Loto Édition

12 mai 2019

Tu vas trinquer San-Antonio

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30ème opus de San-Antonio, ça en fait déjà d'éclusés, mais y'en a encore bien plus à dévorer.

« Tu vas trinquer San-Antonio » est la suite directe de l'épisode précédent, « Du poulet au menu ».

On avait laissé le terrible trio, San-Antonio, Pinaud, Bérurier, sur le pont du paquebot les amenant aux USA, alors qu'ils étaient parvenus à retrouver des documents secrets volés et à se débarrasser de l'espionne qui les transportait.

On les retrouve donc sur le pont, dans la rade de New-York.

Tu vas trinquer San-Antonio :

Deux ivrognes et un clébard, voilà tout ce dont je dispose pour démarrer mon enquête aux U.S.A.

Les deux poivrots ont pour noms Bérurier et Pinaud et le chien est un gentil boxer, baveur à souhait§

L'Empire State Building aux pieds de Béru, il faut voir ça!

Mais je vais en voir bien d'autres au milieu de la pègre new yorkaise.

Mes acolytes boivent, mais c'est naturellement votre bon San-Antonio qui va trinquer.

Alors qu'ils attendent le retour du paquebot en France, n'ayant pas les permissions nécessaires pour mettre pied en terre américaine, les trois policiers reçoivent la visite d'un agent du FBI qui leur annonce que le service américain s'est mis d'accord avec son homologue français pour une collaboration consistant à retrouver, aux USA, la personne devant réceptionner les fameux documents.

Le trio descend donc à terre, accompagné du chien dans le collier duquel les documents avaient été retrouvés et ils s'installent à l'hôtel.

Un petit tour, le temps de se rendre compte qu'ils sont filés et quand les policiers rentrent à l'hôtel, c'est pour retrouver un capharnaüm et un chien crevé dans la baignoire...

Frédéric Dard offre donc une courte suite à son précédent roman (les deux mis bout à bout n'auraient déjà pas constitué un pavé) et nous conte les mésaventures de ses pieds nickelés au pays des buldinjes.

L'atout principal du biniou demeure la présence des trois roues du triporteur même si SanA, comme souvent, mais pour une fois, forcé, va faire cavalier seul pendant une bonne partie de l'histoire.

Si le début est tout aussi savoureux que le précédente opus, le récit patine un peu en court de route par la faute d'une intrigue un brin trop rocambolesque.

L'humour est parfois un peu trop forcé, les apartés également (ce qui est rare chez Frédéric Dard, pas les apartés, mais le fait que l'humour soit forcé) même si certaines assurent quelques sourires, voire, des rires.

On a malheureusement connu Frédéric Dard et San-Antonio plus à l'aises par le passé.

Certes, le revirement final offre un rire supplémentaire et c'est toujours bien de terminer sa lecture sur une note joyeuse et l'on en arrive à se dire : « Sacré San-Antonio ».

Heureusement, l'ensemble étant très court (32 000 mots contre 38 000 pour le précédent), cela évite certains écueils et conserve le plaisir de lecture.

Au final, loin d'être le meilleur épisode de la série, « Tu vas trinquer San-Antonio » vaut surtout pour son statut de « suite » de « Du poulet au menu », un procédé que Frédéric Dard, n'a, je crois, utilisé qu'une seule fois dans sa saga. Mais il en demeure tout de même d'autant plus plaisant à lire qu'il s'avère très court. 


Darling Dollar

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Et une découverte de plus, une !

Raf Vallet, sous ce pseudonyme qui ne paie pas de mine, se cache le journaliste et romancier Jean Laborde.

Encore une fois, je parle de découverte alors que, sans le savoir, je connaissais déjà un peu l’œuvre de l’auteur à travers les adaptations cinématographiques de ses œuvres.

Effectivement, « Le Pacha » avec Jean Gabin, est tiré de « Pouce ! » signé Jean Delion (un pseudonyme de l’auteur). « Mort d’un pourri » avec Alain Delon, est lui tiré d’un livre éponyme signé Raf Vallet.

Mais c’est surtout « Adieu poulet ! » avec Lino Ventura et Patrick Dewaere qui est un de mes films préférés des deux acteurs et que j’ai vu de nombreuses fois, qui me permit de faire connaissance avec le monde de Vallet.

On notera également que l’auteur a participé au scénario et aux dialogues de « Peur sur la ville » avec Jean-Paul Belmondo et le trop sous-estimé Charles Denner.

Il était donc temps de faire connaissance directement avec la plume de l’auteur et, n’ayant pas trouvé « Adieu Poulet ! », c’est avec « Darling Dollar » que je fis le premier pas.

Darling Dollar :

Cinq nababs pourris de fric se rejoignent sur le bateau de l’un d’eux, le Darling Dollar, pour flamber au poker. Moi, Antoine Marucci, escroc légendaire et fauché, figure de proue de l’arnaque, je décide d’entrer dans la partie. Mais mon but final, c’est de faire trembler Wall Street. Comme en 1929. J’y réussis. Oui, oui ! Mais ensuite, ça se gâte, ça tire de tous les côtés, je marche sur les cadavres... Misère de misère, comme me disait ma bonne maman !

Ahhhh !!!! quel étrange roman que celui-ci ! Étrange car, bien que regroupant beaucoup des éléments de films ou de romans de casse, le récit n’en demeure pas moins assez particulier.

Narrée à la première personne, des yeux d’Antoine Marucci, escroc de haute voltige qui réussit à la fois les coups les plus fumants et à toujours être fauché, l’histoire se présente comme le plan le plus machiavélique et le coup le plus enrichissant de toute la carrière du brigand.

Plus tout jeune, mais toujours aussi charmant, à l’intelligence et la psychologie certaine, sachant s’appuyer sur des collaborateurs fidèles et sur son jeune frère, Antoine Marucci décide de prendre en otage 5 hommes parmi les plus riches du monde qui se réunissent sur le yacht de l’un d’eux afin de faire un voyage prétexte à de longues parties de poker.

Faisant en sorte d’infiltrer le personnel de bord, en s’assurant que certains membres d’origine manquent à l’appel, mais sans user de violence, Antoine Marucci s’apprête à prendre possession des lieux, à prendre en otages les participants, non pas pour les voler, mais, plus finement, machiavéliquement, pour les inciter, via des ventes massives et rapides d’actions de certaines de leurs entreprises, à influer sur les cours de la bourse afin de s’enrichir tout aussi rapidement en faisant des placements judicieux.

Raf Vallet nous convie donc à une sorte de « Ocean Eleven » sur l’eau avant l’heure avec une construction similaire.

D’abord, la phase de préparation, avec l’éviction de certains membres du personnel pour les remplacer par des hommes à lui.

Ensuite, la phase d’action, en prenant possession des lieux.

Enfin, la phase de réflexion, avec la mise en place du plan.

Si une telle structure permet de faire monter la sauce dans un film, de par le rythme progressif et l’accumulation de plans structurés (voire partagés), en littérature, elle a de quoi faire peur.

Effectivement, le procédé est assez casse-gueule et peut vite se révéler rédhibitoire (avec un h quelque part).

L’auteur évite l’écueil de justesse, le début du roman étant quelque peu fastidieux.

Heureusement, le passage est suffisamment court et la narration et l’humour assez maîtrisés pour faire avaler la pilule.

La suite, également, avait de quoi faire peur. Organiser, sur le papier, une arnaque à la bourse n’est pas l’acte le plus facile à digérer dans l’encre.

Pourtant, là aussi, l’auteur remplit sa mission et parvient à rendre l’ensemble agréable à suivre.

Et c’est principalement le détachement du héros et l’humour de l’auteur qui tiennent ce roman à bout de bras.

Car, si Antoine Marucci est intelligent, il est surtout décomplexé, nonchalant, joueur, un brin lymphatique, et apprécie autant qu’on l’aime et qu’on le déteste.

Puis il y a les seconds rôles. Le jeune couple de ses amis dont lui est un queutard fini et elle une jalouse invétérée (mais les apparences sont souvent trompeuses). Les nababs, qui, chacun, ont leur personnalité. Si la plupart sont en retrait, l’un d’eux, ayant déjà eu affaire à Marucci, s’avère également être un adversaire à la fois coriace et imprévisible.

Si la mise en place du récit et des personnages est un peu moins exaltante que le reste, du fait, notamment, des nombreux personnages, l’auteur réduit vite la foule à un triumvirat entre Marucci, l’un des Nababs et un troisième personnage que je vous laisse découvrir à la lecture.

Car, malgré une action qui semble linéaire, l’auteur n’oublie pas d’instiller également quelques rebondissements, révélations, de l’action, quelques critiques sociétales et nous offre un final que ne renierait aucun bon film d’arnaque.

Au final, un bon livre qui, pourtant, par son titre et sa mise en place ne payait pas de mine, mais qui remporte très vite l’adhésion grâce à un style, des personnages et un rythme très plaisants.

Les brouillards de la Butte

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Patrick Pécherot est un auteur et journaliste très proche des milieux syndicaux, né en 1953.

Ces rares informations (comme toujours, je m’intéresse à l’œuvre d’un auteur et non à sa vie sauf si la seconde peut permettre d’expliquer la première) afin de mieux cerner le récit en question.

Car son roman « Les brouillards de la Butte », premier Tome de « La trilogie Parisienne », s’ancre historiquement dans l’immédiat après première guerre mondiale et plus précisément sur l’affaire des séquestres et reventes d’usines de sidérurgie allemandes dans l’est de la France.

Les brouillards de la Butte :

Quatre copains de Montmartre, vaguement anars, vivant de petits boulots, s’associent pour cambrioler les maisons des bourgeois. Une nuit, ils dévalisent la maison du comte de Klercq et trouvent dans le coffre fort, en lieu et place de billets, un cadavre.

Le jeune héros de l’histoire, appelons-le Pipette, puisque c’est son surnom, est monté à la capitale dans le but de devenir poète. Pour survivre, il fait divers boulots, dont celui, moins recommandable que les autres, de cambrioleur en bande organisée.

Avec des amis de misère, il pénètre dans les maisons et embarque objets et coffre-fort (grâce à l’un d’entre eux qui est colosse de cirque).

Mais un soir, dans un coffre-fort embarqué depuis la demeure d’un notable, au lieu de trésor, c’est un cadavre que la bande découvre. De là, l’idée de certains, de faire chanter le propriétaire, sauf que les choses ne vont pas se dérouler comme prévu...

Patrick Pécherot, dans ce roman, comme les deux autres faisant partie de la Trilogie Parisienne (« Les brouillards de la Butte », « Belleville Barcelone », « Boulevard des branques ») cherche à mélanger plusieurs choses qui comptent à ses yeux.

D’abord, il a la volonté d’inventer la jeunesse de Nestor Burma, car, on le découvre en cours de lecture, le fameux Pipette n’est autre qu’une transposition dans le passé du personnage de Léo Malet.

Effectivement, fin connaisseur de l’œuvre de Malet, Patrick Pécherot incorpore, dans son histoire et dans son héros, des informations biographiques de Nestor Burma que Léo Malet a disséminé dans son œuvre.

Ainsi, Pipette est né à Montpellier, est monté à Paris dans le milieu des années 20, durant son adolescence (Burma est né le 7 mars 1909). Il fréquente les lieux emblématiques du Tout-Paris et prend fréquemment des coups sur la tronche... sans compter la fausse identité que prend Pipette et que je vous laisse découvrir en lisant ce roman.

Ensuite, l’auteur cherche à inscrire son récit dans une trame historique. Ici, l’affaire des séquestres d’usines allemandes après la Première Guerre mondiale.

Enfin, Pécherot, probablement pour faire plus vrai, ou, plus sûrement, pour se faire plaisir, incorpore dans son récit des lieux et des personnages ayant existé. Ainsi, André Breton, le poète, prend une part importante à ce récit et même au suivant. Mais les mentions aux acteurs, actrices, chanteurs, chanteuses et autres personnalités de l’époque sont nombreuses.

Et c’est peut-être cette triple direction du roman (et de la trilogie) qui en fait à la fois l’atout et le défaut.

Car, s’il est sympathique, notamment pour les lecteurs de Nestor Burma, de se faire une idée de la jeunesse de leur héros, même à travers les yeux d’un écrivain autre que Léo Malet, s’il est tout aussi agréable que des personnages ayant existé interviennent, que les personnages fréquentent des lieux mythiques et s’il est incontestablement intéressant et enrichissant que le roman informe et dénonce un évènement faisant partie de l’Histoire avec un grand « H », chacune des trois directions nuit aux deux autres tant on a l’impression que l’auteur refuse de choisir la véritable ligne directrice et que chaque point de vue semble vouloir tirer l’intérêt à lui au détriment des autres.

Du coup, du fait de la volonté d’introduire les personnages ayant participé à l’évènement historique (qu’ils soient fictifs ou non), et de vouloir faire participer des célébrités et des lieux de l’époque, l’auteur multiplie les personnages laissant peu de chance au lecteur de les maîtriser tous d’autant que les héros, à eux seuls, sont déjà nombreux (au moins quatre, plus André Breton). Difficile de rester concentré sur une histoire quand on doit faire un effort pour replacer tel ou tel personnage.

L’auteur, me semble-t-il, aurait dû choisir entre les deux volontés (célébrités ou personnages historiques).

Mais la plume de l’auteur n’est pas exempte de défauts. Non pas qu’elle soit terne, dénuée d’humour et irrespectueuse de l’univers de Nestor Burma, au contraire. C’est justement qu’elle est trop respectueuse du matériau d’origine.

Seulement, Pécherot occulte le fait que Léo Malet, écrivant à la première personne, ancre son style et son personnage dans le présent (même s’il écrit au passé simple). Que l’auteur use d’un langage argotique alors qu’il est déjà inscrit dans le langage écrit de l’immédiat après seconde guerre mondiale n’a alors rien d’étonnant.

Mais que Pécherot en fasse autant alors que son histoire se déroule 20 ans plus tôt, voilà qui me gêne un peu. Ceci dit, cela me gêne, car je suis habitué à lire des textes policiers datant de la première moitié du XXe siècle et que je sais très bien que les auteurs des années 1920-1930 n’utilisaient alors pas encore l’argot en littérature (même si celui-ci était déjà usité dans les rues depuis fort longtemps). Ce n’est pas avant le début des années 1940 que des auteurs s’y essayent.

Cependant, l’ensemble demeure intéressant, assez plaisant à lire, mais aurait gagné en qualité, à mon sens, en gommant au moins l’une des trois directions prises par l’auteur.

Au final, un premier opus plutôt sympathique, quoiqu’un peu confus à suivre de par la multiplication des personnages et des lieux et la volonté de relater un fait historique à travers la création de l’histoire de Nestor Burma avant qu’il ne devienne le détective de Léo Malet.

L’œil de la caméra

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Marcel Priollet, auteur majeur de la littérature populaire, est un écrivain que vous ne pouvez plus, désormais, ignorer, tant je vous en parle régulièrement.

Si l’homme a alimenté de sa plume prolifique, les collections de romans sentimentaux et d’aventures, il n’en a pas oublié, les collections policières qu’il abreuva de nombreux textes signé de ses différents pseudonymes (Henry de Trémières, R.M. de Nizerolles, M.R. Noll, René Valbreuse...) ou de son nom.

Parmi cette grande production, il est à noter deux séries policières avérées (je ne parle pas des titres reprenant un même personnage, mais étant disséminés au sein d’une même collection parmi d’autres titres d’autres auteurs) : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs » toutes deux parues aux éditions Tallandier.

Mais l’auteur a également fortement alimenté les nombreuses collections des éditions Ferenczi. C’est le cas avec « L’œil de la caméra » un titre paru dans la collection « Police » des éditions Ferenczi en 1941 (si tant est qu’il ne soit pas une réédition d’un autre titre).

L’ŒIL DE LA CAMÉRA

Visionnant un documentaire sur le lancement d’un navire projeté dans une salle de cinéma, le célèbre détective Ramsey SUCCESS est témoin, par écran interposé, d’un larcin commis par un pickpocket dans la poche d’un individu.

Grâce à sa perspicacité et avec l’aide d’une vieille et horrible Chinoise, il va réussir à identifier la victime.

L’homme, un orfèvre, raconte à l’enquêteur que le bijou dérobé, de grande valeur, appartenait à un client, et que son remboursement lui a causé sa ruine et son malheur.

Ramsey SUCCESS lui promet, alors, de retrouver l’objet et son voleur…

Ramsey Success, l’un des plus célèbres détectives américains, débarque dans une salle de cinéma afin de louer une séance pour lui tout seul. Il demande à ce qu’on lui projette un documentaire datant de quelques semaines sur le lancement d’un navire.

Sur l’écran, il voit un pickpocket dérober un objet dans la poche d’un individu portant une fillette sur ses épaules.

Grâce à des arrêts sur image, il parvient à se faire une idée du voleur et, à l’aide d’une vieille Chinoise capable de lire sur les lèvres, il obtient assez de renseignements pour retrouver l’homme lésé, un orfèvre.

Celui-ci lui apprend qu’il détenait un objet d’une forte valeur qu’il venait juste de faire expertiser pour le compte d’un client avant d’amener sa fille voir le bateau.

Obligé de rembourser le client, il a dû vendre son échoppe et ses meubles et est désormais ruiné.

Le détective lui promet de retrouver le voleur et l’objet et va se lancer dans son enquête.

Le format d’origine du texte est un fascicule 64 pages agrafées contenant environ 18 500 mots.

Nous avons déjà vu, dans les deux séries évoquées, que l’auteur maîtrise parfaitement ce format (plus que le format fasciculaire 32 pages d’environ 10 000 mots) et l’on s’attend à ce qu’il en soit encore le cas avec ce récit.

Pourtant, force est de constater certaines lacunes dans le récit.

La première est toute simple, basique, même, mais pourtant primordiale : comment et pourquoi le détective s’est-il intéressé à ce vol.

Puisque ce n’est pas le volé qui l’a embauché pour cela (étant donné qu’il le retrouve a posteriori), on est en droit de se demander ce qui a poussé un détective aussi célèbre et aussi occupé, à s’intéresser à un simple vol. Déjà, il a fallu qu’il en soit mis au courant. A-t-il vu le documentaire pour son plaisir et son œil expérimenté a de suite repéré le larcin ? Quelqu’un lui en a-t-il parlé ? Nul ne le sait puisque rien n’est dit à ce sujet.

Ensuite, tout un chacun se serait dit que le vol est anodin. Aucune plainte n’ayant été portée, le fait de voir quelqu’un glisser sa main dans la poche d’un autre individu ne suffit pas à mettre en place un tel déploiement d’énergie et de moyens (il loue la salle pour lui tout seul à deux reprises, fait appel à une tierce personne pour lire sur les lèvres) pour un larcin qui aurait pu n’avoir pour butin qu’une simple blague à tabac.

Mais, peu importe, Ramsey Success a décidé de résoudre ce crime anodin et il va s’en donner les moyens.

En presque 20 000 mots, Marcel Priollet nous avait habitués à mieux ciseler son intrigue à mieux cadenasser son récit et, surtout, à nous proposer une histoire un peu plus complexe que celle-ci et des personnages plus étoffés (voir les deux séries évoquées).

Car le récit pèche également par son héros dont l’auteur ne nous dit pas grand-chose si ce n’est qu’il est célèbre, adulé, courageux, perspicace... bref, la panoplie habituelle des héros de textes policiers de la littérature populaire des décennies précédentes.

Et c’est en cela que j’ai le sentiment que ce titre est en fait une réédition d’un titre écrit quelques années auparavant. En cherchant un peu dans la production de l’auteur sous tous ses pseudonymes, on trouve un titre en 1927, un récit de la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi nommé « L’écran révélateur » qui laisse penser que « L’œil de la caméra » serait une réédition de ce titre. À vérifier quand je trouverais ce titre.

Car, dans les années 1940 (surtout dans la seconde partie), l’auteur avait acquis des qualités qu’il n’avait pas forcément 10 ou 20 ans auparavant. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire des textes des deux époques.

Et là, on sent des faiblesses que l’on pensait à cette date, comblées, ressurgir.

L’intrigue faiblarde, les omissions volontaires ou forcées qui réduisent encore l’intérêt de l’intrigue, les personnages esquissés et sans aspérités.

De la plume, on retiendra également cet aspect un peu lisse qui caractérisait le style d’antan de l’auteur et renforce le sentiment un peu daté de l’ensemble.

Certes, 18 500 mots, voilà qui n’offre pas une latitude immense à un auteur, mais les épisodes de « Old Jeep et Marcassin », par exemple, n’atteignent même pas cette dimension (17 500 mots pour le premier épisode) et, pourtant, l’auteur parvient à nous offrir une intrigue maîtrisée (même si elle ne navigue pas dans les sommets du Thriller actuel), des personnages étoffés et un style appréciable.

Mais il ne faut pas réduire ce récit à ses défauts, et il faut le prendre pour ce qu’il est, un court roman d’aventures policières qui se lit agréablement même si on eut apprécié que l’auteur s’étende plus sur l’enquête que sur la découverte du crime via le procédé qui donne le titre à l’histoire.

Au final, un court roman qui, si ne rivalise pas avec les meilleurs de son auteur, se lit tout de même avec plaisir, et ce malgré un personnage un peu fade.

Le noyé du Cours Mirabeau

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« Les enquêtes du Professeur » est une série de 15 titres initialement publiés en 1946 dans la collection « L’Indice » des Éditions Populaires Monégasques.

Si certains épisodes ne sont pas signés, certains le sont du pseudonyme de René Byzance, un probable alias de l’énigmatique écrivain Jean Buzancais.

D’après l’homogénéité de style de la série, on peut vraisemblablement penser que tous les titres ont été écrits par le même auteur.

La série fut publiée sous le format fascicule 16 pages, simple colonne, petits caractères, conférant une autonomie d’environ 9 000 mots à chaque récit.

Gonzague Gaveau, inspecteur de police, est surnommé « Le Professeur », car il a fait Sorbonne et travaille depuis de nombreuses années sur une thèse sur « Les variations de la lettre O dans les dialectes caucasiens »...

LE NOYÉ DU COURS MIRABEAU

Le corps du Doyen de la Faculté des Lettres d’Aix-en-Provence est retrouvé immergé dans la Fontaine du Roi René sur le Cours Mirabeau, au petit matin, par un garçon de café.

Chargé de l’enquête, l’inspecteur Gonzague GAVEAU alias « Le Professeur » apprend par le médecin légiste que, loin de s’être noyé, le vieil homme a été étranglé puis poignardé en plein cœur après son décès…

Mais si, pour le défunt, les apparences sont trompeuses dans sa mort, elles semblent l’avoir tout autant été durant sa vie…

Quel plaisir de retrouver la plume de René Byzance et, surtout, le Professeur, Gonzague Gaveau, dans une enquête aussi concise que savoureuse (9 000 mots au compteur).

Le doyen de la Faculté d’Aix-en-Provence est retrouvé mort, au petit matin, dans la fontaine du Cours Mirabeau.

L’inspecteur Gonzague Gaveau, ayant été muté sur sa demande à Marseille, pour fuir le tumulte parisien, est chargé de l’enquête. Cela lui permet, avec grand plaisir, d’échapper aux turpitudes marseillaises qui, pour être moins éloquentes que leurs homologues parisiennes, n’en sont pas moins nuisibles pour le repos.

Sur place, Le Professeur mène son enquête et découvre que le vieil homme tranquille n’a pas la vie de ses apparences. Marié avec une jeune femme aux mœurs légères, le bonhomme pourrait avoir des ennemis dans les nombreux amants de celle-ci, à moins que l’héritage ait tenté la mariée...

Mais si les suspects sont nombreux, jusqu’au commissaire de police local et autres magistrats, ce sont les aveux un peu précipités du jeune protégé du maître qui laissent Gonzague songeur.

On retrouve la plume de René Byzance et le léger cynisme dont sont empreints la plupart des titres de la série.

Si l’auteur n’est pas tendre avec son Professeur, il l’est encore moins avec la plupart des institutions qu’il égratigne l’air de rien de petites réflexions acerbes. Après avoir fustigé les comédiens et le bras de la justice en général, c’est autour des Lettrés de passer à la moulinette.

Certes, les attaques sont légères, voire, imperceptibles, mais réellement présentes pour n’être dû qu’au hasard d’une plume.

René Byzance avait pour habitude de moquer un peu Gonzague Gaveau et son orgueil d’être cultivé dans un monde rustre, et là, l’occasion lui est belle d’enfoncer le clou avec ce personnage de Doyen de Facultés que tout présente comme un être doux, chétif et voué à son métier alors que l’enquête commence à effriter l’image de façade.

Bien évidemment, en seulement 9 000 mots, René Byzance ou quelque soit l’auteur, n’aura pas eu le temps de poser une intrigue digne de ce nom, ni même d’établir une critique étayée sur les êtres de culture, et, d’ailleurs, le passé lettré de Gonzague Gaveau ne sera pas même évoqué ici, alors qu’il aurait pu offrir un mètre étalon servant de comparaison avec son homologue.

On regrettera également que Gonzague ne nous fasse pas part de ses réflexions parfois méprisantes dont il est pourtant si friand.

Cependant, l’ensemble est saupoudré de cet humour acerbe, même si cela reste léger, qui offre un supplément d’âme à la série.

Au final, même si moins drôle ou moins piquant que certains autres épisodes de la série, celui-ci s’avère conserver l’ambiance de celle-ci et un plaisir de lecture similaire aux précédents. 


La bague au doigt

CouvLBAD

Il est inutile, je pense, de revenir sur la personnalité de Marcel Priollet, auteur majeur de la littérature populaire fasciculaire dont je vous ai déjà parlé à de multiples reprises pour ses nombreux ouvrages que j’ai dévorés.

Je n’ai cessé de vous clamer tout le bien que je pensais de l’auteur pour ses deux séries policières « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs », et pour ses autres courts romans publiés sous divers pseudonymes (R.M. de Nizerolles, Marcel-René Noll, René Valbreuse...) dans les diverses collections des éditions Ferenczi et ailleurs.

Aussi, passons au titre du jour :

LA BAGUE AU DOIGT

Il n’y eut pas, dans toute l’étendue des États-Unis, d’homme plus dépité que le détective James Quincy Jackson, lorsque celui-ci apprit l’arrivée à Philadelphie du célèbre Bellétoile, inspecteur principal à la police judiciaire française.

Lors d’une soirée où les deux rivaux sont réunis, Bellétoile lance un défi à son homologue : il assure livrer en moins de vingt-quatre heures le responsable du prochain crime que la ville abritera, et ce, en laissant une demi-journée d’avance à son concurrent.

James Quincy Jackson accepte le pari, sans se douter, à cet instant, de la personnalité du criminel après qui il devra courir…

« La bague au doigt » est initialement paru dans la collection « Le Petit Roman Policier » des éditions Ferenczi en 1941 avant d’être réédité, comme à peu près tous les textes de cette collection dans une autre intitulée « Mon Roman Policier », en 1948. Les deux sous le pseudonyme de R.M. de Nizerolles.

Cette information n’a peut-être pas grand intérêt, en apparence, mais vous le verrez, elle en a véritablement une.

Court roman n’atteignant pas les 8500 mots, paru sous le format fascicule de 32 pages, illustré par l’excellent Georges Sogny (illustration en couleur pour la première édition, en monochrome pour la seconde), « La bague au doigt » fait figure d’esquisse pour une œuvre à venir de l’auteur (et c’est là que les dates d’édition prennent leur importance).

Souvenez-vous, je vous disais en tout début de chronique que Marcel Priollet était l’auteur de deux séries policières dont « Old Jeep et Marcassin ».

Cette série de 10 fascicules de 64 pages publiée aux éditions Tallandier en 1945, sous le pseudonyme de Marcel Priollet, nous contait la collaboration entre un policier américain, Gordon Periwinkle alias Old Jeep et un commissaire français, Marcassin. Le premier était venu en France apprendre les méthodes de la police française, mais la rencontre entre les deux hommes datait d’un congrès en Angleterre et leur amitié s’était nouée après un défi entre les deux policiers à qui arrêterait en premier le responsable du prochain crime commis.

Mais comme de crime, il ne s’en commettait pas pendant plusieurs jours, Old Jeep défiait alors Marcassin de l’arrêter en lui annonçant qu’il commettrait un crime dès le lendemain, lui indiquant les circonstances de ce crime, lui montrant l’arme qu’il utiliserait et jurant d’abandonner sur place l’épingle de cravate que le commissaire lui confiait.

Et c’est exactement le même canevas, la même intrigue, que l’on retrouve dans « La bague au doigt » et la raison pour laquelle la date de première édition est importante.

Paru en 1948 dans « Mon Roman Policier », ce titre ne serait qu’une resucée du titre liminaire de la série précitée.

Mais, paru initialement en 1941, « La bague au doigt » devient l’ébauche, l’esquisse, de l’excellente série à venir.

Le texte inspirateur prend alors une tout autre ampleur à la lecture pour peu que l’on ait lu et apprécié ladite série avant, ce qui est mon cas, et que l’on puisse s’enthousiasmer devant ce genre de découverte comme un archéologue le ferait devant un texte ancien datant d’un siècle av. J.-C. et ébauchant les actes que devrait exercer un homme se présentant comme fils de Dieu afin de convaincre ses prochains de le suivre (multiplications des pains, miracles, crucifixion et résurrection compris), comme je suis capable de la faire (devant Marcel Priollet, pas devant Jésus).

Car, oui, je suis capable de m’enthousiasmer outre mesure de la découverte de cette ébauche de la série « Old Jeep et Marcassin » comme un étudiant en art pourrait le faire devant la découverte d’une esquisse de Mona Lisa signée par le grand Maître Léonard de Vinci. On a chacun le Léonard qu’on mérité, que ce soit de Vinci, di Caprio, Cohen, Nimoy ou même l’approximative tortue ninja.

Bref, « La bague au doigt » esquisse donc la série à venir en contant le défi mis en place par un inspecteur français, Bellétoile, face à un détective américain, James Quincy Jackson, dans la ville de Philadelphie.

Mais les criminels semblent s’être endormis aussi, devant partir bientôt, Bellétoile rend visite à Jackson en lui annonçant qu’il va tuer une personne dans quelques heures, lui montrant le poignard dont il va se servir, lui indiquant que le corps se trouvera sur un remblai le long d’une voie de chemin de fer, proche de la maison de la victime et pour qu’il soit sûr de sa culpabilité, il propose de laisser au doigt de la morte, la bague que porte toujours Jackson (d’où le titre).

L’américain accepte bien qu’il pense à une blague, mais, bientôt, le corps d’une vieille femme est découvert sur un remblai, le même poignard ensanglanté se trouve à côté et elle porte au doigt la bague de Jackson.

Le doute n’est plus permis, Bellétoile est passé de l’autre côté de la barrière.

Certes, si l’histoire est très proche, évidemment, Marcel Priollet l’a adapté pour sa série, échangeant les personnages, les lieux, les unités de temps et quelques autres détails, non pas pour qu’on ne s’aperçoive pas de l’emprunt, mais juste pour coller à des personnages qui sont bien mieux dessinés dans la série (le texte est deux fois plus long) que dans ce titre-là.

Mais c’est réellement enthousiasmant de lire l’esquisse à l’aune de l’œuvre, comme je vous le disais précédemment.

Certes, ici, les personnages sont bien plus flous, moins attachants, l’intrigue plus resserrée et donc s’appuyant sur des éléments plus bancals, mais la patte de Marcel Priollet est là et, étant donné la concision du texte inhérente au format de la collection dans laquelle il s’inscrit, on n’attendra pas plus que ce qu’il propose.

Parce que, malgré tout le talent de l’auteur, et s’il est parvenu en 17 000 mots, à incorporer une intrigue correcte tout en proposant des personnages étoffés et attachants, on se doute qu’il ne peut, en moitié moins de temps, faire aussi bien.

Mais, si le fait qu’on ait déjà lu la série mise en avant ajoute un plus à la lecture de ce titre, on peut très bien prendre du plaisir à le lire même si on ne connaît pas la série.

Bien sûr, pour cela, il faut être habitué des formats courts et savoir à quoi on peut s’attendre (en clair, ne pas espérer découvrir une intrigue à la Franck Thilliez avec des multiples personnages dont on découvrirait au fur et à mesure l’histoire sur cinq générations).

Dans ce cas, on s’apercevra que Marcel Priollet, décidément, maîtrisait son genre, ce format (même s’il était plus à l’aise dans un format un petit peu plus long).

Et puis, il y a le plaisir de l’archéologue de la littérature populaire !!!!

Au final, un titre enthousiasmant pour des raisons qui passeront au-dessus de la plupart des lecteurs, mais qui offrira un bon plaisir de lecture à tous les autres.

06 mai 2019

Philippe Carrese

 

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Une petite pensée émue à la suite de l’annonce du décès de Philippe Carrese, écrivain, scénariste, réalisateur.

Si l’homme était connu pour avoir réalisé des épisodes de la série « Plus belle la vie » et quelques téléfilms, il est, pour moi, avant tout, l’auteur de plusieurs romans drôles et touchants.

Parmi ceux-ci, je citerai son premier, « Trois jours d’engatse » et mon préféré, « Graine de courge ».

Marseillais de naissance, de cœur et d’âme, on lui doit également une série de romans pour la jeunesse, « Marseille quartier sud ».

Mais toute son œuvre n’est-elle pas inspirée par Marseille ?

J’ai l’habitude de dire que la vie des écrivains ne m’intéresse pas, seuls leurs textes comptent.

Effectivement, leur vie ne m’émeut guère, mais, parfois, leur décès m’affecte... surtout quand il arrive bien trop tôt.

Heureusement, un écrivain ne meurt jamais totalement tant que ses livres apportent toujours du plaisir aux lecteurs.

Alors, que vous connaissiez ou non la plume de Philippe Carrese, n’hésitez pas à découvrir ou redécouvrir ses romans, ce sera le plus bel hommage que l’on puisse lui rendre.

05 mai 2019

Le chien est dans le coup

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Marcel Priollet, est-il encore besoin de vous le répéter depuis le temps que je m’acharne à vous parler de cet écrivain, était un auteur majeur de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle.

Depuis le début des années 1910 jusqu’à la fin des années 50, l’auteur a écrit, écrit et encore écrit pour de nombreuses collections, chez divers éditeurs, dans des genres aussi différents que les romans sentimentaux, ceux d’aventures, de sciences-fictions ou policiers.

C’est, comme toujours, à la production policière de l’auteur que je m’intéresserai puisque seul ce genre trouve grâce à mes yeux de lecteurs.

Si l’auteur a principalement œuvré dans des formats très courts (8 à 22 000 mots), par l’intermédiaire de fascicules de 32, 48 ou 64 pages, il a également, parfois, été confronté à des formats un peu plus longs, ce qui est le cas avec le titre d’aujourd’hui qui comprend un peu plus de 32 500 mots.

 

LE CHIEN EST DANS LE COUP

 

Dans une petite ville uniquement perturbée par une série de cambriolages mineurs, le directeur du Grand-Théâtre est retrouvé au petit matin, dans son lit, mort, égorgé par une arme rudimentaire. À ses côtés, Phu-Si, son fidèle danois.

 

Les policiers ne tardent pas à arrêter le coupable idéal, le mari d’une jeune actrice autour de laquelle tournait la victime.

 

Pourtant, le médecin légiste en est certain, le chien est dans le coup…

 

Je l’ai déjà dit, mais je le redis encore, un auteur, s’il veut me capter immédiatement, n’a rien d’autre à faire que de me proposer un titre dans le genre de celui-ci : « Le chien est dans le coup ».

Oui, un titre du genre « L’assassin n’a pas tué ! », « Le meurtrier avait des béquilles » ou « L’épistolier était chargé ! » a tout pour me séduire illico. Et l’on peut dire que Marcel Priollet s’y entendait en la matière.

Et quand je suis charmé de façon liminaire, il est plus difficile de me décevoir fortement par la suite.

« Le chien est dans le coup » a été édité, dans sa première version, en 1945 dans la collection « Carré d’As » des éditions SEG-ERF, dans la catégorie « As de Pique » qui devait représenter l’aspect policier de la collection (« As de Cœur » pour le sentimental, « As de Carreau » pour l’aventure et « As de Trèfle » pour le genre Cape et Épée dont la mode commençait à s’étioler fortement.).

Le format de l’ouvrage est un fascicule 128 pages (32 500 mots, donc).

Si vous suivez mes chroniques sur les ouvrages de Marcel Priollet, vous n’êtes plus sans savoir que le style et la plume de l’auteur ont bien varié au cours de sa carrière, cherchant toujours à s’adapter à son époque, tant dans le genre, l’ambiance et la façon d’écrire.

Cependant, vous n’ignorez pas, non plus, que je préfère les ouvrages écrits à la fin de sa carrière plutôt que ceux du début.

Pourquoi ? Parce que l’œuvre de Marcel Priollet a gagné en maturité au cours du temps, que l’écrivain a probablement moins cherché à rester dans les clous avec l’expérience et surtout, parce qu’en général, je préfère le style de la littérature populaire policière de la fin de la première moitié du XXe siècle à celle du début.

Mais vous savez également que Marcel Priollet, du moins à partir des années 40, maîtrisait parfaitement le format moyen court (formule malencontreuse pour évoquer les textes d’une vingtaine de milliers de mots) à ceux très courts (les textes de 10 000 mots et moins inhérents au format 32 pages des collections de l’époque).

Je n’ai pas été avare de compliments sur l’œuvre de la fin de vie de l’auteur, notamment de ses deux séries policières « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs » vous vantant la qualité première de Marcel Priollet qui était qu’il ne faisait pas passer son histoire après ses personnages ni l’inverse, qu’il n’oubliait pas de livrer une intrigue digne de ce nom, même dans des formats qui ne le permettent pas vraiment...

Du coup, j’étais assez impatient de me confronter à un texte un peu plus long que d’ordinaire, à un format plus proche du roman classique que du fascicule, afin de savoir ce que Marcel Priollet pouvait nous proposer.

Bon, comme je disais, quand le titre d’un ouvrage me fascine, il est plus difficile de me décevoir dans le texte... heureusement.

Non pas que « Le chien est dans le coup » soit un mauvais roman, même s’il demeure un court roman, mais parce que la qualité n’est pas proportionnelle à la taille de celui-ci.

Si Marcel Priollet, bien souvent, excellait dans la contrainte d’un texte d’une taille restreinte, force est de constater qu’il ne s’épanouit pas forcément quand il a plus de place.

Car « Le chien est dans le coup » souffre d’un léger défaut : son scénario.

S’il est toujours difficile de mettre en doute la crédibilité d’une intrigue vieille de 75 ans, alors que depuis le lecteur est nourri aux « Experts » dans toutes les grandes villes américaines, aux Thrillers de plus en plus pointus et techniques des auteurs de romans policiers actuels, et aux nombreux films et séries qui mettent en avant des enquêtes de plus en plus recherchées, on peut, par contre, remarquer quand un auteur de l’époque cherche à remplir un peu son récit afin de tenir le nombre de pages.

Et c’est un peu le cas avec ce texte. Car l’histoire est scindée en deux : l’enquête des policiers officiels, puis l’enquête du super policier venu de la capitale.

Et si cette dualité aurait pu s’expliquer par une volonté de proposer plusieurs points de vue, de complexifier une intrigue, de confronter deux façons de faire son métier de policier, ici, elle semble plutôt n’avoir d’autre but que de passer d’un format maîtrisé par l’auteur (20 000 mots) au format au-dessus (33 000 mots).

Car, si on a la curiosité, comme moi, de comptabiliser le nombre de mots consacré à cette seconde enquête, on constatera qu’elle fait environ 13 000 mots, justement la distance qui sépare la taille maîtrisée à celle de ce roman.

Comme si l’auteur avait écrit sa première partie puis, voyant qu’il n’atteindrait jamais la taille désirée, avait décidé de rajouter un super policier pour refaire l’enquête (ce qui n’est probablement pas le cas, mais on ne pourra pas le demander à l’auteur pour s’en assurer).

Mis à part cela, l’intrigue pêche un peu par la crédibilité de l’enquête liminaire, mais là encore, difficile de se rendre compte avec notre esprit de fin limier d’aujourd’hui, des conclusions des enquêteurs en papier d’hier.

En scindant les enquêtes et en multipliant les enquêteurs, Marcel Priollet se prive de la possibilité d’étoffer l’un des personnages, de l’esquisser au mieux, afin que le lecteur puisse s’y attacher. Et là, s’il est difficile de s’attacher aux deux policiers chargés préalablement de l’enquête tant ils sont déjà raillés par la Presse et qu’ils font preuve d’obstinations aveugles, il n’est pas plus simple de prendre en affection le super policier venu de Paris tant celui-ci, en débarquant aux deux tiers du récit, n’a plus le temps de nous charmer.

Et un roman sans personnage attachant est un roman qui fera moins frissonner ou sera moins exaltant en fonction du genre dans lequel il œuvre.

Ce sera donc le cas ici aussi. 

Malgré tout, Marcel Priollet fait le job, comme on dit, et livre un roman agréable à lire et qui, malgré la sensation de rajout, ne souffre pas trop de temps mort.

Puis, il reste le titre...

Au final, malgré la déception devant le fait que Marcel Priollet n’a pas haussé son niveau proportionnellement à la place qui était offerte à sa plume, il nous livre un roman qui, malgré ses défauts, offre un agréable moment de lecture... et, avec un bon titre !

La vieille du Vel' d'Hiv'

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« La vieille du Vel' d’Hiv' » est le 6e épisode, dans l’ordre d’édition liminaire, de la série « Les enquêtes du Professeur », qui en compte 15 et qui a été éditée, à l’origine, au sein de la « Collection l’Indice » des Éditions Populaires Monégasques entre 1946 et 1947.

La série était publiée sous le format fascicule 16 pages denses, offrant des textes avoisinants les 9 000 à 10 000 mots.

Certains titres sont signés René Byzance (un pseudonyme dont on ne connaît pas le véritable propriétaire) et les autres ne sont pas signés, mais semblent provenir de la même plume au vu du style d’écriture.

LA VIEILLE DU VEL’ D’HIV’

L’inspecteur Gonzague GAVEAU, dit « Le Professeur », pour se changer les idées, décide d’assister à un « critérium » au Vélodrome d’Hiver de Paris.

Alors que les deux favoris se livrent un duel acharné, l’un d’eux chute de son engin et ne se relève pas.

La course est arrêtée. Les officiels, bientôt rejoints par un homme que « Le Professeur » reconnaît pour être son chef, se ruent près de la victime.

Gonzague s’approche à son tour pour apprendre que le coureur a été abattu d’une balle…

 

Gonzague Gaveau, surnommé « Le Professeur » parce qu’il a fait Sorbonne, profite de son jour de congé pour se distraire un peu.

Bien que pas très sportif, il décide de se rendre au Vel' d'Hiv' pour assister à une course cycliste.

Dans le public, il lie connaissance avec un spécialiste du milieu qui lui explique que la grande finale va confronter deux rivaux et ennemis qui, non seulement visent tous les deux le titre et la renommée, mais dont le plus vieux a été remplacé par le plus jeune dans le cœur d’une belle jeune femme.

La course bat son plein et alors que les deux hommes sont au coude à coude, le plus jeune ne chute, mais ne se relève pas. Il a été frappé par une balle.

Le commissaire Rouiller débarque sur la piste, Gonzague lui offre ses services et, alors que le premier tente de réunir tous les protagonistes de l’antagonisme entre les deux sportifs, Le Professeur, lui, cherche à retrouver une bien curieuse vieille dame qu’il avait repérée avant le drame...

L’épisode atteint les 10 000 mots, ce qui en fait un des épisodes les plus longs de la série et ce sera là le seul avantage qu’il tirera sur ses congénères.

Effectivement, la qualité première de la série réside non pas dans l’intrigue, on sait que sur 10 000 mots, celle-ci sera basique, mais sur le style de l’auteur et son humour se partageant un léger cynisme et une réelle ironie.

Malheureusement, si la plume n’est pas au rendez-vous dans ce récit, l’intrigue, elle, est bien absente tant l’histoire n’offre pas un grand intérêt.

À peine apprend-on quelques détails sur le physique et les goûts de Gonzague Gaveau, mais avouons que cela ne suffit pas à assurer le plaisir du lecteur lambda.

Car, rappelons-le, ce qui fait le sel des autres épisodes, du moins, de la plupart, c’est le style de l’auteur (ou des auteurs), et les défauts du personnage principal qui résident dans son cynisme, son ironie, son esprit supérieur et le dédain qu’il peut avoir pour certaines professions ainsi que pour la plupart des gens.

Le lecteur pouvait donc s’attendre, de la part du héros, à ses réflexions sur les sportifs ou sur les supporters. Mais non !

Ici, ces traits de caractère n’apparaissent pas et le style de l’auteur n’a pas la virtuosité habituelle (est-ce, d’ailleurs, le même auteur ??? impossible de le savoir, cet épisode n’est pas signé).

Un personnage qui met de côté ses défauts qui en font un être drôle ; un style moins alerte ; une intrigue inintéressante au possible... vous comprendrez que cet épisode n’est pas le meilleur de la série, loin de là, même.

Au final, un épisode fort décevant de par l’absence des qualités qui faisaient le charme de la série. À la place, le lecteur se contentera d’un titre qui se lit vite et ne laisse pas le temps à la lassitude de s’installer...

Le cadavre sentait trop bon

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René Byzance est un auteur de la littérature populaire dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est que son nom ou un autre de ses pseudonymes est probablement Jean Buzançais.

« Les enquêtes du Professeur » est une série de 15 épisodes initialement éditée en 1946 par les Éditions Populaires Monégasques au sein de la collection « L’Indice ».

Elle est composée de fascicules 16 pages, simple colonne contenant environ 9 à 10 000 mots chacun.

 

LE CADAVRE SENTAIT TROP BON

 

Le baron d’Esmenard découvre, en rentrant chez lui, en pleine nuit, un inconnu gisant mort dans son fauteuil.

 

C’est l’inspecteur Gonzague GAVEAU alias « Le Professeur » qui est chargé de l’affaire.

 

Mais, sur place, avant que d’entreprendre son enquête, le policier désire s’imprégner de l’atmosphère des lieux et celle-ci est curieusement empreinte d’un violent parfum de jasmin.

 

Un cadavre qui sent si bon, voilà qui n’est pas ordinaire !!!

Autant le dire tout de suite, je ne serai pas très objectif vis-à-vis de cet épisode, et ce, pour deux raisons.

La première, parce que j’aime la série et qu’un épisode moyen d’une bonne série reste, dans mon esprit, un bon épisode.

Ensuite, et surtout, parce que, comme certains humoristes tueraient père et mère pour une bonne blague, je suis un lecteur qui pardonnerait un mauvais texte pour un bon titre.

Et il me faut confesser que j’adore les titres à l’ancienne comme celui-ci. Je suis absolument fan des titres du genre « Le tueur n’était pas l’assassin », « L’assassin n’était pas manchot », « L’assassin avait des béquilles », « Le tueur portait un béret », « Le policier faisait des claquettes » (petit jeu : trouvez le titre qui existe vraiment dans cette courte liste).

Du coup, un roman, quel qu’il soit, avec un titre tel que « Le cadavre sentait trop bon », partait, dans mon esprit, avec un bénéfice indéniable et difficile à détruire totalement.

Mais revenons-en à l’épisode.

« Le cadavre sentait trop bon » est le 15e et dernier épisode de la série « Les enquêtes du professeur » de René Byzance (du moins a-t-il signé quelques épisodes, les autres ne sont pas signés, mais le style laisse à penser que c’est le même auteur qui les a écrits).

La série, publiée originellement en fascicule 16 pages denses, offre des épisodes qui tournent généralement vers les 9 000 mots. Celui-ci est un peu plus court que la moyenne avec ses 8 300 mots.

700 mots, certes, ce n’est pas beaucoup à l’échelle d’un roman classique, mais sur un tel fascicule, cela peut faire une différence flagrante, notamment au niveau de l’intrigue qui, d’ordinaire, n’est déjà pas de haute volée.

On le sait, ce genre de récits ne brille jamais par la densité de son intrigue et c’est encore moins le cas ici. D’ailleurs, le meurtre, l’enquête et sa résolution s’effectuent en une demi-journée, sa retranscription sera sur le même modèle de concision.

On connaît, ou on devrait connaître, la série pour être empreinte de cynisme, d’ironie et d’humour en général. Ce n’est pas vraiment le cas de cet ultime épisode. À part une blague de potache de la part du Professeur (qui, d’ailleurs, va un peu à l’encontre de son caractère habituel), le lecteur n’aura pas grand-chose de cet ordre à se mettre sous la dent.

C’est plutôt à un récit classique, donc, que le bibliophage sera convié.

Récit classique dont la trame et surtout le dénouement, n’est pas sans rappeler celle d’un titre d’une autre série : « Le lit à surprises » des enquêtes du « Détective Lautrec » de Maurice Boué.

Si vous ne l’avez pas lu, rassurez-vous doublement, vous n’êtes pas le seul, mais vous pouvez vous rattraper facilement.

Gonzague Gaveau alias Le Professeur est appelé pour une étrange affaire.

Un baron guindé a trouvé, en rentrant chez lui, la nuit, un inconnu mort dans un fauteuil.

Gonzague Gaveau débarque, interroge le baron, inspecte les lieux et, tout comme le baron, il perçoit une nette et suave odeur qui ne fait pas partie de celles usuelles des lieux.

Le policier s’emploie, alors, en pleine nuit, de réveiller les habitants de l’immeuble pour les interroger et il constate que le bâtiment abrite une foule bigarrée et hétéroclite. La grosse concierge, une poule de luxe, un inventeur chef d’industrie...

Gonzague va alors se concentrer sur ses habitants et les proches du baron pour mener son enquête.

Moins drôle que d’ordinaire, donc, cette ultime enquête pèche en plus par sa concision. L’enquête est vite résolue, en termes de mots, ce qui est normal, mais également en termes d’actions, de révolutions, de révélations.

Si l’on perçoit encore le style de l’auteur par le truchement de ses alternances temporelles de narration, c’est vraiment le seul indice qui permet, en dehors du nom du personnage principal, de lier l’histoire à la série.

Cependant, comme l’ensemble demeure plutôt maîtrisé, que l’auteur a du métier, et que nulle indigence ne vient perturber la lecture, le tout se trouve agréable à lire.

Au final, un ultime épisode un peu décevant tant parce qu’il est en deçà des autres que parce que l’on pouvait espérer que la série se terminerait, si ce n’est en apothéose, du moins sur un récit de qualité supérieure.

L'enlèvement de Margaret Wilson

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Bill Disley est un reporter-détective né de la plume de l’énigmatique J.A. Flanigham ayant œuvré dans les années 40 au sein de collections éponymes. Le format de ses aventures était variable : 32/48/128 pages.

Depuis peu, OXYMORON Éditions réédite ces aventures au format numérique, se concentrant, dans un premier temps, sur les formats d’origine 32/48 pages ce qui donne un texte avoisinant entre 10 000 et 13 000 mots.

Bill Disley travaille au « Star Express », un journal londonien où il officie sous les ordres du gros Bob, son chef, et pour lequel il enquête afin d’offrir à ses nombreux lecteurs, les meilleurs articles qui soient.

Pour ce faire, il s’attache les services de Jeff, un ancien brigand, ancien boxeur, mais actuel accro au turf et au gin ainsi que de ceux de l’inspecteur Martin, de Scotland Yard, un policier respectueux des règles, mais qui est souvent amené à les contourner à cause de Bill.

L’ENLÈVEMENT DE MARGARET WILSON

L’enlèvement de Margaret Wilson, la fille du « Roi du Charbon », secoue Londres et toute l’Angleterre.

Bill DISLEY, le plus célèbre reporter du pays, enrage de n’avoir aucune piste à suivre et nulle ligne à offrir à ses lecteurs quand, un soir, il aperçoit la belle-mère de la disparue en conversation avec un bien étrange personnage arrivé très récemment de France…

L’enlèvement d’un riche homme d’affaires anglais fait sensation en Angleterre, mais, pour autant, les journalistes et les policiers n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent.

Cette fatalité fait enrager Bill Disley, le meilleur journaliste du pays (du moins, le mieux payé, dixit lui-même). Aussi, puisqu’il connaît de près la belle-mère de la disparue, il se rapproche d’elle afin de tirer quelque article d’interviews aussi vides d’informations qu’inintéressants.

Mais, un soir, alors que, pour se changer les idées, il se rend à une première, il surprend la femme du Roi du charbon en discussion avec un parvenu très récemment débarqué de France.

Le lendemain matin, Madame Wilson le fait mander pour lui apprendre, d’abord, que Sir Wislon a reçu une lettre de rançon et, qu’ensuite, son passé sulfureux et l’homme qu’elle a rencontré la veille ne sont pas pour rien dans la disparition de Margaret.

Bill Disley est enragé, le gros Bob est ennuyé, l’inspecteur Martin est énervé et Jeff, sur la paille à cause de ses pertes au turf, est viré de chez lui.

Rien ne va plus au pays du plus célèbre reporter-détective de toute l’Angleterre.

Il faut absolument trouver du grain à moudre, des mots à imprimer afin de satisfaire le lecteur et le gros Bob quitte à brasser du vent.

Mais la rencontre avec la belle-mère de la disparue va tout changer. Une piste va s’ouvrir, puis une autre : enfin, « ça démarre, ça démarre ».

Et ça démarre tellement bien que les enlèvements et les morts vont s’enchaîner à une vitesse incroyable, au point que Jeff ne saura plus où donner des poings, que Bill va se calfeutrer, et que la police, telle la cavalerie des westerns, va arriver après la bataille...

10e épisode de la toute récente collection regroupant les rééditions numériques des œuvres liminaires, « L’enlèvement de Margaret Wilson » ne fait que confirmer, pour ceux qui n’auraient pas lu les 9 premiers titres, Bill Disley, ses acolytes et son auteur nous offrent là des très courts romans policiers dont la saveur n’a d’égal que l’humour.

Un bon Bill Disley (mais en existe-t-il des mauvais ?) tout comme un bon San Antonio (mais en existe...) ne trouve d’égal quand la Sainte Trinité est réunie. Là-bas, San Antonio, Pinaud et Bérurier ; ici, Bill Disley, Jeff et l’inspecteur Martin.

Et cela tombe bien, car les trois sont présents. Bill, omniprésent (c’est normal, c’est lui qui tient la baraque), Martin, au départ, et Jeff à l’arrivée.

Chacun nous offre alors son petit moment de plaisir littéraire, qui par sa mauvaise humeur qui par sa naïveté brutale...

Comme à chaque fois, les dialogues sont savoureux et font naître des sourires de contentement aux lecteurs et l’intrigue, sans rivaliser avec les plus grands romans à suspens (rappelons que ce format très court ne permet pas de créer des intrigues échevelées), tient bien la route sans jamais faire preuve brutale de concision pour rester dans les clous du format.

J.A. Flanigham ou quelque soit l’auteur qui se cachait derrière ce pseudonyme, maîtrise parfaitement son sujet et son format, comme rares sont les auteurs à y être parvenus avant lui et encore moins depuis, puisque ce format de romans lapidaires a été depuis boudé par les auteurs et les éditeurs.

Maîtrise avant tout des personnages puisque Bill Disley fait du Bill Disley et Jeff, du Jeff, mais aussi de sa narration. Car il est ardu de parvenir à conter son histoire, à esquisser ses personnages, en 10 000 mots sans risquer de faire preuve de brusquerie. Aller droit au but, souvent, consiste à faire des coupes drastiques.

Mais l’auteur, lui, parvient à faire des élisions bien senties, sans que cela ne heurte la lecture ni le lecteur et cela renforce le plaisir de ce dernier car, jamais il n’a l’impression d’être face à un roman au rabais, car ramassé.

Ajoutons à cela la bonne humeur et l’humour manifestes sans être omniprésents et vous aurez tous les ingrédients d’une excellente lecture.

Au final, il pourrait être lassant de dire : « Encore un bon épisode et une bonne lecture » alors, à la place, je dirai : « Un excellent épisode et une excellente lecture » !

Le Négus a disparu

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« Le Négus a disparu » est le 12e épisode de la série « Les enquêtes du Professeur » publié en 1946-47 au sein de la « Collection l’Indice » des Éditions Populaires Monégasques.

La série est formatée en fascicules 16 pages à l’écriture dense correspondant à des textes allant de 8 à 11 000 mots.

L’auteur de certains textes est René Byzance et si la plupart des titres ne sont pas signés, on ne doute pas que l’auteur en soit le même.

La série comprend 15 épisodes que je lis dans le désordre en fonction des titres que je trouve (et ils sont difficiles à trouver). Celui-ci est mon avant-dernière lecture en attendant de trouver le seul épisode qui me manque encore.

LE NÉGUS A DISPARU

Au bar « Au Rendez-vous des copains », tous les soirs, les mêmes personnes se réunissent pour taper la belote jusqu’au bout de la nuit.

Aussi, lorsque l’un d’eux surnommé le Négus fait des infidélités au groupe, sans prévenir, le journaliste de la bande ne tarde pas écrire un article dans le journal qui l’emploie, titré : « Le Négus a disparu ».

Malgré la banalité de l’histoire, devant l’oisiveté ambiante des criminels, le célèbre inspecteur Gonzague GAVEAU alias « Le Professeur » est chargé de l’enquête.

Mais le policier est tellement exceptionnel que, face à lui, même le cas le plus insipide se mue en « affaire sensationnelle » !...

« Négus » est un titre de la noblesse éthiopienne, équivalent à celui de Roi, et qui est donné à un personnage de l’histoire tant pour son apparence physique que pour sa vêture plus sophistiquée que la moyenne dans un milieu très populaire que peut-être un bar.

D’ailleurs, dans le bistrot, tous les habitués ont un surnom. Le Négus, donc, un homme dont on ne connaît pas réellement la vie ; Le Menteur, un journaliste à la dérive ; Le Crack, un bookmaker, trafiquant notoire ; « Vingt-Deux », un vendeur à la sauvette ; La Bonbonne, un ancien boxeur ; Vénus, l’hideuse servante... Puis, il y a Adeline et Symian, les tenanciers.

Tout ce petit monde se croise et se décroise à la fin de la soirée, après des parties de belotes quotidiennes.

Mais un jour l’un d’eux vient à manquer : Le Négus.

Très vite, Le Menteur trouve la disparition suspecte et profite pour écrire un article titré « Le Négus a disparu ». Mais Symian apprécie peu que l’on mette le feu des projecteurs sur son établissement au risque d’y attirer la flicaille... et c’est justement ce qui arrive avec le débarquement de Gonzague Gaveau sur les lieux. 

Après un interrogatoire général succinct, le policier est attiré par le regard louche (dans les deux sens du terme) de Vénus sur la trappe de la cave et décide d’aller visiter les entrailles du bistrot. Dans un tonneau, il y découvre le cadavre du Négus. La véritable enquête commence alors.

Courte enquête, on le sait, ce format laisse peu de place pour une intrigue développée. D’ailleurs, l’auteur utilise déjà plus de 15 % de la place qui lui est impartie (9300 mots) pour présenter les différents protagonistes du récit (hormis Gonzague Gaveau que tout le monde connaît ou devrait connaître).

Mais, le lecteur assidu des textes de ce format (fascicules 16 pages denses ou 32 pages classiques) ne lit pas une telle histoire pour son intrigue. Ce qu’il recherche, c’est un récit pouvant se lire d’un trait, quand on n’a pas des heures à consacrer à sa lecture. Si, en plus, les personnages sont attachants et que la plume est alerte, alors, le lecteur a gagné le pompon.

C’est le cas, généralement, avec cette série qui vaut avant tout pour le style de l’auteur et pour Gonzague Gaveau, alias le Professeur, un inspecteur de police atypique et cynique.

L’humour est souvent présent dans les épisodes de la série, sans que cela soit un humour omniprésent et très prononcé. Généralement, il passe par les réflexions cyniques ou ironiques du personnage central, le policier, donc, ou par quelques descriptions savoureuses.

C’est encore le cas dans cet épisode où Gonzague Gaveau continue de se montrer sensible aux compliments et où l’auteur égratigne gentiment la population fréquentant quotidiennement les débits de boisson.

À part cela, pas grand-chose d’original ni dans l’histoire ni dans sa résolution. Le lecteur se doute rapidement (mais l’auteur l’y aide) qui est le meurtrier, et celui-ci, comme bien trop souvent dans les romans séries ou films, se dénonce en dévoilant un détail du crime qu’il n’est pas sensé connaître.

Cependant, l’ensemble se lit une nouvelle fois avec un grand plaisir, un plaisir un peu entamé par le fait de se dire (pour moi) que c’est peut-être la dernière fois que je rencontre Le Professeur... à moins que je ne mette la main sur le seul épisode qu’il me manque de la série.

Au final, encore et toujours un bon épisode qui se situe dans la moyenne d’une série plutôt homogène...

Les treize perles roses

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Marcel Priollet est l’un des principaux pourvoyeurs de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle qu’il alimenta, notamment à travers de nombreuses collections fasciculaires, de ses textes sentimentaux, d’aventures, policiers ou science-fiction...

Son œuvre débute en 1910 pour s’achever à la fin des années 1950.

Entre-temps, il eut une immense production sous divers pseudonymes (Henry de Trémières, René Valbreuse, M.R. Noll, R.M. de Nizerolles) ou sous son propre nom.

Il fut publié dans de nombreuses collections chez divers éditeurs (Ferenczi, Fayard, Tallandier) et captiva un public varié par ses séries sentimentales, d’aventures ou policières.

Dans ce dernier genre, on notera deux séries avérées, éditées au format fascicule 48 pages, aux éditions Tallandier dans la seconde moitié des années 1940 : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs ».

Mais auparavant, il abreuva les différentes collections policières des éditions Ferenczi (mais pas que) de ses innombrables textes policiers dont « Les treize perles roses » fait partie.

Si le texte sur lequel s’appuie cette chronique, a été publié en 1934 dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, celui-ci, comme beaucoup dans cette collection, se trouve être en fait une réédition d’un texte éponyme datant de 1919 dans la collection « Le Roman Policier ».

LES TREIZE PERLES ROSES

Marc Guyenne, un jeune homme lassé d’une existence dénuée d’intérêt et dont il pense avoir déjà goûté tous les plaisirs, a pris la décision ferme de s’ôter sa vie.

Au sortir d’un dernier repas au restaurant, alors qu’il a choisi la manière d’en finir, il réalise qu’un client de l’auberge a échangé par distraction son chapeau avec le sien que seule la taille diffère.

Ne voulant quitter cette terre qu’après avoir restitué son bien à son propriétaire, il fait appel à un célèbre détective qui, malgré la futilité de l’affaire, accepte de l’aider d’autant que le couvre-chef recèle un bien curieux message codé.

Pour arriver à ses fins, Marc Guyenne va être confronté à un étrange mystère dont la résolution le détourne passagèrement de son funeste destin, sans se douter que son aventure lui apportera beaucoup plus encore…

Ce récit de 1934 a été publié en fascicule 64 pages contenant presque 18 000 mots, ce qui laisse entendre qu’il s’agit d’une version allongée de l’original qui devait s’étendre sur la moitié moins de mots si l’on s’en réfère aux autres titres de la collection « Le Roman Policier ».

Mais si le texte est plus long, l’intrique, l’ambiance, le style, sont sans nul doute les mêmes.

Marc Guyenne est un jeune homme de bonne famille désabusé de la vie. Il a connu toutes les joies d’une existence riche et n’a plus aucun but dans la vie.

C’est quand il a décidé quand et comment il mettrait fin à cette existence sans intérêt qu’il se rend compte qu’il a malencontreusement échangé son chapeau au restaurant qu’il vient de quitter. Se considérant comme un être bon et honnête, il refuse de quitter cette vie avec cette dette sur la tête et entreprend de retrouver le propriétaire du chapeau pour le lui rendre.

Pour ce faire, il finit par faire appel à un célèbre détective italien (puisque le jeune français se trouve alors en Italie) qui, à son grand étonnement, accepte cette affaire qui semble pourtant bien banale pour un homme habitué à des mystères bien plus intéressants.

Après quelques déductions, le détective parvient à trouver le nom du propriétaire, mais également un énigmatique message à l’intérieur du couvre-chef.

Bien décidé à rendre le chapeau avant d’aller se suicider, Marc se rend chez le propriétaire du chapeau, à l’heure indiquée par le détective et suite à une méprise, une femme lui lance depuis la fenêtre de l’étage de la maison de celui-ci, une boîte contenant une perle rose de prix.

Commence alors un mystère qui va prendre plus de place dans l’esprit du jeune homme que l’idée de mettre fin à sa vie et qui va déboucher sur une aventure extraordinaire.

Marcel Priollet use à nouveau des ingrédients qu’il a l’habitude d’incorporer dans ses textes policiers : du mystère, de l’aventure, des sentiments.

Et il faut reconnaître que les ingrédients sont plutôt habilement dosés dans un style moins désuet que ses textes de l’époque et confère un grand intérêt à cette histoire pourtant cousue de fil blanc.

Car, il faut bien admettre que l’intrigue n’est pas le point fort de l’histoire et que le lecteur habitué au genre, découvrira très rapidement, en s’aidant du titre, le pot aux roses et la signification du message codé découvert dans le chapeau.

À partir de là, il devinera aisément le nœud de l’histoire, tout comme le détective italien l’a fait. 

De même, il anticipera les évènements à venir et, connaissant le genre, l’auteur, et les textes de l’époque, la fin, également.

Pour autant, cela n’ôte rien au plaisir de lecture et, même, peut-être, cela lui rajoute-t-il un petit plus puisque le lecteur peut constater, chemin faisant, avec satisfaction, qu’il avait tout anticipé.

Et cela grâce à la plume de qualité de Marcel Priollet et son sens de la narration qui lui permettent de livrer une histoire basique sans que le lecteur s’en offusque.

De plus, les éléments ne sont pas sans rappeler d’autres, utilisés, plus tard, par des confrères, comme ce personnage qui ne tient pas à la vie et qui, alors qu’il a décidé de se suicider, se trouve face à un mystère qui va lui redonner le goût à la vie. On pensera, par exemple, à « La double mort de Barnabé Klein » de Rodolphe Bringer, en 1946 ou bien même, dans une autre mesure, « Marc Bigle » de Gustave Gailhard ou « L’énigme de la malle rouge » de H.J. Magog.

Certes, ces textes-ci avaient pour eux d’être plus consistants pour permettre à l’auteur de poser une intrigue plus complexe et des personnages plus étoffés, des qualités que ne peuvent avoir le court roman dont il est question aujourd’hui, mais on y trouve la même saveur dans cette histoire d’un homme sur lequel le mystère tombe par hasard, ce qui va révolutionner sa vie alors que rien ne le prédestinait à cela.

Au final, un bien bon petit texte, très agréable à lire, qui souffre moins que beaucoup d’autres de la désuétude des récits écrits par Marcel Priollet à l’époque.

28 avril 2019

La croisière de la mort

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Douzième aventure (dans la nouvelle réédition numérique) des aventures de Bill Disley né de la plume de l’énigmatique J.A. Flanigham dans les années 1940.

La première édition consistait en un fascicule de 48 pages. La taille du texte dépasse à peine les 11 000 mots.

Je ne reviendrais pas trop sur le personnage et l’auteur, je l’ai déjà fait 11 fois. Je me contenterais de dire que Bill Disley est un personnage à la fois drôle et attachant, notamment dans ses interactions avec ses amis : Jeff, l’ancien pickpocket rangé de voiture et ancien boxeur ; Martin, inspecteur rigide de Scotland Yard ; Bob, le gros Bob, son patron au journal le « Star Express ».

LA CROISIÈRE DE LA MORT

Bill DISLEY, le plus brillant reporter de Londres, apprend par un ami de Jeff, son fidèle acolyte, qu’une dame de la haute hante un bouge malfamé chaque soir dans le but de recruter parmi la lie de la société des hommes pour servir sur son yacht.

Intrigué, le journaliste se rend dans la fameuse taverne et, reconnaissant la femme du monde en question, décide de se faire passer pour un voyou afin d’être embauché à bord de l’embarcation en compagnie de Jeff.

Mais une fois le bateau en mer, des évènements étranges se multiplient…

Pour une aventure, voilà une belle aventure puisque Bill Disley se retrouve sous couverture à bord d’un yacht naviguant vers la Grèce afin de comprendre pourquoi une dame de la haute société a recruté des voyous pour servir à bord.

Très vite, le journaliste repère le docteur Mislky, un médecin d’Europe de l’Est assez contesté et qui est un courtisant de la mondaine.

Tout aussi rapidement, il se rend compte que d’étranges passagers sont à bord et, bientôt, Jeff échappe de peu à une tentative de meurtre laissant supputer que lui et son ami journaliste ont été repérés.

Si le départ de l’aventure est dans l’ambiance habituelle de la série avec des dialogues savoureux entre Bill et Jeff, dès l’embarcation, l’humour latent laisse place au mystère et au suspens de par les faits étranges se déroulant à bord.

Rapidement, le lecteur se fait une idée de la situation, idée plus ou moins proche de celle de Bill Disley et pas si éloignée de la réalité de l’histoire. Mais, si cette croisière devient plus tendue et moins drôle que les autres épisodes de la série, elle acquiert, également un intérêt certain afin de savoir comment le journaliste et son ami boxeur vont réussir à se sortir de ce mauvais pas.

On regrettera seulement que la fin soit un peu abrupte même si elle permet de constater que Bill Disley n’a aucune pitié pour les salauds.

Au final, un bon épisode qui diffère légèrement des autres de la série tout en conservant les points forts et en ajoutant un brin d’aventure et de mystères. 

Qui a tué l'homme-homard ?

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J.M. Erre est un auteur né à Perpignan (le pauvre), en 1971 (décidément, pas de chance) et qui est l’auteur de nombreux romans et de plusieurs sketches pour l’émission culte de CANAL + : Groland !

Je m’étais déjà confronté, une fois, à la prose de l’auteur, via son roman « Le mystère Sherlock », par lequel je n’avais pas été séduit malgré tous les ingrédients qui étaient faits pour me plaire : un auteur de chez moi, de l’humour et Sherlock Holmes (celui par qui fît naître en moi la passion de la lecture, en général et de la littérature policière, en particulier).

Je m’étais promis, un jour, de replonger dans un texte de l’auteur afin de lui donner une seconde chance (si tant est qu’être lu par moi soit une chance). C’est désormais chose faite avec « Qui a tué l’homme-homard ? »

Pourquoi ce titre plus qu’un autre ? Tout simplement parce que celui-ci, également, avait tout pour me plaire : toujours un auteur de chez moi (c’est le même auteur, suivez un peu), toujours de l’humour, et un personnage d’enquêteur atypique (moi qui pensais avoir fait fort avec « Le Psychopathe, le Dément et le Trisomique » !!!).

Qui a tué l’homme-homard ? :

Margoujols, petit village reculé de Lozère, abrite depuis 70 ans les rescapés d’un cirque itinérant qui proposait un freak show : femme à barbe, sœurs siamoises, homme-éléphant, nain, colosse... Mais la découverte du cadavre atrocement mutilé de Joseph Zimm, dit « l’homme-homard », va bouleverser la vie presque tranquille de ses habitants. 
Qui a tué cet ancien membre du cirque des monstres, et pourquoi ?
Qui se cache derrière le mystérieux auteur du blogue Je vois la vie en monstre ?
Quels secrets, enfouis dans les hauteurs du Gévaudan, l’enquête de l’adjudant Pascalini va-t-elle révéler ?
Et que cherche vraiment Julie, la fille du maire, passionnée de romans policiers, qui épaule la gendarmerie dans son enquête ?

Alors, voilà, c’est drôle !

Au final...

Quoi ? vous trouvez ma chronique un peu trop concise ? Bon, faudrait savoir ! Certains se plaignent que j’explique en quoi et pourquoi tel ou tel roman m’a plu ou déplu, et quand je mets en place une ellipse argumentaire, vous vous plaignez encore ???

Bon, de toute façon, je fais et j’écris ce que je veux et cela tombe bien, car je ne sais pas faire court et concis.

Un village reculé de Lozère habité en grande partie par les rescapés d’un cirque itinérant et leurs descendants, devient le témoin d’un meurtre effroyable, celui de l’homme-homard, un rescapé du cirque dont la difformité des mains lui vaut son titre. Le petit vieux est retrouvé coupé en petits morceaux comme le fut, 70 ans auparavant, le propriétaire du cirque dans lequel il officiait.

Un gendarme et son adjoint sont envoyés sur place et le maire du village atypique qui se veut tout puissant chez lui, leur impose l’assistance de sa fille qui connaît parfaitement les lieux et les habitants. Seul problème, la jeune fille est gravement handicapée. Elle est tétraplégique, ne peut pas parler (elle bave), et sa seule façon de se déplacer et de communiquer est la seule partie de son corps qu’elle maîtrise : son majeur (elle s’en sert pour conduire un fauteuil ultramoderne et pour parler via la synthèse vocale de l’ordinateur embarqué).

Et, comme la jeune fille a pour seul loisir de lire des romans policiers, elle veut se lancer dans l’enquête et y trouver des éléments pour écrire son propre roman policier...

Le récit est narré à la première personne par la jeune tétraplégique, ce qui permet à l’auteur de manier de la fausse autodérision (je dis fausse, car si la narratrice, dans le roman, la jeune handicapée, en réalité, c’est l’auteur... ba oui, c’est l’auteur qui a écrit le livre et non la tétraplégique... vous suivez ???) d’user d’humour noir, jaune, vert, bleu, et de se montrer faussement irrévérencieux (alors là, je dis faussement, car sous couvert d’humour absurde, ce qui peut sembler irrévérencieux n’est en fait que de la blague, et je sais de quoi je parle) en se moquant du handicap et il s’est servi en la matière puisque le roman est monopolisé par les handicapés : la tétraplégique, le nain, le géant, la femme à barbe, les sœurs siamoises, l’homme élastique, l’homme-homard... le gendarme... non, lui, il est juste militaire.

Si l’entreprise peut sembler osée (faire rire avec le handicap), J. M. Erre n’est pas le premier à franchir ce pas. Je ne parlerai pas de ce formidable écrivain qui, en 2017, livrait l’un des plus étranges duos d’enquêteurs dans son roman « Le Psychopathe, le Dément et le Trisomique » puisque les deux détectives n’étaient autres qu’un patient d’une maison de retraite en fauteuil roulant et avec un cerveau en marmelade et un trisomique.

Par contre, comment ne pas faire un rapprochement entre l’héroïne de ce roman et le personnage de Cynthia mis en place par Thierry Jonquet pour son roman « Mémoire en cage » ? Là déjà, le personnage central du roman est une jeune handicapée en fauteuil roulant qui ne peut pas bouger, pas parler, qui bave et qui a des pensées pas très catholiques... Thierry Jonquet ne s’était pas gêné pour y aller de son humour sur la question.

On pourra également penser au magnifique film de Tod Browning, « Freaks », un film que tout le monde devrait avoir vu au moins une fois dans sa vie pour comprendre que les monstres ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

Mais revenons-en au livre de J.M. Erre, si le personnage de base, contrairement à ce que certains peuvent penser, n’est pas si original que cela, il n’en est pas moins très drôle et il est vrai que l’auteur n’hésite pas à en remettre une couche, puis une autre, puis un autre, au risque que l’ensemble devienne indigeste. Mais il a le bon goût de ne pas mettre la couche qui fait chuter la pile.

De plus, l’auteur ne se contente pas de plaisanter avec le handicap, il s’amuse aussi à se moquer des codes du roman policier et à égratigner ses confrères.

Car, par la voix synthétique de son héroïne et la volonté d’écrire un bon roman policer, il énonce, dénonce, les clichés du genre pour mieux les contourner ou tout simplement les utiliser. Parfois, il enfonce des portes ouvertes sans se faire mal, car c’est moins douloureux de passer à travers une porte ouverte qu’une porte fermée, d’autres fois, il fait montre d’un certain recul sur le genre qu’il manipule et d’une connaissance de la matière première.

Ce qui m’avait déplu, dans « Le mystère Sherlock » c’était l’abus de passages de journal de bord ou de journal intime qui est un artifice qui m’a souvent ennuyé.

Dans « Qui a tué l’homme-homard ? » J.M. Erre retombe dans ses travers (puisque l’auteur a déjà utilisé ce procédé dans « Le mystère Sherlock », donc, mais également « Prenez soin du chien », « Made in China », et peut-être d’autres encore). 

Certes, les romans policiers sont gérés par des codes et de nombreux artifices sont utilisés pour faire progresser l’intrigue ou pour tenter de faussement rythmer un récit. Parmi ces artifices, deux m’horripilent tout particulièrement, sauf quand ils sont utilisés pour une autre raison que comme artifice, c’est d’entremêler deux histoires différentes qui vont finir par se croiser, et le principe du journal intime.

Heureusement, dans le cas présent, l’auteur n’abuse pas trop de l’artifice du journal intime, sous forme de blogue, car Magoujols, bien que village reculé de Lozère est le village le plus connecté de France de par la volonté de son maire. Mais, si J.M. Erre n’en abuse pas, je pense que les passages ne servent à rien et ne font pas avancer l’intrigue. Tel que, aucun intérêt. Pour en avoir un, il aurait fallu que ces passages soient plus nombreux et servent plus l’intrigue (auquel cas il m’aurait perdu).

Pour le reste, l’auteur s’amuse et amuse le lecteur, cherchant, malgré l’aspect parodique à livrer un roman policier qui tienne debout (du moins, dans l’aspect délirant de l’ensemble). Il nous livre alors des fausses pistes, comme tout bon roman policier avant de nous proposer, comme coupable, le coupable qu’il veut le plus improbable possible, donc, le moins suspect.

Seulement, j’avais déjà envisagé la révélation bien avant que l’auteur la partage avec nous, ce qui rend le coupable moins improbable que prévu. Mais il faut avouer que le roman est tellement déjanté que tout y est envisageable, surtout ce qui ne le serait pas dans un roman plus classique.

Au final, la seconde tentative fût la bonne et si je n’avais pas aimé « Le mystère Sherlock », j’ai beaucoup aimé « Qui a tué l’homme-homard ? »...

La croisière aux nuits blanches

CouvLCANB

Marcel Priollet est un des piliers de la littérature populaire française qu’il alimentât de ses très nombreux textes sentimentaux, d’aventures, policiers ou science-fiction pendant près d’un demi-siècle dès 1910.

Marcel Priollet, on se le rappelle (ou non), a écrit sous divers pseudonymes (René Valbreuse, Henry de Trémières, R.M. de Nizerolles, M.R. Noll...), mais c’est sous son nom que parurent les deux séries policières dont je suis friand : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs ».

Bon « faiseur » pendant plusieurs décennies, se contentant souvent d’apporter au lecteur ce qu’il cherchait et de s’inscrire dans la mouvance de son époque, l’auteur s’est aguerri à partir des années 1940 et a haussé son niveau.

« La croisière aux nuits blanches » est un texte édité dans la collection « Mon Roman Policier » des Éditions du Livre Moderne en 1942, mais je soupçonne, par son style et son histoire, d’être une réédition d’un titre écrit quelques années auparavant.

LA CROISIÈRE AUX NUITS BLANCHES

Dianah Love, jeune actrice de cinéma en vogue, fait la rencontre, au casino, du célèbre détective sud-américain Pablo Burke.

Un lien se tisse entre les deux personnalités et le manager de la starlette ne tarde pas à l’inviter en compagnie de l’enquêteur pour une croisière sur son yacht.

Un soir, l’impresario sort en hurlant de sa cabine. Son portefeuille bien garni a disparu d’un tiroir. L’effraction ne fait aucun doute.

Tandis que Pablo Burke se lance sur la piste du voleur, le maroquin est retrouvé dans la veste de son propriétaire...

Marcel Priollet, on le sait, notamment à partir des années 1940, maîtrisait parfaitement le récit court inhérent aux nombreuses collections de fascicules 32 pages à la vogue à l’époque.

Le fascicule 32 pages contraignait les auteurs à une concision certaine, n’offrant qu’une dizaine de milliers de mots à ceux-ci pour développer personnages et intrigues. Autant dire que la mission était impossible et que les intrigues, dans ce genre de récits, étaient très légères et les personnages, bien souvent, au mieux, qu’esquissés.

Cependant, l’auteur nous avait démontré, notamment à travers les deux séries policières citées plus haut, que dans des récits un peu moins ramassés (une vingtaine de milliers de mots), il s’épanouissait parfaitement et parvenait à intégrer tous les ingrédients d’une bonne histoire et à dépeindre suffisamment ses personnages.

Aussi, avec un texte de 25 000 mots environ (fascicule 96 pages), censé être écrit en 1942, le lecteur pouvait-il s’attendre à retrouver toutes les qualités de l’auteur dans un tel format à une telle époque.

Malheureusement, force est de reconnaître qu’il n’en est rien. Pire, ce texte qui est publié en 1942 a le goût de ceux écrits par l’auteur au moins une décennie auparavant.

Effectivement, on sait que Marcel Priollet était friand de textes sentimentaux, qu’il en a écrit un nombre incalculable et qu’il s’est fait connaître par une écriture dont la désuétude actuelle s’inscrit dans la littérature de son époque.

Pourtant, au début des années 1940, l’auteur évolue et parvient moderniser sa plume et à réduire l’aspect sentimental de ses textes policiers.

Mais là, il n’en est rien. « La croisière aux nuits blanches », qui est issue d’une collection policière, aurait tout aussi bien pu trôner au milieu d’une collection sentimentale tant la majorité du texte tend vers ce genre littéraire. L’aspect policier est réduit à sa portion congrue et, pire, ne tient qu’à travers une intrigue à laquelle il est très difficile de croire.

Certes, les auteurs actuels nous ont habitués à proposer des criminels qui se compliquaient fortement la vie pour, au final, un résultat assez simple à obtenir autrement. Mais si cet artifice peut tenir sur 600 pages, de par le rythme imposé par un auteur et le fait qu’à la fin du récit, le lecteur a un peu oublié toutes les circonvolutions narratives ayant abouti à une révélation surprenante, sur 25 000 mots, il est bien plus ardu de faire disparaître, dans l’esprit du lecteur, l’impression que, décidément, les criminels en font beaucoup pour un résultat qu’ils auraient pu obtenir assez facilement.

C’est à ce point vrai qu’au bout de 2 tiers du texte, le lecteur penserait le texte proche de se terminer (s’il ne restait pas tant de pages encore à lire) et sent que l’auteur est arrivé au bout de son histoire (au point même que j’ai pensé que le fascicule pouvait contenir deux textes différents l’un derrière l’autre comme cela arrive parfois). Mais Marcel Priollet relance la machine avec un nouveau retournement tient encore moins la route que le précédent et qui, en plus, devient redondant.

Mis à part cela on passera sur les personnages plus ou moins lisses, la plume qui retrouve sa désuétude des décennies précédentes (ce qui me laisse à penser que ce titre est en fait une réédition), pour ne pas retenir grand-chose de ce texte pour peu que l’on soit hermétique au genre sentimental.

Au final, un texte qui aurait plus sa place dans une collection sentimentale que policière et dont l’intrigue ne tient pas vraiment debout et est faussement compliquée par un auteur à la recherche d’un moyen pour noircir les pages à venir...

Et tu verras flotter son cadavre

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Bill Disley est un reporter-détective né de la plume de J.A. Flanigham au milieu des années 1940...

Bon, tout ça, je vous l’ai déjà dit dans les dix précédents titres de la série que j’ai lus. Pour en savoir plus sur le personnage et l’auteur, je vous invite donc à les lire.

Non, aujourd’hui, pour cette onzième lecture, je n’ai pas envie d’entrer dans les détails biographique ou bibliographique de l’un ou de l’autre, mais juste de parler de plaisir de lecture.

Sachez juste une chose, pour l’instant, mes lectures des aventures de Bill Disley se sont concentrées sur des titres s’étalant entre 10 000 et 14 000 mots, un format très court qui correspond peu ou proue au format fasciculaire 32 pages de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle qui m’attire tant et dont je vous ai déjà parlé à maintes reprises, pour moult titres, issus de multiples collections, nés de la plume de tant d’auteurs, des bons et des moins bons.

Sans revenir sur tout mon parcours de lecteur de fascicules 32 pages, je tiens à mettre l’accent sur un fait très important. Ce format très court de romans (car ce ne sont pas des nouvelles, mais bien des romans) offre une latitude très réduite aux auteurs s’y confrontant. Les contraintes inhérentes à ce format sont souvent un piège dont l’auteur ne parvient que très rarement à s’extraire et, souvent au détriment de l’intrigue, de la narration ou bien de coupes drastiques qui ne passent pas inaperçues.

Jusqu’à présent, je ne notais qu’un seul auteur ayant réussi à exceller dans ce format : Charles Richebourg et sa série des « Odilon Quentin ». L’homme maîtrisait à la fois le format, la narration et son personnage suffisamment pour parvenir à proposer, à chaque fois, une lecture de qualité.

Depuis peu, j’ajoutais à cette très courte liste, l’auteur René Byzance et sa série des « Enquêtes du Professeur » qui, grâce à une plume altière et un humour latent, parvenait à faire oublier certaines faiblesses de son histoire et de sa narration.

Maintenant, force m’est de reconnaître que Charles Richebourg est largement supplanté par J.A. Flanigham qui, avec sa série des « Bill Disley », parvient à insuffler dans un format si court, tant de qualités qu’il m’était, jusqu’à présent, impossible d’imaginer que cela puisse être.

Certes, je sais, vous vous dites que j’en fais trop, que j’exagère, et, vous pourriez avoir raison, vous auriez, d’ailleurs, tout à fait raison, si je ne jugeais le texte que pour ses qualités intrinsèques, occultant de facto le contexte de l’écriture de ces textes (format ultra-court, écriture probablement automatique, sans relecture ou presque...).

C’est ainsi que je juge une œuvre et c’est ainsi, pensé-je, que l’on devrait toujours les juger. Tout comme un film de série B à bas budget au tournage nécessairement réduit, ne peut pas être considéré comme un film à très gros budget bénéficiant d’un budget pharaonique, d’un temps de tournage infini, d’acteurs réputés, de moyens techniques sans failles...

Ce n’est pas pour autant que le premier est un sous-film et qu’il doit être considéré moins durement, juste, considéré en fonction de ses moyens.

La littérature populaire en général et la littérature fasciculaire en particulier, sont aux Best Sellers actuels, ce que lesdites séries B sont aux Blockbusters... et même plus que cela, car, non seulement les deux ne bénéficient pas des mêmes moyens, mais, en plus, n’ont pas la même durée pour développer leur histoire. Ce serait un peu comme comparer un film à gros budget avec un court-métrage.

Sauf que le court-métrage s’apparenterait plus à la nouvelle dans mon analogie alors que, je soutiens, que nous sommes là, dans le très court roman.

Bon, je ne vais pas épiloguer sur le sujet au risque de perdre les rares lecteurs qui se risquent à se confronter à mes chroniques, sachez juste que, pour juger un texte, je prends en considération tout un tas de paramètres, dont les conditions d’écriture.

Tout cela pour dire que, bien sûr, aucun des textes de la littérature fasciculaire ne pourra rivaliser au point de vue de l’intrigue, suspens, développement des personnages, rebondissements, à un roman à suspens de 600 pages (du moins si celui-ci est écrit par un bon écrivain), mais ce n’est pas cela que l’on attend d’une telle lecture.

Ceci dit, revenons-en à Bill Disley, à J.A. Flanigham, à Jeff et à Martin, les amis de Bill, et à ce plaisir sans cesse renouvelé (du moins jusqu’à présent) de retrouver les uns et les autres et ce, grâce au talent indéniable de l’auteur se cachant derrière ce pseudonyme.

Un talent qui mêle plusieurs qualités difficiles à trouver dans ce format : un style, un sens des dialogues, des personnages attachants, de l’humour, une vraie intrigue, une maîtrise du format et de la narration et un sens du petit détail qui fait toute la différence, qui permet de ne jamais donner l’impression d’une concision extrême.

Une fois cela dit, venons-en au titre d’aujourd’hui :

Et tu verras flotter son cadavre :

Dans une pension londonienne, une jeune veuve sans histoire est retrouvée étranglée, dans sa chambre, un fil de soie bleu autour du cou.

Lors de la fouille de la chambre, l’inspecteur Martin découvre un étrange télégramme citant en partie le proverbe chinois : « Si tu as un ennemi, assieds-toi au bord de la rivière et tu verras flotter son cadavre… »

Bill Disley, le célèbre reporter-détective, convié par le policier à apporter son aide sur l’enquête ne tarde pas à suspecter l’implication dans le meurtre du gang du « Ruban Bleu », une organisation criminelle démantelée depuis de nombreuses années…

Une femme quelconque est retrouvée étranglée dans sa chambre d’une pension, un cordonnet bleu autour du cou. Des étranges télégrammes sont découverts camouflés dans les replis de son chapeau. Des messages évoquant une vengeance... 

Bill Disley, mandé par l’inspecteur Martin pour apporter son aide, pense immédiatement à la bande du « Ruban Bleu » un gang qui sévissait il y a plusieurs années et qui a été démantelé.

Il fait appel à son ami Jeff, ancien pickpocket et qui a encore ses entrées dans le milieu, pour se renseigner sur les membres de cette bande. Dans la foulée, les deux amis échappent miraculeusement à une tentative de meurtre, par empoisonnement durant la nuit et découvre un ruban bleu déposé chez lui. Bill Disley en est maintenant sûr, la bande du « Ruban Bleu » s’est reformée.

Bill Disley est un personnage savoureux, il faut bien l’avouer, mais c’est, surtout, dans son interaction avec ses amis, Jeff en tête, qu’il s’avère le plus drôle, voire le plus touchant.

Et là, Jeff va prendre une bonne part à l’aventure et l’on peut dire que le grand bonhomme est plutôt amusant lui aussi, à sa façon (du moins, quand il n’a pas décidé de vous mettre son poing dans la gueule).

Mais, si en plus, Martin s’en mêle, Martin et son flegme qu’il perd trop souvent en présence de Bill, alors, on peut être certain de passer un bon moment.

Et c’est donc un excellent moment que l’on va passer avec les trois amis, et ce, même si l’histoire est un peu plus excentrique que d’ordinaire, un peu moins claire et peut-être même un peu moins intéressante.

Car le trio fonctionne à la perfection. Il fonctionne si bien, ce trio, qu’il fonctionne encore à deux, et ce, quel que soit le second. Mieux encore, il fonctionne aussi à quatre quand le gros Bob, le patron de Bill, intervient à son tour, ce qui n’est guère le cas ici.

Au final, un très bon moment de lecture en compagnie de Bill et ses amis grâce au talent indéniable de l’énigmatique J.A. Flanigham.

Du poulet au menu

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Tiens, ça faisait bien longtemps que je ne m’étais pas « tapé » un petit Sana de derrière les fagots.

Oui, car on se jette un San Antonio derrière les lunettes comme on se jetterait un alcool fort derrière la cravate. C’est bon, ça enivre, mais faut le consommer avec modération sinon, on risque de finir aux Sananonyme, ces lecteurs compulsifs des œuvres de San Antonio qui tremblent, bavent et se transforment en zombies quand ils n’ont pas leur dose.

Du coup, un petit Sana de temps en temps, ça ne fait pas de mal, ça fait même plutôt du bien. Ça détend, ça fait sourire bêtement (on sourit toujours bêtement de toute façon, surtout quand on est un homme, encore plus quand on est chauve) et ça grille quelques neurones à force de chercher les jeux de mots même là où il n’y en a pas, surtout là où il n’y en a pas (car, là où il y en a, on finit toujours ou presque par les trouver. Alors que là où il n’y en a pas...)

« Du poulet au menu » est donc la 29e dose que m’a fourguée Frédéric Dard qui, plus fort que le dealer du coin, parvient à filer ses doses à ses camés même quand il est canné.

Et qu’il s’annonce fameux ce « shoot » de Sana, puisque le dealer y a mis triple dose en ajoutant les ingrédients qui déchirent : du Pinuche et du Béru.

Du poulet au menu :

Lorsque la grande aiguille de ma montre a fait sa révolution sur le cadran, la porte de l’usine se rouvre et mon zigoto réapparaît. Il est plus furtif qu’un souvenir polisson et il se met à foncer dans la partie obscure du quai, la tronche rentrée dans les épaules... Il marche vite, sans courir cependant... Il semble avoir peur... Oui, pas de doute, il est terrorisé... Je lui laisse du champ et je démarre en douceur. Soudain, il se cabre. Dans l’ombre, devant lui, se tient une seconde auto, tous feux éteints... Il marque un temps et s’écarte pour passer. Dedans, j’aperçois vaguement deux silhouettes... 

Ce qu’il y a de bien avec San Antonio, c’est que selon l’édition (et il y en a eu), on a également le plaisir de la couverture. Moi, je préfère de loin celles illustrées par le génial Michel Gourdon, et c’est tant mieux, car, généralement, il y en a deux différentes pour les titres (selon l’édition, toujours).

San Antonio fait toujours dans l’espionnage et a charge de surveiller un espion redoutable sauf que l’espion ne fait pas grand-chose de ses journées. Tout juste s’il rencontre un type qui n’a pas l’air très content de la conversation. Alors, puisque l’espion ne fait rien autant s’intéresser à l’autre type, d’autant que celui-ci finit par se rendre à la police pour se plaindre qu’on veut l’obliger à forcer un coffre, mais que lui est repenti. Bref, voilà un bon moyen de coincer l’espion si le casse a lieu et qu’on suit le casseur. Sauf que, comme toujours dans les romans et les films, rien ne se passe comme prévu, sinon... y’aurait pas d’imprévus.

Notre San Antonio national est cette fois-ci accompagné de ses deux compères, le vieux Pinuche et le gros Béru, surtout dans la seconde partie de ce court roman où tous les trois sont obligés d’embarquer sur un paquebot en route vers l’Amérique pour retrouver des documents volés.

Si l’intrigue n’est pas aussi bien maîtrisée que par le passé, elle est, il faut l’avouer, bien secondaire par rapport aux frasques du trio. Il faut dire que les trois font le trio, surtout les deux qui font la paire... d’andouilles.

Jeux de mots, maître Capello, sont au menu et on surprend Frédéric Dard à se lancer tête baissée dans les calembours sur les patronymes des personnages secondaires. C’est un peu bas du front, je dois l’avouer, mais parfois drôle. Mais ça a un grand inconvénient, quand on ne trouve pas le jeu de mots dans un nouveau nom, on ne sait pas si on est con ou si l’auteur n’en a pas mis (comme j’ai une haute considération pour ma personne, je me persuade qu’il n’en a pas mis partout).

Le roman est très court, suffisamment court pour qu’on ne s’ennuie jamais et, d’ailleurs, on ne s’ennuie jamais. Pour autant, on peut regretter tout de même que l’histoire ne soit pas un peu plus étoffée.

Cependant, force est de reconnaître que la seule présence du trio est un grand atout et toujours source de sourire.

Pour l’histoire, tiens, peut-être que le problème vient du fait qu’elle soit coupée en deux puisqu’en me penchant sur le titre suivant « Tu vas trinquer San-Antonio », l’histoire débute là où elle en était restée dans « Du poulet au menu », c’est-à-dire sur le pont du bateau en Amérique.

Aussi, pas la peine de chercher ma prochaine lecture, elle est toute trouvée. Sana, me voilà !

Au final, pas le meilleur épisode de la série, notamment à cause d’une histoire un peu simpliste, mais rehaussé tout de même par la présence du meilleur trio que l’on ait fait depuis « Les trois mousquetaires » (mais c’est normal, ils ont triché, ils étaient 4).

25 avril 2019

Sant Jordi Perpignan 2019

 

CouvLEEC

Attention, recyclage : OXYMORON Éditions, soucieux de l’environnement, se lance dans le recyclage de mots (car on ne parle pas assez souvent des phrases abattues et jetées au vide-ordures après lecture).

Fut un temps, jadis, Saint-Georges combattit un vilain méchant dragon dont le cœur se transforma en bouquet de roses rouges. Opportuniste, Saint-Georges offrit les roses à la princesse qu’il convoitait. Celle-ci, en retour, lui donna un livre.

Les années passant, la tradition s’est principalement développée dans le Pays catalan jusqu’à ce que la Chambre des Libraires de Barcelone, en 1926, crée le « Jour du Livre » pour le 23 avril, le jour de la Saint-Georges, la Sant-Jordi, date qui correspond, également à la mort de Cervantes, de Shakespeare et de Inca Garcilaso de la Vega (tous trois morts le 23 avril 1616).

Depuis, l’UNESCO a décidé de déclarer cette journée comme « Journée mondiale du livre et des droits d’auteur ».

Du coup, cela vous permet, chaque année, d’assister à la manifestation « Le Livre et La Rose » regroupant auteurs et éditeurs, sur le quai Vauban à Perpignan.

Bon, comme chaque année, je reprends mon petit laïus de présentation, autant parce qu’il est efficace que parce que je suis partisan du moindre effort.

Mais l’effort, une fois encore, cette année, je le ferai pour me rendre sur le quai Vauban de Perpignan ce samedi 27 avril 2019, de 9 h à 17 h afin de vous présenter le catalogue d’OXYMORON Éditions, composé en partie de mes romans et en autre partie d’une sélection de rééditions de la littérature populaire policière de la première moitié du XXe siècle.

Comme chaque année, pour la Sant Jordi, sortira le nouveau roman de KAMASH, « L’Épistolier était chargé ! », le nouvel opus de la série « M.A.D. » (Marc-Antoine Decome).

Ce sera donc l’occasion de retrouver les deux personnages déjantés qui ont enchanté les lecteurs qui ont lu l’ouvrage ainsi que le style bien particulier qui me caractérise.

Et bien sûr, vous pourrez vous délecter les romans précédents de KAMASH : « Marc-Antoine Decome, détective », « Wan & Ted – Le tueur aux fourmis », « Wan & Ted – Main Basse sur le Castillet », « Wan & Ted – Jeu de haine à mourir », « Wan & Ted – Le Mystère sang & or », « Wan & Ted – Experts sans gains », « Wan & Ted », « P’tit Prolo », « Le Psychopathe, le Dément et le Trisomique », « Chaîne de vies »... oui, ça commence à en faire...

Mais vous pourrez également vous délecter d’autres textes policiers écrits par des auteurs qui sont injustement tombés dans l’oubli malgré les qualités indéniables de leur plume et qui ont fait le bonheur des lecteurs de leur époque.

Ainsi venez découvrir l’intégrale des aventures de « Toto Fouinard », les excellents romans « La momie rouge » de José Moselli, « La police est en alerte » de Gustave Gailhard, « Le poignard de cristal » de Rodolphe Bringer, « Le coup d’œil de M. Piédouche » de Fortuné du Boisgobey, « Les aventures d’un détective amateur », « Maximilien Heller » d’Henry Cauvain, « Le petit vieux des Batignolles » d’Émile Gaboriau, mais également les enquêtes de « L’inspecteur Pinson » de Jacques Bellême, celles de « Marius Pégomas » de Pierre Yrondy, les enquêtes du « Détective Lautrec » de Maurice Boué...

Alors, n’hésitez pas à venir rencontrer l’équipe d’OXYMORON Éditions, composée de KAMASH et de Canelle, et faire votre plein de bons livres, ce samedi 27 avril 2019, de 9 h à 17 h sur le quai Vauban de Perpignan. 

21 avril 2019

Une macabre substitution

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25e épisode de la série « Marius Pégomas » né de la plume de Pierre Yrondy et initialement édité aux éditions Baudinière en fascicules 32 pages, double colonne en 1936. La série compte 35 épisodes.

Pierre Yrondy est un auteur de la littérature populaire dont la biographie est extrêmement difficile à cerner. Probablement de la famille de l’illustrateur Édouard Yrondy, journaliste, auteur, acteur et metteur en scène de théâtre, il est principalement connu pour avoir écrit deux séries fasciculaires, « Marius Pégomas », donc, mais également « Thérèse Arnaud, espionne française », une série parue en 1934 aux éditions Baudinière, sous le même format fasciculaire 32 pages double colonne, et qui compte plus de 60 épisodes.

Si on ignore la date de naissance de l’auteur et sa date de décès, on sait tout de même qu’il participa, en 1928, à un Rallye Paris-Berlin en tant que passager dans une vieille voiture datant de 1889.. une Locarno.

UNE MACABRE SUBSTITUTION

Marius PÉGOMAS, le célèbre détective marseillais, est chargé par une compagnie d’assurance de confirmer l’identité de la victime d’un accident de voiture avant de verser la prime aux bénéficiaires, les deux frères du défunt.

Mais si l’enquête permet d’établir que le comportement des résignataires est étrange, elle met surtout en lumière des détails immisçant le doute quant à l’aspect accidentel du décès…

Ce 25e épisode de la série est dans la lignée des épisodes précédents qui amorçaient déjà un virage dans le style de celle-ci. Virage, certes, léger, mais qui est suffisamment notable pour le signifier.

C’est-à-dire que le tout début de la série, du fait d’un récit de courte taille, environ 13 000 mots, se concentrait sur l’excentricité de son personnage principal, le fantasque détective marseillais Marius Pégomas. Celui-ci, de par son comportement quelque peu étrange, voire, totalement foutraque apportait une dose d’humour qui faisait oublier que l’aspect policier des épisodes passait très largement au second plan. C’était à ce point vrai que, bien souvent, Marius Pégomas résolvait les enquêtes sans faire part aux lecteurs de la façon dont il s’y était pris, permettant ainsi à l’auteur d’éviter de se creuser le citron pour trouver un cheminement d’indices et de pensées tout en évitant de trop s’étendre afin de respecter le format court.

Mais, après une quinzaine d’épisodes, soit par volonté de changer un peu, de se rapprocher plus du vrai polar, de proposer autre chose ou bien pour respecter les désirs des lecteurs, Pierre Yrondy s’est mis à développer plus la recherche de la vérité. Mais, comme les épisodes n’étaient pas extensibles, pour respecter le format, l’auteur était contraint de prendre d’un côté ce qu’il offrait de l’autre et c’est forcément les frasques de Pégomas qui en pâtirent.

Du coup, les épisodes devenaient moins drôles, mais la conclusion des enquêtes était moins frustrante du fait que l’on savait, désormais, comment s’y était pris le détective.

Pour autant, fallait-il amoindrir la part humoristique de la série pour amplifier celle policière (en sachant, de toute façon, qu’avec 13 000 mots, même avec la meilleure volonté du monde, l’auteur ne pourrait jamais proposer une intrigue digne de ce nom ???), c’est une question à laquelle, peut-être, tous les lecteurs n’auront pas la même réponse.

Pour ma part, je dirais un grand NON !

Certes, les conclusions à l’emporte-pièce de Pégomas dans le début de la série étaient sujettes à frustrations, mais toutes les simagrées du personnage compensaient largement ce défaut.

Puis, si l’histoire était moins intéressante, l’intrigue vraiment banale, le style moins virevoltant, on avait toujours la compensation de ces grands moments déjantés que Marius Pégomas nous offrait.

Désormais, il suffit que le récit, en lui-même, soit un peu en deçà pour que le plaisir de lecture en pâtisse quelque peu.

Cependant, « Une macabre substitution » est un bon compromis entre les deux versants de la série.

Sans posséder une intrigue de haute volée, l’histoire se suit sans déplaisir. Et sans que Marius Pégomas retrouve son excentricité d’antan, il est suffisamment fantasque pour provoquer le sourire.

Mais, l’épisode est aussi propice à mettre en avant l’astuce de l’auteur pour remplir les pages avec une intrigue moyenne (astuce utilisée encore souvent par les auteurs d’aujourd’hui) qui consiste à faire des récapitulations de l’affaire par l’enquêteur. Celui-ci réorganise ses informations à « haute voix » ou, dirons-nous, à « haute encre », ce qui permet de tenir la distance même quand on n’a pas énormément de choses à étaler.

On notera également que l’auteur se passe de plus en plus souvent de ses tics d’écritures du début de la série, tics notables, parfois risibles, mais qui apportaient une touche d’audace à son style, comme l’utilisation de métaphores un peu hasardeuses, de changements de temps brutaux, de phrases rabotées afin de changer le rythme de son récit.

Au final, si la série conserve son virage amorcé depuis une dizaine d’épisodes, « Une macabre substitution » s’avère être plutôt un bon épisode de cette seconde mouture.