Loto Édition

02 août 2020

Un prince étrange

TA 27

« Un prince étrange » est le 27e épisode de la série « Thérèse Arnaud, espionne française », une série de 64 fascicules de 32 pages, double colonne, contenant des récits d’un peu moins de 15 000 mots et publié à partir de 1934 aux éditions Baudinière.

La série conte les missions, durant la première guerre mondiale, de Thérèse Arnaud, alias C. 25, la meilleure espionne du Deuxième Bureau, durant lesquelles elle doit contrecarrer les actions des agents de la Tiergarten, le service d’espionnage allemand.

Pour ce faire, elle reçoit l’aide de ses adjoints : Malabar, l’hercule de la bande ; Languille, un acrobate agile ; Marcel, le chimiste qui s’occupe de tout ce qui est photographie, message codé, transmission... ; et Friquet, le Titi Parisien à la bonne humeur permanente.

L’auteur de la série, l’énigmatique Pierre Yrondy, à qui l’on doit également la série « Marius Pégomas, détective marseillais » qui fit suite à la série d’espionnage à partir de 1906.

On notera que Pierre Yrondy écrivit également des pièces de théâtre et quelques romans comme « Jean Durand, détective malgré lui »...

UN PRINCE ÉTRANGE

Première Guerre mondiale !

Le Prince Patiala attend impatiemment sur le trottoir, à côté de sa voiture…

Un couple arrive, monte avec lui dans le véhicule qui démarre sur les chapeaux de roues après qu’un cri ait été entendu à l’intérieur.

Thérèse ARNAUD alias C. 25, la célèbre espionne du Deuxième Bureau, se lance, avec ses hommes, à leur poursuite, s’ingéniant à conserver la distance.

Thérèse ARNAUD semble savoir où se rend le Prince, pourquoi, à chaque arrêt, apparaît ou disparaît un passager dans l’automobile et, surtout, qui est responsable des vols et des dégradations qui ont lieu dans les villes étapes…

Un prince embarque un couple dans sa voiture avant d’être suivi à distance par Thérèse Arnaud et ses hommes. Mais à chaque étape, le nombre de passagers du véhicule diffère et des évènements étranges parviennent peu de temps après. Personne ne comprend ce qu’il sa passe sauf, semble-t-il, Thérèse Arnaud.

Voilà un épisode qui se rapproche plus du récit policier que de celui d’espionnage même si, finalement, les protagonistes sont tous des espions et que les seuls crimes perpétrés sont, justement, des actions liées à l’espionnage.

Thérèse Arnaud poursuit un mystérieux Prince et un couple, mais aussi un ami du Prince, puis sa secrétaire, tout en tentant de résoudre un vol dans une manufacture d’armes, des dégradations volontaires sur une base aérienne, la disparition d’un prisonnier...

Et, durant tout le récit, les hommes de Thérèse Arnaud obéissent aux ordres de cette dernière sans jamais rien comprendre de l’histoire.

Cela tombe bien, le lecteur, immergé, se trouve dans la même situation que Malabar ou Languille, il ne comprend rien à ce qui se déroule sous ses yeux.

Mais heureusement, à la fin, Thérèse Arnaud prend l’habitude d’expliquer les choses et là, tout le monde comprend. D’habitude... car là, le lecteur ne comprend pas plus à la fin des explications qu’au début et je serais même tenté de dire qu’il comprend encore moins.

Histoire embrouillée, peu claire, manque d’action, l’ensemble se lit sans que le lecteur parvienne à vraiment entrer dans l’histoire faute d’y comprendre quelque chose.

La seule chose à retirer de cet épisode c’est que l’auteur, Pierre Yrondy, accentue un travers de Thérèse Arnaud qu’il conférera plus tard à Marius Pégomas, sa propension à ne jamais expliquer ce qu’elle sait ni à ses acolytes ni au lecteur. 

Dans le cas de Marius Pégomas, ce défaut fait partie de ses charmes, du moins, est un trait de personnalité qu’il possède dès le début et qui, souvent, permet à l’auteur de ne pas avoir à trop expliquer les choses.

Ici, dans le cas de Thérèse Arnaud, une personne plus saine que ne l’est Marius Pégomas et plus prévenante envers ses lieutenants, la chose est plus étonnante, même si Languille ou Malabar ne cesse de dire qu’ils ne comprennent pas, mais que la patronne sait et c’est tout ce qui compte.

Hormis cela, pas grand-chose à retirer de cet épisode confus.

Au final, une histoire qui se veut complexe et qui doit s’expliquer, en théorie, de façon claire, mais qui l’est, en réalité, d’une manière encore plus confuse...


L'étreinte mortelle

TA 26

« L’étreinte mortelle » est la 26e mission de Thérèse Arnaud, alias C. 25, la célèbre espionne française née de la plume de l’énigmatique auteur Pierre Yrondy.

Sur la série, on notera qu’elle comporte 64 épisodes sous la forme de fascicules de 32 pages, double colonne, contenant des récits indépendants d’un peu moins de 15 000 mots parus à partir de 1934 aux éditions Baudinière.

Elle conte les aventures de Thérèse Arnaud, alias C. 25 la meilleure espionne du Deuxième Bureau qui, pendant la Première Guerre mondiale, combat les espions allemands. Pour ce faire, elle peut compter sur ses fidèles lieutenants : Malabar, l’hercule de la bande et accessoirement chauffeur ; Languille, l’acrobate élastique capable de grimper et se faufiler partout ; Marcel, le savant technicien capable d’analyser les produits chimiques, de décoder les messages ennemis, de développer les photos... ; Friquet, le Titi Parisien qui, sans capacité spéciale est surtout l’atout bonne humeur de la bande ; et, mort dans le précédent épisode et présent que depuis quelques missions : l’Étincelle, un ouvrier électricien sauvé du poteau d’exécution par Thérèse Arnaud après qu’il ait, par obligation de nourrir sa famille, collaboré avec l’ennemi. Mais l’Étincelle, par reconnaissance pour l’espionne, aurait donné sa vie pour elle, ce qu’il fit, d’ailleurs.

Quant à Pierre Yrondy, l’auteur, bien qu’il fut quelque peu médiatique à son époque (directeur de théâtre, accessoirement comédien, auteur de romans, séries, pièces, ayant participé à un raid automobile médiatisé...) demeure aujourd’hui très mystérieux.

On ne connaît rien de sa Bio et l’on mettra en avant, de son travail, principalement deux séries fasciculaires pour les éditions Baudinière, « Thérèse Arnaud », évidemment, et celle qui la remplaça à partir de 1936 : « Marius Pégomas, détective marseillais » une série policière humoristique mettant en scène un détective loufoque et toute son équipe...

L’ÉTREINTE MORTELLE

Première Guerre mondiale !

Alors que les lieutenants de Thérèse ARNAUD alias C. 25, la célèbre espionne du Deuxième Bureau, sont chargés de surveiller un hôtel parisien, l’une de ses chambres abrite un étrange crime…

Un bruit, du sang coule sous la porte, une femme quitte silencieusement les lieux et disparaît de l’établissement sans que personne l’ait vue sortir…

De son côté, Thérèse ARNAUD s’intéresse aux collections d’un extravagant savant.

En parallèle, un capitaine du Deuxième Bureau s’est mystérieusement volatilisé…

Et si tous ces faits étaient liés entre eux comme les maillons d’une même chaîne ?

Qui sait ?

Thérèse ARNAUD, probablement !

Friquet est chargé de surveiller la porte d’une chambre d’hôtel parisien pendant que Malabar, lui, est en faction devant le bâtiment.

Les ordres de la « patronne », Thérèse Arnaud, sont clairs : surveiller, toute la nuit, sans bouger, quoiqu’il se passe.

Et pourtant, il s’en passe des trucs étranges ! Un coup sourd dans la chambre, du sang qui coule sous la porte, une femme qui sort discrètement de la chambre et qui s’évapore sans que Malabar l’ait vu passer...

Et Thérèse Arnaud qui, de son côté, s’amuse à admirer les collections d’un excentrique savant...

Allez savoir ce que tout cela peut bien cacher.

Et voilà que Thérèse Arnaud et toute son équipe sont de retour. Toute ? Non, car l’Étincelle, même s’il n’y est pas fait mention dans l’épisode, est mort à la fin du précédent. Dommage pour lui.

Mais on retrouve Marcel, Malabar, Friquet, Languille, dans cette mission étrange, mouvementée et dangereuse.

On retrouve ainsi tous les éléments qui font un bon épisode de « Thérèse Arnaud » !

Déjà, Thérèse Arnaud, bien évidemment. Ensuite, tous ses hommes (sauf l’Étincelle). Puis de méchants et dangereux espions allemands. Des tunnels. Des inventions excentriques et mortelles. De l’action. Du suspens (dans la mesure du possible dans un tel format). Et la plume usuelle de Pierre Yrondy.

Car, en renouant avec les éléments de la série, il semble que l’auteur en fait autant avec sa plume, et ce de façon justement dosée. Quelques envolées lyriques sous forme de métaphores (mais point trop exubérantes ou risibles, même, parfois, poétiques) ses phrases courtes, sans sujets, pour rythmer certaines scènes... manque juste un tout petit brin d’humour qu’apporter habituellement Friquet et qui, ici, sont totalement absentes.

Mais qu’importe, le reste est là et pour peu que l’on apprécie la série, on prendra un grand plaisir à suivre cette mission de Thérèse Arnaud et de ses hommes qui se termine sur un grand moment de n’importe quoi technologique comme on pouvait en faire à cette époque...

Seul bémol ? Que l’auteur, Thérèse Arnaud et ses hommes aient totalement oublié le décès de l’Étincelle. 

Au final, un épisode plaisant qui se glisse parmi les meilleurs et les plus agréables de la série. On en redemande.

Un ver dans le fruit

TA 25

Thérèse Arnaud est le personnage central d’une série d’espionnage datant de 1934 composée de 64 fascicules de 32 pages, double-colonne, parue aux éditions Baudinière et contenant des récits d’un peu moins de 15 000 mots.

Sur l’auteur, Pierre Yrondy, pas beaucoup d’informations à avancer : il fut directeur de théâtre, probablement comédien de théâtre également, et auteur de romans, de pièces de théâtre, et de deux séries fasciculaires : « Thérèse Arnaud, espionne Française » et celle qui la remplaça chez le même éditeur en 1936, « Marius Pégomas, détective marseillais » une série policière humoristique mettant en scène un personnage loufoque et excentrique.

Thérèse Arnaud, alias C. 25, est la meilleure espionne du Deuxième Bureau qui, durant la Première Guerre mondiale, va combattre les agents de la Tiergarten, le bureau d’espionnage allemand. Elle est entourée de fidèles lieutenants : Malabar, l’hercule ; Languille, l’acrobate ; Marcel, le scientifique ; Friquet, le Titi parisien à la gouaille et l’humour permanents.

UN VER DANS LE FRUIT

Première Guerre mondiale !

Le Deuxième Bureau s’inquiète de fuites à l’État-Major de Chantilly.

Thérèse ARNAUD alias C. 25, la célèbre espionne française, est chargée de découvrir l’identité de l’agent allemand infiltré qui collecte les informations ainsi que la chaîne de transmission jusqu’à la Tiergarten.

Installée dans un hôtel de Senlis, Thérèse ARNAUD ne tarde pas à avoir des soupçons sur le commandant Jolivet et sa belle-sœur qui logent dans la chambre voisine.

Mais l’ennemi est intelligent et organisé. C. 25 et ses fidèles lieutenants auront fort à faire pour démanteler leur incroyable réseau…

Des fuites ont lieu à l’État-Major de Chantilly. Thérèse Arnaud, la célèbre espionne française, est chargée d’en déterminer la source et le cheminement.

Dans sa ligne de mire, un commandant et sa belle-sœur, installés à l’hôtel de Senlis.

Thérèse Arnaud et ses fidèles lieutenants, aussi bien à Paris qu’à Chantilly et Senlis, vont tout faire pour mettre un terme à ce réseau de renseignements ennemi...

On retrouve donc Thérèse Arnaud et toute sa bande pour une 25e mission.

On reconnaîtra que l’histoire est un peu la même que dans quelques épisodes précédents : des fuites dans un État-Major français, un réseau de renseignements allemands organisé, des agents infiltrés...

En même temps, on se trouve dans des récits d’espionnage en pleine guerre, il n’y a pas à s’étonner, alors, que les récits parlent d’espionnage. Cependant, il manque un peu d’action et de rythme dans cet épisode et, plus que tout, d’un vrai méchant charismatique ou, tout du moins, dangereux comme pouvaient l’être l’Homme aux cent masques, Mlle Doktor, Mata Hari ou encore Karl Himmerfeld.

Le lecteur se trouve donc devant un épisode pas désagréable à suivre, mais qui manque tout de même d’un petit quelque chose pour devenir véritablement agréable.

Seule chose à noter dans l’épisode, la petite étincelle de drame à la toute fin du récit.

Au final, pas désagréable à lire, cet épisode peine pourtant à capter totalement l’attention du lecteur et, surtout, à la conserver jusqu’au bout.

26 juillet 2020

Une tragique partie d'écarté

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Marc Jordan (pas le chanteur à minettes) est un personnage littéraire créé en 1907 pour profiter du succès des traductions en Europe et en France des aventures du détective américain Nick Carter qui vivait déjà de beaux jours dans son pays depuis des années.

S’il n’est pas forcément le premier détective sériel français et encore moins le seul, il a l’avantage d’être le premier à copier son homologue américain autant dans le fond, le genre que la forme : des fascicules de 32 pages double-colonne à couvertures illustrées en couleurs. De plus, il est également l’occasion pour les éditions Ferenczi, de se lancer pour la première fois dans le genre policier ainsi que dans la littérature fasciculaire, deux caractéristiques qui feront leur succès durant le demi-siècle suivant (jusqu’à l’apparition du livre de poche).

L’auteur de la série est inconnu bien que certains lui prêtent les traits de l’auteur Jules de Gastyne.

« Une tragique partie d’écarté » est le 21e épisode de la série qui en compte 62.

UNE TRAGIQUE PARTIE D’ÉCARTÉ

Le Préfet de Paris est sur les nerfs, trois notables ont été retrouvés morts à quelques jours d’intervalle, deux assassinés en pleine rue, un autre pendu au bois de Boulogne. Chacun portait sur lui une carte provenant d’un même jeu, un Roi de Cœur, un Roi de Trèfle et un Roi de Carreau.

Marc JORDAN, le célèbre détective, est appelé à la rescousse pour résoudre l’affaire au plus vite, avant qu’un éventuel scandale explose.

Marc JORDAN, persuadé que les victimes ont été tuées par une seule personne, va s’empresser de découvrir qui correspond au Roi de Pique afin de trouver la piste le menant au criminel…

Paris, trois nobles sont retrouvés morts dans des circonstances différentes sans que l’on puisse forcément attribuer toutes ces morts à des crimes. Pour autant, en plus de se connaître, les trois défunts ont été retrouvés avec une carte à jouer dans la poche, un roi différent chacun, provenant du même jeu de cartes.

Intrigué, Marc Jordan va se lancer dans l’enquête, persuadé qu’il s’agit de trois crimes derrière lesquels se cache le même criminel.

Marc Jordan revient enfin sur le devant de la scène après avoir passé deux épisodes quelque peu en retrait.

Un mystère l’attend à Paris, mystère mêlant des personnes de la haute bourgeoisie, ce qui a tendance à irriter le Préfet de Police.

On retrouve donc le détective dans son élément puisqu’il navigue régulièrement dans la haute bourgeoisie ainsi que les bas-fonds, pour une enquête qui, sans être des plus captivantes, a pour le moins l’intérêt de revenir aux fondamentaux de la série.

Pas de grands mystères, pourtant, ni de grandes aventures, l’ennemi n’est pas de la trempe du comte Cazalès ou de Pépita la Rouge (que l’on retrouvera dans l’épisode suivant), mais un récit classique et agréable à lire.

Si la plupart des personnages secondaires sont présents (Léonnec, Féréol, le docteur Jarris, Fil-en-Quatre), ils apparaissent très peu et ne servent pas l’histoire (excepté Fil-en-Quatre), ce qui est bien dommage.

Dommage, car les épisodes de la série ne se reposent jamais sur le suspens (qui n’est pas le genre à la mode à l’époque et que le format ne permet pas réellement), mais sur le rythme et l’action et que l’action est toujours plus rythmée quand les lieutenants de Marc Jordan s’en mêlent.

Au final, un épisode plus agréable que les précédents, du moins, plus dans la veine du début de la série et que l’on espère comme rampe de lancement du prochain qui voit le retour de la terrible Pépita la Rouge.

Le mystère du cap des mouettes

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« Le mystère du cap des mouettes » est le 20e épisode de la série fasciculaires « Marc Jordan », publiée à partir de 1907, aux éditions Ferenczi.

Mais remettons tout d’abord cette série dans son contexte et rendant lui son rôle pivot dans l’immense pan de la littérature populaire qu’elle occupe.

Cette série eut pour volonté de surfer sur le succès des traductions d’une série fasciculaire américaine : “Nick Carter” qui, alors, depuis déjà de nombreuses années, ravissait le jeune lectorat d’outre-Atlantique.

Si Marc Jordan ne fut pas la première tentative française d’un détective calqué sur Nick Carter (on peut accorder cette primauté à Martin Numa de Léon Sazie), la série qui met en scène ses aventures est, par contre, la toute première série française policière à singer parfaitement son homologue américaine, tant dans le genre, les personnages que le format même du support : fascicules 32 pages, double-colonne, couverture illustrée.

Pour ce qui est de l’auteur, celui-ci est inconnu, les récits n’étant pas signés.

LE MYSTÈRE DU CAP DES MOUETTES

Le célèbre détective Marc JORDAN est mandé à Cannes pour démêler une étrange énigme.

La vieille Madame Rabier a été assassinée par balle pour lui voler ses bijoux.

Des paysans, sur injonction d’un témoin, Madame Martinot, ont poursuivi et arrêté Geneviève Bertet, la fille du douanier, qui s’est enfuie des lieux du crime avec un paquet dans les bras qu’elle a eu le temps de jeter à la mer.

Geneviève Bertet avoue le meurtre et Madame Martinot persiste à l’accuser.

Pourtant, le juge d’instruction est persuadé que les deux femmes mentent. Mais pourquoi ? Pour protéger qui ?

C’est Marc JORDAN et son fidèle lieutenant Fil-en-Quatre qui se chargeront de répondre à ces questions.

Le juge de Cannes a fort à faire : une vieille dame a été assassinée à coup de revolver.

Une femme, témoin de la scène, accuse la fille du douanier, qui passait à ce moment-là en courant, persuadée que le meurtrier est en fait son fils.

Mais, elle est surprise quand elle entend la fille s’accuser du crime alors qu’elle la sait innocente.

Et ce rebondissement n’est que le premier d’une affaire des plus cahotiques...

Un peu comme dans l’épisode précédent, Marc Jordan apparaît une nouvelle fois très peu dans cette histoire.

D’ailleurs, la mise en place du mystère prend les 2 premiers tiers du récit et donc le maître détective n’intervient que dans le troisième tiers et là encore, assez succinctement, en compagnie de son fidèle lieutenant Fil-en-Quatre.

Leurs rôles se réduisent d’ailleurs à peau de chagrin : une filature du second, une révélation du premier et l’affaire est dans le sac.

Là aussi, comme dans le précédent épisode, on se dit que ce récit aurait pu intégrer toute autre série ou bien même faire l’objet d’un récit unique tant les particularités du personnage principal sont inexploitées.

Ceci dit, il faut bien l’avouer, la série, depuis que le comte Cazalès et Pépita la Rouge, les ennemis jurés de Marc Jordan, en sont absents, a perdu de son sel. On ne peut que se réjouir de savoir que Pépita va bientôt repointer le bout de son nez, du moins, aux dires du titre du 22e épisode.

Comme souvent dans ce genre de récit, les coïncidences sont nombreuses pour permettre l’imbroglio. Certes, c’est parfois le cas dans certains crimes, mais là, si on les compte, cela en fait tout de même beaucoup.

Je ne peux pas les énumérer pour ne pas déflorer l’histoire, mais vous vous en rendrez compte vous-même si vous vous lancez dans cette lecture.

Pour autant, on ne peut pas dire que cela soit désagréable à suivre, mais il manque un peu d’action ou d’enjeu pour apporter un véritable plaisir de lecture.

On a un peu la sensation que l’auteur (ou les auteurs) se trouve dans la position de certains scénaristes de séries télévisées à succès qui doivent écrire des histoires malgré un manque criant d’inspiration. À la télévision, on se retrouverait alors face à l’immanquable épisode ou le héros se trouve dans une position où il doit se retourner sur son passé (par exemple, le héros enlevé par le méchant, ligoté à une bombe dont le compte à rebours est lancé et qui, en attendant la mort ou l’intervention de ses amis, repense à sa vie, les bons et les mauvais moments). L’épisode avance ainsi à coups de flash-back, permettant à la fois d’occuper du temps sur les 40 minutes de l’épisode et d’économiser des heures de tournages en piochant des scènes dans les épisodes précédents.

Ce n’est pas le cas, là, mais la démarche est la même. Dommage.

Au final, un épisode de Marc Jordan qui manque cruellement de Marc Jordan, un comble, mais également d’action et de rythme...


Une énigme judiciaire

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« Une énigme judiciaire » est le 19e épisode de la série « Marc Jordan », série de 62 fascicules de 32 pages, double colonne, parue en 1907 aux éditions Ferenczi.

Il est à noter que l’auteur de cette série demeure inconnu (elle n’est pas signée) ; elle a été créée pour surfer sur le succès de la série venant d’Amérique, « Nick Carter » et qu’elle est l’occasion de la première incursion des éditions Ferenczi dans le genre policier et dans le monde du fascicule.

Marc Jordan est donc un détective dans la veine de Nick Carter et si, au début de la série, il avait pour ennemi intime le comte de Cazalès et Pépita la Rouge, depuis que le couple s’est évaporé, il a affaire à des crimes moins organisés.

UNE ÉNIGME JUDICIAIRE

Alors qu’il se repose tranquillement chez lui, loin des tracas de son métier de détective, un individu souffreteux sonne à sa porte et demande à le voir d’urgence.

Le moribond se présente en tant que journaliste et n’a d’autre but, avant de trépasser, que d’apporter à Marc JORDAN un manuscrit qu’il a récupéré, il y a fort longtemps, sur une scène de suicide et qu’il avait remisé dans un tiroir depuis sans jamais l’ouvrir jusqu’à récemment.

Ce carnet, noirci au crayon, contient la confession d’un homme qui a été mêlé à l’affaire Pranzini qui défraya la chronique judiciaire en 1887 à la suite de l’horrible meurtre de deux femmes et d’une fillette…

Même quand Marc Jordan ne cherche pas à résoudre les crimes, ce sont les solutions qui viennent à lui, la preuve en est avec ce journaliste à l’agonie qui lui confie un manuscrit, sorte de confession d’un personnage qui a participé, involontairement, à l’affaire Pranzini, du nom de cet odieux criminel qui en 1887, assassinat violemment deux femmes et une fillette.

À partir d’une affaire criminelle existante, l’affaire Pranzini, et qui défraya la chronique de la fin du XIXe siècle, l’auteur (inconnu) de la série Marc Jordan, tire substance à un épisode dans lequel, il faut bien l’avouer, Marc Jordan n’a pas grand-chose à faire.

Effectivement, il reçoit un manuscrit de la part d’un inconnu et la majeure partie de l’épisode consiste en la retranscription de ce manuscrit et donc de l’histoire d’un certain homme surnommé l’Homme Blond, que Pranzini aurait dénoncé comme le véritable coupable pour tenter d’échapper à la guillotine.

Je n’ai pas trouvé, sur le net, d’évocation de ce fameux homme blond dans l’affaire Pranzini, donc je suppute que celui-ci est fictif, bien que Henri Pranzini ait réellement existé et les crimes qu’on lui impute également.

Aurant dire que l’épisode fait plutôt penser une opportunité de caser un texte n’ayant aucun rapport avec la série, dans la série, tant Marc Jordan n’a aucune utilité.

Est-ce le cas ? Je ne le sais pas. Toujours est-il que l’épisode se compose en une double confession.

La première, orale, de la part du journaliste pour expliquer à Marc Jordan comment il est entré en possession du document, la seconde, posthume et épistolaire puisqu’étant la retranscription de la lecture dudit document.

Pas inintéressant, ce second passage, conté, donc, à la première personne, mais qui jure totalement avec ce qu’était la série jusqu’à présent.

Est-ce par manque de temps ou d’inspiration que l’auteur a usé de ce subterfuge pour produire un épisode supplémentaire ? Ou bien une réelle volonté, on ne le saura jamais.

Toujours est-il qu’il a l’avantage de jeter la lumière sur l’affaire Pranzini, une réelle affaire criminelle qui fit les gorges chaudes de la presse de l’époque à une époque, justement, où les journaux allaient être un réel vecteur de sensations horrifiques auprès de la population avec les articles exposant au grand jour et avec forces détails, les actes les plus barbares des pires criminels de l’époque : Martin Dumollard (1860), Henri Pranzini (1887), Jack l’Éventreur (1888), affaire Gouffé (1889), affaire Ravachol (1890), Joseph Vacher (1894).

Pour le reste, pas grand-chose à dire de plus, pas même sur l’histoire de cet homme blond qui, d’ailleurs, n’apporte rien, en fin de compte, à l’affaire Pranzini (qu’il ait existé ou non).

Au final, un épisode plutôt plaisant à lire même s’il dénote totalement avec la série.

19 juillet 2020

Le fantôme du Val-Mercier

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« Le fantôme du Val-Mercier » est le 14e et dernier épisode de la série « Les enquêtes du commissaire Benoit » une collection de 14 fascicules de 22 pages, double colonne, contenant des récits indépendants de 10 000 à 12 000 mots publiée à partir de 1946 par les éditions Nicéa.

Je ne peux rien dire sur les auteurs, Robert et Jean Grimey, des pseudonymes, probablement, dont on ne sait rien.

À noter qu’une autre collection avec le même nom a été publiée à peu près à la même époque aux éditions E.R.F. et développée par Gérard Dixe, un pseudonyme de Henry Musnik.

LE FANTÔME DU VAL-MERCIER

Le commissaire BENOIT et son jeune secrétaire Pierre Lissier débarquent, lors d’une nuit pluvieuse, au domaine du Val-Mercier, après avoir été appelés à l’aide par Mademoiselle Molinier qui prétend que le fantôme de son père vient la tourmenter, chaque soir.

Bien que la bonne reçoive les deux policiers avec une réticence suspecte, ils parviennent tout de même à interroger Mademoiselle Molinier qui, pour les convaincre de ses dires, leur demande de se cacher derrière une tenture à l’approche de l’heure à laquelle le spectre fait son apparition.

Et, effectivement, le fantôme du Val-Mercier ne tarde pas à surgir pour morigéner sa fille, mais, quand il aperçoit le commissaire BENOIT, l’être vaporeux a une réaction de surprise avant de disparaître…

Le commissaire Benoit et son jeune secrétaire Pierre Lissier se rendent chez Mlle Molinier qui prétend que le fantôme de son père vient la harceler, le soir. Mais dès la réception par la bonne, Benoit se dit qu’il se passe des choses étranges. Sur la demande de Mlle Molinier, Benoit et Lissier se cachent derrière une tenture à l’heure où le fantôme apparaît et, effectivement, ils aperçoivent un spectre, mais celui-ci semble surpris quand Benoit sort de sa cachette et il s’évapore immédiatement.

Persuadé qu’il est face à une mystification et que la bonne est suspecte, il laisse Lissier en faction au-dessus d’une armoire d’où, par un œil-de-bœuf, il peut surveiller Mlle Molinier qui s’est endormi.

Mais, quand le commissaire Benoit revient vers son secrétaire, celui-ci a disparu...

Pour cet ultime épisode, car il s’agit d’un ultime épisode à n’en pas douter (j’ai du mal à croire que les auteurs reviennent après 75 ans pour nous proposer une suite), le lecteur retrouve le duo habituel formé par le commissaire Benoit et Pierre Lissier, mais il a le plaisir de recroiser l’inspecteur Tolday et quelque peu l’inspecteur Rousseleau, comme si les auteurs avaient voulu convier tous les personnages pour un baroud d’honneur.

C’est d’autant plus vrai qu’Adrien Gaulduys, l’avocat marron surnommé le Mondain, l’ennemi juré du commissaire Benoit, est lui aussi de la partie.

En plus des personnages usuels, les auteurs nous offrent également les éléments habituels de la série, c’est-à-dire, du rythme, de l’action, quelques coups fourrés et une fin assez proche de celles des premiers épisodes. On pourrait dire que la boucle est bouclée, mais il s’agit plutôt d’une boucle ouverte à la manière d’une fin de saison d’une série américaine.

Sans que cet ultime épisode soit un feu d’artifice, ou puisse être considéré comme une apothéose, il n’en clôt pas moins la série de façon plaisante.

Au final, un dernier épisode dans la lignée des premiers.

Meurtre ou châtiment

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« Meurtre ou châtiment » est le 13e et avant dernier épisode de la série « Les enquêtes du commissaire Benoit », à l’origine, une collection de 14 fascicules de 22 pages, double colonne, contenant des récits indépendants de 10 000 à 12 000 mots publiés à partir de 1946 aux éditions Nicéa.

Les titres sont signés Robert et Jean Grimey, des auteurs ou des pseudonymes sur lesquels je ne sais rien du tout.

On notera qu’à peu près à la même époque, Henry Musnik, l’auteur d’origine chilienne qui fut l’un des principaux piliers de la littérature populaire fasciculaire (en quantité plus qu’en qualité) développa, sous le pseudonyme de Gérard Dixe, une autre série portant le même nom aux éditions E.R.F. (Éditions R. Fournier) sous la forme de fascicules de 16 pages, double colonne.

MEURTRE OU CHÂTIMENT

M. Marlieux vient demander aide à son ami le commissaire divisionnaire Morland, afin que l’enquête sur l’assassinat de son cousin qu’il héberge depuis son retour d’Amérique soit la moins éprouvante possible pour sa jeune pupille qui est affaiblie par la maladie.

L’inspecteur Tolday est envoyé sur place pour mettre bon ordre et superviser les investigations.

Mais, lors de la fouille de la victime, le policier découvre une carte de visite au nom de l’avocat Gaulduys, le fameux « Mondain », ennemi juré de son « patron », le commissaire BENOIT

Une affaire anodine, un vol qui a mal tourné, un jeune homme assassiné, probablement par une de ses mauvaises fréquentations, avance l’oncle qui l’hébergeait depuis son retour d’Amérique.

Oui, mais voilà, le tonton héberge également une jeune pupille très malade et très fatiguée. Aussi, pour éviter que le remue-ménage de la police locale ne perdure, celui-ci fait appel à son ami le commissaire divisionnaire Morland.

Pas de soucis, on envoie l’inspecteur Tolday, un des fidèles adjoints du commissaire Benoit, pour résoudre l’enquête au plus vite et avec le moins de dérangement possible.

Mais, lors de la perquisition de la chambre de la victime, Tolday découvre une carte de visite au nom de l’avocat Gaulduys, le fameux notable chef de gang international surnommé « le Mondain » qui fut l’ennemi juré du commissaire Benoit et de ses hommes.

Bien que Gaulduys soit en prison pour l’assassinat de sa maîtresse, le commissaire Benoit craint qu’il ne purge qu’une légère peine pour crime passionnel aussi, il espère trouver, dans cette affaire, de quoi alourdir la peine de son ennemi...

L’ombre du Mondain plane donc sur cet avant-dernier épisode, alors que l’on entendait plus parler de lui depuis quelque temps.

Le commissaire Benoit prend donc l’affaire à bras le corps et se rend vite compte que quelque chose de louche se déroule dans la maisonnée. Entre une domestique trop curieuse, une malade étrange et un tonton un peu trop pressé que l’enquête s’achève, il y a de quoi se poser des questions.

On retrouve donc le commissaire Benoit, son secrétaire Lissier et l’inspecteur Tolday réunis, ce qui n’était pas arrivé depuis quelques épisodes pour cette nouvelle enquête.

Tant dans le style que dans les personnages, rien ne diffère des précédents titres et si ce n’était la révélation du nom du coupable, je serais tenté de dire que cet épisode est aussi plaisant à lire que les autres.

Seulement, voilà ! Il existe deux rebondissements qui m’exaspèrent au plus haut point dans les romans policiers anciens et modernes. Vous devinerez aisément que ce récit use de l’un des deux (que je ne citerais pas pour ne pas déflorer l’intrigue).

Et je n’en peux plus de ce genre de révélations à l’aulne de laquelle toute l’histoire perd de sa crédibilité.

Je l’ai déjà reproché à nombre d’auteurs modernes, mais également à des auteurs de jadis comme Pierre Yrondy dans des épisodes de sa série « Marius Pégomas ».

Je le reproche donc également à Messieurs Grimey.

Mais, je suis plus indulgent pour ces auteurs d’autrefois obligés d’écrire beaucoup, vite, dans des formats contraignants que je ne pourrais l’être pour des écrivains d’aujourd’hui produisant un roman par an, ayant de nombreux bêta lecteurs et dont les œuvres subissent un travail éditorial de bien meilleure qualité.

Au final, hormis une révélation finale aussi attendue que redoutée, l’épisode se lit avec plaisir et c’est déjà pas mal.

Cent vingt victimes

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« Cent vingt victimes » est le 12e épisode de la série « Les enquêtes du commissaire Benoit » parue à partir de 1946 aux éditions Nicéa sous la forme de fascicules de 22 pages, double colonne, contenant des récits indépendants d’environ 10 000 à 12 000 mots.

Les auteurs sont Robert et Jean Grimey, deux personnes sur lesquelles je ne sais rien.

Il faut noter qu’une autre série de fascicules publiés vers la même époque porte le même nom, mais a été développée par les auteurs Gérard Dixe (derrière lequel se cache Henry Musnik) et Jean d’Arsanje.

« Les enquêtes du commissaire Benoit » nous conte donc des enquêtes menées par le commissaire Benoit (qui l’eut cru) épaulé par son jeune secrétaire Pierre Lissier et, parfois, par les inspecteurs Tolday et Rousseleau.

CENT VINGT VICTIMES

Dans la mine, à Ganges, c’est le coup de grisou. De nombreux ouvriers se retrouvent enterrés dans les galeries.

L’ingénieur en chef, M. Caplys, descend pour constater les dégâts et trouve une cartouche de dynamite au pied de l’éboulis. Il est persuadé qu’en fait d’accident, il s’agit d’un acte intentionnel.

Immédiatement, il fait appel à son ami le commissaire BENOIT, de Paris.

Le policier débarque le soir même, en compagnie de son jeune secrétaire Lissier. Plusieurs indices découverts les dirigent sur la piste d’un crime au bilan dramatique de cent vingt potentielles victimes…

Un coup de grisou, dans une mine, rien de plus dramatique, mais également de très banal. Mais quand on découvre une cartouche au pied de l’éboulement, voilà qui remet en cause la thèse de l’accident. Aussi, le commissaire Benoit est appelé à la rescousse par l’ingénieur en chef afin de déterminer s’il y a bien eu crime et qui est le criminel.

Le commissaire Benoit fait à nouveau équipe avec uniquement son jeune secrétaire Pierre Lissier, qu’il considère un peu comme le fils qu’il n’a jamais eu.

Les deux hommes vont devoir déterminer qui a causé l’effondrement de la mine et pourquoi. Mais ils vont se heurter à plusieurs suspects et, surtout, diverses histoires pathétiques...

Les auteurs nous invitent donc à faire un tour dans la mine. Enfin, un tour vite fait, puisque la concision inhérente au format ne permet pas de s’étendre sur le sujet. Bien dommage, car il y a évidemment beaucoup de choses à écrire sur ce monde de la mine et les ouvriers qui y gravitent. Les drames du quotidien, bien évidemment, de la misère, de la peur de l’accident, de l’angoisse de finir enterré vivant, de celle de perdre un proche, mais également tout un tas d’autres choses à raconter sur le sujet.

Malheureusement, le format fasciculaire ne permet déjà pas de proposer des intrigues dignes de ce nom ni de présenter correctement les personnages, ce n’est pas pour faire dans le reportage sur des sujets sociétaux.

Les auteurs proposent donc une intrigue assez simple dans laquelle ils proposent aux lecteurs et au commissaire plusieurs suspects possibles.

Dans une narration linéaire, il suffira d’éliminer un à un les suspects pour trouver le coupable.

Pas de quoi sauter au plafond de plaisir, donc, mais on sait à quoi s’attendre en attaquant des récits aussi courts.

Une nouvelle fois, le jeune Lissier va se laisser éblouir par la beauté d’une femme, au grand dam du commissaire Benoit.

On retrouve avec plaisir les deux policiers même si l’on peut regretter le manque d’action de cet épisode, par rapport à d’autres.

Cependant, l’ensemble est suffisamment rythmé pour que la lecture soit agréable à défaut d’être exaltante.

Au final, un épisode plaisant, mais qui manque un peu de sel pour se hausser au niveau des précédents.

12 juillet 2020

Un cri dans le soir

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« Un cri dans le soir » est un épisode de la série « Bill Disley » de J.A. Flanigham, probablement le 22e dans l’ordre de première édition, puisque paru tout d’abord en 1947 au sein de la collection « Murmure d’amour » des éditions du Moulin Vert sous la forme d’un fascicule de 16 pages contenant un récit d’environ 10 000 mots.

Il sera réédité (comme beaucoup d’autres titres de la série) une première fois en 1949 dans la collection « Police-Roman » des Éditions Lutèce, sous la forme d’un fascicule de 32 pages, puis en 1956, toujours dans la collection « Police-Roman », mais cette fois sous le titre « Le secret de Dick Carveur »...

Quant à J.A. Flanigham, on ne sait qui se cachait derrière ce pseudonyme qui servit principalement à développer 4 séries : « Les aventures de Bill Disley », « Les nouvelles aventures de Bill Disley », « Dick et Betty, aventuriers modernes » et « Les dessous de l’Agence Garnier ».

Mais à part cela, l’auteur écrit quelques romans policiers indépendants, tant pour les éditions Lutèce que pour les éditions Ferenczi.

Tout ce que l’on sait de Flanigham, hormis un autre de ses pseudonymes, Raymond Gauthier, c’est qu’il était très inspiré par le roman noir à l’américaine et qu’il maîtrisait parfaitement les formats courts et qu’il excellait dans l’art des incises.

UN CRI DANS LE SOIR…

Londres, la nuit, dans un quartier louche proche de la Tamise, le journaliste Bill DISLEY flâne, sans but.

Soudain, un cri juvénile… des bruits de pas… un garçon se jette dans ses bras.

L’enfant est poursuivi par deux individus patibulaires que le reporter s’empresse de lancer dans une mauvaise direction après avoir caché le môme derrière une cabane.

Bill DISLEY ramène son protégé chez lui et apprend qu’il est le fils d’un condamné à mort qui sera pendu dans quelques jours, pour un meurtre qu’il n’a pas commis.

Le gamin lui explique qu’il était en train de surveiller les hommes qui ont piégé son père quand il a été repéré et qu’il s’est enfui.

Bill DISLEY décide alors de mener son enquête sachant que, pour sauver le prisonnier de la potence, il va devoir lutter contre un gros poisson…

Une promenade, la nuit, dans un quartier louche. Bill Disley tombe sur un gamin qui s’enfuit, poursuivi par deux types pas très aimables. Il cache le gamin, envoie ses poursuivants sur une fausse piste et ramène le môme chez lui.

Le petit lui apprend alors qu’il est le fils d’un condamné à mort, que son père est innocent et qu’il a été piégé par un grand agent immobilier riche et célèbre.

Le père doit être pendu dans quelques jours, Bill Disley va devoir agir vite...

On retrouve ici le trium vira qui fait tout bon épisode de Bill Disley. Bill Disley, lui-même, son ami et garde du corps Jeff et son ami et inspecteur de Scotland Yard, Martin.

Sur une histoire assez simple, format court oblige, et rapidement menée (idem), Flanigham nous propose un récit dans la veine des bons épisodes de la série. Un peu d’action, un peu d’humour, une bonne plume, une narration linéaire, mais bien menée, un peu de chance et hop, l’affaire est dans le sac.

À chaque lecture (ou presque) d’un épisode de Bill Disley, je me pose chaque fois la même question : Pourquoi cette série n’a pas plus de succès et son auteur n’est pas plébiscité ?

Pour la deuxième question, l’anonymat dans lequel se trouve l’auteur de nos jours explique probablement cela. 

Quant à la première... je ne comprends toujours pas.

Étant un coutumier des formats courts et notamment des fascicules de 32 pages, j’ai rarement lu auteur qui maîtrisait à la fois si bien sa plume et sa narration dans un tel format.

J’ai également très peu trouvé de personnages aussi attachants et sortant un peu du flou gaussien dans lequel réside souvent l’enquêteur de ce type de récit très concis.

À vrai dire, à part les enquêtes du commissaire Odilon Quentin, également développées par un auteur désormais inconnu : Charles Richebourg, je ne vois pas d’autres séries réussissant cet exploit et, surtout, sur une telle durée (il existe tout de même une quarantaine d’épisodes quand on cumule l’ensemble des deux collections autour de Bill Disley).

Pourtant, si les enquêtes du commissaire Odilon Quentin semblent emporter l’adhésion des lecteurs, celles de Bill Disley semblent, elles, un peu boudées. Dommage.

Dommage, car la qualité est là.

Qualité de plume. Les récits sont bien écrits, dans un style un peu léger et drôle, avec des dialogues savoureux et, surtout, l’excellence des incises qui apportent beaucoup d’information en peu de mots.

Qualité de narration. Les intrigues sont développées, certes, de façon linéaire (difficile de faire autrement dans ce format), mais l’ensemble est bien lié sans impression de coupures drastique comme dans certains textes.

Qualité de personnages. Si les personnages de la littérature populaire sont souvent copiés les uns sur les autres, Bill Disley, Jeff et Martin sont suffisamment originaux et attachants pour que le fait soit noté.

Qualité des intrigues. Certes, sur 10 000 mots, on ne se trouve jamais face à un grand roman à suspens, mais à quelques exceptions près, les intrigues tiennent la route et ne sont pas trop simplistes.

Alors, pourquoi ? Je ne sais pas.

Toujours est-il que, moi, j’adore les romans de J.A. Flanigham, que j’aime beaucoup Bill Disley et compagnie et que je prends toujours un grand plaisir à lire leurs aventures. 

C’est le principal, non ? Pas forcément, quand on aime quelque chose, on apprécie de le partager. Ce que je tente de faire avec mes chroniques, même si cela semble un peu vain.

Au final, encore un bon épisode des aventures de Bill Disley. Vous devriez essayer.

La lettre mortelle

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Voilà ! Ça, c’est fait. 

« La lettre mortelle » est un roman de Marcel Vigier que je cherchais à lire depuis fort longtemps, car étant la première aventure contée de l’attachant duo de détectives : Florac et La Glu.

Mais « La Lettre mortelle » est un roman qui n’est paru que dans la mythique collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi, dans les années 1910-1920. Et qui dit « mythique » et « 1910-1920 » dit forcément « difficile à trouver ».

Heureusement, armé de beaucoup de patience, d’un peu de chance et de l’aide désintéressée de passionnés de littérature populaire, j’ai enfin pu me plonger dans cette enquête liminaire.

Pour rappel Marcel Vigier est un des nombreux auteurs énigmatiques de la littérature populaire du début du XXe siècle. On ne sait désormais qui se cachait derrière ce nom ou ce pseudonyme et tout juste a-t-on identifié (au fil des rééditions) d’autres pseudonymes de l’auteur comme H. de Luray ou Jean de Valbenois.

Pour ce qui est de Florac et La Glu, ce sont deux détectives. Florac est le chef et la tête pensante, La Glu, de son vrai nom Jean-Frédédic Pommier, est son jeune assistant et protégé de 17 ans (dans cette première enquête).

Ils vécurent au moins 7 enquêtes au sein de cette fameuse collection et comme la plupart des titres de cette collection, les récits ont été réédités dans les années 1930 au sein de la collection « Police et Mystère » du même éditeur. Toutes ? Non, pas « La lettre mortelle », raison pour laquelle il m’a été si difficile de trouver à lire cette enquête.

LA LETTRE MORTELLE

Le baron de Ledignan est découvert, au petit matin, mort, un couteau dans la poitrine, par Victor, son valet de chambre.

La police et la magistrature, dépêchées sur place, interrogent les divers habitants de l’immeuble.

Très vite, le témoignage de la bonne d’une voisine remet en cause les allégations de Victor, assurant que ce dernier est rentré en pleine nuit alors qu’il prétend ne pas avoir quitté le domicile.

De menteur à assassin, il n’y a qu’un pas que le juge est prêt à franchir.

Mais FLORAC, le meilleur limier de la Sûreté, débarque à ce moment-là sur la scène de crime et trouve, sur le bureau, un livre ensanglanté à l’intérieur duquel une feuille collée semble avoir été arrachée précipitamment, laissant, derrière elle, un fragment sur lequel il décrypte quelques lettres : M   O   R   .   A   N.

Persuadé que le meurtre est bien plus complexe qu’il n’y paraît, FLORAC décide de mener son enquête. Pour ce faire, il va avoir besoin de son jeune et dévoué collaborateur La Glu…

Le baron de Ledignan a été assassiné d’un coup de poignard dans la poitrine. Victor, son valet de chambre, qui donne l’alerte après l’avoir trouvé dans son bureau, est rapidement soupçonné par le juge d’instruction. Il ne manque plus qu’à le faire avouer pour connaître le mobile du crime.

Mais Florac, le célèbre limier de la Sûreté, débarque sur les lieux et surprend la main d’une femme surgissant d’une tenture. La main s’évapore, la femme avec, sans que le policier ne parvienne à la rattraper. Mais Florac est certain que l’inconnue cherchait à subtiliser un indice permettant d’expliquer le meurtre, aussi inspecte-t-il tout ce qui se trouvait à portée de cette main et, surtout, un livre ensanglanté déposé sur le bureau. Sur la couverture de ce livre, un fragment d’une lettre décollée à la hâte. Sur le fragment : MOR . AN.

Florac décide de lancer sur cette piste son jeune acolyte La Glu, un gamin débrouillard et ronchon à la gouaille toute parisienne...

« La lettre mortelle » est donc la première enquête du duo Florac et La Glu, une enquête initialement publiée sous la forme d’un fascicule de 128 pages en 1916 et contenant un récit d’un peu plus de 30 000 mots, soit l’équivalent de la seconde enquête (« L’affolante silhouette »), mais le double des suivantes.

On découvre donc ici Florac et La Glu bien que le duo soit présenté, notamment pour Florac, comme déjà auréolé de gloire.

La Glu est présenté comme un garçon de 17 ans, hébergé par Florac, un gamin gouailleur, ayant le langage des rues. Quant à Florac, la description est quasi inexistante.

Florac et La Glu sont donc lancés sur une double énigme : qui a tué le baron ? Et, surtout, pourquoi ? Mais cette double-énigme va très vite s’étoffer d’une chasse au trésor durant laquelle les deux policiers vont encourir de nombreux risques et ils vont échapper à divers attentats.

Bien évidemment, si le mystère semble au cœur de l’intrigue et si Florac déploie ses dons de perspicacité, le récit, lui, est plutôt empreint d’aventures et d’actions que de réflexions, un peu à l’image des productions fasciculaires de l’époque.

Pourtant, force est de constater que la plume de l’auteur n’a pas tant vieilli que cela (moins, en tout cas, que celle de beaucoup de ses confrères), surtout pour un texte datant de 1916, provenant d’une collection où les textes sont souvent désuets.

De plus, Marcel Vigier n’hésite pas à manier l’humour, comme il le fera dans les autres enquêtes, surtout au travers du personnage de La Glu, mais il active, cette fois-ci, les zygomatiques, surtout à travers d’un autre personnage, celui de Archibal Broughton, un milliardaire américain excentrique qui, avec son français approximatif, sa bonne humeur permanente et son obsession de tout vouloir acheter, se révèle à la fois très drôle et très attachant.

Pour le reste, le récit semble un peu s’étirer par moment (notamment à travers la scène finale) sans que je ne sache si cette impression est plus due à la lecture elle-même ou a la comparaison avec la lecture des autres titres de la collection (il faut dire que les fascicules de 128 pages ont très vite été remplacés, dans la collection d’origine, par des fascicules moins épais pour finir par des fascicules de 32 pages)

Au final, une première aventure agréable à lire où l’on découvre un duo de policier attachant, notamment avec le personnage de La Glu, au travers une intrigue se transformant en chasse au trésor.

L'écran révélateur

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« L’écran révélateur » est un titre signé Marcel Priollet et initialement paru en 1927 sous la forme d’un fascicule de 32 pages dans la seconde série de la collection mythique « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi avant d’être réédité, comme nombre de textes de cette collection, dans la collection « Police et Mystère » du même éditeur, en 1932, sous la forme d’un fascicule de 32 pages également.

Marcel Priollet, il devrait être inutile de le présenter encore (du moins pour ceux qui me lisent), mais je vais tout de même en dire quelques mots. Ce fut l’un des principaux piliers de la littérature populaire fasciculaire entre 1910 et le milieu des années 1950.

On lui doit un nombre considérable de fascicules tant dans les genres sentimentaux, aventures, policiers que fantastiques.

L’auteur ne se contentait pas d’être prolifique, il proposait souvent de bonnes idées, et la plupart du temps, une plume agréable.

L’ÉCRAN RÉVÉLATEUR

New York, 31 décembre, en début d’après-midi, le célèbre détective FULLERTON reçoit une visite déconcertante : l’épouse et l’enfant d’un homme condamné à mort à la suite d’une enquête qu’il a menée.

Elles sont venues, non pour lui demander des comptes, mais simplement dans l’espoir d’un conseil, pour échapper à la misère.

Démuni financièrement, FULLERTON ne voit qu’une seule possibilité pour aider celles qu’il a poussées indirectement dans le dénuement, leur offrir la prime promise par un millionnaire excentrique au policier qui s’illustrera de la façon la plus originale.

Or, deux problèmes se posent à lui.

Le premier : les malfaiteurs se font plutôt discrets en cette fin d’année.

Le second : le concours se clôt à minuit.

Il ne reste donc plus que dix heures à FULLERTON pour découvrir un crime exceptionnel et le résoudre…

Le détective Fullerton, le jour du réveillon du Nouvel An, reçoit la visite de la femme et de la jeune fille d’un homme qu’il a fait condamner à mort en prouvant sa culpabilité dans le vol d’une banque et dans le meurtre d’un employé de celle-ci.

L’épouse du braqueur vient chercher un soutien quelconque auprès du justicier, ne pouvant plus subvenir aux besoins de son enfant du fait que son nom l’empêche de trouver du travail.

Mais Fullerton a beau être célèbre, son métier ne lui rapporte guère et il n’a pas d’argent à lui proposer.

Mais une idée lui vient alors, lui offrir le prix de 20 000 dollars d’un concours de policier mis en place par un millionnaire excentrique. Pour cela, résoudre une affaire plus retentissante que celles de ses confrères.

Le problème est que le concours se clos à minuit et qu’il est déjà deux heures de l’après-midi, mais qu’importe, Fullerton est sûr de son coup, même s’il n’a aucun mystère à se mettre sous la dent. 

Tant pis, il se rend au cinéma pour se détendre...

Dans ma chronique sur un autre titre de l’auteur, « La poupée vivante », je tentais de démontrer maladroitement comment ce récit était représentatif d’une époque, par la position de l’étranger et de la femme dans les histoires du début du XXe siècle.

Avec « L’écran révélateur », je serais tenté de faire une autre démonstration, celle consistant à expliquer à quel point ce titre est représentatif du travail de Marcel Priollet.

Effectivement, toute l’intrigue est basée sur différentes idées que l’auteur reprendra plus tard dans d’autres récits.

Pour le sens du titre, « L’écran révélateur » : l’idée dans laquelle le détective découvre un crime en regardant un film d’actualité, Marcel Priollet la reprendra dans les années 1940 pour son récit « L’œil de la caméra » dans la collection « Police » des éditions Ferenczi.

Pour le concours de policier, on retrouvera une idée similaire dans « La bague au doigt » en 1941, dans la collection « Le Petit Roman Policier » (dont l’intrigue sera reprise pour initier la série « Old Jeep et Marcassin » dans le titre « Le Crime est pour demain » en 1945, aux éditions Tallandier.).

Enfin, l’identité du meurtrier aura probablement inspiré celle d’un titre de 1945 dans la collection « Carré d’As » aux éditions SEG-ERF, dont je ne vous dévoilerais pas le titre pour ne pas vous mettre sur la piste, celui-ci étant trop évocateur.

Je ne m’étendrais pas plus longtemps sur cette filiation qui n’intéresse probablement que moi afin ne de pas faire fuir les rares lecteurs qui osent encore s’intéresser à ma prose.

Pour ce qui est donc de « L’écran révélateur », Marcel Priollet nous propose donc une intrigue basée sur un grand hasard, celui qui met le détective devant un crime alors qu’il en cherche justement un, pendant qu’il est en train de regarder un film (on se demande d’ailleurs pourquoi il va au cinéma alors que son temps est compté).

Mis à part cette coïncidence un peu tirée par les cheveux, Marcel Priollet déroule un récit plutôt agréable bien que classique (dans sa production) en proposant un énième détective célèbre (mais qu’il ne réutilisera pas) qui est à l’image des précédents et des suivants : un détective intelligent, honnête, courageux, mâture, puisqu’un peu grisonnant. La description est avare d’adjectifs et de détails, normal, le format cour (16 000 mots), ne permet pas à l’auteur de s’étendre, donc, il préfère user d’un personnage déjà présent dans l’imaginaire des lecteurs sans chercher à proposer un héros original.

De là, le fait que le héros doit résoudre un crime en quelques heures, l’oblige à faire des aller-retour assez rapides entre plusieurs points ce qui laisse peu de place aux temps morts et donc assure un rythme certain à l’ensemble.

Le métier de l’auteur lui confère une habileté visible à mener son récit, sa narration, et ses personnages à terme et, en plus, on trouve tout au long de l’histoire, la présence d’un humour que l’auteur maniait régulièrement.

Ainsi, on s’amusera de la façon dont le détective se moque des policemen lors de l’arrestation de l’assassin, mais également la manière dont va se fourvoyer son principal rival pour le concours.

On n’oubliera pas que le héros se doit d’avoir grand cœur, mais surtout de conserver une grande humilité, ce que fera forcément Fullerton.

Au final, un bon récit, léger, qui donne parfois le sourire et qui est parfaitement représentatif du travail de Marcel Priollet qui savait avancer des idées pour parfois les reprendre plus tard sous une autre forme.

La poupée vivante

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« La poupée vivante » est un titre initialement paru sous la forme d’un fascicule de la collection mythique « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi en 1920.

Comme nombre des titres de cette collection, il fut réédité dans les années 1930 (1932 pour celui-ci) dans la collection « Police et Mystère » des mêmes éditions Ferenzi sous la forme d’un fascicule de 64 pages.

L’auteur du récit est Marcel Priollet, un des piliers de la littérature populaire fasciculaire qui œuvra entre 1910 et le milieu des années 1950 et dont la production est immense et s’étend sur tous les genres à la mode à cette époque avec une prédilection pour les récits sentimentaux, les récits policiers et les récits d’aventures.

Dans le domaine du « polar » on notera les deux séries de l’auteur : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs » dans les années 1940, mais également de très nombreux autres récits dont certains usent d’un personnage récurrent comme le détective radiesthésiste Claude Prince.

Sa production, il la signa sous son nom ou divers pseudonymes : Henry de Trémières, René Valbreuse, R.M. de Nizerolles, Marcelle-Renée Noll...

LA POUPÉE VIVANTE

La fille du grand inventeur, le Professeur Ticknor, s’est enfuie avec l’assistant de son père.

La jeune femme était promise au « Roi du caoutchouc », un influent millionnaire, qui fait jouer ses relations afin qu’on la rattrape au plus vite.

L’attorney général débarque toute affaire cessante, à huit heures du matin, chez le célèbre détective Smith-Lewis afin de lui confier l’affaire avec pour ordre de retrouver Cinderella Ticknor avant midi...

Le célèbre détective Smith-Lewis est dans son bain et refuse d’être dérangé, même quand il s’agit de l’attorney général au téléphone. Mais quand le même attorney débarque chez lui et défonce la porte de sa salle de bain, force lui est d’écouter le magistrat.

Celui-ci vient expressément lui demander de retrouver la fille d’un célèbre inventeur qui s’est enfuie avec son assistant. La jeune fille devait épouser un influent millionnaire et le détective n’a que jusqu’à midi pour la retrouver. Il est huit heures du matin...

« La poupée vivante » est un parfait représentant de la littérature populaire de l’époque (1920), mais plus encore de la société elle-même. En cela, ce titre est intéressant à lire et, pour cela, il était important de le rééditer dans l’état.

Je précise cela, car je me souviens d’une critique sur un vieux livre ou le lecteur disait qu’étant les propos archaïques et dégradants tenus à l’époque à l’égard des noirs, si un éditeur venait à vouloir rééditer ce titre, il devrait faire retravailler le texte pour le purger de ces passages.

Ce lecteur penserait probablement la même chose pour ce court récit de Marcel Priollet et, je dois avouer, que quelques années auparavant, ces passages auraient pu m’être rébarbatifs.

Seulement, depuis, je me suis plongé dans la littérature de l’époque et suis plus au fait de la place de l’étranger dans ces récits, mais également celle, pas réellement plus glorieuse, de la femme.

Désormais, nous vivons dans un autre monde et avons un regard moins archaïque ou patriarcal sur l’un et l’autre des sujets malgré le fait qu’une minorité n’ait pas évolué à ce sujet.

Toujours est-il que les populations noires et asiatiques en ce début de XXe siècle sont jugées comme inférieures et on leur prête souvent les pires tares et les pires vices. Il est donc tout naturel que ce constat soit reflété par la littérature de l’époque. Mais on peut faire le même constat, par exemple, sur les juifs (il suffit de relire « Pietr-le-letton » de Georges Simenon, pour le constater), les arabes... sans compter les nationalités plus exotiques que l’on retrouve dans les récits d’aventures.

Bref, tout cela pour dire que le traitement du seul personnage noir du récit est loin d’être en accord avec le politiquement correct d’aujourd’hui. Appelé nègre (cela est usuel dans la littérature de l’époque), jugé inférieur (le chauffeur du héros renverse un piéton, pas grave, c’est un « coloured-man ») voire repoussant (le personnage féminin refuse de parler jusqu’à ce que le détective pousse le noir à l’embrasser sur la joue : « tout, mais pas ça » la pire outrance pour la jeune femme) et encore je passe sur le côté fainéant, profiteur, menteur et alcoolo de ce pourtant sympathique noir.

Sympathique parce que sujet d’un « running gag » un gag récurrent qui apporterait un certain charme et un zeste de bonne humeur s’il n’était pas réservé au noir pour l’unique raison qu’il est noir.

Mais passons, comme il faut passer sur ces défauts de la littérature de l’époque de la même manière qu’il est inutile de s’offusquer de la place des personnages noirs dans le film « Autant en emporte le vent » un film d’une autre époque, contant une histoire d’une période encore plus lointaine.

Il serait d’ailleurs assez marrant de constater que la population américaine soit divisée en deux catégories, celle qui est fièrement xénophobe et celle qui s’offusque du manque de considération pour la population noire, alors qu’aucune des deux ne se soucis de la place du véritable autochtone de leur pays, l’indigène, celui né d’une population qui a été affamée, assassinée, parquée, alcoolisée et qui n’obtient, lui, le soutien d’aucune des deux parties.

Bref, là n’est pas le sujet et revenons donc à « La poupée vivante ».

Parfait exemple de la littérature et de la société de l’époque pour plusieurs raisons, disais-je. 

Je me suis un peu trop appesanti sur la première, la xénophobie au quotidien.

Je vais m’étendre maintenant sur les deux autres raisons.

L’une concerne la vision de la modernité à venir. Je n’évoquerais pas les voitures volantes qui sont sans cesse revenues dans les récits fantastiques pendant des décennies sans que celles-ci n’obscurcissent encore nos horizons, mais plutôt des petites modernités du quotidien que les auteurs ont pu imaginer. Ici, la maison du professeur Ticknor en est un parfait exemple avec des tapis roulants dans la maison, des robots domestiques... et ce robot imitant à la perfection l’être humain au point de pouvoir être confondu avec.

Et c’est en s’attardant sur le robot central du récit, ce robot ressemblant à s’y méprendre à la fille du professeur, que l’on peut également avoir une idée de la place de la femme dans la société de l’époque.

Silencieuse (le robot est muet), obéissant, que l’on range dans une boîte quand l’on n’a pas besoin de lui, voilà un peu un robot à l’image de la femme de l’époque à tous les points de vue (physiquement, aussi bien que techniquement).

Le titre, en lui-même, est assez criant sur le sujet même si je doute qu’il le soit volontairement.

La femme se doit de sa taire et d’obéir, c’est un peu le rôle de la femme dans cette littérature de l’époque et probablement dans la société.

Heureusement, Marcel Priollet use de son parallèle entre le robot et la femme pour permettre à la femme de s’émanciper grâce à son enfermement (il faut avoir lu l’histoire pour me comprendre) elle qui ne faisait, jusqu’alors, qu’obéir à son père...

Bref, on pourra dire que je fais de la psychologie de comptoir (et l’on n’aura presque pas tort, si ce n’est que les bistrotiers seraient tous au chômage s’ils comptaient sur ma consommation) et que Marcel Priollet n’a pas pensé à tout ça en écrivant son récit (ce que je pense également).

Du coup, après ce double, triple aparté, revenons-en au roman.

Le personnage du détective Lewis-Smith est à l’image du héros de l’époque (trentenaire, beau, distingué, courageux, perspicaces...) et n’offre qu’un intérêt assez limité.

Paradoxalement, c’est bien le personnage du « coloured man » qui prend le dessus sur les autres, malgré sa place peu envieuse et son peu de présence.

Et c’est en cela que je ferais un autre parallèle hasardeux avec le film « Freaks, la parade monstrueuse » de Tod Browning (qui est sorti la même année que la réédition de l’ouvrage) et qui se trouve être le plus beau film, le plus émouvant et surtout le plus humaniste que je n’ai jamais vu de ma vie. Car, dans ce film, rempli de monstres de foire, de vrais, pas des acteurs, les deux seuls vrais monstres sont les deux personnages dits normaux.

Mais je sens que je vais bien trop loin pour un récit qui, dans son fond, est trop anodin pour mériter qu’on s’y attarde autant.

Bref, Marcel Priollet nous propose une aventure classique pour l’époque, avec les personnages usuels (le beau et brave héros, la jeune femme énamourée, les méchants...) qui s’il se lit sans déplaisir à condition que l’on passe au-dessus du traitement du cireur de chaussures, mais qui vaut surtout par la vision qu’il donne de la société de l’époque pour toutes les raisons invoquées.

Pour conclure, il aurait été dommage de supprimer le personnage du noir, car, au final, c’est lui qui emporte la sympathie et l’attachement du lecteur au détriment des autres en plus d’être un témoin de la condition des « minorités visibles » de l’époque.

Au final, un petit roman un brin classique de la littérature populaire des années 1920 et qui vaut principalement pour des raisons extralittéraires...

Le secret du molosse

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Marcel Priollet fut l’un des piliers de la littérature populaire fasciculaire pendant près de 50 ans à partir de 1910.

Sa production fut immense, et s’exerça dans différents genres littéraires, mais avec une prédilection pour le policier, l’aventure et les romans sentimentaux.

À lui seul, sous son nom ou sous divers pseudonymes (Henry de Trémières, Marcelle Renée Noll, R.M. de Nizerolles, René Valbreuse... auxquels on peut probablement rajouter Gérard Dartis et Géo Max), il alimenta de nombreuses collections de fascicules.

Du côté du roman policier, on notera deux séries avérées : « Old Jeep & Marcassin » et « Monseigneur et son clebs », mais également d’autres personnages récurrents dissimulés au sein de collection généraliste comme le détective radiesthésiste Claude Prince qui apparaît régulièrement dans la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes.

Mais Marcel Priollet a également écrit de nombreux récits indépendants, dont « Le secret du molosse ».

« Le secret du molosse » est paru initialement en 1920 en tant que 41e titre de la collection mythique « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi (avec couvertures magnifiquement illustrées par l’excellent Gil Baer).

Comme la plupart des titres de cette collection, celui-ci a été réédité dans la collection « Police et Mystère » du même éditeur (en 1931 sous le numéro 89, avec une couverture illustrée par une photographie Noir et Blanc reprenant le dessin d’origine).

LE SECRET DU MOLOSSE

Mystère au château de Rovermouth !

Toutes les nuits, un être investit la cour du domaine pour y creuser des trous.

Pourtant, l’endroit est bien protégé par Big, un énorme chien, que personne ne peut approcher, pas même la propriétaire des lieux.

Qui est cet individu ? Pourquoi fore-t-il le sol ? Comment évite-t-il la furie du molosse ?

Ce sont les questions auxquelles le célèbre détective Gash-Mill a accepté de répondre sans se douter que la solution va bouleverser la vie de deux familles…

Le détective Gash-Mill accepte de résoudre un mystère qui hante les nuits du château de Rovermouth. Toutes les nuits, quelqu’un s’introduit dans le domaine pour creuser des trous dans la cour. Pourtant, un molosse, Big, est là pour faire bonne garde et personne ne peut s’approcher de lui, pas même les hôtes des lieux, Mme Blackfort et sa belle-fille Daisy. Seul sir Blackfort pouvait l’amadouer, mais celui-ci est mort voici plusieurs années...

Voici un court roman (18 000 mots) qui s’inscrit totalement dans l’esprit et dans le genre de son époque (1920).

Effectivement, le thème un peu fantastique (est-ce un fantôme ou un être de chair ?) est bien souvent usité à cette époque. Le style de l’auteur, également, est représentatif de cette période, tant par rapport à celui de ses confrères que vis-à-vis de l’évolution de sa plume.

Les personnages, également, sont au diapason. Que ce soit la châtelaine, Mistress Blackfort ou bien le vieux paysan Faremay.

Enfin, la sous-intrigue sentimentale est, elle aussi, au goût des années 1920.

Nous sommes donc face à un récit un tantinet désuet, tant dans le style que dans l’histoire.

Et on pourrait s’arrêter à cette simple considération (qui tient d’ailleurs la corde durant une bonne partie de la lecture) s’il n’était deux éléments.

Le premier tient dans l’intrigue et sa résolution. Tout du long, le lecteur a l’impression d’avoir une longueur d’avance sur le détective.

Effectivement, dès les premières lignes, le lecteur pressent l’identité du « spectre » et les éléments de l’enquête lui donnent de plus en plus raison.

De même quand le détective se demande comment il n’a pu découvrir l’individu alors que le château était cerné, le lecteur sait où celui-ci se cachait...

Le lecteur ne pense alors plus qu’apprendre quelques éléments secondaires, une motivation, un mobile à cette supercherie.

Mais Marcel Priollet, déjà aguerri, surprendra le lecteur trop confiant.

Le deuxième atout, même s’il n’est que superficiellement utilisé, réside de la personnalité du détective.

Car Marcel Priollet nous propose un héros déjà cinquantenaire (même s’il porte jeune) très perspicace (un peu trop, au départ ; pas assez, par la suite), mais, surtout, qui, bien trop tardivement, utilise une méthode qui aurait mérité d’être plus amplement développée.

Un peu à l’instar des cours de l’Actor Studio ne va pas se contenter d’imaginer ce que tel personnage aurait fait ou a fait, mais va directement placer dans la peau de ce personnage pour le faire vivre et voir ce qu’il a fait ou aurait fait, de l’intérieur.

C’est trop succinctement développé dans cette courte intrigue et cela n’apporte pas grand-chose à l’histoire, mais en soit, cette façon de faire aurait pu permettre de créer un détective original et très intéressant.

On l’a vu dans ses écrits futurs que Marcel Priollet fourmillait de petites idées ingénieuses qu’il n’avait souvent pas la place de développer au sein du carcan contraignant du récit fasciculaire. Mais il ne s’empêchait jamais de les proposer même incomplètement, ce que ne faisaient pas forcément ses confrères, (je pense notamment au nœud de l’intrigue de l’épisode « Le bal des disparus » de la série « Monseigneur et son clebs » que j’ai déjà évoqué dans ma chronique sur le titre).

Et, ne serait-ce que pour cette minuscule idée, « Le secret du molosse » s’avère être un récit intéressant.

Mais ce serait dommage et stupide de réduire le roman à cette simple idée, d’autant qu’elle est bien trop brièvement utilisée.

Au final, un récit qui s’inscrit dans son époque et qui, malgré un style un peu suranné et une intrigue apparemment prévisible, s’avère un peu surprenant et qui est doté d’une bonne idée avortée.

05 juillet 2020

L'auberge dans la Lande

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« L’auberge dans la Lande » est le 11e épisode de la série « Les enquêtes du commissaire Benoit » développée par les énigmatiques Jean Grimey et ROBERT ou Robert Grimey, puisque sur la couverture est inscrit « ROBERT et Jean Grimey » et dans le livre : « Robert et Jean Grimey ».

Cette série est initialement parue en 1946 aux éditions Nicéa sous la forme de fascicules de 24 pages, double colonne, contenant des récits indépendants d’environ 11 000 mots.

Il ne faut pas confondre cette série avec une autre, éponyme, aux éditions E.R.F. dont la plupart des titres sont signés Gérard dixe (Henry Musnik) et Jean d’Arsanje.

L’AUBERGE DANS LA LANDE

Pierre Lissier désireux de passer les fêtes de fin d’année chez sa tante, profite d’un retour de mission pour amener avec lui son patron, le commissaire BENOIT.

Pierre retrouve son cousin, Yvon, avec lequel ils partent se promener sur la côte, malgré le mauvais temps.

Le soir venu, BENOIT s’inquiétant pour les deux hommes, brave l’obscurité et la tempête pour se lancer à leur recherche.

Il découvre bientôt Yvon, traînant Pierre, évanoui… Ils se sont épuisés à tenter de ramener le corps d’un individu qu’ils ont trouvé, lors de leur balade, à moitié mort, le crâne défoncé…

Le commissaire a accepté de faire un détour pour faire plaisir à son jeune secrétaire Pierre Lissier qui avait envie de passer les fêtes de fin d’années chez sa tante. Là, il retrouve son cousin Yvon avec lequel il part en promenade, malgré le mauvais temps.

La nuit commence à tomber, la tempête à faire rage et Benoit à s’inquiéter pour son assistant. Il décide de sortir à leur rencontre malgré le vent, la pluie et le froid. Il finit par les retrouver, Yvon, épuisé, Pierre, évanoui. Les deux hommes, durant leur balade, ont découvert un homme gisant sur la grève, le crâne ouvert. 

Benoit repart avec Yvon pour récupérer le moribond. Quand ils ramènent la victime chez lui, pour tenter de le soigner, ils sont surpris de constater que la maison de celui-ci a été fouillée, notamment son bureau qui est entièrement retourné...

Petite aventure sur la côte sauvage de Quiberon pour le commissaire Benoit et le jeune Pierre Lisser. Une histoire de meurtre, Benoit en est persuadé, qui a probablement pour mobile le vol, mais qu’a-t-on bien pu voler ?

Le commissaire Benoit dévoile ses attaches pour Pierre Lissier qu’il considère un peu comme le fils qu’il n’a jamais eu. De son côté, Pierre Lissier va vivre ses premiers émois envers la nièce de la victime.

Pas de grand suspens dans cette histoire où l’on devine assez facilement le meurtrier. Mais on sait bien que l’intrigue n’est jamais le principal atout des récits fasciculaires de cette taille.

Un peu d’action, un peu d’aventures, voilà les composantes principales de cet épisode qui, s’il n’est pas désagréable à lire, n’est pas le plus exaltant. 

Une nouvelle fois Pierre Lissier se retrouve en mauvaise posture, ce qui commence à faire beaucoup pour un simple secrétaire. Mais, heureusement, Benoit est toujours là pour veiller sur lui.

Au final, un épisode sympathique à lire, mais qui manque d’un peu de sel (peut-être bien d’un peu du Mondain, l’ennemi juré du commissaire)...

Le numéro 32 s'est évadé

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La littérature populaire fasciculaire compte un nombre incalculable de séries entre le début et la moitié du XXe siècle.

Dans le seul genre policier, une liste exhaustive serait probablement impossible.

Parmi cette ribambelle de textes issus de plumes d’auteurs aguerris, parfois devenus culte ou bien plus obscurs, voire totalement impossibles à identifier, on trouvera deux séries à la même dénomination : « Les enquêtes du commissaire Benoit ».

Si l’une est développée par Gérard Dixe (un pseudonyme de Henry Musnik) et Jean d’Arjanse, aux éditions E.R.F, sous la forme de fascicules de 16 pages avec une couverture monochrome à une date non indiquée, une autre, composée de 14 titres de 12 pages, double colonne, (récit d’environ 10 000 mots) est publiée à partir de 1946 par les éditions Nicéa et écrite par les énigmatiques Robert et Jean Grimey. À noter que les couvertures sont ici en couleurs et signées Jean Pape.

Qui sont ces auteurs ? Des frères ? Un ROBERT et un autre qui s’appelle Jean Grimey (Robert est écrit en majuscule sur les couvertures, laissant supputer à un pseudonyme à part entière, mais écrit en minuscule à l’intérieur du fascicule, laissant penser qu’il s’agit du prénom). On ne le sait pas à l’heure actuelle.

Quant au commissaire Benoit, il s’agit d’un policier qui officie avec ses fidèles lieutenants : les inspecteurs Rousseleau et Tolday et son jeune secrétaire Pierre Lissier.

« Le numéro 32 s’est évadé » est la 10e enquête de Benoit.

LE NUMÉRO 32 S’EST ÉVADÉ

Le commissaire BENOIT vient de boucler une enquête qui l’a mené à Alger.

En se promenant dans les rues dans l’attente de son vol de retour, il croise son fidèle Rousseleau. L’inspecteur est en voyage de noces dans la ville avec son épouse Hélène.

BENOIT, heureux de les rencontrer, les invite au restaurant, puis au « Terrier », une boîte de nuit à la mode.

Alors que BENOIT s’apprête à quitter ses amis pour se reposer avant son départ, des cris retentissent dans l’établissement, une jeune femme est retrouvée assassinée dans un cabinet particulier du « Terrier »…

Encore à Alger à la suite d’une enquête, Benoit rencontre par hasard dans la rue l’inspecteur Rousseleau en voyage de noces avec sa femme Hélène. Il les amène manger puis dans une boîte de nuit à la mode. Au moment où le trio s’apprête à quitter l’établissement, des cris perçants se font entendre. Une jeune femme a été retrouvée morte dans un salon particulier de l’établissement. L’homme qui accompagnait la défunte s’enfuit, Benoit se lance à sa poursuite.

Quand l’individu saute dans une voiture, le commissaire Benoit monte dans un taxi, rejoint par les époux Rousseleau et la course-poursuite s’engage.

Mais, ensuite le fuyard provoque un accident dans lequel les policiers et la jeune épouse sont blessés...

On retrouve donc le commissaire Benoit, Rousseleau et Lissier (Tolday et Bidart sont occupés ailleurs). Cette fois-ci, les policiers se trouvent à Alger et vont devoir retrouver l’homme qui a assassiné l’épouse d’un docteur dans une boîte de nuit, mais qui est aussi responsable de l’accident de voiture qui a failli coûter la vie à la femme de Rousseleau.

Dans le même temps, ils devront mettre la main sur un homme qui s’est évadé de prison (de la cellule n° 32), en France, mais qui, ayant été vu à Marseille, a probablement pris le bateau pour l’Algérie.

Les recettes de la série sont respectées avec de l’action plus que de la réflexion, des rebondissements, du danger... L’ombre du Mondain, cet avocat gangster, continue de planer sur la série, malgré le fait qu’il soit incarcéré. Lissier, continue à tomber dans des traquenards et à risquer sa vie et Benoit parvient, comme toujours à boucler son enquête en 11 500 mots.

Pas grand-chose de plus à dire sur cet épisode en particulier si ce n’est que le cadre d’Alger n’est pas assez mis en avant (mais le format court n’est pas propice à cela).

L’enquête se lit plaisamment bien que les facilités de l’intrigue sont plus présentes que de coutumes.

Au final, une enquête agréable à suivre dans la veine des précédentes bien qu’un peu en deçà tout de même.

La pierre maléfique

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« La pierre maléfique » est le 9e épisode d’une série publiée, à l’origine, en 1946, par les éditions Nicéa, sous la forme de 14 fascicules de 12 pages, double colonne, contenant des récits d’environ 10 000 mots : « Les enquêtes du commissaire Benoit ».

Les auteurs, Jean Grimey et Robert Grimey (ou juste ROBERT, comme stipulé sur les couvertures).

Ces auteurs sont de nos jours inconnus ce qui laisse penser qu’il s’agit là de pseudonymes.

À noter qu’il ne faut pas confondre cette série avec une autre, du même nom, probablement publiée à la même époque, mais aux éditions E.R.F. (avec des couvertures monochromes) et développée par Gérard Dixe (pseudonyme de Henry Musnik) et Jean d’Arjanse.

LA PIERRE MALÉFIQUE

Le Dal-Er-Kohnor, un exceptionnel diamant indien, a la réputation de porter malheur à ses propriétaires.

C’est une nouvelle fois le cas puisque le collectionneur qui la possédait a été assassiné et la pierre maléfique a disparu.

Le commissaire BENOIT, chargé de l’enquête, ne tarde pas à diriger ses soupçons vers le chauffeur du défunt, le seul membre de la domesticité à avoir été embauché récemment et à être d’origine hindoue.

Persuadés que le voleur va chercher à ramener le bijou dans son pays, le commissaire BENOIT et ses deux plus fidèles collaborateurs s’embarquent sur le premier paquebot en partance pour l’Inde…

Un collectionneur de pierres précieuses a été assassiné. Son plus beau joyau, un magnifique diamant acheté en Inde a disparu. Le joyau est réputé pour porter malheur à ses propriétaires qui meurent les uns après les autres.

Le commissaire Benoit ne tarde par à trouver une piste et un suspect, le chauffeur du défunt. Ce dernier a été embauché récemment et se trouve être d’origine indienne.

Tout semble démontrer que la pierre a été volée par une secte hindoue afin de la restituer à Khâli (ainsi écrit dans le texte original, probablement en hommage anticipé au grand catcheur ;-).

Aussi, Benoit et ses hommes décident-ils de s’embarquer sur le premier paquebot naviguant vers l’Inde, persuadés d’y retrouver l’assassin voleur...

Les frères Grimey [si tant est que Robert soit bien un Grimey et non juste ROBERT] s’attaquent à un sujet qui a souvent été usité à l’époque : les sectes d’Indes.

Effectivement, entre désir d’exotisme et besoin de mystère, ces colonies anglaises ont souvent été au centre des récits policiers ou d’aventures de l’époque, et ce depuis déjà plusieurs décennies.

Ainsi, dans la littérature populaire policière fasciculaire des années 1920 à 1960, on trouve régulièrement des héros confrontés à ces satanées et sanguinaires sectes. [Claude Prince dans « La main coupée », l’inspecteur Legrain dans « Le diamant tragique », Iko Terouka... M. Dupont détective...]

Si les sectes ne sont pas toujours au cœur de l’intrigue, la colonie, elle, a souvent été contrée de mystère pour ces auteurs.

C’est donc désormais au tour du commissaire Benoit et de ses acolytes de se frotter à l’une de ces terribles sectes. Et pour ce faire, le trio [Benoit, Lissier, Tolday] va à nouveau s’embarquer sur un paquebot [qui réussit si mal à Pierre Lissier].

On retrouvera ici tous les ingrédients de la série : action, rebondissements, un peu d’humour, de philanthropie... et une plume adaptée au format ainsi qu’une certaine maîtrise dans la narration de récit concis.

Mais l’épisode rappelle, par plusieurs côtés, les premiers de la série [« L’inconnu de la rue de Tourlaque » et « On a volé la bombe atomique »], bien sûr du fait du voyage en bateau, mais également à cause des mésaventures du jeune Lissier.

Malheureusement, dans la version originale, on retrouve également les quelques coquilles d’impression déjà aperçues dans l’épisode précédent alors qu’elles faisaient heureusement défaut jusqu’alors.

Si l’intrigue n’est pas très intéressante du fait qu’elle a depuis et avant beaucoup été utilisée, elle ne reste que prétexte aux aventures du commissaire Benoit qui se montre toujours aussi courageux, perspicace et humain.

Tolday, une nouvelle fois, demeure très en retrait et l’inspecteur Bidart, comme de juste, est raillé par son supérieur [ce qui finirait par le rendre attachant].

Au final, un épisode dans la lignée des précédents et qui ne souffre pas trop de l’absence du génie du mal qu’était Le Mondain, l’ennemi juré du commissaire Benoit.

28 juin 2020

Horrible vengeance

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Charles Richebourg est un de ces nombreux auteurs énigmatiques de la littérature populaire fasciculaire des deux premiers tiers du XXe siècle.

Il œuvra principalement chez l’éditeur Ferenczi, dans la première moitié des années 50 et la grande majorité de sa production se dirigea vers la collection « Mon Roman Policier » pour laquelle il livra plus de 40 enquêtes du commissaire Odilon Quentin. Mais il écrivit également quelques titres pour la collection « Mon Roman d’Aventures » (et une poignée d’autres sous ce pseudonyme ou celui de Désiré Charlus).

Hormis les textes qu’il a laissés, on ne sait rien de lui et c’est fort dommage, car sa production témoigne du talent de cet auteur et de sa parfaite maîtrise des formats courts.

« Horrible vengeance » est un récit initialement paru dans la collection « Mon Roman d’Aventures » en 1955.

HORRIBLE VENGEANCE

Dans un rade de Bordeaux, Joe et Karl, deux malfrats de bas étage, s’apprêtent à mettre la main sur une carte désignant l’emplacement d’un gisement d’or en Afrique.

Son propriétaire, un grec agonisant, est rentré en France pour confier le plan à sa jeune nièce qu’il n’a jamais rencontrée, mais avec qui il entretient une relation épistolaire de longue date.

Après avoir étranglé le moribond et subtilisé le document, le duo pense, à tort, que l’affaire est dans le sac…

Deux malfrats sont missionnés pour mettre la main sur le plan d’un gisement d’or en Afrique. Pour cela, il suffit de tuer un vieux grec rentré en France alors qu’il est en train d’agoniser pour remettre ce plan à sa nièce, sa seule famille.

Une fois le plan en poche, les deux bandits se rendent en Espagne puis en Afrique pour rencontrer le donneur d’ordre...

Dans la même collection d’origine, je vous ai déjà parlé d’un triptyque « Le bourreau a disparu »/« Les deux yeux de saphir »/« Les Enfants du Dragon », qui ne forment qu’une seule histoire.

On retrouve ici un peu le même schéma, mais sur un seul titre.

En clair, pas de héros, les personnages centraux sont de minables malfaiteurs. Ils vont chercher à s’approprier le bien d’autrui et, ainsi, s’exposer à une horrible vengeance.

Dans les deux exemples, le récit est traité avec une certaine légèreté, et l’on y retrouve un humour, habituel chez Richebourg (notamment dans les descriptions de personnages) qui va terriblement contraster avec une fin violente et sanglante...

Bien évidemment, en à peine 9 700 mots, on comprend que l’intrigue sera assez simple et la narration linéaire. Pas de suspens, donc, plutôt de l’action, même si le titre n’est pas ultra dynamique de ce point de vue

Non, le principal intérêt réside, dans la fin, bien évidemment, mais surtout, pour le reste du texte, dans le talent de son auteur.

Effectivement, Charles Richebourg fait une nouvelle fois montre d’une réelle plume, drôle, fine, au service d’un bon petit moment de lecture. Il n’hésite jamais à être drôle, et léger, et ne cherche jamais à s’engluer dans la prose ampoulée – comme il était l’usage quelques années auparavant – ni trop dans un langage argotique – comme il commence à être la coutume au début des années 50.

Son style est juste, ses personnages principaux bien dépeints et ce, malgré la concision inhérente à ce format très court et l’histoire, si elle ne peut rivaliser avec les grands thrillers, n’est pas inintéressante.

Tout comme le triptyque, le besoin d’exotisme du lecteur pousse l’auteur à surfer sur les mystères du monde (l’Orient dans la trilogie, l’Afrique, ici).

Et puis, il y a cette fin qui donne le titre au récit.

Au final, Richebourg continue à démontrer qu’il avait un certain talent. Dommage qu’on ne sache pas qui se cachait derrière ce pseudonyme.

Vendetta sicilienne

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« Vendetta sicilienne » est initialement paru en 1957 sous la forme d’un fascicule de 32 pages dans la collection « Mon Roman d’Aventures » des éditions Ferenczi.

Il est signé Désiré Charlus.

La seule chose que l’on sache de Désiré Charlus, c’est qu’il cache le même auteur que le pseudonyme Charles Richebourg. Et tout ce que l’on sait de Charles Richebourg, outre qu’il avait également pour pseudonyme Désiré Charlus, c’est qu’il possédait une belle plume, une excellente maîtrise des formats courts (il a principalement voué sa plume à des fascicules 32 pages... et quelques fascicules de 64 pages), qu’il maniait bien la langue française et l’humour et, surtout, qu’il a écrit 46 excellentes enquêtes du commissaire Odilon Quentin.

VENDETTA SICILIENNE

Le vieux Martino Morgani a été condamné au cachot après que Luigi Locatello, neveu d’un juge, et Benedetto Campestre lui ont tendu un piège pour le faire accuser de vol.

Felipe Morgani, le fils du détenu, décide de prendre le maquis afin de venger son père dans la pure tradition de la Vendetta sicilienne…

Pour de sombres histoires de bornages de terrain, deux hommes fomentent un plan pour faire accuser et arrêter un troisième pour vol.

Mais le fils de ce dernier décide de venger son père en assassinant les deux personnes responsables de sa déchéance. Il prend alors le maquis, arme au poing...

Signé Désiré Charlus, ce petit récit conte donc la vendetta d’un fils pour venger l’honneur de son père et le décès de sa mère, morte par le chagrin.

Intrigue simple et linéaire, donc, totalement adaptée au format du fascicule 32 pages.

La vengeance semble être au cœur de la plupart des écrits de Charles Richebourg destinés à la collection d’aventures, du moins est-ce le sujet central des trois textes issus de cette collection que je viens de lire (« Les Enfants du Dragon », « Horrible vengeance » et celui-ci).

Et, le moins que l’on puisse dire est que la vengeance n’est jamais bon enfant, ce qui est un doux euphémisme.

Ces textes laissent imaginer un penchant sadique à l’auteur que l’on n’entrevoyait pas du tout dans la série Odilon Quentin.

Il faut dire que l’avantage d’une telle vengeance définitive, c’est qu’elle permet de couper court à n’importe quelle histoire de façon brutale sans que l’on ait à y redire (ce qui, là encore, convient tout à fait à la concision inhérente au format).

Mais, contrairement aux deux autres textes, signés, eux, Charles Richebourg, ici, l’humour est totalement banni. Est-ce le changement de pseudonyme qui explique le changement de style ? Peut-être.

On retrouve donc des personnages classiques : les traîtres pleutres, le vengeur déterminé, la population qui penche vers le héros et la gendarmerie qui se trouve entre les deux.

Un récit pas désagréable à lire bien qu’il manque la légère note d’humour que met généralement l’auteur dans ses textes et qui vaut principalement pour sa fin abrupte et peut-être morale...

Au final, moins enlevé et léger que les textes précédents de l’auteur avec une plume un peu moins alerte, mais un agréable petit moment de lecture tout de même.

Le coup de Trafalgar

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Continuons notre découverte de la plume de l’énigmatique Charles Richebourg, un auteur de littérature populaire fasciculaire qui fut actif au milieu des années 50 et à qui l’on doit les excellentes enquêtes du commissaire Odilon Quentin dont il avait abreuvé la collection « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi vers 1955.

À cette occasion, les lecteurs avaient pu se rendre compte de la qualité de plume de l’auteur ainsi que de sa maîtrise du format fasciculaire 32 pages, un format d’une concision pas évidente à dompter.

Mais Charles Richebourg, dont on ne connaît rien si ce n’est un autre de ses pseudonymes, Désiré Charlus, a également écrit quelques titres pour l’autre collection de l’époque des éditions Ferenczi : « Mon Roman d’Aventures ».

Je vous ai déjà parlé de quelques-uns de ces titres.

En voici un autre :

LE COUP DE TRAFALGAR

Fini le temps des arnaques pour Sam Higgins ! Multirécidiviste, il a été incarcéré de nombreuses années.

Alors, Sam Higgins a décidé, depuis sa sortie de prison, d’être honnête… Il est devenu « tipster », un donneur de tuyaux pour des courses hippiques. Sa très bonne réputation est due à une technique toute personnelle.

À tel point que Lord Ronald, qui grâce au pronostiqueur a gagné une grosse somme à Epsom, pour le remercier veut l’embaucher pour jouer son rôle.

Le riche oncle du notable menace de le déshériter s’il refuse l’invitation de la comtesse Fleury de Valoiseau à passer une quinzaine dans son manoir en Bretagne. Pas de doute, le tonton cherche à le marier avec cette dame qu’il ne connaît pas et qu’il ne désire pas rencontrer, ayant prévu de plonger dans les bras d’une belle danseuse de ses relations.

Sam Higgins finit par accepter de rendre service à Lord Ronald sans se douter que cet événement va l’inciter à renouer avec son passé bien plus qu’il ne l’aurait pensé…

Sam Higgins est un ancien arnaqueur qui vient de sortir pour la énième fois de prison. Il faut dire que si ses escroqueries sont plutôt habiles, il finit toujours par se faire pincer.

Aussi a-t-il décidé de rentrer dans le rang et de se faire honnête. Il est devenu tipster, un donneur de tuyaux lors des diverses courses hippiques. Il a une technique infaillible pour en sortir toujours gagnant et conserver une bonne réputation.

D’ailleurs, un Lord a qui il vient de faire gagner une grosse somme, pour le remercier, décide de le payer pour jouer son rôle et se rendre à une invitation en Bretagne chez une vague comtesse avec laquelle son riche oncle veut la marier. Son but, tout faire pour dégoûter la prétendante.

Sam Higgins débarque donc en Bretagne pour faire son job, mais, très vite, hors de son pays, son naturel revient vite au galop...

Ahhh, qu’il est plaisant de retrouver Charles Richebourg dans son domaine de prédilection : le récit léger mettant en scène des petites gens qui même si elles sont malhonnêtes, n’en sont pas moins des personnes sympathiques et attachantes.

Effectivement, si les quelques récits précédents ayant pour personnages de vraies crapules étaient agréables à lire, c’est vraiment dans cette ambiance « bon enfant » que le talent et l’humour de l’auteur sont les plus performants.

D’ailleurs, en termes d’ambiance, de légèreté, d’humour et même de thème, « Le coup de Trafalgar » serait plus à rapprocher de « 30 rouge pair, passe ».

Ici, pas de pickpockets, mais un arnaqueur, Sam Higgins. Et si l’on se souvient de l’intrigue du second, on en retrouvera ici un peu de l’aspect sentimental.

Mais le point commun et principal de ces récits plus léger est à trouver dans les descriptions des divers personnages, pas tant des descriptions physiques, mais plus un léger cynisme sur les comportements, et les attitudes.

Dans « Le coup de Trafalgar » pas réellement de méchant, ni même de personnage détestable, ce qui rend le récit léger et permet de distiller légèrement un humour de fond, comme l’on conterait une bonne plaisanterie.

D’autant le destin du personnage central est lui aussi taquin et que les coïncidences renforcent cet aspect badin de l’ensemble.

Pas de terribles vengeances, donc, mais plutôt d’agréables coups du sort qui s’ils sont moins frappants que les chutes des récits des truands, donnent tout de même plus le sourire.

Au final, un très bon petit récit dont la légèreté et l’humour font passer un excellent moment.