CouvPRAP

J.-A. Flanigham est un auteur qui me tient tout particulièrement à cœur, car j’ai apprécié tous les titres que j’ai lus et j’en ai lu déjà un certain nombre.

Pourtant, je ne sais rien de J.-A. Flanigham, rien, car il s’agit là d’un pseudonyme de la littérature populaire fasciculaire des années 1950 et que personne, aujourd’hui, ne sait quel était l’écrivain qui se cachait derrière ce paravent.

Certains avancent qu’il s’agissait d’un pseudonyme commun à plusieurs auteurs, mais j’ai bien du mal à croire à cette hypothèse tant la qualité de la plume est hétérogène d’un titre à l’autre.

Bref.

J.-A. Flanigham fut en activité entre 1945 et 1959.

Entre ces deux dates, il signa presque une centaine de titres dont une bonne partie fut destinée à faire vivre le personnage de Bill Disley, un journaliste détective anglais.

Mais si l’auteur se consacra à ces récits légers et drôles ou à d’autres un peu plus sentimentaux avec les rares aventures de Dick et Betty  Reutel, un couple d’aventuriers détectives, il excella également dans le pur roman noir à l’américaine comme il le démontra dans des récits courts ou dans quelques romans.

« Plus rien à perdre » est le titre d’un fascicule de 128 pages paru en 1958 dans la collection « Le Verrou » des éditions Ferenczi.

PLUS RIEN À PERDRE

Ronald BRENT est devenu détective par goût de l’aventure.

Quand les bijoux de la collection Garfield sont dérobés par la bande des « Intouchables », il se lance à leur recherche, pour aider son ami Léon Briot, directeur de la Mondial Assurance Company chargée de la sécurité des joyaux.

Il ne se doutait alors pas de ce qu’il devrait subir pour découvrir la vérité et l’identité du chef de la terrible organisation criminelle…

Mais est-il vraiment prêt à payer le prix de cette tragique quête ?...

Une bande de voleurs de bijoux sévit dans les alentours de New York.

Quand elle dérobe la collection Garfield, sous la garde de la Mondial Company Assurance, dirigée par Léon Briot, Ronald Brent, son ami, détective et aventurier, décide de se lancer sur la trace des bijoux.

Pour ce faire, il se rapproche de la belle Reine Marlox, ancienne maîtresse d’un dangereux gangster et qui s’est rangée en épousant un milliardaire sexagénaire dont elle est devenue la veuve…

Mais, bientôt, les cadavres vont s’accumuler sur sa route sans qu’il parvienne à comprendre ce qu’il se passe…

Dans un roman noir à l’américaine, plus encore dans un récit de J.-A. Flanigham, la femme a une place prépondérante. Pas forcément enviable, mais indéniablement importante.

Car la femme est toujours celle par qui le malheur arrive, que cela soit de sa volonté ou non. Car, si l’enfer est pavé de bonnes intentions, il l’est encore plus de mauvaises et, en la matière, la femme est passée maître… dans les récits noirs de Flanigham.

D’ailleurs, une réflexion d’un des personnages résume assez bien l’image de la femme dans l’univers de Flanigham : « À votre âge… Vous fier aux femmes ».

Hé oui. Il ne faut jamais se fier aux femmes dans une histoire menée de la plume de Flanigham.

Et c’est une nouvelle fois le cas ici puisque le malheur vient des deux principaux personnages féminins.

Mais l’homme n’est guère mieux traité chez Flanigham (excepté le héros, et encore) puisqu’il est soit un malfrat, soit un alcoolique, soit un malfrat alcoolique.

L’alcool et la cigarette sont d’ailleurs omniprésents dans ces récits noirs (comme dans ceux de ses confrères, d’ailleurs).

Autant dire que Flanigham ne cherche pas à innover en la matière et se contente de livrer un récit marchant dans les pas de ceux de ses collègues du genre.

Et il y parvient généralement avec excellence, car, s’il ne cherche pas à se démarquer par le genre, par l’histoire ni par les personnages, il le fait, involontairement, probablement (c’est ce que l’on appelle le talent) par le style.

Un style qui brille par la maîtrise du genre, certes, de la narration, également, mais avant tout et surtout par l’art des incises, ces petites indications scéniques qui émaillent les dialogues (mais pas que) et qui indiquent bien des choses sur les personnages (état d’âme, intentions…) en seulement quelques mots. Un gain place appréciable dans le format fasciculaire, notamment celui très concis du 32 pages, mais également dans celui plus ample du 128 pages.

Car, ici, Flanigham a près de 40 000 mots à disposition (38 000) ce qui correspond à une taille classique des romans policiers de l’époque.

Si l’intrigue est un peu moins tortueuse et sombre (quoique) que celles ordinaires des récits noirs de l’auteur, elle n’en demeure pas moins sanglante et nous livre un panel de personnages à l’âme pas très reluisante…

On pourra regretter que le héros de l’histoire, Ronald Brent, ne soit pas plus étoffé, plus approfondi, ce qui aurait, à mon sens, donné de l’épaisseur à l’ensemble, mais c’est sûrement la volonté de l’auteur de laisser son détective marcher sur les traces des clichés en la matière.

Malgré tout, ce roman se lit agréablement (pour peu que l’on apprécie le roman noir) même si le début du texte manque un peu des fameuses incises dont je parlais, rendant celui-ci un peu plus plat.

Heureusement, avec l’action, ces indications de gestes et d’humeur reviennent et rendent alors le récit plus consistant et, du coup, plus prenant.

Au final, un bon roman noir de la part d’un auteur qui mériterait d’être plus lu de nos jours. Mais qui peut bien se cacher derrière la plume de J.-A. Flanigham ?....