Brigade Fluviale découvre, dans les filets de pêche abandonnés par ceux-ci, le corps d'un homme.

Dans le corps de la victime, la pointe d'un poignard en bois dur comme on en trouve sur l'île de Java...

L'inspecteur Marjol, grâce aux témoignages faisant suite à la diffusion du portrait de la victime, apprend que celui-ci était un riche courtier en perles.

Son enquête ne tarde pas à révéler que l'homme avait de fréquents rendez-vous secrets et que son dernier achat de perles a été remplacé par des faux...

Bon, Jean Normand, on le sait, aimait beaucoup instiller de l'exotisme de sans récits, soit directement, avec des histoires se déroulant dans des pays lointains (souvent en Amérique du Sud et plus assurément en Guyane), soit, comme ici, plus indirectement, en plongeant les origines de son intrigue dans une lointaine contrée.

Ceci dit, cet " exotisme " était assez courant à l'époque, et les auteurs n'hésitaient jamais à mêler des intrigues ancrées en Indes, en Afrique, en Amérique du Sud ou encore en Chine dans leurs récits policiers.

Ici, l'auteur nous livre une intrigue plutôt classique pour l'époque.

Comme il est souvent de coutume dans les fascicules (mais pas que), c'est-à-dire dans un format contraint à la concision, le hasard a une trop grande place dans la résolution de l'affaire.

Cependant, l'enquête s'appuie également sur des analyses de l'Identité Judiciaire, sur la médiatisation, sur des filatures, des traques et un peu de réflexion, ce qui n'est pas toujours le cas dans cette paralittérature.

Les personnages, là aussi du fait de la concision exigée, sont très peu développés, que ce soient l'inspecteur Marjol ou les différents protagonistes.

Pas très grave, si on est un adepte de la littérature fasciculaire, on est habitué à ce travers. 

Le nœud de l'intrigue s'appuie sur un levier usuel de la littérature policière (et toutes formes de médias contant des histoires dans lesquelles se mêlent la tension et l'action). Autant dire que Jean Normand ne cherche pas à faire dans l'originalité, il n'en a ni le temps, ni l'espace, ni les moyens.

Cependant, le récit s'avère très plaisant à lire, et l'on n'en est pas étonné si on a déjà lu des textes de l'auteur.

En effet, sans que sa plume frise l'excellence, celle-ci s'avère généralement plutôt agréable à lire et sa propension à instiller toujours un peu d'exotisme est toujours un petit plus intéressant.

Alors, oui, Jean Normand n'a pas le talent des grands noms de la littérature populaire comme Georges Simenon, Maurice Leblanc, ni même celui de noms moins prestigieux de nos jours comme Jules Lermina ou, surtout, Albert Boissière (qui est un auteur à redécouvrir d'urgence), pas plus que ceux de noms totalement inconnus ou presque comme Géo Duvic, René Byzance ou J.-A. Flanigham. Pourtant, il faut bien reconnaître que sa plume et sa maîtrise du genre et du format (donc, ses récits) se situent dans le haut de l'immense panier de la littérature fasciculaire de l'époque.

Au final, un récit policier plaisant à lire qui fait passer deux petites heures de lecture agréable et c'est déjà beaucoup.

 

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