Le mort qui accuse
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J'ai l'habitude, quand je parle de ma chère littérature fasciculaire, d'en évoquer des auteurs majeurs.
Parfois, ceux-ci sont marquants par la qualité de leur plume.
Le plus souvent, ils le sont par leur immense productivité (oui, je pense à Henry Musnik).
Mais la littérature québécoise n'est pas en reste.
En effet, celle-ci regorge également de nombreuses collections fasciculaires.
Et dans ce domaine, un auteur se dégage tout particulièrement... et ce n'est pas forcément par la qualité de sa plume : Pierre Saurel.
De son vrai nom Pierre Daugnault (1925-2003), celui-ci, s'il fut également acteur de séries TV, est principalement connu par le nombre incroyable de récits qu'il écrivit.
Principalement connu pour les aventures de son agent IXE-13 (près de 1000 fascicules de 32 pages, rien que ça), il a également développé d'autres personnages récurrents comme " Le Manchot ", un détective... manchot (plus d'une quarantaine de petits romans), ainsi que le détective Albert Brien (je ne connais pas le nombre d'épisodes, mais certains avancent plusieurs centaines).
Bref, autant dire que Pierre Saurel est à la littérature populaire québécoise ce qu'Henry Musnik fût à la nôtre... du moins en quantité.
Car, en qualité, je dois bien dire que mes lectures des premiers épisodes de la série " Le Manchot " m'avaient laissé plus que dubitatif quant à la qualité littéraire de ces récits.
En effet, je trouvais le style très plat et certaines tournures de phrases quelque peu tarabiscotées.
Mais bon, plusieurs années plus tard, voilà que je viens retester la plume de l'auteur avec le titre « Le mort qui accuse », une aventure du détective Jean Lecoq (un autre récurrent de l'auteur), tout premier titre de Pierre Saurel paru en 1946.
Alors, sa plume était-elle encore pire à ses débuts qu'une fois qu'il fut un auteur confirmé ?
C'est ce que nous allons voir.
Le mort qui accuse :
Montréal. Le célèbre détective Jean Lecoq reçoit la visite d'un homme terrassé par le désespoir : Armand Lejeune.
Le drame est sans précédent : son frère, le riche banquier Joseph Lejeune, a été retrouvé mort, abattu d'un coup de revolver.
Mais le véritable cauchemar commence lorsque la victime, dans un dernier souffle d'agonie, désigne Armand comme son propre meurtrier : « Assassin ! C’est toi qui m’as tué... ».
Armand, dont les souvenirs de la nuit sont embrumés par l'alcool, est-il réellement coupable d'un crime qu'il a oublié, ou est-il la victime d'une machination machiavélique.
Entre la disparition mystérieuse d'un collier de diamants et les ombres menaçantes des bas-fonds de la ville, Jean Lecoq s'élance dans une enquête périlleuse pour démêler le vrai du faux.
Une course contre la montre s'engage pour sauver l'honneur d'un homme que même le mort accuse.
Armand Lejeune vient rendre visite au détective Jean Lecoq pour lui demander d'enquêter sur le meurtre de son frère, un riche banquier. Sauf qu'Armand Lejeune a découvert son frère au bord de l'agonie et que celui-ci l'a accusé d'être son assassin dans son dernier souffle. Mais, comme Armand Lejeune était saoul à ce moment-là, il est incapable de savoir s'il est ou non le meurtrier.
Bon, je ne vais pas m'étendre sur ce court récit de 34 pages qui n'atteint pas tout à fait les 10 000 mots (9850), ce qui est somme toute la taille usuelle des textes contenus dans des fascicules de 32 pages en France.
Déjà, le texte pâtit des défauts inhérents au format : intrigue faible, personnages peu développés, narration simple et directe, pas d'envolées littéraires.
Ceci étant dit, j'ai trouvé que ce récit était moins " plat " que ceux de l'auteur que j'avais lus par le passé (du moins d'après mes souvenirs).
Cependant, peut-être Pierre Saurel a-t-il pris plus de temps à écrire ce texte que les suivants, car, vu sa production, on peut être assuré qu'il ne se relisait peu et écrivait tout automatiquement sans recherche d'amélioration de son premier jet.
Peu importe, ce fut le cas d'énormément d'auteurs de la littérature populaire et cela n'a pas empêché certains d'exceller pour autant (citons Jean Ray, par exemple, connu pour ne jamais se relire et ne jamais s'arrêter d'écrire pour chercher un synonyme... ce qui explique certaines répétitions).
En tous les cas, j'ai l'impression que ce tout premier récit est mieux écrit que ceux que j'ai lus, mais cela peut également être juste une impression.
Bien évidemment, l'intrigue est très légère et le récit ne brille pas par son suspens.
Si le personnage de Jean Lecoq est peu développé, il manque surtout d'un minimum d'éléments pour le différencier du tout venant des personnages policiers.
Alors, non, je ne crierai pas au chef d'œuvre (je ne crois pas qu'il faille en chercher dans la production de Pierre Saurel... comme dans celles de la plupart des auteurs prolifiques de la littérature populaire), mais un récit qui se lit vite et pas trop mal même si, chauvinisme ou pas, je préfère encore lire un texte d'Henry Musnik que j'ai pourtant souvent critiqué pour la platitude de sa plume.
Au final, pas une purge, pas un chef d'œuvre, un premier texte qui pouvait augurer une certaine qualité de plume à venir pour Pierre Saurel... mais il n'arrive pas toujours ce que l'on présage.
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