Loto Édition

19 août 2018

Le fantôme noir

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5e aventure de Robert Lacelles, le gentleman-cambrioleur au grand cœur né de la plume de Claude Ascain, alias Henry Musnik, un pilier de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle.

Pour en savoir plus sur Claude Ascain, je vous invite à lire mes autres chroniques ou à faire des recherches sur Internet.

Pour en savoir plus sur Robert Lacelles, on peut dire que c’est un clone un peu plus moderne (à peine) d’Arsène Lupin.

LE FANTÔME NOIR : Le fantôme noir du prieuré de Graude existe, Jacques Delmont en est sûr, il l’a vu, mieux, il l’a imprimé sur pellicule en prenant un cliché d’un couple d’amis, près du couvent. Mais le spectre n’apparaîtrait que pour désigner une personne qui va bientôt mourir. Aussi, quand l’homme photographié périt au volant de sa voiture, tout semble présager que la superstition n’en est pas une. Témoin de l’accident par un malencontreux hasard, Robert LACELLES ne va pas résister à la curiosité de confronter son esprit cartésien à la légende du « fantôme noir ».

Alors qu’il est en balade en voiture, Robert Lacelles décide de faire un petit détour pour voir son ami Vauxier. Sur la petite route le conduisant au château de ce dernier (oui, Robert Lacelles a des amis fortunés, c’est le moins pour un gentleman-cambrioleur), il est doublé par une voiture qui roule à tombeau ouvert. Quelques lacets plus loin, un paysan l’arrête, car il vient d’y avoir un accident. La fameuse voiture a loupé un virage, le chauffeur est mort. Robert Lacelles apprend du paysan que le défunt logeait au château de Vauxier et décide donc d’amener le corps là-bas. 

Sur place, il apprend que la veille, Vauxier et des amis sont allés se promener au prieuré de Graude, réputé pour son fantôme noir dont l’apparition signerait la mort de celui à qui il apparaît. Delmont, un autre ami de Vauxier, y aurait fait une photo du chauffeur décédé et sur la photo, on y distingue le fameux fantôme.

Mais Robert Lacelles a un esprit très cartésien et il ne croit pas aux fantômes, aussi, va-t-il faire en sorte de découvrir ce qui s’est réellement passé.

Petite aventure pour Robert Lacelles dans laquelle, une fois n’est pas coutume, le cambrioleur ne cambriole pas, mais se contente de rendre la justice.

Petite aventure, car, comme les autres de la série, elle a été éditée, en tout premier lieu, dans une collection de fascicules de 32 pages (« Mon Roman Policier », aux éditions Ferenczi, dans les années 1950). L’histoire ne s’étale guère sur 9000 mots, une taille insuffisante pour poser une intrigue haletante et des personnages recherchés. Ce n’est donc pas ce que l’on attend quand on entame la lecture d’un tel texte. Non, ce que l’on en attend, c’est un court et bon moment de lecture pour une fringale littéraire ou quand on n’a pas beaucoup de temps à consacrer à sa lecture et que l’on ne veut pas rester en suspens dans une histoire en cours.

Les aventures de Robert Lacelles remplissent correctement leurs offices sans pour autant révolutionner le genre. Il faut avouer que le format court, notamment celui des fascicules 32 pages qui dépassaient rarement les 10 000 mots, est un format contraignant qui permet difficilement de briller. Beaucoup d’auteurs, mêmes des réputés, s’y sont essayés, beaucoup ont échoués, quelques-uns s’en sont sortis sans heurts et très peu sont parvenus à exceller.

Claude Ascain, lui, sans atteindre les sommets de la série de même taille, « Odilon Quentin » de Charles Richebourg, parvient tout de même à tenir la barre et à proposer un court roman agréable à lire et fluide (ce qu’il n’était pas parvenu à faire sous un autre pseudonyme, Florent Manuel, et avec un autre personnage, Yves Michelot).

Au final, un texte idéal pour une courte lecture qui sans vous laisser béât d’admiration, vous fera passer un bon petit moment. 

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Un scandale mondain

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Nouvelle aventure de Robert Lacelles, le gentleman cambrioleur au grand cœur né de la plume de Claude Ascain, alias Henry Musnik, l’un des piliers de la littérature populaire de langue française de la première moitié du XXe siècle.

Claude Ascain, auteur né au Chili, mais écrivant en français, a eut une production immense, sous ce pseudonyme ou d’autres (Pierre Olasson, Florent Manuel, Alain Martial, Gérad Dixe, Jean Daye...) et est le créateur de quelques héros récurrents dont Robert Lacelles, un clone, un peu plus moderne, d’Arsène Lupin.

Robert Lacelles a vécu près d’une vingtaine d’aventures principalement publiée, à l’origine, dans une collection de fascicules policiers de 32 pages des éditions Ferenczi & fils.

UN SCANDALE MONDAIN : Robert LACELLES, le gentleman-cambrioleur au grand cœur, a la surprise de trouver une jeune femme évanouie, à l’arrière de sa voiture, après s’être arrêté acheter des cigarettes. Une fois chez lui, son invitée qui malgré une vêture très modeste démontre une certaine éducation lui explique qu’elle est victime d’un terrible complot qui vise à la faire passer pour folle afin de la spolier de sa fortune. Robert LACELLES va alors s’employer à l’aider pour rétablir la vérité…

Une fois n’est pas coutume, Robert Lacelles ne va pas se contenter, dans cet épisode, de voler son prochain, mais plutôt de voler au secours de sa prochaine.

Alors qu’il s’arrête pour acheter des cigarettes, une jeune femme en profite pour se cacher à l’arrière de sa voiture afin d’échapper à des poursuivants.

N’écoutant que son grand cœur, au lieu de déloger l’intruse, Robert Lacelles la conduit chez lui afin d’écouter son histoire. 

Celle-ci prétend que suite à un accident de voiture en compagnie de sa cousine, son mari a profité de la mort de cette dernière pour la faire passer pour sa femme, afin de mettre la main sur se fortune. Pour ce faire, il a fait passer auprès de tout le monde son épouse pour sa cousine et l’a gardé enfermé chez lui afin qu’elle ne dévoile rien. Heureusement, elle est parvenue à s’échapper, mais, poursuivie par des hommes de main de son mari, elle a trouvé refuge dans la voiture de Robert Lacelles.

Ce dernier, croyant à la sincérité de la jeune femme, lui apporte son aide et décide de faire rétablir la vérité.

Robert Lacelles va donc devoir prouver les dires de son invité alors que personne, à part le mari, ne peut confirmer ses dires. Peu importe, le cambrioleur sait y faire et va monter un plan machiavélique pour obtenir gain de cause.

Roman très court (pas tout à fait 8500 mots) durant lequel Robert Lacelles et son créateur ne vont pas avoir de temps à perdre. C’est dire que l’intrigue va être légère et que les choses vont très rapidement se décanter, mais c’est le lot de tous les textes des fascicules de 32 pages de l’époque, aussi n’en est-on pas surpris. On lit ce genre de romans en connaissance de cause. Autant dire que la lecture d’un fascicule 32 pages ne remplit pas le même office que celle d’un roman de 700 pages.

Pour autant, l’aventure est agréable à lire et la générosité de Robert Lacelles fait plaisir à lire. Et puis, c’est toujours drôle de repenser à tous ces gadgets de l’époque qui, volumineux et chers, sont, désormais en possession de tout le monde pour une somme modique.

Au final, encore une bonne aventure de Robert Lacelles. L’auteur gère correctement les contraintes du fascicule 32 pages et nous livre une histoire fluide et correcte.

12 août 2018

Le maître de la cambriole

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Claude Ascain, de son vrai nom Henry Musnik, est un des auteurs les plus prolifiques de la littérature populaire française bien qu’il soit né au Chili.

D’abord journaliste sportif (il écrira notamment plusieurs courts romans policiers se situant dans le monde du sport sous le pseudonyme de Jean Daye), il devient écrivain et abreuve les collections (principalement des éditions Ferenczi) sous de nombreux pseudonymes : Claude Ascain, Jean Daye, Alain Martial, Gérard Dixe, Pierre Olasso, Florent Manuel, Paul Braydunes, etc.

Il a principalement œuvré dans les genres « Policier », « Aventures » et « Science-Fiction ».

Sa production est immense et parvenir à en faire une liste exhaustive relève de l’impossible.

Comme de nombreux auteurs de littérature populaire de l’époque qui produisaient énormément, Henry Musnik crée des personnages récurrents, la différence étant le nombre assez imposant de ces personnages que l’auteur utilise régulièrement.

Parmi ceux-ci : Robert Lacelles, le gentleman-cambrioleur, le Cambrioleur Invisible, le cambrioleur au grand cœur.

LE MAÎTRE DE LA CAMBRIOLE : Robert LACELLES, alias le « Cambrioleur Invisible », lors d’une de ses équipées nocturnes chez un riche et vieux célibataire, met la main sur un lot de diamants et une étrange pièce ancienne. Quand le neveu de la victime est accusé du vol et arrêté par la police, Robert LACELLES n’écoute que son bon cœur et va se charger de faire libérer le malheureux sans se douter qu’il se mêle à une bien dangereuse affaire…

En littérature populaire, comme en chimie (ainsi que le disait Antoine Lavoisier), rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

Ainsi, les personnages de la littérature populaire d’hier inspirent les personnages de la littérature d’aujourd’hui.

Robert Lacelles, le cambrioleur au grand cœur, n’échappe pas à cette règle et c’est bien évidemment un peu d’Arsène Lupin que l’on retrouve en lui. Mais c’est également le cas de la plupart des personnages de cambrioleurs de la littérature de l’époque (John Strobbins de José Moselli, Géo Nox de Paul Maraudy, l’Homme au stylo de Marcel Idiers...).

Robert Lacelles est un trentenaire athlétique, mais svelte, élégant, intelligent, sachant se grimer, chimiste à ses heures, et doté d’un cœur généreux.

Claude Ascain nous livre une histoire de cambriolage et d’espionnage dans la veine de ce qui se faisait, mais de façon assez concise puisque le texte s’étale sur un peu moins de 9 000 mots.

Alors, bien sûr, la taille ne permet pas de proposer une histoire développée avec une intrigue de haute volée, mais l’ensemble se lit plutôt agréablement et le personnage, à défaut d’être super original, est sympathique.

Au final, Claude Ascain nous propose une petite histoire autour d’un cambrioleur sympathique qui remplit bien son office : divertir le lecteur. 

L'homme de Fresne

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Claude Ascain, de son véritable nom Henry Musnik, un auteur de langue française né au Chili, est un des piliers si ce n’est LE pilier d’une certaine littérature populaire française.

Je dis « d’une certaine littérature populaire », car l’auteur a principalement évolué dans le monde de la littérature fasciculaire, ces courts romans de 32, 64, 96 ou 128 pages qui, s’ils ont ravi plusieurs générations de lecteurs, n’ont jamais permis à leurs auteurs d’accéder à la postérité.

Claude Ascain, sous ce pseudonyme ou d’autres (Pierre Olasson, Florent Manuel, Alain Martial, Gérard Dixe, Jean Daye...) ou sous son nom, est à l’origine d’une immense production qui a abreuvé diverses collections de l’éditeur culte de l’époque : Ferenczi & fils.

Avec un si grand nombre de titres à son actif, il n’est pas étonnant de constater que l’écrivain usait souvent des mêmes personnages.

Parmi ceux-ci : Robert Lacelles, le gentleman-cambrioleur au grand cœur, aussi surnommé le Cambrioleur Invisible.

Sorte d’Arsène Lupin un peu plus moderne et moins désuet, mais avec la même générosité de cœur, la même, propension à se déguiser et, surtout, les mêmes accès dans le grand monde grâce à sa double vie.

L’HOMME DE FRESNES : Robert LACELLES, un redoutable cambrioleur au grand cœur, est en panne de voiture aux alentours de Fresnes lorsqu’il reçoit l’aide d’une personne arrivant à pied. Très vite, Robert LACELLES devine que son bienfaiteur sort tout juste de la prison proche. Comme le gars lui est sympathique, qu’il paraît être doué de discrétion ainsi que d’une certaine éducation, il décide de le prendre sous son aile et de l’aider en retour. Mais quand Oscar PALAN, – ainsi se nomme l’homme de Fresnes – lui raconte son histoire et la manière dont il a été accusé d’un vol qu’il n’a pas commis, le voleur lui jure de lui rendre son honneur et de découvrir la vérité.

Alors qu’il est en panne de voiture, en pleine campagne, au petit matin, Robert Lacelles n’a d’autre solution que de pousser sa voiture dans une pente, mais, voilà, difficile de pousser et conduire en même temps. Heureusement, un type arrive, à pied, dans sa direction. Robert lui demande son aide et, devinant très vite que derrière cet homme discret ayant une évidente éducation, se cache un prisonnier qui vient d’être libéré, il lui propose, en remerciement, un billet. L’homme refuse, ce qui le rend encore plus sympathique aux yeux du cambrioleur, et demande juste à être conduit à la prochaine ville. À la place, Robert Lacelles l’amène chez lui et décide d’en faire son homme de confiance. De plus, il place la pauvre mère de ce dernier dans une maison de retraite privée, le tout à ses frais.

Oscar Palan, puisque c’est ainsi que ce nomme l’ancien détenu, offre alors à son ange gardien sa dévotion totale.

Mais quand Robert Lacelles apprend de la bouche de son protégé que ce dernier a été incarcéré à tort, il décide de laver son honneur, d’autant que cela fera la nique à l’inspecteur Jolivet, son ennemi juré, qui est le policier qui a fait arrêter Oscar Palan.

Claude Ascain nous conte une petite histoire éminemment sympathique au centre de laquelle navigue le personnage d’Oscar Palan, un ancien professeur de littérature et d’anglais, à la tête de momie, mais doué d’une discrétion et d’une philosophie qui lui confère un certain aura.

Robert Lacelles, une fois n’est pas coutume, va se muer en justicier, lui qui déteste les injustices d’autant qu’il n’accepte pas qu’un innocent soit condamné quand lui, un coupable évident, échappe toujours à la justice.

Ce roman est dans la lignée des précédents de la même série : court (moins de 9000 mots), avec une intrigue assez basique (due à la concision du texte, principalement), avec un héros sympathique à défaut d’être vraiment original et une histoire plaisante.

Au final, c’est avec un certain plaisir que l’on retrouve le personnage de Robert Lacelles qui ne fait pas que voler les riches, il aide aussi les pauvres. Claude Ascain fait bien son boulot et maîtrise correctement les contraintes du format court et casse-gueule du fascicule 32 pages.

L'homme qui s'escamote

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Claude Ascain est un auteur majeur de la littérature populaire française, au moins par sa production immense avec laquelle il abreuva les différentes collections du cultissime éditeur de l’époque (Ferenczi & fils), sous de nombreux pseudonymes (Jean Daye, Gérard Dixe, Pierre Olasso, Florent Manuel, Alain Martial...) ou sous son propre nom : Henry Musnik.

Quand on écrit beaucoup, que l’on doit beaucoup écrire, il est plus simple de se reposer sur des personnages que l’on maîtrise, raison pour laquelle les auteurs utilisent des personnages récurrents qui leur facilitent la tâche.

C’est le cas pour Claude Ascain plus que tout autre, puisque l’auteur a usé plusieurs personnages récurrents, dont Robert Lacelles, le gentleman-cambrioleur au grand cœur dont il est question dans ce titre.

L’HOMME QUI S’ESCAMOTE : Un jeune homme s’apprête à se suicider dans sa chambre d’hôtel lorsqu’il est dérangé par un voleur. Ce dernier le dissuade de mettre sa menace à exécution et lui demande la raison de sa volonté d’en finir. Apprenant que le gamin a signé des reconnaissances de dettes sous le nom de son père, auprès d’un usurier, afin de couvrir ses pertes aux jeux, le monte-en-l’air lui promet qu’il va résoudre le problème et exige qu’il retourne chez lui et qu’il renonce à son vice. Il accepte sans se douter qu’il a affaire à Robert LACELLES, le cambrioleur au grand cœur. Mais quand Robert LACELLES est là, la police n’est jamais très loin…

Bien évidemment, comme dans tout personnage de cambrioleur élégant, il y a de l’Arsène Lupin dans Robert Lacelles

Claude Ascain, malgré son métier et son expérience, nous a montré qu’il n’était pas forcément toujours à l’aise avec le format court imposé par les séries fasciculaires de 32 pages de l’époque (voir « On a tué le docteur », par exemple). Car l’exercice de style est complexe, réussir à captiver le lecteur en moins de 10 000 mots tout en lui proposant un personnage sympathique et attachant et une intrigue qui le captive a minima.

Ce pari, réussi par certains auteurs (Léo Frachet, René Thomas et, surtout, Charles Richebourg), est bien souvent perdu par la majorité des autres. Henry Musnik s’y est un peu cassé le nez sous le pseudonyme de Florent Manuel, mais il redresse la barre sous celui de Claude Ascain, du moins avec son personnage de Robert Lacelles.

Certes, rien d’original ni de transcendant dans ce très court roman, mais force est de constater que l’auteur fait le « job » en parvenant à satisfaire le lecteur et lui offrir un bon moment de lecture avec les aventures d’un personnage que l’on aura plaisir à retrouver.

Au final, Claude Ascain, alias Henry Musnik, nous propose un personnage sympathique à défaut d’original et nous livre une histoire plaisante à lire.


Cascade sanglante

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46e et ultime enquête du commissaire Odilon Quentin, un policier né de la plume de Charles Richebourg, un mystérieux écrivain de littérature populaire des années 1950 dont on ne connaît guère qu’un pseudonyme (Désiré Charlus) et qui a principalement œuvré dans le genre policier et dont la majeure partie de la production, du moins sous le pseudonyme de Charles Richebourg, est dédiée au personnage d’Odilon Quentin.

La série (qui n’en est pas une à la base puisque les épisodes étaient disséminés dans une collection policière, sans qu’ils puissent être identifiés comme mettant en scène le personnage) compte 46 épisodes dont 42 ont été édités dans la collection de fascicules 32 pages « Mon Roman Policier » chez Ferenczi et les 4 autres dans une collection 64 pages, « Police et Mystère » 2e série, toujours chez Ferenczi.

En clair, la plupart des épisodes font un peu moins de 10 000 mots, donc de très courts romans, et les autres en font le double, soit 20 000 mots.

Le format fascicule 32 pages, si vous lisez mes chroniques, vous commencez à bien maîtriser le sujet puisque nombreux sont les titres de ce format dont j’ai déjà parlé.

C’est un format qui ne laisse pas de place à la digression et qui nécessite de maîtriser parfaitement sa plume et ses personnages, pour offrir un bon moment de lecture. Si l’auteur est trop ambitieux dans son intrigue ou dans l’exposition de ses personnages, il est contraint à faire des coupes sévères pour entrer dans le moule, ce qui finit par se ressentir à la lecture du fait, au mieux, du manque de fluidité de l’ensemble ; au pire, par le manque d’intérêt tout simplement.

Je l’ai déjà dit, répété, mais, pour cet ultime épisode, pour la dernière fois où je vais vous parler d’Odilon Quentin, ce vieux commissaire à la carrure et à l’allure de marchand de bestiaux, patient et pugnace, qui préfère œuvrer depuis son bureau plutôt que d’aller sur le terrain, je vais le dire encore : Charles Richebourg (du moins l’auteur se cachant derrière ce pseudonyme) est l’un des rares auteurs à avoir excellé dans ce format (et pourtant, des auteurs comme Georges Simenon, Léo Malet, Stanislas André Steeman, Louis Thomas Cervoni, Marc Agapit... s’y sont essayés). 

CASCADE SANGLANTE : Il est étonnant de constater comment un banal accident de voiture peut vite basculer en une machiavélique entreprise d’élimination. Le commissaire Odilon QUENTIN va en faire l’amère expérience durant l’enquête sur la mort d’un jeune homme heurté par une automobile quand le médecin légiste remarque que le crâne du défunt est perforé par une balle de 7,65. Le vieux policier patauge lamentablement. La victime est un dévoyé, joueur invétéré, criblé de dettes, bien qu’étant le fils d’un riche industriel. Pourtant, Odilon QUENTIN ne baisse pas les bras et les événements vont rapidement lui démontrer que ce décès correspond à la chute du premier domino d’une terrible cascade sanglante…

Un banal accident de voiture qui se révèle être, en fait, un assassinat, il n’en faut pas plus pour qu’Odilon Quentin et toute son équipe soient chargés de l’affaire. Pourtant, malgré tout son métier, le commissaire ne s’en sort pas. La victime est un joueur compulsif, criblé de dettes, dont le père est un riche industriel.

Le meurtre du paternel redistribue les cartes, mais sans réellement ouvrir le jeu. Les pistes se multiplient (l’industriel s’entoure d’anciens détenus) sans pourtant aboutir à quelque chose. 

Mais les meurtres vont s’enchaîner, resserrant la bride sur le coupable selon le vieil adage « is fecit cui prodest » (le criminel est celui à qui profite le crime). Encore faut-il trouver qui profite des meurtres...

Cet ultime épisode, à l’origine, a été édité en fascicule 64 pages. Il a donc une taille double par rapport à la plupart des autres et fait figure de grand final du feu d’artifice littéraire que constitue la série.

Il est triste de réaliser que le commissaire Odilon Quentin raccroche les gants, mais au moins, il le fait sur un épisode plus conséquent.

Le commissaire Odilon Quentin et ses hommes sont fidèles à leurs habitudes et l’on peut voir défiler quasiment tous les personnages récurrents de la série dans cet épisode ultime.

Une nouvelle fois, le policier a affaire à des crimes à échelle humaine, mus par de vils instincts tout aussi humains. Pas de tueur en série dépravé animé par la seule folie, non, chaque tueur a un mobile qui est à chercher dans la déchéance des âmes (cupidité, vengeance...).

Comme à chaque fois, Odilon Quentin se positionne en chef d’orchestre, gérant les opérations depuis son bureau et laissant le travail de terrain à ses hommes : Chenu, Dubosc, Charron. 

En clair, rien de change pour ce dernier épisode et c’est tant mieux, car, n’ayant jamais été déçu jusqu’à présent par une enquête d’Odilon Quentin, je ne le suis pas plus pour cette ultime.

Au final, un très bon épisode, comme tous ceux de la série, dont l’unique déception réside dans le fait qu’il s’agisse de la toute dernière enquête d’Odilon Quentin et, qu’après, on devra se passer de ses services et c’est fort dommage.

05 août 2018

Tu mourras vendredi

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45e et avant-dernière enquête du commissaire Odilon Quentin qui va terriblement me manquer par la suite.

Odilon Quentin est un commissaire de police qui a 25 ans de carrière, à la carrure et la posture d’un marchand de bestiaux et a pour particularité d’adorer exercer en chef d’orchestre depuis son bureau plutôt que de se rendre sur le terrain, même s’il le fait de temps en temps.

Le personnage est né de la plume de Charles Richebourg, un auteur énigmatique qui a œuvré principalement pour les éditions Ferenczi et presque exclusivement pour la collection « Mon Roman Policier », dans les années 1950.

Pour cette collection, il n’a déployé qu’un seul personnage, le fameux Odilon Quentin (il a créé un second personnage récurrent pour quelques titres de la collection « Mon Roman d’Aventures ».)

La série (qui était noyée, à l’époque, dans les plus de 500 titres de la collection) comprend 46 titres. 

TU MOURRAS VENDREDI : Alors que le commissaire Odilon QUENTIN craint, en ce début d’été, d’être en vacances forcées, il est soulagé quand son patron lui demande de mener une enquête, même officieuse, sur le décès d’un homme qui a succombé à une forme du choléra. S’il est assez rare que cette maladie se déclare de façon isolée, c’est surtout la découverte d’un curieux message dans la poche du défunt qui engendre quelques doutes quant à l’aspect « naturel » de la mort. Celui-ci consiste en un morceau de papier sur lequel sont collées des lettres découpées dans un journal formant la phrase : « Tu mourras vendredi ».

J’ai déjà fait la remarque plusieurs fois, au cours de la série, et notamment dans le titre précédent, de la volonté de l’auteur de se présenter en tant que chroniqueur judiciaire et de se différencier de l’écrivain en général. Cette volonté marquée (que l’on ressentait, de toute façon, dans l’écriture de chaque épisode, même quand elle n’était pas signifiée), est-elle née de la contrainte du fascicule 32 pages (moins de 10 000 mots) afin d’expliquer et de justifier le manque de digressions, de circonvolutions, de fausses-pistes, de chausse-trappes, et autres artifices de romanciers ou bien tout simplement inhérentes à une déformation professionnelle d’un magistrat, policier ou autre s’étant reconverti dans l’écriture, je ne sais point. Même si, le talent de plume et de conteur évident de l’auteur fait pencher la balance vers la première solution, l’apparente connaissance du milieu qui transpire des récits, la ferait plutôt pencher vers la seconde.

Toujours est-il que, dans tous les cas, les enquêtes d’Odilon Quentin sont à la fois rudement bien menées, sans jamais sombrer dans les ornières tracées par les contraintes du format, tout en offrant au lecteur une impression que l’auteur sait de quoi il parle.

Comme toujours, Odilon Quentin fait face à des crimes à échelle humaine, bien souvent nés de la misère (misère sociale, morale, financière, sentimentale...).

Cet épisode n’échappera pas à cette habitude et c’est tant mieux, car c’est ce qui rend le policier et, souvent, les criminels qu’il arrête aussi touchants, le fait qu’ils soient juste des hommes et des femmes avec leurs qualités et leurs défauts.

Cette fois-ci, Odilon Quentin doit enquêter de manière officieuse sur un crime qui n’en est pas officiellement un. Un homme est mort d’un choléra subit, et le permis d’inhumer a été signé par le médecin et le médecin-légiste. Mais, quand l’infirmière s’occupe de regrouper les affaires du mort, elle découvre dans la poche de son manteau un message fait de lettres découpées dans un journal et collées sur un bout de papier qui sonne comme une sentence : « Tu mourras vendredi ».

Le patron d’Odilon est persuadé qu’il s’agit d’un crime prémédité alors que le commissaire trouve que la méthode du crime, si crime il y a, et ce curieux message entrent en contradiction. Assassiner quelqu’un en le rendant malade pour que le crime passe inaperçu et soit considéré naturel, ne correspond pas avec l’envie de menacer la future victime et la prévenir qu’elle va mourir.

Mais Odilon Quentin est tellement heureux d’échapper à des congés (il déteste ne pas être à son bureau), qu’il va se lancer dans l’enquête le cœur en fête.

C’est toujours agréable de retrouver ce bon vieux commissaire Odilon Quentin, mais la tristesse s’amplifie en réalisant qu’après cette enquête, il n’en restera plus qu’un seul à dévorer.

Tristesse, car, malgré mon goût pour les romans courts et, notamment, pour les fascicules 32 pages, j’ai rarement trouvé un auteur qui excellait dans ce format tant les contraintes sont nombreuses et difficiles à contourner. Les plus prolifiques auteurs s’y sont essayés, les meilleurs également (Léo Malet, Georges Simenon, Louis Thomas Cervoni) et, si certains sont parvenus à rendre copie agréable, peu, très peu, quasiment aucun, n’est parvenu à tout simplement exceller... à part Charles Richebourg avec son commissaire Odilon Quentin.

Je lie le personnage à son auteur, car je pense que la réussite de cette série tient autant aux qualités de plume de son auteur qu’à la simplicité, la rusticité et le pragmatisme de son personnage. 

Simple à décrire, en quelques mots, Odilon Quentin devient immédiatement sympathique et ses caractéristiques demeurent dans l’esprit du lecteur.

Humain, tant dans sa personnalité que dans son métier, le policier est de suite apprécié.

Les crimes qu’il a à résoudre étant eux aussi humains, ils sont bien moins extravagants que les horribles tueries perpétrées par les tueurs inventés par les auteurs d’aujourd’hui et, du coup, ne nécessitent pas que l’on s’étende outre mesure sur l’assassin, ni sur son crime, ni sur les circonstances de celui-ci ou bien les motifs.

En quelques mots, tout est expliqué, compris et c’est bien normal, car tout demeure à notre échelle.

Et c’est tout simplement la qualité première de cette série et de ses 46 enquêtes.

Au final, un avant-dernier épisode qui est tout aussi savoureux que tous ceux qui l’ont précédé. 

L'idiot aux mains rouges

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Charles Richebourg, vous devriez le connaître, depuis le temps que je vante les aventures de son commissaire Odilon Quentin. Enfin... le connaître... du moins connaître ses talents d’écrivain puisque de lui, on ne sait rien si ce n’est qu’il a écrit principalement pour les éditions Ferenczi, pour les collections policières et d’aventures (quelques titres dans le genre sentimental) dans les années 1950 et qu’il avait pour autre pseudonyme Désiré Charlus.

Pour le commissaire Odilon Quentin, on en sait un peu plus puisque le titre d’aujourd’hui est sa 44e et antépénultième enquête.

On s’entend que, quand un mot existe pour définir la place d’une occurrence d’une liste par rapport à la dernière, c’est que l’on est proche de la fin !!

Tristesse donc, après la lecture de cette enquête, il n’y en aura plus que deux à déguster.

 

L’IDIOT AUX MAINS ROUGES : Une vieille dame, aisée et philanthrope, est retrouvée sauvagement égorgée dans son appartement par sa concierge. Le commissaire Odilon QUENTIN est chargé de l’enquête même si le coupable semble évident puisqu’au moment de la découverte, l’idiot du quartier, un jeune homme ayant les facultés mentales d’un enfant baignait dans le sang de la victime et jouait avec les perles de son collier. Mais le policier en a vu d’autres en vingt-cinq ans de carrière et sait qu’il ne faut jamais faire confiance aux évidences… qui sont parfois trompeuses… 

Le commissaire Odilon Quentin est chargé d’élucider un crime sordide : une vieille dame a été égorgée à l’aide d’un rasoir avec une telle sauvagerie qu’elle a presque été décapitée.

Quand la concierge de l’immeuble découvre le corps, elle surprend, également, un jeune homme d’une vingtaine d’années, mais au Q.I. d’un enfant, en train de patauger dans le sang pour jouer avec les perles du collier de la victime.

Le commissaire se charge donc des interrogatoires liminaires dont, principalement, celui de la concierge. Celle-là lui apprend que l’idiot avait l’habitude de venir chez la victime, comme tout un tas de laisser pour compte qu’elle accueillait pour leur offrir à manger et de la compagnie, de la considération.

Tout semble donc indiquer que le faible d’esprit est le coupable, d’autant que la fortune que la vieille dame conservait chez elle est toujours dans sa cachette qu’un professionnel du vol aurait facilement découverte.

Oui, mais voilà, Odilon Quentin a appris, avec le temps, à se méfier des évidences et il va poursuivre son enquête d’autant qu’il y a plein de contradictions dans le comportement et les dires de la concierge.

Charles Richebourg conserver peu ou proue la structure des épisodes précédents pour conter l’enquête un peu à la manière d’un chroniqueur judiciaire. Il a d’ailleurs l’intelligence de se servir de cette excuse pour justifier le manque de circonvolutions littéraires ou d’apartés et autres scènes subsidiaires qu’utilisent les écrivains pour noircir les pages de leurs romans et ainsi expliquer la concision du sien, alors que la raison en est le format du fascicule 32 pages choisi pour la collection « Mon Roman Policier » 2e série des éditions Ferenczi dans laquelle il a été édité à l’origine.

Une nouvelle fois, en creusant un peu, le policier découvre plusieurs suspects potentiels qui avaient soit un motif, soit la possibilité de pratiquer le meurtre ou, à défaut, qui étaient dénués d’alibis.

Là encore il va devoir démêler le vrai du faux, séparer les différents fils qui mènent aux différentes pistes, ne conserver que le bon et découvrir le vrai coupable.

Malgré l’horreur du crime, le motif n’en sera que très humain, et sera à chercher dans la déchéance et les travers de l’Homme avec un petit « h » pour le coup (mais je laisse le gros pou préciser qu’il s’agit du groupe et non forcément d’une personne de sexe masculin).

Charles Richebourg nous démontre sa volonté, encore plus appuyée, de se proposer en tant que chroniqueur judiciaire, impression que l’on ressent depuis le début de la série puisque chaque déroulement d’enquête laisse cette impression et semble confirmer que l’auteur était assez proche du milieu policier (un ancien condé ???) ou, du moins, qu’il se refusait à toutes considérations extérieures à l’enquête. Mais peut-être que cette volonté est tout simplement née du format très court qui empêche les flâneries et que l’auteur c’est servi de cette contrainte comme d’une force ??? Qui sait ?

Toujours est-il que cette nouvelle enquête se déguste avec un grand plaisir, d’autant plus grand qu’il n’en reste plus beaucoup à découvrir.

Au final, le seul défaut de ce court roman est d’annoncer une fin très proche à la série et, aux vues des qualités de la plume, du personnage et des histoires, voilà une bien triste nouvelle.

L'énigme de la sacristie

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C’est avec un début de tristesse que je parle aujourd’hui de « L’énigme de la sacristie », 43e enquête du commissaire Odilon Quentin de Charles Richebourg.

Pourquoi cette émotion, me direz-vous ? Parce qu’après cette lecture, je prends conscience qu’il ne me reste plus que trois enquêtes du gros commissaire à déguster. Après ? Après ça, le déluge !!! 

Non, soyons sérieux et évitons les allusions mystiques, même si, en y réfléchissant bien, elles se marient à la perfection avec le sujet de ce très court roman.

Mais revenons-en à « L’énigme de la sacristie ».

Charles Richebourg est un auteur majeur (pour moi et je pense qu’il le serait pour tout le monde si on savait qui se cache derrière ce pseudo tant la qualité de plume et de narration de l’auteur démontre qu’il était un écrivain aguerri) de la littérature populaire de la moitié du XXe siècle et qui œuvra, principalement (uniquement ?) pour les éditions Ferenczi, dans trois collections de l’époque : « Mon Roman Policier » 2e série, « Mon Roman d’Aventures » et « Police et Mystère » 2e série. Mais, comme il est avéré (grâce à une enquête d’Odilon Quentin signée d’un autre pseudo) que derrière Charles Richebourg et Désiré Charlus, se cachait le même écrivain, on peut également rajouté qu’il a écrit des textes pour les collections « Le Verrou », « Mon Roman d’Amour », et même pour la collection « La vie amoureuse », pour un autre éditeur.

Toujours est-il que, sous le pseudonyme de Charles Richebourg, l’auteur n’a quasiment écrit que des enquêtes du commissaire Odilon Quentin (plus quelques courts romans pour la collection « Mon Roman d’Aventures »), soit 46 titres édités, à l’époque, presque exclusivement dans la collection « Mon Roman Policier » 2e série (seuls 4 titres ont été édités dans une autre collection : « Police et Mystère » 2e série.

Tous ces détails, dont le lecteur lambda se moque comme de sa première chemise, pour peu qu’il lui soit venu à l’idée, par le passé, de porter des chemises, ce qui ne se fait plus, il faut bien l’avouer... Quoi ? Ça se fait encore ? OK ! J’ai rien dit.

Peu importe donc, l’auteur, la seule chose qu’il faut retenir est que le bougre avait un sacré talent et, notamment, celui peu commun d’exceller dans un format pourtant très contraignant : le fascicule 32 pages.

32 pages, moins de 10 000 mots, pour poser une intrigue, un personnage, un dénouement, voilà qui n’est pas chose aisée. Et, pourtant, comme j’ai pu le constater à 42 reprises [43 même, avec un titre sans Odilon Quentin], Charles Richebourg était le meilleur dans ce domaine [du moins, le meilleur que j’ai pu lire] et, pourtant, j’en ai lu du fascicule 32 pages. Des titres écrits par des auteurs aguerris à la production immense, dont le métier ni le talent n’est plus à remettre en cause. Des auteurs qui, s’ils sont désormais tombés dans l’oubli, ont eu, à leur époque, un bon succès et ont vu leurs romans adaptés au cinéma, leurs textes adaptés à la télévision, à la radio...

Mais aucun, je dis bien : AUCUN ! si bon fût-il, n’est arrivé à la cheville d’Odilon Quentin et de son commissaire Charles Richebourg [ou l’inverse... désolé, je m’emballe].

Je m’emballe parce que l’émotion me submerge. L’émotion me submerge parce que je sais que très bientôt, dans quelques jours seulement, je n’aurais plus de nouvelle enquête de mon commissaire préféré à déguster. Je n’aurais plus de nouvelle enquête de mon commissaire préféré parce qu’il n’y a en pas plus de 46 !!! Il n’y en a pas plus de 46 parce que l’auteur n’est plus en mesure d’en écrire. L’auteur n’est plus en mesure d’en écrire parce qu’il doit être mort, depuis. Il doit être mort, depuis, car... nul n’est immortel depuis que Dieu, pour punir la Ève, l’a expulsé de l’Eden en compagnie d’Adam [oui, l’homme meurt à cause de la femme...] et l’a rendu mortel...

Mais arrêtons-là les considérations mystiques, quoiqu’elles se marient bien avec le sujet de cette 43e enquête.

L’ÉNIGME DE LA SACRISTIE : Le commissaire Odilon QUENTIN est chargé d’élucider le meurtre par empoisonnement du vieil abbé du village de Bonneuil-sur-Marne, durant une messe. Le policier, lors de ses divers interrogatoires, se rend compte qu’une guerre ouverte y oppose les dévots et les anticléricaux, chaque clan rejetant les soupçons sur l’autre avec, pour seul élément de preuve, la haine qui l’anime. Entre la justice de Dieu et celles des Hommes, Odilon QUENTIN va tout faire pour que la seconde triomphe…

Raaa, que tout ceci me lasse ! Non pas les aventures d’Odilon Quentin, mais le fait de devoir répéter la même chose, encore et encore, depuis 43 épisodes, d’expliquer au lecteur que jamais un auteur n’est parvenu, avant Charles Richebourg, et depuis Charles Richebourg, à exceller dans le format contraignant du fascicule 32 pages, avec la maestria de ce dernier, de lui vanter les qualités du gros commissaire, pourtant dépeint en quelques mots par son auteur, vous dire tout le bien que je pense de la structure de chacun de ces courts romans... pourtant, pourtant, je demeure le seul, l’unique, à mettre en avant cet auteur, cette série, ce personnage.

Ce n’est pourtant plus compliqué de déguster les enquêtes d’Odilon Quentin depuis qu’OXYMORON Éditions les réédite en numérique, pour la modique somme de 0,99 euro le titre [avec un premier titre gratuit pour permettre aux lecteurs de se faire une idée sans débourser un cent].

Alors, qu’attends-tu, toi, pour découvrir Odilon Quentin, en faire l’apologie sur ton blogue, ton Twitter, ton Facebook, auprès de tes amis, de tes parents, de tes proches pour, qu’enfin, Odilon Quentin obtienne le statut qu’il mérite de héros incontournable de la littérature...

Mais bon, revenons-en au court roman qui nous intéresse aujourd’hui.

Un meurtre a eu lieu durant la messe. Un vieil abbé a été empoisonné à la nicotine. Odilon Quentin, une fois n’est pas coutume, se déplace dans le petit village et commence à interroger les habitants et finit par se rendre compte qu’il existe une tension entre les proches du curé et la famille d’un herboriste du village qui est considéré un peu comme un sorcier.

Pourtant, d’un côté comme de l’autre, des personnes sont suspectes, ont des intérêts dans le meurtre du curé... un si brave homme.

Une fois encore, le crime qu’Odilon Quentin a à résoudre est à échelle humaine [pas de tueurs en série sanguinaires, de complots politiques à échelle internationale...] et quoi de plus humain que la dissension existant entre les bigots et les athées.

Le sujet permet à l’auteur d’égratigner à la fois les grenouilles de bénitier et leurs opposants sans jamais chercher à faire forcément des généralités.

Le procédé n’est pas nouveau, mais il est également l’essence même d’une intrigue, courte ou longue, mais les pistes et les suspects sont multiples. Les éléments pointent parfois l’un parfois l’autre et charge est au policier de démêler cet écheveau et de trouver le bon fil qui le conduira au bon coupable.

Que dire de plus si ce n’est que, comme toujours, l’histoire est bien menée même si le format court de lui permet pas de rivaliser avec celles des romans policiers fleuves. Le personnage principal, bien que moins esquissé que dans la plupart des autres titres est toujours aussi humain et attachant, et que l’ensemble se lit avec un grand plaisir.

Au final, encore un bon épisode, mais il n’y en a pas de mauvais, autour du commissaire Odilon Quentin dont la seule déception est de penser qu’il nous rapproche de la dernière enquête de ce sympathique policier.

Le puits qui parle...

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Marcel Priollet est un auteur majeur de la littérature populaire dont je vous ai déjà parlé pour de multiples titres.

Après la lecture de deux séries policières des années 40, « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs », je me plonge, désormais, dans sa production pour la collection culte « Mon Roman Policier », 1re série, de l’illustre éditeur Ferenczi, datant des années 1920.

Comme je l’ai déjà spécifié pour d’autres titres de ladite collection, Marcel Priollet était un bon « faiseur », entendez par là qu’il savait très bien surfer sur les thèmes, les styles et les contraintes de son époque et de la collection qu’il intégrait.

C’est une nouvelle fois le cas dans le très court roman qui nous concerne aujourd’hui, ou, plutôt, celui-ci étant un des premiers titres de la collection, c’était déjà le cas avec ce très très court roman.

 

LE PUITS QUI PARLE… : Nice. Le carnaval. La comtesse de Brévelines, déguisée en gitane, se trouve aux prises avec un admirateur insistant travesti en Arlequin. Quand minuit sonne, l’amoureux éconduit annonce à la jeune femme qu’à cette heure, son mari qui jouait au Casino de Monte-Carlo doit être mort. Quelques semaines plus tard, la veuve emménage dans sa propriété familiale qui a la réputation d’être hantée. Très vite, la fillette de la comtesse raconte qu’elle entend des voix sortir du puits du parc. Le notaire, ami de la famille, qui se passionne pour les énigmes et les mystères et se prend pour un bon détective, décide de mener son enquête…

 

Effectivement, Marcel Priollet nous livre là un court roman dans la veine de ce qui se faisait à l’époque. Il aborde des thèmes qui étaient très prisés comme le mystère et une touche de sentimental (dont Marcel Priollet était un fervent adepte puisqu’il a écrit un nombre incalculable de textes pour des collections sentimentales).

Par rapport aux autres titres dont je vous ai déjà parlé, celui-ci s’étale sur 48 pages là où les autres le font sur 32 pages.

Plus d’espace, ce qui permet à l’auteur de mieux s’épandre et au lecteur de plus s’éprendre, d’une histoire, d’une plume, de personnages.

Car, si Marcel Priollet savait mener sa barque sur 32 pages, comme il nous l’a déjà montré, il excelle d’autant plus si on lui laisse un peu plus de marge.

C’est donc le cas dans ce titre puisqu’au lieu des 10 000 mots, des titres suivants de la collection, l’auteur peut user de 17 000 pour ce roman-ci.

Mais l’auteur nous livre une pointe d’humour, ce qui n’était pas forcément le cas dans les autres titres de l’auteur issu de la fameuse collection, avec le personnage du vieux notaire (un vieillard qui n’a qu’une soixantaine d’années !!! Ce n’est pas une façon de parler puisque, aussi surprenant que cela puisse paraître, d’après les chiffres trouvés, l’espérance de vie des hommes en 1920 était de 52 ans) qui se prend pour Sherlock Holmes à tel point que cela devient pour lui une obsession de trouver le nœud de l’énigme.

Au final, un court roman agréable à lire pour peu que l’on apprécie le style et les sujets de l’époque.

29 juillet 2018

La machine à rendre fou

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Continuons notre découverte de la production de Marcel Priollet, un auteur majeur de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle, pour la collection culte « Mon Roman Policier », 1re série, des éditions Ferenczi, datant des années 1920.

Marcel Priollet, je vous en ai déjà beaucoup parlé pour ses deux séries policières « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs », mais aussi pour ses autres participations à la fameuse collection ferenczienne.

 

LA MACHINE À RENDRE FOU : Le policier français Jean CLAUDEL est délégué dans la province basque espagnole pour aider les autorités locales qui sont impuissantes à résoudre le mystère de la disparition d’une riche châtelaine. Alors qu’il n’a pas encore entamé son enquête, un vieil homme demande à le rencontrer à son hôtel et lui annonce qu’il est l’assassin de la femme recherchée. Jean CLAUDEL, plutôt que de se réjouir d’avoir clôt l’affaire aussi rapidement, exige des éclaircissements auprès du vieillard, mais celui-ci est incapable de lui en fournir...

Découvrir les textes de Marcel Priollet édité dans « Mon Roman Policier », 1re série, après avoir lu la production plus tardive de l’auteur est un double voyage. Voyage littéraire, dans une époque marquée par un style et des sujets, mais également voyage dans un style, en constatant la différence qu’il peut exister entre les productions de l’auteur pour une collection généraliste dans laquelle il s’est fondé et collection spécifique qui n’existe que pour accueillir ses textes et son ou ses personnages.

Ce double voyage permet de constater, dans un cas, que Marcel Priollet était un bon auteur, et dans l’autre cas, que c’était également un bon « faiseur ».

Mais l’on constate également que l’homme était capable de surfer sur les sujets et les genres à la mode.

J’en avais déjà parlé avec d’autres titres de la même collection, et les sujets abordés comme l’exotisme, l’américanisation, le grimage... 

Autre titre, autre sujet, que je n’aborderais pas pour ne pas déflorer l’intrigue, mais on retrouve ici un sujet très utilisé à l’époque dans le genre policier, mais pas que.

Marcel Priollet crée, pour l’occasion (je ne pense pas que le personnage revienne dans un autre titre) le policier Jean Claudel, un français qui va épauler ses homologues espagnols qui sèchent devant la mystérieuse disparition d’une riche châtelaine.

Du fait de la concision des titres de la collection (ici, environ 11 000 mots), on comprend, une nouvelle fois, que l’auteur se concentre sur l’action plutôt que sur le cheminement de pensée. D’ailleurs, le parti pris est assumé d’entrée de jeu en spécifiant que Jean Claudel est un homme d’action plus que de réflexion. C’est donc, une nouvelle fois, à un court roman policier d’aventure ou d’action, que l’on va pouvoir lire avec ce titre.

Si le sujet est un peu daté, l’ensemble se lit de façon très agréable, notamment grâce à une narration qui remplit bien son office.

Au final, encore un petit roman de Marcel Priollet qui se lit avec plaisir même s’il ne marquera pas les esprits outre mesure, mais c’est le lot des textes de cette concision.

La maison des hommes sans mains

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Poursuivons notre voyage dans la bibliographie de Marcel Priollet, auteur majeur de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle, avec sa participation à l’une des premières et des plus cultes collections policières, celle de « Mon Roman Policier », 1re série, des éditions Ferenczi.

Marcel Priollet, si vous lisez mes chroniques, vous l’avez découvert, tout comme moi, par deux séries policières datant des années 1940 : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs ».

L’écrivain faisait montre d’un réel savoir-faire et un réel talent que l’on pouvait mettre sur le compte de son expérience (il inondait, alors, la littérature populaire de ses écrits depuis plus de trente ans) et du fait de travailler des personnages récurrents.

Mais qu’en était-il du Marcel Priollet d’antan, celui qui se mélangeait aux autres dans des collections à coups de titres uniques, changeant chaque fois de personnage ? 

Nous avons désormais un début de réponse avec la lecture des titres « Quand sonnera minuit... » et « Par le trou d'une serrure », deux titres issus, tout comme « La maison des hommes sans mains », de la cultissime collection.

 

LA MAISON DES HOMMES SANS MAINS : ROB-JO, le plus implacable membre des Services Secrets de la Police des États-Unis, est chargé d’arrêter la bande des « Hommes sans mains », un gang qui pille et assassine en ne laissant, sur les objets, aucune autre trace que celle de pinces, de griffes métalliques. Pire encore, il semblerait que trois policiers lancés à leurs trousses aient fini par rejoindre les bandits et participé à des assassinats. Persuadé de l’innocence de ses confrères, ROB-JO s’apprête à parcourir les contrées arides du « Nouveau-Monde », à la recherche des criminels sans se douter des risques qu’il va encourir… 

Après lecture des deux titres précités, j’avais déjà fait la remarque que Marcel Priollet, à l’époque, faisait preuve des qualités d’un « bon faiseur » sans pour autant faire montre du talent particulier que j’avais noté dans les deux séries des années 1940.

Effectivement, ni la taille des textes (dans les 10 000 mots), ni l’époque, ni le contexte, ne lui permettaient, probablement, d’avoir les coudées suffisamment franches pour instiller une quelconque « patte » à ses écrits.

De plus, il faut avouer que les années 1920, notamment dans la fameuse collection de chez Ferenczi, mais pas que, regroupait des textes très inscrits dans leur époque, par le style et, surtout, par les sujets.

Je parlais de la propension des héros à savoir se grimer à la perfection, ou de la volonté de proposer aux lecteurs de l’exotisme, ou encore à singer les auteurs américains ou anglo-saxons... on retrouve un peu de tout ça dans le texte dont il est question aujourd’hui.

Effectivement, le héros, Rob-Jo, est un policier américain, expert dans l’art de se grimer (même s’il ne se servira pas de son don dans cette aventure) qui va voyager dans les contrées désertiques du Nouveau Monde. Exotisme, américanisation, grimage... triptyque gagnant.

Une fois encore, et il n’était pas rare que cela se produise à l’époque, notamment dans les collections de titres courts, ne pouvant installer une intrigue digne de ce nom, les auteurs avaient souvent tendance à proposer, plutôt, du policier d’aventures. C’était si fréquent que, les éditions Ferenczi qui animaient en même temps deux grandes séries : « Mon Roman Policier » et « Mon Roman d’aventures », devaient avoir bien du mal à choisir dans quelles collections allait être édité tel titre et que l’on retrouvât dans la collection « Mon Roman d’Aventures » des histoires qui n’auraient pas dénotées avec celles de « Mon Roman Policier ».

Mais peu importe. Le genre policier a ceci d’intéressant (comme plusieurs autres, d’ailleurs), de pouvoir se fondre avec d’autres genres pour former un sous-genre délectable.

Une fois encore, Marcel Priollet se montre, à défaut de talentueux, un bon « fournisseur » des diverses collections de son époque. Pour cela il s’appuie sur un savoir-faire indéniable et manipule les divers ingrédients dont le lecteur de l’époque est friand.

On ne sera donc pas trop regardant sur la capacité du policier à ne pas comprendre plus vite à qui il a affaire, avec les informations qu’il détient pourtant, ni par certaines de ses actions que le lecteur, lui-même aurait pensé à éviter, à retarder ou à avancer, en fonction des évènements.

Je vous ai parlé d’exotisme, d’aventure, d’américanisation, de grimage, mais on peut également ajouter la touche un peu « fantastico-mécanique » que l’on trouvait souvent par l’intermédiaire d’inventions loufoques, de robotisations ou, dans le cas présent, de prothèses mécaniques...

Il ne faut donc pas s’attendre ici à une lecture marquante, mais plutôt à une lecture plaisante issue de la plume déjà aguerrie d’un auteur phare et incontournable de la littérature populaire française.

On peut également lire ce titre comme un témoignage culturel d’une époque devenue désuète de nos jours, mais qui possède toujours ce charme suranné de certaines œuvres du début du XXe siècle et qui de plus se lit rapidement et facilement. Un bon moyen de remplir un petit moment de creux.

Au final, ce très court roman, sans s’inscrire dans le rang des œuvres incontournables, offre un agréable moment de lecture, et c’était avant tout ce que l’on demandait aux titres issus de la collection d’origine.

Quand sonnera minuit...

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Encore un petit voyage dans la bibliographie de Marcel Priollet, auteur culte de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle avec ce titre écrit, à l’origine, pour la collection « Mon Roman Policier », 1re série, des éditions Ferenczi.

Marcel Priollet, est-il encore nécessaire de le préciser pour ceux qui lisent mes chroniques, est l’auteur des séries policières « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs », écrites dans les années 1940. Mais l’auteur a énormément écrit, pendant des décennies, à travers d’innombrables collections, chez différents éditeurs dans divers genres possibles avec une préférence pour le sentimental, le policier et l’aventure.

« Quand sonnera minuit... » est un court titre (11 000 mots) datant de 1 920 et qui surfe sur le style et les sujets qui sont à la mode à son époque (tout comme j’avais pu le noter dans « Par le trou de la serrure »). Le lecteur aura donc encore à faire avec un héros qui a le don de se grimer pour passer inaperçu et qui fera face à une bande de vilains... mais pas que.

 

QUAND SONNERA MINUIT… : Gaspard LANGEVIN, le célèbre policier aux multiples exploits, vient de subir le premier échec de sa carrière en ne mettant pas la main sur le sanglant terroriste Ali-Azouf. Alors que le dossier est confié à ses collègues – et pourtant rivaux – Gargoulet et Mirador, il décide de prendre des congés pour se rendre à Marseille et poursuivre son enquête. Bien déterminé à d’abord résoudre une autre affaire locale qui s’apprête à faire grand bruit, Gaspard LANGEVIN ne se doute pas qu’il s’engage dans une lutte sans merci au bout de laquelle une lente agonie lui est promise…

Voilà un titre qui prend toute sa signification à son extrême fin et qui conte les mésaventures d’un policier réputé qui vit mal l’échec de n’avoir pu retrouver un terroriste.

Voyant l’affaire confiée à ses rivaux, il décide de se mettre en congé et de continuer son enquête.

Mais, à Marseille, en plus du terroriste, sévit un drôle de voleur, un ophtalmo qui endort ses patients pour les dérober. Aussi, pour commencer, le policier va se faire passer pour un patient afin de prendre le voleur en flagrant délit et c’est là que va commencer sa rocambolesque histoire. Car, de fil en aiguille, du voleur au terroriste, du terroriste au voleur, il va se retrouver embringué dans une affaire bien plus importante qu’il ne pensait.

Bien sûr, du fait de la concision du texte, l’auteur utilise les grosses ficelles du hasard pour permettre à son enquêteur de remplir sa mission. Mais, pour qui est habitué de ces courts romans, il n’y a rien là de rédhibitoire.

Pour le reste, Marcel Priollet remplit son office qui est de proposer aux lecteurs de son époque une histoire comme il aime en lire et comme ses confrères de l’époque en livrent également. Il ne faut donc pas s’attendre ici à une plus-value « priollesque » comme on pouvait s’en délecter par la suite dans les deux séries policières citées de l’auteur. 

Effectivement, Marcel Priollet se met au diapason de la collection et ne déborde pas du cadre. Ni le format ni la collection ne lui permettent (peut-être n’a-t-il pas encore la maîtrise requise pour cela, non plus, il faudrait lire beaucoup d’autres titres de l’auteur écrits à la même époque pour se rendre compte s’il acquiert la maîtrise par la suite où s’il la possédait déjà, mais la bridait volontairement, en bon « faiseur » qu’il était).

Pour autant, Marcel Priollet fait le « job » et propose un très court roman agréable à lire, avec un rebondissement final qui s’appuie sur une loi votée en 1917 et qui fait toujours polémique, deux fois par an, de nos jours.

Au final, Marcel Priollet nous livre là un court roman policier de facture classique qui s’inscrit dans son époque (jusqu’au rebondissement final) et qui, à défaut de flirter avec l’excellence, propose tout de même un bon moment de lecture, ce qui est déjà pas mal.

Par le trou d'une serrure

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Marcel Priollet est un auteur majeur de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle dont je vous ai déjà parlé à de multiples reprises pour ses séries policières « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs ».

Si vous avez lu ces chroniques, vous savez désormais tout le bien que je pense de l’auteur, de ces personnages et de son style.

Oui, mais voilà. Les deux séries en question ont été écrites dans les années 1940. Le style et les sujets de ces séries étaient ancrés dans leur époque. Aussi, étais-je curieux de découvrir le Marcel Priollet du début du XXe siècle et, pour cela, quoi de mieux que de fouiller dans la collection culte « Mon Roman Policier », 1re série, des éditions Ferenczi.

Effectivement, cette fameuse collection dont il est difficile de se procurer les titres la composant, regorge de textes d’auteurs cultes de la littérature populaires et sont majestueusement illustrées par un des plus grands illustrateurs de cette littérature : Gil Baer.

La plupart des titres de cette collection datant des années 1920 ont par la suite été réédités (parfois dans des versions remaniées et rallongées) dans la collection « Police et Mystère » du même éditeur, dans les années 1930.

C’est le cas du titre en question, même si le texte décortiqué provient de la version première datant de 1920.

PAR LE TROU D’UNE SERRURE : La population de Solem-City est en proie à la terreur. Des jeunes filles sont enlevées et tourmentées pendant la nuit avant d’être retrouvées, au petit matin, sans aucun souvenir de ce qu’elles ont vécu. Le détective CORN-LOCKE est chargé de l’affaire et découvre rapidement des points communs entre les victimes : elles ont toutes dans les environs de vingt ans et pour prénom Margareth. Malgré son expérience et sa sagacité, l’enquêteur subit un fiasco et ne peut empêcher les disparitions de se poursuivre. CORN-LOCKE, dépité, ne voit plus qu’une alternative, faire appel à FORSTER, son plus grand rival, dans l’espoir que celui-ci réussisse là où lui-même a échoué.

Qu’il est étrange de découvrir le style de Marcel Priollet des années 1920 après avoir dégusté celui des années 1940.

Car, il est bien difficile de différencier la plume du premier Marcel Priollet des autres auteurs de l’époque tant il semblait capable de se fondre dans le style et le genre à la mode du moment.

Effectivement, c’est ce qui surprend le plus dès les premières phrases : le style ne se détache pas de ceux de ses confrères (les bons confrères). Ceci n’est pas forcément une critique, car, après tout, le principal est que la lecture soit bonne.

En fait, ce qui surprend le plus, c’est probablement les sujets de prédilection de l’époque qui, maintenant, semblent un peu naïfs, comme la propension des personnages à se grimer parfaitement et se faire passer pour quelqu’un d’autre à la perfection. On retrouve ce talent chez les héros de Marcel Allain, Marcel Vigier, Marcel Priollet (quoi ? Que des Marcel ? Non !), José Moselli, René Pujol, Gustave Gailhard... bref, chez tout le monde ou presque.

Là, c’est le détective Forster qui se déguise en détective Corn-Locke afin de résoudre l’affaire dans laquelle Corn-Locke a échoué. Pourquoi cette volonté ? Mystère et boule de gomme ! Peut-être pour préserver la réputation de son confrère ? Toujours est-il que Forster va se lancer sur la piste du kidnappeur des « Margareth » avec, dans l’idée farfelue, bien que brillante, que le mystérieux personnage se cache peut-être dans l’immense bâtisse de celui qui est chargé de le débusquer.

On notera ici que, bien que le format soit à peine plus court que celui des deux séries dont je parlais (environ 17 000 mots contre 20 000), Marcel Priollet n’a pas, à l’époque, cette qualité que je lui trouvais par la suite de proposer avant tout une histoire. Peut-être est-ce l’époque qui veut ça ou bien le fait qu’il ne s’agisse pas, ici, d’un personnage récurrent ni d’une série, mais, du coup, l’intrigue est moins enlevée que ce à quoi il m’a habitué par la suite.

Pour autant, l’ensemble se lit plutôt agréablement, du moins pour autant qu’on apprécie le style et les histoires policières du début du XXe siècle, même s’il n’y a pas encore cette plus-value que Marcel Priollet ajoutera par la suite à ses petits romans.

C’est donc plus une aventure policière à laquelle nous convie l’auteur plus qu’à une véritable enquête (là encore la taille du texte et l’époque de rédaction y sont pour beaucoup), mais une aventure sans grandes envolées ni grandes surprises.

On y retrouve donc tous les ingrédients des courts romans policiers de la collection d’origine : l’art du grimage, un brin de « sorcellerie », des sentiments, de la bravoure, une petite surprise et une fin heureuse.

Au final, sans être à la hauteur des deux séries citées en début de critique, ce court roman se lit plutôt agréablement même s’il ne laissera pas une trace indélébile dans l’esprit du lecteur.

22 juillet 2018

L'anneau de verre

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Fabrice Delphi est un journaliste écrivain décrié à son époque pour ses mœurs (il était homosexuel) ce qui lui valut de mourir dans l’oubli et dans un dénuement total.L’auteur s’est très peu essayé au genre policier, mais ses quelques tentatives font des lectures plutôt agréables comme nous l’avait déjà démontré le titre « L’Ombre Rousse ».

L’ANNEAU DE VERRE : Le chimiste Stanislas Janzel est retrouvé sans vie, le soir, dans son laboratoire. Le médecin légiste conclut à une mort naturelle due à une rupture d’anévrisme. Mais Marcel PRIVAT, élève et disciple du défunt, ne croit en rien aux conclusions des autorités. Pour lui, son mentor a été assassiné afin de lui dérober un anneau de verre qu’il portait constamment au doigt depuis qu’il l’avait découvert en Égypte dans le tombeau d’un prince pharaon… Devant l’incrédulité du juge d’instruction, Marcel PRIVAT se lance dans une enquête où il va faire montre de plus de perspicacité que le meilleur des policiers… 

Marcel Privat n’est pas un privé, mais le disciple et l’élève d’un chimiste de génie qui décède (le génie, pas l’élève) brutalement d’une rupture d’anévrisme alors que sa santé était bonne.

Marcel Privat ne se prive pas pour émettre des doutes quant à la mort naturelle de son bienfaiteur et il a pour preuve que l’anneau de verre que ce dernier portait sans cesse a disparu.

La police ne voulant rien savoir, Marcel Privat va à tout prix chercher qui est le meurtrier et, pour cela, il va s’improviser policier privé.

Trêve de jeux de mots, d’assonances et autres billevesées de la sorte, « L’anneau de verre » nous montre que Fabrice Delphi maniait bien la plume et était un bon conteur. Bien évidemment, le format 32 pages (le titre a été édité, à l’origine, dans la collection fasciculaire « Aventures Policières » des éditions Rouff en 1937) impose des restrictions tant au niveau du style que de l’intrigue puisque le texte dépasse à peine les 13 000 mots, mais l’on sent que Fabrice Delphi était à l’aise avec cette contrainte (il écrivait beaucoup de saynètes et autres textes courts) et on se doute qu’il devait s’avérer encore meilleur sur un format plus long, malheureusement, je n’ai pas connaissance qu’un seul de ses romans de taille classique œuvra dans le genre policier.

On peut rajouter que le personnage de Marcel Privat est plutôt sympathique dans son respect envers le maître et sa volonté de trouver un coupable à la mort de ce dernier là où les autorités ne pointent que la fatalité du doigt.

Au final, un court roman policier agréable à lire et qui laisse pour regret que son auteur ne se soit pas plus souvent penché sur ce genre spécifique.

Un appel dans les ténèbres

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René Trotet de Bargis est un auteur assez mystérieux de la littérature populaire, comme beaucoup d’auteurs, me direz-vous, dont on connaît quelques pseudonymes (Roland de Novesne, René de Bargis, Guy de Bargis) et qui œuvra dans les différents genres littéraires à la mode à l’époque (policier, sentimental, aventure, fantastique...).

OXYMORON Éditions s’est déjà intéressé à l’auteur en rééditant, dans la collection « Les Cadennes » le titre « Le silence fatal ».

« Le silence fatal » mettait en scène l’inspecteur de la Sûreté Vigeon, personnage que l’on retrouve dans « Un appel dans les ténèbres » et quelques autres titres de l’auteur.

UN APPEL DANS LES TÉNÈBRES : Charles MAURY, un jeune écrivain, vient d’hériter d’une maison dans un coin reculé d’une proche banlieue parisienne. Très vite, sa curiosité le guide à surveiller son étrange voisin qui semble se terrer chez lui, dans la Villa Rose. Il ne reçoit pour unique visiteur qu’une énigmatique femme voilée. Obnubilé par le désir ardent de connaître le fin mot du mystère, l’auteur va faire appel à son ami, le célèbre inspecteur VIGEON. Mais, alors que Charles MAURY commence à se persuader qu’il s’est laissé influencer par son imagination, un drame se déroule dans la Villa Rose.

 Un écrivain à l’imagination fertile hérite d’une villa dans une banlieue tranquille. Seule une villa, la Villa Rose, jouxte la sienne et c’est tout naturellement que l’auteur va s’intéresser à son étrange voisin, un homme qui vit calfeutrer chez lui et qui n’a pour seules visites, celles d’une femme tout aussi intrigante que lui puisque celle-ci ne se déplace que voilée.

L’écrivain fait alors appel à un ami policier, l’inspecteur Vigeon, qui, lui aussi, se laisse prendre par l’envie d’en savoir plus.

Alors que le policier attend que son congé soit accepté pour revenir chez son ami, celui-ci continue son observation et surprend une altercation entre une femme et un dénommé Albert (le voisin se nomme Louis Pierre).

Le lendemain matin, la femme de ménage de la Villa Rose découvre, dans la salle de bain, le corps d’une femme au visage vitriolé...

René Trotet de Bargis nous propose là un petit mystère auquel se prend, tout d’abord, son écrivain, puis son policier, et, enfin, le lecteur, même si ce dernier semble avoir un petit peu d’avance sur le duo d’enquêteur, du moins, au début de l’affaire.

Si, dans un premier temps, c’est Charles Maury qui prend la vedette, c’est, par la suite, Vigeon qui prendra les rênes de l’enquête et du roman dans sa quête de l’identité de la fameuse femme au visage dévoré par l’acide.

Pas une grande intrigue, donc, mais rappelons que le format court ne le permet pas trop (16 000 mots ici), mais l’auteur sait tout de même bien manier sa barque et possède une certaine habileté de narration qui font que l’ensemble se lit rapidement et agréablement.

Les personnages sont à peine esquissés, mais c’est là le lot de la plupart des titres de cette taille.

Au final, un bon petit roman policier, dans la veine de ce qui s’écrivait à l’époque.

L'Ombre Rousse

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Fabrice Delphi est un auteur de la littérature populaire que je n’avais pas, jusque là, abordé, pour la simple et bonne raison que je ne m’étais encore jamais penché sur un de ses textes.

C’est chose faite désormais avec « L’Ombre Rousse », un titre initialement édité dans cultissime collection « Mon Roman Policier », 1re série, de la non moins culte maison d’édition Ferenczi.

Fabrice Delphi ou DELPHI-FABRICE, de son vrai nom Gaston Henri Adhémar Risselin, est né le 10 octobre 1887 et mort le 26 mars 1937 (L’Abbé Bethléem évoque, lui, un décès en début avril 1937).

Critique d’art, décrié pour son homosexualité, il se lance dans l’écriture et obtient un certain succès avec son roman « L’araignée rouge », puis devient rédacteur pour le journal « Gil Blas » et au « Supplément de la Lanterne ».

Il passera sa vie à écrire des saynètes tirées des romans de la Comtesse de Monségur, des pièces de théâtre, des romans, des monologues, pour, au final, vivre et mourir dans un complet dénuement.

Oublié des siens, pairs et proches, à l’époque, il le demeure des lecteurs d’aujourd’hui, enfin, jusqu’à ce jour.

L’OMBRE ROUSSE : La terrifiante affaire de « L’Ombre Rousse » retentit encore dans l’esprit des Parisiens… Une jeune artiste lyrique retrouvée étranglée dans sa chambre d’hôtel qui, au sortir du coma, a pour seule réplique « L’Ombre Rousse ». Très vite, un dramaturge connaissant vaguement la victime est suspecté par le juge d’instruction d’être le complice du soupirant éconduit de cette dernière. Si les deux hommes clament leurs innocences, le premier n’en nourrit pas moins de sérieux soupçons envers le second. Mais l’assassin est-il vraiment aux mains de la Justice ? L’auteur est-il impliqué dans la tentative de meurtre ? Et puis, que signifie ce nom crié avec horreur par la chanteuse : « L’Ombre Rousse » !

La collection « Mon Roman Policier » dont est issu ce titre, bien que culte et regroupant des titres écrits par les plus grands auteurs de la littérature populaire de l’époque et illustré par l’excellent Gil Baer, n’en contient pas moins, pour autant, des textes dispensables pour beaucoup.

Dispensables à plusieurs titres.

Tout d’abord le format 32 pages laisse peu de latitude aux auteurs pour mettre en place des intrigues et des personnages. Du fait, on se retrouve bien souvent avec des romans plaçant le suspens et l’enquête au second plan pour leurs préférer de l’action et de l’aventure, des scènes plus rythmées et nécessitant moins d’ampleur pour demeurer efficaces et agréables à lire.

Ensuite, parce que la collection est à l’image de la littérature populaire de son époque qui hésite encore entre cette action mise en avant et le suspens promis par le genre contenu dans son titre « Policier ».

Le style de ces années 1920 est plus proche, dans la surannation, de celui de la première décennie de ce siècle naissant que celui, ne serait-ce, que de la décennie suivante, annonciateur par bien des points à un esprit « Faubourien » et annonciateur de la plume argotique dont Frédérice Dar se fera le chantre après la Seconde Guerre et qui sera initiée, par exemple, par des auteurs moins reconnus comme Gustave Gailhard avec son court roman « Un cadavre sur une route ».

Pour autant, cette même collection regorge pourtant de bons textes, qu’ils soient ou non ancrés dans ce style compassé, la preuve en est avec les titres réédités dans la collection « Les Cadennes » chez OXYMORON Éditions et, notamment, le titre en question aujourd’hui.

Car Fabrice Delphi nous conte là une histoire narrée à la première personne à propos d’un fait divers qui ce serait déroulé dans les années 1910.

Si l’ensemble est donc daté à quelques années près, le style lui, l’est beaucoup moins, et si ce n’est quelques détails qui rappellent l’époque dans laquelle ce situe cette histoire, le reste se lit avec un grand plaisir et sans ce sentiment d’avoir affaire à texte aux charmes d’antan.

Certes, on ne vantera pas la modernité du texte, loin de là, mais on le lit sans même, d’ailleurs, se soucier de l’époque à laquelle il est censé se dérouler, ni même à celle à laquelle il a été écrit.

La force du récit réside d’ailleurs dans cette sensation, ou non sensation. On lit l’ensemble, avant tout, comme une bonne et courte histoire et non comme un récit d’antan même si on peut rapprocher le style et l’ambiance à, par exemple, le roman « L’épouvante » de Maurice Level.

Bien évidemment, ce sentiment naît avant tout, de la narration à la première personne, mais pas que.

Car, Fabrice Delphi nous met dans la peau de son héros, un jeune dramaturge qui, discutant d’un fait divers avec son ami médecin, se rend compte, grâce à ce dernier, qu’il connaît la victime. Par association, il se souvient de l’homme qui lui a présenté la jeune femme et est fort surpris que ce souvenir coïncide avec l’apparition de ce dernier. La fatigue qui se lit sur le visage de l’arrivant, les gants qu’il porte aux mains, son ébranlement à l’évocation du destin tragique de la chanteuse, sa fuite, enfin, font naître dans l’esprit de l’écrivain des soupçons à son égard.

Et cela n’est rien face à la volonté farouche du bonhomme de vouloir faire de lui son confident, en l’abordant lors d’un spectacle puis en lui envoyant une lettre.

Le dramaturge se retrouve alors écartelé entre plusieurs positions. Celle de ne rien vouloir savoir, celle d’entendre la confession, ou de la lire, pour savoir si ses doutes sont fondés et celle d’en parler à la justice. C’est la seconde puis la troisième solution qu’il choisira, regrettant, devant la réception du juge d’instruction, d’avoir fait cette démarche.

Il le regrettera d’autant plus que le même juge d’instruction va le faire arrêter pour complicité dans la tentative de meurtre. L’écrivain aura beau clamer son innocence, rien n’y fera...

Le texte, bien que concis, réserve son lot de plaisir de lecture, à l’évocation du crime, lors des tergiversations du héros, puis dans sa chute et... je vous en laisse la surprise.

L’ensemble est plutôt rondement mené et, surtout, moins daté et dans l’esprit et les sujets de son époque que bien d’autres titres de la fameuse collection.

Ne serait-ce que pour cela, ce titre de Fabrice Delphi devient indispensable pour qui s’intéresse à la littérature populaire de l’époque.

Mais, en plus de se révéler un témoin original de cette production, « L’Ombre Rousse » est, avant tout, un bon petit texte qui se dévore avec plaisir, et, rien que pour cela, mérite d’être lu même par les lecteurs ne se souciant pas de cette littérature particulière.

Au final, une découverte de la production de Fabrice Delphi très intéressante, et qui donne envie d’en découvrir plus même si l’auteur n’était pas spécialisé dans le genre « Policier ».

Nick Carter - Docteur Quartz ou une trouvaille à donner le frisson

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Nick Carter, le personnage littéraire, pas le chanteur pour anciennes ados en chaleur devenues, depuis, jeunes femmes en chaleur ou jeunes mères en chaleur et même, moins jeunes femmes en chaleur... mais je m’égare...

Nick Carter est probablement l’un des personnages de la littérature populaire policière les plus connus après Sherlock Holmes, Maigret, Hercule Poirot, San Antonio, Nestor Burma, Lecoq, Harry Dickson et quelques autres...

Nick Carter, en tout cas, aux USA, est une institution.

Nick Carter, le grand détective américain est né de la plume de John R. Coryell en 1886. Il est repris ensuite par Frederick van Rensselaer Dey qui écrit une aventure par semaine pendant 17 ans (près de 900 aventures). 

La série s’arrête en 1915, mais le personnage renaît dans les années 30, puis dans les années 50. Ses aventures sont portées au cinéma (par Jacques Tourneur, entre autres) et sont adaptées en pièces radiophoniques, en France, dans les années 60.

Mais pour les amateurs de littérature populaire, en France, Nick Carter c’est une série de plusieurs centaines de titres (mal) traduits par des auteurs comme Jean Petithuguenin et qui sera ensuite rééditée en partie par Sobeli (comme toutes les séries Eichler après la fermeture de la maison d’édition).

Mais, plus encore, l’importation par les éditions allemandes Eichler, de la série « Nick Carter », ainsi que celle des « Buffalo Bill » va changer la face de la littérature populaire française en imposant une forme, un genre liés de façon inextricable. Effectivement, la liaison entre la série populaire et le fascicule est, dès lors, imposée par le succès de Nick Carter, non seulement aux USA et en France, mais également dans toute l’Europe.

Dès lors, et ce pour des décennies, le genre et la forme seront liés dans l’esprit des éditeurs et des lecteurs (Toto Fouinard, Tip Walter, Miss Boston, Ethel King, Harry Dickson... et bien plus tard, Thérèse Arnaud, Marius Pégomas, Old Jeep et Marcassin, Monseigneur et son clebs...).

C’est dire si les aventures de Nick Carter représentent, à elles seules, tout un pan de la littérature populaire américaine et française.

C’est la raison pour laquelle j’ai passé outre mes réticences à lire des traductions et à ne me concentrer que sur des œuvres écrites en français pour découvrir le détective dont tout le monde parle depuis 130 ans...

Nick Carter – Docteur Quartz ou une trouvaille à donner le frissonUn mystérieux wagon consigné en gare de Kansas City depuis des semaines est promis à une vente aux enchères si le propriétaire ne se manifeste pas rapidement. Jeremy Juniper, qui attend l’évènement pour s’en porter acquéreur, afin de découvrir ce que peut renfermer le compartiment, fait appel au célèbre Nick Carter, car il pense avoir découvert que derrière cette étrange machine se cache le redoutable Docteur Quartz, ennemi juré du détective. Bien que le Docteur Quartz soit officiellement mort, Nick Carter ne doute pas découvrir une terrible machination sans se douter que ce qu’il va découvrir dépasse de loin ses prédictions…  

Il faut savoir que Nick Carter, durant toute sa carrière, a eu plusieurs Nemesis, plusieurs adversaires récurrents, tous plus forts et machiavéliques les uns que les autres. Il y aura, par exemple, Dazaar, qui apparaîtra dans divers épisodes. Puis il y a le Docteur Quartz.

Si Nick Carter, comme je vous l’ai succinctement dit, a bouleversé la littérature populaire policière française, et pas que, c’est bien plus par l’imaginaire, le format, la périodicité, la sérialité, que par les qualités littéraires.

Car, effectivement, je ne sais pas si les textes sont traduits de l’allemand (eux-mêmes traduits de l’anglais) ou directement de l’anglais, mais toujours est-il que le résultat ressemble, par moments, à une traduction effectuée par un logiciel de traduction automatique.

Ainsi, on se retrouver avec l’expression « Suivant vous ! » que j’aurais plus volontiers traduits par « Selon vous ! » ou une expression que j’ai dû relire plusieurs fois pour comprendre ce que cela voulait dire : « cous en caoutchouc » pour exprimer des badauds curieux.

Mais, ce qui m’a surtout dérangé, c’est le fait de connaître déjà l’histoire. Non pas que celle-ci soit pompée sur une autre (je ne sais pas), mais parce que j’avais déjà écouté trois pièces radiophoniques de Nick Carter et, l’une d’elles, était une adaptation de ce titre.

C’est dire si, entre la traduction aléatoire et le fait que je connaissais déjà l’histoire, il m’était bien difficile de prendre du plaisir à ma lecture.

Pourtant, en cours de route, plutôt vers la fin, d’ailleurs, j’ai fini par entrer dans ce roman de 25 000 mots, étalé sur 32 pages, double colonnes et par avoir un avis un peu moins négatif que celui que j’avais pu avoir dans la première moitié de ma lecture.

Certes, l’ensemble aurait mérité un retravail d’écriture, notamment pour quelques phrases, afin d’alléger le tout et de le rendre un peu plus digeste, mais il faut reconnaître que la série a pour avantage de se concentrer sur son personnage et sur le crime sans jamais se perdre en conjectures ou en frivolités. De plus, il faut bien avouer que l’histoire est assez machiavélique et que l’on aurait bien aimé en connaître le fin mot. Malheureusement, même s’il est indiqué que chaque fascicule contient une histoire complète, celle-ci ne l’est pas réellement puisque les motivations du criminel ne seront dévoilées que dans l’épisode suivant. Dommage !

Au final, Nick Carter aura bouleversé la littérature populaire que j’apprécie tant et je l’en remercie plus pour cela que pour le plaisir de lecture bien que, malgré un certain désenchantement, il y a tout de même un petit goût de « reviens-y » qui me laisse à penser que je me relaisserai tenter prochainement.

15 juillet 2018

L'heure des fous

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Nicolas Lebel fait partie de ces rencontres littéraires qui mettent heureusement à mal mon pessimisme quant aux auteurs de romans policiers à succès actuels.

Je ne connais pas l’auteur en personne et, à vrai dire, je ne sais rien de lui si ce n’est qu’il a été linguiste, et pour dire encore plus vrai, je me moque totalement de sa biographie, tout comme je me moque également de celles de ses confrères d’aujourd’hui et d’hier.

« Ce que je regarde en premier chez un homme, c’est sa femme », disait Catherine Lara qui en plus d’être douée au violon pouvait faire preuve d’aphorisme bien placé.

Je pourrais la plagier en disant : « Ce que je regarde uniquement, chez un écrivain, ce sont ses textes ».

En effet, si vous vous demandiez pourquoi il y avait si peu de références biographiques dans mes critiques de livres, c’est tout simplement parce que je me fous totalement de la vie des écrivains (ceci dit, je vous rassure, je me contrefous de celles des réalisateurs dont j’adore les films, des acteurs, des chanteurs... et même de mes voisins et de mes proches, à part ceux que j’aime d’un amour inconditionnel et ils sont si rares que je pourrais les compter sur les doigts d’une seule main après qu’elle soit passée dans un broyeur à viande). En clair, le nom de l’écrivain est la seule donnée qui suffit à ma curiosité parce qu’elle fonctionne, chez moi, comme un repère pour une sélection prochaine. Si j’ai aimé le texte d’un auteur, je mémorise son nom pour savoir qu’il fait partie de la liste des auteurs sur lesquels je pourrais me repencher avec plaisir. Inversement, si j’ai détesté le texte d’un auteur, alors, son nom basculera dans une « liste noire ».

Cette réaction n’est pas manichéenne, car je peux très bien ne pas apprécier un texte sans le détester, ce qui limite la taille de ladite liste.

Mais revenons-en à Nicolas Lebel dont je me moque de la vie comme de ma première chemise (et je ne porte jamais de chemise), mais qui m’a offert une rencontre plutôt agréable avec son personnage du Capitaine Mehrlicht, un policier au nom imprononçable et aux aspects assez éloignés des clichés pullulant dans les romans policiers d’aujourd’hui.

Mehrlicht ne fait donc pas partie des flics durs à cuir (il est malingre), séducteurs qui tombent toutes les gonzesses (il a une tête de grenouille, les cheveux rares, le teint gris, les dents jaunes et des yeux globuleux), à la voix suave (il tousse sans cesse et a la voix d’un fumeur de gitane en phase terminale).

Mais Mehrlicht (c’est difficile à écrire), ne fait pas partie non plus des flics dépressifs (et pourtant, il aurait de quoi avec son physique, le fait que sa femme soit morte récemment et que son meilleur ami est en train de crever d’un cancer des poumons), alcoolique (il est plutôt accro à la clope) et suicidaire (même si son goût pour la cigarette le pousse à grands pas vers la tombe).

En clair, Mehrlicht est un personnage original là où les auteurs ont tendance à tous nos proposer les mêmes héros. Et c’est là que réside, déjà, le plaisir de cette rencontre qui est faite pour durer puisque l’auteur a déjà écrit quatre romans autour de ce personnage.

L’heure des fous : Paris : un SDF est poignardé à mort sur une voie ferrée de la gare de Lyon. « Vous me réglez ça. Rapide et propre, qu’on n’y passe pas Noël », ordonne le commissaire au capitaine Mehrlicht et à son équipe : le lieutenant Dossantos, exalté du Code pénal et du bon droit, le lieutenant Sophie Latour qui panique dans les flash mobs, et le lieutenant stagiaire Ménard, souffre-douleur du capitaine à tête de grenouille, amateur de sudoku et de répliques d’Audiard... Mais ce qui s’annonçait comme un simple règlement de comptes entre SDF se complique quand le cadavre révèle son identité. L’affaire va entraîner le groupe d’enquêteurs dans les méandres de la Jungle, nouvelle Cour des miracles au cœur du bois de Vincennes, dans le dédale de l’illustre Sorbonne, jusqu’aux arrière-cours des troquets parisiens, pour s’achever en une course contre la montre dans les rues de la capitale. Il leur faut à tout prix empêcher que ne sonne l’heure des fous...

Mehrlicht est un être au grand cœur, mais il le cache bien. Plus prompt à railler son prochain qu’à le complimenter, il sera toujours là lorsqu’un de ses hommes aura besoin de lui.

Mais Mehrlicht est surtout un bon flic.

Aussi quand un SDF est assassiné, c’est Mehrlicht et ses hommes qui s’y collent sans se douter que cette affaire va déboucher sur une autre beaucoup plus importante et dangereuse.

Nicolas Lebel nous livre donc un personnage atypique et tente de poursuivre son originalité également dans son style. Sans chercher à en faire trop, l’auteur ne s’enfonce pas dans les plates ornières de ses pairs. Parfois, la tentative échoue, comme la répétition ad nauseam et sous diverses métaphores, du fait que le capitaine a la voix enrouée par la nicotine. D’autres sont plus réussies comme le « runnning gag » de la sonnerie de téléphone qui, au lieu d’émettre une musique, lance des répliques de films issues de la plume d’Audiard et qui tombent toujours à point nommé.

Mais, ce qui rend également ce roman intéressant, c’est que Mehrlicht n’est pas le seul personnage original. Car, si Ménard (qui ne sera pas récurrent puisque stagiaire) et Latour (la seule femme) sont un peu en retrait, c’est Dossantos qui prend vraiment la seconde place au palmarès grâce à son obsession pour le code pénal et pour la culture physique. L’homme se voue totalement à son métier au point de connaître et réciter le Code pénal par cœur, de l’appliquer de façon quasi aveugle et de se formater physiquement pour être le plus compétitif possible. Musculation, sports de combat, font que le bonhomme devient une bête de guerre, et ce dans l’unique but de faire appliquer et respecter la loi. Même s’il a le képi un peu près des oreilles, son dévouement est assez touchant et le rend atypique dans un monde blasé.

Autre idée intéressante de l’auteur, c’est la relation toute particulière entre Mehrlicht et un ancien confrère et ami qui est en train de crever d’un cancer des poumons à l’hôpital et à qui le policier rend visite dès qu’il peut. Cette relation touchante, émouvante, même, faite de pudeur, d’amitié virile, où l’humour est omniprésent, car il vaut mieux rire de la terrible échéance que d’en pleurer, est un petit plus dans le roman qui apporte à la fois des moments d’émotions, mais aussi de bons moments de rire. Car les deux hommes, surtout le mourant, se comportent comme des garnements, clopant, buvant, dès que l’infirmière a le dos tourné et que si l’un va bientôt mourir et n’a plus rien à perdre, l’autre sait qu’il sera le prochain et que le crabe ne l’épargnera pas et comment cela pourrait-il être vu tout ce qu’il fume.

Mais des personnages intéressants et un style digeste ne font pas, à eux seuls, un bon roman, même s’ils y participent grandement. Encore faut-il une intrigue qui tienne la route. Et là, bah, l’auteur ne se loupe pas non plus, même s’il ne tente pas, là encore, de rivaliser avec ses pairs à coups de surenchères haletantes, mais, finalement, souvent décevantes au final.

Déjà, Nicolas Lebel a la bonne idée de situer son intrigue dans le monde des délaissés, des SDF, des oubliés, de ceux que l’on ne regarde plus, que l’on évite, auxquels on ne pense pas, mais qui ont décidés de se rappeler au souvenir du public.

Ensuite, il évite l’écueil du tueur en série sanguinaire et narcissique et lui préfère un assassin au final bien plus humain si tant est qu’un assassin puisse être humain.

L’auteur ne nous propose alors pas les scènes sanguinolentes usuelles dans les polars commerciaux actuels... et c’est tant mieux. Nicolas Lebel ne tente pas, non plus, de perdre le lecteur dans un écheveau de fils qui, telle la toile d’araignée, va scotcher le lecteur, mais qui, comme elle, va très vite l’énerver et dont il voudra se débarrasser.

Au final, avec des personnages intéressants, une plume agréable, quelques bonnes idées, plein de bonnes volontés et une intrigue qui, sans donner le vertige, tient plutôt bien la route, Nicolas Lebel nous propose, avec « L’heure des fous », un bon roman policier très prometteur.

Corrida aux Champs-Élysées

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Quand j’ai une petite envie de ne prendre aucun risque et d’être assuré de lire un bon livre écrit par un bon auteur qui a un bon style, bien souvent, je me tourne vers le San Antonio de Frédéric Dard ou, en second choix, le Nestor Burma de Léo Malet.

Ainsi, régulièrement, je me plonge dans la bibliographie de l’un ou de l’autre.

Ne voulant pas perdre du temps à chercher un nouveau livre à dévorer et risquer de me tromper dans mon choix, j’ai donc choisi pour lecture, un Nestor Burma, en me contentant, comme pour les San Antonio, de les lire dans l’ordre d’écriture.

C’était donc au tour de « Corrida aux Champs-Élysées » de passer à la casserole.

Corrida aux Champs-ÉlyséesNestor Burma a un coup de blues. Pendant quelques semaines, il a été le garde du corps d’une star d’Hollywood dans un hôtel de l’avenue des Champs-Élysées où elle était descendue, puis au Festival de Cannes. Malgré lui, il en est un peu tombé amoureux. Pour lui changer les idées, son ami journaliste Marc Covet l’invite à deux avant-premières : le premier film met en vedette Denise Falaise, une vedette adulée ; le second, Lucie Ponceau, une vieille actrice qui fait là un retour fracassant. Accompagné de Burma, Covet se rend après la projection au domicile de la Ponceau pour l’interviewer, mais la découvre agonisante sur son lit. Nestor Burma appelle le commissaire Faroux qui débarque avec son médecin légiste : la vieille star s’est empoisonnée à l’opium. Le milieu du cinéma est sous le choc. Le producteur Montferrier, inquiet, engage Burma pour surveiller Tony Charente, la vedette d’une prochaine grosse production. Il craint une rechute de Tony qui sort d’une cure de désintoxication. Le détective, qui tient à démasquer le coupable qui a fourni l’opium à la Ponceau et signé ainsi son arrêt de mort, tient l’occasion qu’il cherchait de se lancer sur la piste de la bande à Venturi, un réseau de trafiquants. Or, c’est connu, les malfrats n’aiment pas qu’on mette le nez dans leurs affaires. Ils vont en donner la preuve à Burma en l’assommant et en lui faisant découvrir le corps sans vie d’un journaliste qui avait voulu lui aussi en savoir trop. En dépit de l’avertissement, Nestor Burma s’entête et arrive à ses fins.

Nestor Burma fait son cinéma ou, tout du moins, pénètre le milieu du cinéma en devenant le garde du corps d’une starlette.

Alors que la jeune actrice est retournée dans son pays, le détective continue d’occuper la chambre d’hôtel qui lui avait été louée et à fréquenter le milieu. C’est en accompagnant Covet, son ami journaliste, chez une actrice vieillissante sur le retour qu’il la découvre morte, probablement par overdose.

Nestor Burma, intrigué, va chercher à comprendre ce qu’il s’est passé.

Bon, je ne m’attarderais pas sur cet opus, car, pour une fois, je n’ai pas vraiment été emballé, ni pas l’histoire ni par le style.

L’histoire n’est pas passionnante et n’offre pas réellement de bons moments. L’intrigue a du mal à se mettre en place et encore plus à progresser.

Comme, en parallèle, le style usuel de la série n’est pas vraiment présent, il ne m’est pas resté grand-chose à me mettre sous la dent.

Alors, certes, je suis tout de même allé au bout de ma lecture sans trop forcer, grâce, notamment, à la courte taille du roman, mais je l’ai refermé sans regret et sans qu’il me laisse un souvenir impérissable.

Aussi, je ne m’attarderais pas plus sur cette critique.

Au final, alors que Nestor Burma était, jusqu’à présent, un refuge sûr quand je sortais d’un mauvais livre, voilà qu’il se met à me décevoir quelque peu à son tour. Attention, Burma, à ne pas renouveler cette frasque. 

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