Loto Édition

26 septembre 2021

Les pourritures célestes

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De temps en temps, je me replonge dans les aventures du Poulpe, initié par Jean-Bernard Pouy, aux éditions La Baleine, sachant à l’avance qu’en piochant au hasard, j’ai de gros risque de tomber sur un roman moyen, voire, mauvais, mais toujours court, ce qui compense parfois.

Le hasard de mon choix s’est porté sur « Les pourritures Célestes » de Albédo, sans aucun doute un pseudonyme d’occasion d’un auteur ne voulant pas se dévoiler.

Le roman a été publié en 1998, n° 138 de la collection.

Sur Albédo, donc, néant complet, ce qui étaie mon hypothèse précédente.

Les pourritures Célestes:

C’est l’histoire d’un Poulpe qui a perdu le goût de se mouiller.

Aussi, quand la jeune actrice Stefany Desterrains tombe d’une falaise à Etretat, il va voir, mais à reculons.

S’immergeant à contre-courant dans un drame mythologique dont les acteurs baigneront ses nuits normandes de lueurs tragiques, il tentera de refermer ses tentacules sur Cetus, la monstrueuse baleine.

Alors seulement – après s’être fait tirer dessus à boulets rouges par l’ADCA et après avoir remporté un singulier combat contre Gabriel Lecouvreur – le Poulpe refera surface avec une certitude sereine : tout ce qui n’est pas encore vaine le sera bientôt. Dans cinq milliards d’années…

Gabriel Lecouvreur se rend à Etretat, pour voir l’aiguille et apprend que le matin même de son arrivée, une jeune actrice de télévision s’est jetée du haut de la falaise. Sans grande volonté, il va s’intéresser à l’événement pour voir de quoi il en retourne.

Abédo, quel que soit l’auteur se cachant derrière le pseudonyme, fait figure, dans ce roman, de bon élève, du moins dans les intentions.

Il est clair qu’Abédo a tenté un maximum de respecter la Bible développée par Jean-Bernard Pouy et de proposer aux lecteurs tous les passages obligés de la série.

Ainsi, on aura le droit au Pied de Porc à la Sainte Scolasse, normal, aux frictions avec Gérard, normal, à Sheryl, la coiffeuse, normal, au Polikarpov, l’avion que tente de faire remonter Gabriel, aux critiques sur la presse poubelle, sur la télévision, sur les institutions, les nantis, les bobos, les fachos (mais pas trop), etc.

Bien sûr, Gabriel Lecouvreur boit de la bière, lit des Haïkus, se bat (un peu) et se fait taper dessus (pas du tout).

Mais pourtant, même en voulant bien fait, Albédo ne nous propose qu’un roman assez ennuyeux, du fait d’une intrigue première totalement inintéressante (le suicide d’une jeune actrice de télévision) d’une intrigue secondaire pas plus exaltante (les arcanes d’une association de commerçants), et d’un coupable et d’un mobile très peu crédibles.

Difficile, d’ailleurs, de comprendre l’intérêt de mêler à tout cela la mythologie et l’astronomie à travers l’action d’une tierce personne voulant aiguiller Gabriel Lecouvreur sur l’affaire à l’aide d’un livre évoquant ces deux sujets. On se demande encore comment Le Poulpe fait la liaison entre les deux, il faudrait demander à l’auteur pour le savoir.

Si on ajoute à cela un manque certain d’humour, de répliques cinglantes (une seule notable dans tout le roman), difficile alors de séduire le lecteur que je suis.

Généralement, chaque auteur de la série tente d’apporter sa patte à la saga, soit par les lieux traversés, soit par une certaine perversion, dans le sens psychanalytique du terme.

Et c’est bien vers la psychanalyse que tend l’auteur puisqu’il rend Gabriel véritablement schizophrène, engageant un conflit ou du moins une dichotomie entre Gabriel Lecouvreur et Le Poulpe.

Durant tout le roman, ou presque, Gabriel avance sa réelle volonté, sans but, sans ennemi, ce qui conditionne beaucoup le lecteur qui, lui aussi, avance dans le récit sans réel enthousiasme.

Et quand Le Poulpe entre en action, ayant enfin trouvé son rival, les choses se décantent en quelques pages et l’on est tenté de se dire « Tout ça pour ça ? ».

Au final, bien que l’auteur veuille bien faire, il ne propose qu’un petit roman peu intéressant, dont le lecteur de la saga retiendra bien peu de chose si ce n’est une réplique (c’est peu en 160 pages).


Chewing-gum et spaghetti

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Charles Exbrayat (1906 - 1989) est un auteur de romans policiers au parcours assez classique pour cette profession.

D’abord journaliste, critique littéraire, il écrit ensuite des scénarios pour adapter au cinéma des romans de Simenon et autres puis écrit des scénarios originaux, pièce de théâtre avant de se lancer dans la carrière de romancier policier un peu par hasard.

Et comme le hasard fait bien les choses, qu’il fait le bonheur des policiers, mais aussi de certains auteurs, il remporte très vite le prix du roman d’aventures dès 1958.

Si Charles Exbrayat est réputé dans le monde du roman policier, s’il aime à manier l’humour et si certains de ses romans ont été adaptés plusieurs fois au cinéma et à la télévision (dont sa série « Imogène » qui vit au petit écran Dominique Lavanant interpréter le rôle-titre), je n’avais pourtant, jusqu’à très récemment (c’est-à-dire ma précédente lecture) jamais fait connaissance avec sa plume.

C’est par l’intermédiaire de « L’inspecteur mourra seul » que je découvrais donc le style d’Exbrayat.

Si ce roman m’enthousiasma, on ne peut pas dire qu’il brillait par son humour débridé. Aussi, eus-je immédiatement envie de tester un roman un peu plus léger de l’auteur et comme j’adore les personnages récurrents, mais que j’ai un peu de réticence envers Imogène (allez savoir pourquoi), je décidais de me plonger dans la première aventure du commissaire italien Tarchinini, Roméo de son prénom, un personnage qui intervient, entre 1959 et 1983, dans 8 enquêtes.

Chewing-gum et spaghetti :

Tarchinini est rond, gourmand, volubile et un rien frimeur ; il est marié à Giulietta, ancienne reine de beauté devenue la mamma par excellence, irrésistible et soupe-au-lait.

Chez eux la vie n’est pas de tout repos, mais un mot règne en maître, l’amour… Ah, l’amour… Pour le commissaire Tarchinini, il est même l’unique et formidable ressort de tous les crimes.

Et les crimes ne manquent pas dans l’Italie d’Exbrayat. On y poignarde, on y, étrangle, on y fusille même à l’occasion.
Aussi, quand l’enquêteur Leacok arrive à Vérone pour s’initier aux méthodes policières européennes, il ne comprend rien à rien.
Nul doute que sa froideur toute bostonienne fera des étincelles auprès de l’exubérance italienne de notre héros…

Cyrus A. William Leacok, un jeune américain spécialiste en droit criminel, décide, avant de se marier avec la fille d’un millionnaire, dans le but d’asseoir sa position et de lancer, ensuite, sa carrière politique, de faire le tour du monde pour comparer les méthodes policières de divers pays.

Son périple passe immanquablement par l’Italie et c’est à Vérone qu’il fait étape. Là, le grand chef lui propose de faire équipe avec son meilleur commissaire, Roméo Tarchinini, un homme rond et jovial dont rien ne peut entacher la bonne humeur.

Alors que le corps d’un homme est retrouvé, en extérieur, mort d’une balle dans la tête, bien que l’arme ait disparu, Leacok ne tarde pas à conclure au suicide alors que Tarchinini, lui, voit là un crime. Les deux enquêteurs vont alors confronter leurs avis, leurs méthodes, mais également leur éducation, leur patriotisme, leur mode de vie, tout simplement.

Un « policier » américain qui fait le tour du monde pour se confronter aux méthodes policières de différents pays, voilà qui n’est pas forcément nouveau dans le monde de la littérature populaire.

En effet, Marcel Priollet, un quart de siècle auparavant, avait déjà eu cette idée qui lui inspirait l’excellente série « Old Jeep et Marcassin » où l’américain se confrontait, non pas à un italien, mais à un policier français.

Mais Charles Exbrayat, du moins dans ce premier opus, ne se contente pas de proposer deux personnages différents, voire opposés, et de faire de cette opposition le sel du roman. Non, l’auteur, plus que deux personnages, confronte deux méthodes policières, deux points de vue, deux générations, deux ambitions, deux modes de vie, deux cultures… deux mondes.

Le Nouveau Monde, illustré par le flic bostonien et l’ancien, avec le policier italien.

Et pour ce faire, il est vrai qu’Exbrayat enfile les clichés, clichés sur la rigueur, le puritanisme, l’instinct de supériorité des Américains et ceux sur le laxisme, la bonne humeur, la frivolité, l’optimisme italien. Clichés que l’on subit dès le titre, le chewing-gum symbolisant l’américain et le spaghetti l’italien.

Si tous ces poncifs servent l’histoire à venir et, surtout, l’antagonisme puis l’affection entre les deux personnages, s’ils sont également le point d’ancrage de l’ambiance légère et de l’humour, ils n’en sont pas moins, au départ, un peu indigestes au point qu’ils n’altèrent un peu la lecture et l’intérêt que l’on peut en retirer.

D’ailleurs, j’ai eu un peu de mal à vraiment apprécier le texte dans les premières pages, n’étant pas convaincu par les personnages.

Pourtant, une fois ces premiers poncifs avalés, force m’est de reconnaître que je me suis laissé prendre par l’ambiance, les personnages, l’ensemble et que le plaisir de lecture est devenu indéniable…

Alors, oui, l’intrigue est simple, même si l’auteur nous propose quelques rebondissements, et on ne s’extasiera pas sur le suspens quant à l’identité du tueur.

Mais là n’était pas le but, sans nul doute.

En effet, Charles Exbrayat ne propose pas un « Thriller », mais bien un roman policier à l’ambiance humoristique.

Et il faut bien avouer qu’après quelques pages, celles posant les personnages et le conflit, l’ambiance et le plaisir sont bien présents.

Dès lors, on s’amuse des offuscations de Leacok, puis, plus encore, de celle de Valérie, sa fiancée, on sourit également devant les frasques de la famille Tarchinini, de Roméo, bien sûr, de Giuletta, sa femme, mais également des nombreux enfants.

On s’amuse également du laisser-aller, par moment, de Leacok, de son futur beau-père, et des gags récurrents dont le fameux « E un americano » que Tarchinini clame aux autochtones pour expliquer le comportement ou l’offuscation de Leacok.

En plus, l’auteur nous livre un pan de la culture gastronomique italienne à travers une liste non exhaustive de plats spécifiques du pays.

Au final, un roman policier léger et drôle dont le début, un peu indigeste, pose les bases permettant de mieux déguster la suite.

Le plus beau des bersagliers

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Ayant apprécié « Chewing-gum et spaghetti », la première enquête du commissaire Roméo Tarchinini de Charles Exbrayat, c’est tout naturellement que je me suis immédiatement tourné vers « Le plus beau des bersagliers », la seconde enquête du commissaire Véronais.

Pour rappel, Charles Exbrayat (1906 - 1989) est un scénariste et écrivain français ayant principalement versé dans le polar et dans l’humour.

La série « Les enquêtes du commissaire Tarchinini » comporte 8 titres publiés en 1959 et 1983 dans la collection « Le Masque ».

Le plus beau des bersagliers :

À Turin, Nino Regazzi, bersaglier dans l’armée italienne, est surtout connu pour son physique avantageux. Et il en brise des cœurs, Nino. Mais à trop jouer de son pouvoir de séduction, il attise jalousies et rancœurs.
Aussi personne n’est surpris quand les agents découvrent son cadavre pendant une de leurs rondes. Le plus beau des bersagliers avait beaucoup d’ennemis et les pistes sont nombreuses.
La police piétine, mais que le coupable ne se réjouisse pas trop vite, car Roméo Tarchinini, le célèbre commissaire véronais, est de passage à Turin… Au risque de passer pour caricatural, Tarchinini est le héros italien par excellence : bon vivant, exubérant, sentimental… Voilà un commissaire qui déteste la violence, voue une passion à sa femme Giulietta et pense que tous les crimes sont passionnels. Pour un Italien, en effet, pourquoi tuer si ce n’est par amour ?

Le commissaire Tarchinini est envoyé à Turin pour une sorte de stage et on lui adjoint l’inspecteur Zampol, un flic veuf, aigri et misogyne.

Un jour, trois jeunes femmes viennent au commissariat pour demander ce qu’elles risqueraient si elles tuaient un jeune homme qui les a trompées les unes avec les autres. Tarchinini les dissuade d’un tel acte et n’y pense plus jusqu’au lendemain où le corps dudit jeune homme est retrouvé poignardé dans la rue, proche de sa caserne. C’est qu’il était beau, le bersaglier, et il le savait, draguant toutes les belles filles du village, passant de l’une à l’autre.

Du coup, les suspects ne manquent pas. Outre les trois jeunes femmes, Tarchinini doit compter également dans le lot le frère d’une autre tombée enceinte et qui a menacé le soldat de mort s’il ne l’épousait pas… et d’autres encore.

On retrouve donc le commissaire Roméo Tarchinini fidèle à lui-même.

Désespéré par la départ de sa fille Giulietta, aux É.-U., avec son mari, rencontré dans le premier opus, Roméo, en plus, est séparé de sa première Giulietta, sa femme, puisqu’il est en mission à Turin.

Si, dans le premier épisode, l’auteur opposait deux hommes, deux méthodes, deux cultures… en les personnes de l’italien et celui de l’américain, ici, le lecteur a de nouveau le droit à une opposition entre deux hommes, deux caractères et deux cultures : celle d’un Véronais, en la personne de Tarchinini, et celle d’un Turinois, en celle de l’inspecteur Zampol.

Aussi, le roman fonctionne un peu sur le même principe que le précédent avec cette opposition entre deux visions du métier et des choses.

Le commissaire Roméo Tarchinini, s’il était le chantre de l’amour dans le premier épisode, prend encore du galon dans le second en se muant en entremetteur cherchant à caser son collègue en qui il devine un grand manque affectif.

En ce qui concerne l’intrigue, tout comme dans le premier épisode, celle-ci est simple (même si les suspects sont nombreux) et tourne (ou semble tourner) autour de l’amour.

Ce n’est effectivement pas le suspens qui passionnera le lecteur (l’identité du coupable ne peut être devinée à l’avance puisque l’auteur ne donne pas toutes les informations), mais bien une ambiance à l’italienne et un humour omniprésent.

On pourra regretter l’omniprésence du tic de langage « eh ? » que les protagonistes, quels qu’ils soient, ne cessent de clamer pour ponctuer leurs phrases.

Pour le reste, un épisode dans la lignée du précédent et qui ravira ceux ayant apprécié la première aventure de Roméo Tarchinini.

Cependant, comme toutes sucreries, je ne suis pas certain qu’on ne risque pas une indigestion à déguster les épisodes à la file les uns des autres.

Au final, un roman drôle autour d’un personnage sympathique et attachant.

L'inspecteur mourra seul

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Charles Hubert Louis Jean Exbrayat-Durivaux, plus connu sous le simple nom de Charles Exbrayat, est un auteur de romans policiers (et d’espionnage) français né en 1906, mort en 1989, principalement publié dans la collection « Le Masque » et également scénariste, coche toutes les cases des auteurs populaires sensés m’attirer.

Si on rajoute à cela un humour certain, je me demande encore pourquoi, à mon âge avancé (pas tant que cela, mais quand même) je n’ai encore jamais fait connaissance de sa prose ?

Peut-être à cause des adaptations télévisuelles avec Dominique Lavanant de ses aventures d’Imogène ? Probablement. Le côté un peu neuneu de l’ensemble n’était pas pour me donner envie.

Il a fallu un concours de circonstances (laquelle a gagné ? je ne sais) pour que je me plonge dans un roman de l’auteur.

Un titre qui traînait dans ma PAL depuis des lustres, un manque de temps pour chercher ma prochaine lecture, le fait que je l’avais extirpé des tréfonds de la pile, il y a quelques jours, pour le feuilleter ; des premières lignes qui ne me déplurent pas et hop, je franchissais enfin le pas pour faire connaissance avec la prose Exbrayenne.

« L’inspecteur mourra seul » est un roman policier paru en 1959 dans la collection « Le Masque ».

L’inspecteur mourra seul :

À cinquante-cinq ans, l’inspecteur Helmut Schwenke n’a plus beaucoup le goût pour vivre… La guerre les a épargnés, lui, sa femme et ses enfants, et leur petite maison de Hambourg…


Mais lorsqu’il est rentré du front de l’Est, il les avait tous perdus, plus sûrement que s’ils étaient morts…

La seule chose dont Helmut Schwenke soit fier, aujourd’hui, c’est d’avoir tiré la petite Annelore du gouffre où elle allait sombrer. Et Annelore est morte, assassinée… Alors, l’inspecteur qui ne croit plus à rien, et surtout pas à son métier, se jure de retrouver son meurtrier. Même s’il se condamne ainsi à une solitude irrémédiable…

L’inspecteur Helmut Schwenke et son ami Otto Hübner, deux flics vieillissant d’un commissariat du quartier Saint-Pauli, d’Hambourg, font figure de fossiles et de parias. Proches de la retraite, le second n’a plus goût à rien depuis la fin de la guerre, 13 ans auparavant, tandis que le premier ne reconnaît plus sa femme qui le rabaisse sans cesse et qui n’en a plus que pour leur fils, Rudolf, qui va bientôt se marier avec un beau parti.

Otto n’attend rien, ne redoute rien, pas plus la retraite que la mort. Helmut, lui, a deux craintes : ne plus pouvoir exercer son métier et n’avoir plus sa femme Adda auprès de lui, même si celle-ci est distante.

La seule satisfaction d’Helmut réside en Annelore, une gamine qu’il a tirée des pires ennuis et à laquelle il s’est attaché comme si c’était sa fille.

Aussi, quand il apprend de la bouche d’Annelore qu’elle va épouser Joachim Rescher, un jeune homme ayant une bonne situation et dont elle est enceinte, Helmut est à la fois heureux et craintif. Heureux si elle trouve enfin le bonheur, craintif que le Joachim ne la rejette pour son passé et qu’elle en soit malheureuse.

Mais les craintes d’Helmut étaient loin de la réalité, car Joachim ne s’est pas contenté de la repousser, il l’a étranglée dans sa petite chambre d’hôtel.

Alors Helmut est bien décidé à lui faire payer à Joachim Rescher. Il prévoit de se rendre à l’usine dans laquelle Annelore lui a dit qu’il travaillait et à l’arrêter en espérant qu’il résiste.

Seulement, à l’usine, aucun Joachim Rescher. D’ailleurs, aucun individu ne porte ce nom. Dès lors, comment retrouver un assassin dont il ne connaît ni le nom ni le visage ???

Voici un petit roman qui m’a complètement désarmé.

Tout d’abord, j’ai été intrigué, non par l’intrigue, mais par le lieu choisi par l’auteur.

Hambourg, après guerre. Des noms de rues imprononçables, des patronymes pas toujours mémorisables… pourquoi en fait sa scène de crimes ?

Ensuite, il m’a séduit par ses personnages, notamment, surtout et quasi exclusivement, les deux vieux flics, Helmut et Otto.

Deux personnages totalement désabusés, traumatisés par la guerre et les actes qui leur ont valu les félicitations.

Otto, depuis, ne croit plus en rien. D’ailleurs, il se demande ce qu’il a de différent avec les assassins qu’il arrête désormais. Lui aussi a tué, sauvagement, mais sous l’uniforme, cela ne compte pas pour la société. Mais pour lui ? Il ne cesse de clamer qu’il est mort à la bataille de Voronej et qu’il n’aurait jamais dû en revenir.

Helmut, lui, tisse encore un espoir de retrouver sa femme d’avant la guerre. Certes, il n’a perdu ni femme, ni enfant, ni maison, mais son épouse a changé, son fils le repousse, sa bru le méprise…

Mais il y a Annelore, ce brin de soleil dans l’obscurité. Et un salaud a éteint cette flamme qui réchauffait son cœur…

Autant le dire tout de suite, « L’inspecteur mourra seul » ne brille pas par son intrigue, somme toute assez simple et même prévisible.

Effectivement, on devine trop rapidement l’identité de la personne se cachant derrière Joachim Rescher.

Pourtant, cela ne gâche rien à la lecture et même si l’auteur tente un rebondissement final qui n’apporte d’ailleurs pas grand-chose, le plaisir est toujours présent.

Présent dans une certaine poésie de la mélancolie, dans ce duo de personnages.

La neurasthénie d’Helmut, vis-à-vis de sa femme et son fils, d’abord, à cause de la perte d’Annelore, ensuite.

Et Otto, qui semble ne traverser les jours que comme un fantôme. Qui n’aime personne ne fait confiance à personne qui n’en a rien à faire de tout et qui, pourtant, s’avère être le meilleur ami d’Helmut, un ami bien plus concerné qu’il n’y paraît.

Le roman vaut également pour ses multiples confrontations.

Conflit des générations, au sein de la famille, au sein de la police.

Conflit entre les policiers et les assassins, les policiers ayant été des assassins durant la guerre.

Conflit des classes sociales et le mépris des nantis (représenté par Adda et sa bru Ilse) envers les démunis (Annelore). Comme si une personne née dans la fange devait porter ce fardeau toute sa vie…

Difficile de rendre hommage précisément au roman tant celui-ci brille plus pour son ambiance, élément impossible à cerner, qu’à des détails plus quantifiables, analysables…

Toujours est-il que ce roman m’a enthousiasmé du presque début à la fin et ce n’était pourtant pas gagné à la base.

Au final, un excellent roman dont l’ambiance mélancolique et le duo de personnages priment sur l’intrigue et le suspens.

19 septembre 2021

Une dangereuse machination

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Pierre Yrondy est un de ces nombreux auteurs de littérature populaire fasiculaire (mais pas que) que les lecteurs d’aujourd’hui ne connaissent pas sauf les férus de la littérature de l’époque qui, s’ils n’ont déjà lus, ont entendu parler de deux séries fasciculaires : « Thérèse Arnaud, espionne française », une série d’espionnage et d’action de 64 titres publiés par les éditions Baudinière en 1934 et la série qui lui fit suite : « Marius Pégomas, détective marseillais » de 35 titres.

Les deux séries ont le même format : fascicules de taille moyenne de 32 pages, double colonne, contenant des récits indépendants d’environ 12 000 à 14 000 mots.

À part cela, on pense que l’auteur fut acteur et directeur de théâtre (à moins qu’il ne s’agisse d’un homonyme) et qu’il écrivit quelques romans d’espionnage ou policier dont l’excellent « Jean Durant, détective malgré lui » publié, à l’époque, en feuilleton dans un magazine.

Pour en revenir à Thérèse Arnaud, le personnage est sans doute inspiré de la véritable espionne Marthe Richard et met en scène, outre l’héroïne, ses fidèles lieutenants : Malabar, l’homme fort ; Languille, l’homme souple ; Marcel, le scientifique et Friquet, le titi parisien.

« Une dangereuse machination » est le 30e titre de la série.

UNE DANGEREUSE MACHINATION

Première Guerre mondiale !

Stupeur rue Vaugirard, à Paris.

Un homme arrive en courant, ouvre une bouche d’égout et disparaît, bientôt rejoint par un autre lui tirant dessus.

Des agents de la maréchaussée, attirés par les clameurs de badauds atterrés, descendent à leur tour sous terre pour remonter, quelques minutes plus tard, un cadavre.

Le défunt porte des marques de strangulation, mais est mort de la suite de coups de couteau reçus dans le dos.

Pourtant, sa veste ne présente pas de stigmates de l’agression.

Dans une poche secrète du vêtement, on découvre des papiers d’identité au nom de René Ledeux : le véritable patronyme de Languille, l’un des plus fidèles lieutenants de la célèbre espionne française Thérèse ARNAUD alias C. 25

Languille est mort ! dans les égouts, assassiné par un espion allemand qu’il poursuivait. Mais, si Malabar, Friquet et Marcel sont dévastés et n’ont qu’une envie, en découdre avec l’ennemi, Thérèse Arnaud, elle, conserve son calme habituel et envoie Malabar se promener sur les quais…

Bientôt, Malabar revient… en compagnie de Languille. Celui-ci n’est pas la victime de l’égout, mais le bourreau et il a profité de la situation pour faire croire à sa mort. Thérèse Arnaud profite de la situation pour demander à Friquet de se faire passer pour l’agent allemand tué par Languille afin d’infiltrer un repère des espions ennemis et tirer un maximum d’informations…

Histoire classique dans la série, mais histoire qui manque un peu de rythme ou de sel. En tout cas, histoire qui laisse penser au lecteur (à tort) qu’il était bien facile d’infiltrer les réseaux allemands et, surtout, de se faire passer pour un autre auprès de ses proches à l’aide d’un simple maquillage.

Bien évidemment, les usurpations d’identité à coups de maquillage sont légion de la littérature populaire de l’époque et pas uniquement à cause de Fantômas.

Cependant, ce genre d’infiltration a pour défaut, dans la série, de casser le rythme et, surtout, de limiter l’action. Et c’est dans l’action que l’auteur et les personnages sont les plus performants.

On se retrouve donc face à une histoire dont l’intrigue est assez simple et dont l’action est assez peu présente. Du coup, pas un des meilleurs épisodes de la série.

Pourtant, on retrouve que Pierre Yrondy associe à la série, un style fait de phrases courtes et/ou dénuées de sujets pour dynamiser le récit, de changement de temps de narrations (même si ce n’est pas trop le cas dans cet épisode). Par contre, disparues les métaphores un peu hasardeuses qui prêtaient parfois à sourire, mais participent à conférer un style reconnaissable aux textes de la série.

Au final, un épisode qui manque d’action, donc, de rythme, mais qui se lit sans déplaisir.


Mlle Doktor se trompe...

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La guerre, c’est mal !

Bon, je ne gagnerai aucun prix de philosophie avec une telle assertion. Mais la Guerre, quand elle est racontée par Pierre Yrondy, ça peut parfois être drôle, du moins, plaisant.

C’est que ce que le bonhomme nous prouva en 1934 quand il conta les aventures de « Thérèse Arnaud, espionne française » dans une série de 64 fascicules de 32 pages, double colonne, contenant des récits indépendants d’environ 12 000 à 15 000 mots et publiée aux éditions Baudinière.

Le personnage de Thérèse Arnaud est probablement inspiré de la véritable espionne française Marthe Richard dont le capitaine Ladoux, du 5e puis 2e Bureau conta les aventures dans un livre en 1930 aux éditions du Masque, « Mémoires de Guerre Secrète II/Marthe Richard, espionne au service de la France » repris, du moins en partie, en 1931 dans le magazine « Lecture pour Tous ».

D’ailleurs, le fait que le capitaine Ladoux soit mort l’année précédant la sortie des aventures de Thérèse Arnaud et le fait que le chef de Thérèse Arnaud se nomme le capitaine Ladoux ne fait guère de doute sur l’inspiration.

Mais Thérèse Arnaud n’est pas seule, elle est secondée par de fidèles lieutenants : le colosse Malabar, à la fois chauffeur et monsieur muscle de la bande ; Friquet, le titi parisien gouailleur ; L’acrobate, souple et gymnaste capable de tout escalader et de se glisser partout ; Marcel, le scientifique qui décode tous les messages et révèle tous les indices à l’aide de ses machines et produits.

L’auteur de cette série, Pierre Yrondy, demeure énigmatique malgré son nom célèbre (il porte le même nom qu’un grand illustrateur ou qu’un photographe) et le fait qu’il fut probablement acteur et directeur de Théâtre.

Pour les passionnés de littérature fasciculaire, il est surtout l’auteur des aventures de Thérèse Arnaud, donc, mais également celui des enquêtes de « Marius Pégomas, détective marseillais » qui prit la relève, chez le même éditeur, de Thérèse Arnaud à la fin de la série.

On notera que Pierre Yrondy écrivit quelques romans policiers ou d’espionnage (en particulier « Jean Durand, détective malgré lui ».

« Mlle Doktor se trompe… » est la 29e mission de Thérèse Arnaud.

MADEMOISELLE DOKTOR SE TROMPE

Première Guerre mondiale !

À la gare de Petit-Croix, Thérèse ARNAUD alias C. 25, la célèbre espionne française et son Lieutenant Languille, déguisés en vieux couple, sont à la recherche d’une voiture pour rallier Pontarlier.

Languille se rend dans la rue, s’approche d’un véhicule, est agressé, kidnappé et transporté dans une salle d’où il ressort quelques minutes plus tard pour accompagner Thérèse ARNAUD dans l’auto.

Une demi-heure après, Languille sort de la même pièce pour rejoindre Thérèse ARNAUD qui l’attend sagement au Buffet.

Deux Languille, deux Thérèse ARNAUD, sans nul doute, forcément, un exemplaire de chaque est de trop, mais lequel ?...

Thérèse Arnaud et Languille, sous les déguisements d’un couple de vieux, débarquent à la gare de Saint-Croix et cherchent un véhicule pour se rendre à Pontarlier. Mais quand Languille en trouve un, il est agressé, enlevé et remplacé par von Hintzen, l’Homme aux Cent Masques, l’insaisissable espion allemand. Ce dernier va monter dans le véhicule avec Thérèse Arnaud et s’en aller.

Pourtant, quand Languille parvient à se défaire de ses liens et à revenir à la Gare, il y retrouve Thérèse Arnaud qui l’attend.

Sans le savoir, Thérèse Arnaud se retrouve avec un faux Languille et Languille avec une fausse Thérèse Arnaud.

Les hostilités vont pouvoir commencer à coups de faux semblants avant que les revolvers et les poings ne prennent la relève.

Dans cet épisode on retrouve donc deux ennemis jurés de Thérèse Arnaud et sa bande, des individus déjà croisés dans de précédents titres : von Hintzen, l’Homme aux Cent Masques, un spécialiste du déguisement et Mlle Doktor, une autre espionne allemande redoutable.

Pourtant, malgré ce casting de choix [même s’il manque Friquet et Marcel], le lecteur que je suis n’est pas pour autant comblé du fait d’une intrigue qui tourne un peu en rond.

Simple, elle l’est forcément du fait du format d’à peine 14 000 mots. Mais redondante à cause des faux semblants entre le faux Languille et le vrai, la fausse Thérèse Arnaud et la vraie, mais plus encore du fait que les uns et les autres, alliés comme ennemis, ne cessent de parvenir à s’échapper des mains de leurs adversaires même et surtout quand ces derniers pensent que la chose est réglée.

Von Hintzen s’était déjà échappé à plusieurs reprises par le passé, cette fois-ci, rien que dans cet épisode, il renouvelle son évasion par trois fois. Rien que ça.

Bien évidemment, on comprend qu’une fois l’intrigue déroulée, la place n’est plus suffisante pour la développer correctement et que, pour rester dans les clous, il est plus aisé d’offrir ces rebondissements prévisibles et agaçants.

Pour autant, après un épisode précédent des plus plaisants, celui-ci s’avère un peu lourd.

Pourtant, on y retrouve la plume si caractéristique [dans cette série] de Pierre Yrondy, qui s’évertue à ponctuer et à rythmer les événements à coups de phrases courtes, sans sujets ou en passant d’un temps de narration passé à une narration au présent. On y retrouve même les fameuses métaphores que l’on pouvait juger quelques fois hasardeuses, voire risibles, mais qui, pour moi, sont plutôt agréables et change des plumes fades et plates que l’on trouve trop souvent dans la littérature fasciculaire.

Alors oui, ces substitutions auraient pu être l’occasion de quiproquos cocasses et apporter une touche d’humour supplémentaire, mais il n’en est rien.

Reste une histoire simple et banale sans grand enjeu qui se lit sans déplaisir, mais sans plus.

Au final, un épisode un peu mou, reposant trop sur des rebondissements prévisibles et répétitifs, mais qui n’en demeure pas moins assez agréable à lire.

L'exécution de Friquet

TA28

Après une petite pause (assez longue), je replonge dans la Première Guerre mondiale et dans les missions de Thérèse Arnaud, alias l’agent C. 25 du Deuxième Bureau et de ses fidèles lieutenants.

Pour rappel, les aventures de « Thérèse Arnaud, espionne française » est une série de 64 fascicules de 32 pages, double colonne, contenant des récits indépendants d’environ 12 à 15 000 mots et nous contant les diverses missions de Thérèse Arnaud (inspirée probablement de l’espionne Marthe Richard) et de ses affidés : Malabar, colosse et chauffeur ; Languille, acrobate ; Friquet, jeune et débrouillard titi parisien et Marcel, le scientifique de l’équipe. Ils sont chargés de lutter contre les espions allemands qui ont infiltré le pays.

L’auteur de cette série publiée en 1934 est l’énigmatique Pierre Yrondy.

De lui, on ne sait désormais plus grand-chose si ce n’est qu’il fut probablement directeur de théâtre et comédien et qu’il participa à un rallye à bord d’une vieille automobile.

Ce que l’on sait surtout, c’est qu’il est auteur, en plus de quelques romans, de deux séries fasciculaires : « Thérèse Arnaud, espionne française » et « Marius Pégomas, détective ».

« L’exécution de Friquet » est la 28e mission de Thérèse Arnaud.

L’EXÉCUTION DE FRIQUET

Première Guerre mondiale !

Règlements de comptes dans Paris.

Simultanément, à trois terrasses de différents cafés de la ville, un vendeur ambulant est poignardé, un couple est visé par des tirs et un soldat meurt le crâne fracassé.

Dans deux cas, les coupables se sont enfuis. L’autre s’est suicidé au moment où il allait être capturé.

Ces attentats, Thérèse ARNAUD alias C. 25, la célèbre espionne du Deuxième Bureau, les avait prévus, mais ses fidèles lieutenants, envoyés sur les lieux, n’ont pu les déjouer.

Or, Friquet, le plus jeune de ses affidés, est tout de même parvenu à prendre en chasse l’un des ennemis et à le suivre jusqu’à sa tanière…

Seulement, depuis, Friquet ne donne plus de nouvelles…

Des meurtres ont lieu dans Paris, à la terrasse de café. En même temps, en trois endroits, trois attentats : un vendeur de bigorneaux (ouais, à l’époque, il y avait des vendeurs de bigorneaux ambulants) a été poignardé à mort ; un couple a été visé par des tirs qui les ont loupés et l’auteur de ces tirs s’est suicidé avant d’être arrêté ; un soldat s’est fait fracasser la tête par un autre qui a eu le temps de s’enfuir.

À chaque endroit, Thérèse Arnaud ou certains de ses hommes n’ont pu empêcher les drames.

Mais Friquet est parvenu à se lancer à la poursuite du soldat et a débusqué sa tanière. Malheureusement, il a été capturé par les hommes de Mlle Doktor qui voit là une occasion de se venger de Thérèse Arnaud. D’ailleurs, elle l’a prévenu par message qu’elle contenait exécuter son homme le lendemain, profitant de l’occasion pour faire évader une espionne que Thérèse était parvenue à arrêter.

Pourtant, Thérèse Arnaud ne semble pas énervée ni émue de la situation…

Je retrouve donc avec plaisir toute la fine équipe et la plume si particulière de Pierre Yrondy.

Particulière, dans cette série, puisque l’auteur s’évertue à asséner certaines de ses phrases sans sujet et avec une concision rare tandis que, d’un autre côté, il s’amuse à passer d’une narration au passé à une au présent, histoire de dynamiser son récit.

Jusqu’à présent, ces artifices me semblaient parfois vains, d’autres fois surannés et là, allez savoir pourquoi (peut-être est-ce dû à la fameuse pause dont je parlais), j’ai particulièrement apprécié.

Toute l’équipe participe à la mission menée, comme toujours, de main de maître et de cerveau de génie par Thérèse Arnaud. Friquet fait preuve de jambes en feu, Malabar, de toute sa force, Marcel, démontre une nouvelle fois qu’il peut découvrir le moindre indice sur un papier et Languille n’use pas particulièrement de ses dons d’acrobates.

On retrouve également l’un des ennemis récurrents de Thérèse Arnaud, ici, Mlle Doktor qui, une nouvelle fois, espère mettre un terme à l’activité de la plus dangereuse espionne française.

Je ne sais si j’ai été à ce point happé par l’histoire, qui se lit très vite, normal, elle ne s’étale que sur 14 000 mots, mais j’ai été étonné d’arriver aussi vite à la fin (pourtant, je suis un habitué du format) et j’ai trouvé que l’intrigue, du coup, se résolvait trop rapidement. J’en aurai voulu plus (heureusement, il y a encore plus de 35 épisodes à découvrir).

Au final, de belles retrouvailles, rythmées, dynamiques où tous les protagonistes étaient présents, les bons comme les mauvais.

L'Épistolier était chargé !

CouvLEEC

Attention, exercice de style, puisque je vais tenter d’écrire une critique sur un livre que j’aime beaucoup et dont j’apprécie énormément l’auteur, puisque lui et moi ne faisons qu’un (même si on est plusieurs dans notre tête).

C’est dire si je risque de manquer d’objectivité, mais qu’importe, vous êtes prévenus.

« L’Épistolier était chargé ! » est un roman de KAMASH reprenant les personnages qu’il avait créés en 2015 pour son roman « Marc-Antoine Decome détective ».

Mais, pour une fois, étendons-nous tout d’abord sur l’auteur, KAMASH, un plus très jeune auteur ayant déjà écrit une douzaine de romans dont six autour d’un duo de détectives, « Wan & Ted ».

Mais la vie de KAMASH est à elle seule… non, en fait, on s’en fout de sa vie, comme je le dis toujours, la seule chose qui compte chez un auteur, ce sont ses textes.

Aussi, passerai-je directement au roman, pour le replacer dans son contexte.

Le premier roman de la peut-être série (série elle sera si un jour sort un 3e opus), mettait en scène Marc-Antoine Decome, un ancien flic de la capitale qui courrait après l’argent, les filles et la boisson avant, un soir de beuverie, de tomber dans une piscine puis dans le coma.

À son réveil, six mois plus tard, tout avait changé. La vie (avancée de 6 mois), le temps, passé de l’hiver à l’été, les gens, le président (les élections présidentielles avaient eu lieu entre temps), mais surtout lui !

Physiquement, son teint, ses cheveux, tout a blanchi.

Mentalement, il rejette les femmes, l’alcool, l’argent.

Mais surtout psychiquement, car, il faut bien l’avouer, le gonze est devenu totalement azimuté, pensant voir chaque personnalité des gens qu’il croise.

Pour mettre son ancienne vie derrière lui, il décide de déménager et de devenir détective privé.

Il choisit la ville de Perpignan, d’un jet de pisse sur une carte, celui de son compagnon, un basset artésien nommé Commissaire Robert Roger, car, Marc-Antoine Decome est persuadé qu’il s’agit de son ancien chef, le commissaire Robert Roger, déguisé pour infiltrer un quelconque milieu (ba oui, il est déjanté, j’avais prévenu).

Sur place, à Perpignan, pour lui servir de secrétaire, d’assistant, de bonne à tout faire, il embauche un jeune de cité, Damien Österreichischer Ben Abdalla, un jeune homme né en Belgique, de mère autrichienne et de père algérien.

Les deux vont apprendre à s’apprécier, ce qui, au départ, n’était pas chose gagnée puisque Marc-Antoine Decome est raciste, misogyne, homophobe, qu’il se croit dans les années 50, parle dans un mélange d’argot, et se révèle un détective atypique tandis que Damien, au teint gris, au physique ingrat, et passionné de romans policiers n’a accepté le job uniquement parce qu’il avait besoin d’argent.

Le duo, trio avec le chien, avait alors affronté la terrible secte « Doble Castigo » dirigée par le cruel « El verdugo »

Ce roman, en plus d’être l’occasion de présenter des personnages décalés, ce qui semble être la spécialité de l’auteur (voir, par exemple « Le Psychopathe, le Dément et le Trisomique » dans lequel les deux enquêteurs sont un retraité en fauteuil roulant atteint de démence vasculaire et un trisomique) offre également un regard distancié sur la ville de Perpignan et sa région, lieu de villégiature de l’auteur.

L’Épistolier était chargé ! :

La réputation de Marc-Antoine DECOME n’est plus à faire. Ancien policier alcoolique et violent, il est devenu un détective irréprochable, si ce n’est son comportement loufoque et sa détestation de tous sauf de son meilleur ami, un basset artésien nommé Commissaire Robert.

Aidé par son fidèle lieutenant, un jeune issu de multiples immigrations, l’enquêteur s’est déjà imposé comme LE privé incontournable des environs de Perpignan.

Aussi, quand une sommité de la médecine se fait frapper par un inconnu à coups de clé anglaise, c’est immédiatement aux services de l’Agence M. A. R (Marc-Antoine et Robert) qu’il fait appel.

Mais une agression peut en cacher une autre et même, parfois, dissimuler un défi en forme de duel au soleil entre un shérif et un épistolier…

Selon les confidences de l’auteur, l’écriture de ce second roman a débuté dès le point final du précédent, KAMASH ayant déjà en tête une grande partie de l’intrigue qu’il voulait mettre en place.

Mais, parce que l’auteur est nombreux dans sa tête, il lui arrive de mener plusieurs projets de front (et des mains, car, s’il avait écrit le roman en tapotant sur son clavier avec son front, il lui aurait fallu 20 ans, au moins, pour le terminer) et parfois d’en privilégier un, ou un autre. Ce fut le cas, puisqu’il mena quatre romans alternativement et qu’il vint à bout des trois autres avant celui-ci, ce qui explique le temps écoulé entre la sortie des deux épisodes.

« L’Épistolier était chargé ! » (que j’aime ce genre de titres, c’est d’ailleurs ce que je préfère dans la littérature populaire), met en place un duel épistolaire, mais pas que, entre un mystérieux agresseur en série et notre duo (ou trio, devenu même quatuor depuis l’arrivée d’un autre chien à l’agence).

Car, l’Épistolier est joueur et c’est en s’inspirant d’un américain qu’il lance un jeu via Twitter en postant des messages codés permettant de retrouver, dans la ville de Perpignan, des enveloppes contenant un beau billet de cent euros.

Et comme Damien a besoin d’argent et qu’il se pense bon détective, il se lance lui aussi dans la partie tandis que, de son côté, son boss accepte comme client un directeur d’hôpital infatué qui lui demande de retrouver la personne qui l’a agressée à coup de clé anglaise…

Bien évidemment, comme il est souvent le cas dans ce genre de romans, les deux évènements ne vont pas tarder à se croiser et à n’en faire plus qu’un et les gens de l’Agence vont devoir arrêter un agresseur en série dont les attaques se font de fois en fois plus violentes et les armes plus dangereuses…

Qui a déjà lu KAMASH (si ce n’est pas votre cas, ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas le seul ou la seule et si c’est le cas, réjouissez-vous, si vous avez apprécié sa plume ou regrettez-le dans le cas contraire, de faire partie d’un groupe très réduit : le lectorat de l’auteur est très restreint tant ce dernier ne fait pas un grand effort pour faire connaître ses romans, à croire qu’il n’a pas plus d’ambition de célébrité que de richesse) reconnaîtra aisément sa plume, mêlant humour de situation, jeux de mots, assonances, recherche des mots perdus de notre langue…

Mais si ces caractéristiques étaient déjà présentes dans les autres romans de l’auteur, celui-ci nous propose ici un système narratif qui ne semble pas révolutionnaire au premier abord, puisqu’il utilise le concept du roman polyphonique, dont la narration alterne entre les points de vues de deux personnages. Un concept que l’on pourrait nommer biphonique ou « gymel littéraire ».

Mais là où l’auteur innove (ou pas, d’ailleurs, cela dépend si votre culture littéraire est supérieure à la mienne), c’est que cette narration est non seulement alternée, mais que chaque point de vue se chevauche, ce qui fait que l’on parvient, sur la plupart des situations, à obtenir le son de cloche de chacun des deux protagonistes.

On pourrait également ajouter que KAMASH s’amuse en amusant les lecteurs (du moins, faut-il espérer qu’il amuse le lecteur, car c’est avant tout pour cela qu’il écrit… non, en fait, il écrit d’abord pour s’amuser lui, ensuite, seulement, pour amuser l’éventuel lecteur), puisque celui-ci n’hésite pas à travailler sous la contrainte, tout comme dans le premier opus.

Effectivement, l’histoire est découpée en parties dont chacune a pour titre celui d’un roman policier français (tout comme dans le premier roman ceux-ci puisaient leur titre dans ceux de romans policiers du Grand Nord). Et c’est le titre de chaque partie qui va commander la suite de l’intrigue et de l’histoire, l’auteur les construisant en fonction de la dénomination de chacun.

Ainsi, l’auteur devient le premier lecteur de son propre roman ce qui, il faut bien l’avouer, lui permet d’être certain d’avoir au moins un lecteur satisfait : lui-même.

Si, il faut bien le reconnaître, les intrigues ne sont pas le fort de l’auteur (d’ailleurs, ce n’est le fort d’aucun auteur œuvrant dans le polar d’ambiance ou le polar humoristique), cela ne l’empêche pas, dans la série « M.A.D. » de tenter d’élever un peu son niveau.

Aussi, KAMASH, contrairement à sa série précédente, « Wan & Ted », n’appuie pas son histoire uniquement sur ses personnages, sur l’ambiance et sur l’humour, mais il tente aussi de livrer, tout comme dans le premier « M.A.D. », une intrigue qui se tienne et qui permette aux personnages de donner le meilleur d’eux-mêmes.

C’est donc également le cas dans cette histoire où le suspens n’est pas totalement absent.

Les lecteurs ayant apprécié le premier opus (il y en a, rassurez-vous) devraient donc apprécier ce second épisode.

Ceux n’ayant pas lu le premier épisode, peuvent sans soucis lire celui-ci, mais il est toujours conseillé de débuter une série par l’histoire liminaire, cela permet de mieux appréhender les personnages.

Un peu d’action, de suspens, de rebondissements, beaucoup d’humour, des personnages originaux, décalés et complémentaires, deux chiens (pour les amoureux des animaux), des jolis mots, quelques métaphores, un peu d’argot, forment les ingrédients de ce roman.

Au final, après la série « Wan & Ted », KAMASH se tourne vers des romans plus ambitieux, tant dans la forme que dans la fond sans pour autant jamais se renier ni renier ses premiers personnages et c’est un réel plaisir (ou pas, cela dépend des goûts) de suivre les aventures de Marc-Antoine Decome et Damien Österreichischer Ben Abdalla.

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Un coupable de trop

CouvUCDT

On ne dira jamais trop que la littérature populaire fasciculaire policière est une « scène de crime » à partir de laquelle se déroulent les enquêtes les plus exaltantes.

Certains penseront que j’en fais trop, et peut-être auront-ils raisons.

Toujours est-il que cet univers demeure bien mystérieux et bien méconnu un peu à l’image des grands fonds sous-marins.

Mettons de côté les métaphores hasardeuses pour revenir à un sujet peut-être bien moins épineux que certains, mais tout de même très intéressant : la vie littéraire du détective Francis Bayard alias le Sphinx, un personnage né de la plume du tout aussi énigmatique Jean des Marchenelles.

De l’auteur, de son vrai nom Jean Dancoine, je ne sais pas grand-chose (je n’ai pas confirmation des rares éléments trouvés sur lui) si ce n’est qu’il fut auteur de pièces de théâtre, de romans et de fascicules, également éditeur et qu’il était ancré et passionné par la région Nord qui apparaît souvent dans ses récits.

Le détective Francis Bayard, on le découvre notamment dans la collection « Police-Privée » à partir de 1942, dans des aventures prenant la forme de fascicules de 32 pages contenant des récits de moins de 10 000 mots.

Mais on trouve également trace du personnage dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot ou la collection « Main Blanche ».

« Un coupable de trop » est un titre de 32 pages paru en 1945, dans la collection « Les récits policiers » des éditions « La Technique du Livre ».

UN COUPABLE DE TROP

Alors que le jeune docteur Bauvin est en visite chez Francis BAYARD alias le « Sphinx », du bruit dans l’appartement voisin attire leur attention.

Des agents de police enfoncent la porte d’à côté dans le but d’arrêter la locataire pour le meurtre, le matin même, de son patron.

Le lendemain, au lever, le docteur Bauvin reçoit un pli émanant du Parquet l’invitant aux constatations sur la scène de crime.

Lui vient alors l’idée de demander à Francis BAYARD de l’accompagner sans se douter que ce dernier, sur place, va être confronté à un douloureux passé…

Lors d’une réunion de docteurs ayant eu le même professeur, le docteur Bauvin est sollicité pour rendre visite à un ancien élève, Francis Bayard, appelé Francis le mystérieux, un être taciturne et excentrique.

Alors qu’il rend visite au fameux Francis Bayard qu’il ne connaît pas, des bruits attirent les deux hommes sur le palier : des policiers enfoncent la porte voisine pour arrêter une jeune femme du meurtre de son patron.

Le lendemain, le Docteur Bauvin est invité par le Parquet à se rendre sur la scène de crime pour assister aux constatations. Il décide, sans savoir réellement pourquoi, d’amener Francis Bayard avec lui.

Mais chez le défunt, le Docteur Bauvin aperçoit un portrait au fusain d’une jeune femme, une copie de celui qu’il avait remarqué chez Francis Bayard…

Ce court récit policier d’à peine plus de 13 000 mots ressemble, à la lecture, à la première enquête de Francis Bayard puisque celui-ci n’est jamais évoqué comme un détective ni par son surnom de « le Sphinx » et est encore totalement inconnu et vivant presque en ermite.

Pourtant, le titre est daté de 1945 là où des récits mettant en scène le personnage datent de 1942.

Est-ce un préquelle à la série des années 1940 ? Ou bien une réécriture pour adapter un récit à une série en incorporant un personnage connu ?

On pourrait être tenté de le croire à la lecture.

Mais une petite enquête m’a permis de me remémorer un détail que je connaissais, mais avais totalement oublié à force de courir plusieurs lièvres à la fois.

Nombre de titres de la collection « Les récits policiers » des éditions La Technique du Livre sont en fait des rééditions raccourcies de titres de la collection « P.J. » du même éditeur, qui, elle, date de la fin des années 1930 et dont les fascicules comportent 64 pages au lieu de 32.

Ainsi, « Un coupable de trop » s’avère bien le texte liminaire à la carrière du détective Francis Bayard, l’aventure qui lui donna le goût de l’investigation et qui le poussa à devenir, par la suite, Le Sphinx.

Dommage de tomber tardivement sur ce titre.

Mais revenons-en au texte.

Contée à la première personne du point de vue du Docteur (plus tard, ce sera par celui de l’auteur), cette première aventure s’avère plaisante pour plusieurs raisons.

Déjà parce que la narration à la première personne, par un Docteur, sur les exploits d’un ami détective rappelle forcément de bons souvenirs à tout lecteur de romans policiers… (« Maximilien Heller » de Henry Cauvain, pour les plus érudits, « Sherlock Holmes » de Conan Doyle, pour les autres).

Ensuite, parce que cette histoire permet de cerner un peu plus le personnage de Francis Bayard qui en avait bien besoin.

Effectivement, dans les autres récits fasciculaires, un reproche que l’on peut faire à l’auteur est de ne jamais s’épancher sur le personnage pour permettre aux lecteurs de mieux le connaître.

Mais aussi parce que l’ensemble, malgré de grosses ficelles scénaristiques et une intrigue finalement assez simple (et peu crédible ?) offre une lecture très agréable grâce à un style plutôt enlevé et une certaine maîtrise du format court.

Certes, il manque la touche d’humour que l’auteur met parfois dans ses récits, mais l’histoire nous propose un peu de mystère, plusieurs fausses pistes et suspects possibles, quelques rebondissements, un peu de sentiments.

Mais c’est avant tout, il me semble, cette impression d’être déjà familier avec le genre et les personnages.

Car, on ne peut douter que dans ce récit l’auteur a voulu pasticher et donc se rapprocher des aventures de Sherlock Holmes. Non pas dans le talent d’observation et de déductions, qui nécessiterait, pour être porté sur papier, soit du temps, soit de l’espace, soit de l’imagination (les trois seraient d’ailleurs mieux). Du coup, n’osant pas aller jusqu’à cette contrefaçon, les méthodes de Bayard demeureront finalement très simplistes.

Mais c’est plus les personnages qui nous font forcément penser à leurs illustres pairs.

Le docteur narrateur, bien évidemment, l’ami détective, assurément, mais le personnage de Bayard tel qu’il est présenté au début (même s’il s’avère très différent du portrait dressé), cet homme excentrique, désagréable et de caractère fort maussade, qui garde cet air froid qui déroute au premier abord et lui donne un aspect quelque peu énigmatique.

L’histoire n’étant alors qu’un écrin pour les personnages.

Heureusement, car l’intrigue ne tient pas du tout la comparaison avec celles mises en place par Conan Doyle et je ne pense pas, d’ailleurs, que c’était le but de Jean des Marchenelles.

Au final, une œuvre liminaire fort plaisante à lire malgré une légèreté dans l’intrigue, le déroulement ou l’évolution des personnages.

12 septembre 2021

La chapelle abandonnée

CouvLCA

Je poursuis donc ma découverte des « Aventures du détective Francis Bayard » de Jean des Marchenelles, avec le titre « La chapelle abandonnée », un fascicule de 32 pages paru au sein de la collection « Police-Privée » au cours des années 1940.

On ne sait pas grand-chose sur l’auteur, de son vrai nom Jean Dancoine, si ce n’est qu’il écrivit des pièces de théâtre, qu’il fut éditeur et qu’il est né dans le Nord, raison pour laquelle nombre de ses récits se déroulent dans cette région.

Quant au détective Francis Bayard, surnommé le Sphinx, on le retrouve dans diverses aventures fasciculaire dans la collection « Police-Privée », collection dirigée par l’auteur et dont il fut, il me semble, également l’éditeur, mais aussi dans d’autres collections comme « Collection Rouge » des éditions Janicot ou « Main Blanche ».

Mais on retrouve également le personnage dans quelques romans et pièces de théâtre.

LA CHAPELLE ABANDONNÉE

Le détective Francis BAYARD alias le « Sphinx » et son ami et biographe sont en villégiature à la campagne près de Cysoing, chez des connaissances de l’écrivain.

Une nuit, Jean-Claude, le jeune fils de leurs hôtes avec lequel Francis BAYARD a l’habitude de jouer aux Peaux-Rouges et aux visages pâles, version revisitée de « Les gendarmes et les voleurs », lui fait part d’un secret.

Il est persuadé que l’étrange individu surnommé par tout le village « La Lune » séquestre dans sa cabane à l’orée du bois une jolie princesse.

Francis BAYARD ne prend évidemment pas au sérieux les élucubrations d’un gamin trop influencé par ses lectures.

Mais, quand le lendemain, l’enfant a disparu et qu’il reçoit un message lui indiquant qu’il va se passer quelque chose le soir même, Francis BAYARD est bien obligé de reconsidérer les propos de Jean-Claude…

Le détective Francis Bayard et son ami biographe (Jean des Marchenelles) sont en cure de repos à la campagne dans une ferme d’un petit village du Nord.

Un soir, il pense être suivi par un étrange individu surnommé « La Lune », un homme peu bavard vivant dans une cabane à l’orée du bois.

En rentrant à la ferme, le fils de leurs hôtes, un gamin de 13 ans, leur raconte qu’il connaît le secret de « La Lune ». Celui-ci détiendrait prisonnière une belle princesse.

Les deux hommes ne font pas cas des dires de l’enfant et vont se coucher.

Le lendemain, l’enfant disparaît. Arrive alors un message à la ferme destinée à Francis Bayard et lui indiquant que quelque chose va se dérouler le soir même à la vieille chapelle abandonnée…

On retrouve donc Francis Bayard dans une nouvelle aventure assez courte, 7 500 mots.

Comme souvent, la narration est faite à la première personne, par le soi-disant biographe de Francis Bayard, rôle que s’est approprié l’auteur pour donner plus de chair au héros.

Et il en a besoin, de la chair, ce héros, tant il est si peu esquissé que l’on ne sait rien sur lui, sa physionomie, son âge, etc.

Il est vrai que l’auteur a peu de place pour s’étendre sur le sujet dans ces courts fascicules. Peut-être n’est-ce pas le cas dans les romans, du moins, espérons-le.

Ici, l’intrigue est somme toute assez légère et le mystère assez vite résolu, mais il ne peut en être autrement à cause de la concision exigée par le format.

Les détails de l’histoire sont donc apportés, comme souvent, par une confession, de témoin, de victime ou du coupable, méthode la moins papiphage (l’adjectif n’existe pas, alors, je le crée).

Pas déplaisante à lire, cette aventure a les défauts inhérents au format et on ne peut lui en tenir grief.

On regrettera l’absence de l’humour dont l’auteur teinte parfois ses récits.

Au final, petit récit, petite intrigue, réel plaisir de lecture.

Les esclaves blancs

CouvLEB

Jean des Marchenelles, de son vrai nom Jean Dancoine, est un auteur (et éditeur) assez mystérieux à notre époque tant on ne sait pas grand-chose de lui.

Difficile de trouver des informations sur lui. Il serait né dans le nord (ce que je veux bien croire) en 1913 et a été également auteur d’un bon nombre de pièces de théâtre.

Mais il œuvra également pour la littérature populaire fasciculaire (romans également) principalement dans un genre policier.

L’un de ses personnages récurrents (le seul ?) est un détective surnommé Le Sphinx. Francis Bayard, puisque c’est son nom, apparaît principalement, à partir de 1942, dans la collection « Police Privée » aux éditions S.I.L.I.C. dans une sous collection intitulée sobrement « Les aventures du détective Francis Bayard ».

Mais en épluchant la production de l’auteur, on retrouve trace de son héros dans d’autres collections et chez d’autres éditeurs comme « Collection Rouge » des éditions Janicot ou « Main Blanche » aux éditions S.P.E.

« Les esclaves blancs » est un fascicule de 32 pages initialement paru dans la collection « Police Privée » au cours des années 1940.

LES ESCLAVES BLANCS

Jean Dartois, jeune ingénieur, s’embarque à Marseille sur un cargo faisant route pour la Grande Comore où il est engagé et bien rémunéré par une nouvelle société de mines de cuivre pour trois ans.

Il laisse derrière lui Marie-Anne, sa fiancée, non sans lui promettre de lui écrire régulièrement.

Mais, après plusieurs semaines, Marie-Anne n’a plus de nouvelles de Jean et commence à s’inquiéter.

Elle ne cesse de repenser à un étrange et terrifiant passager croisé sur le pont du bateau avant le départ de son grand amour…

Un jeune ingénieur des mines décide de partir aux Comores parce qu’il y a trouvé une place bien rémunérée sur un contrat de trois ans, ce qui lui permettra, à son retour, d’assurer le train de son ménage avec sa fiancée.

Lors des adieux sur le paquebot qui va l’amener à destination, le couple est désagréablement surpris par un grand noir à la mine patibulaire.

Quelques semaines après le départ, alors que l’ingénieur avait promis d’envoyer régulièrement des lettres à sa fiancée, celle-ci n’a aucune nouvelle et commence à s’inquiéter. Dans ses songes cauchemardesques, elle revoit la face du grand noir et pressent que son fiancé est en danger.

Difficile de résumer ce récit de 8 200 mots.

Déjà, parce qu’il est court et donc qu’en dire trop reviendrait presque à tout dire.

Ensuite parce que le détective Francis Bayard, comme à sa presque habitude, apparaît sous ses traits très tardivement (ici, à l’avant-dernière page).

Enfin parce que, même s’il apparaît à la fin sous ses traits, il n’est présent, incognito que lors d’une très courte scène (même si le lecteur aguerri se doutera qu’il s’agit de lui).

Mais le récit est aussi ardu à résumer, car il n’entre pas réellement dans le genre récit policier, mais plus dans celui d’aventures. Du coup, l’intrigue (qui, de toute façon, aurait été simple du fait du format court) est ici quasi inexistante, même si l’auteur tente de noyer le poisson avec un rebondissement final.

Le récit est linéaire, on s’y attend dans le format fasciculaire, et n’a pas le temps de s’appesantir sur des sujets qui auraient pu être intéressants (comme la révolte des esclaves noirs et l’inversion des places).

Certes, là n’est pas le sujet et, de toute façon, le format ne se prête pas à ce genre de digression, mais tout de même. Cependant, on se doute qu’à l’époque, le sujet aurait été traité comme il a été ébauché : des blancs maltraitant des esclaves noirs : normal ; des noirs maltraitant des esclaves blancs = sauvagerie.

D’ailleurs, on notera, outre le mot « nègre » qui, de toute façon, à l’époque, était par trop usité, la réflexion (usuelle également à l’époque) faisant état du fait que tous les noirs et tous les Chinois se ressemblent.

Ces réflexions rétrogrades ont au moins l’intérêt de démontrer aux lecteurs actuels combien notre société a évoluée (pas assez cependant) même si certains d’entre nous sont demeurés au stade primaire.

Pour ce qui est du texte lui-même. Pas grand-chose à dire. Court, plaisant à lire, se basant sur un sujet un brin exotique à la mode à l’époque (celui des colons allant chercher fortune en exploitant des autochtones, que ce soit en Afrique, en Asie ou ailleurs), avec un brin de romance.

Au final, une aventure du détective Francis Bayard sans Francis Bayard, ou presque, mais qui se lit agréablement tout de même.

Dolegan tire le premier

Sans titre 2

Lew Dolegan est un détective privé anglais né de la plume de l’auteur Louis de la Hattais, alias Jean Fournel, ancien commissaire de police à Provins.

Il semblerait qu’après la Seconde Guerre mondiale, il se soit lancé dans l’écriture, apparemment avec fougue, et écrivît un nombre important de fascicules dans les genres policiers et un peu coquins (du moins, d’après les titres).

Pour ce faire, comme ses confrères, il usa de nombreux pseudonymes dont Anny ou Anne-Marie Delfour, Jean ou Louis Delaht, Louise Fernel, Claire van Houtte…

Dans sa production policière, on notera au moins deux personnages récurrents : Jim Patterson et Lew Dolegan.

Les deux vécurent la majeure partie (si ce n’est l’intégralité) de leurs aventures au sein de la bordélique collection « Allo Police », collection qui débute chez un éditeur au début des années 1940 pour passer chez un autre, déclinée sous plusieurs séries, regroupant des sous-collections et abritant un grand nombre de textes de divers auteurs dont Claude Ascain, Géo Duvic, Jean des Marchenelles, Léo Malet, Maurice Limat et bien d’autres.

« Dolegan tire le premier » paru en 1959 dans la 7e série de la collection « Allo Police » met donc en scène Lew Dolegan. Il est le second épisode des aventures du détective.

Dolegan tire le premier :

Pendant une fraction de seconde, le gars reste tout déconfit, avec son Luger inutilisable braqué sur moi. Une fureur me saisit et je bondis des­sus. En trois coups de manchette, je lui admi­nistre une correction qui lui en fait voir trente-six chandelles. Le type recule en titubant et je me précipite pour le retenir par la cravate. Trop tard. Ses jarrets ont touché la murette de soixante-dix centimètres de haut qui borde la route et il part en arrière. J’entends le corps qui continue à débouler tout au fond, là-bas, à plus de cent mètres de distance, dans la nuit. Petit incident technique !

Lew Dolegan est en vacance à Monte-Carlo. Alors que sa secrétaire, Georie, préfère aller danser, lui décide d’aller prendre l’air sur les corniches au-dessus de Monaco.

Alors qu’il vient d’allumer sa clope, une voiture s’arrête non loin, un type descend, s’approche de lui, lui pointe un revolver dans le dos et le prévient que s’il accepte une affaire qu’on va lui proposer, il lui en cuira.

En moins de deux Lew Dolegan retourne la situation et parvient à faire parler son agresseur avant que celui-ci ne fasse une chute fatale. C’est la Comtesse Waskowla qui l’a embauché pour lui faire peur.

Dolegan, n’appréciant pas qu’on lui dise quoi faire, décide de rendre visite à la fameuse comtesse. Il trouve celle-ci au milieu d’une party. Mais quand il pense la décontenancer, il se rend compte que celle-ci, non seulement n’a rien à voir dans le traquenard, mais qu’en plus elle pensait justement embaucher Dolegan pour la protéger, redoutant qu’on l’assassine.

Dolegan accepte donc le boulot et, tandis qu’il réfléchit à l’affaire dans la chambre que la comtesse lui a fournie, il entend le système d’appel provenant de chez elle. Il se précipite pour la découvrir le crâne fracassé…

On retrouve donc Lew Dolegan dans une seconde aventure.

Si j’étais fainéant (je le suis), je pourrais me contenter de répéter mot pour mot ma critique du précédent titre tant celui-ci possède les mêmes qualités et les mêmes défauts.

Car, pas de doute que Lew Dolegan soit calqué sur l’image d’Épinal du détective de l’époque : beau gosse, intelligent, courageux, charmeur, avec le sens du l’humour, le goût des belles femmes et de l’alcool.

Les femmes, elles, sont également des clones de la femme du roman policier noir à l’américaine : elles sont forcément belles et jeunes et se différencient par leur mentalité. D’un côté, la secrétaire dévouée et amoureuse, de l’autre, la femme vénale et vénéneuse.

La narration à la première personne n’est pas non plus originale puisqu’on la retrouve dans différentes séries à succès de l’époque : « San Antonio » ou « Nestor Burma », par exemple.

Dans San Antonio, Louis Fournel pioche le goût immodéré de son personnage pour les femmes et sa façon d’évoquer les parties de jambes en l’air à coups d’expressions pas piquées des hannetons, mais sans sombrer dans le graveleux (malgré sa propension à écrire, en parallèle, des récits coquins). De Nestor Burma, il prend la secrétaire belle et amoureuse de son patron avec ce rapport chien chat entre les deux personnages.

Heureusement, l’auteur ne cherche pas à singer le style de Frédéric Dard (d’ailleurs, il aurait essayé qu’il n’y serait pas arrivé). De Léo Malet, malheureusement, il n’a pas non plus la plume enlevée.

Pour autant, il serait faux de dire que ces aventures sont mal écrites. D’ailleurs, elles ont pour principaux défauts ceux inhérents à la littérature fasciculaire en général (même si on est plus vraiment dans le fascicule avec ces romans de 94 pages à dos carré), c’est-à-dire à toute littérature rapidement écrite et tout aussi rapidement éditée. En clair, l’auteur n’ayant pas le temps de se relire et l’éditeur ne s’embêtant probablement pas à le faire non plus, demeurent dans le texte des répétitions un peu trop nombreuses qui auraient pu être facilement supprimées.

Dans le premier épisode, j’évoquais les incises dans les dialogues avec une répétition un peu oiseuse et indigeste de « dit ».

Cette fois-ci, ce sont plutôt les conjonctions de coordination avec une exagération dans l’utilisation du « et ».

Vient également l’intrigue qui, malgré les presque 29 000 mots du roman, n’est pas très développée. Effectivement, on devine rapidement qui est l’instigateur du meurtre de la comtesse et tout le récit ne tend qu’à montrer comment Lew Dolegan va tirer parti de l’information pour faire arrêter le coupable tout en s’en mettant plein les fouilles.

Il ne faut donc pas s’attendre à un roman d’investigation, mais plus à un roman d’action, ce qui rapproche plus la série d’autres séries fasciculaires du genre comme « Les dessous de l’Agence Garnier » de J.A. Flanigham, que les deux séries populaires précitées.

Pourtant, force est de reconnaître que l’ensemble se lit vite et bien (mieux que le précédent) et que cette lecture donne envie de découvrir la prochaine aventure de Lew Dolegan.

Au final, sans être révolutionnaire ni novatrice, la série « Lew Dolegan » propose des petits romans policiers d’action d’une trentaine de milliers de mots qui se lisent avec un réel plaisir malgré tout.

Six billets de cent francs

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Je poursuis donc ma lecture de la série « Le Petit Détective » d’Arnould Galopin, une collection de 83 fascicules de 20 pages double-colonne contenant des textes à suivre d’environ 8 000 mots.

Pour rappel, cette série est parue à partir de 1934 et est censée être la dernière écrite par Arnould Galopin, un auteur de littérature populaire connu pour ses nombreuses séries interminables autour de jeunes héros ou de ses récits d’anticipation.

Je dis « censée », car, récemment, j’ai constaté que la série, à partir du fascicule n° 48, n’est plus l’œuvre d’Arnould Galopin, mais résulte de réécriture d’anciens textes. Les premiers récits adaptés sont nés de la plume de Jean Petithuguenin et date du début des années 1920. Le « Six billets de cent francs » est en fait une réécriture du titre « Le visiteur invisible » de Jean Petithuguenin, publié à l’origine en fin 1920 dans la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi.

SIX BILLETS DE CENT FRANCS

Alfred Barroux, voyageur de commerce, est inculpé pour le meurtre de son frère cadet qui vivait avec lui.

Rentrant une nuit, à l’improviste, alors qu’il était en tournée, il dit avoir découvert la victime et être descendu immédiatement prévenir le concierge pour qu’il contacte la police.

Mais tous les indices l’accusent.

Criant pourtant son innocence, Alfred Barroux fait appel au détective Gaston CERVIER qui accepte, en compagnie de son jeune secrétaire Jean TIXIER, de se rendre sur les lieux du crime pour commencer leur propre enquête…

Un fratricide ? C’est en tout cas pour cette hypothèse que penche la police chargée de l’enquête sur le meurtre de Georges Barroux, un jeune homme sans ressources vivant chez son frère Alfred, un voyageur de commerce avec lequel il est en conflit à cause de ses mauvaises fréquentations et son manque d’envie de travailler.

Alfred Barroux, en tournée, est rentré à l’improviste, en pleine nuit, chez lui, et prétend avoir découvert son frère mort.

Ce dernier a été étranglé. Personne n’est entré dans l’immeuble après lui (à part Georges). Personne n’en est sorti durant la nuit…

Mais Alfred réclame la présence du détective Gaston Cervier, seul capable de prouver son innocence…

Quand on sait que ce titre est une réécriture légère d’un fascicule de 32 pages et quand on connaît le format d’origine, on sait que le texte va s’étendre sur environ 14 000 mots (ce qui est le cas) et donc que l’auteur va être contraint à une concision que Arnould Galopin, lui, n’avait pas puisque certaines enquêtes de Gaston Cervier et Jean Tixier dépassaient les 50 000 mots.

Cette concision inhérente au format d’origine implique donc une intrigue légère, une enquête rapide, une résolution express et un manque de rebondissement, ce que la série évitait généralement jusque-là.

Ainsi, la fluidité et le rythme de la série avec ses nombreux rebondissements, même si ceux-ci, à force, étaient un peu redondants, qui étaient les principaux atouts, disparaissent avec l’auteur.

Difficile d’appréhender alors la suite comme des fascicules et de n’en attendre pas plus que ce que l’on peut attendre du format quand on a été habitué à un autre format, donc à une autre narration, un autre genre.

Ce manque d’appréhension nuit donc gravement à la lecture, du moins dans mon esprit.

Ajoutons à cela que le texte, son contenu, ses sujets, sont antérieurs à la série de près de 15 ans, et que cela se ressent également dans l’ambiance générale.

Enfin, n’oublions pas que le texte d’origine met en scène un seul héros, Fred Cabosse. La réécriture tente de faire vivre deux personnages : Jean Tixier et Gaston Cervier. Ainsi, là où, de la plume d’Arnould Galopin et ses histoires, étaient adaptées à cette dualité, chacun ayant un rôle, une attitude, ce n’est forcément plus le cas dans ces réécritures.

Non pas que l’ensemble soit désagréable à lire, mais si on le juge en fonction des circonstances temporelles et de format de la série, forcément, cela lui porte préjudice.

Ainsi, on regrettera que l’enquête soit si simple : deux interrogatoires, une filature et hop, tout est découvert.

Dans un fascicule de 32 pages, cela ne choque pas, on s’y attend.

Dans cette série, on n’est pas habitué à cette concision et c’est regrettable.

Au final, réécrire des textes travaillés dans la concision pour les intégrer dans une série qui, au contraire, contient des textes travaillés dans la longueur, n’était pas forcément l’idée la plus judicieuse.

On a fait sauter le train !

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Dans ma précédente lecture des aventures du « Le Petit Détective » (1934-1935) d’Arnould Galopin, c’est-à-dire l’épisode intitulé « Un spirite, un fou, un singe », je découvrais que l’auteur du texte n’était pas réellement Arnould Galopin, mais Jean Petithuguenin, un autre auteur de littérature populaire fasciculaire.

Effectivement, durant ma lecture je reconnus le récit « Crimes et sorcellerie » publié en 1920 dans la collection « Le Roman Policier » des Éditions Ferenczi.

Du coup, en survolant la suite des aventures de Jean Tixier (le petit détective) et de Gaston Cervier, son boss, je retrouvais d’autres textes de Jean Petithuguenin et en arrivait à la déduction que Arnould Galopin devait être mort en cours d’écriture.

Pour autant, si j’avais déjà lu le premier texte de Jean Petithuguenin, n’ayant pas lu les autres (je les possède, mais je ne les avais pas encore lus), je décidais de continuer ma lecture malgré tout.

« On a fait sauter le train ! » est donc une réécriture de « Les dérailleurs de trains » de Jean Petithuguenin, un récit paru lui aussi dans la collection « Le Roman Policier » en 1920.

ON A FAIT SAUTER LE TRAIN !

Le grand détective Gaston CERVIER et son jeune secrétaire Jean TIXIER sont envoyés incognito par la Sûreté non loin d’Orléans pour enquêter sur une succession d’attentats contre des trains de transport de marchandises.

Au bout de quelques jours, Gaston CERVIER reçoit un courrier anonyme à l’auberge dans laquelle il est descendu, lui donnant rendez-vous, le soir, sous un pont de chemin de fer proche d’un château, s’il veut découvrir l’auteur des faits.

Ne sachant s’il s’agit d’un piège ou non, Gaston CERVIER décide d’y aller et demande à Jean TIXIER de se camoufler derrière une butte avoisinante.

Le train arrive quand… la terre se met alors à trembler, une gerbe de feu jaillit du fond de la tranchée, un fracas de tonnerre assourdit le petit détective…

Gaston Cervier et Jean Tixier sont chargés d’identifier et d’arrêter les dérailleurs de trains qui sévissent près d’Orléans.

Gaston Cervier reçoit une lettre anonyme l’invitant à se rendre sous un pont le soir même s’il veut connaître l’identité des terroristes.

Se méfiant, il place Jean Tixier en observation sur une butte pendant qu’il se rend sous le pont, mais, quand le train passe, une explosion se produit…

Je ne sais pas si ma lecture a été influencée par le fait que je savais que le texte n’était pas d’Arnould Galopin et ne datait pas de 1934, mais du début des années 1920, mais j’ai trouvé le récit moins fluide, moins rythmé que les précédentes aventures de Jean Tixier et Gaston Cervier. Ceci dit, j’avais déjà eu cette sensation avec l’épisode précédent avant même de réaliser qu’il s’agissait de la réécriture d’un ancien texte.

Cependant, bien que le texte ait été adapté pour deux personnages (là où l’original ne concernait que le détective Fred Cabosse de Petithuguenin), quelque chose cloche tout au long de la lecture, comme si les personnages n’agissaient plus vraiment selon leur caractère usuel, comme s’ils n’étaient pas à leur place.

Et la raison m’est venue à la lecture de l’épisode suivant, lui aussi une réécriture d’un récit de Jean Petithuguenin.

Avant, Arnould Galopin n’était pas contraint à respecter un nombre de pages, une taille de récit, les enquêtes de ses héros s’enchaînaient au fil des pages et des fascicules sans se soucier de se terminer à la fin d’un numéro. Il terminait son histoire quand il le voulait et en reprenait une autre après une petite phrase pour lier les deux intrigues.

Aussi, il racontait ce qu’il voulait, comme il voulait sans soucis de concision, ce qui donnait un rythme et une fluidité au texte même si, en contrepartie, les rebondissements et les actions des personnages pouvaient devenir redondants.

Mais là, le texte doit faire une taille précise (la réécriture n’étant que légère, juste pour adapter les personnages au récit, sans chercher à modifier la trame ou à rallonger l’histoire. Les changements sont minimes). Cette taille imposée, courte taille, en plus, qui ne permet pas de développer une intrigue et des personnages, empêche une certaine fluidité de plume et de narration. L’auteur d’origine était forcément avare de ses mots par obligation.

Et c’est ce que l’on ressent dans les épisodes issus de cette réécriture. Un peu comme si pour faire un film, on enchaînait des épisodes d’une série.

Mais l’on appréhende jamais une série comme un film et un film comme une série. Ce que l’on apprécie chez lui est préjudiciable pour l’autre et inversement.

Bref, appréhender un fascicule à travers un format feuilleton revient à la même chose.

C’est d’autant plus vrai que cette histoire de dérailleurs de train, qui aurait pu déboucher sur une histoire à rebondissement, un peu comme « Les bandits du rail » de Georges Spitzmuller, accouche là d’un texte bien trop court pour la servir.

Au final, un texte qui n’est ni dans le style de l’auteur (et pour cause) ni dans le genre de la série, manquant de fluidité, de rythme et d’ambition (normal puisqu’il possède ceux d’un fascicule).

05 septembre 2021

Le lecteur mécontent

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Je poursuis des enquêtes de l’extravagant A. B. C. Mine (pour Annibal Blaise Cyprien), un sympathique et rondouillard rentier quinquagénaire qui aime se mêler des affaires des autres, surtout quand elles reposent sur des crimes.

L’auteur, Maurice Lambert (1900 - 1968), alias Géo Duvic, était également journaliste spécialisé dans l’art de la pêche.

Maurice Lambert se consacra principalement à la littérature populaire fasciculaire (même s’il s’exerça dans d’autres styles). Et c’est à travers les excellentes enquêtes du commissaire Mazère et puis de l’inspecteur Machard que j’ai découvert l’auteur, sa plume et, surtout son talent.

Car, Maurice Lambert, jusqu’à présent, ne m’a jamais déçu et m’a démontré qu’il avait une parfaite maîtrise du format fasciculaire 32 pages, un format très contraignant dans lequel très peu d’auteurs se sont épanouis (Charles Richebourg, René Byzance, J. A. Flanigham…)

Contraignant, car en 10 à 12 000 mots, il est extrêmement complexe de proposer des personnages denses, une intrigue digne de ce nom, une plume et de proposer la narration idoine, généralement linéaire.

Si, jusqu’à présent, malgré des personnages un peu classiques, Maurice Lambert était parvenu à offrir aux lecteurs de véritables romans policiers en condensés, avec tout ce qu’il faut dedans, une histoire, des rebondissements, de multiples suspects et une révélation finale, avec les aventures d’A. B. C. Mine, il ajoute à toutes ces qualités, celle d’un personnage complexe, sympathique, attachant, drôle…

« Le lecteur mécontent » est paru en 1945 dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot, sous la forme d’un fascicule de 32 pages double-colonne contenant un récit indépendant de 12 800 mots.

LE LECTEUR MÉCONTENT

On vient d’assassiner le célèbre romancier Alcide Bourgeois. Le crime est signé : « Le lecteur mécontent ».

Le commissaire Fantin est chargé de l’enquête et, comme toujours, A. B. C. Mine, le quinquagénaire rentier rondouillard est dans ses pattes.

Le lendemain, un second écrivain est étranglé de la même façon, avec une cordelette de soie. Un message identique est découvert sur le corps.

Qui est le lecteur mécontent ? Qu’elles sont ses motivations ? Le policier et le détective demeurent dans le flou.

Soudain, A. B. C. Mine, se souvenant d’un reportage sur la chasse aux tigres vu au cinéma, propose de piéger le tueur. Encore faut-il trouver l’auteur qui jouera la chèvre…

Encore une fois, A. B. C. Mine se trouve chez son voisin et ami écrivain afin de profiter de sa compagnie, mais aussi de ses bonnes bouteilles.

L’ami (jamais nommé) a écrit et décrit de nombreux meurtres dans ses pages, mais a-t-on déjà essayé de l’assassiner, lui ? Lui demande Mine. En tout cas, lui a enquêté sur une affaire dans laquelle un écrivain célèbre de romans policiers avait été étranglé et sur lequel on avait trouvé un message signé : Le lecteur mécontent.

Alors, il avait dû enquêter avec son ami le commissaire Fantin, mais, bien vite, un second écrivain était retrouvé étranglé à son tour.

Sans piste, les deux enquêteurs décidaient alors de planquer chez le plus célèbre auteur de polars encore vivant afin de piéger le meurtrier…

Je retrouve avec plaisir A. B. C. Mine en souhaitant d’ores et déjà avoir la chance de découvrir d’autres enquêtes du personnage dans les textes de l’auteur que je ne possède pas encore (à condition de les trouver), car voilà la troisième et dernière enquête à me mettre sous la dent (me restera deux très courts textes publiés dans des fascicules-recueils).

A. B. C. Mine est fidèle à lui-même dans cette enquête. Débonnaire, souriant, l’air niais, semblant ne rien comprendre, il s’amuse comme un petit fou dans cette histoire de lecteur assassinant des écrivains de romans policiers.

Les suspects s’enchaînent, les pistes également, et pendant que Fantin part de droite et de gauche, Mine, lui, le conforte dans ses choix, mais prend d’autres chemins.

Certes, l’intrigue est un peu tirée par les cheveux et la résolution s’appuie un petit peu sur le hasard, mais le personnage emporte suffisamment l’adhésion pour faire passer cette petite pilule.

L’idée de base est intéressante (pour l’époque), des auteurs ayant pour métier de coucher des meurtres sur papier qui, à leur tour, sont victimes d’un meurtrier. Celle d’un lecteur en colère l’est tout autant.

Pourtant en moins de 13 000 mots on se doute que Maurice Lambert ne va pas pouvoir exploiter ces idées correctement et il a la bonne idée de ne pas tenter l’expérience.

Si dans les enquêtes de Mazère et Machard, les intrigues étaient le point fort (pour des fascicules de 32 pages), dans celles de A. B. C. Mine, l’atout est incontestablement ce personnage dichotomique, dont l’apparence est très éloignée de ce qu’il est au fond de lui.

Si dans les deux premières enquêtes A. B. C. Mine avouait à demi-mot qu’il avait fait partie de l’administration sans en citer le service, on apprend là qu’il faisait partie de la P.J.

On retrouve l’idée de « cambriolage moral », c’est-à-dire l’art de voler les informations aux gens dans des discussions qui ne ressemblent en rien à des interrogatoires, mais dont le but est tout de même de faire cracher l’autre. Ce « cambriolage moral » comme le nomme A. B. C. Mine, on le retrouvait déjà, avec plus de fantaisie, dans les méthodes de Marius Pégomas de Pierre Yrondy, puis, plus tard, avec plus d’empathie et d’apathie chez le commissaire Maigret, de Georges Simenon ou encore le commissaire Troufflard de René Byzance.

Sauf que chez Mine, c’est son flot de paroles et sa bonhomie qui endorment l’autre et le poussent à ne pas se méfier ni à contrôler ses propos.

Bien évidemment, le lecteur, content, celui-là, aura le droit aux fausses pistes, aux rebondissements et même à un double rebondissement final. Quoi demander de plus ?

Au final, l’auteur démontre une maîtrise parfaite du format et du genre et, en plus, met en scène un personnage à la fois drôle, sympathique, attachant, atypique et compétent. Excellent !

Le vieillard aux timbres

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Je poursuis ma découverte des aventures de A. B. C. Mine, un quinquagénaire rentier adorant les énigmes et les mystères, personnage né de la plume de Maurice Lambert, alias Géo Duvic, un auteur de littérature populaire qui œuvra dans les années 1940 à 1960.

L’auteur, bien que l’on sache qu’il était également journaliste spécialisé dans la pêche (ce qui le rapproche d’Henry Musnik), demeure de nos jours bien énigmatique.

Sa production fut principalement dirigée vers la littérature fasciculaire policière.

Je l’ai découvert à travers les enquêtes de deux de ses personnages récurrents : le commissaire Mazère et l’inspecteur Machard, et j’avais hâte de faire la connaissance avec cet étrange A.B.C. Mine.

Ce fut chose faite avec la première aventure du bonhomme : « M. Mine et l’homme immobile », une lecture enthousiasmante qui m’encouragea à déguster une seconde aventure du personnage.

Pour information, je n’ai identifié que 3 fascicules mettant en scène A.B.C. Mine, plus deux très courtes enquêtes publiées à la suite d’un texte de l’auteur chez Nicéa.

Les trois premiers titres ont été publiés dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot, vers 1944-1945, sous la forme de fascicules de 32 pages double-colonne contenant des récits indépendants d’environ 12 000 mots. Le reste a été publié aux éditions Nicéa à la fin 1945.

« Le vieillard aux timbres » est donc la deuxième enquête d’Annibal Blaise Cyprien Mine.

LE VIEILLARD AUX TIMBRES

Depuis que les journaux ont publié son portrait pour saluer ses exploits d’enquêteur, le débonnaire A. B. C. Mine reçoit régulièrement des télégrammes le mandant pour une affaire.

Cette fois, le message provient de M. Arnal, un septuagénaire opulent craignant pour sa vie. Il accuse ses proches logeant dans les murs de son château de vouloir l’assassiner pour s’approprier ses timbres de collection d’une valeur inestimable.

Sur place, A. B. C. Mine fait la connaissance d’une galerie d’êtres acerbes, cruels, envieux, qui, tous, assument leur haine de M. Arnal.

Mais qui du vieil ami, du neveu, du fils, du beau-fils, de la fille ou de la femme sera assez courageux, vil ou cupide pour passer à l’acte ?

À moins qu’ils ne s’associent pour avoir la peau du vieillard aux timbres !...

Alors qu’A.B.C. Mine est une nouvelle fois chez son voisin et ami écrivain (que l’on soupçonne être l’auteur en personne, du fait que l’épilogue est narré à la première personne, comme dans le premier épisode), et s’étonne que le plumitif multiplie les meurtres dans son roman, ce dernier lui rétorque qu’un roman policier nécessite toujours un cadavre, voire au moins deux pour multiplier les pistes.

Alors, A.B.C. Mine, pour le contredire, décide de lui raconter la fois où il fut appeler chez un vieillard collectionneur de timbres qui redoutait que ses proches ne l’assassinent pour mettre la main sur ses pièces les plus chères.

À cette occasion, il fit la connaissance d’hommes et de femmes cyniques qui bien qu’étant amis, fils, neveu, fille, femme, beau-fils du vieillard aux timbres n’en nourrissaient pas moins contre lui les plus vils complots…

Je retrouve donc avec plaisir le fameux Annibal Blaise Cyprien Mine, ce rondouillard quinquagénaire rentier qui, pour passer son temps, s’amuse à résoudre des énigmes.

À travers ce récit d’un peu plus de 12 300 mots, l’auteur nous livre une galerie de personnages à la fois pathétiques et sans foi, qui ne vivent que pour dépouiller le vieillard.

Si dans le premier épisode, l’auteur avait pris le temps de présenter le personnage à travers une narration omnisciente ou bien la narration à la première personne du voisin auteur dans l’épilogue, ici, c’est surtout à travers les yeux des convives qu’A.B.C. Mine est scruté. Bien évidemment, la vision est biaisée par la volonté même de Mine de passer pour un idiot inoffensif, sa principale stratégie pour ne pas éveiller les soupçons ou les craintes.

Mais également, cette fois-ci, au lieu de parler pour noyer le poisson et espérer des révélations, A.B.C. Mine est plus à l’écoute.

C’est, de toute façon, cette galerie de personnage qui est le point central du récit et, en cela, je ne peux m’empêcher de rapprocher le texte d’un autre publié quelques années plus tard : « Le mystère de la Cabretto » une enquête du commissaire Jules Troufflard de Renée Byzance.

En effet, tant dans les suspects que, parfois, dans l’allure de l’enquêteur, les deux récits sont assez proches.

Si je retrouve avec un immense plaisir A.B.C. Mine, force est de constater que le personnage, une fois mis en place, est un peu moins drôle, touchant et complexe que lors de la présentation liminaire. Son être tout entier est alors moins original ou bien me suis-je très rapidement habitué à lui, un peu comme une personne qui, à peine rencontré, donne l’impression de la connaître depuis des années.

Pour autant, dans le format très concis du fascicule 32 pages, A.B.C. Mine fait figure d’OLNI, tant il se démarque de ses nombreux congénères enquêteurs.

En ce qui concerne l’intrigue, forcément légère du fait du format court, elle est sympathique à suivre même si on devine un peu trop rapidement le rebondissement final et bien que ce rebondissement soit en fait un double rebondissement.

Mais cela n’entache en rien la lecture d’un tel récit qui, on le sait, n’est pas là pour nous ravir par son suspens haletant.

On notera que, tout comme dans certaines enquêtes du commissaire Mazère ou de l’inspecteur Machard, Maurice Lambert fait une nouvelle fois référence à la série « Nick Carter », ce qui laisse entendre soit du succès retentissant soit, plus probablement, du goût de l’auteur et de ses souvenirs de lecture de sa jeunesse.

Au final, même si le récit est un peu en deçà du précédent épisode, celui-ci s’avère être très agréable à lire et démontre, comme à chaque confrontation avec la plume de Maurice Lambert, que celui-ci maîtrisait parfaitement le format fasciculaire dans lequel je ne l’ai, jusqu’à présent, jamais vu faillir.

L'homme immobile

CouvABC01

Je poursuis avec un plaisir sans cesse renouvelé ma découverte de la plume et des personnages de Maurice Lambert.

Maurice Lambert, de son vrai nom Georges Duvis (1900 - 1968) est un auteur de littérature populaire dont on sait peu de chose si ce n’est qu’il fut également chansonnier, qu’il écrivit des articles liés à la pêche et qu’il privilégia, dans ses récits, le genre policier.

J’ai déjà évoqué l’auteur pour deux de ses personnages récurrents, le commissaire Mazère et l’inspecteur Machard.

Je découvre aujourd’hui un autre de ses héros : A.B.C. Mine, un quinquagénaire rondouillard et jovial, rentier, ancien de l’administration (laquelle ?) et passionné par le mystère et les petits secrets de chacun. A.B.C. comme Annibal, Blaise, Cyprien.

J’ai pour l’instant identifié 5 enquêtes du personnage, seulement, dont 3 dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot, en 1944 et les deux autres, beaucoup plus courtes, sont ajoutées à d’autres nouvelles de l’auteur ou d’un, dans des fascicules des éditions Nicéa en 1945.

« M. Mine et l’homme immobile » semble bien être la toute première aventure du personnage.

L’HOMME IMMOBILE

A. B. C. Mine, un quinquagénaire rondouillard et jovial, un soir neigeux, scrute, au chaud dans son appartement, par sa fenêtre, la rue vide devant chez lui.

Vide ?

Non, un homme emmitouflé fait les cent pas sur le trottoir, semblant mener une faction.

Cette attitude attise la curiosité de M. Mine qui, dès lors, ne peut s’empêcher de l’observer même quand le type s’adosse à un réverbère et ne bouge plus pendant de longues minutes.

L’individu immobile s’est-il endormi ? A. B. C. Mine est rapidement convaincu que son sommeil est désormais éternel.

Se vêtant chaudement, il dévale les escaliers pour se précipiter sur l’inconnu et constate que celui-ci est bien mort… d’une flèche en acier dans le cœur !...

M. Mine, un quinquagénaire opulent, dans tous les sens du terme, rend une visite inopinée à l’un de ses voisins dans l’immeuble où il vient d’emménager. Sans gêne, le bonhomme s’invite chez lui et lui explique qu’il a choisi de se présenter à lui plutôt qu’à d’autres, car seul lui semblait intéressant, du fait qu’il écrivait des romans policiers. D’ailleurs, Mine confesse à son voisin avoir lu son dernier roman et l’avoir trouvé… mauvais, pas crédible. Aussi, décide-t-il de l’inspirer en lui racontant une histoire qui lui est arrivée. Un soir neigeux, alors qu’il observe la rue vide de sa fenêtre, bien au chaud, il remarque un homme qui fait les cent pas puis qui s’immobilise contre un réverbère un peu trop longuement. Pensant tout d’abord que celui-ci s’est endormi, il est vite persuadé qu’il est en fait mort. Effectivement, quand il sort pour se diriger vers l’homme immobile, il constate que l’homme a le cœur transpercé par une flèche d’acier.

Maurice Lambert propose aux lecteurs un nouveau personnage et quel nouveau personnage ! On est loin de l’enquêteur classique dans le personnage de ce jovial rondouillard à la cinquantaine bien tassée, toujours souriant, de bonne humeur, à la limite, parfois de l’ironie.

Si le physique n’est pas sans rappeler Hercule Poirot, A.B.C. Mine n’a pas l’arrogance et l’ego démesuré du détective belge.

De plus, si Maurice Lambert évoque un peu le passé de son personnage, celui-ci admettant avoir fait partie de l’administration, sans vouloir en dire plus, ainsi que le fait que Mine soit connu pour des exploits passés, il n’en demeure pas moins très flou sur le reste. Seulement devine-t-on qu’il est célibataire, puisqu’il vit avec sa seule bonne Honorine.

Maurice Lambert, on le sait déjà en lisant les aventures des deux personnages précités, possède une parfaite maîtrise du format fasciculaire, tant dans la narration que dans la construction des intrigues.

Le seul reproche que l’on pouvait alors faire à ces récits, c’était de s’appuyer sur un héros un peu falot, du moins en ce qui concerne l’inspecteur Machard.

Alors, on se dit, d’entrée de jeu, à la lecture d’un prologue extrêmement bien senti, qu’avec un personnage un peu plus complexe et plus sympathique, que l’on va vraiment se régaler.

Et cette intuition se révèle juste.

Effectivement, malgré une histoire simple (format court oblige) et une fin qui se devine un petit peu trop vite (il faut dire que l’auteur distille quelques indices révélateurs durant son récit), quel plaisir de suivre l’enquête de ce jovial A.B.C. Mine.

À travers 12 900 mots Maurice Lambert livre ce qu’il y a de meilleur dans le genre et démontre qu’il était un spécialiste du genre et du format et, surtout, donne envie de retrouver le plus vite possible son personnage de A.B.C. Mine même si le lecteur (du moins, moi) est déjà triste à l’idée qu’il n’y a plus que 3 enquêtes et demie à découvrir.

Au final, excellent ! Maurice Lambert démontre une nouvelle fois sa parfaite maîtrise du genre et du format et, en prime, propose un personnage plus attachant et plus complexe que d’habitude.

Un spirite, un fou et un singe

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Je reviens à la série « Le Petit Détective » d’Arnould Galopin (1863-1934), une série de 83 fascicules de 16 pages illustrées, double colonne, publiée en 1934-1935.

Arnould Galopin fut un auteur très prolifique de la littérature populaire pour laquelle il livra une quantité industrielle de récits tant policiers que d’aventures ou d’anticipation.

Certes, l’auteur est principalement connu pour ses feuilletons d’aventures mettant en scène des adolescents et destinés à un public jeune (« Un aviateur de 15 ans », « Un poilu de douze ans »…), mais il écrivit également des romans-feuilletons policiers, mettant en scène, par exemple, le détective Allan Dickson, un clone de Sherlock Holmes, ou bien Edgar Pipe, le cambrioleur, ou encore pour ses romans d’anticipation comme « Le Bacille »

Mais je vous avais dit que « Le Petit Détective » était l’une voire sa dernière série et je pense que je ne m’étais pas trompé.

« Un spirite, un fou et un singe » est la 21e enquête de Jean Tixier (le petit détective) et de Gaston Cervier (son maître).

Cette aventure débute à la fin du fascicule n° 47 et se poursuit jusqu’au début du fascicule n° 49) et marque un tournant de la série.

Je ne m’étendrais pas à critique le texte, si vous voulez connaître mon avis sur le sujet, je vous invite à lire la chronique suivante : ici.

En effet, « Un spirite, un fou et un singe » n’est autre qu’une reprise d’un fascicule de 32 pages de Jean Petithuguenin publié en 1920 : « Crimes et sorcellerie ».

Cette aventure de Fred Cabosse (le récurrent de Petithuguenin) fut à peine retouchée en changeant les noms des protagonistes et des lieux et en adaptant certains petits passages pour que cela colle avec la série.

Alors, oui, cette façon de faire peut choquer, sauf qui connaît un peu la littérature populaire de l’époque où la chose était assez courante (mais généralement, c’était un auteur qui signait avec un autre pseudonyme ou qui proposait un même texte à plusieurs éditeurs).

Ici, c’est le texte d’un autre auteur qui est signé par un autre.

Signé ? Pas certains !

Car, tout porte à croire que Arnould Galopin n’ait pas eu son mot à dire.

Effectivement, on peut imaginer sans trop se tromper qu’Arnould Galopin étant mort en cours d’écriture, l’éditeur a trouvé un moyen de poursuivre la série en faisant appel à des textes de Jean Petithuguenin.

Et je dis « des textes », car, on poursuivant la série on constate que les aventures suivantes sont également des reprises de textes de Petithuguenin et, là aussi, des aventures de Fred Cabosse.

Ainsi, on peut retrouver après « Un spirite, un fou et un singe », les réécritures de « Les dérailleurs de trains », « Le visiteur invisible », « La tragédie du Gourmel » et « Le crime du revenant » toutes des aventures de Fred Cabosse signées Jean Petithuguenin.

Ensuite ? Je ne sais pas, je n’ai pas encore épluché tous les fascicules et je n’ai pas lu d’autres textes de Petithuguenin pour pouvoir en identifier des réécritures.

Il faudra que je m’y replonge plus tard.

Ainsi, cette série que je voyais comme la dernière d’Arnould Galopin l’est plus que je ne le pensais puisqu’il n’a pu la terminer lui-même.

Ainsi va la vie de la littérature populaire, un auteur s’en va, un autre prend sa place et « the reading must go on », la lecture continue.

Les Hommes du Mystère

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Vous ne connaissez probablement pas Jean Normand (1885 - 1956), alias Raoul Anthoni Lematte, à moins que vous suiviez mes chroniques rigoureusement ou bien que vous soyez un passionné de littérature populaire fasciculaire.

Jean Normand (Normand de naissance) avant d’être l’auteur de nombreux récits fasciculaires d’aventures, policiers, jeunesse, sentimentaux, travailla, après des études de droits, dans l’Administration pénitentiaire en Guyane.

C’est après avoir écrit des reportages sur le bagne local qu’il se lance dans l’écriture de fictions, dont la plupart sont emprunts de son expérience en Amérique du Sud.

On retrouve, dans sa production, notamment beaucoup de récits d’aventures sur les miniers et les placers sud-américains, mais également la série « Inspecteur Doublet à travers le monde » une série d’aventures composée de 14 fascicules de 24 pages contenant des récits indépendants d’environ 12 000 mots et publiés à partir de 1945 aux éditions SECM.

Bien que Paul Doublet soit inspecteur, la série tend plus vers l’aventure que le policier.

Bien que la série soit intitulée « Inspecteur Doublet à travers le monde », l’ensemble des récits se déroulent en Amérique du Sud, notamment en Guyane, Colombie, à Barranquilla…

« Les Hommes du Mystère » est le 9e épisode (numéroté 10 dans la réédition numérique).

LES HOMMES DU MYSTÈRE

Le vieux señor Carillo est sur le point de mourir. Son patrimoine reviendra alors à sa fille Inès et à son futur époux, Mancia.

Mais « Les Hommes du Mystère », une organisation criminelle qui aida, jadis, Carillo à faire fortune, réclame désormais sa part, comme convenu.

Le moribond refusant d’assumer le marché passé et de priver son enfant de la moitié de son héritage, les Hommes du Mystère sont bien décidés à s’en prendre à Inès et, pour l’affaiblir, à éliminer Mancia.

Pour ce faire, ils ont saboté l’avion biplace que celui-ci doit piloter le lendemain.

Au matin, Mancia monte dans son coucou emmenant avec lui un bien particulier passager : l’inspecteur Paul DOUBLET…

L’inspecteur Doublet, à Barranquilla, prend place à bord d’un avion biplace pour se rendre à Sincelejo d’où il doit rejoindre Colón. Mais, en vol, l’avion ne répond plus, il a été saboté par les Hommes du Mystère, les membres d’une association criminelle dont le but est de s’approprier la moitié de la fortune du beau-père de Mancia, le vieux Carillo, qui fit fortune, jadis, grâce à un pacte passé avec les brigands.

L’inspecteur Paul Doublet est à nouveau à Barranquilla dans cet épisode. Bien loin de voyager à travers le monde, comme le promet l’intitulé de la série, il se contente de voyager entre la Guyane, la Colombie et le Venezuela.

Dans cette aventure de 11 500 mots, il va se confronter à une organisation criminelle développée dans toute l’Amérique du Sud. Confrontation qui va tourner court, du fait de la concision du récit.

Pas de réelle intrigue, donc, juste une succession d’évènements et d’action où le suspens n’a pas sa place.

Bien que l’histoire va se développer autour des temples incas, l’auteur ne s’étendra pas sur le sujet ni dans les descriptions de ces édifices dans lesquels, pourtant, son héros se déplacera ni dans les coutumes ou autres informations sur le peuple. Pas la place faire un exposé sur ces sujets, certes, mais ajouter quelques éléments du genre aurait renforcé le dépaysement promis par la série (surtout envers le lectorat de l’époque).

La narration est linéaire, l’histoire sans surprise et il est bien étonnant que Doublet mette à mal une organisation criminelle si développée aussi facilement et aussi rapidement.

Bien évidemment, l’auteur fait le boulot et propose un récit pas déplaisant à lire, mais celui-ci est dénué de toute plus-value de toute autre ambition, tant stylistique que scénaristique, à l’image des tous les autres épisodes (ou presque).

Reste une petite aventure un peu simplette et insipide. Dommage.

Au final, au fil de la lecture des épisodes de cette série, on se rend compte que l’auteur se contente du minimum syndical, étouffant toute ambition d’agrémenter ses récits d’aventures d’un petit plus d’informations, de rebondissements ou de style qui aurait pourtant été nécessaire pour élever l’intérêt d’histoires un peu simplistes.