Pourquoi tuer ?
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Depuis près de 15 ans, je plonge régulièrement dans la littérature populaire policière fasciculaire de la première moitié du siècle dernier.
J'ai chroniqué des centaines de titres, parlé des principaux éditeurs fournisseurs de cette paralittérature, évoqué plusieurs dizaines d'auteurs.
Pourtant, je n'ai pas encore abordé le cas de Joachim Renez, un auteur né en Argentine en 1873 et mort en France en 1942.
D'ailleurs, je dis " auteur ", mais on trouve trace, sur le site IMDb, d'un acteur éponyme ayant sévi dans les années 1920.
Les deux " Joachim Renez " ne seraient-ils qu'un seul " Joachim Renez " ? je ne sais point.
Mais on doit à celui en question aujourd'hui des titres dans différents genres (policier, aventures, romance, patriotique).
Le titre du jour, « Pourquoi Tuer ? », est tiré du magazine québécois " Le Samedi ". Ce magazine reprenait régulièrement des récits fasciculaires français des années 1930 aussi peut-on estimer que « Pourquoi Tuer ? » est paru auparavant en fascicule, mais comme je n'en trouve aucune trace, je ne saurai dire.
Donc, je vais me contenter de parler du texte de 8600 mots (ce qui correspondrait à un petit fascicule de 32 pages).
Pourquoi tuer ?
Dans le Paris nocturne des années folles, un homme étrange arpente les quais de la Seine.
Sous ses haillons de simple vagabond de « la zone », Arsène Frangeot dissimule pourtant une identité et un secret stupéfiants qui l'ont tenu éloigné de la haute société pendant deux décennies.
Sa rencontre fortuite avec Ludovic de Trêmes, un gentleman désespéré au bord du gouffre, va l'amener à rompre le silence.
En tendant la main à cet homme traqué par ses propres démons, Arsène entame le récit d'une vengeance singulière, née d'une trahison amoureuse.
Arsène est un clochard qui aime se balader dans les rues de Paris et suivre et observer le quidam pour chercher à devenir sa nature. Durant son exercice favori, il tombe sur un homme qu'il soupçonne vouloir se jeter dans la Seine. L'empêchant de commettre l'irréparable, il apprend de la part de celui-ci qu'il vient de tuer sa femme adultère. Arsène se confie alors sur ses propres déboires conjugaux et va révéler son secret... ses secrets.
Bon, on ne peut pas vraiment dire que ce récit soit réellement policier même s'il est question de meurtre, de vengeance, d'adultères...
L'auteur semble ici vouloir régler ses comptes avec la gent féminine qui ne trouve, dans ce récit, qu'un seul rôle, celui de la femme légère et vénale qui épouse un homme pour son argent avant d'aller se jeter dans les bras d'un autre et qui n'a aucun scrupule, aucun remords.
Bon, passons sur cette vision de la femme rétrograde (à notre époque du moins) et concentrons-nous sur le texte.
Celui-ci se présente plus sous la forme d'un conte que d'un récit policier. En effet, il débute par la rencontre entre deux hommes sensément issus de mondes opposés, mais qui, non seulement, se découvrent de nombreux points communs, mais qui, en plus sont liés par une connaissance commune.
Chacune ira alors de sa petite histoire pour expliquer comment il en est arrivé là.
Et chacun repartira grandit de cette expérience commune.
Puis le lecteur aura le droit à une sorte de " happy end ", et d'une morale digne des contes de notre enfance.
Alors, oui, le texte est plutôt bien écrit, le personnage d'Arsène s'avère intéressant, mais les facilités inhérentes au format très court nuisent un peu à la cohérence de l'histoire. Les bienfaits du hasard et des coïncidences si chères aux auteurs de récits policiers sont ici employés en dehors du genre.
Si on pousse un peu, on peut même trouver, dans ce récit, un témoignage des mœurs de son époque (même si je ne puis le dater précisément) en ce qu'il aborde les mariages de convenance et qu'il préfigure le sujet principal des romans noirs à l'américaine : la femme vénale.
Au final, une lecture plaisante à défaut d'être inoubliable.
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