Loto Édition

26 janvier 2020

La note fatale

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« La note fatale » est un court roman policier paru, tout d’abord, sous la forme d’un fascicule de 48 pages en 1927 au sein de la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi avant d’être réédité en août 1933 sous la forme d’un fascicule 64 pages au sein de la collection « Police et Mystère » du même éditeur.

Le titre est signé H.-R. Woestyn, un auteur énigmatique dont on ne connaît que quelques autres pseudonymes : Cornil Bart, Roger Nivès, Henry Sevin, Jacques Bellême...

Créateur d’un personnage récurrent, l’inspecteur Pinson, pour de très courts récits distillés au début du XXe siècle dans le magazine « Mon Bonheur », Woestyn a également développé deux autres personnages récurrents : les détectives Ned Burke et Romain Farrel, le premier vieil américain, le second, son élève, jeune français, qui vécurent un peu plus d’une dizaine d’aventures au sein des collections policières des éditions Ferenczi.

 

LA NOTE FATALE

 

Une terrible malédiction pèse sur la famille da Sangallo depuis le XIVe siècle.

 

« Malheur à l’enfant aîné de chacun de notre race, si cet enfant est une fille, car elle périra au jour de sa majorité, impitoyablement brisée dans sa jeunesse, comme la coupe du doge dans toute sa beauté !... » dit la légende…

 

Aussi, quand Bianca da Sangallo, à l’approche de ses vingt et un ans, devient taciturne et se plonge dans les vieilles histoires et les arts divinatoires, son père, inquiet, décide de faire appel aux détectives Ned BURKE et Romain FARREL, tant pour veiller sur la précieuse relique, la dernière coupe du doge de Venise, que sur la vie de sa fille.

 

BURKE et FARREL, cartésiens de nature, persuadés que la jeune femme est sous la férule d’un être machiavélique, vont tout mettre en œuvre pour déjouer un crime diabolique…

Ned Burke et Romain Farrel sont engagés par le comte italien da Sangallo qui s’inquiète pour sa jeune fille Bianca. Effectivement, à l’approche de son 21e anniversaire, elle est de plus en plus obsédée par une légende voulant que, dans sa famille, depuis des siècles, des jeunes femmes meurent le jour de leur 21e anniversaire, décès accompagné par le bris d’une coupe en verre de Venise, d’un service offert par un Doge aux da Sangallo.

Il ne reste plus qu’un verre intact et le 21e anniversaire de Bianca sera fêté dans quelques jours...

On retrouve donc les deux détectives dans ce petit roman d’un peu plus de 17 000 mots.

Cette fois, les deux hommes vont avoir à affronter une terrible légende.

Comme on a pu le constater à plusieurs reprises dans la série, les personnages principaux n’arrivent pas dès le début du récit.

Effectivement, l’auteur présente le problème avant de faire intervenir ses héros.

Si le phénomène n’est pas aussi poussé que dans certains épisodes où l’un ou l’autre des détectives n’apparaissent qu’après la moitié du récit, ici, ils débarquent tout de même après un tiers du texte.

Le plaisir de retrouver les deux personnages, plaisir qui pourrait être plus grand si ceux-ci étaient un peu plus esquissés, est un peu gâché par le fait que, dès la moitié du roman, le lecteur a déjà deviné qui est l’instigateur du drame à venir et, surtout, comment il va s’y prendre.

Effectivement, pour trouver le coupable, il suffit de se référer à l’axiome usuel : « Is fecit cui prodest », en clair, chercher celui à qui profite le crime et l’un des personnages, le père de Bianca, bien naïvement, donne le nom de cette personne et son mobile sans même s’en rendre compte.

Quant au moyen, il suffit de se référer au titre pour le deviner.

Bien évidemment, on peut se dire que le lecteur d’aujourd’hui maîtrise mieux les codes du genre policier que celui de 1928, mais tout de même, les ficelles sont grosses.

Cependant, il ne faut pas aborder un roman fasciculaire de cette taille et de cette époque de la même façon qu’un roman actuel. Aussi, faut-il lui pardonner cette naïveté qui s’étend jusqu’à la fin de l’intrigue.

Malgré tout, on lui préférera bien d’autres titres du genre, mieux construits, au dénouement moins évident et aux personnages un peu plus cernés.

Au final, sans être une lecture fastidieuse, le texte pâtit d’une certaine naïveté que l’on mettra sur le compte du genre et de l’époque d’écriture.


Dans la peau d'un autre

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« Dans la peau d’un autre » est un titre signé de l’énigmatique auteur H.-R. Woestyn (dont on ne connaît que quelques pseudonymes dont Henry Sevin, Roger Nivès, Jacques Bellême, Cornil Bart...), initialement paru en 1927 sous la forme d’un fascicule de 32 pages dans la mythique collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi (mythique, car les titres sont tous illustrés par Gil Baer et extrêmement difficiles à trouver) puis réédité en 1934 dans une forme probablement allongée sous la forme d’un fascicule de 64 pages au sein de la collection « Police et Mystère » des mêmes éditions Ferenczi.

Ce titre a pour particularité, ainsi qu’une dizaine d’autres de l’auteur, de faire intervenir deux personnages récurrents, les détectives Ned Burke et Romain Farrel.

Le premier est un vieux (tout est relatif) détective américain, le second, son jeune élève français.

DANS LA PEAU D’UN AUTRE

Les détectives Ned BURKE et Romain FARREL ont embauché un nouveau secrétaire en la personne de Alfred Landon, un homme ayant purgé deux ans de prison pour détournement de fonds et à qui Ned BURKE veut offrir une deuxième chance.

Pendant l’une de leurs absences professionnelles, Boris Tchiaguine, un ex-délégué du gouvernement russe, vient les solliciter à la suite du cambriolage de sa villa qu’il pense être l’œuvre de ses anciens confrères ou d’opposants revanchards.

Alfred Landon, voyant là une occasion de se remplir les poches, décide de se faire passer pour Romain FARREL et accepte de prêter main-forte à son « client »…

Tchiaguine, un Russe, ancien membre des Soviets ayant tourné sa veste à la révolution pour s’enfuir du pays et venir vivre en France, est persuadé que ses anciens amis du pouvoir cherchent à le punir et que la famille des Russes opprimés veut se venger de lui.

Aussi, quand sa maison de campagne subit un cambriolage, il décide de faire appel à Ned Burke, le détective qui, par le passé, lui a sauvé la vie par deux fois.

Mais Ned Burke et Romain Farrel se sont absentés pour une affaire et le Russe ne trouve qu’Albert Landon, un secrétaire nouvellement embauché, ancien repris de justice, qui voit là une aubaine pour se faire de l’argent et décide de se faire passer pour Romain Farrel, que Tchiaguine ne connaît que de nom... 

Dans ce court roman (15 000 mots), H.-R. Woestyn décide de prendre le contre-pied des autres titres développés autour de ses deux personnages.

Si ceux-ci apparaissent usuellement tardivement dans le récit, ici, ils interviennent dès les premières lignes.

Par contre, les deux protagonistes disparaissent assez rapidement pour ne revenir sur le devant de la scène qu’à la toute fin du récit.

Entre les deux, c’est Alfred Landon qui va voler la vedette aux deux héros de l’histoire en se faisant passer pour l’un d’eux, Romain Farrel.

Cette substitution, explicitée par le titre du roman, va être sujette à un récit léger et amusant durant lequel l’auteur va jouer avec les deux usurpateurs (le faux détective, et le faux Russe Blanc ancien vrai Russe Rouge, c’est à dire un ancien Bolchevik se faisant passer pour un anti Bolchevik).

Pour ce faire, à l’un comme à l’autre, par un malencontreux hasard, il va leur faire rencontrer une personne potentiellement à même de pouvoir les démasquer.

Pour l’occasion H.-R. Woestyn met en place une triple intrigue (une série de cambriolage, la parano du Russe et l’usurpation d’identité du secrétaire), même si, il faut bien l’avouer, aucune d’elle n’est vraiment développée, format court oblige.

Cependant, il faut bien reconnaître que la lecture de ce roman est plutôt agréable même si elle part d’un postulat difficilement crédible : la faillibilité de Ned Burke qui croit à la repentance d’Alfred Landon, au contraire de son élève Romain Farrel.

L’ensemble demeure sans temps mort, livre plusieurs moments divertissants, que ce soit la parano de Tchiaguine, la roublardise de Landon, l’apparition des deux gendarmes, jusqu’au final dans lequel Ned Burke n’a pas plus de sympathie pour la victime, le Russe, que pour le coupable, le secrétaire...

Au final, « Dans la peau d’un autre » fait partie des titres les plus agréables à lire de la série de par sa légèreté et l’humour en filigrane même si, au final, les deux héros y tiennent une place relativement faible.

Une étrange disparition

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« Une étrange disparition » est le 15e épisode des aventures de « Marc Jordan », une série, à la base, de fascicules de 32 pages, double-colonne contenant, chacun, un récit indépendant d’environ 20 000 mots et qui a été publiée en 1907 par les éditions Ferenczi.

Pour replacer la série dans son contexte, il faut savoir que celle-ci fit suite à l’immense succès des aventures de Nick Carter, un détective américain qui, après avoir passionné les lecteurs d’outre-Atlantique depuis près de 20 ans, voyait ses traductions envahir avec autant de succès les pays d’Europe, dont la France, par l’intermédiaire des éditions Eischler.

L’auteur de la série demeure à ce jour inconnu.

Il est à noter que cette parution fut l’objet de la première incursion des éditions Ferenczi, dans le domaine du fascicule ainsi que dans le genre policier qui firent, l’un et l’autre, par la suite sa gloire et lui confère, aux passionnés de littérature populaire, un statut d’éditeur culte.

UNE ÉTRANGE DISPARITION

Bordeaux est en émoi !

La chambre d’hôtel de la célèbre et adulée cantatrice Lœtitia Carini a été cambriolée, la jeune femme a disparu et une large tache de sang recouvre les draps de son lit défait…

La police, les journaux, le mari et manager de la chanteuse, privilégie la thèse d’un assassinat.

Mais où se trouve le corps et comment est-il sorti de l’établissement sans éveiller les soupçons ? Qui est l’assassin ?

Le chef de la Sûreté de Paris, appelé à la rescousse pour résoudre l’affaire, décide de s’adjoindre les services du détective Marc JORDAN.

Ce dernier, sceptique quant à la piste du meurtre, va être conforté dans son hypothèse de la fugue par l’attitude de M. Carini…

Une chanteuse a mystérieusement disparu de sa chambre d’hôtel. Ses draps sont retrouvés tachés de sang, le mobilier a été retourné et des objets ont été volés.

Pourtant, même si les journaux de la région de Bordeaux s’accordent pour dire qu’il s’agit d’un assassinat et s’évertuent à chercher le corps un peu partout, Marc Jordan, lui, est persuadé qu’il s’agit plutôt d’une fugue.

Aussi, quand il va être sollicité pour résoudre l’enquête, est-ce sur cette seconde hypothèse qu’il va se lancer...

On pourrait faire à ce 15e épisode peu ou prou les mêmes critiques que pour les quelques épisodes précédents (depuis que Marc Jordan n’a plus à affronter la bande du comte Cazalès et de Pépita la Rouge).

En effet, on constate que ces dernières aventures manquent cruellement d’aventures, justement, et d’action, les intrigues se concentrant plus sur des mystères à résoudre qui, normalement, requièrent une part d’investigation.

Seulement, ni le personnage, ni le style, ni le format, ne permettent au texte de s’épanouir dans cette voie.

Sur un format si court (ici, pas même 18 000 mots), et dans une série au long court, il est préférable de plonger dans l’action que dans la réflexion, car cela apporte moins de temps mort d’autant la concision inhérente à ce format court ne permet pas d’installer une ambiance et des personnages.

C’est une nouvelle fois le cas avec cette enquête qui, comme la précédente, se résout très rapidement, laissant à l’auteur quelques pages à noircir, ce qu’il fait, comme dans le récit précédent, en nous contant les confessions d’un des protagonistes de l’histoire.

Cette méthode permettant de façon factice et facile d’allonger la sauce, passe sur un épisode, mais sur deux d’affilés, ou plus, cela lasse un petit peu.

Heureusement, pour les lecteurs, plus encore d’aujourd’hui que d’hier, l’intérêt de cet épisode réside plus dans les inspirations de celui-ci (ce qui l’a inspiré et celui qu’il a inspiré) que dans le texte lui-même.

Effectivement, il est indéniable que « Une étrange disparition » publié probablement au début 1908, est très inspiré d’un fait divers, la mystérieuse disparition de l’abbé Delarue, curé de Châtenay dans le canton d’Auneau.

Le 24 juillet 1906, l’abbé Delarue, parti d’Étampes à vélo, disparu mystérieusement, sur la route le menant à Châtenay.

La police ne réussissant pas à résoudre l’enquête et à retrouver l’abbé, ou son corps, la presse s’empara de l’affaire et en fit ses choux gras.

Notamment le journal Le Matin, qui organisa des battues, embaucha des trappeurs, offrit une prime de 1000 francs à qui retrouverait l’abbé mort ou vif, ce qui attira tous les détectives, fakirs, devins, cartomanciennes de la région... allant même jusqu’à requérir les dons d’une hyène capable de retrouver les corps enfouis sous terre :

http://www.corpusetampois.com/che-20-edmondfrank19060825curedechatenay.html

Au final, l’abbé n’était ni mort ni enlevé, il avait juste fugué avec une jeune paroissienne qu’il avait engrossée, ce qui n’empêcha pas, par la suite, aux journaux de noircir des pages avec les confessions des uns et des autres...

L’auteur de l’épisode de Marc Jordan ne cache d’ailleurs pas son inspiration en évoquant une disparition récente et proche d’un abbé ni même de l’utilisation d’une hyène dans son texte.

La seconde inspiration est à rechercher dans le sens inverse : non pas le fait ou le texte qui a inspiré l’épisode, mais le texte inspiré par l’épisode.

Pour cela, il faut avancer de presque 30 ans et se plonger dans la série « Marius Pégomas » de Pierre Yrondy.

En effet, l’antépénultième épisode de cette série, « Une atroce machination », se trouve être très inspiré (pour ne pas dire plus) de « Une étrange disparition ».

Même sujet, une disparition d’une cantatrice dans sa chambre d’hôtel. Lit défait, sang sur les draps (qui s’avère, dans les deux cas, du sang de lapin), époux avare et jaloux.

Dans les deux cas, il s’agit, en fait, de la fugue de l’épouse qui cherche à fuir le joug de son mari qui n’en veut qu’à son argent. Pour ce faire, aidée par son amant, elle fomente sa disparition pour se réfugier dans une maison isolée...

Au final, un épisode un peu mou, qui offre plus d’intérêt dans ses inspirations et celles qu’il provoquera que dans son récit lui-même... 

L'énigme du train de Brest

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Poursuivons la découverte des aventures du célèbre détective Marc Jordan, un personnage très inspiré dans le genre et la forme de celui de Nick Carter, son homologue américain et qui apparut en 1907 justement à la suite de la diffusion et du succès des premières traductions des aventures de Nick Carter, quelques semaines plus tôt (tandis qu’il avait déjà du succès depuis près de deux décennies outre-Atlantique).

« L’énigme du train de Brest » est le 14e épisode de la série publiée, à l’origine, tout comme la série Nick Carter, sous la forme de fascicules de 32 pages double-colonne contenant des récits indépendants d’environ 20 000 mots (deux heures de lecture).

L’auteur de la série est inconnu même si certains estiment qu’elle pourrait être accordée à l’auteur Jules de Gastyne.

Pour information (importante), la série « Marc Jordan » s’avère être la première incursion des éditions Ferenczi, à la fois dans le domaine sériel policier et dans la collection fasciculaire, double élément qui fit par la suite son succès à travers de très nombreuses collections fasciculaires (policières et aventures, mais également sentimentales...)

L’ÉNIGME DU TRAIN DE BREST

Un matin, à la gare de Paris, dans un compartiment à couchettes d’un train en provenance de Brest, un employé découvre les corps sans vie des Le Trahirec, un couple fortuné et âgé.

La police ne parvient pas à expliquer la mort des deux personnes, d’autant qu’aucune trace de violence n’a été constatée sur les dépouilles.

Quand la seule piste, un homme ayant voyagé, de nuit, dans le même wagon, s’écroule, le chef de la Sûreté, M. Étienne, n’a plus qu’une solution : faire appel au célèbre détective Marc JORDAN.

Ce dernier, accompagné de son fidèle lieutenant Fil-en-Quatre, se rend à Brest afin de rencontrer l’unique parent des défunts, leur jeune neveu…

Marc Jordan s’ennuie depuis que ses ennemis jurés, le comte Cazalès et la terrible Pépita la Rouge, se sont enfuis en Angleterre pour lui échapper.

Les crimes dans le pays, désormais, lui semblent bien fades.

Même l’énigme du train de Brest lui semble bien fade, persuadé, comme tout le monde, que le mystère s’éclaircira quand on aura mis la main sur la personne ayant voyagé dans le même compartiment que le couple défunt.

Mais quand M. Étienne, le chef de la Sûreté, vient demander à Marc Jordan de l’aider, car le fameux voyageur, qui s’est présenté de lui-même à la police, a été mis hors de cause, le détective décide, malgré tout, de se charger de l’affaire.

Il part alors à Brest en compagnie de Fil-en-Quatre, qu’il charge de surveiller Théophile Le Trahirec, le neveu et héritier du vieux couple.

Depuis la fuite du Comte Cazalès et de Pépita, Marc Jordan s’ennuie... et je serais presque tenté de dire que le lecteur avec lui.

Effectivement, les crimes semblent désormais plus fades au détective... et également au lecteur.

La faute à un changement de genre qui ne s’accorde ni avec la plume, ni avec le format, ni avec la cohérence de la série.

Car, tant que Cazalès et Pépita étaient présents, la série s’appuyait sur une dynamique de romans policiers d’actions et d’aventures à la sauce Nick Carter.

Le détective n’avait pas réellement à investiguer, il lui suffisait d’agir contre ses ennemis ou de réagir aux actions de ces derniers.

Ces rebondissements permanents : action – réaction – réaction à la réaction... rythmaient suffisamment le récit pour que le lecteur n’ait pas le temps de réaliser que les intrigues étaient faibles, que la taille du récit était courte, que les personnages étaient quelque peu stéréotypés.

Une fois ces terribles ennemis écartés (provisoirement, espérons-le), Marc Jordan n’a plus à réagir, car il n’est plus attaqué, et a très peu à agir, car l’ennemi n’est pas de la même envergure que les précédents.

Il ne lui reste donc plus qu’à investiguer... et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas besoin de trop se fouler la rate.

Dans le cas présent, un seul axiome est suffisant à résoudre le crime : « Is fecit cui prodest » (et si vous ne maîtrisez pas suffisamment ni le latin, ni le genre policier, je vous invite à taper la phrase dans votre moteur de recherche préféré pour comprendre de quoi je parle).

Quand bien même, une filature, un petit interrogatoire et hop, l’enquête est bouclée.

Seulement, même si l’épisode est un peu moins long que les premiers (même pas 18 000 mots), il reste encore des pages à noircir pour tenir les 32 pages, double-colonne.

Aussi, l’auteur doit-il se résoudre à s’étaler sur la confession du coupable, ou de la coupable, un moyen usuel, mais factice, de combler des vides.

Du coup, l’on se trouve avec un épisode dans lequel Marc Jordan n’a pas grand-chose à faire, Fil-en-Quatre se contente d’une filature et d’un tout petit interrogatoire, Féréol, d’une analyse de sang, et pour les autres (Jarris, Léonnec), c’est le grand néant.

Au final, tout comme le titre précédent, celui-ci s’avère mou, lent et décevant. On a hâte que Cazalès et Pépita pointent à nouveau le bout de leur nez pour épicer à nouveau la série.

N.B. On notera une nouvelle fois l’image pitoyable de la femme dans les récits policiers et que ce constat ne date pas seulement de l’émergence du roman noir à l’américaine dans les années 50, mais qu’il était déjà faisable au début du XXe siècle... et même avant.

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Chez les Flamands

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« Chez les Flamands » est un roman de Georges Simenon publié en 1932.

Il conte une nouvelle enquête du fameux commissaire à la pipe, Jules Maigret, mais une enquête, cette fois, officieuse.

Je ne vous ferai pas l’injure de vous présenter l’auteur ni le personnage, aussi, passons directement au titre du jour.

Chez les Flamands :

Maigret a accepté, à titre privé, d’aider les Peeters à se sortir d’un mauvais pas. Il apprend d’Anna, la jeune fille qui a sollicité sa collaboration, que tout Givet accuse la famille Peeters – « les Flamands », commerçants aisés, mais détestés, qui tiennent une petite épicerie où viennent boire les mariniers – d’avoir fait disparaître Germaine Piedbœuf, la fille d’un veilleur de nuit, dont Joseph Peeters a eu un enfant.

Le commissaire Maigret, via un membre de la famille de sa femme, est convié à aider à prouver l’innocence des Peeters, des commerçants flamands, dans la disparition d’une jeune femme.

Celle-ci a eu une relation, et un enfant, avec le fils des commerçants, un jeune homme promis à un bel avenir, et appelé à épouser sa cousine.

Tous les sujets préférés de Georges Simenon sont présents dans cet ouvrage :

– Les marins... même s’il s’agit ici de marine fluviale.

– La pluie.

– Une observation et une critique des classes sociales.

Les marins... car l’enquête se déroule à Givet, une ville fluviale très proche de la frontière belge. Des bateaux sont ancrés dans le port et un marinier devient suspect...

La pluie... la pluie... toujours la pluie. Il a tant plu que la Meuse a enflée et empêche les navires de naviguer, que les rues sont boueuse, le temps est gris....

Et, enfin, l’histoire fait s’affronter, non seulement, deux classes sociales, mais également deux nationalités.

Effectivement, d’un côté, une famille française pauvre. De l’autre, une famille flamande enrichie par le commerce...

Entre les deux, le commissaire Maigret qui, une nouvelle fois, observe, analyse, comprend...

On retrouve ici la plume de Simenon, en plus de ses obsessions déjà citées.

Sa façon de se concentrer sur des détails, pour appuyer sa réflexion sur les gens, les genres, autant que pour exprimer la pensée de son personnage.

Car, d’une part, en revenant, par exemple, sur l’habitude du père de la famille française, de jeter ses pommes de terre dans les cendres, la nuit, durant sa garde, il exprime une certaine idée de la simplicité autant que de la modicité d’une certaine classe sociale.

D’autre part, avec l’obsession de Maigret à faire rejouer, à la fille des Peeters, de façon sempiternelle, une chanson au piano, Simenon fait tourner la solution dans le crâne de son héros et donne un indice au lecteur sur le nœud de l’intrigue.

L’ambiance est lourde... allourdie par un temps pluvieux... par une atmosphère de tension entre les nationalités, les classes... par les conventions... par les coutumes... par la nature humaine...

Et si Maigret, de coutume, est un excellent observateur, prenant le temps de s’imprégner des lieux, des gens, avant de réfléchir, conclure et parfois agir, ici, il se contente, jusqu’au bout, de son rôle témoin, se contentant, de pousser le coupable à la confession...

Le roman s’achève sur une scène post-enquête, chose assez rare dans les premiers épisodes de la série, une scène se déroulant plusieurs mois, années, après les faits et qui se pose comme une conclusion morale... de justice divine où tout un chacun, un jour est amené à payer le prix de ses actes...

Au final, encore un bon « Commissaire Maigret » qui se déroule dans les conditions dans lesquelles et l’auteur et le personnage s’épanouissent le mieux.


19 janvier 2020

Le puits qui pleure

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Maxime Audouin fait partie de ces très nombreux auteurs de la littérature populaire injustement oubliés de nos jours après avoir ravi les lecteurs pendant des décennies grâce à leurs nouvelles, contes et romans, souvent publiés dans les journaux et les magazines de l’époque.

De son vrai nom Eugène Delacroix (rien à voir avec le peintre), né en 1858, Maxime Audouin (du nom de jeune fille de sa mère), fut d’abord enseignant et principal de collège de la ville de Fougères en Bretagne. Il y tint une chronique dans la gazette locale avant d’écrire des contes, nouvelles et romans dans les journaux locaux puis nationaux.

L’auteur vécut la seconde partie de sa vie à Pouliguen, où il y mourut en 1925.

Maxime Audouin a écrit de nombreux romans ou longues nouvelles d’aventures, de mystères ou policières, n’hésitant pas à mélanger souvent les genres.

D’une belle plume, il était avant tout un excellent conteur qui savait happer le lecteur durant tout son récit sans jamais le lasser.

Le puits qui pleure :

 Lorsque je reçus ma nomination de professeur de quatrième au collège de Saint-Julien, je ne pouvais guère prévoir l’étrange enchaînement de circonstances qui allaient me lancer en plein mystère – en plein drame ?...

Dans cette vieille cité bretonne, je ne trouvais, pour me loger, qu’une vaste et solide demeure bourgeoise qu’aucun Saint-Juliennois ne voulait habiter et que tous surnommaient : « La maison du crime ».

Mais la bâtisse, d’avoir été témoin du meurtre de son ancien propriétaire, pâtissait, de surcroît, auprès des autochtones, de sa réputation d’abriter, dans sa cave, un puits mystérieux à l’aura quasi diabolique d’où s’étaient échappés des pleurs lors de la funeste nuit de l’assassinat.

Croyez-vous que ces éléments fussent suffisants à me dissuader d’habiter les lieux ? Pensez-vous ! bien au contraire, mon esprit cartésien faisait fi de ces archaïques superstitions…

Et, pourtant, c’est dans ses murs que je vécus l’aventure la plus exaltante, la plus dangereuse et la plus glorieuse de ma vie…

« Le puits qui pleure » est une longue nouvelle (je dirais plutôt « un court roman ») d’un peu moins de 25 000 mots qui fut publiée, à l’origine, au tout début des années 1900 dans le magazine « Lecture pour tous ».

Ce récit met en scène un jeune enseignant qui débarque pour sa première nomination dans un vieux village breton. Peu désireux de vivre dans une chambre d’hôtel, il décide de rechercher une maison à louer, mais celles-ci se font rares et il ne trouve qu’une seule bâtisse de libre, une maison dont, récemment, le propriétaire fût étranglé, dans sa chambre, par son neveu.

Personne ne voulant loger dans « La maison du crime », le professeur parvient à louer la bâtisse à bon prix et y emménage rapidement, prenant pour bonne l’ancienne domestique du défunt.

Lors de la visite, celle-ci lui explique qu’elle accepte de le servir à la condition de ne pas dormir seule dans la maison, effectivement, la vieille femme a peur, car la demeure, en plus de cette sombre histoire de meurtre, abrite un puits dans sa cave, un puits qui a pleuré lors de la funeste nuit.

L’enseignant n’étant pas superstitieux et ne craignant ni les fantômes ni le diable ne fait aucun cas de ces révélations.

Mais, très vite, il va s’intéresser à la fois au meurtre et au puits de sa nouvelle demeure, intérêt devenant obsession... une obsession qui va le conduire à vivre une aventure trépidante et dangereuse...

Maxime Audouin base donc son intrigue sur un double mystère, celui d’un meurtre dont le suspect est pourtant apprécié de tous et celui d’un puits d’où s’échappent des bruits inquiétants.

Curieux de nature, le héros de cette histoire, convaincu assez rapidement de l’innocence du jeune homme accusé, va se lancer dans une enquête personnelle. 

Avec une plume en apparence classique et simple (mais il n’y a qu’à s’attarder sur quelques descriptions pour se convaincre du contraire), l’auteur présente son héros et le contexte de l’intrigue dans une traditionnelle narration à la première personne.

Mais, quand la part enquête surgit, Maxime Audouin change son système narratif pour nous conter cette dernière sous forme de « journal intime ».

Je dois avouer que ce système narratif du journal intime me lasse bien souvent et qu’il faut beaucoup de talent pour parvenir à me contenter avec un tel mode de narration. Rares sont les auteurs à y être parvenus, qu’ils soient d’hier ou d’aujourd’hui et, pourtant, il faut reconnaître que Maxime Audouin y est parvenu au-delà de mes espérances.

Effectivement, le mode narratif est maîtrisé et colle à la perfection à la temporalité très courte de l’intrigue ainsi qu’à la simplicité de cette dernière.

Entendons-nous, « Le puits qui pleure » bien que posant ses bases sur un mystère, n’est pas un roman à suspens, mais un roman d’aventures naviguant sur le courant du roman policier pour aller de l’avant.

Ainsi, l’enquête avançant rapidement, à grand renfort de hasard plus que de patience ou de perspicacité, celle-ci se marie mieux avec le système narratif usité.

D’ailleurs, rappelons qu’à l’époque de sa publication (1902 ou 1903), le genre policier est encore balbutiant et si quelques auteurs tirent la quintessence d’un genre pur, beaucoup le diluent dans des intrigues sentimentales ou, plus facilement, des péripéties aventureuses afin de divertir un public bien souvent familial.

Pour en revenir à la plume de Maxime Audouin, si ses écrits datent de plus de cent ans et qu’on e peut lui accorder l’adjectif de « Moderne », il faut reconnaître à l’auteur qu’elle n’est point pour autant surannée en comparaison de certains de ses confrères qui, pour avoir travaillé un peu trop leur style, font que celui-ci est désormais un peu trop ampoulé pour les lecteurs modernes.

Au final, « Le puits qui pleure » est un très bon roman court, simplement écrit, mais parfaitement maîtrisé, avec tous les atouts pour contenter le lecteur que je suis.

Exécution sans bavure

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« Exécution sans bavure » est titre publié dans la collection de fascicules de 64 pages « Police et Mystère », 2e série du nom, des éditions Ferenczi, en 1956, signé Florent Manuel.

Florent Manuel, est-il besoin de le signaler, est un pseudonyme d’Henry Musnik, un auteur de la littérature populaire fasciculaire de langue française né au Chili en 1895.

L’auteur a abreuvé pendant près de 3 décennies, à partir du début des années 1930, de nombreuses collections fasciculaires chez différents éditeurs, sous de multiples pseudonymes (Alain Martial, Pierre Olasso, Florent Manuel, Claude Ascain, Jean Daye, Gérad Dixe, Pierre Dennys...)

Pour ce faire, il usa d’une plume prolifique, mais également de certains stratagèmes dont le plus utilisé fut de réutiliser certains textes à quelques années d’intervalles, chez le même éditeur ou chez un confrère, en se contentant de changer les noms des personnages (ou en faisant une légère réécriture) et son pseudonyme. Ce qui fait que l’on peut retrouver deux de ses personnages récurrents refaire la même enquête dans deux collections et à deux époques différentes.

C’est une nouvelle fois le cas avec « Exécution sans bavure » qui s’avère être une reprise du titre « Disparition instantanée » dans la collection « Ici police » des éditions A.B.C. sous le pseudonyme de Claude Ascain.

 

EXÉCUTION SANS BAVURE

 

Georges Campeau, courtier en Bourse, reçoit depuis peu des lettres d’intimidations.

 

Pensant d’abord à une stupide plaisanterie, à la troisième missive, il se décide à faire appel à la police.

 

L’inspecteur GASPIN, chargé de l’enquête, écoute avec attention le plaignant, considérant la menace avec sérieux.

 

Monsieur Campeau devant se déplacer pour un voyage d’affaires, il est convenu de prendre des dispositions afin de prévenir un traquenard, la voiture du coulissier sera suivie par un agent en moto.

 

Mais quand l’automobile dévie brutalement de l’itinéraire et s’arrête à un garage, le policier n’a que le temps de voir s’enfuir le chauffeur : le véhicule est vide, le passager a mystérieusement disparu…

 

Ce titre fait intervenir le personnage de l’inspecteur Gaspin (probablement le dernier titre à le faire) même si celui-ci s’avère une réécriture d’un autre titre avec un autre personnage (comme tous les titres faisant intervenir l’inspecteur Gaspin).

Mais, d’ordinaire, les récits sont issus d’une collection de fascicules de 32 pages et font dans les 7 700 mots.

Ici, le récit provient d’une collection de fascicules de 64 pages et fait un peu plus de 17 000 mots.

On peut donc s’attendre à voir des personnages plus étoffés (moins serait difficile) et à suivre une intrigue un peu plus construite qu’à l’ordinaire.

Pour les personnages, c’est râpé, mais rappelons que le fait que ceux-ci soient à peine esquissés aidait l’auteur à les interchanger au gré des réutilisations.

Pour l’intrigue, il ne faut pas s’attendre au canevas échevelé, au suspens haletant, des romans pavés d’aujourd’hui.

Non, l’intrigue est assez simple (bien qu’à peine plus complexe que dans les récits plus courts) et l’enquête demeure plutôt linéaire comme à l’accoutumée.

De même, l’inspecteur Gaspin révèle la façon dont il a tout découvert après coup, afin de favoriser la concision du texte.

Mais alors, comment l’auteur a-t-il utilisé l’espace supplémentaire que lui offrait le format de 64 pages ? Quasiment uniquement à développer les scènes de son histoire, à proposer une ou deux fausses pistes, un ou deux revirements et puis c’est tout.

C’est un peu dommage, mais c’est ainsi.

On notera également que le nœud de l’intrigue se dénoue une nouvelle fois par le hasard, la découverte d’un objet à l’apparence anodine, et que le final manque un peu de crédibilité même si (du moins si l’on ne considère pas les légistes de l’époque comme des truffes), mais que l’auteur est parvenu à me faire la nique à la dernière ligne alors que je pensais qu’il avait oublié un détail qui détruisait toute son histoire.

Au final, une enquête plus longue que les précédentes, mais qui est dans la même veine que celles-ci, juste en deux fois et demie plus long...

Solution, dernière minute !...

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« Solution, dernière minute !... » est un titre de la collection de fascicules de 32 pages « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi, publié en 1953 et écrit par Florent Manuel.

Florent Manuel est un pseudonyme de Henry Musnik, un auteur de langue française né au Chili en 1895, l’un des principaux piliers de la littérature populaire fasciculaire française.

Il abreuva de nombreuses collections de son immense production, sous divers pseudonymes (Claude Ascain, Pierre Olasso, Jean Daye, Gérard Dixe, Pierre Dennys, Alain Martial...).

Mais l’homme en plus d’écrire beaucoup, usait de malice afin de multiplier les titres, soit en usant de façon cachée des traductions de séries anglophones soit, plus généralement, en réutilisant ses récits en en changeant le titre, les noms de personnages et de pseudonyme.

« Solution, dernière minute !... », un titre faisant apparaître le personnage de l’inspecteur Gaspin, est ainsi une reprise du titre « L’homme à la barbe blonde » paru en 1945 dans la collection « Allo Police » des éditions S.E.G.

 

SOLUTION, DERNIÈRE MINUTE !...

 

Un artisan horloger est agressé dans son atelier. On lui vole une montre-bijou d’une valeur inestimable.

 

L’inspecteur GASPIN, chargé de l’enquête, dirige ses soupçons vers le secrétaire du joaillier pour lequel la victime travaillait. Il espère bien démasquer le coupable assez rapidement.

 

Mais un banal accident suivi d’un stupide oubli va servir au mieux les desseins du policier…

 

L’inspecteur Gaspin est chargé de trouver celui qui a agressé un horloger pour lui voler un bijou lui ayant été confié. L’homme a reçu un faux pneumatique chargé de le faire s’absenter de son atelier et une personne ressemblant au secrétaire du joaillier qui avait confié l’objet à l’artisan a été aperçue devant le lieu du drame...

Ce très court récit policier de 7 700 mots, comme tous les récits de ce format, nous propose une intrigue simple et linéaire dans laquelle naviguent des personnages à peine esquissés, que ce soient les rôles secondaires comme celui principal.

Effectivement, on a l’habitude, dans ce format, de trouver des héros un peu flous, mais Henry Musnik floute encore plus le trait du fait que ce flou autour des personnages facilite la transposition d’un texte d’une collection à une autre, de faire prendre le héros pour un autre sans être démasqué par des détails repérables.

Mais on s’habitue à ce travers en même temps qu’au genre et on ne jugera pas ces textes de moins de 10 000 mots de la même manière qu’on jugerait un roman de taille classique, d’autant qu’ils sont toujours écrits et publiés dans la précipitation.

Cependant, d’un auteur à un autre, on notera des aptitudes plus ou moins grandes à performer malgré les contraintes (J.A. Flanigham, Charles Richebourg, René Thomas, Jean Buzançais...).

Pour les autres, le niveau peut fluctuer d’un titre à l’autre.

Chez Henry Musnik, cette tendance est d’autant plus marquante que l’on peut très bien lire deux titres qui ont été publiés consécutivement alors qu’ils ont été écrits à des années d’écart (en fonction des réutilisations des textes).

Les textes de l’auteur fluctuent entre le passable et le pas mal sans jamais atteindre l’excellence.

Ici, le lecteur se contentera du pas mal (toute proportion gardée en fonction du format).

L’histoire, comme souvent, se dénoue par le hasard, et la solution est apportée a posteriori par une explication brève, tactique pour conserver une certaine concision.

Mais le style est passable et l’intrigue moyenne, ce qui confère à l’ensemble la mention « passable ».

Au final, pas un roman exaltant, juste un petit moment de lecture sans déplaisir, aidé en cela par la taille très courte du texte.

Vol en quinze secondes

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Retrouvons l’inspecteur Gaspin, un personnage créé par Florent Manuel, dans une nouvelle enquête : « Vol en quinze secondes ».

Ce très court roman est paru en 1952 dans la collection de plus de 500 fascicules de 32 pages « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi. Il semble être le 4e mettant en scène ce personnage.

Florent Manuel est un pseudonyme de Henry Musnik, un auteur de la littérature populaire française né à la fin du XIXe siècle au Chili. Sous de très nombreux pseudonymes (Alain Martial, Pierre Olasson, Jean Day, Gérard Dixe, Claude Ascain, Pierre Dennys...) l’auteur a écrit un nombre incalculable de petits textes destinés aux collections fasciculaires, principalement policières, de 32 et 64 pages entre le début des années 1930 et le milieu des années 1950.

Si sa production est immense, elle doit cependant être quelque peu minorée du fait qu’Henry Musnik avait l’habitude de réutiliser des textes sous différents pseudonymes et dans différentes collections en se contentant de changer les noms des personnages. Cette ruse était facilitée par la concision inhérente au format empêchant les auteurs d’étoffer leurs personnages, facilitant ainsi la transposition d’un héros à un autre.

Exemple avec « Vol en quinze secondes » qui se révèle être une « réécriture » du titre « Le mystère des écrins » paru en 1942 dans la collection « Police-Express » des éditions A.B.C.

VOL EN QUINZE SECONDES !

Nouvelle enquête pour l’inspecteur GASPIN : les bijoux d’une riche Brésilienne ont été dérobés dans sa chambre d’hôtel alors qu’elle venait de les faire récupérer chez son bijoutier.

Le vol est audacieux et difficile à cerner, étant données les conditions dans lesquelles il est censé s’être déroulé.

Malheureusement pour les malfrats, l’inspecteur GASPIN ne se fie jamais aux apparences…

Des bijoux volés, une riche Brésilienne, un secrétaire et une domestique éventuellement suspects, voici les données de l’affaire du jour pour l’inspecteur Gaspin.

Dans ce très court roman (même pas 7 500 mots), Henry Musnik, caché, à l’époque, sous le pseudonyme de Florent Manuel, se contente de proposer une enquête simple, à travers une narration également simple et une résolution, une nouvelle fois basée sur la chance.

Si on ne peut reprocher des travers qui sont pour beaucoup le fait de la concision exigée par le format, on peut toutefois trouver à redire au fait que le texte manque un peu d’attrait par rapport aux précédents mettant en scène l’inspecteur Gaspin, la faute à un style encore plus passe-partout que d’ordinaire.

Bien évidemment, le style n’a jamais été le fort de Henry Musnik, ni même l’ambition, me semble-t-il, puisque son but était de produire rapidement et en quantité, des textes pour satisfaire la soif d’aventures des lecteurs de l’époque.

Pour autant, on l’a connu quelque peu plus investi dans sa tâche. Tant pis.

Au final, si ce court roman se lit vite et sans déplaisir, il est pourtant en deçà des précédents de la série.

Le mystérieux monsieur Garret

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« Le mystérieux monsieur Garret » est un très court roman issu de la collection de fascicules de 32 pages « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi et publié en 1952.

Le titre, publié sous le nom de Florent Manuel, un des nombreux pseudonymes de l’auteur Henry Musnik, un pilier de la littérature populaire fasciculaires des années 1930-1940-1950.

Henry Musnik, né à la fin du XIXe siècle au Chili, compte à son actif un nombre incalculable de courts romans qui ont inondé les diverses collections fasciculaires (notamment policières) des divers éditeurs de son époque.

Pour ce faire, il usa de nombreux pseudonymes (Jean Daye, Alain Martial, Florent Manuel, Claude Ascain, Gérard Dixe, Pierre Olasso...) et de plusieurs subterfuges comme l’autoplagiat consistant à réutiliser un texte en adoptant un autre pseudonyme et en changeant le nom des personnages, le plagiat de récits traduits de la série « Sexton Blake » et bien d’autres...

Par exemple, « Le mystérieux monsieur Garret » s’avère être une reprise du titre « Le visiteur inconnu » publié dans la collection « Radio Police » des éditions A.B.C. en 1942 sous le pseudonyme de Claude Ascain.

Le personnage principal de « Le mystérieux monsieur Garret » est l’inspecteur Gaspin qui semble intervenir pour la troisième fois avec cette enquête.

LE MYSTÉRIEUX MONSIEUR GARRET

Une femme est retrouvée morte, étranglée, dans son lit, dans sa chambre d’hôtel, alors que le mari était absent.

Les soupçons se portent immédiatement sur un certain Jean Garret. Celui-ci s’est présenté à l’accueil de la pension, a demandé après l’époux et apprenant son absence, s’est rendu à l’appartement de la victime.

Mais le meurtrier est-il bien le mystérieux monsieur Garret ?

L’inspecteur GASPIN, chargé de l’enquête, semble miser sur un autre suspect. À tort ou à raison ? Peut-être un peu des deux…

Une femme étranglée dans sa chambre d’hôtel pendant l’absence de son mari, un mystérieux visiteur qui doit être le meurtrier... voilà qui compose l’enquête que va devoir mener l’inspecteur Gaspin.

La tâche semble facile, le meurtrier a donné son nom à l’accueil de la pension : Jean Garret.

Mais monsieur Garret est mystérieux, il a loué une chambre dans un autre hôtel sans jamais s’y rendre...

Nouvelle petite enquête pour l’inspecteur Gaspin (pas tout à fait 7800 mots) dans la veine des deux précédentes.

Henry Musnik, sous le pseudonyme de Florent Manuel, nous propose une nouvelle fois, format court oblige, une intrigue assez simple et linéaire, dans laquelle le nombre de personnages est restreint et les descriptions superflues.

Un crime, un suspect, un retournement de situation et une résolution... voilà le menu de l’histoire.

Cependant, on sait bien, en abordant un texte de cette collection ou tout texte issu de collections fasciculaires de 32 pages, à quoi s’attendre.

Pourtant, il faut bien reconnaître que quelques auteurs ont excellé, dans ce même format et dans la même collection. On citera, par exemple, l’énigmatique Charles Richebourg et son personnage de commissaire Odilon Quentin ou bien encore René Thomas, Alias C. Thomas Cervoni, ou Louis C. Thomas, avec son personnage de l’inspecteur Lémoz.

Henry Musnik n’est clairement pas de la veine de ces deux auteurs et je serais même tenté de dire qu’il n’a jamais tenté de l’être. Son but, produire des histoires pour les lecteurs, des petits moments de lecture plutôt agréable, sans chercher pour autant à exceller.

Et l’on peut lui accorder qu’il respecte souvent ses ambitions, certes, avec plus ou moins d’ampleur, mais, généralement, le but recherché est atteint.

Ici, on lui accordera qu’il hausse un peu le niveau en variant légèrement son style. Rien de transcendant, bien évidemment, mais une qualité toute fois notable dans l’écriture.

Après, l’histoire peut sembler quelque peu cousue de fil blanc, l’intrigue se baser sur une erreur stupide de l’assassin et un peu trop sur le hasard, mais là est le secret de la concision exigée par le format.

Au final, un titre qui se lit très vite, mais aussi très agréablement, que demander de plus ?

12 janvier 2020

Un crime mystérieux

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« Un crime mystérieux » est la 13e enquête du célèbre détective français Marc Jordan.

Est-il besoin de situer le personnage ? Oui ! Alors, allons-y.

Marc Jordan est un personnage de la littérature populaire fasciculaire né à la fin de 1907 pour faire concurrence aux aventures de Nick Carter, un détective américain dont le succès outre-Atlantique était immense et dont les traductions, qui venaient juste de débarquer en Europe et en France, à l’époque, fascinaient les lecteurs.

Ces aventures de Marc Jordan étaient très inspirées, tant dans le genre, le style et le format, de celles de son homologue américain.

Dans le genre : policier d’aventures.

Dans le style : récits plus ou moins indépendants de 20 000 mots où le héros est un policier privé, sans peur et sans reproche, qui, épaulé par de fidèles lieutenants, combat le crime en tout genre et, surtout, des super méchants qui lui donnent du fil à retordre et qui reviennent d’épisode en épisode. 

Dans le format : grand fascicule de 32 pages, double-colonne avec couverture illustrant un passage de l’histoire.

Est-il besoin de replacer l’auteur ? Oui ! Alors... rien, car l’auteur, à ce jour, demeure inconnu même si certains accordent la paternité de la série à Jules de Gastyne (mais que n’a-t-on accordé à cet auteur ???).

Notons que les aventures de Marc Jordan sont l’occasion de la première incursion des éditions Ferenczi, à la fois, dans le genre policier et dans la littérature fasciculaire, deux domaines dans lesquels elles s’illustreront par la suite pour le plus grand bonheur des lecteurs.

Notons également que la série « Marc Jordan » est probablement la première série policière fasciculaire française.

UN CRIME MYSTÉRIEUX

Constant Renaud, un châtelain lillois, affolé, débarque chez le célèbre détective Marc JORDAN l’implorant de l’aider à l’innocenter.

Sa belle-sœur et sa nièce ont mystérieusement disparu alors qu’elles venaient le rejoindre pour s’établir dans sa demeure à la suite du décès du mari et père.

Après une escale à Paris afin de rendre visite au comte de Sauveterre, un membre de la famille, personnage influent naviguant dans les hautes sphères de la politique, les deux femmes ont pris le train reliant la capitale à Lille, ont été vues en descendre, mais n’ont plus donné signe de vie depuis.

Monsieur Renaud, susceptible d’hériter des biens légués par son riche frère, est devenu, de fait, le principal suspect.

Marc JORDAN, persuadé de l’honnêteté de son client, ne tarde pas à acquérir la conviction que les parentes n’ont pas quitté Paris, ce qui implique qu’il va devoir prouver la culpabilité d’un homme fortuné et puissant…

Une mère et une fille ont disparu.

Le mari et père vient de mourir. Elles ont décidé d’aller vivre chez dans le château du frère du défunt, près de Lille.

Mais avant, la mère ayant des choses à régler à Paris, elle en profite pour aller visiter un membre de la famille, un personnage riche et puissant, très en vue en politique.

Les deux femmes ont pris le train à Paris, ont été vues en descendre à Lille, mais, depuis, plus aucune trace.

Aussi, la police se tourne immédiatement vers le beau-frère d’autant qu’en cas de décès, c’est lui qui hériterait de la fortune que son frère a léguée à sa femme.

Pour se défendre, le suspect place tous ses espoirs en Marc Jordan.

Celui-ci ne tarde pas à acquérir la certitude que les deux jeunes femmes n’ont jamais quitté Paris, ce qui implique que soit le personnage puissant, soit son majordome sont le coupable...

Après la chasse au comte Cazalès et à Pépita la Rouge, ceux-ci s’étant enfuis à Londres, Marc Jordan trouve la vie un peu trop calme et s’empresse d’accepter cette affaire qui va un peu changer de celles d’avant, comme le lecteur va le remarquer et le ressentir lui-même.

Effectivement, si le style ni le format ne change, la lecture, elle, de cet épisode, semble varier d’ordinaire.

La raison première en est l’enquête elle-même.

Si le lecteur est habitué à ne pas être confronté à un récit de réflexion et d’investigation, il conditionne son plaisir de lecture à l’aspect aventure et action de la série.

Mais ici, si la réflexion est aussi peu présente, malheureusement, l’action n’est pas non plus omniprésente.

Car, oui, à peine le client lui a raconté l’histoire que Marc Jordan a déjà sa petite idée sur le coupable.

Il lui suffit d’un voyage en train pour affirmer sa conviction.

À partir de ce moment, le lecteur s’attend à une lutte terrible entre le détective et le puissant, comme il en a eu l’habitude avec un autre comte, Cazalès...

Malheureusement, le lecteur sera un peu déçu de constater que son héros résout l’affaire en deux coups de cuillères à pot, sur une simple entrevue prenant forme d’interrogatoire et, encore, sans qu’il ait besoin de sortir les grands moyens puisqu’il lui suffit de mettre un peu la pression à son interlocuteur pour obtenir des aveux.

On a beau s’attendre à un revirement de situation, à ce que le méchant se reprenne... il n’en est rient.

L’histoire se termine donc à la fois rapidement et sans surprise ni rebondissement ce qui est d’ordinaire le sel de la série et des récits de ce genre.

Est-ce un coup de mou de l’auteur, un changement, même, d’auteur ? Impossible de le savoir.

Reste à espérer que Marc Jordan (et son auteur) reprenne du poil de la bête très vite et nous propose à nouveau une enquête rocambolesque dans laquelle il courra des dangers, fera appel à ses lieutenants, se battra, risquera sa vie et gagnera à la fin...

Au final, un épisode assez décevant, un peu plus mou que d’ordinaire, tout simplement un peu fade.

Rendez-vous avec la mort

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« Rendez-vous avec la mort » est un titre paru dans la collection fasciculaire de 32 pages « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi, en 1952.

Son auteur, Florent Manuel, s’avère être Henry Musnik, caché sous pseudonyme.

Henry Musnik est un pilier de la littérature populaire fasciculaire qu’il abreuva durant plus de 20 ans, à partir du début des années 1930, d’une quantité astronomique de courts récits destinés aux collections fasciculaires de l’époque.

Il fut édité, sous divers pseudonymes (Florent Manuel, Claude Ascain, Pierre Olasso, Jean Daye, Alan Martial, Gérard Dixe...), chez divers éditeurs.

Mais le nombre impressionnant des titres de la bibliographie de l’auteur est à minorer légèrement (ou sérieusement), du fait que l’homme avait tendance à reprendre certains de ses textes, en changeant les noms des personnages, son pseudonyme, afin de les intégrer dans une autre collection, chez un autre éditeur.

Toujours est-il que l’auteur utilisa plusieurs personnages récurrents qui, parfois, se partageaient certaines enquêtes.

Ainsi, « Rendez-vous avec la mort » s’avère être une reprise du titre « Accident à 9 heures 40 » publié dans la collection « Police-Express » en 1942 sous le pseudonyme de Claude Ascain.

Dans le lot, on notera l’inspecteur Gaspin, qui intervient dans « Rendez-vous avec la mort » pour ce qui semble être sa deuxième enquête.

RENDEZ-VOUS AVEC LA MORT

Un banal accident, une sortie de route, la nuit ; rencontre entre un arbre et une voiture de sport : un mort, le chauffeur.

L’inspecteur GASPIN, chargé de l’enquête, n’arrive pas à s’expliquer comment la blessure à la tête du pilote a pu entraîner le décès.

Pour lui, le choc est indéniablement post-mortem, mais le défunt était un sportif aguerri doté d’une santé à toute épreuve…

Accident de voiture mortel, mort naturelle ayant entraîné un accident de voiture, ou meurtre, voilà ce que l’inspecteur Gaspin doit découvrir et démontrer.

Pour ce faire, il n’a pas grand-chose à se mettre sous la main. L’accident ne semble pas être la cause de la mort du chauffeur, mais en même temps, rien à l’autopsie ne démontre que la mort ait une autre raison.

À peine si une histoire de coups de téléphone à la victime avant son départ en voiture peut sembler suspecte...

Encore un court récit à mettre à l’actif de l’auteur (pas tout à fait 7800 mots) pour cette nouvelle enquête de l’inspecteur Gaspin.

Inutile, désormais, depuis le temps que j’analyse ce format court, d’expliquer qu’il est totalement incompatible avec une réelle intrigue, des personnages fouillés et une certaine ambiance (à moins d’être un génie de la littérature et du format).

Henry Musnik, s’il n’était pas un génie de l’écriture, avait pourtant suffisamment de malice, on l’a vu, pour produire et produire encore, des textes en veux-tu en voilà.

Si cela ne confère pas pour autant une excellence de la prose, c’est bien souvent suffisant pour permettre à un auteur de livrer des textes plaisants, ce qui est une nouvelle fois le cas ici.

On ne s’étonnera pas que l’inspecteur Gaspin demeure totalement flou (le seul détail physique étant qu’il a des yeux gris fer), la concision de tels textes ne laissant pas de latitude pour des descriptions détaillées. Mais ce « flou » facilite le travail de l’auteur quand il s’agit de réutiliser un texte pour un autre personnage.

Avec un style passe-partout, sans fioriture, l’auteur se contente de livrer un agréable et court moment de lecture, ce qui était le but des textes de ces collections fasciculaires.

Au final, un tout petit polar qui se lit facilement, sans déplaisir et que l’on oubliera par la suite, comme il est de coutume avec ce genre et ce format.

Le danseur mondain

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« Le danseur mondain » est un titre publié en 1952 au sein de la collection « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi, une collection regroupant plus de 500 fascicules de 32 pages.

« Le danseur mondain » est attribué à Florent Manuel, un pseudonyme de Henry Musnik (1895-1957), un auteur né au Chili et qui a été un des principaux piliers de la littérature populaire fasciculaire française durant une vingtaine d’années à partir du début des années 1930.

L’auteur utilisa un grand nombre de pseudonymes (Pierre Olasso, Claude Ascain, Jean Daye, Alain Martial, Pierre Dennys...) pour abreuver de nombreuses collections chez divers éditeurs, parfois (souvent ?) en réutilisant de mêmes textes en changeant uniquement le nom des personnages ou bien en s’appropriant des traductions de textes de la série « Sexton Blake ».

Par exemple, « Le danseur mondain » s’avère être une reprise de « L’homme du 7e étage » aux éditions A.B.C. en 1943 signé Claude Ascain, lui-même reprise de « L’énigme de Louqsor » dans la collection « Les meilleurs romans policiers » des éditions Ombre et Lumière signé Pierre Olasso en 1934.

« Le danseur mondain » met en avant, « pour la première fois », il me semble, le personnage de l’inspecteur Gaspin que l’on retrouvera au moins dans six autres titres dans la même collection et un autre dans la collection « Police et Mystère » 2e série, des éditions Ferenczi, un fascicule de 64 pages.

LE DANSEUR MONDAIN

Une riche péruvienne est assassinée, frappée par un objet contondant, durant la nuit, dans sa chambre d’un hôtel parisien.

L’inspecteur GASPIN, chargé de l’enquête, constate que les bijoux de la défunte se sont volatilisés.

Les soupçons se portent rapidement sur deux personnes : un danseur mondain, louant une mansarde dans l’établissement, probable amant de la victime, qui a mystérieusement disparu ; un plombier-zingueur parti cuver une bouteille de vin dans la cave du Palace et qui, au réveil, se plaint du vol de son marteau…

Un meurtre dans un hôtel chic, celui d’une riche étrangère. Des bijoux volés. Deux suspects : un gigolo vivant dans le même établissement et un ouvrier ayant passé la nuit dans la cave à cuver et dont le marteau pourrait bien être l’arme du crime.

L’inspecteur Gaspin est chargé de démêler le mystère...

Voici donc un des très nombreux textes de l’auteur, qui fût publié à l’origine, du moins sous ce titre, en 1952, sous le pseudonyme de Florent Manuel, sous la forme d’un fascicule de 32 pages contenant un récit complet d’à peine plus de 8 000 mots.

S’il est des auteurs qui vous charment dès les premiers mots, même dans un format aussi contraignant que celui-ci (Charles Richebourg, par exemple), il en est d’autre qui vous ont à l’usure... et il faut avouer que Henry Musnik a de la matière pour vous travailler au corps, vu l’immensité de sa production.

Pour être plus sérieux, Henry Musnik est un auteur qu’on apprend à apprécier en apprenant à lire sa production pour ce qu’elle est et pour la façon dont elle a été développée.

En clair, quand on est peu habitué à la concision de ces textes issus de collections fasciculaires de 32 pages, on peut être gêné par les choix stylistiques qu’elle implique : personnages à peine esquissés, intrigue simple, narration linéaire, peu de suspens, peu d’investigations... avec souvent, à la fin, un résumé de la façon dont le héros à résolu l’affaire, afin d’éviter d’avoir à s’étendre sur le sujet.

Si ces « contraintes » peuvent déranger chez les auteurs les plus aguerris au genre, elles le font d’autant plus face à un texte de Henry Musnik.

Pourquoi ? Parce que je soupçonne l’auteur d’avoir joué avec les contraintes pour se faciliter la tâche, d’écriture, bien évidemment, mais plus encore de transposition de ses textes, d’un pseudonyme à l’autre, d’une collection à l’autre.

Entendez par là que, en ne se donnant même pas la peine d’esquisser son héros, non seulement Henry Musnik gagnait de la place donc, gagnait en concision, mais en plus, n’avait aucun effort pour faire passer son personnage pour un autre puisque, sans description physique, sans description psychique ou mentale, et sans lui conférer des aptitudes et des attitudes propres, il lui suffisait d’en changer le nom pour faire passer son récit d’une collection à une autre...

C’est ainsi que l’on retrouve le même texte dans lequel le commissaire Lenormand devient Yves Michelot juste en changeant un nom dans son récit : miracle !

Une fois que l’on saisit cela (les contraintes du format court, les ruses de l’auteur), on est plus à même d’apprécier ses textes.

C’est le cas donc avec cette première aventure de l’inspecteur Gaspin (dont le texte a peut-être servi auparavant pour un autre personnage, dans une autre collection, sous un autre pseudonyme... l’enquête qui consiste à trouver ces correspondances est plus exaltante que celles des récits) qui respecte les codes du genre et du format avec un personnage passe-partout, une enquête simple et une narration linéaire.

Pour autant, Henry Musnik, caché sous le pseudonyme de Florent Manuel, fait son job en proposant un texte qui occupe un sympathique petit moment de lecture. On ne lui demande pas plus.

Avec un style simple, une intrigue simple, un personnage simple, « Le danseur mondain » s’avère être simplement là pour combler ce petit instant sans se prendre la tête.

Au final, quand on cerne l’auteur et son texte, on peut prendre la pleine mesure du récit et le trouver plutôt agréable à lire.  

La vérité en salade

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« La vérité en salade » est la 32e enquête du commissaire San Antonio.

Inutile de présenter le personnage ni son auteur, Frédéric Dard.

La vérité en salade :

Le maquillage de la mémère se craquelle comme une terre trop cuite. Elle a trois tours de perlouzes sur le goitre, deux suspensions avec éclairage indirect aux étiquettes et une dizaine de bagues qui la font scintiller comme l’autoroute de l’Ouest au soir d’un lundi de Pâques. Figurez-vous que ce monticule aurifié et horrifiant s’envoie un jules de vingt... carats ! Seulement, ce petit téméraire vient de se faire allonger... du moins tout le monde le donne à penser. « Fouette dents-de-scie », comme dit Bérurier, cet angliciste distingué !
Paru en 1958 n° SA32

Une vieille et riche bourgeoise fait appel au commissaire San Antonio pour l’aider, elle a trouvé son jeune amant égorgé dans la villa secondaire qu’elle utilisait pour ses escapades.

Arrivé sur place, rien, pas plus de cadavre que de cheveux sur la tête à Yul Brynner.

Pour autant, un tapis a disparu.

Tout semble étrange dans cette affaire pour le commissaire, que ce soit la victime, sa petite amie, la vieille ou son riche mari... 

Tout comme dans le précédent épisode « En long en large et en travers », ici, nulle question d’espionnage, pourtant, le Vieux, le patron de San Antonio est cité, ce qui laisse supposer que le commissaire n’a pas changé de service.

Si la Sainte Trinité littéraire (San Antonio, Bérurier et Pinaud) est une nouvelle fois présente, on peut regretter que les deux subalternes du commissaire aient des rôles très secondaires.

On retrouve le style usuel de l’auteur et le plaisir de lecture est bien présent, pour autant, on peut reprocher à Frédéric Dard d’user d’un rebondissement final similaire à celui du roman précédent, ce qui est déjà gênant de par le manque de crédibilité de cette révélation, mais plus encore de par l’écho qu’elle fait avec celle du titre antérieur.

Au final, un bon petit San Antonio, mais pas un excellent San Antonio...

En long en large et en travers

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« En long en large et en travers » est un opus de la longue série de romans consacrée au commissaire San-Antonio, le fameux personnage né de l’imagination de Frédéric Dard. Il s’agit, je crois, du 31e épisode et date de 1958.

Je ne vous ferai pas l’affront de vous présenter ni le personnage ni l’auteur, tout le monde les connaît même ceux qui n’ont jamais lu la prose de Frédéric Dard.

En long en large et en travers :

Le roi de la sardine à l’huile a disparu ! La recherche dans l’intérêt des familles, c’est pas mon blot ! Mais quand Béru et Pinaud se volatilisent à leur tour, je me mets en chasse... En compagnie de la légitime du disparu. Une jeune femme incroyable... Inconsolable ? Tous les locataires de l’hôtel de la Manche affirment l’avoir entendue gémir toute la nuit... Mais pas de chagrin, croyez-moi ! Approchez, mes belles, je vais vous raconter ça en long, en large et en travers.

Une belle jeune femme vient supplier le commissaire San-Antonio de retrouver son mari disparu, il s’agit du richissime roi de la sardine en boîte.

Plus intéressé par la carrosserie de la gente dame que par l’affaire, San-Antonio envoie son fidèle Bérurier suivre la piste du disparu. Quand Béru ne donne pas de nouvelles, le commissaire demande à son autre fidèle acolyte, Pinaud, de retrouver et le gros policier et le richard.

Mais Pinaud disparaît à son tour, aussi, San-Antonio va prendre l’enquête en main et se lance sur les traces de ses deux compagnons afin de savoir ce qu’ils ont découvert pour ainsi s’évaporer.

San-Antonio ne fait apparemment plus partie du service d’espionnage dans cet opus, du moins, l’affaire à laquelle il va prendre part n’est pas une affaire d’espionnage et il n’est nulle mention de son chauve de Boss du service d’espionnage.

C’est donc à un pur roman policier (si tant est que puisse être pure une aventure de San-Antonio) auquel Frédéric Dard nous convie.

On retrouve donc, dans cet épisode, le fameux trio de tout bon « San-Antonio » avec, en plus du célèbre commissaire, le gros Bérurier et le vieux Pinaud.

Dans ce très court roman (mais un San-Antonio est forcément court), Frédéric Dard nous offre tous les ingrédients de ce qui a fait son succès. Nombres d’apartés toutes plus singulières et longues les unes que les autres, de l’humour, des jeux de mots, des références, il fait part, également, avec humour, de son ressentiment de ne pas être estimé de ses pairs... etc.

Si la présence du gros et du vieux ravit toujours le lecteur, l’intrigue est toujours un petit plus.

Et si intrigue il y a, et pas des moindres, celle-ci est malheureusement quelque peu ternie par le rebondissement final qui met à mal le départ de l’enquête. Difficile d’en dire plus sans déflorer l’identité du coupable, mais il est évident que ce travers, que j’ai déjà reproché à nombre d’auteurs (par exemple, Pierre Yrondy avec les enquêtes de Marius Pégomas) s’il ne semble pas gêner grand-monde, me dérange un peu, personnellement.

Effectivement, il met à mal le réalisme de l’histoire (si tant est qu’un « San-Antonio » puisse être réaliste), ce qui n’est jamais une qualité.

Cependant, l’ensemble est suffisamment drôle, rythmé et bien écrit (pour peu que l’on apprécie la prose de l’auteur) pour emporter l’adhésion.

Mais, contrairement aux critiques que j’ai pu lire, je ne classerais pas ce titre dans les meilleurs de la série jusque-là, pas plus que dans les pires (mais il y en a-t-il de pire ?)

Au final, un roman qui se lit vite et bien et qui permet de retrouver le trio magique à travers une intrigue sombre quelque peu gâchée par un rebondissement qui décrédibilise l’ensemble)... 

05 janvier 2020

L'ombre chinoise

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Plus je lis des romans de Georges Simenon et plus je me dis que j’ai été bête d’attendre aussi longtemps pour redonner une chance à l’auteur après avoir (probablement injustement), détesté le premier roman que j’avais lu de lui (le premier Commissaire Maigret, « Pietr-le-letton »).

Il est même fort probable que j’apprécierais ce même roman si je le relisais maintenant, sans aucun a priori.

Depuis, je découvre petit à petit l’auteur et son personnage au fur et à mesure des romans que je dévore.

Le dernier en date : « L’ombre chinoise » !

Je ne ferais pas l’injure de présenter ni l’auteur ni son personnage, tout le monde les connaît.

Alors, parlons plutôt du roman.

L’ombre chinoise :

Il était dix heures du soir. Les grilles du square étaient fermées, la place des Vosges déserte, avec les pistes luisantes des voitures tracées sur l’asphalte et le chant continu des fontaines, les arbres sans feuilles et la découpe monotone sur le ciel des toits tous pareils.

Sous les arcades, qui font une ceinture prodigieuse à la place, peu de lumières. À peine trois ou quatre boutiques.
Le commissaire Maigret vit une famille qui mangeait dans l’une d’elles, encombrée de couronnes mortuaires en perles. Il essayait de lire les numéros au-dessus des portes, mais à peine avait-il dépassé la boutique aux couronnes qu’une petite personne sortit de l’ombre.

C’est à vous que je viens de téléphoner ?
Il devait y avoir longtemps qu’elle guettait. Malgré le froid de novembre, elle n’avait pas passé de manteau sur son tablier. Son nez était rouge, ses yeux inquiets.

Un meurtre, dans un immeuble !

Monsieur Couchet est retrouvé mort d’une balle, à côté de son coffre-fort vide.

Des voisins, étranges ou envieux ou les deux. Parmi eux, Mme Martin, l’ancienne épouse de Couchet. Elle l’a connu et quitté pauvre, elle le côtoie désormais riche alors qu’elle patauge avec un fonctionnaire sans ambition.

Car, depuis, Couchet a fait fortune, a épousé une femme du monde et pris pour maîtresse une jeune danseuse... qui se révèle être la voisine du fils de son amant !

Maigret met les pinces dans un sacré panier de crabes et Simenon en profite pour continuer son étude de mœurs sur la société de son époque, égratignant de préférence une certaine caste, celles des petits bourgeois ainsi que la décadence d’une jeunesse désabusée.

À travers ses divers portraits, l’auteur met en avant les travers de chacun, depuis le concierge jusqu’au notable, le tout dans un quasi-huis clos puisque les suspects, la victime et la scène de crime n’occupent que quelques étages de deux bâtiments distants.

Maigret se pose en témoin de la société, observant les attitudes, la vie de chacun. La jeunesse désabusée, l’envie, la concupiscence, la haine, la fourberie, la lâcheté, la folie...

Et Maigret n’enquête pas réellement, il est là, tout simplement. Sa seule présence suffit à déclencher les confidences... les aveux... 

Maigret, à la fin, fait accoucher le coupable formant ainsi une boucle avec la première scène du roman dans laquelle, alors que la mort était présente en bas de l’immeuble, avec le meurtre de Couchet, le docteur donnait naissance de l’enfant de madame Saint-Marc au premier étage...

Et puis, il y a la plume de Georges Simenon ! 

Est-ce nécessaire d’en dire plus ?

Au final, un roman qui porte un regard désabusé sur la société de l’époque à travers une galerie de personnages toutes moins sympathiques les unes que les autres qui défile sous les yeux observateurs d’un commissaire Maigret. 

L'homme aux cercles bleus

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J’ai l’habitude de dire que découvrir la plume d’un auteur, c’est une rencontre semblable à celle que l’on peut faire avec une personne. Parfois, le feeling passe tout de suite et l’on est charmé par l’autre, d’autres fois, c’est le rejet immédiat.

Mais, de temps en temps, plus rarement lorsque l’on a un bon jugement, la première impression peut être infléchie en se faisant un autre avis un peu plus tard.

Ma première découverte des enquêtes du Commissaire Maigret avait été une expérience très pénible et j’avais repoussé très longtemps la possibilité de lui offrir une seconde chance.

Cependant, quand je le fis, je me rendis compte à quel point mon jugement avait été mauvais et j’avais enchaîné les enquêtes avec un plaisir croissant.

Du coup, comme il y a plusieurs années, ma première rencontre avec l’univers de Fred Vargas ne m’avait pas conquis (il s’agissait de « Debout les morts ») aussi, fort de la découverte de ma faillibilité, je décidais d’offrir une autre chance à l’auteur et de découvrir le commissaire Adamsberg à travers sa première enquête contée : « L’homme aux cercles bleus ».

L’homme aux cercles bleus :

" Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? "
Depuis quatre mois, cette phrase accompagne des cercles bleus qui surgissent la nuit, tracés à la craie sur les trottoirs de Paris.
Au centre de ces cercles, prisonniers, un débris, un déchet, un objet perdu : trombone, bougie, pince à épiler, patte de pigeon... Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent un maniaque, un joueur.
Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite sont de, mauvais augure. Il le sait, il le sent : bientôt, de l’anodin saugrenu on passera au tragique. Il n’a pas tort.
Un matin, c’est le cadavre d’une femme égorgée que l’on trouve au milieu d’un de ces cercles bleus.

Adamsberg est un commissaire tout nouvellement arrivé. De par son physique, mais surtout par son comportement, l’homme attire l’attention, d’autant qu’il a une sacrée réputation après avoir résolu des affaires tortueuses...

Alors qu’un meurtre vient d’être commis, Adamsberg, lui, semble plus s’intéresser à un banal fait divers : une personne, la nuit, trace des cercles bleus à la craie autour d’objets abandonnés sur la voie publique.

Mais le commissaire sent... sait, que tout cela va s’amplifier jusqu’à ce qu’un drame se produise.

Dans le même temps, une femme étrange lui demande de retrouver un bel aveugle qu’elle a rencontré et qu’elle aimerait revoir... 

J’avais envie d’aimer ce livre, d’apprécier cet auteur, de me prendre de sympathie pour le personnage d’Adamsberg.

Les critiques dithyrambiques autour de ce duo (Fred Vargas/commissaire Adamsberg) ne faisaient que m’encourager à faire cette découverte.

Mon sixième sens, lui, me retenait de le faire de peur d’être déçu...

Et j’ai plutôt un bon instinct (sauf pour le Commissaire Maigret).

Et force est de constater (oui, j’aime les formules toutes faites) que j’aurai mieux fait de m’abstenir.

Déjà, dès les premières lignes, mon alarme se déclencha.

Effectivement, moi qui aime les incises maîtrisées, j’étais servi.

Les dialogues étaient assénés à coups de “dit” ce qui finissait très vite par donner un truc du genre :

– Tu as dit quoi ? dit machin.

– J’ai rien dit, dit bidule.

– T’es sûr, dit machin.

– Ba oui, dit bidule.

– J’ai cru que tu avais dit quelque chose, mais si tu dis que tu n’as rien dit, alors, c’est que tu n’as rien dis, dit machin.

- Bien dit ! dit Bidule.

Bon, j’exagère un peu, mais on n’est pas très loin de cela.

Aussi, me fallut-il de l’opiniâtreté pour continuer ma lecture et ma persévérance n’est pas à toute épreuve.

Je comptais sur les personnages et l’ambiance pour satisfaire mon plaisir de lecture.

Mais là aussi, je fus déçu.

Certes, le commissaire Adamsberg est un personnage original, décalé, comme je pourrais les aimer. Son second, un ivrogne élevant deux paires de jumeaux, est un personnage décalé, comme je pourrais les aimer. La femme qui demande à Adamsberg de retrouver le bel aveugle est un personnage décalé, comme je pourrais les aimer. Le bel aveugle, quant à lui, est un personnage décalé, comme je pourrais les aimer. Heureusement, il y a la vieille voisine de la femme qui, elle, est un personnage décalé, comme je pourrais les aimer...

Avez-vous remarqué qu’un décalage ne s’effectue que vis-à-vis de la majorité.

Ainsi, dans la rue, là où tout le monde marche, la personne qui se met à courir se remarque immédiatement.

Dans la même rue, si une bombe explose et que tout le monde détale, la personne qui se met à marcher se remarque également.

Et c’est le problème du livre, du moins, du début (je ne l’ai pas terminé malgré sa courte taille), c’est qu’à force de proposer des personnages décalés, plus aucun ne demeure décalé puisque tous sont décalés.

L’auteur a oublié que tout se mesure par rapport à une norme, même le décalage.

Aussi, n’ayant pas le style à me mettre sous la dent, les personnages s’annulant du fait de leurs décalages respectifs, l’histoire ne m’enthousiasmant pas outre mesure, il ne me restait plus grand-chose pour me convaincre de poursuivre ma lecture, ce que je ne fis donc pas.

Au final, une rencontre ratée avec un auteur et un personnage pourtant cultes de la littérature policière... une de plus. 

La peau du Tatoué

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« La peau du Tatoué » est le sixième épisode d’une série de 11 contant les aventures de Martin Numa, le Roi des Détectives, un personnage créé par Léon Sazie (1862 - 1939).

Léon Sazie est un auteur de littérature populaire connu et reconnu pour le personnage de Zigomar, le roi du crime, un bandit dont les aventures firent les beaux jours du journal Le Matin, à travers un feuilleton-fleuve qui fut ensuite repris en fascicules.

Le personnage eut un tel succès que son nom entra dans la langue argotique pour désigner un type pas très clair. Ses aventures furent également adaptées au théâtre et au cinéma.

Le personnage de Martin Numa fait probablement écho à celui du détective Nick Carter, dont les aventures cartonnaient depuis des années aux É.-U. et dont les traductions ne devaient pas tarder à déferler sur l’Europe entière, dont la France, et qui allaient faire naître tout un tas de clones au masculin (Marc Jordan, Nick Carter par exemple) ou au féminin (Miss Boston ou Ethel King).

Martin Numa apparut la première fois en 1906 dans le roman-feuilleton « Le Pouce » publié dans Le Journal, soit, l’année précédant le débarquement de Nick Carter.

Martin Numa poursuivit ensuite ses aventures au sein du tout nouveau magazine « L’œil de la police » en 1908.

Ses aventures furent retravaillées et rééditées au sein de la collection « Criminels et Policiers » des éditions Tallandier en 1931 sous la forme de 11 volumes dont la première moitié (5 romans et demi) reprennent les textes du magazine « L’œil de la police » et les autres, ceux de « Le Pouce »...

 

LA PEAU DU TATOUÉ

 

Martin NUMA, le célèbre détective, est bien décidé à libérer les deux hommes que le Tatoué a fait enlever en les prenant pour lui et son fidèle lieutenant Prosper.

 

Pour ce faire, il n’a que de très vagues indices quant à la localisation de leur lieu de détention.

 

Mais cette libération est l’acte liminaire à l’estocade fatale que Martin NUMA veut porter à son ennemi juré…

 

Le Tatoué a fait enlever deux peintres qu’il a pris pour Martin Numa et son fidèle Prosper. Quand il se rend compte que les prisonniers ne sont pas ceux qu’il croit, il leur autorise à écrire des cartes postales à leurs proches afin de les rassurer en leur expliquant qu’ils vont demeurer plus longtemps que prévus dans la forêt de Fontainebleau afin de profiter des paysages.

Mais ce que le Tatoué ignore, c’est que ces deux peintres sont des hommes à Martin Numa. Aussi, sous des dehors de propos banals, les deux prisonniers font-ils passer des informations à leur chef sur le lieu de leur détention.

Fort de ces renseignements, Martin Numa décide d’aller libérer les deux peintres avant de pouvoir en terminer enfin avec son ennemi juré.

« La peau du Tatoué » est un épisode à la fois final et charnière de la série.

Final, parce que la première moitié du roman reprend la fin de l’histoire contée dans le magazine « L’œil de la police » en 1908 et dont il est, avec les épisodes précédents, une réécriture.

Charnière parce que l’auteur enchaîne, dans la seconde moitié de cet opus, sur une nouvelle enquête, celle qui va confronter Martin Numa avec la bande des X.

Mais, à la lecture de cette nouvelle histoire, on peut se rendre compte qu’en fait celle-ci est une réécriture d’un texte antérieur : « Le Pouce », le fameux roman liminaire publié dans les journaux en 1906.

Cette réécriture occupe donc la seconde moitié de la série.

Je reviendrai sur « Le Pouce » dans les chroniques sur les épisodes suivants.

En ce qui concerne la fin de la lutte avec le Tatoué, rien à ajouter par rapport aux épisodes précédents.

Le style, les personnages, l’ambiance, sont purement dans la veine du reste du texte et la lecture s’en fait avec autant de plaisir.

Le jeu du chat et de la souris se poursuit, mais ne va pas durer puisque l’histoire va prendre fin et Martin Numa va enfin résoudre l’affaire de la disparition de l’encaisseur Éloi Vidal, l’acte liminaire de cette enquête mouvementée.

Le lecteur, dans cette réédition des années 30, va ainsi pouvoir enchaîner directement avec une nouvelle enquête de Martin Numa.

Au final, la fin du Tatoué est toute aussi délectable que le reste de l’enquête et donne envie de sauter sur la suite...

Les ombres qui tuent

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Martin Numa, le Roi des Détectives, est un personnage créé par l’écrivain Léon Sazie (1862 - 1939), principalement connu pour son autre personnage récurrent : Zigomar, le Roi du Crime.

Les aventures de Zigomar passionnèrent pendant des années, dès 1909, les lecteurs du journal Le Matin, avant d’être reprises sous forme de fascicules puis de recueils...

Martin Numa apparut pour la première fois dans le roman « Le Pouce » en 1906 avant de se voir attribuer une série feuilletonante dans le tout nouveau magazine « L’œil de la police » en 1908 puis que ces aventures soient remaniées pour paraître sous la forme de 11 romans aux éditions Tallandier dès 1931.

« Les ombres qui tuent » est le 5e de ces 11 romans.

 

LES OMBRES QUI TUENT

 

La lutte fait rage entre Martin NUMA, le Roi des Détectives et Le Tatoué, le roi des bandits.

 

Les affrontements se multiplient, tous aboutissant à un échec des brigands.

 

Et, quand Le Tatoué pense avoir réussi le tour de force de mettre la main sur Martin NUMA et son fidèle Prosper, il se rend compte que ce ne sont que de communs peintres qu’il détient.

 

Dans le même temps, Martin NUMA ne se repose jamais sur ses lauriers et se prépare à un nouvel assaut de la villa de Fontainebleau, persuadé que ses ennemis n’ont pas baissé les bras…

 

Alors que le commandant, supposément, Le Tatoué, pense tenir les deux peintres cachant, en vérité, Martin Numa et son fidèle Prosper, il se rend compte qu’il ne détient, effectivement, que deux peintres.

La guerre contre le détective qu’il pensait avoir alors gagnée doit donc continuer de plus belle et les deux camps se préparent à des combats plus nombreux, plus violents.

Léon Sazie poursuit les aventures de Martin Numa en bon feuilletoniste qu’il est.

Les actions et les réactions s’enchaînent, voyant toujours la victoire du gentil, Martin Numa, contre le méchant, Le Tatoué.

Si l’auteur ne cesse d’user, comme tous les auteurs de ce genre de textes, de hasard et de chance pour protéger et aider son héros, il ne cesse, en parallèle, d’expliquer, à travers la voix de Martin Numa, qui nie l’existence du hasard, que les coïncidences et la chance n’ont rien à voir avec son succès. Effectivement, celui-ci s’empresse après chaque évènement lui souriant, d’expliquer de quelle manière, lui, met en scène cette chance, la provoque, la créée.

Cette dichotomie, pour être quelque peu factice, du moins, guère crédible, n’en est pas moins plutôt plaisante à suivre et, en tout cas, est propice à nombre de rebondissements et de scènes héroïques.

En général, on peut souvent reprocher à ces genres de séries qui s’étalent, une certaine redondance dans ce jeu du « chat et de la souris » auquel se prête les deux parties, les méchants et les gentils. Le méchant parvient toujours à s’échapper au dernier moment et le gentil toujours à se tirer des mauvais pièges. Et c’est une nouvelle fois le cas dans les aventures de Martin Numa.

Mais il faut reconnaître à Léon Sazie un talent indéniable pour faire passer ce travers et ne jamais lasser tout en répétant, pourtant, des actions similaires.

Ainsi, l’assaut de la villa rappelle le précédent assaut de la villa. Mais, avec un simple rebondissement aussi drôle qu’inattendu, Léon Sazie parvient à faire oublier cette répétition, et à assurer le plaisir de lecture. Pour vous en assurer, faites attention au canard femelle !!!

Pour le reste, il est évident que Léon Sazie a du métier et qu’il sait tirer sur les bonnes ficelles, user des bonnes astuces et raconter l’ensemble avec une telle faconde qu’il emporte l’adhésion de ses lecteurs et que même au bout de 5 romans, d’environ 35 000 mots chacun, soit, 175 000 mots, à peu près la taille de « Le Rouge et le Noir » de Stendhal, considéré déjà comme un beau pavé, on ne s’ennuie pas et on en redemande, sachant qu’il reste encore au moins autant de texte à dévorer (encore 6 romans).

Si l’on ajoute à cela, quelques touches d’humour (voire encore le coup du canard, par exemple) afin de faire respirer son récit et ses personnages, on obtient des aventures très appréciables.

Au final, un 5e épisode qui se déguste de la même manière que les précédents pour être composé des mêmes ingrédients.

Les tueurs de mannequins

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« Les tueurs de mannequins » est le 4e opus, d’une série de 11, contant les aventures de Martin Numa, le Roi des Détectives, publié aux éditions Tallandier à partir de 1931.

Ces aventures sont le résultat d’une réécriture de la part de Léon Sazie de ses textes publiés dans le magazine « L’œil de la police » en 1908.

Léon Sazie (1862 -1939) est un auteur de littérature populaire principalement connu pour son personnage récurrent de Zigomar, le Roi des Bandits, dont les 164 épisodes firent les beaux jours du journal Le Matin dès 1909 avant de ravir les lecteurs sous forme de fascicules et de recueils, ainsi que les spectateurs à travers de nombreuses adaptations pour le théâtre et le cinéma.

Si Martin Numa demeure moins dans l’esprit des lecteurs, il n’en demeure pas moins l’un des premiers personnages de la littérature populaire française à marcher sur les traces de Nick Carter, le détective américain qui conquit le public américain depuis la fin du XIXe siècle et dont les premières traductions venaient de débarquer en Europe et en France par l’intermédiaire des éditions Eischler.

Si la série « Martin Numa » parue dans « L’œil de la Police » est postérieure à la série « Marc Jordan » publiée aux éditions Ferenczi, le personnage de Martin Numa, lui, est tout d’abord apparu dans le roman « Le Pouce » de Léon Sazie, en 1906, ce qui le rend même antérieur, sur le territoire français, au personnage de Nick Carter.

Martin Numa est, sans surprise, un personnage très proche dans le style et dans le genre, à celui de Nick Carter, un détective droit, courageux, intelligent, fort, perspicace, observateur, sachant se déguiser, se battre, entouré d’une poignée d’hommes fidèles et dévoués, lancé à la chasse des brigands de tous genres dont, notamment, un Némésis en la personne du Tatoué, un brigand qu’il avait fait arrêté et envoyer au bagne, mais qui a pu s’échapper, rentrer en France et monter une super organisation criminelle.

 

LES TUEURS DE MANNEQUINS

 

Après avoir échappé à une terrible embuscade dans la forêt de Fontainebleau, Martin NUMA, le Roi des Détectives, anticipant que ses ennemis ne vont pas en rester là, se prépare à une attaque nocturne, dans la maison où il loge en compagnie de ses amis.

 

Mais un policier n’agit qu’a posteriori, une fois le crime commis ; aussi, pour que Martin NUMA puisse arrêter ses adversaires, il doit se laisser tuer… du moins, leur faire croire…

Alors qu’il était en villégiature dans la forêt de Fontainebleau afin de s’adonner à sa passion de la peinture tout en se remettant de ses blessures occasionnées durant sa confrontation avec le Tatoué, Martin Numa en compagnie de Prosper, son fidèle lieutenant et Courville, son historiographe de journaliste, est victime d’un guet-apens.

Heureusement, le détective et ses amis échappent à la mort, mais, au lieu de se reposer sur leurs lauriers, ils se préparent à une contre-attaque que Martin Numa sent très proche.

Le Roi des Détectives est persuadé que ses ennemis vont profiter de la nuit pour pénétrer dans la villa qui les abrite afin de les assassiner.

Pour les contrer, il place des mannequins dans chacun de leurs lits et attend de pied ferme l’attaque qui ne tarde pas.

Mais, alors qu’il parvient à arrêter les deux hommes qui venaient de tuer les mannequins, les complices qui faisaient le guet parviennent à s’échapper...

La lutte entre Martin Numa et le Tatoué n’est par terminée, loin de là !

Le lecteur suit les nombreuses péripéties des aventures de son héros et de ses hommes, avec trépidations, parfois avec le sourire, notamment durant les mésaventures de Courville parti à la course aux guetteurs.

Encore une fois, il est difficile, à partir de cette réécriture, de se faire une idée si le style demeure celui d’origine et si l’ensemble n’a pas été quelque peu modernisé (il s’est tout de même passé beaucoup de choses durant les plus de 20 ans qui séparent les deux versions).

Cependant, une chose est certaine, l’ambiance et le genre demeurent ceux des séries policières du début du XXe siècle et l’on y retrouve tous les éléments qui ont fait le succès des aventures de Nick Carter, de Marc Jordan et de nombres de détectives ou policiers de la littérature de l’époque.

Rythme trépidant, sans temps mort, actions, rebondissements...

Mais, du moins dans la version réécrite et peut-être dans celle d’origine, l’auteur offre deux petits plus à ses récits qu’à ceux de ses homologues : une certaine rupture de linéarité et un peu plus de réflexions.

Difficile de dire si ces deux choix sont inhérents au format. Rappelons que les aventures de Nick Carter, Marc Jordan et consorts se composent de récits complets tenant généralement sur 20 000 mots, alors que pour les aventures de Marc Jordan, le récit est à suivre sur des épisodes d’environ 35 000 mots.

Mais gageons que les quelques ruptures de linéarité du récit sont plus un choix de l’auteur, déjà pour rythmer son récit et pour ajouter du suspens, qu’une obligation.

En effet, il n’est pas rare que Léon Sazie revienne, a posteriori, pour ajouter des précisions sur des actions précédentes, ce qui n’est pas commun pour l’époque et le genre.

Par contre, le choix de pousser ses personnages à expliquer en détail le cheminement de pensée, de réflexion, ou d’action, est probablement inhérent à la volonté de développer le texte, de prolixité.

Léon Sazie démontre qu’il parvient à maintenir le rythme, le suspens, à proposer de multiples rebondissements, le tout s’en s’emmêler les crayons et sans sombrer dans le grand guignol (toute proportion gardée par rapport à des textes de cette époque).

Au final, même personnage, même auteur, même plaisir. On ne se lasse pas de ces aventures rocambolesques et, même, on en redemande...