Loto Édition

22 octobre 2020

Ils étaient dix... petits nègres

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L’art est une substance complexe !

L’art est un magma merveilleux !

L’art est une nécessité vitale !

L’art, plus que le rire ou la conscience de sa mortalité, est ce qui sépare le plus l’homme de l’animal.

L’art est à la fois intemporel et un marqueur de temps.

Enfin, ça, c’était avant !

Avant que les puritains, les bien-pensants, les imbéciles, pensent que l’art se doit de s’adapter au fur et à mesure du temps au lieu, justement, de marquer une époque pour mieux voyager et faire prendre conscience de l’évolution.

Loin de moi la volonté de réactiver le débat qui a lieu à chaque génération de savoir si avant on pouvait dire des choses qui sont désormais proscrites. Pas besoin de mon avis pour savoir que les sketches de Desproges, Coluche et consorts seraient désormais bannis. Pas besoin non plus d’expliquer qu’il n’y a pas à rechercher si loin pour se retrouver dans la même position. Les sketches de Dieudonné et Élie Semoun se retrouveraient dans le même cas, celui, plus proche, de Bigard, sur le lâché de salopes le serait tout autant. Et que dire des blagues à la con qui ponctuaient les repas arrosés d’antan et qui ont valu une descente aux enfers à l’humoriste présentateur Tex.

Non, on ne peut plus tenir les mêmes propos qu’avant et, parfois, ce n’est pas plus mal. Mais entre ne pas pouvoir tenir les mêmes propos que d’antan et occulter ou supprimer ces mêmes propos tenus à une époque où on le pouvait, voilà deux choses bien différentes.

Enfin, différentes... plus trop maintenant.

Je ne m’étendrai pas sur le film « Autant en emporte le vent » qui a récemment subi cette aberration qui consiste à nier le passé pour me contenter d’évoquer le cas d’Agatha Christie ou du moins, d’un de ses plus grands succès « Ils étaient dix » « Les dix petits nègres ».

Raaa, « Les dix petits nègres » ! Voilà un titre qui était dans le collimateur des bien-pensants depuis fort longtemps. La preuve, dès 1940, aux États-Unis, le titre original « Ten Little Niggers » avait été changé en « And Then There Were None ». Car, aux É.-U., tu pouvais massacrer des noirs (apparemment, tu le peux toujours), tu pouvais les empêcher de voter, les humilier, les empêcher de prendre le même bus qu’un blanc, d’entrer dans le même bar qu’un blanc... mais tu ne pouvais pas appeler le roman d’Agatha Christie « Ten Little Niggers ». C’est beau, la bien-pensance, quand même. C’est beau l’évolution des mentalités !

Seulement, outre l’absurdité de la démarche, c’est la négation même de l’œuvre qui est faite à travers ce changement.

Car, rappelons aux lecteurs qu’il n’y a aucun noir dans ce roman (pas de niggers, de nègres) et que le titre fait référence à une lointaine comptine datant de 1869 et qui est adapté d’une comptine de 1868. La première étant « Ten Little Indians » pour devenir « Ten Little Niggers » dans laquelle des petits Indiens (ou noirs) meurent un à un d’une façon différente jusqu’à ce qu’il n’en reste plus un seul de vivant, le dernier décidant de se pendre. C’est joyeux une comptine pour enfant, non ? Il n’y a qu’à se pencher sur nos contes pour enfants (le chaperon rouge, par exemple) pour constater que toutes ces comptines ont un contenu discutable.

Mais bref. La question que l’on peut se poser est : changer le titre ne change-t-il pas l’œuvre ?

Bien sûr que si. Surtout dans ce cas-là. Car, s’il n’y a aucun noir dans le roman, l’histoire se déroule sur l’île du Nègre (ah non, c’est vrai, c’est devenu « l’île du soldat » dans les versions bien pensantes). Mais, surtout, l’intrigue s’appuie sur cette fameuse comptine. Chaque personnage est assassiné de la même façon que meurt chaque petit nègre ou indien de la comptine. Du coup, en changeant le titre, on dénature le livre. D’autant plus qu’Agatha Christie avait coutume d’utiliser des comptines pour établir ses intrigues. En niant celle de son plus grand succès, on nie plus qu’un ouvrage, mais toute une œuvre.

Alors, les bien-pensants s’arrêteront-ils à cet unique blasphème ? Ou bien feront-ils réécrire « Pietr-le-letton » de Georges Simenon, la toute première enquête de Maigret, car les propos tenus dans le roman envers les juifs sont gênants ? Si oui, bien des romans, des fascicules de la littérature de l’époque vont devoir subir des changements.

J’adore la littérature populaire du début du XXe siècle. Mais si on devait en arriver là, ce serait l’hécatombe. Plus un texte ne sortirait sans dommage de cette purge. La façon dont était considérés, traités, nommés, jugés, les noirs, les asiatiques, à l’époque, des juifs et des arabes, par la suite, obligerait à tout réécrire.

Et que dire de la place de la femme dans ces mêmes textes ? Entre les femmes soumises se mariant avec de vieux riches pour assurer leur train de vie, en passant par les femmes vénales et vénéneuses du roman noir des années 50 en passant par les femmes potiches... Doit-on, au nom de l’image de la femme, réécrire tous ces textes ?

Et quand ces textes, ces films, ces œuvres seront soit modifiés, soit éliminés, quel référent sur les mentalités auront les générations futures ? Comment jugeront-elles de leur évolution sans avoir aucune trace des mentalités passées ?

Et si l’on ne peut juger de son amélioration, peut-on encore s’améliorer ?

J’en ai marre de ce politiquement correct qui gangrène la société, car, le politiquement correct n’est qu’une posture qui permet à certains de se faire passer pour de bonnes personnes publiquement alors, qu’intérieurement...

Les mondes les plus puritains en apparence sont souvent les plus pervertis à l’intérieur ; cessons ce puritanisme de façade, laissons les œuvres telles qu’elles ont été conçues et si elles contiennent des propos qui sont désormais intenables, expliquons aux générations les plus jeunes qu’ils ont la chance de vivre dans une société qui s’est améliorée et qui vise à tendre vers plus d’égalité et de respect envers tous.

« Les dix petits nègres » sera toujours, pour moi, « Les dix petits nègres ». 

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18 octobre 2020

Le tueur en ciré

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« Le tueur en ciré » est un roman de Samuel Sutra que j’ai moyennement aimé !

Voilà ! Ma chronique est terminée !

Raaaaa... mais non, je suis incapable de faire court.

Bon, j’ai bien tenté de suivre les conseils que l’auteur a déposés en commentaire de mon article sur un de ses livres précédents, c’est-à-dire de me contenter de dire « j’aime » ou « j’aime pas », mais j’en suis incapable. Désolé Samuel Sutra.

Tout d’abord, je me dois de faire une précision, l’avis qui suit ne concerne que moi, lorsque je dirais « ceci est moyen » il faut comprendre « je pense que ceci est moyen ».

Une fois cette précision faite, découvrons donc ce roman qui est plébiscité sur les sites de critiques littéraires. 

Ayant apprécié le roman « Coupable(s) » de Samuel Sutra (même si l’auteur pense que je l’ai détesté), mais trouvant qu’il péchait par quelques défauts qui sont souvent inhérents aux romans policiers sérieux actuels, je m’étais promis, un jour, de tester la plume humoristique de l’auteur.

Je pensais le faire à travers la série des « Tontons », mais, finalement, je le fais via « Le tueur en ciré ».

Il faut dire que les diverses critiques sur ce roman m’ont encouragé à me plonger dedans.

Le tueur en ciré :

Concarneau, 1982. Quatre meurtres émaillent la tranquillité de la ville. La police locale, dépassée, fait appel au 36 quai des Orfèvres pour l’aider dans cette enquête. Mais le commissaire parisien ne prend pas l’affaire au sérieux et envoie son pire collaborateur : l’inspecteur divisionnaire Auguste Lambert, un homme gentil, bien qu’un peu maladroit, mais surtout, qui semble vivre dans un autre siècle. Quand la quatrième victime se révèle être la tante du préfet de Paris, le commissaire se retrouve dans une position délicate. Conscient de sa bourde et des répercussions sur sa carrière si l’enquête tourne mal, il décide de laisser Auguste Lambert en charge de l’affaire, mais envoie dix hommes en renfort, sous couverture, pour limiter les dommages collatéraux. Leur mission : guider le maladroit Lambert dans sa quête du mystérieux Tueur en Ciré. Une double enquête hilarante, des personnages folkloriques et un humour décapant pour ce roman policier désopilant.

Concarneau abrite un tueur en série. C’est en tout cas ce que laissent entendre les meurtres par étranglement de plusieurs femmes. Débordé par l’affaire, le commissaire de police locale fait appel au 36 quai des orfèvres pour qu’on lui envoie un crack. 

Mais, le premier inspecteur du 36, recevant l’appel et considérant que l’élite a autre chose à faire que de se rendre en province, dépêche en Bretagne un homme qui ne lui manquera pas, Auguste Lambert, le plus crétin des policiers à sa disposition.

Malheureusement, le tueur fait une nouvelle victime, la tante du Préfet. Le haut fonctionnaire réclame rapidement des comptes au commissaire du 36. Celui-ci, ne pouvant avouer la bévue de son subordonné, décide d’assumer son choix en faisant passer Auguste Lambert pour le meilleur policier du monde. Mais pour s’assurer que l’enquête progresse, il envoie alors toute une escouade en Bretagne pour aider, incognito, et sans que ce dernier s’en rendre compte, Albert Lambert à résoudre l’affaire. 

Sur une idée de base originale et fortement sympathique (un policier imbécile se croyant un génie, épaulé discrètement et à son insu par des collègues incognito pour résoudre une série de meurtres), Samuel Sutra nous propose un roman loufoque dans lequel il ne se prive d’aucun artifice pour tenter de faire rire le lecteur.

La première chose qui saute aux yeux à la lecture de « Le tueur en ciré », c’est que l’auteur semble avoir pris un grand plaisir à écrire ce roman. Aussi, tout ce que je puis dire n’aura pas grand intérêt puisque je considère qu’un écrivain doit d’abord écrire pour lui et non se forcer à écrire pour les autres ; à proposer ce qu’il a envie de donner et non ce qu’il pense que les lecteurs attendent.

Pour autant, cela n’empêche pas au lecteur d’avoir un avis. Et, comme j’ai toujours un avis...

Sur cette base, donc, sympathique, Samuel Sutra en fait, à mon sens, un peu trop.

Personnage principal trop décalé ou trop stupide, qui pense qu’il y a un décalage horaire entre la Bretagne et Paris, qui s’étonnent que les Bretons qu’il rencontrent parlent français...

Personnages secondaires pas assez sérieux pour contrebalancer.

En fait, « Le tueur en ciré » semble avoir été composé comme le serait un gâteau par un cuisinier gourmand qui déciderait d’intégrer tous les ingrédients qu’il aime. Du sucre ! j’aime le sucre. Tiens, j’aime le miel, je rajoute du miel ! Mais j’aime aussi le chocolat, hop, du chocolat. Et miam la banane, alors, je fous de la banane. Et pis, j’adore la guimauve, pouf, de la guimauve. Et de la pâte de coing, car je raffole de la pâte de coing. Sans oublier des fraises tagada, car c’est trop bon les fraises tagada...

Au final, bien que le gâteau soit composé de tout ce que le gourmand aime, pas sûr qu’à la fin, il soit bon et, surtout, digeste.

Heureusement, ici, l’auteur ne sombre pas dans l’indigeste, mais, je dois avouer que certains partis pris ont bien failli, à mon goût, l’y faire tomber.

D’abord, le fait qu’il n’y ait pas vraiment de personnage pour contrebalancer la loufoquerie de Lambert. Car s’il est bien évidemment le plus décalé des personnages du livre, aucun n’est réellement sérieux. Et l’humour ne fonctionne jamais aussi bien que quand il est mis en opposition avec un aspect plus « normal » (cela fonctionne également pour les autres genres littéraires). 

Le monde du cirque l’a bien compris dès la fin du XIXe siècle et l’émergence du duo Auguste et clown blanc ou, plus tard, au cinéma, avec Charlie Chaplin, Harold Lloyd, les Marx Brothers, Bourvil et de Funès.

L’humour n’est tant prégnant que lorsqu’il est contrebalancé. C’est le contraste qui produit le plus d’effet.

Malheureusement, ici, le contraste est trop faible.

Ensuite, et je dirais même surtout, la fausse bonne idée (mais je rassure Samuel Sutra, même Frédéric Dard l’utilisait parfois sans retenue), le jeu de mots sur les noms de famille. Un peu, pourquoi pas, mais il ne faut jamais en abuser.

Dans « Le tueur en ciré », l’auteur s’amuse avec les finitions en « ec » ou autres consonances bretonisantes. On a le droit à du Leroydec, Partensec, Troymarc'h... sans compter des Grégoire Quécalor, le commissaire Boiteaulette...

À tel point que j’ai passé le roman à me demander quand l’auteur allait nous faire le coup sur le nom du préfet, Guy Ledos-Taredan, en inversant son nom pour faire Guy Taredan-Ledos (guitare dans le dos), mais il ne l’a pas fait et, du coup, j’ai attendu pour rien.

Et encore, je vous passe les contrepèteries du genre l’hôtel du Clankigoul (le gland qui coule, pour les contrepètophobes)... et autres joyeusetés du genre.

Entendons-nous bien, je n’ai rien contre l’humour, je suis même le premier à en abuser, mais la frontière est tenue entre le « juste ce qu’il faut » et le « trop ». Mais cette frontière n’est pas forcément placée au même endroit pour tout le monde.

Mais j’ai déjà expérimenté la chose avec J.M. Erre. D’un roman à l’autre, je pouvais adorer ou ne pas aimer à cause de ce franchissement de frontière.

Ceci dit, les lecteurs doivent avoir le même ressenti avec les romans de KAMASH (quoique je pense qu’ils sont plus nombreux à détester qu’à aimer, mais qu’importe, l’auteur s’amuse tellement à les écrire)...

Et c’est un peu dommage, car il faut reconnaître, même à travers une parodie délirante, que l’ensemble tient plutôt la route et que la lecture est agréable et prête à sourire.

Je dois même admettre que la fin du livre sous la forme de parodie de « Who dunit » à la Agatha Christie est très bonne et laisse une excellente impression finale, ce qui est généralement le côté par lequel le roman policier actuel pêche.

Au final, un roman à la bonne humeur communicative même si certaines facilités m’ont dérangé mais qui a l’avantage de s’achever sur une bonne impression.

Implacables vendanges

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Je ne veux pas me répéter, mais je dois tout de même préciser, de temps en temps, pour ceux qui ne liraient pas toutes mes critiques de romans (ce n’est pas bien, je m’embête à les écrire, vous pourriez faire l’effort de les lire) que, depuis que j’ai découvert Sherlock Holmes, durant mon adolescence, je ne lis plus que du roman policier (sous toutes ses formes et elles sont nombreuses).

Et, depuis que, il y a quelques années, j’ai lu le roman « 1280 âmes » de J.B. Pouy, occasion, pour l’auteur, de railler certains traducteurs de romans en lançant un libraire enquêteur à la recherche des 5 personnes disparues entre « Pop. 1280 » (population 1280) de Jim Thompson et sa traduction française de Marcel Duhamel titrée « 1275 âmes », j’ai décidé de ne plus lire que des romans policiers de langue française.

Depuis, je me suis fixé pour mission de découvrir des auteurs de romans policiers de langue française en délaissant un peu les auteurs à succès actuel (Franck Thilliez, J.C. Grangé, Maxime Chattam...).

Mais la tâche demeure immense, impossible à réaliser, face à l’ampleur de la production francophone en matière de récits policiers, que ce soit sous la forme de romans traditionnels ou bien dans la littérature fasciculaire du siècle dernier dont je raffole.

Et, comme j’adore les personnages récurrents, dès que je peux découvrir une série d’un auteur que je ne connais pas, je saute sur l’occasion.

C’est le cas aujourd’hui avec Philippe Bouin et sa série « Les enquêtes de sœur Blandine », une ancienne commissaire de police devenue bonne sœur.

Et comme une série ne s’apprécie pas mieux qu’en débutant par le premier épisode, je me suis lancé dans la lecture de « Implacables vendanges », la première enquête de sœur Blandine.

Philippe Bouin est un auteur français né en Belgique et vivant dans la Bourgogne et le Beaujolais depuis des décennies.

Aussi, ne faut-il pas s’étonner que l’auteur manie l’humour (clichés, quand tu nous tiens... mais des clichés sur les Belges ne sont jamais considérés racistes !!) et que son roman navigue dans les milieux viticoles du Beaujolais.

Implacables vendanges :

Me Blanchon, suivant les volontés d’Edmond Rutebœuf, réunit en son étude la famille du défunt ― viticulteurs de père en fils ―, pour donner lecture du codicille rédigé 50 ans auparavant. Trois enveloppes bleues sont remises aux enfants. Ils ne devront les ouvrir que le lendemain, 14 juillet 2000. Mais le destin se rit du mort : les dépositaires sont tués et les lettres disparaissent…

Sœur Blandine, forte de sa foi profonde et généreuse, de son franc-parler, de son goût pour les nourritures terrestres, sillonne les bords de Saône au volant de sa fidèle Titine. Sa rencontre avec Gontrand Cheuillade, l’inclassable journaliste du Progrès, sera détonante…

Un codicille datant de 50 ans met les 3 héritiers directs d’Edmond Rutebœuf en possession de 3 enveloppes bleues et d’autres membres de la famille d’enveloppes blanches avec pour injonction que la famille se regroupe dans quelques jours pour ouvrir les enveloppes pour prendre connaissance de leurs contenus...

Mais, lors du feu d’artifice du 14 Juillet, l’un des héritiers est assassiné d’une balle de luger et son enveloppe disparaît. Bien vite, un deuxième héritier est tué pour lui voler son enveloppe.

Les gendarmes ne savent plus où donner de la tête, heureusement, sœur Blandine, une ancienne commissaire de police, va se mêler à l’enquête, aidée, en cela, de Gontrand Cheuillade, un journaliste aux convictions très éloignées de celles de la Blandine d’aujourd’hui et de celle d’hier.

Philippe Bouin nous propose donc un personnage de bonne sœur enquêtrice, ce qui n’est pas original en soit, le cinéma, la télévision et la littérature nous ayant déjà proposé cette dichotomie : « Sœur Thérèse.com », « Sœur Angèle » de Henry Catalan, « Le père Dowling », « Frère Cadfaël » d’Ellis Peters, « Le nom de la rose » de Umberto Ecco, « Requiem » de Stanislas Petrosky...

Mais un ou une ecclésiastique, ancien policier et aux langages et comportement un peu décalé, mais qui respecte les concepts de la foi, voilà qui n’est pas si fréquent.

Et c’est le cas de sœur Blandine qui, on le devine, à basculée dans la foi suite à un décès et a totalement changé de vie et d’environnement.

Pourtant, chassez le naturel et il revient au galop et dès que l’occasion de mettre en avant ses talents d’enquêtrice se présente, sœur Blandine n’hésite pas.

Il faut reconnaître que si le personnage de sœur Blandine, à la base, n’est guère crédible (un commissaire de police qui devient bonne sœur et qui boit un peu, fume un peu, se moque beaucoup...) il est pourtant suffisamment tempéré pour demeurer dans la limite du raisonnable (pas comme Requiem de Stanislas Petrosky).

Car, certes, sœur Blandine n’est pas la bigote par excellence, elle se livre à quelques débordements (mais avec modération), elle n’a pas le langage que l’on attend d’une personne de sa condition, mais elle a une foi réelle et est dévouée à son prochain.

D’ailleurs, l’auteur nous montre les deux faces de la bonne sœur, les deux opposées, entre sœur Blandine, joyeuse, tolérante, dont les défauts la rapprochent de ses ouailles et une vieille bigote qui s’empresse de rapporter et de se plaindre des débordements de sa consœur à la mère supérieure. Mère supérieure qui fait parfaitement le lien entre les deux personnages puisque se situant à équidistance de l’exubérance de l’une et de l’intégrisme orthodoxe de l’autre.

Puis il y a le personnage du journaliste, personnage aux antipodes de la sœur ou de l’ancienne commissaire, puisqu’aristocrate, athée, quelque peu anarchiste, antirépublicain, antimilitariste...

Et, pourtant, les deux personnages vont s’apprécier et s’associer pour résoudre la série de crime qui laisse la gendarmerie dans l’expectative.

Là aussi, Philippe Bouin a le bon goût de ne pas sombrer dans le manichéisme.

La guerre des polices, si elle semble ouverte et en défaveur de la gendarmerie, un temps critiquée par l’ancienne policière, n’aura finalement pas lieu, les gendarmes, travaillant de façon plus cadrée, différente, parviendra tout de même à de bons résultats.

Le message que l’auteur veut faire passer est peut-être qu’il ne faut pas se fier aux apparences et que l’on peut paraître sans être et être sans paraître.

Bref, voilà pour les points positifs du roman auquel on peut rajouter un brin d’humour plutôt agréable et une plume alerte ainsi qu’un sens certain de la narration et de l’intrigue.

Mais, parce qu’il y a un mais (il y a toujours un « Mais » sauf chez Albert Boissière), ce roman ne m’a pourtant pas entièrement convaincu.

La faute à une multitude de personnages (trop) entre la famille Rutebœuf, la famille Rampon et les autres...

Reponsable, aussi, l’intrigue faussement complexe, et, finalement, pas si intéressante que cela.

Pour un premier épisode, l’auteur aurait gagné à faire dans la simplicité.

Quand on s’appuie sur un personnage que l’on veut fort, au moins au début, je pense qu’il faut permettre au lecteur de se concentrer dessus afin de s’y attacher. Pour cela, éviter de multiplier les personnages et mettre en place une intrigue pas trop confuse afin de permettre au héros de briller par sa présence. Après, dans les épisodes suivants...

Et ce sont principalement ces deux détails (qui n’en sont pas) qui font que je n’ai pas totalement adhéré ni au roman ni à sœur Blandine alors que le personnage est plutôt sympathique. 

Alors, bien sûr, ces défauts ne sont pas totalement rédhibitoires et cela ne m’empêchera pas de replonger dans la série, mais, pas tout de suite... un de ces jours... pour donner une seconde chance à sœur Blandine.

Au final, un roman qui a des qualités, notamment son duo de héros, mais qui, à défaut de se concentrer totalement sur celui-ci, propose trop de personnages secondaires et une intrigue un peu trop confuse à mon goût.

Un temps de chien !

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B.H.L, tout le monde connaît, mais qui en a déjà lu ?

Personnellement, je ne suis pas très attiré par les discours lénifiants de pseudo philosophes se prenant pour Robin des Bois, alors qu’ils prennent l’argent des pauvres lecteurs pour les donner à des riches (eux-mêmes, en l’occurrence).

Alors, quitte à lire un jour du B.H.L., je délaissais Bernard-Henri Lévy, pour Bertrand-Hilaire Lejeune, le lieutenant de police né de la plume de Pascal Jahouel ?

Y ai-je gagné au change ?

Pascal Jahouel est un auteur que j’aimerai aimer. Pascal Jahouel est un auteur dont je n’arrive pas, après lecture de ce roman, à définir mon sentiment envers lui et sa prose.

Mais Pascal Jahouel, une chose est sûre, est un auteur approchant la soixantaine, né au Havre et dont le premier roman semble dater de 2006, ce qui en ferait un écrivain tardif.

« Un temps de chien ! » est le quatrième roman mettant en scène le personnage du lieutenant Bertrand-Hilaire Lejeune.

Un temps de chien ! :

Le lieutenant Bertrand-Hilaire Lejeune, eh oui BHL, parcourt les rues de Rouen, grimé en vieille femme. Objectif de ce travestissement, tenter de coincer une bande d’arracheurs de sacs à main. La tâche peu reluisante est une sorte de punition infligée à notre héros par son patron, Chassevent, flic en fin de carrière plus porté sur les agapes et les siestes qui en découlent, que sur la lutte contre le grand banditisme. Les deux hommes cohabitent difficilement au sein d’un commissariat un poil vintage, mais partagent un goût immodéré pour la dive bouteille. C’est dans cette ambiance addictive et ronronnante que surgissent les emmerdements sous la forme d’un cadavre de roumain au CV peu reluisant.
Suicide ou crime ? That is the question ! L’enquête va conduire BHL dans la villa d’un trafiquant de Pitbull, dans un bar à poker, sur un ring de boxe… Dans ces hauts lieux d’un tourisme normand pour le moins criminogène se croisent une jeune chef de gang radicale, végétarienne et « méphistophélique », un prédélinquant portugais terrorisé par sa mère, une couguar peu farouche, une flic agoraphobe, une accorte infirmière, un poulet parisien pompeux et donneur de leçon délicatement surnommé « la fistule » par ses correspondants rouennais…

Une ancienne star du hand-ball roumain est retrouvé mort, chez lui, asphyxié. L’enquête préliminaire conclue au suicide, mais Bertrand-Hilaire Lejeune, venu par hasard sur la scène de crime, sent plutôt un crime sous cette affaire, sans que rien n’étaie, à première vue, son impression.

Pourtant, B.H.L. va demander une autopsie et se lancer sur l’enquête alors qu’il est déjà en charge d’une autre affaire, celle d’une bande de jeunes agressant des petites vieilles dans la rue pour leur voler leurs sacs.

B.H.L. va donc mener les deux enquêtes de front...

Comme je le disais dès le début, Pascal Jahouel est un auteur que j’aimerais aimer.

Oui, j’aimerais l’apprécier fortement, comme tant d’autres, car l’auteur me semble éminemment sympathique (ne me demandez pas pourquoi, c’est juste un ressenti). En tous cas, Jahouel met dans son récit tous les ingrédients qui sont susceptibles de me séduire.

Effectivement, côté style, tout d’abord, l’auteur fait des efforts pour sortir du carcan usuel des auteurs de romans à succès actuels : les sujets-verbes-compléments construits à l’aide des 300 mots de vocabulaire du français moyen...

Je me dois, ici, de faire un aparté pour spécifier qu’il ne faut aucunement voir du dédain dans ce reproche sur les « 300 mots de vocabulaire du français moyen ». Loin de moi de dénigrer le français ou l’étranger (la langue française n’appartient pas uniquement aux Français) qui n’use que de 300 mots de vocabulaire. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir l’opportunité d’enrichir son vocabulaire plus que cela. Tout le monde n’a pas la nécessité ou l’envie d’enrichir son vocabulaire. Mon reproche va aux auteurs et encore plus aux éditeurs qui, sous prétexte de ne pas se priver d’un certain lectorat, se veulent fédérateurs et restreignent volontairement le vocabulaire des récits à publier.

Ce sont eux, par cette démarche à la fois mercantile et stupide, qui empêchent les lecteurs d’enrichir leur vocabulaire et les maintiennent dans l’illusoire certitude que 300 mots de vocabulaire suffisent à être heureux. Raaaa, s’ils savaient ces gens-là le plaisir que l’on a à manipuler les mots, la langue, à en découvrir, en oublier pour les retrouver plus tard...

Bon, revenons-en à Pascal Jahouel... L’auteur aime manipuler la langue, les mots, et, pour cela, il devrait me plaire. D’ailleurs, plusieurs lecteurs le décrivent comme un descendant de Frédéric Dard...

Et me voilà déjà reparti dans un nouvel aparté sous forme de coup de gueule. Oui, toi, lecteur, toi, critique, il va falloir arrêter, dès qu’un auteur utilise un peu d’argot, de le comparer à Frédéric Dard, à San Antonio... Oui, que cela cesse. Frédéric Dard, qu’on apprécie ou pas sa plume, n’écrivait pas en argot, que nenni. Albert Simonin, lui, écrivait en argot. Frédéric Dard créait une nouvelle langue à partir de tous les mots mis à sa disposition. Certes, les détracteurs de Dard ne comprendront pas la différence que je veux mettre dans cette remarque, mais j’espère que les autres, oui.

Ensuite, Pascal Jahouel utilise des références musicales qui me parlent (Bashung, par exemple). Non pas que je sois spécialement Fan de Bashung, mais l’idée d’introduire des références musicales dans un récit me plaît, même quand je ne partage pas ces références. Cela peut permettre aux lecteurs de se mettre plus facilement dans l’ambiance, de tisser un lien avec les personnages... bref, c’est toujours une bonne idée du moment qu’elle n’est pas mise en place de façon factice et qu’elle n’est pas surutilisée.

J’apprécie également que l’auteur ait écrit une nouvelle autour de Little Bob, un rockeur français à la longévité aussi longue que le bonhomme est petit et méconnu du grand public.

Puis, Pascal Jahouel manie l’humour et, vous le savez si vous me lisez de temps en temps, je ne suis pas insensible à l’humour.

Alors, pourquoi dis-je que j’aimerai aimer Pascal Jahouel et non pas que j’aime Pascal Jahouel ? Tout simplement parce que, comme dans toutes recettes de cuisine, le fait d’intégrer tous les ingrédients que l’on aime ne garantit pas que l’on va apprécier le plat. Car tout est question de dosage, mais également d’alchimie entre les ingrédients.

Car le récit de « Un temps de chien ! » est conté à la première personne, par B.H.L. lui-même, une flic plutôt jeune dont le nom laisse à penser qu’il est issu d’une famille plutôt éduquée et le voilà qui parle un argot qui ne dénoterait pas dans la bouche d’un soixantenaire issu du peuple ou abreuvé des romans de Dard, Simonin, Malet et consorts, des films dialogués par Audiard... bref, ayant des références bien éloignées de celle d’un B.H.L.

Alors, le contraste ou la contradiction est peut-être voulu, certes, mais fonctionne mal.

Elle fonctionne d’autant plus mal que le personnage de B.H.L. n’est lui-même pas exempt de failles.

Son langage, d’abord. Son alcoolisme latent, beaucoup trop fréquent chez le policier (en littérature, dans la réalité, je ne m’avancerais pas à une telle affirmation). Son dilettantisme pour ne pas parler de je-m’en-foutisme qui, non seulement sont dérangeant dans une telle profession, mais également contradictoire avec son envie de résoudre une enquête classée et sur laquelle personne ne lui a demandé de travailler. Mais également son caractère en général. Fort avec les faibles ; faible avec les forts. B.H.L. raille voire martyrise ses collègues de travail et s’aplatit devant ses supérieurs, se laisse incendier, insulter par eux sans réagir. Pis, alors qu’il maltraite des collègues qui, paradoxalement l’apprécient, il va s’enquiquiner à sauver les fesses de branleurs qui frappent des petites vieilles pour leur piquer leurs sacs à main ???

Rien n’est cohérent chez ce personnage.

Pourtant, le roman démarre par une scène assez cocasse qui laisse plutôt présager du bon. Mais, malheureusement, par la suite, B.H.L. se perd à la fois dans les contraintes de son personnage que dans deux enquêtes peu intéressantes et, surtout, qui vont finir miraculeusement par se rejoindre. Bien sûr, il n’est pas rare qu’un auteur de polar use de ce subterfuge de deux enquêtes que tout oppose et qui se rejoignent à la fin. Généralement, c’est pour réunir deux enquêteurs, et ce sont souvent deux enquêtes mystérieuses et imposantes (au moins l’une des deux), mais là, Pascal Jahouel tente de faire la même chose avec deux enquêtes dont, au final, on se fout totalement : des braquages de vieilles – un trafic de chiens...

Pas de grandes incidences, pas de grandes tensions et sans tension, pas de suspens. Du coup, la graine plantée de porte pas ses fruits.

Alors, un personnage peu attachant, une intrigue (double intrigue) peu intéressante, une plume peu en adéquation avec le personnage et l’ambiance... que reste-t-il ? Le fait que j’aimerai aimer Pascal Jahouel.

Au final, sans être indigent ou indigeste, ce roman mêle des ingrédients mal dosés entre lesquels l’alchimie a du mal à se faire.

Le soleil n'est pas pour nous

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« Le soleil n’est pas pour nous » est le second opus de ce qu’il est convenu d’appeler « La trilogie noire » de Léo Malet, l’auteur des Nestor Burma.

Mais cette trilogie n’en est pas une, du moins, pas écrite en tant que telle puisque les récits sont espacés de plusieurs années (surtout entre les deux premiers et le troisième) et n’utilisent pas les mêmes personnages.

Mais, après avoir lu le premier opus, « La vie est dégueulasse » et ne voulant pas rester sur un constat mitigé envers cet auteur que j’aime beaucoup pour ses romans autour de Nestor Burma, j’ai décidé d’enchaîner sur « Le soleil n’est pas pour nous » et grand bien m’a pris.

Le soleil n’est pas pour nous :

Dans le Paris des années 1920, « époque de la joie de vivre » disait-on, le jeune Dédé Arnal crève de solitude, de misère et de vagabondage. Son horizon : la taule, l’esclavage en usine, le milieu des malfrats et des anars en rupture de ban. Comment échapper à l’asphyxie ? Comment survivre dans ces zones de violence et de haine où des gosses assassinent dans le seul but de se venger de leurs humiliations ? Condamné à la fureur et à la résignation, Dédé se tourne alors vers un fugitif rayon de soleil, c’est-à-dire vers Gina, une fille des rues, comme lui. Riches et pauvres sont égaux, en principe, devant les sentiments amoureux. Mais Gina est elle-même captive de son propre frère, un pâle voyou qui la viole et la vend. Tous les éléments d’une tragédie sont en place. Dédé Arnal sera ce « jeune monstre » que la société et l’injustice feront de lui.

Dans les années 1920, André Arnal, un gamin de 16 ans, vit dans la rue. Arrêté pour vagabondage, il est embastillé puis relâché au bout de quelques mois.

Dans un troquet, il croise un ouvrier qui va lui tendre la main, mais tu n’échappes jamais à la misère, car elle s’accroche à toi telle une ancre qui t’entraîne invariablement vers le fond. Pourtant, quand André va croiser la belle Gina, une jeune fille de son âge et de sa condition, il pense que tout peut changer... mais les miséreux sont fait pour demeurer dans la crasse et s’enfoncer dans l’obscurité, car le soleil n’est pas pour eux...

« Le soleil n’est pas pour nous » en plus des qualités indéniables qui l’animent, est la preuve même de mon amer constat sur le premier opus de la trilogie, « La vie est dégueulasse ».

Car les deux romans sont très proches dans la conception, l’écriture, la narration et le sujet, mais tellement différents dans le plaisir de lecture, et ce, pour la raison principale que j’avais évoquée à cette première lecture : l’attachement au personnage narrateur.

Car ici aussi le récit est à la première personne et là également, le héros va commettre des actes répréhensibles, parfois odieux, mais pas pour les mêmes raisons, pas dans les mêmes circonstances.

Là où le narrateur de « La vie est dégueulasse » sombrait dans la violence par envie, par lâcheté, par vice, celui de « Le soleil n’est pas pour nous » le fait par désespoir, par réaction, par rage, par amour, par obligation.

Et, pourtant, chacun a son gimmick pour justifier ses actes ou sa situation, gimmick donnant à chaque fois le titre du récit. Pour le premier, la vie est dégueulasse... alors, dégueulassons tout. Pour le second, le soleil n’est pas pour les pauvres, alors, se battre pour s’en sortir, ne sert à rien.

Mais on ne peut pas lui reprocher d’avoir totalement baissé les bras, car André tente de s’en sortir, mais comme il en a déjà fait l’amer constat :

La misère, c’est indécrottable... C’est pas pour rien qu’on l’appelle la merde... Tu peux te laver, il t’en reste toujours une vague odeur ou des particules dans les ongles ou les plis de la peau... Pire qu’un vidangeur. Vacherie de sort ! Tu crois te sauver et tu t’accroches toujours à des points d’appui qui foirent et tu retombes plus empanissé qu’avant...

Cependant, l’amour partagé lui rend l’espoir, l’espoir d’un lendemain qui chante, de jours meilleurs, mais, à la place, il ne fait que creuser sa tombe plus et mieux, car même l’amour n’est pas suffisant pour faire poindre le soleil dans leur obscurité.

André Arnal, le narrateur de 16 ans, est donc un personnage attachant et émouvant qui, pas encore un homme, est déjà désabusé de la vie et qui, même quand il pense parvenir à s’en sortir, ne fait que sombrer encore plus.

Développée avec une plume sèche, de l’encre très noire, cette histoire tragique d’un jeune homme bien qui sombre, devient émouvante au possible. Et le lecteur assiste à cette descente progressive aux enfers. Pourtant, lui, André Arnal, celui qui sera annoncé comme un « jeune monstre » par les journaux, est loin de l’être abject décrit. Mais la vie est ainsi faite qu’à chaque fois qu’il remue pour tenter de s’en sortir, il s’enfonce encore plus.

Car les miséreux vivent dans la misère, côtoient d’autres miséreux qui eux-mêmes vivent dans la même misère et à force de ne voir que le noir autour de toi, tu finis par ne plus rien voir de bien. Parce que les autres personnages peuvent être venimeux, volontairement, involontairement, directement, indirectement. Parce que, après tout, « Le soleil n’est pas pour eux ».

En tout cas, le soleil n’est pas pour André Arnal qui, malgré un bon fond, de la bonne volonté, assaillit par un certain fatalisme et de mauvaises rencontres, va finir de la plus mauvaise des manières, tant pour lui, qu’aux yeux de la société.

Léo Malet nous prend aux tripes avec ce roman sans concession d’une noirceur éprouvante, et démontre que l’attachement au personnage narrateur fait toute la différence et toute la force de « Le soleil n’est pas pour nous » et toute la faiblesse de « La vie est dégueulasse ».

Mais surtout, Léo Malet nous prouve qu’il était un excellent écrivain, tant dans la légèreté que dans la noirceur et ce dès le début de sa carrière.

Une seule chose sera à reprocher dans ce roman, la vision de l’auteur des Arabes (du moins, à travers des deux personnages arabes du récit), une vision, certes, à remettre dans le contexte de l’époque, mais qui, malheureusement, entre en résonnance avec les propos tenus par l’écrivain bien des décennies plus tard, à une époque où SOS racisme existait déjà.

Mais, comme je dis toujours, est c’est même préférable dans certains cas, l’homme qui se cache derrière l’auteur m’importe peu, seuls ses textes m’intéressent.

Aussi, pour ne pas finir sur une fausse note, je dirais que « Le soleil n’est pas pour nous » est un coup de poing dans le ventre sous forme d’amer constat sur la société et qui met à mal la théorie de l’ascenseur social, car, dans certaines strates de la société, l’ascenseur est toujours en panne.

Au final, un roman, une œuvre poignante, noire, pessimiste, fataliste, violente et très émouvante.


Les trois femmes du consul

9782081420250

Aurel Timescu est un personnage né de la plume de Jean-Christophe Rufin que j’ai découvert dans sa première enquête dans « Le suspendu de Conakry » sur lequel je m’étais penché après avoir lu, à propos de ce roman, une critique dithyrambique.

Je m’étais alors lancé à la découverte de cet étrange consul de France d’origine roumaine et qui n’a de goût que pour les mystères et le vin blanc.

Je terminais cette lecture, dubitatif. Non pas que le livre m’ait déplu, pas non plus parce que je n’avais pas apprécié le personnage, ni même parce que j’avais émis des doutes sur la plume de l’auteur ou sur ses compétences en matière de monde diplomatique.

Pour ce qui est des connaissances autour de la Diplomatie, l’auteur a indéniablement les connaissances nécessaires puisqu’ancien diplomate lui-même.

Pour le style, plutôt agréable, fluide, avec une pointe d’humour.

Le personnage : original, attachant, étrange, complexe, très intéressant.

Restait donc un doute quant au roman dans sa globalité. Doute léger, mais doute tout de même, celui qui empêche un roman de franchir le cap qui le mène de « bon roman » à « excellent roman ».

Aussi, à peine cet ouvrage refermé, je me précipitais sur la suite pour parfaire mon avis afin de savoir ce par quoi, dans mon esprit, le roman péchait.

Et le roman suivant est, vous vous en doutez : « Les trois femmes du consul ».

Les trois femmes du consul :

À Maputo, capitale du Mozambique, aucun client n’ose s’aventurer à l’hôtel dos Camaroes, malgré son jardin luxuriant. C’est que le patron est un vieux Blanc au caractère impossible. Aussi quand on le retrouve mort un matin, flottant dans sa piscine, nul ne s’en émeut.
Sauf Aurel Timescu, roumain d’origine, Consul adjoint à l’ambassade de France. Calamiteux diplomate, c’est un redoutable enquêteur quand il pressent une injustice.
Trois femmes gravitent autour du défunt. C’est vers l’une d’entre elles que se dirigent arbitrairement les soupçons de la police. Pour démontrer son innocence, le Consul va devoir entrer dans la complexité de relations où se mêlent l’amour, la chair et l’intérêt.
Avec sa méthode intuitive et ses tenues loufoques, Aurel va s’enfoncer plus loin que quiconque dans ces passions africaines. Jusqu’à débusquer le « gros coup ». Celui qui a coûté la vie au vieil hôtelier.
Et qui nous plonge dans un des plus grands drames écologiques de la planète.

Aurel Timescu, consul de France d’origine roumaine, a été muté à Maputo, au Mozambique, ancienne colonie portugaise.

À son arrivée, le temps de trouver un logement, il vivait à l’hôtel dos Camaores, tenu par le vieux et irascible Roger Béliot.

Quelques mois plus tard, Béliot est retrouvé mort dans sa piscine, avec des marques de coups et de liens sur le corps.

La police arrête rapidement l’ex-femme de la victime, une Française débarquée récemment pour réclamer sa part de l’hôtel.

Aurel Timescu, chargé de rencontrer cette ressortissante française en prison et très excité par l’impression qu’un mystère se cache derrière ce meurtre, va alors se lancer à corps perdu dans l’enquête afin d’innocenter la Française. Mais ses investigations démontrent rapidement que Roger Béliot, malgré son caractère et son âge, semblait déclencher les passions féminines puisqu’il était également marié avec une Mozambicaine et vivait, ces derniers temps, avec une jeune femme qui était enceinte de lui...

Le lecteur retrouve donc Aurel Timescu dans un nouveau poste, un nouveau pays et face à un nouveau meurtre. L’occasion est donc donnée de vérifier les capacités d’enquêteur qu’est Aurel Timescu, mais c’est là que le bât blesse.

Un enquêteur atypique est forcément un atout, mais encore faut-il que l’atypisme de celui-ci serve l’enquête et lui procure des capacités spécifiques qu’il mettra en œuvre pour parvenir à ses fins.

Mais quand les particularités de l’enquêteur ne lui servent pas, alors...

C’était, je m’en rends compte, ce qui m’avait dérangé dans le premier roman, c’est que l’atypisme de Timescu serve trop peu l’enquête. Pourtant, quand celui-ci mettait sa sensibilité au service de l’enquête, le roman devenait très prenant. Mais cette partie du roman était trop courte pour parvenir à rendre le roman excellent.

Dans « Les trois femmes du consul », l’auteur renforce les travers de Timescu, notamment sa propension à décevoir ses supérieurs pour qu’on ne lui confie aucune tâche, et continuer à buller dans son coin.

Il faut bien avouer que ce côté peu noble du personnage le dessert quelque peu et on s’attend alors, en contrepartie, que ses qualités d’investigations soient d’autant plus mises en avant. Mais ce n’est pas le cas. Pas du tout. C’est même moins le cas que dans le premier roman.

Du coup, plus de défauts, moins de qualités, le roman bascule du mauvais côté de la jauge. Non pas mauvais, car Aurel Timescu demeure un personnage original et intéressant, mais moins bon que le précédent qui, déjà, ne m’avait pas totalement conquis.

Car il faut bien avouer que non seulement, pour ce coup-là, Aurel Timescu n’est pas très perspicace, mais il l’est encore moins que le lecteur qui a très vite compris la question qu’il fallait poser à l’épouse pour savoir quelle était la dernière personne à avoir rendu visite au défunt.

Au final, un roman pas déplaisant, mais moins bon que le précédent.

11 octobre 2020

L'Arcane sans nom

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« L’Arcane sans nom » est typiquement le genre de roman qui avait tout, ou presque, pour me déplaire.

Déjà, l’auteur : Pierre Bordage. Non que ce soit un mauvais auteur (je ne le connaissais pas), mais c’est un auteur réputé pour ses romans de science-fiction un genre dont je ne suis pas du tout friand.

Ensuite, les personnages : le héros, Sahil, un réfugié afghan, auquel il aurait pu être difficile de s’attacher puisqu’ayant du sang sur les mains quand il était dans l’armée afghane. Les personnages secondaires comme Ten, une jeune sataniste ou Didjo, une jeune Rom (la plus attachante, mais également la plus improbable).

Le titre, trop énigmatique...

Alors, pourquoi m’être plongé dans ce roman ? Un peu par dépit. Je l’avais dans ma PAL depuis longtemps, car il faisait partie des 13 romans de la collection Vendredi 13 aux éditions Blanche, collection dirigée par Patrick Raynal et excellemment inaugurée (comme toujours) par l’incontournable Jean-Bernard Pouy (un génie) avec le très bon « Samedi 14 » (samedi 14 qui, comme tout le monde le sait, suit le vendredi 13).

Mais voilà. Le second roman de la collection était resté au fond de ma PAL pour les raisons précitées.

Alors, pourquoi l’en ressortir, me demanderez-vous ? Tout simplement parce que je n’avais pas le temps de chercher ma nouvelle lecture après avoir abandonné en cours de route un roman décevant et que je cherchais un roman court pour le cas où, justement, celui-ci me décevrait également. Arcane sans nom (L’) trônant dans les premiers titres de ma liste alphabétique, n’étant pas très long (le livre papier fait 222 pages, mais avec une mise en page un peu aérée). Je l’ouvrais donc sans même m’attarder sur le sujet et l’auteur.

Bien m’en fit.

L’Arcane sans nom :

Sahil, jeune déserteur de l’armée afghane, réfugié à Paris, est recruté pour exécuter une jeune femme, un vendredi 13. Se rendant compte qu’il est victime d’une machination, Sahil va peu à peu se retrouver embarqué dans une folle équipée, en compagnie d’une adoratrice de Satan et d’une fillette rom mystérieuse, pourchassé par des Russes qui ont vendu leurs âmes au Diable.

Sahil est un jeune réfugié, déserteur de l’armée afghane, expérience durant laquelle il a vu et commis nombre d’horreurs.

Désireux de passer en Angleterre, mais sans argent et sans papier, il trouve refuge dans les caves d’un immeuble désaffecté en compagnie d’un groupe de jeunes satanistes qui préparent un spectacle au Père-Lachaise pour le soir du Vendredi 13.

Dans ce groupe, le chef, Méphisto et la jeune et pulpeuse Ten qui ne laisse pas Sahil insensible malgré qu’elle soit aux antipodes de l’image de la femme dans sa culture.

Un jour, Méphisto met en contact Sahil avec une personne qui lui propose, en échange de vrais papiers et de 5000 euros, d’assassiner une jeune femme.

Sahil, qui n’est plus à un crime près, accepte le deal. Mais, alors qu’il est dans le parking en train d’attendre la victime, il constate que ses gardes du corps, au lieu de la protéger, semblent attendre quelque chose et son instinct lui dit alors que c’est lui, qu’ils attendent, pour le buter une fois qu’il aura fait le boulot.

Sahil décide de fuir sans se douter des moyens que va mettre en place le commanditaire de l’assassinat pour le faire taire.

Comme je le disais, donc, difficile, à la base, de s’attacher au personnage de Sahil, ancien militaire afghan, qui a tué hommes femmes et enfants à l’époque. Certes, il a déserté, il est hanté par le visage d’une gamine qu’il a abattu froidement, pourtant, il accepte d’assassiner une inconnue pour des papiers et de l’argent. Et c’est seulement le fait qu’il sent qu’il a été piégé et que quand il aura rempli son contrat, il sera à son tour abattu, qui le fait rebrousser chemin, même si, au fond, cela le soulage de ne plus faire couler le sang.

À ses côtés, Ten, une jeune sataniste pulpeuse un peu paumée. Loin de l’idéal de la femme afghane, Sahil ne peut s’empêcher d’être attiré par elle. D’autant qu’elle devient rapidement sa seule planche de salut.

Pourchassé par les hommes du commanditaire, il doit récupérer son argent pour fuir, mais l’argent, il l’a planqué au fond des caves, et des tueurs l’y attendent.

Les choses ne pourraient être pires et, pourtant, il va bientôt être accusé à tort du meurtre d’une policière et son visage va s’afficher sur tous les écrans.

Aurait-il pensé, alors, que son salut viendrait d’une gamine rom à qui il a donné une pièce et qui va alors décider de le conduire à une guérisseuse (Sahil s’est violemment tordu la cheville) qui va alors charger la gamine de protéger Sahil...

C’est donc cette gamine, Djidjo, qui est à la fois le personnage le plus attachant du récit, le plus fort, mais aussi le moins crédible. Mais qu’importe, car l’auteur parvient tout de même à faire passer la pilule grâce à un récit rythmé, sous forme de chasse ou de course poursuite, durant laquelle Sahil, Ten et Djidjo vont devoir échapper à une horde de tueurs sans pitié.

Si Pierre Bordage est à l’aise avec la Science Fiction, force est de reconnaître qu’il l’est tout autant dans un récit noir d’aventures. Son style est plaisant, sa plume alerte et il n’hésite pas à aborder certains sujets de société et à donner une part d’ombre à son héros (part d’ombre qui peut également empêcher l’attachement).

Certes, pas grand-chose de réellement crédible dans ce récit, depuis l’identité du commanditaire, jusqu’aux moyens mis en œuvre par celui-ci, en passant par le personnage de Djidjo et d’autres péripéties, mais combien d’excellents récits (au cinéma, à la télévision ou en littérature) s’appuient sur des faits et des rebondissements peu crédibles ?

Il faut d’autant plus de talent pour parvenir à faire passer ces extravagances et, aussi, ne pas laisser trop le temps au lecteur de réfléchir.

C’est ce que parvient parfaitement l’auteur imposant un tempo sans faille à son récit et parvenant à faire passer certaines choses parce qu’il réussit à donner envie d’y croire.

Djidjo en est un parfait exemple. Totalement improbable sur le papier, si l’on expose froidement les faits, le lecteur a pourtant envie de croire à ce personnage mixe entre Léon de Luc Besson et une extra lucide.

On pourra reprocher une fin un peu abrupte et qui ne clôt pas parfaitement le dossier, mais, en même temps, n’est-ce pas ce qu’il arrive souvent dans la vie ?

Au final, un petit roman exaltant qui, une fois entré dans le récit, ne laisse plus de répit à ses personnages et au lecteur. Une vraie réussite en la matière.

Cause toujours...

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Bon, je vais en revenir au parallèle que je fais souvent entre une rencontre avec un livre, un auteur, des personnages et celle que l’on pourrait faire d’une personne en chair et en os.

Cette rencontre, selon moi, se déroule souvent avec des sentiments similaires. Parfois, un livre nous séduit dès les premiers mots comme on pourrait ressentir un coup de foudre amical ou amoureux envers une personne dès les premiers instants. D’autre fois, la séduction s’impose lentement, au fur et à mesure des pages ou des conversations... Il n’est pas rare, a contrario, que la répulsion soit immédiate dans les deux cas.

Mais, pour une fois, je ne vais pas m’attarder sur les sentiments, mais sur les évènements qui provoquent une rencontre. Celle-ci peut être due au hasard ou bien à l’entremise d’une personne tierce, ou bien encore par la réputation qui précède le livre ou la personne.

Parfois, cette rencontre, littéraire ou humaine, fonctionne par le truchement de plusieurs facteurs.

C’est un peu (beaucoup) le cas de ma rencontre avec le commissaire François de Louis Rognoni.

Effectivement, cette rencontre ne fut ni directe, ni par l’entremise d’une personne me l’ayant conseillée ni même induite par la notoriété du roman (qui connaît la série « Le commissaire François » de Louis Rognoni ?).

Non. En fait, j’ai toujours été fan de Pierre Dac (oui, je ne suis plus tout jeune) et de son acolyte (et alcoolique ?) Francis Blanche. Je ne vous parle pas uniquement de leur sketch « Le Sâr Rabindranath Duval », probablement le plus connu, que je n’ai jamais vu en direct pour cause de natalité tardive.

Mais, j’aime les humoristes d’autrefois, n’hésitant pas à me délecter de sketches datant de bien avant ma naissance ou de ma prime jeunesse. Je ne vous parlerais pas des classiques indémodables que sont les sketches de Coluche ou de Pierre Desproges, mais plus particulièrement de ceux des Frères Ennemis (des modèles) ou de Robert Lamoureux (un exemple) voire même de ceux de Raymond Devos, Fernand Raynaud etc.

J’aime Francis Blanche, j’adore Pierre Dac, même sans être un inconditionnel.

Tout ça pour quoi ? me direz-vous. Tout ça pour en venir à Louis Rognoni.

Effectivement, par hasard, par le truchement d’une recherche internet, je tombe sur YouTube sur des épisodes du feuilleton radiophonique « Bons baisers de partout – L’opération Tupeutla », datant de 1966 et mettant en scène des acteurs tels Jean Piat, Paul Préboist, Roger Carel, rien que ça.

En me renseignant un peu sur le feuilleton, j’apprends qu’il fut écrit par Pierre Dac et Louis Rognoni.

Pierre Dac, OK, je savais qui c’était. Mais Louis Rognoni était un inconnu pour moi. Après un tour sur internet, j’apprenais que le bonhomme dont on ne sait pas grand-chose avait écrit des scénarios pour la radio, la télé, mais également des romans.

En termes de romans, à part des œuvres en collaboration avec Francis Dac (probablement toutes des adaptations de leurs pièces radiophoniques), 6 romans, tous mettant en scène le personnage du commissaire François.

Du policier ! un personnage récurrent ! un auteur de langue française ! et en plus, probablement de l’humour déjanté vu sa filiation avec Pierre Dac ! Il n’en fallait pas plus pour me convaincre de me plonger dans cette série.

Trouvant les 6 titres à bon prix chez mon Libraire favori, voilà que je pouvais enfin me lancer dans cette lecture.

En résulte donc ma chronique sur « Cause Toujours... », premier épisode.

Cause Toujours... :

Le jeune inspecteur François vient de prendre du grade et est devenu le jeune commissaire François !

Il n’a pas le temps de prendre possession de son nouveau bureau qu’un certain Antoine Mandolini demande à le voir.

Après hésitations, le commissaire François se souvient d’Antoine Mandolini qu’il connaît mieux sous le surnom de « Tony-cause-toujours ». Il eut affaire, un an auparavant, dans l’enquête sur l’assassinat d’Albert-le-Grec. Convaincu qu’il en était l’assassin, il n’avait pu l’accuser que de proxénétisme.

Que lui voulait maintenant « Tony-cause-toujours » ?

Il venait pour s’accuser du crime du patron du « Gardon Pépère », une affaire dans laquelle la police piétinait depuis quinze jours.

Pourquoi venait-il s’accuser ainsi du meurtre ? Le commissaire François se donne le temps de la garde à vue du suspect pour trouver les tenants et les aboutissants de cette étrange confession. 

L’inspecteur François est devenu le commissaire François et pour sa première journée en tant que « patron », il est confronté à un homme qui le manipula dans l’affaire de l’assassinat d’Albert-le-Grec et qu’il ne put que convaincre de proxénétisme alors qu’il était certain qu’il était le meurtrier.

En effet, Antoine Mandolini alias « Tony-cause-toujours » a choisir son premier jour de fonction pour venir s’accuser du meurtre du patron du « Gardon Pépère », un rade malfamé, une affaire dans laquelle piétine depuis quinze jours la police.

Mais pourquoi venir s’accuser du meurtre ? Le commissaire François a 24 heures (le temps de devoir déférer Tony devant le juge d’instruction) pour tout comprendre.

S’il faut présenter le commissaire François (ce qui expliquera en même temps l’illustration de la couverture d’origine), le mieux est encore de laisser la parole à l’éditeur qui donne toutes les précisions en 4e de couverture du roman :

Le commissaire François est né le jour où Jean Chouquet le réalisateur, Jean Bardin et Bernard Hubrenne, les producteurs de l’émission « Les Auditeurs mènent l’enquête » ont décidé François Périer à interpréter chaque semaine pour les auditeurs d’Europe N° 1, le rôle d’un commissaire de police. Dès lors, le commissaire François c’était François Périer. Chaque semaine, l’auteur de l’énigme proposée à la sagacité des auditeurs était différent. Seul, donc, l’interprète réalisait l’indispensable unité. Louis Rognoni, l’un des auteurs les plus souvent cités au générique de l’émission, a été séduit par le personnage du commissaire François. Ce personnage valait mieux que le trop court dialogue hebdomadaire qu’il avait avec l’inspecteur Piju, son fidèle adjoint. Il fallait lui donner d’autres dimensions, les seules qui lui convenaient : celles d’un personnage de roman. Ainsi est née la collection
« Le Commissaire François », dont « Cause toujours... » est le premier volume.

Quand on connaît Pierre Dac, que l’on s’imagine ou que l’on a déjà entendu ses délires radiophoniques, on est en droit de s’attendre, dans un roman de son compère, à un humour déjanté digne des feuilletons qui naviguaient sur les ondes d’antan.

Je vous rassure, ou je vous déçois, tout dépendra, cela n’est pas le cas du tout dans ce roman et, du coup, dans la série.

Effectivement, rien n’est plus sérieux que « Cause toujours... ». Sérieux, mais pas chiant, ni pontifiant, ni lénifiant...

Non. Que nenni ! Louis Rognoni ne navigue pas aux antipodes de ses habitudes à travers ce roman, mais il met l’humour de côté, du moins, l’humour pour l’humour, l’esprit potache, le plaisir des jeux de mots et tutti quanti...

Louis Rognoni nous livre ici un vrai roman policier avec un véritable personnage ayant une véritable identité, un esprit et une méthode.

Je ne connais pas le feuilleton radiophonique qui inspira la série à Louis Rognoni, je ne peux donc pas juger de la filiation entre les deux. Mais force est de constater que Louis Rognoni, à travers ce premier épisode, parvint à poser un personnage, un duo, même, avec l’inspecteur Piju, le second du commissaire François, une ambiance et même un style.

Car l’auteur semble s’imprégner sans jamais singer, d’univers aussi dissemblables que ceux des enquêtes du commissaire Maigret et ceux des romans d’Albert Simonin, tout en ajoutant une touche à la Gabin, et probablement, même de François Périer. Cependant, je connais peu l’acteur que fut François Périer à l’époque du feuilleton téléphonique, mais il est vrai qu’on peut y trouver du Périer d’après (que je connais mieux) dans ses rôles dans « Le Samurai » ou « Police Python 357 », du moins, dans le charisme du personnage.

Louis Rognoni ne se contente pas de proposer un personnage, il développe également une intrigue, intrigue, certes, limitée par la taille du roman (40 000 mots), mais qui a le mérite d’exister et de faire se poser des questions au lecteur.

Quant au style, ni indigent ni indigeste, il est parfaitement maîtrisé et, surtout, adapté au format et au genre, à la façon d’un vieux briscard.

Au final, un bon premier épisode qui pose parfaitement un personnage principal intéressant et attachant. À suivre...

Le suspendu de Conakry

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 Il est parfois des rencontres qui ne sont dues qu’au hasard.

C’est une nouvelle fois le cas avec Aurel Timescu, le consul de France né de la plume de Jean-Christophe Rufin.

C’est en survolant les nouvelles critiques littéraires déposées sur un site regroupant des passionnés de lecture que je tombais, presque par hasard, sur une critique dithyrambique sur « Le suspendu de Conakry », le premier tome d’une série policière mettant en scène l’étrange personnage qu’est Aurel Timescu, un roumain ayant obtenu la nationalité française et devenu Consul de France dans divers pays dont, pour ce premier opus, la Guinée.

Raaa, si vous lisez mes différentes critiques, vous savez désormais que je ne lis que du roman policier de langue française et que je raffole des personnages récurrents, encore plus, lorsqu’ils sont atypiques.

Pourtant, voilà bien un livre sur lequel je ne me serais jamais penché (sans cette critique) tant la couverture de me donnait pas envie de découvrir le texte qu’elle est sensée défendre.

De plus, ne connaissant pas Christophe Rufin, n’étant pas spécialement attiré par l’univers des consulats ni celui des pays lointains, il y avait de fortes chances que jamais je ne me penchasse sur ce roman.

Mais comme les belles rencontres (comme les mauvaises et comme les anodines) sont souvent le fruit du hasard, c’est par le truchement d’un avis éclairé et passionné d’un lecteur que je me décidais à m’intéresser au petit Aurel.

Jean-Christophe Rufin, l’auteur, est né en 1952 et, en plus d’être écrivain, est médecin et, surtout, ancien diplomate et ambassadeur de France en Afrique. De plus, il est devenu membre de l’Académie Française.

Comme les auteurs ont souvent tendance à parler de ce qu’ils connaissent le mieux et à mettre leurs expériences au service de leur plume, il n’y a donc rien d’étonnant que J.C. Rufin ait développé un personnage de Consul ni que celui-ci exerce en Afrique.

Pourtant, le personnage d’Aurel Timescu est né sur le tard, en 2018 et n’a, pour l’instant, vécu que trois enquêtes : « Le suspendu de Conakry », « Les trois femmes du Consul » et « Les flambeurs de la Caspienne ».

Aurel Timescu, outre ses origines (pour un consul de France) a pour autres originalités, pour un enquêteur, d’être un petit gabarit, hyper sensible, timide, ancien pianiste de boxons et de porter des tenues d’un autre temps. Mais sa capacité première est de posséder une résistance hors norme aux vexations, aux critiques et aux remarques désobligeantes que son accent, son physique et sa vêture ne cessent de provoquer.

Le suspendu de Conakry :

Comment Aurel Timescu peut-il être Consul de France ? Avec sa dégaine des années trente et son accent roumain, il n’a pourtant rien à faire au Quai d’Orsay. D’ailleurs, lui qui déteste la chaleur, on l’a envoyé végéter en Guinée où il prend son mal en patience.
Tout à coup survient la seule chose qui puisse encore le passionner : un crime inexpliqué. Un plaisancier est retrouvé mort, suspendu au mât de son voilier. Son assassinat resterait impuni si Aurel n’avait pas trouvé là l’occasion de livrer enfin son grand combat contre l’injustice.

Aurel Timescu, roumain exilé politique en France, ayant subi la dictature de Ceausescu, obtient la nationalité française et un poste dans la diplomatie grâce à un mariage avec la fille d’un diplomate à laquelle il donnait des leçons de piano pour gagner quelques sous après une expérience qu’il trouvait dégradante de pianiste de bars à hôtesses.

Mais sa timidité, son physique et sa façon de s’habiller font qu’il est souvent méprisé par ses supérieurs, ce qui est le cas à Conakry, et, comme il ne peut être viré du fait de son statut, on le met souvent au placard.

Mais Aurel Timescu accepte son sort et passe son temps à rêver... à rêver d’énigmes, une de ses passions avec le piano et le vin blanc.

Aussi, quand, un matin, le corps d’un français est retrouvé suspendu par le pied au mat de son bateau dans la Marina de la ville, Aurel Timescu, sous couvert de faire son métier de consul de France, se lance dans une enquête qui va le consumer et le révéler...

Autant le dire tout de suite, la grande force de ce roman réside dans l’originalité du personnage d’Aurel Timescu. De par sa profession, déjà, car il est rare qu’un enquêteur soit diplomate. De par son passé et ses origines, ensuite. De par sa façon d’être, de se comporter, de s’habiller, enfin.

Si ce n’était son penchant pour l’alcool, malheureusement défaut chronique de la plupart des policiers et enquêteurs littéraires, Aurel Timescu serait l’image même de l’originalité.

Ce petit consul s’habillant avec une recherche d’un autre temps, d’un autre monde, et ce malgré une chaleur accablante, s’exprimant avec un accent prononcé, d’une émotivité et d’une timidité handicapantes, a tout du souffre-douleur, de l’homme que l’on méprise et que l’on sous-estime.

Mais Aurel Timescu fait avec et se plonge dans la musique et dans l’alcool pour oublier ou pour avancer.

Voilà donc pour le grand point fort : Aurel Timescu.

La plume de l’auteur est agréable et efficace et le milieu de la diplomatie suffisamment peu usité dans les romans policiers pour ajouter de la plus-value à l’ensemble.

Pourtant, force est de constater que je ne fus pas emballé pendant une bonne moitié du roman.

Non pas que la lecture soit indigeste, encore moins indigente ou que le personnage soit inintéressant. L’ambiance, plutôt bien rendue, n’était pas non plus la raison de cette réticence.

Les raisons de cette retenue viennent, selon moi, de l’intrigue, qui n’est pas folle, loin de là, et du personnage principal qui, dans la première moitié du roman, est, certes, attachant, mais peine à enthousiasmer le lecteur que je suis. Il ne suffit pas d’apporter des originalités à un personnage pour en faire un héros intéressant. Encore faut-il que ces particularités en fassent un enquêteur si ce n’est efficace, au moins, particulier.

Et c’est, effectivement, dès qu’Aurel Timescu dévoile sa façon d’enquêter, de réfléchir, de conclure et d’agir, qu’il prend alors sa pleine puissance et qu’il devient exaltant à suivre.

Malheureusement, dans ce premier opus, probablement du fait de devoir présenter progressivement le personnage, cette métamorphose intervient un peu trop tardivement.

Cependant, la première partie du roman est tout de même agréable à lire. On apprend à connaître Aurel Timescu, à l’apprécier, mais pas encore à le respecter en tant qu’enquêteur. Cela viendra après.

Mais je ne peux m’empêcher, avant de conclure, de revenir sur cette fameuse couverture qui aurait dû me faire fuir ce roman et que j’aurais, d’ailleurs, boudé, sans l’auteur de cette critique empreinte de passion.

Elle comporte tout ce que je déteste en matière de couverture, du moins dans la plupart des versions.

Déjà, je ne raffole pas des photos en couverture. C’est mon côté passionné de littérature populaire du siècle dernier et du travail des illustrateurs qui ont tant fait pour magnifier les ouvrages (Michel Gourdon, Gil Baer, René Brantonne...).

Ensuite, je déteste, par-dessus tout, quand le nom de l’auteur est plus grand que le titre du roman. C’est un roman que je veux lire, pas la bio d’un auteur.

Enfin, si je ne trouve pas nécessaire, loin de là, que la photographie de l’auteur soit placardée en 4e de couverture, je ne comprends pas le besoin de l’afficher en 1re de couverture. Là encore, c’est un livre que je veux lire, une histoire, avec un personnage, pas la bio d’un auteur.

Au final, s’il ne faut pas juger un livre à sa couverture et si l’habit ne fait pas le moine, il ne faut quand même pas pousser mémé dans les orties. Un bon roman prometteur pour la suite de la série, mais qui pêche par une intrigue un peu légère.

Luj Inferman' et La Cloducque

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« Luj Inferman' et La Cloducque » est la preuve indiscutable que l’auteur Pierre Siniac écrivait sous l’emprise de l’alcool... de la marijuana... de l’extasy... des amphétamines... de la cocaïne... des champignons hallucinogènes... de tous les psychotropes possibles et imaginables.

Ou alors, « Luj Inferman' et La Cloducque » serait la preuve que Pierre Siniac était totalement barré, ce qui semble être le cas, bien que cela n’empêche pas la prise de certaines substances en sus.

En 1971, Pierre Siniac, pour les besoins de la « Série Noire » des Éditions Gallimard, crée un improbable duo de personnages qui finiront par vivre 7 aventures en deux vagues, la première au début des années 1970, la seconde à la toute fin de la même décennie puis au tout début de la suivante.

Luj Inferman' est un traîne-savate qui renâcle au boulot, mais qui cherche toujours des combines pour gagner quelques sous et dont le passe-temps, semblerait-il, est de se faire cracher dessus par la population active et intégrée à la société.

La Cloducque est un géant ou une géante (sexe indéterminé et indéterminable) coiffée d’un chapeau cloche immonde, d’un pardessus dans un état indescriptible et les mains toujours plongées dans des gants de boxe.

Luj Inferman' et La Cloducque :

Luj est un traîne-savate, râleur, paumé, sadique à ses heures, petit truand combinard, qui manifeste à l’égard de la société une implacable lucidité. Quant à la Cloducque, son créateur explique qu’il proviendrait d’un vague rameau de l’arbre imposant et majestueux qui porte des gens comme Gargantua, Ubu, Oliver Hardy, le monstre de Frankenstein et les brutes obèses des burlesques américains ». « Siniac rejoint les moyens littéraires modernes, ceux de Céline, ceux de Beckett, mais chez lui il ne s’agit pas d’une référence d’intellectuel, mais plutôt d’un besoin bestial. » (Jean-Patrick Manchette) « Attention ! Ce livre parfaitement dingue franchit allègrement toutes les limites de la bienséance... Au total, c’est une entreprise de défoulement intégral, un dynamitage des structures romanesques, un attentat contre la morale et la civilisation. Vous avez déjà compris que je suis enthousiaste... Ou complètement fou ! » (Michel Lebrun) »

Luj, un traîne-patin dans un costard élimé trop petit pour lui, décide, pour gagner quelques sous, de se rendre dans la forêt d’Argonne dans l’espoir d’y découvrir des obus et autres déchets de la précédente guerre afin de revendre le tout à des ferrailleurs.

Mais, en lieu d’obus, il y trouvera La Cloducque, un géant hermaphrodite coiffé d’un crasseux chapeau cloche sur lequel il étale de la colle afin de prendre au piège des oiseaux qu’il avale, tout crus ou qu’il conserve, pour plus tard, dans une des grandes poches de son immense pardessus pouilleux. Ses mains sont continuellement enfoncées dans des gants de boxe.

Celui-ci lui explique que sa fille, Citronelle, a été enlevée en hélicoptère par d’anciens nazis et enfermée dans un couvent près d’Aix-en-Provence.

Il a pour but d’aller la délivrer et, pour cela, il va entraîner Luj avec lui, contre son gré, s’il le faut.

Que dire d’un tel roman ? Déjà, on pourrait se poser la question de savoir ce qu’il peut bien faire dans la « Série Noire » puisque le contenu n’est ni policier ni noir, mais d’autres romans d’autres auteurs pourraient susciter la même question.

« Luj Inferman' et La Cloducque » se révèle être un immense foutoir délirant dans lequel l’auteur s’amuse aux dépens de ses personnages et s’autorise à faire faire et faire dire ce qu’il veut à ses personnages sans soucis de cohérences, de crédibilité, ou de ligne directrice.

Pierre Siniac devait se marrer comme un petit fou en couchant sur papier ses délires (éthyliques ?), cela est indéniable et je serais tenté de dire que c’est là l’essentiel (je dis toujours qu’un auteur devrait d’abord écrire pour lui avant de penser à écrire pour les autres).

Mais, comme dans tous délires d’autrui, il faut les clefs ou la disposition pour entrer dedans à son tour. Si c’est le cas, alors, on se bidonne autant si ce n’est plus que l’auteur, sinon, on reste sur le bord du chemin en regardant passer les trains.

C’est un peu dans ce second cas de figure que je me suis retrouvé. Non pas que je déteste la gaudriole, les délires scripturaux et autres joyeusetés littéraires, bien au contraire, j’en raffole la plupart du temps.

Pourtant, force m’est de constater que Pierre Siniac, pour moi, est allé un peu trop loin dans ses extravagances, et ce malgré de bonnes idées de départ.

Non pas que j’ai détesté, je suis allé au bout de cette farce prosique, mais je ne peux pas dire que ce voyage, si peu ordinaire soit-il, m’ait convaincu d’en tenter un second, du moins dans l’immédiat.

La faute au manque d’une ligne directrice, me semble-t-il. Pierre Siniac et ses personnages font feu de tous bois à travers une histoire (je n’ose même pas parler d’intrigue) qui part dans tous les sens et ne parvient jamais (mais ce doit être volontaire) à contenir l’exubérance du duo.

Pas de pause dans ce récit qui ne navigue jamais sur un fil, mais sombre à chaque fois dans l’outrance (et je ne parle pas d’outrecuidance). Là, également, ce ne serait pas un défaut si, encore une fois, il y avait une ornière qui, parfois, remettait l’ensemble dans le droit chemin, histoire de souffler un peu entre deux gaudrioles, de s’attacher à un soupçon de rationnel, d’éviter d’être sans cesse à soupçonner la sobriété de l’auteur (sobre, il ne l’était pas dans son écriture et ses propos, assurément).

D’autant que partant d’un délire, l’histoire se poursuit en multiples délires pour se terminer dans un autre qui ne peut être un feu d’artifice final, un climax, tant il ne déroge pas à l’extravagance de tout ce qui s’est déroulé avant.

Car, le portenawak ne me dérange pas quand il est soit porteur de quelque chose (je n’ose pas parler de messages), soit quand il entre en contradiction avec le reste afin de renforcer ce délire.

Ainsi, la fin de « Des femmes qui tombent » de Pierre Desproges est un parfait exemple de Portnawak qui marque parce qu’il se démarque, même un tant soit peu, du reste du récit.

Un exemple plus frappant encore (car visuel), la scène finale du film « Dead or Alive » (pas le groupe de New wave ni les jeux vidéo et encore moins le film de Corey Yuen) le film de Takashi Miike de 1999.

Si l’ensemble de ce film est délirant, la fin parvient à être encore plus démentielle au point qu’elle en devient marquante (la preuve, bien des années après, je m’en souviens encore parfaitement). Certes, certains spectateurs auront détesté ce film (pas entrés dans le délire du réalisateur) et d’autres, comme moi, auront été à jamais imprégnés par cet OVNI cinématographique. Pourquoi ? Parce que le réalisateur parvient à offrir une fin encore plus extravagante que le reste de son récit.

Mais ce n’est pas le cas dans ce roman de Siniac dans lequel je dirais même que la fin serait presque plus sage que le reste.

Alors, oui, les deux personnages sont originaux (heureusement), surtout La Cloducque ; la plume de Siniac est agréable et délirante ; certains passages font sourire ; l’ensemble est bourré de bonnes idées, trop souvent aussitôt abandonnées ; c’est souvent amusant...

Mais ce n’est pas suffisant pour totalement me conquérir. Dommage !

Au final, un roman qui a probablement plus amusé l’auteur qu’il ne m’a amusé, ce qui n’est pas très grave en soit. En demeure de bonnes idées, un grand délire, une farce littéraire dans laquelle il faut totalement s’abandonner au risque de ne pas réellement l’apprécier.

Trop de détectives

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Et je poursuis ma découverte d’auteurs de récits policiers de langue française avec, aujourd’hui, Jacques Sadoul, un spécialiste de la littérature de genre.

Né en 1934, décédé en 2013, il fut directeur de collections et auteur d’anthologies et d’essais sur la littérature de science-fiction et policière ainsi que de romans dans les mêmes genres.

Pour le roman policier, s’il a été récompensé pour « Trois morts au soleil », c’est avant tout à sa série « Carol Evans » que je me suis intéressé.

Une fois n’est pas coutume, je n’ai pas débuté la série par le premier épisode (ils sont indépendants), mais par le 8e et antépénultième, attiré par le sujet et le titre : « Trop de détectives ».

Trop de détectives :

June McNally, une riche Californienne, a réuni des amis spécialistes du roman policier pour un jeu de rôles.

Assistée de Carol Evans, ex-agent de la CIA, elle doit être la victime d’un crime fictif. Les participants incarnent Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Maigret, Philip Marlowe, Columbo, Kay Scarpetta, Ellery Queen, le Père Brown, et devront mener l’enquête. Le jeu débute bien et chacun, satisfait, va se coucher.

Mais un tremblement de terre survient, le ranch est isolé du reste de la Californie.

Tout le monde se réveille alors. Sauf June McNally : elle est morte, poignardée. Carol Evans, huit enquêteurs, le shérif local, cela ne fait-il pas trop de détectives pour démasquer le coupable ?

En effet, parti d’une idée de base géniale : réunir sur une même enquête les plus célèbres détectives de la littérature. 

On pourra certes arguer qu’il n’est pas le premier à avoir eu cette idée et que Gabriel Bernard, presque 70 ans auparavant, l’avait déjà fait avec « Les cinq détectives ».

Mais là où Bernard réunissait des détectives (ou, pour l’occasion, leurs élèves), qui sont, à part Sherlock Holmes, depuis un peu tombés dans l’oubli (Nick Carter, l’inspecteur Lecoq, l’inspecteur Tony...) Jacques Sedoul, lui, choisit des personnages demeurés plus emblématiques (du moins, la plupart) en conviant toujours l’indétrônable Sherlock Holmes, mais également Hercule Poirot, Phillip Marlowe, Columbo, Maigret, Kay Scarpetta, Ellery Queen, le Père Brown.

Certes, je connais bien moins les 4 derniers, mais peu importe.

Tout comme Gabriel Bernard, pour pallier à la cohérence temporelle de faire se rencontrer tout ce beau monde qui n’a pas forcément vécu à la même époque, Jacques Sadoul use d’un stratagème malicieux.

Gabriel Bernard faisait intervenir des élèves des grands maîtres ; Jacques Sadoul, lui, utilisera le contexte d’un jeu de rôles pour faire revivre tous ces personnages à travers des personnes endossant leur personnalité.

Cette idée géniale est, sur le papier, propre à exciter la curiosité de tous les amateurs de romans policiers, pour peu que les détectives soient bien choisis, bien restitués et bien utilisés.

Ce serait malheureusement là où le bât blesse quelque peu dans ce récit.

S’il n’y a pas grand-chose à dire sur Sherlock Holmes ou Hercule Poirot, deux maîtres incontestés du roman de détectives, que tout le monde connaît dans l’hexagone, soit par les récits soit par les adaptations cinématographiques et télévisuelles, il n’en est pas de même, toujours dans l’hexagone, d’Ellery Queen, du père Brown ou de Kay Scarpeta.

De plus, cette méconnaissance de ces personnages annihile l’intérêt que peut avoir le lecteur à tenter de retrouver les tics de chacun comme il peut le faire avec Sherlok, Hercule ou même Columbo.

Alors, certes, l’histoire est censée se dérouler aux États-Unis où ces personnages sont probablement plus connus qu’ici et plus connus, même, que notre cher Maigret, mais le roman est destiné aux lecteurs français.

Outre la méconnaissance de certains personnages, on peut regretter la quasi-absence de certains, dont, notamment, l’un des plus connus d’entre eux dans notre belle contrée : le commissaire Maigret.

Celui-ci intervient peu et à part de bourrer sa pipe et de ne jamais parler, difficile d’apprécier sa présence.

L’autre point faible, du moins, un point qui m’irrite, c’est le personnage central du roman et de la série : Carol Evans.

Personnage féminin, conté par un écrivain masculin, cela n’a rien d’original ni d’étonnant.

Par contre, tout du long de l’histoire, je n’ai pu m’empêcher de ressentir que ce personnage féminin était mû par un esprit masculin, notamment à travers son idylle avec Ellery Queen.

Car, Carol Evans est une femme forte, certes, au sang froid, qui possède la science du combat et des armes... pas de soucis.

C’est également une belle femme à la poitrine opulente... toujours pas de soucis même si j’apprécierai que, de temps en temps, les héros ou héroïnes soient moches, pour changer.

Carol Evans est une lesbienne convaincue... no problemo.

Mais j’ai eu l’impression, à travers la plume de l’auteur et cette histoire d’amour charnel entre Carol Evans et Ellery Queen, que dans l’esprit de l’auteur, Carol Evans était lesbienne parce que, jusqu’ici, aucun homme n’avait su lui faire l’amour !!! réflexion purement machiste et rétrograde qui laisserait entendre, en faisant une généralité grossière, qu’il n’y a pas de femmes lesbiennes, il n’y a que des femmes mal-baisées.

Hérésie que cette idée qui ne peut naître que dans l’esprit étriqué d’un homme auquel ne viendrait surtout pas l’idée qu’un homme hétérosexuel puisse alors, sous certaines conditions, être attiré par un autre homme.

Bref, ne faisons pas de la psychologie de comptoir, mais, si j’ai toujours du mal avec les auteurs qui ne peuvent s’empêcher de faire intervenir des histoires de cœurs ou (et) de culs, dans des récits policiers sous prétexte de séduire la midinette ou d’exciter le mâle en rut, j’en ai encore plus quand cette relation naît d’un concept irrationnel.

Autre défaut, ce roman, entre une idée géniale, un début prometteur, et une excellente fin (que l’on voit tout de même un peu venir), souffre d’une certaine mollesse en son milieu.

Si on se délecte, un temps, de retrouver Sherlock Holmes et son esprit d’observation et d’analyse si bien rendus, le côté dédaigneux, hautain, égocentrique d’Hercule Poirot, les « M’dame » ou « Comme dirait ma femme » de Columbo, force est de reconnaître que le soufflet retombe un peu trop rapidement et que l’intrigue n’avance ni rapidement ni intensément.

Pourtant, on sent que l’auteur s’amuse, connaît son sujet (ses sujets), qu’il maîtrise le genre, mais il manque un peu de rythme et de rebondissements ou d’actions pour dynamiser son récit afin de le rendre plus addictif.

On peut également reprocher les nombreux clichés sur les personnages, notamment sur les personnages féminins qui sont soit dévergondés, soit d’une chasteté et d’une pudibonderie excessive, mais qui sont forcément jaloux de celle qui a de plus gros seins.

Heureusement, le roman se termine de façon excellente même si on la voit venir et qu’elle s’appuie une nouvelle fois sur un personnage excessivement servi par les clichés.

Au final, malgré les nombreux défauts cités, ce roman qui part d’une idée géniale pour arriver à une fin excellente en passant par des moments enthousiasmants, de par sa petite taille, se lit avec plaisir, mais avec quelques regrets.

08 octobre 2020

Le timbre à 1 euro, vous y croyez ?

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« Le timbre à 1 euro, vous y croyez ? »

Fut un temps pas si lointain, j’aurais ri à cette question.

Aujourd’hui, la même interrogation me ferait presque pleurer.

Car, oui, le timbre à 1 euro est envisageable. Pire, on y est quasiment.

Désormais, depuis le mois de mars de cette année (2020), le simple timbre coûte 0,97 euro.

C’est dire que dès l’année prochaine, ce même timbre dépassera allégrement ce seuil de 1 euro que l’on n’aurait jamais cru le voir franchir il n’y a pas si longtemps.

Il faut dire que discrètement, sans faire de bruit, La Poste augmente régulièrement ses tarifs (au moins tous les ans).

Vous me direz que La Poste était autorisée, pour faire face à la baisse des volumes de courriers à transporter, à augmenter ses tarifs de 5 % par an jusqu’en 2022.

Peut-être, mais la dernière augmentation en date dépasse les 10 %, celle de l’année précédente était déjà de 10 % et encore plus l’année précédente.

Aujourd’hui, le timbre vert est donc à 0,97 euro. En 2015, le même timbre coûtait 0,68 euro soit une augmentation de plus de 45 % en 5 ans.

En 2010, le timbre vert était de 0,53 euro.

En 10 ans, le timbre vert a donc augmenté de 83 %

Bravo !

La justification ? Il faut compenser la baisse du volume du courrier !

Ahhh, ouais, moins de gens envoient du courrier, alors, tu les dissuades d’en envoyer encore en augmentant fortement les prix : intelligent comme méthode et probablement efficace.

Mais si ce n’était que le prix du timbre qui augmentait ! Mais non, vous vous doutez bien que tout augmente, de nos jours, ma bonne dame (et mon bon monsieur) et le reste des tarifs pratiqués par La Poste de la même façon.

Ainsi, pour prendre mon cas personnel de micro éditeur, considérons les tarifs colissimo pour les envois de livres. Sachant qu’il n’y a plus de tarifs spécifiques pour ces envois et que, même si, paraît-il, La Poste rechigne moins que fût un temps à accepter les envois de livre en mode courrier (à condition que le livre ne dépasse pas l’épaisseur de 3 cm), la plupart des livres doit être envoyé par colissimo (si l’on ne veut pas passer par la concurrence et le système de point relais).

Aujourd’hui, pour envoyer un petit livre par La Poste en colissimo, il vous en coûtera (il m’en coûte) 6,35 euros (et encore, des petits livres format 14X21 d’à peine plus de 200 pages).

Faisons un peu de mathématiques appliquées :

Sachant que M. Dupont, petit éditeur, décide d’envoyer un livre de 200 pages pesant 350 grammes par le service colissimo à son client, M. Durand, combien lui en coûtera-t-il ?

6,35 euros ! Bonne réponse.

Maintenant, sachant que le livre de M. Dupont coûte 10 euros et qu’entre tous les frais annexes à la création de ce livre, sa marge se monte au maximum à 5 euros, combien M. Dupont, petit éditeur, gagnera-t-il à vendre son livre par correspondance ?

– 1,35 euro ! Bravo, encore bonne réponse. M. Dupont perd donc 1,35 euro pour envoyer son livre.

Autre Problème : pour compenser cette perte et continuer son travail sans en être de sa poche, M. Dupont fait participer M. Durand aux frais d’envois à hauteur de 4 euros. Combien M. Dupont gagnera-t-il à la fin ?

2,65 euros

Mais, tenant compte du fait que M. Durand hésite entre deux ouvrages, au même prix, dont un est disponible sur Amazon et l’autre chez M. Dupont, petit éditeur, quel livre, pensez-vous, M. Durand achètera-t-il sachant qu’Amazon facture 0,01 euro de frais de port là où M. Dupont est obligé de facturer 4 euros ?

D’un côté, 10,01 euros le livre, de l’autre, 14 euros, le choix sera vite fait.

Merci La Poste.

Pendant que les salaires augmentaient de moins de 15 % en une décade, les tarifs de La Poste, eux, suivaient une progression de plus de 80 %. Cherchez l’erreur.

Alors, oui, les gens envoient moins de courriers depuis qu’ils ont tous un téléphone portable pour appeler les amis et la famille ou leur envoyer des SMS et autres joyeusetés virtuelles via les smartphones ou les ordinateurs et Internet.

Oui, il y a quelque temps (longtemps, déjà), la VAD (vente à distance) concernait quasi exclusivement La Redoute, les 3 Suisses et tous ceux qui vous envoyaient leurs gros catalogues par La Poste pour vous inciter à commander.

Mais, désormais, les ventes à distance font que de plus en plus de colis sont envoyés, que de plus en plus de monde commande toutes sortes de choses sur Internet, des petites, des grosses, des énormes.

Ce volume d’objets transportés est sans cesse en augmentation, a même fait la fortune de Jeff Bezos (le patron d’Amazon), et celui de nombreux sites, mais profite également à de très nombreux particuliers qui vendent ce dont ils ne se servent plus.

Bien évidemment, les bénéfices de ce marché échappent en grande partie à La Poste, du fait de ses tarifs trop élevés ou des prix préférentiels accordés.

Ainsi, c’est de plus en plus fréquent que les vendeurs non professionnels (et même les autres) vous proposent voire vous imposent des envois via des concurrents de La Poste, et par le truchement de points relais.

C’est, certes, moins pratique d’avoir à se déplacer à ce point relais (surtout quand tu habites un petit village et que le premier point relais se trouve à plusieurs kilomètres de chez toi) et d’avoir à se plier à des horaires d’ouvertures plutôt que d’aller voir dans ta boîte aux lettres (qui généralement est à ce point proche de chez toi, qu’elle est chez toi) si ton colis s’y trouve.

Mais c’est moins cher. Parfois, bien moins cher.

Du coup, La Poste se trouve encore protégée en partie par cette contrainte (notamment dans les campagnes où mugissent ces féroces soldats...). Mais, tout de même.

Car La Poste oublie un peu trop facilement que la livraison du courrier, même si elle représente une grosse part de son travail, n’est pas sa seule activité et que les autres dépendent également de l’image qu’elle donne.

Avant, La Poste était synonyme de service public. Et dans « service public », il y a service, en direction du public. Ainsi, tu fais plus facilement confiance à quelqu’un qui te rend service, même si tu le payes pour ça, qu’à quelqu’un qui fait un taf pour lequel il est payé. Au final, c’est la même chose, mais pas dans l’esprit des gens.

Et quand tu as besoin d’autre chose (un abonnement téléphonique, un service bancaire, une assurance, crédit...) tu te tourneras plus facilement vers ce quelqu’un qui te rend service au quotidien plutôt que vers un autre. 

Mais à terme ? Si le service de livraison décline au point que plus personne n’utilise ce service et n’a donc plus de contact avec le facteur régulièrement, aura-t-il encore le réflexe de se tourner vers La Poste pour des services qui ne font pas partie de sa fonction de base alors qu’il ne lui fait plus confiance pour la fonction pour laquelle elle fût créée ?

C’est, je pense, à terme se tirer une balle dans le pied et ne cesser de faire reculer le problème tout en le laissant grossir jusqu’à ce qu’il devienne inamovible.

En tout cas, c’est plomber l’activité de petites entreprises qui n’ont pas réellement le choix que d’assumer ces incessantes augmentations des tarifs de La Poste. Et pour ce faire, deux choix possibles, impacter les augmentations au client en les répercutant sur la participation aux frais de port au risque de le dissuader de vous commander un article ou bien en les répercutant sur vos frais et faire baisser votre marge bénéficiaire jusqu’à ce que la situation soit intenable (ce qui est déjà le cas).

Bref, il y a de cela quasiment 8 ans (à quelques jours près), sur ce même blogue, j’écrivais un article pour dire combien les tarifs de La Poste étaient difficiles à assumer pour un petit éditeur.

8 ans plus tard, le constat s’est encore noirci et j’avais raison quand je disais que ces tarifs allaient finir par tuer les petits éditeurs, la preuve, depuis plusieurs années, maintenant, OXYMORON Éditions s’est tourné vers l’édition numérique et notre catalogue papier ne compte quasiment plus de nouveau titre depuis plus de trois ans.

Alors, à quand le timbre à 2 euros ???

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04 octobre 2020

Le troisième larron

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Chaque génération de lecteurs a sa collection de romans policiers cultes ! Même si certaines s’étalent sur plusieurs générations.

Dans les années 1920-1930 : « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi.

Depuis les années 1930 (1927 pour être précis) : Le Masque par la Librairie des Champs-Élysées.

Depuis 1945 à nos jours : La Série Noire chez Gallimard.

Depuis les années 1950 à 1980 (1949 à 1987), la collection « Spéciale Police » chez Fleuve Noir.

Et tant d’autres.

« Le troisième larron », le titre du jour, fait partie de cette dernière collection : « Spéciale police » chez Fleuve Noir (dans laquelle parut également San Antonio) en 1964 (n° 425). Il est signé par l’un des piliers de la collection : Roger Vilard.

Roger Vilard a destiné la plupart de sa production à cette collection en signant plus d’une cinquantaine de titres.

Le troisième larron :

Paul et Maurice sont amis et collègues de travail.

Chaque vendredi, ils transportent la paie des ouvriers dans un vieux véhicule.

Paul est marié avec Gisèle. Maurice est amoureux de Gisèle. Gisèle couche avec Maurice, par dépit, pour oublier la vie de misère qu’elle mène avec un homme sans ambition et dévoré par la passion du jeu.

Aussi, un jour, Gisèle propose un plan à Maurice : se débarrasser de Paul, durant un transport de fond, prendre l’argent et faire croire qu’ils ont été attaqués par des bandits.

Mais le plan ne va pas se dérouler exactement comme prévu...

Roger Vilard revisite le trio mythique des plus grandes tragédies de tous les temps : le mari/la femme/l’amant.

Comme on n’est jamais mieux trahi que par ceux en qui on a le plus confiance, l’amant se doit alors d’être l’ami du mari.

À partir de cette base commune à nombre de drames, l’auteur tisse une intrigue autour d’un transport de fonds, d’une fausse attaque de bandits, de petits grains de sable qui enraie les meilleures machines...

Pourtant, il faut bien reconnaître, l’auteur nous livre là un plat qui, s’il n’est pas indigeste, est d’une fadeur certaine, la faute à des ingrédients d’une banalité confondante et manquant de sel et de rondeurs.

Les personnages (à l’exception de Léon la Fleur) sont pour le moins inintéressants. Les amis, le joueur, l’amoureux transit, la femme en mal de luxe, le manque de scrupules de l’une, de l’autre, la naïveté du troisième...

L’intrigue à la fois trop simple, fonctionnant sur trop de coïncidences, et manquant d’un réel intérêt, d’un suspens certain.

La scène finale qui a bien du mal à tenir debout, mais qui a la décence d’être très (trop ?) concise.

Le style, au diapason du reste : relativement fade.

Que reste-t-il alors ? Un met qui ne porte pas sur l’estomac, mais qui ne titillera pas les papilles et qui remplit juste l’office de boucher un petit trou, mais sans plus.

Du fait « Le troisième larron » se lit sans réel déplaisir d’autant que le roman est très court, mais sans jamais apporter un petit plus au lecteur qui se contentera du minimum syndical.

Heureusement, il faut reconnaître une grande qualité à la plupart des titres des éditions Fleuve Noir : les illustrations de couvertures de Michel Gourdon qui, comme toujours, sont magnifiques. Raaa, comme les illustrateurs d’autrefois manquent aux éditeurs d’aujourd’hui...

Au final, un roman petit dans sa forme et dans son fond.

La nef des dingues

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« La nef des dingues » est un roman de Jean Amila, alias Jean Meckert, alias « Excellent auteur à suivre » (même s’il y a peu de chances qu’il sorte prochainement un nouveau roman du fait d’être mort il y a bien trop longtemps : 1995).

Jean Amila est un auteur que l’on ne devrait plus avoir à présenter, aussi, si vous ne le connaissez pas, je vous invite à surfer sur Internet pour en savoir plus.

Sachez tout de même que l’auteur, né en 1910, commença à écrire au cours des années 1930, qu’il fut publié chez Gallimard en 1941 pour un roman écrit en 1936. Succès pour le roman, mais succès un peu sans suite qui pousse l’auteur à écrire pour la littérature populaire et, notamment, fasciculaire (sous les pseudonymes, entre autres, de Mariodile et Marcel Pivert, sous lequel il écrira, aux côtés de Henry Musnik, alias Gérard Dixe, des aventures du commissaire Lenormand). 

C’est la rencontre avec Marcel Duhamel, en 1950, alors directeur de la collection « Série Noire » chez Gallimard, qui va bouleverser la vie de l’auteur et faire de Jean Meckert, Jean Amila.

Effectivement, à la demande de Duhamel, Jean Meckert écrira « Y’a pas de Bon Dieu ! » un roman à l’origine publié comme étant une traduction de Jean Meckert d’un texte de John Amila (la collection publiait alors quasi exclusivement des traductions de romans américains).

Par la suite, John Amila deviendra Jean Amila et écrira les romans que l’on connaît ou que l’on devrait connaître.

« La nef des dingues » paru en 1972 dans la collection « Série Noire » est l’occasion de faire connaissance avec l’inspecteur Édouard Magne, alias Doudou Magne, alias Géronimo, un flic anticonformiste, aux allures de hippies, cheveux longs (d’où son surnom), veste à franges, sandales, ne se déplaçant que sur sa fidèle moto, une Norton 750. Il est peu apprécié de ses collègues, excepté de son supérieur, et déteste en général les autres flics qu’il pense trop au service du pouvoir et pas assez des opprimés.

On retrouve Géronimo dans deux autres romans de l’auteur : « Contest-flic » et « Terminus Iéna »

La nef des dingues :

Doudou MAGNE, alias Géronimo, passerait partout inaperçu avec ses cheveux longs, ses sandalettes et sa moto...
Sauf à la Brigade criminelle, où il est O.P., Car on conçoit mal qu’un flic puisse être hippie fleuri, à bandeau indien sur le front et insigne pacifiste sur la poitrine... Même s’il embarque sur un bateau ivre dont le nom évoque la fin du monde.

Faisons donc connaissance avec Doudou Magne alias Géronimo... mais pas tout de suite, car le roman nous présente d’abord un couple de paumés, la jeune Bri (pour Brigitte) entichée du Batave Dorf, peintre sans succès et, surtout, sans envie de travailler.

Voilà deux ans que la jeune femme loge et nourrit son gros nounours fainéant quand celui-ci, décide de changer un peu de vie et veut partir à l’aventure... aventure qui va tourner court puisque, pris en stop, avec Bri, par un chauffeur un peu bas du front, Dorf, le pacifiste Dorf, le doux Dorf, lui fout une raclée et lui vole son camion avec de retourner penaud dans les pénates de Bri.

Mais son destin a changé sans que personne, même lui ne s’en rende compte et Bri, pour satisfaire ses envies d’autres choses, décide de reprendre contact avec une ancienne copine qui, plus chanceuse, s’est maquée avec un vieux et riche promoteur immobilier.

Elle fait croire au couple nanti que l’exposition de Dorf à Paris a remporté un immense succès et qu’il est désormais plein de fric qu’il veut claquer dans un bel appartement ou dans un bateau, afin de profiter des largesses du mec de sa copine et, pourquoi pas, d’une croisière sur le petit yacht du promoteur.

Mais le promoteur immobilier se trouve sans le sou, ayant plongé dans une arnaque dont il est devenu le dindon de la Farce et le bouc émissaire, promis à des poursuites et des condamnations, et celui-ci est bien décidé à fuir le pays sur son bateau... qui a disparu, emprunté par deux adolescents...

Et voilà comment une dramatique aventure va pouvoir débuter...

Effectivement, si le roman est l’occasion de découvrir Doudou Magne alias Géronimo, celui-ci s’avère ne pas être le héros de l’histoire, et ce pour deux bonnes raisons. La première, déjà évoquée, est son apparition tardive. La seconde, la primordiale, est que ce roman ne comporte aucun héros.

Car tous les protagonistes de cette histoire sont, peu ou prou, des paumés, qui vont se révéler, à eux-mêmes ou aux autres, au fur et à mesure des évènements.

Bri, fille d’aspect maladive, amoureuse par nécessité, par piété, ne cherche qu’à sauver quelqu’un et s’éprend de qui aura besoin d’elle, occultant tout le reste.

Sosso, la compagne du promoteur, une jeune femme pleine d’attraits, a trouvé dans cet homme bien plus vieux, un peu plan-plan, pas très beau, la sécurité d’une bonne situation.

Bob et Pipou, les deux ados voleurs de bateau, s’avèrent être des criminels sans scrupules, le premier étant la tête, le second, l’exécuteur qui, à coup de sac de jute rempli de billes, éclate le crâne des petites vieilles pour leur piquer leurs économies.

Nono, le promoteur sombre dans la déchéance en découvrant qu’il a participé à un projet immobilier n’étant qu’une arnaque dont il devient le bouc émissaire et pour lequel il a perdu tout ce qu’il avait, sauf son bateau. L’homme ne s’est pas remis de la mort de sa précédente femme et sombre lentement dans un mysticisme forcené.

Les deux flics, lancés sur les traces du promoteur pour récupérer à tout prix les documents en sa possession qui peuvent éclabousser des gens hauts placés s’avèrent être des flics sculptés dans le type du militaire obéissant et sans morale ni scrupules.

Puis vient Géronimo, un flic pas comme les autres, qui refuse le conformisme de son métier et, surtout, d’être au service du pouvoir. Mais, malgré sa dégaine, sa bonne volonté, il s’avère impuissant à endiguer une spirale infernale qui se terminera forcément dans le sang. Il a connu Bri, dans le passé et sent qu’elle trempe dans quelque chose qui la dépasse et va tenter de l’en sortir.

Jean Amila signe ici un roman qui ne fonctionne pas tant sur l’intrigue que sur l’ambiance et les personnages.

Car l’auteur nous propose une galerie de personnages très intéressante dans laquelle les hommes (excepté Géronimo) vont sombrer dans la violence et le meurtre, mais pour des raisons différentes.

Dorf, pacifiste et doux, va rapidement s’enivrer de l’impression de puissance consécutive à l’agression du chauffeur, se rendant compte du plaisir d’avoir le dessus sur un autre être, si faible soit-il.

Non, lui va plonger dans un mysticisme meurtrier.

Quant à Pipou, le joueur de billes, le personnage le plus intéressant du roman, va, lui, se révéler aux autres, leur révéler sa véritable personnalité longtemps cachée derrière une veulerie et une soumission feinte.

Tous vont devenir fous ou folles, de haine, de rage, de violence, d’aveuglement jusqu’à un final où la révélation sera sanglante...

Le lecteur sent monter lentement la folie et la violence chez les uns et chez les autres et, tout comme Géronimo, assiste impuissant à cette explosion meurtrière.

Le bateau, point central de l’histoire, point de rencontre entre les personnages, point d’émergence de la violence et de la folie de certains ou de révélation de celles des autres, agit comme un catalyseur.

Le jeune Pipou est donc le personnage le plus travaillé et le plus intéressant du roman. Longtemps considéré par les autres comme un être chétif martyrisé par un ami qui le poussait au crime, le garçon se révèle bien différent. Et cette révélation se fait à travers un geste anodin qui fonctionne, tout le long de l’histoire, comme un gimmick, quand le gamin remplit lentement son boudin de jute de billes en acier, comme le hors-la-loi du Far West rempli le barillet de son revolver, laissant craindre un nouvel assassinat.

Ce geste, à la base enfantin, de ranger ses billes, devient celui d’un psychopathe, assoiffé de violence et de sang. Et, comme un homme auquel l’arme tenue à la main confère un sentiment de puissance et d’invincibilité, le gamin, la matraque à la main, devient un autre.

Mais « La nef des dingues » n’est pas qu’une galerie de personnage, ni même un brûlot contre l’économie et le capitalisme, ou une simple aventure, non, c’est avant tout un roman de Jean Amila (oui, pour moi, Jean Meckert est avant tout le Jean Amila de la « Série Noire »).

On y retrouve le style de l’auteur, mais également ses marottes (qui sont proches de celles de Géronimo), dont, notamment, son aversion pour l’autorité et les militaires. La plume, comme à l’accoutumée, est délectable, et ce, dans les moments calmes du récit tout autant que dans les scènes plus tendues.

Au final, est-il besoin de dire que Jean Amila est un auteur à redécouvrir d’urgence ? Un court roman qui offre un très agréable moment de lecture et une galerie de personnages hétéroclites et intéressants. Du Jean Amila !

La vie est dégueulasse

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Jusqu’à présent, je disais que j’aimais beaucoup Léo Malet parce que j’aimais beaucoup les aventures de Nestor Burma.

Je pourrais dire la même chose de Georges Simenon ou, il y a quelque temps encore, de Frédéric Dard.

Mais pour Frédéric Dard, j’ai testé d’autres romans que ceux mettant en scène son personnage emblématique qu’est San Antonio.

Par contre, pour Léo Malet et Georges Simenon, je ne m’étais jamais promené dans d’autres mondes que ceux de Nestor Burma ou du Commissaire Maigret.

Pour Léo Malet, je viens de franchir le pas en m’attaquant au premier opus de ce qui est considéré comme sa « Trilogie noire » : « La vie est dégueulasse ».

La « Trilogie noire » n’est en somme pas vraiment une trilogie, en tout cas, pas écrite en ce sens puisque si les deux premiers opus, « La vie est dégueulasse » et « Le soleil n’est pas pour nous » ont été écrits de façon assez rapprochée (1947 et 1948), le troisième, « Sueur aux tripes », lui, date de 1969.

Pourtant, ces trois textes ont été regroupés dans un recueil, une première fois dès 1969 puis, au début des années 1990, chez Fleuve Noir avec, en préface, un entretien mené par Jacques Baudou.

La vie est dégueulasse :

Comment affronter le destin quand la société, la misère, la malchance vous entraînent dans le banditisme et le crime ?

Dans le Paris prolétarien, Jean Fraiger, anarchiste en perte d’idéal, participe à une attaque de convoi de fonds, abat un des convoyeurs et achève un complice blessé. Un type ordinaire, diront plus tard les témoins de ses meurtres, un type à qui il semble égal de vivre ou de mourir.

Quelle fureur, quelle haine de lui-même pousse alors Fraiger à tuer des prostituées ? Dès lors, la vie de Gloria, la fille d’une de ses victimes, qui lui inspire un amour paralysant, est menacée. Qui est cet homme, anti-héros tragique, qui, selon Léo Malet, « par-dessus un abîme de cruauté et de tendresse, dresse le drapeau sang et nuit de l’inquiétude sexuelle ? »

Jean Fraiger, un jeune homme de frêle apparence, intègre une bande d’anarchistes pour attaquer un convoi de fonds afin d’apporter de l’argent à la cause des ouvriers en grève.

Lors de l’attaque, il dézingue deux hommes pour des raisons qui dépassent la simple légitime défense. Mais l’un de ses comparses, un beau gosse qu’il déteste, est touché par les flics et Jean Fraiger, fait croire à tout le monde, le blessé et les autres complices, qu’il est foutu et qu’il faut l’achever pour lui éviter de souffrir, ce qu’il s’empresse de faire non sans prévenir, avant, sa victime, qu’en fait, sa blessure n’est pas aussi grave.

Mais le coup sanglant n’est pas pour plaire aux ouvriers qui refusent l’argent et, alors, Jean, avec les deux compagnons qui ont survécu à l’attaque, décide d’œuvrer pour leur propre compte, pour se créer un bas de laine. Mais Jean a pris goût au sang, à la violence et à la célébrité que lui confèrent les articles de journaux...

Tout d’abord, je tiens à dire que j’ai été totalement conquis par la préface du livre dans laquelle Léo Malet se livre et nous raconte son parcours. Parcours passionnant dont je me suis délecté. J’aurais aimé que cet entretien durât plus longtemps alors que je ne suis guère friand, usuellement, des préfaces et encore moins des informations sur la vie des auteurs.

Passons maintenant au premier opus

Le récit est conté à la première personne dans un style sans concession, comme l’auteur ne fait aucune concession à son personnage principal. Très vite il lui ôte sa cape de Justicier qui use de la violence pour le bien d’autrui pour n’en faire qu’un type perdu qui ne trouve pour seul moyen d’expression que cette violence, car c’est le seul moment où il se sent important, le seul moment où les autres font attention à lui. Car, au final, Jean Fraiger n’a rien de bien intéressant à dire, à montrer, se contentant de répéter que « La vie est dégueulasse » comme si c’était un état de fait indépendant de sa volonté et contre lequel il ne pouvait rien. Or, sa vie est dégueulasse parce que l’homme est fourbe et lâche. Fourbe au point d’abattre un comparse parce qu’il a les faveurs des femmes alors que lui se contente de prostituées, lâche au point de n’oser avouer son amour à la seule femme qui compte à ses yeux...

Et il ne cesse de s’appuyer sur ce constat que la vie est dégueulasse, pour la dégueulasser encore plus. Jean dégueulasse d’ailleurs tout. Il dégueulasse sa vie, il dégueulasse celle de son ami, il dégueulasse l’amour, le sien, celui des autres...

C’est d’ailleurs un peu le souci du roman. Le personnage principal est à ce point détestable que le lecteur ne s’attache pas à lui (il manquerait plus que ça) et, du coup, il ne vibre pas face aux malheurs qui l’attendent.

Or, le récit étant à la première personne, je pense qu’il est important de pouvoir s’attacher au « héros » afin de ressentir un maximum d’émotions. Là, difficile de s’attacher à cet homme qui n’a pas grand-chose pour lui et on se contente de suivre ses pérégrinations sans jamais trembler, ou ressentir la moindre empathie.

Et cette distanciation, du moins pour moi, a été un frein au plaisir de lecture.

Dommage, car l’écriture sèche d’une plume plongée dans l’encre d’un noir absolu est plutôt agréable, que l’histoire, en elle-même, nonobstant le personnage central, n’est pas inintéressante, mais ce détachement entre moi et le conteur on fait que je n’y ai pas trouvé un plaisir réel. Pas d’ennui, cependant, ni de lecture rébarbative, mais juste une lecture sans émotion autre que celle des mots.

Au final, un roman court, sec, noir, qui pêche par la narration à la première personne par un être totalement détestable.

Les ogres

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Je continue ma découverte des auteurs francophones de récits policiers et il faut dire que j’ai été bien surpris de constater que je n’avais encore jamais lu de romans de Michel Lebrun écrivain pourtant surnommé « Le Pape du Polar » pour son érudition en la matière.

Michel Lebrun (1930 - 1996) : auteur, traducteur, scénariste, l’homme s’est fait avant tout un nom grâce à ses ouvrages consacrés au genre policier.

Pourtant, il laisse derrière lui une œuvre imposante entre ses romans abordant tous les sous-genres du roman policier, mais également ses scénarios et adaptations pour la télévision et le cinéma.

Si je n’ai guère vu les films adaptés de ses romans ou bien ceux dont il a écrit les scénarios, comment ne pas repenser à la série télévisée culte « Les Cinq Dernières Minutes » pour laquelle il a écrit plusieurs scripts.

Il me fallait donc enfin découvrir cet auteur, c’est du moins ce que je me suis dit en tombant, sur une librairie virtuelle, sur un commentaire enflammé d’un lecteur à propos du titre « Les Ogres ».

« Les Ogres » est initialement paru aux Presses de la Cité en 1971 avant d’être réédité dans au Masque dans la collection « Les Maîtres du Roman Policier » en 1989 puis, récemment, en numérique, comme d’autres romans de l’auteur, aux éditions French Pulp.

Les Ogres :

Blanquette de veau à ma façon : tremper les morceaux de viande dans la sauce, laisser mijoter une dizaine de minutes... Dans son charmant domaine de campagne, tante Virginie écrit ses célèbres livres de recettes. Pierre Armand, l’intendant, s’occupe du jardin et nourrit les chiens avec une viande quelque peu particulière. Et à l’étage, il y a le mystérieux bébé de Vi.

Virginie, belle quadragénaire, auteur de livres de recettes de cuisine, vit avec l’étrange Pierre-Armand, dans une demeure isolée, gardée par trois chiens agressifs.

Virginie passe régulièrement des petites annonces pour recruter une jeune bonniche. Régulièrement, car les jeunes femmes ne font pas long feu chez Tante Virginie, car, très vite, elles sont emmenées dans la chambre à l’étage où les attend un horrible destin...

Michel Lebrun nous propose là un court roman naviguant entre récit à suspens et récit horrifique.

Malheureusement, je ne serai pas aussi dithyrambique que le commentaire qui m’a encouragé à lire ce roman.

Non pas que celui-ci soit mauvais ou mal écrit, certes non, mais plutôt parce que l’histoire n’est pas, finalement, de celles qui m’attirent.

Effectivement, on sent que l’auteur maîtrise les genres (peut-être trop bien) et, notamment, ceux qu’il utilise dans ce roman. Et c’est peut-être de cela que vient ce sentiment de déjà vu dans tout ce qui se déroule ici.

Car on y retrouve un peu tout ce qui fait le genre (les genres), usités dans le récit.

Or, celui-ci, datant de 1971, est forcément précurseur et non suiveur, mais comme, à la lecture, l’histoire est difficile à dater (si ce n’est le téléphone à cadran), le lecteur (du moins, moi) ne prend pas conscience du fait que Michel Lebrun ouvre une voie et non l’emprunte après le passage de la cavalerie.

Les ressorts de l’intrigue (des personnages qui cachent un terrible secret, du monstre dans le placard, des personnages qui ne sont pas ce qui semble être, un personnage qui cherche un refuge, mais qui se jette dans la gueule du loup...) sont désormais lus et relus et, du coup, difficile de reconnaître à Michel Lebrun l’originalité de son histoire qui devait pourtant l’être en 1971.

De plus, à bien y réfléchir, l’intrigue, elle-même, s’inscrit que trop peu dans le genre « policier », ou, du moins, dans la partie floue qui relie ce genre aux autres.

Bien sûr, il y a des meurtres, du sang, des fuites, des recherches de personnes, de la violence, de l’incarcération, de la drogue... mais, pourtant, l’histoire, selon moi, s’inscrit dans un sous-genre qui n’est déjà plus réellement policier, du moins, pas le « policier » que j’affectionne.

Quant à la plume, si elle est habile et fluide, alléché par un commentaire rapprochant Michel Lebrun de Raymond Queneau, de Pierre Dac, de Pierre Siniac... je fus un peu déçu. Non pas que l’auteur ne soit pas de cette trempe, mais, du moins, ce roman ne lui permet pas vraiment de le démontrer.

Peut-être n’est-ce pas le roman par lequel j’aurai dû rencontrer Michel Lebrun !

Cependant, entendons-nous bien, ce roman ne m’a pas pour autant déplu.

Déjà, il a la qualité de ne pas être long.

Ensuite, parce que, même s’il ne correspond pas forcément à ce que je cherchais, il n’est pas déplaisant à lire.

Enfin, car, nonobstant ce que je lui reproche, il est indéniablement bon.

Au final, un bon roman qui ne m’était pas forcément destiné, ce qui diminue mon plaisir de lecture.

P.S. : À noter que French Pulp a une bonne démarche de vouloir numériser des auteurs tels que Michel Lebrun, Francis Ryck, G.J. Arnaud, Pierre Lesou et compagnie.

Mais je leur reprocherai le nom même de leur édition (défendre la littérature populaire française à travers un nom anglais...) quelques coquilles dans leurs éditions et, parfois, comme dans le cas d’aujourd’hui, des couvertures pas très alléchantes...

L'abominable neige des hommes

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Le commissaire François est un personnage créé par Louis Rognoni et qui a vécu 6 enquêtes sous la forme de courts romans en 1959 aux éditions Arthème Fayard.

Louis Rognoni est principalement connu pour avoir coécrit le feuilleton radiophone de 740 épisodes « Bons baisers de partout » avec Pierre Dac.

Question littérature, on ne lui prête que la série des « Commissaire François » et un autre livre, « La Joncaille ».

Le commissaire François est toujours accompagné de son fidèle adjoint Piju.

L’abominable neige des hommes :

Un meurtre sur un bateau-mouche, deux témoins, le commissaire François et son adjoint Piju, un trafic de drogue international... Le commissaire François va être confronté à un monde qu’il ne connaît pas. 

Le commissaire François et Piju se trouvent sur un pont enjambant la Seine juste au moment où un bateau-mouche va passer dessous. Les deux hommes se penchent et aperçoivent, à travers la vitre du bateau, un homme s’écrouler une balle dans la tête puis un autre sortir sur le pont et jeter quelque chose à l’eau. Problème François et Piju ne sont pas d’accord sur ce qu’ils ont vu.

On retrouve donc le commissaire François et Piju dans une seconde enquête, enquête dans laquelle ils seront à la fois des deux côtés de la barrière, de celui des policiers et de celui des témoins.

L’enquête démontre rapidement que toutes les personnes installées autour de la victime ont des accointances avec le monde du trafic de drogue au point qu’on en vienne à soupçonner un rapport avec un trafic international.

Le commissaire François va donc être confronté avec une affaire qui dépasse ses compétences et va, du coup, le faire sortir de l’ambiance qui lui allait si bien dans le premier roman.

Effectivement, le commissaire François, tout comme le commissaire Maigret, s’épanouit dans les crimes à taille humaine, les meurtres naissant dans la misère, qu’elle soit affective ou sociale.

Or, le trafic international n’est pas propice à cette atmosphère si pesante, si prenante.

Du coup, le commissaire François n’étant pas à sa place, il y a comme un malaise dans l’esprit du lecteur durant tout le roman. Et ce, même si, dans le fond, le crime n’était pas celui que l’on croyait.

Au final, difficile pour le commissaire François de captiver pleinement le lecteur, celui-ci n’étant pas dans son domaine de compétence.

27 septembre 2020

La mallette de cuir jaune

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« La mallette de cuir jaune » est à l’origine un fascicule de 32 pages de 7 600 mots publiés dans la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes dans la seconde moitié des années 1930.

Il est le 31e titre de cette collection qui en compte 96 et dont plus de 70 furent écrits par Marcel Priollet et signés de Marcelle-Renée NOLL (l’un des pseudonymes de l’auteur, de même que René Valbreuse, Henri de Trémières, R.M. de Nizerolles...).

Marcel Priollet fut l’un des grands piliers de la littérature populaire fasciculaires grâce à une immense production couvrant les genres à la mode à son époque d’activité (1910-1960) : policier, sentimental, aventures, science-fiction.

Si ses séries sentimentales ou dramatiques sont nombreuses, ses séries policières avérées le sont moins puisque je ne vois guère que « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs » de 10 et 8 épisodes publiés au milieu des années 40.

Pourtant, des textes policiers, Marcel Priollet en a écrit énormément, mais ceux-ci sont disséminés dans des collections policières généralistes comme « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi.

Mais si l’on s’attarde sur les récits de l’auteur publiés dans la collection « Les Grands Détectives » on se rend compte que celui-ci y fait vivre plusieurs personnages récurrents : le détective Sébastien Renard, le détective radiesthésiste Claude Prince, l’inspecteur de la Brigade Mondaine Bob Rex et l’inspecteur François Pessart (plus quelques personnages très très secondaires).

C’est l’inspecteur principal François Pessart qui est le héros du titre du jour.

LA MALLETTE DE CUIR JAUNE

Vinker, alias l’Alouette, une espèce de clochard sans âge, se fait un peu d’argent à la descente de l’autobus provenant de la Côte d’Azur, en proposant ses services pour porter les bagages.

Ce jour, c’est une jeune dame élégante qui lui demande de s’occuper de sa grande mallette de cuir jaune en le priant d’aller avec celle-ci, à la terrasse d’un bar, un peu plus loin, le temps qu’elle règle quelques formalités.

L’Alouette attend… attend… Sa cliente ne revient pas. Alors, il décide d’amener la valise dans sa pauvre chambre d’hôtel, s’imaginant ce qu’il pourra retirer d’un tel article et de son contenu.

Mais, quand il ouvre la mallette de cuir jaune, il a la désagréable surprise de découvrir qu’elle renferme des morceaux d’un corps humain découpé…

Effrayé, il se précipite immédiatement chez l’inspecteur François PESSART, un policier avec lequel il a déjà « collaboré »…

Un clochard se fait un peu d’argent en attendant, à Paris, à la descente du car, les passagers en provenance de Nice, pour leur proposer de porter leurs valises ou de leur trouver un taxi.

Une jeune femme demande au type de s’occuper de sa mallette et de l’attendre à une terrasse de bistrot en attendant qu’elle règle un petit truc. Seulement, une heure passe, deux heures passent et la cliente ne revient pas. Alors, le clochard ramène la valise dans sa chambre d’hôtel en se disant qu’il va tirer un peu de fric de ce beau bagage qui, peut-être, contient, en plus, des articles de valeur. Seulement, la valise contient un corps démembré sans la tête.

Le clochard, de peur d’être accusé, va voir l’inspecteur Pessart qu’il connaît bien pour lui refiler quelques renseignements de temps en temps...

« La mallette de cuir jaune » est sans doute l’exemple de ce qu’un auteur peut tirer de mieux d’un format aussi concis que celui des fascicules de cette collection qui naviguent entre 7 et 8 000 mots.

Avec une entrée en matière qui s’attache aux pas de Vinker, alias l’Alouette, un clochard qui gagne sa vie en portant des bagages, l’auteur nous livre un prologue plutôt agréable à suivre. À l’absence de la cliente et l’ouverture du bagage, il propose un mystère très intéressant qui plaira aux lecteurs même si ceux-ci se doutent que l’intrigue n’ira pas bien loin.

Reste alors à Marcel Priollet de poursuivre son affaire et de la résoudre.

Pour la partie investigation, réduite au minimum, pour égarer le juge et l’inspecteur Marchepied, le rival de Pessart, à qui l’enquête a été confiée, Marcel Priollet use de grandes coïncidences pour attirer les soupçons vers un faux suspect.

Pour permettre à l’inspecteur Pessart de résoudre l’enquête, l’auteur utilise tout autant le hasard fortuit.

Enfin, il donne la solution du problème via la confession du coupable, une habitude dans cette collection, habitude qui permet, en même temps que les hasards, de réduire le texte à son minimum et de ne pas dépasser le seuil des 8 000 mots.

On ne reprochera pas ces travers qui sont induits par le format.

Au final, un récit parfaitement construit pour entrer dans les clous et qui donne le maximum que le format peut offrir aux lecteurs.

Le suicide du Professeur Barjac

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Marcel Priollet, pour ceux et celles qui ne le sauraient pas encore, fut un écrivain de littérature populaire dont l’immense production, notamment dans les récits fasciculaires de tous genres (policier, sentimental, aventures, fantastiques) passionna les lecteurs pendant un demi-siècle dès 1910 sous divers pseudonymes : René Valbreuse, Henri de Trémières, Marcelle-Renée Noll, R.M. de Nizerolles, Gérard Dartis...

Si ses séries dramatiques ou sentimentales ne se comptent plus, celles, policières sont en apparence au nombre de 2 : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs » au milieu des années 1940 pour les éditions Tallandier.

Mais, dans les récits intégrant des collections policières, on peut, comme souvent dans le monde de la littérature populaire, retrouver des personnages d’un texte à l’autre sans qu’ils leurs aventures soient identifiées par une collection, un sous-titre ou autre signe de reconnaissance.

Pour Marcel Priollet, c’est notamment le cas dans la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes au cours de la seconde moitié des années 1930.

Effectivement, l’auteur a signé la grande majeure partie des 95 titres de cette collection, sous le pseudonyme de Marcelle-Renée Noll et, dans ces fascicules de 32 pages contenant des récits indépendants d’environ 7 à 9000 mots, il s’amuse à réutiliser plusieurs personnages dont, notamment : Claude Prince, le détective radiesthésiste ; Bob Rex, de la brigade mondaine ; le détective Sébastien Renard ; et l’inspecteur François Pessart.

Il n’est pas rare que deux ou trois de ces personnages apparaissent dans un même titre, l’un en tant que héros, les autres en tant que personnages secondaires.

Dans le cas de « Le suicide du Professeur Barjac », n° 24 de la collection « Les Grands Détectives », on retrouve l’inspecteur Pessart en personnage principal, l’inspecteur Bob Rex en personnage secondaire et le détective Claude Prince est juste cité.

LE SUICIDE DU PROFESSEUR BARJAC

Le docteur Barjac, sommité du monde de la toxicologie, est retrouvé mort dans son laboratoire par son valet.

En apparence, la victime se serait suicidée avec un revolver, mais les premiers éléments démontrent qu’il s’agit en fait d’un empoisonnement.

L’inspecteur François PESSART enrage que le juge ait confié cette affaire intéressante à un autre policier bien moins doué que lui et va faire son enquête de son côté afin de déterminer qui est responsable du « suicide du professeur Barjac »…

Un célèbre Professeur en toxicologie est retrouvé mort, suicide au revolver, du moins, selon les apparences. Effectivement, l’enquête démontre que le suicide est une mise en scène et que le Professeur a, en fait, été empoisonné.

C’est l’inspecteur Irem qui est chargé de l’enquête par le juge d’instruction, ce dernier étant certain que le meurtrier est le beau-frère de la victime.

Mais l’inspecteur François Pessart enrage, il aurait aimé s’occuper de cette affaire, étant persuadé que le suspect du juge n’est pas coupable.

Aussi, il va mener une enquête parallèle, juste pour son plaisir...

Il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas dans cette collection que l’on trouve les meilleurs textes de l’auteur. La concision nécessaire pour ces petits fascicules ne permet pas à l’auteur de proposer des intrigues ou des personnages intéressants.

De plus, le laxisme des éditions originales n’aide pas beaucoup non plus, il faut bien l’avouer.

Cependant, si ces textes n’avaient d’autre but, à l’époque, d’occuper de façon sympathique un petit moment de lecture à emporter sur soit, ils ont aujourd’hui un autre intérêt, celui de voir comment Marcel Priollet se débrouillait pour respecter les contraintes de concision.

Ainsi, pour le texte du jour (comme pour nombre d’autres), on peut constater que l’auteur use d’un personnage pour narrer les circonstances du crime, mais également sa résolution.

Ce procédé permet une concision que ne pourrait pas avoir un narrateur omniscient sans risquer que le texte en devienne indigeste. Alors que le même texte, mis dans la bouche d’un personnage, passe plus facilement.

La seconde astuce utilisée dans « Le suicide du Professeur Barjac » et dans d’autres titres est l’ellipse de temps. L’action se déroule, l’enquête piétine et, quelques mois plus tard, la solution tomber d’elle-même par un troisième procédé qui est souvent la confession du meurtrier ou d’un témoin.

Certes, l’ensemble ne donne pas un récit trépidant, on s’en doute, mais avec ces trois petites astuces, Marcel Priollet s’assurait de demeurer dans les clous et de ne pas déborder des 7 à 8000 mots que comportaient les fascicules de cette collection.

Quant à l’histoire...

Bon, dans le cas présent, pas grand-chose d’extraordinaire à se mettre sous la dent, Marcel Priollet livre le minimum syndical à tous points de vue.

Au final, un texte qui n’a d’autre but que d’occuper agréablement un petit moment de lecture.

Allô !... S. V. P.

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Je vous ai déjà tellement parlé de l’auteur de littérature populaire Marcel Priollet que je vais, cette fois-ci, faire court.

Marcel Priollet à partir de 1910 et pendant un demi-siècle, abreuva de nombreuses collections fasciculaires dans les genres à la mode à son époque : sentimental, aventures, policier et fantastiques.

Sa production est telle qu’il est difficile d’établir une liste exhaustive de ses textes publiés sous divers pseudonymes : Marcel Priollet, Marcelle-Renée Noll, R.M. de Nizerolles, Henri de Trémières, René Valbreuse...

Il écrivit plusieurs séries sentimentales et d’aventures jeunesse et, dans le genre policier, deux séries très intéressantes : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs ».

Toujours dans le monde du policier, il écrivit la majeure partie des 95 fascicules de 32 pages (textes de 7 à 9000 mots) de la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes, vers la fin des années 1930 sous le pseudonyme de Marcelle-Renée Noll.

Dans cette collection, on retrouve plusieurs personnages qui reviennent régulièrement : Claude Prince, détective radiesthésiste ; le détective Renard ; Bob Rex, inspecteur à la Mondaine... et l’inspecteur Pessart.

Parfois, ces divers personnages se croisent.

« Allô !... S. V. P. » est un titre mettant en scène l’inspecteur Pessart et dans lequel Bob Rex fait une apparition.

ALLÔ !... S. V. P.

Un étrange crime a eu lieu à l’Hôtel Bergère.

Un soir, un représentant de commerce loue une chambre, reçoit pendant une heure une jeune femme aux yeux vairons et, le lendemain, un homme y est retrouvé pendu.

Problème, le mort n’est pas le négociant !

L’inspecteur François Pessart, chargé de l’enquête, va tenter de débrouiller ce macabre tour de passe-passe…

L’inspecteur Pessart est chargé d’une drôle d’enquête. Un homme s’est pendu dans une chambre d’hôtel, mais le mort n’est pas celui qui a loué la chambre.

Courte enquête pour l’inspecteur Pessart, à peine 7 200 mots. Une enquête qui démontre, dans sa forme d’origine (corrigée en partie dans la réédition numérique) les méfaits d’un texte rapidement écrit et pas relu (ni par l’auteur, ni par l’éditeur).

En effet, le récit est plombé par plusieurs incohérences. Un coup le mort est moustachu, ensuite, il est rasé de près. Mais, surtout, les employés de l’hôtel ont dépendu le mort en coupant la corde, mais l’inspecteur Pessart, appelé par la suite, retrouvera le corps suspendu dans la chambre d’hôtel.

On passera également sur le principe même qui donne le titre à ce récit et cette façon plutôt absurde de donner des rendez-vous secrets. Et je passe sur la facilité avec laquelle l’inspecteur Pessart admet les révélations (on peut mettre cela sur le compte d’un besoin de concision).

Mis à part ça, on sait depuis le début que ce format très court ne permet pas à Marcel Priollet de pleinement s’exprimer d’autant que le travail éditorial d’origine n’arrange pas les choses.

Si le texte remplit son office d’occuper une toute petite heure de lecture, on lui préférera des textes plus longs de Marcel Priollet comme, par exemple, ceux de la série « Old Jeep et Marcassin ».

Au final, un texte qui ne restera pas dans les esprits, loin de là.