Loto Édition

24 octobre 2021

On a tué Lilian

CouvOATL

Je retrouve avec un immense plaisir la plume de Maurice Lambert et l’un de ses personnages récurrents, le commissaire Mazère avec « On a tué Lilian », un fascicule de 32 pages, double colonne, paru en est 1944 dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot.

Pour rappel, Maurice Lambert, de son vrai nom Géo Duvic (1900 - 1968) fut, en plus d’auteur de littérature fasciculaire, journaliste et chansonnier.

Dans son œuvre, on remarquera quelques personnages récurrents qui sont tous apparus dans la collection de chez Janicot, mais dont les aventures, parfois, se sont exportées vers d’autres collections d’autres éditeurs comme « Police Express » des éditions A.B.C., « Énigma » des éditions Nicéa ou bien la collection « Main Blanche » des éditions S.P.E.

Parmi ceux-ci, on appréciera le détective vieillissant A.B.C. Mine, sûrement le plus original du cheptel ; l’inspecteur Machard (ou encore le commissaire Garnel dont je n’ai découvert que deux aventures, ce qui m’empêche, encore, de l’appeler « récurrent ») et, bien évidemment, le commissaire Mazère.

Pour ceux et celles qui n’auraient pas lu mes autres chroniques sur les récits de l’auteur, déjà, je dirai que ce n’est pas bien de délaisser ma prose, d’autant que je tente de faire revivre une littérature d’autrefois qui le mérite bien amplement, et un format (le fascicule) qui n’a malheureusement plus court. Ensuite, je préciserai alors que je tiens Maurice Lambert pour un esthète du format fasciculaire, pour l’un des maîtres en matière de fascicule policier, un écrivain parvenant à tirer la quintessence d’un format très contraignant dans lequel peu d’auteurs sont parvenus à s’épanouir.

ON A TUÉ LILIAN

Le commissaire MAZÈRE espérait passer de tendres vacances avec son épouse, Angèle, dans une auberge du petit village de Marlay.

Mais c’était sans compter sur une troupe de comédiens venue en tournage dans la région et logeant dans l’hôtel choisi par le policier.

Heureusement, la java du soir est la dernière, celle qui fête la fin des prises de vue. Demain, le calme sera revenu.

Seulement, durant la nuit, on a tué Lilian Bell, l’actrice vedette, la star célèbre et adulée.

Et devinez à qui le gendarme du bourg, le juge d’instruction et même la mère du principal suspect vont demander de mener l’enquête ? Au commissaire MAZÈRE, bien évidemment.

Finis les congés pour le couple… du moins, jusqu’à ce que l’assassin soit sous les verrous…

Le commissaire Mazère et son épouse Angèle sont en vacances dans un hôtel d’un petit village.

Mais, difficile de dormir, des comédiens font la java, en bas, à boire et à chanter à tue-tête pour fêter la fin du tournage.

Heureusement, le lendemain, ils auront la paix, car les acteurs seront partis.

Sauf que le lendemain, l’actrice principale, Lilian Bell, est retrouvée morte devant chez le notaire avec qui elle flirtait la veille.

Il n’en faut pas plus pour le gendarme pour suspecter le notable bien qu’il eut préféré refiler l’affaire à Mazère qui a sèchement refusé. Les vacances, c’est fait pour se reposer, pas pour bosser.

Quand le juge d’instruction vient demander à son tour, au commissaire, de prendre l’affaire en main, celui-ci refuse encore, mais moins sèchement.

Et quand la mère du notaire, persuadée de l’innocence de son fils, vient supplier Mazère de mener l’enquête, Mazère finit par craquer et accepte au grand désespoir de son épouse.

Désespoir ? Pas si certains, tant tout cela amuse Angèle.

En tous cas, plus de vacances tant que le meurtrier ne sera pas sous les verrous.

Il me serait difficile de décrire le plaisir que j’ai à retrouver la plume de Maurice Lambert, qui s’apparente un peu à celui de revoir un bon ami avec qui on s’entend bien.

Car je m’entends bien avec Maurice Lambert, du moins avec ses récits, n’ayant, jusqu’à présent, jamais été déçu par ceux-ci.

Et pour cause, comme je le disais en préambule, je considère Maurice Lambert comme l’un des tout meilleurs auteurs de fascicules policiers de 32 pages, un format dont la concision est un écueil pour la plupart des écrivains.

Effectivement, dans un récit de 10 000 à 14 000 mots, il est difficile d’insérer dans un récit policier tous les éléments inhérents au genre.

La plupart des écrivains se contentent alors d’un service minimum, proposer une intrigue basique, des personnages sans saveur et un style lambda.

Alors que Maurice Lambert, lui, chaque fois, cherche à offrir (ou plutôt à vendre) aux lecteurs un roman policier en condensé au lieu d’un simple récit policier.

Pour ce faire, et ce avec un minimum de mots, il tente de proposer des personnages, si ce n’est originaux, au moins un peu plus aboutis que d’ordinaire. Ici, c’est la relation de couple et notamment le caractère de la femme qui apporte cette petite touche. Double touche, même, car son espièglerie est source d’humour et de sourire.

Pour ce qui est de l’intrigue, bien évidemment, ne vous attendez pas à un suspens haletant digne des meilleurs romans de Jean-Christophe Grangé ou Franck Thilliez, Maurice Lambert n’a pas 600 pages pour développer son histoire, seulement 32.

Pourtant, si l’intrigue est relativement simple, l’auteur n’oublie pas de proposer quelques fausses pistes, différents suspects, et il faut attendre la toute fin pour connaître l’identité du coupable et son mobile.

De plus, l’auteur, comme souvent, distille subtilement quelques éléments pouvant mettre sur la piste et qui, pour ceux n’ayant pas découvert le pot aux roses, leur feront dire, « Ah, oui, c’est la raison de tel ou tel comportement ! ».

Quant au style de Maurice Lambert, il est au diapason du reste, c’est-à-dire que l’auteur ne cherche jamais à en faire trop, il se contente de faire « juste ». Une plume déliée, une narration maîtrisée, une touche d’humour, quelques critiques bien senties, et emballez, c’est pesé.

Chaque fois que je découvre un texte de Maurice Lambert, je me dis, « vais-je, pour une fois, être déçu ? », mais non, jamais, dès les premiers mots, je suis embarqué et mon plaisir ne trouve son point final qu’au point final du récit.

Merci, Monsieur Maurice Lambert.

Au final, un épisode tout aussi savoureux et plaisant que les précédents et que tous les récits policiers que j’ai pu lire de l’auteur.


Le Diable des Pyrénées

 

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Avant de me plonger avec délectation dans la littérature policière du début du siècle dernier, j’aimais à déguster de ces romans que l’on nomme « Thriller » et qui mettent en scène des tueurs en série violents (pléonasme) et pervers (périssologie).

Ainsi, je naviguais en compagnie des flics et des assassins de Jean-Christophe Grangé, Maxime Chattam, Franck Thilliez, Bernard Minier et consorts (oui, même en la matière, ma préférence va aux auteurs de langue française).

Mais il est vrai qu’à force, étant de plus en plus déçu par mes lectures, du fait d’un schéma par trop récurrent, de ficelles par trop grossières, de révélations finales souvent amarescentes, je me détachais de ces lectures sanglantes pour d’autres, plus légères, mais surtout moins basées sur ce canevas qui, pour satisfaire la masse, reprenait sans surprise et sans risque ni innovation, une structure ad nauseam.

Aussi, est-il étonnant que je m’intéressasse à « Le diable des Pyrénées », un roman de Alexandre Leoty.

Effectivement, un roman évoquant la chasse au tueur en série machiavélique et sanglant, voilà qui promettait de retrouver un schéma que je délaissais depuis quelques années.

Oui, mais voilà. Plusieurs points m’ont poussé à replonger dans ces sanglantes lectures.

D’abord, le fait que le roman se déroule en Occitanie (ma région, même si pas dans mon département).

Ensuite, le fait que l’éditeur, lui, soit de mon département.

Mais, surtout, le fait que je connaisse un peu l’éditeur, un éditeur que j’ai vu débuter et à l’ascension duquel j’ai assisté, année après année, avec un grand plaisir.

Si j’avais déjà lu un roman publié par les éditions TDO, c’était parce qu’il s’agissait d’un roman d’un auteur que je croisais de temps en temps, et que son roman « Le Pilier assassiné » abordait à la fois le genre policier et le rugby, deux sujets qui me passionnent.

Mais, depuis, je dois avouer que je m’étais peu penché sur la production de l’éditeur.

Alexandre Leoty, l’auteur, est un jeune journaliste et écrivain (il est né en 1983) ayant une formation en histoire et vivant dans la région de Toulouse.

Il a écrit plusieurs romans, dont notamment « Ni Dieu ni Diable » et « Le tueur du Canal », deux romans mettant en scène le même personnage que dans « Le Diable des Pyrénées ».

Le Diable des Pyrénées :

Occitanie, de nos jours.

Si, pour écrire son prochain livre, le journaliste toulousain Gabriel Hadour choisit de s’installer à Saint-Martin d’Ayguevives, petit village perdu au cœur des Pyrénées, ce n’est pas par hasard. L’ouvrage qu’il prépare est consacré, justement, à une série de meurtres atroces ayant ensanglanté cette vallée isolée en 1921. Ces terres glacées, il veut les sentir, il veut les comprendre.

Mais ce qui ne devait initialement être qu’une paisible retraite d’écriture se transforme vite en cauchemar, lorsqu’un mystérieux tueur se met en tête de reproduire à l’identique les crimes du passé. Pour tous, cela ne fait aucun doute, le « Diable des Pyrénées » est de retour. Gabriel, lui, en est certain : la traque ne fait que commencer.

Gabriel Hadour, le « journaliste du crime », décide de passer quelques jours à Saint-Martin d’Ayguevives, un village perdu dans les Pyrénées, afin de se mettre dans l’ambiance du livre qu’il est en train d’écrire sur le Diable des Pyrénées, un mystérieux tueur en série qui, en 1921, dans ce fameux village, a assassiné trois gamins, les exposants à la vue de tous, le torse ouvert et le cœur remplacé par un petit galet blanc.

Mais, à peine est-il arrivé au village qu’un gamin est retrouvé mort au même endroit et dans les mêmes circonstances que la première victime du Diable.

Chloé Savignole, enfant du village qu’elle a fui adolescente est envoyé sur place pour enquêter, une affectation sous forme de sanction après une violente bavure…

Tout d’abord, il est utile de préciser que si le personnage de Gabriel Hadour apparaît précédemment dans deux romans « Ni Dieu ni Diable » et « Le tueur du Canal », il n’est pas nécessaire d’avoir lu ceux-ci pour entreprendre la lecture de « Le Diable des Pyrénées ». L’histoire est totalement indépendante.

Dans les romans policiers du genre, le lecteur fait très souvent face à un flic alcoolique, violent, traumatisé par un mystérieux passé.

Ici, l’auteur propose une flic, violente, traumatisée par son passé et un journaliste, ancien alcoolique.

Lorsqu’il s’agit d’un duo d’enquêteurs, celui-ci fonctionne toujours ou presque sous la forme de ce que l’on appelle au cinéma le « Buddy Movie », un duo composé de deux personnages totalement opposés ne se supportant pas au départ et apprenant petit à petit à se connaître et à s’apprécier jusqu’à devenir amis. On pensera à « 48 heures » avec Nick Nolte et Eddy Murphy ou à « L’arme fatale » avec Mel Gibson et Danny Glover ou encore, en France, à « La chèvre » avec Gérard Depardieu et Pierre Richard.

Pas de surprise, c’est ici également le cas avec ce journaliste railleur, qui ne prend rien au sérieux, toujours prêt à plaisanter et cette policière, dure, violente, sèche…

Généralement, quand il s’agit de deux hommes, ils finissent amis, et s’il s’agit d’un homme et une femme… vous devinez la pente que suivra leur relation.

Pour ce qui est du tueur en série, il doit être violent, sanglant, mystérieux, machiavélique, très cinématographique dans ses meurtres.

C’est forcément le cas.

Enfin, un roman de ce genre se doit de proposer des poursuites, des fausses pistes ou des rebondissements, des héros en danger…

Quant à la narration, un thriller à succès alterne forcément entre deux ou trois histoires, entre un personnage et un autre ou entre le passé et le présent.

Dans le cas présent, Alexandre Leoty fait un combo parfait puisque sa narration alterne entre le passé et le présent, entre l’histoire du journaliste et celle de la flic, sans oublier un troisième personnage, le Monstre du roman.

Et vous aurez compris que ce roman possède tout ces ingrédients. En clair, il possède toutes les qualités et tous les défauts inhérents au genre et, surtout, au genre de Thriller qui a fait le succès d’auteurs comme Grangé, Minier et compagnie.

Alors, me direz-vous, voici une déception de plus à mettre au compteur de mes lectures…

Pas si certain.

Déjà, et je ne sais si cela n’a pas participé en partie à mon plaisir de lecture, ce roman possède un défaut que les autres n’ont pas et qui, chez moi, est devenu un jeu, celui de l’abus d’une locution résultant probablement d’un manque de relectures critiques.

Effectivement, je sais très bien, et c’est humain, qu’un auteur a tendance, naturellement, à utiliser les mêmes mots, les mêmes expressions, dans de mêmes situations.

C’est soit grâce à une attention permanente, un contrôle de sa plume, mais plus sûrement à des relectures et plus assurément encore au travail de relecteurs, que ces répétitions (que l’auteur, bien souvent, n’identifie pas malgré ses nombreuses lectures) finissent par se réduire jusqu’à ne plus être gênantes.

Mais ici, dès le début du second chapitre, c’est-à-dire très tôt dans le roman, et ce sur quelques lignes, on retrouve trois fois l’expression « hocha la tête ».

Il n’en fallait pas plus pour que mon attention soit attirée vers ce groupe de mots au point de les identifier et de les compter et il y en a beaucoup, plus d’une cinquantaine et, parfois, deux ou trois en quelques lignes.

Et tout le monde y va de son hochement de tête. La flic, le journaliste et les autres.

Et quand ils ne hochent pas la tête, ils dodelinent de la tête ou ils opinent du chef.

Pour ce qui est du reste, il faut bien avouer que malgré les défauts inhérents au genre, malgré les poncifs, les passages obligés, un rebondissement final un peu moyen, la tendance exagérée qu’ont les méchants, avant de tuer les gentils, d’être extrêmement bavards pour leur permettre de trouver un moyen de s’en tirer ou/et d’utiliser des méthodes qui retardent l’échéance au lieu de les abattre immédiatement… il faut bien avouer, donc, que cela marche. En tout cas, cela a marché avec moi et, pourtant, comme je l’ai dit, je suis un peu devenu imperméable au genre.

Alors, on pourra reprocher, mais comme dans tous les autres romans, que la fin n’est pas à la mesure du reste de l’histoire, que la fin est décevante et même assez peu crédible que l’ensemble tient sur des éléments dont il est difficile de croire à l’enchaînement et même quelques détails qui ne tiennent pas la route (notamment à propos de la mère du Monstre).

Oui, ce roman n’est pas parfait et, pourtant, il est parvenu à me séduire plus que bien d’autres qui pourtant ont eu du succès (je pense, par exemple, aux derniers romans de Bernard Minier).

Alors, suis-je moins exigeant du fait que le roman n’est pas écrit par un auteur à la réputation exagérée ? Qu’il est édité par un éditeur à la renommée moindre, par un éditeur que je connais un peu ?

Ou bien mon plaisir a-t-il été exacerbé par le petit jeu du « hochement de tête » qui, il faut bien avouer, a rapidement égayé ma lecture ?

Peut-être ! Peut-être un peu de tout cela. Ou, peut-être pas !

Peut-être, juste, que ce roman fonctionne bien, malgré les défauts inhérents au genre.

Car l’auteur respecte parfaitement le cahier des charges et si on peut lui reprocher de ne pas prendre trop de risques ni de chercher à innover, aussi bien dans son intrigue que dans ses personnages, on peut aussi lui concéder qu’il fait preuve d’application et qu’il prend l’aspect du bon élève à défaut du statut du maître précurseur.

Et s’il est difficile d’ouvrir la piste, il n’est pas forcément très aisé de la suivre sans s’écrouler en cours de route.

Au final, un roman que j’ai apprécié, pour ses qualités, malgré et parfois pour ses défauts et qui m’encourage à redonner sa chance au genre, mais, peut-être, à travers des auteurs et des éditeurs ayant moins pignon sur rue, comme ce fut le cas avec « Le Diable des Pyrénées ».

Enterré parmi les vivants

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Je l’ai déjà dit, mais je vais me répéter, quand on s’intéresse à la littérature populaire fasciculaire policière de la première moitié du siècle dernier, il est des auteurs qui deviennent incontournables tant leur production fut importante et imposante.

Bien évidemment, j’en ai déjà évoqué plusieurs dont Marcel Priollet, Henry Musnik, Rodolphe Bringer… et, depuis peu je m’attelle à découvrir la plume et les personnages de Paul Salmon (1884 - 1965), un auteur qui, sous son nom ou divers pseudonymes (Paul Dargens, Paul Darcy, Paul Dancray, Robert Navailles) signe un nombre impressionnant de textes, pour la plupart des fascicules.

Tout comme Marcel Priollet, Paul Salmon, sous le pseudonyme de Paul Dargens, fit les beaux jours d’une collection fasciculaire à la fois mythique et bien difficile à se procurer : « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi qui, entre 1916 et 1923, proposa plus de 200 titres de 48 ou 32 pages, magnifiquement illustrée par Gil Baer (1863 - 1931).

C’est dans cette collection que l’on retrouve un de ses personnages récurrents, le détective millionnaire Luc Hardy. Tous les titres de l’auteur (ou presque) dans cette collection mettent en scène ce héros.

La plupart des titres de cette collection ont été réédités, à partir de 1932, dans une autre collection de l’éditeur : « Police et Mystère », des fascicules de 64 pages dont la couverture comporte une photographie à la place des illustrations de Gil Bear, illustrations reprenant bien souvent la même scène que le dessin.

« Enterré parmi les vivants » est la 5e aventure de Luc Hardy.

ENTERRÉ PARMI LES VIVANTS

Dans l’express du Havre, Luc HARDY, le célèbre détective millionnaire, sauve in extremis un jeune couple agressé par des pilleurs de trains.

Étienne Delarue, le mari, désireux de retrouver ceux qui ont failli assassiner sa délicieuse épouse, propose à Luc HARDY de l’aider à mettre la main sur les malfrats qui sont parvenus à s’enfuir.

Les deux hommes vont alors se lancer, au péril de leurs vies, dans une lutte sans merci contre une bande menée par un chef intelligent, prévoyant et machiavélique…

Luc Hardy est à la poursuite de pilleurs de trains. À la gare de Paris, il repère trois individus louches et décide de les suivre et de se positionner dans le compartiment jouxtant celui dans lequel ils sont entrés. Bien lui a pris, car, en cours de route, les trois hommes agressent un couple avec lequel ils voyageaient. Tandis que l’un d’eux est parvenu à assommer le mari, sa femme se lance vers la sonnette d’alarme. Un second bandit la vise et s’apprête à tirer quand un homme fait irruption et tire en premier. Les trois bandits, qui se sont baissés à temps, parviennent à s’enfuir et à sauter du train en marche pendant qu’il ralentissait à l’approche d’une gare.

Le sauveur se présente : Luc Hardy, détective. Il explique qu’il avait repéré les trois hommes et qu’il se fait fort de les retrouver. Le mari, désireux de punir ceux qui ont failli tuer sa femme, propose ses services au détective et les deux hommes vont alors tout faire pour retrouver et arrêter la bande…

Dans ce récit de 18 000 mots (du moins dans la version 64 pages de 1934 de la collection « Police et Mystère »), Paul Dargens nous propose une aventure dans la lignée des précédentes de son personnage, mais également qui s’inscrit parfaitement dans son époque (de l’édition d’origine, en 1920) tant dans le style que dans le sujet et le genre.

Effectivement, les pilleurs de trains sont au centre de l’intrigue comme dans d’autres textes de ce début du XXe siècle (« Les bandits du rail » de Georges Spitzmuller, par exemple). Les protagonistes se déplacent encore, le plus souvent, en bicyclettes (les voitures sont moins omniprésentes) et l’histoire se dirige plus vers le récit d’aventures policières que vers celui du récit d’investigation.

Si Luc Hardy est sensément intelligent, il est surtout chanceux pour trouver ses indices et son travail consiste plus dans des courses poursuites ou des luttes que dans des phases intenses de réflexion.

Ainsi, Luc Hardy est à rapprocher du policier Mirabel de l’œuvre de Spitzmuller citée plus haut ou Fred Cabosse de Jean Petithuguenin ou même d’autres personnages du genre de H. R. Woestyn.

Aussi faut-il oublier toute espérance de suspens ou d’intrigue échevelée tout autant que celle de personnages originaux et fouillés.

Pourtant, il faut reconnaître à Paul Dargens la volonté, à chaque fois, de décrire en quelques mots le physique des différents protagonistes, ce qui n’était pas le cas de tous ses confrères.

Pour le reste, la plume se fond dans le moule du genre et de l’époque et manque un peu d’ambition (mais ce format, ces collections, permettaient-ils l’ambition des auteurs ?).

Alors, on appréciera le charme suranné de l’histoire, les prénoms d’autrefois, les moyens de locomotion désormais obsolètes, et une plume un peu passée.

Au final, un épisode dans la droite ligne des précédents et de beaucoup d’autres dans le même format et de la même époque.

Le rôdeur des ténèbres

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Les aventures de Luc Hardy, le détective millionnaire né de la plume de Paul Dargens, étaient, à l’origine, une série de plus d’une vingtaine de fascicules de 32 pages disséminés au sein de la collection policière « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi.

Rien ne les distinguait des autres, le nom de l’auteur n’apparaissant pas sur les superbes couvertures illustrées par Gil Baer, au début des années 1920.

Puis la plupart de ces aventures, comme quasiment tous les titres de la collection, furent rééditées à partir du début des années 1930, dans une autre collection Ferenczi : « Police et Mystère » sous la forme de fascicules de 64 pages. Exit les belles illustrations de Gil Baer, des photos (représentant la plupart du temps la même scène que les dessins d’origine) les remplaçaient.

Là aussi, les titres étaient mélangés à ceux de plusieurs autres auteurs (la collection compte plus de 400 titres).

Pour rappel, l’auteur, Paul Dargens, de son vrai nom Paul Salmon (1884 - 1965) fut un auteur très prolifique de la littérature fasciculaire à partir de la fin des années 1910. Il écrivit dans tous les genres à la mode à l’époque (aventures, sentimental, policier, jeunesse, fantastique).

Pour le genre policier, il mit en scène au moins deux personnages récurrents, Jacques de Villefort et Luc Hardy.

Hardy, le premier à voir le jour des deux, est un jeune devenu millionnaire à la mort de ses parents et qui, pour tromper l’ennui et par goût de la justice, s’est fait détective.

« Le rôdeur des ténèbres » publié en 1920, puis en 1934, est la 4e aventure du détective.

On notera que Robert Fontrailles, sa femme Lucienne d’Ambrecourt et ses parents, présents dans le texte, sont déjà apparus dans le premier et le second épisode.

LE RODEUR DES TÉNÈBRES

Robert Fontrailles, un jeune et ambitieux ingénieur, est en repos avec femme et beaux-parents dans la maison de santé Castellux, au Pays basque.

Il en profite pour mettre la touche finale aux plans d’un nouveau moteur révolutionnaire.

Un après-midi, Robert Fontrailles remarque que quelqu’un a tenté de forcer la serrure du tiroir dans lequel il enferme les documents en son absence.

Persuadé que le responsable reviendra durant la nuit, il décide de monter la garde par alternance avec son fidèle valet de chambre.

Mais il ne se doute pas que, dans l’ombre, se trame une dangereuse machination pour réduire les deux hommes à l’impuissance et s’emparer des si précieux papiers.

Et, cette fois, Luc HARDY, le détective milliardaire, n’est pas là pour porter secours à Robert Fontrailles, comme il le fit par le passé…

Robert Fontrailles, suite à des problèmes de santé, passe à séjour en famille dans la maison de santé de son oncle au Pays basque.

Mais, ce repos forcé ne l’empêche pas de continuer à mettre au point les plans d’un moteur révolutionnaire sur lequel il compte pour devenir riche et célèbre. Seulement, il craint les fuites et enferme prudemment son invention dans un tiroir de son bureau.

Un jour, il remarque que la serrure de son tiroir a été forcée. Heureusement, le tiroir n’a pas pu être ouvert, mais il est persuadé que le voleur va profiter de la nuit pour faire main basse sur ses précieux plans. Aussi, il envisage de monter la garde en alternance avec un ancien camarade d’armée qu’il a pris à son service.

Mais, différents incidents vont le mettre lui et son fidèle serviteur hors de service.

Son invention est volée sans qu’il ne puisse rien faire. Mais quelqu’un veille sur lui dans l’ombre…

4e aventure de Luc Hardy, donc, et troisième dans laquelle il rend service à Robert Fontrailles. Dans le premier épisode, il avait innocenté d’une tentative de meurtre celle qui allait devenir sa femme. Dans le second, il parvenait à arrêter celui qui l’avait grièvement blessé…

Le lecteur se trouve face à un récit classique de la littérature fasciculaire policière de l’époque. Classique dans son histoire (des plans qui sont volés, un méchant incognito, des déguisements, un détective agissant dans l’ombre, des poursuites…) dans ses personnages, mais également dans son style.

Si Paul Dargens a beaucoup écrit, il fait preuve, dans ce début des années 1920 d’une plume manquant d’ambition comme d’autres auteurs dans la même collection (on citera, par exemple, Marcel Priollet qui, au même âge et à la même époque, livrait, pour cette collection, des récits de la même envergure. Demande de l’éditeur ? Manque de maîtrise du format ? Manque de maturité des auteurs ? Ou bien tout simplement un style correspondant à cette période ?

Si Paul Dargens fait une nouvelle fois preuve de quelques descriptions de personnages, comme j’ai déjà pu le noter dans les autres titres, ici elles sont moins nombreuses. [Peut-être l’auteur considérait-il qu’il avait déjà présenté la plupart des personnages dans les titres précédents ?]

Pour le reste, difficile de dire si la bande que combat Luc Hardy dans le récit est la même que dans les deux autres mettant en scène Robert Fontrailles, puisque celle-ci n’est pas citée et qu’aucun indice n’est apporté pour confirmer ou infirmer cette hypothèse.

Au final, récit classique, possédant les mêmes qualités et les mêmes défauts que les aventures précédentes de Luc Hardy.

Les pirates de la route

 

LH03

Je poursuis ma découverte de la plume de l’écrivain Paul Dargens, de son vrai nom Paul Salmon (1884-1965) qui, sous divers pseudonymes, dont celui déjà énoncé ou celui de Paul Darcy et d’autres, est l’auteur d’un grand nombre de fascicules jeunesse, sentimentaux ou policiers.

Bien évidemment, comme toujours, je ne m’intéresse qu’à la partie policière de la production d’un auteur et, surtout, celle concernant des personnages récurrents.

En la matière, on notera au moins deux héros Salmonien : Jacques de Villefort, et le détective Luc Hardy.

Le second étant antérieur au premier, j’ai donc naturellement débuté ma découverte par celui-ci.

Les aventures de Luc Hardy prennent leur source dans la mythique collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi, une collection fasciculaire née à la toute fin des années 1910 et brillamment illustrée par Gil Baer.

Les titres de cette collection étant très difficiles à se procurer, certains étant introuvables et d’autres, même, non identifiés, je peux, heureusement, pour certains épisodes, m’appuyer sur des rééditions faites chez le même éditeur, dans la collection « Police et Mystère », au début des années 1930.

« Les pirates de la route » est un fascicule de 48 pages paru en 1920 et réédité sous la forme d’un fascicule de 64 pages en 1932. Il s’agit de la 3e aventure de Luc Hardy.

Cette critique s’appuie sur la version de 1932 :

LES PIRATES DE LA ROUTE

Pressé par un rendez-vous urgent avec un investisseur, Jacques Daubray, un industriel, laisse dans sa villa l’argent de la paie de ses ouvriers qu’il vient d’encaisser à la banque.

Pendant son absence, un individu tente de pénétrer chez lui, mais, surpris par Madame Daubray, il la poignarde avant de s’enfuir.

Malgré ses blessures, Madame Daubray est en état de décrire son agresseur, d’autant plus qu’elle le connaît : il s’agit de M. Talmont, l’homme que devait rencontrer son époux.

Jacques Daubray, clamant vengeance, fait appel à son ami Luc HARDY, le fameux détective millionnaire.

Tous deux vont se lancer sur la piste de Talmont sans se douter que celui-ci est un rouage de la terrible bande des « Pirates de la route » dont les méfaits ensanglantent la région…

Jacques Daubray s’est fait flouer. Un bandit s’est fait passer pour un homme d’affaires cherchant à investir dans son usine pour l’attirer loin de chez lui et en profiter pour pénétrer sa villa afin de s’emparer de la paie des ouvriers qu’il y avait déposé. Mais, surpris par la femme de l’industriel, le vilain a poignardé celle-ci avant de s’enfuir bredouille.

Même si son épouse s’en remettra, bien que vilainement blessée, Jacques Daubray veut la venger et fait appel à son ami Luc Hardy, un célèbre détective, pour l’aider à retrouver le fuyard.

Tous deux se mettent à sa poursuite et ne tardent pas à s’apercevoir qu’ils ont affaire à une bande organisée que l’on nomme « Les pirates de la route »

Je retrouve donc Luc Hardy pour la deuxième fois (je ne me suis pas encore procuré la deuxième aventure).

Si, dans le premier épisode, il était rapidement décrit, tant dans sa physionomie que dans sa mondanité, ici, l’auteur ne prend pas le temps d’une telle exposition, se contentant d’évoquer la célébrité du personnage.

Malgré tout, et comme dans le premier texte que j’ai lu, Paul Dargens prend un peu de temps pour présenter physiquement et sommairement les principaux personnages, une pratique pas si usuelle dans la littérature fasciculaire qui manque un peu de place pour cela.

Mais, le format d’origine étant encore de 48 pages (il passera à 32 par la suite), l’auteur peut encore se le permettre.

En ce qui concerne l’intrigue, elle ne vole pas haut (format court oblige) et la résolution de l’enquête s’appuie, comme trop souvent, beaucoup trop sur les hasards. Hasard mettant les gentils sur la piste de méchants. Chance permettant aux gentils d’échapper à la mort…

L’histoire, dans sa globalité, s’inscrit dans son époque, ce qui donne un certain charme désuet.

Désuétude accentuée par une plume manquant de maturité (ou de modernisme) et qui, là aussi, s’inscrit dans la norme de la littérature fasciculaire de son époque (heureusement, certains contemporains avaient une plume plus moderne).

On n’en saura pas beaucoup plus sur le héros avec cet épisode (tout a peut-être été dit dans le premier épisode), et c’est un peu dommage de ne pas étoffer un peu plus le personnage.

Malgré tout, la lecture n’est pas déplaisante, mais manque d’un petit plus pour se démarquer du tout venant.

Au final, un récit classique de la littérature fasciculaire policière des années 1920, plaisant, mais mettant en scène un personnage un peu fade.


17 octobre 2021

Un cri dans la nuit

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Je poursuis ma découverte des aventures de Luc Hardy, le détective millionnaire né de la plume de Paul Dargens.

Pour rappel, Paul Dargens, de son vrai nom Paul Salmon (1884–1965), fut, sous son nom ou ses divers pseudonymes (Paul Dancray, Paul Darcy…) fut un écrivain de littérature populaire prolifique œuvrant dans les différents genres à succès de son époque.

Mais, comme toujours, ne m’intéressant qu’à la production policière d’un auteur, on notera les nombreux fascicules policiers qu’il signa du pseudonyme Paul Dargens, principalement pour les éditions Ferenczi.

Effectivement, à l’approche des années 1920, pour la mythique collection « Le Roman Policier » de l’éditeur, une collection dont toutes les couvertures furent signées par l’excellent Gil Baer, Paul Dargens signa près d’une trentaine de fascicules de 32 ou 48 pages dont une bonne partie mettait en scène le personnage de Luc Hardy, un jeune millionnaire devenu détective par ennui et par goût de la justice.

Par la suite, ces mêmes aventures seront rééditées (comme la plupart des titres de la collection) dans une autre collection Ferenczi, à partir de 1932 : « Police et Mystère », sous la forme de fascicules de 64 pages.

Dans cette même collection, on retrouvera un autre récurrent de l’auteur : Jacques de Villefort.

« Un cri dans la nuit » est la seconde aventure de Luc Hardy et reprend des personnages du précédent : « Les Masques Écarlates » puisque Luc Hardy y poursuit sa lutte contre l’organisation criminelle.

UN CRI DANS LA NUIT

Dans les poches d’un pickpocket est découvert un portefeuille contenant une bank-note sur laquelle sont inscrits, à l’encre invisible, un nom et une adresse à Lille ainsi que la mention « Luc HARDY ».

Ce billet est confié à M. d’Ambrecourt, ami intime du fameux Luc HARDY, le célèbre détective, avec charge de le lui remettre le soir même.

Au moment où Luc HARDY arrive à la villa, les lumières s’éteignent. M. d’Ambrecourt est violemment assommé et le message lui est dérobé.

Tandis que Luc HARDY suit la piste du voleur, trois coups de feu éclatent dans le jardin. Le gendre de M. d’Ambrecourt est retrouvé, une balle dans la tempe et une dans la poitrine. Les deux projectiles ont été tirés par son arme qu’il tient encore fermement dans sa main.

Assassinat ? Suicide ? Luc HARDY a déjà son opinion et se fait fort de la confirmer au plus vite…

M. d’Ambrecourt, dont Luc Hardy, le célèbre détective, dont il a innocenté la fille accusée d’une tentative d’assassinat sur la comtesse Dourski, reçoit la visite du secrétaire du ministre de l’Intérieur. Celui-ci lui confie une bank-note retrouvée dans un portefeuille volé par un pickpocket. Sur le billet, à l’encre invisible, sont inscrits un nom et une adresse à Lille ainsi que le nom de Luc Hardy. M. d’Ambrecourt est chargé de remettre le billet à Luc Hardy qui doit lui rendre visite le soir même. Mais, avant que Luc Hardy n’arrive, M. d’Ambrecourt est agressé et on lui vole le billet.

Luc Hardy arrive sur ces entrefaites et se lance sur la piste du voleur. Mais, des coups de feu retentissent dans le jardin. On retrouve alors le gendre de d’Ambrecourt, deux balles dans le corps tirées de son revolver qu’il tient encore dans sa main…

Nouvelle aventure du détective Luc Hardy, donc, et qui fait suite au précédent titre, « Les Masques Écarlates ».

Effectivement, Luc Hardy est toujours à la poursuite du chef de la bande et c’est donc encore à elle qu’il sera confronté.

Si on retrouve le même style un peu suranné caractéristique de la littérature fasciculaire des années 1920 (ou du moins de la plupart de ceux-ci), les récits de Paul Dargens se distinguent, malgré tout, par une volonté de description physique de chaque protagoniste, en quelques mots, certes, mais rares sont les auteurs à prendre cette peine dans ce format aussi court.

Pour le reste, aventure classique où le détective fait plus preuve d’action que de réflexion. Course poursuite, accidents, crimes, enlèvements…

Rien de bien innovant donc, ni dans le style, ni dans le genre, ni dans les personnages, mais un récit qui se lit avec un réel plaisir, car sans temps mort.

Difficile de dire que l’on s’attache au héros, l’auteur ne cherchant pas à le décrire plus que les autres, mais on se retrouve face à un personnage que l’on semble connaître déjà à force d’en croiser de semblables dans les fascicules policiers de l’époque.

Au final, sans flirter avec l’excellence, Paul Dargens remplit le cahier des charges de ce que demande la collection de l’époque avec, pour petit plus, la possibilité de retrouver son personnage dans différentes aventures.

Les Masques Écarlates

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Lorsque, comme moi, on se passionne pour la littérature populaire fasciculaire policière, il est des noms d'auteurs à côté desquels il est difficile de passer, soit pour la qualité de plume soit pour l'immensité de la production.

Ainsi, impossible d'évoquer le sujet longuement sans jamais parler de Henry Musnik, Marcel Priollet, Rodolphe Bringer, Maurice Limat (je n'en ai pourtant pas encore vraiment parlé), Albert Bonneau (idem)... ou encore Paul Salmon.

Pour ce dernier nom, je vais remédier immédiatement, en partie, à cette lacune.

Effectivement, Paul Louis Victor Salmon (1884 - 1965), sous divers pseudonymes dont, principalement, Paul Dargens et Paul Darcy, est l'auteur d'un très grand nombre de fascicules policier (mais également d'autres de romances, d'aventures ou fantastiques).

Rien que pour la mythique collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi, paru dans les années 1920 et illustrée magnifiquement par Gil Baer, l'auteur signa près d'une trentaine de titres de son pseudonyme Paul Dargens.

Si on se penche sur une autre collection mythique de l'éditeur, « Policier et Mystère », à partir de 1932, c'est près de 80 titres (dont les rééditions de la plupart des titres de la première collection évoquée).

Il est à noter que Paul Salmon partage avec un autre auteur de littérature policière, Louis Thomas Cervoni (alias Louis C. Thomas) d'avoir écrit une partie de sa production alors qu'il était aveugle. Il fut alors aidé dans sa tâche par sa femme, Léonce Germaine Pracheégalement auteur de littérature populaire.

Dans la collection « Le Roman Policier », sur les, il me semble, 28 titres de l'auteur, la plupart semble mettre en scène un même personnage : Luc Hardy, un millionnaire devenu détective par ennui autant que par goût de la justice.

« Les Masques Écarlates », paru en 1919-1920, semble être la toute première aventure du personnage (bien qu'il ait déjà roulé sa bosse selon l'histoire).

LES MASQUES ÉCARLATES

Lors d’une soirée donnée à l’hôtel Dourski, la fête bat son plein quand un cri terrifiant retentit. La comtesse Dourska est retrouvée en sang, un court poignard planté dans la poitrine. Heureusement, la lame a glissé sur une côte et le diagnostic vital n’est pas engagé.

Interrogée, la victime n’hésite pas une seconde à accuser Mademoiselle d’Ambrecourt, une femme dont son mari s’est épris. Cette dernière nie énergiquement et en appelle à l’honneur du comte Dorski pour l’innocenter. Mais à sa grande stupeur, le comte, après un long silence, confirme les dires de son épouse.

Deux jours plus tard, Luc HARDY, un jeune homme millionnaire féru de justice, devenu détective pour fuir l’ennui, se présente chez le père de la suspecte afin de lui proposer gracieusement son aide pour disculper sa fille.

Luc HARDY est alors loin de se douter des tenants et des aboutissants de l’affaire dans laquelle il va se lancer avec ferveur…

Lors d'une soirée dans l'hôtel Dourski, un cri éclate, la comtesse Dourska s'écroule, un poignard planté dans la poitrine.

Seulement blessée, elle parvient à accuser la jeune Mlle d'Ambrecourt, dont son mari semble épris.

Cette dernière nie totalement les faits et est encore plus abasourdie que le comte, après un grand silence, confirme les dires de sa femme.

Bientôt, un jeune homme se présente chez le père de l'accusée et se présente : Luc Hardy, un millionnaire qui, pour tromper son ennui et servir la justice s'est fait détective. Il assure M. d'Ambrecourt qu'il va prouver l'innocence de sa fille...

Autant le dire tout de suite, « Les Masques Écarlates » s'inscrit dans la droite ligne des petits récits policiers de l'époque. Aussi, on retrouve des thèmes usuels de l'époque (des nobles russes, une organisation criminelle secrète, des structures avec des mécanismes révolutionnaires, un spécialiste du grimage, un détective millionnaire qui œuvre non pas pour sa renommée ni pour l'argent mais uniquement pour la justice...

Ainsi, il n'y a d'originalité ni dans le personnage ni dans l'histoire. À peine notera-t-on la volonté de l'auteur de décrire, même de façon concise, physiquement chaque protagoniste au tout début du récit.

Pour la suite, avec une narration linéaire, l'enquête avance plus par l'action que par les réflexions et le héros découvre les tenants et les aboutissants rapidement et plus par chance qu'autre chose.

Question plume, elle est tout aussi classique que le reste et ne dénote ni un talent particulier ni d'un manque de talent, d'ailleurs.

L'ensemble se lit même plutôt agréablement et l'on peut être curieux de savoir ce que peut devenir Luc Hardy et ses aventures dans les textes suivants ou même la plume de l'auteur au fil du temps.

Au final, sans être original ni exaltant, ce récit propose ce que le lecteur de l'époque attend, sans plus value, cependant, mais peut-être viendra-t-elle par la suite.

Le secret du "Coin Tranquille"

 

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Difficile de trouver de nouvelles choses à dire ou d’autres façons de formuler les mêmes informations à propos d’un auteur que j’ai déjà tant de fois abordé : Henry Musnik.

Car Henry Musnik, bien que né au Chili en 1895, fut l’un des grands pourvoyeurs de la littérature populaire fasciculaire française.

Sous son nom ou plus souvent sous divers pseudonymes (Alain Martial, Jean Daye, Pierre Dennys, Gérard Dixe, Pierre Olasso, Claude Ascain… et bien d’autres), il signa un nombre impressionnant de récits dont la plupart furent publiés sous la forme de fascicules pour intégrer des collections d’aventures, jeunesse, policière…

Mais c’est avant tout et surtout dans ce dernier genre que l’auteur, ancien journaliste sportif, se distingua.

En la matière, difficile d’établir une liste exhaustive parfois artificiellement gonflée à coups de rééditions ou de réécritures (même histoire, noms de personnages différents, signature avec un autre pseudonyme, publié dans une autre collection, chez un autre éditeur)…

Dans ce lot impressionnant de titres et d’histoire, on retrouve souvent des personnages récurrents, mais des personnages, dont les aventures sont noyées parmi celles d’une collection policière quelconque.

Ainsi, dans la collection de plus de 400 titres, « Police et Mystère », des éditions Ferenczi, à la fin des années 1930, on peut déceler 25 titres mettant en scène Jack Desly, un gentleman cambrioleur (l’auteur en a fait vivre plusieurs) assisté par son fidèle serviteur annamite, Nan-Dhuoc.

« Le secret du Coin Tranquille » est la 15e aventure de Jack Desly.

LE SECRET DU « COIN TRANQUILLE »

Jack DESLY, gentleman cambrioleur, en a assez de la vie parisienne et de ses inconvénients. Aussi a-t-il loué la villa « Coin Tranquille » sise à La Varenne, au bord de la Marne.

Mais, la propriété porte plutôt mal son nom.

Effectivement, après avoir refusé de céder sa place à un homme négociant à bourse délier pour le convaincre, voilà que ses aîtres sont victimes de dévaliseurs.

Et quand il se rend chez son propriétaire pour demander l’autorisation de changer toutes les serrures, il apprend que celui-ci a disparu…

Pour Jack DESLY, il n’y a plus de doute, le « Coin Tranquille » cache un secret qu’il est bien déterminé à découvrir…

Décidément, Jack Desly en a marre de l’exiguïté de son appartement parisien, de la surveillance incessante d’hommes de l’inspecteur Arthème Ladon, son ennemi juré, de devoir ranger sa voiture dans un garage éloigné… aussi a-t-il décidé de louer la villa Coin Tranquille, dans le village de La Varenne.

Mais à peine installé, l’agent immobilier vient le voir pour lui proposer une autre villa, car un client très généreux désire ardemment louer le Coin Tranquille. Mais Jack Desly refuse la proposition.

Un soir, alors qu’il s’apprête à partir avec Nan-Dhuoc en « mission », une panne de voiture l’oblige à rentrer à la villa plus tôt que prévu. Il y surprend un cambrioleur qui parvient à s’échapper non sans avoir assommé Nan-Dhuoc.

Aucune trace d’effraction, le voleur devait avoir des doubles. Aussi, Jack Desly décide de rendre visite à son propriétaire pour demander l’autorisation de changer les serrures. Mais celui-ci est absent et sa femme semble très soucieuse. Jack Desly parvient à apprendre que son mari a disparu…

Aucun doute, le cambriolage et la disparition sont liés et Jack Desly va tout faire pour trouver le secret du Coin Tranquille.

En lisant en parallèle deux séries de l’auteur, « Daniel Marsant contre le Grand Maître » et « Jack Desly, gentleman cambrioleur », je constate combien mon plaisir de lecture est bien différent de l’une à l’autre alors que les formats sont les mêmes (fascicules de 64 pages, des récits d’environ 18 000 mots).

Mais le genre, lui, est différent. La première s’inspire des aventures de Fantômas, la seconde, plutôt de celles d’Arsène Lupin.

Puis, les personnages aussi diffèrent. Dans un cas, un agent secret, de l’autre, plutôt un duo, Jack Desly et Nan-Dhuoc.

Et si le héros est Jack Desly, il faut bien avouer que c’est le personnage de Nan-Dhuoc qui apporte cette petite touche d’humour qui fait la différence et également la sympathie du lecteur.

Alors, bien sûr, étant donné la concision inhérente au format, on se doute que l’intrigue sera simple et elle l’est. Mais peu importe, ce n’est pas cela qui compte.

Pour le reste, on apprécie que Nan-Dhuoc soit plus présent que dans certains autres épisodes. On retrouve également l’inspecteur Arthème Ladon, toujours le dindon de la farce.

Comme toujours, Jack Desly s’avère perspicace.

Au final, un épisode dans la lignée des précédents, agréable à lire avec un petit peu plus de Nan-Dhuoc que d’ordinaire.

L'énigme de la tête masquée

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Passionné de littérature populaire policière, plus encore de la littérature fasciculaire du même genre, ainsi que des personnages récurrents, il m’était bien difficile de ne jamais croiser le chemin de l’auteur Henry Musnik, un spécialiste en la matière.

Car l’écrivain, né au Chili en 1895 et qui fut également journaliste, a été très prolifique et pas seulement dans le sous-genre évoqué.

Effectivement, s’il a énormément participé, sous divers pseudonymes (Pierre Olasson, Alain Martial, Gérard Dixe, Jean Daye, Claude Ascain… et j’en passe), à abreuver de nombreuses collections fasciculaires policières entre 1930 et la fin des années 1950, il a également énormément écrit dans d’autres genres à la mode à l’époque.

Mais revenons-en à sa production policière, la plus intéressante (selon moi).

Pour écrire autant, l’auteur avait ses petites habitudes. Si on retire les rééditions officielles (les éditeurs, notamment Ferenczi, n’hésitaient pas, quelques années après, à rééditer certains titres de collections précédentes), on peut noter que Henry Musnik avait coutume de réutiliser certains de ses textes en changeant les noms des protagonistes, en les signant avec un autre pseudonyme pour les proposer à un autre éditeur.

Je n’évoquerai pas l’hypothèse de traductions pirates d’épisodes de séries anglo-saxonnes que mon manque de connaissance de la langue de Conan Doyle m’empêche de vérifier.

Mais, en ce qui concerne l’écriture pure, pour avancer plus vite, l’auteur n’hésitait pas à reprendre un personnage déjà apparu dans un récit précédent.

Bien souvent, il le faisait au sein d’une même collection policière.

Ainsi, on découvre, par exemple, dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, à la fin des années 1930 et sous le pseudonyme de Claude Ascain, deux duos de personnages dont l’un prend la suite de l’autre après de nombreuses aventures. L’un est composé de Daniel Marsant et le Grand Maître ; l’autre, de Jack Desly et Arthème Ladon.

Le cas qui m’intéresse aujourd’hui concerne la lutte entre Daniel Marsant, agent du Deuxième Bureau et du Grand Maître, le génie du crime aux cent noms et aux mille visages.

Les deux hommes se sont mené une lutte acharnée sur 17 épisodes disséminés à partir de 1939 dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, une collection contenant plus de 400 titres

Ces 17 fascicules de 64 pages contiennent des récits indépendants d’environ 18 000 mots.

« L’énigme de la tête masquée » est la 12e confrontation entre les deux ennemis.

L’ÉNIGME DE LA TÊTE MASQUÉE

Daniel Marsant, l’agent du Deuxième Bureau, accompagné de son ami, le détective Armstrong, voyagent au petit jour à bord d’une voiture sur une route de la campagne anglaise quand ils aperçoivent, au loin, une fumée noirâtre s’élever dans le ciel.

Ils se rapprochent des lieux de l’incendie et découvrent des paysans s’évertuant à tenter d’éteindre un corps en flammes.

Une fois le feu étouffé, Daniel Marsant constate que la tête du cadavre n’a pas été brûlée, mais que le visage est recouvert d’un masque, impossible à retirer, car collé sur la peau à l’aide de sécotine.

Après incision du tissu au niveau des lèvres, le médecin légiste mandé sur place remarque que la bouche et la gorge de la victime sont emplies de coton…

Dans le cadre de sa lutte contre le Grand Maître, Daniel Marsant se trouve en Angleterre et s’est adjoint son ami le détective Armstrong.

Alors qu’ils rentrent à Londres, en voiture, au petit matin, ils remarquent de la fumée noire dans le ciel en plein bois.

Curieux, ils s’approchent et découvrent des paysans tentant d’éteindre un corps enflammé.

Marsant parvient à éteindre le brasier grâce à l’extincteur de la voiture et découvre alors un cadavre dont la tête est encore intacte, mais recouverte d’un masque collé sur le visage pour empêcher l’identification. En découpant le tissu à hauteur de la bouche, où il a repéré un renflement, il découvre du coton emplissant la gorge et la bouche de la victime.

Pourquoi cette macabre mise en scène ???

Bientôt, un cambriolage et un meurtre dans une banque vont occuper les autorités. Mais Daniel Marsant est convaincu que les deux affaires sont liées et que derrière se cache… le Grand Maître.

Qui a déjà lu une aventure de Daniel Marsant ne sera pas surpris à la lecture de cet épisode.

Effectivement, depuis le début, l’auteur reprend un identique schéma d’épisode en épisode. Schéma dans son intrigue, mais également dans sa narration.

Ainsi, comme chaque épisode, celui-ci débute par un crime mystérieux et sordide. Marsant va être soit présent dès le départ, soit arriver en cours de route. Il va immédiatement lier l’affaire au Grand Maître, chercher à le repérer. Il le cernera, mettra en place une souricière, de laquelle le Grand Maître parviendra à s’échapper au dernier moment. Le dernier chapitre sera dévolu aux explications de Daniel Marsant (ou plus rarement d’une tierce personne) afin d’expliquer tous les dessous de l’affaire.

C’est donc encore le cas ici. Donc, pas de surprise.

Si le premier meurtre est suffisamment mystérieux pour intriguer le lecteur, malheureusement, l’auteur n’en fait pas la base de son récit, celui-ci étant vite relégué au second plan. Dommage, il y avait matière à faire.

Le reste de l’histoire est d’un intérêt moindre. On sait que le Grand Maître est derrière tous les crimes comme l’ont été, avant lui, Fantômas ou le Professeur Moriarty. Un grand héros a besoin d’un grand ennemi pour briller.

Si la lecture est loin d’être déplaisante, l’enchaînement des épisodes peut vite devenir rébarbatif à cause de ce schéma répétitif.

Il faut cependant se souvenir que les lecteurs de l’époque, pour lire chaque aventure de Daniel Marsant, devait, auparavant, lire les histoires écrites par d’autres auteurs et qui étaient publiées entre chaque titre signé Claude Ascain, ce qui permettait d’alterner un peu les récits et les intrigues.

Pour autant, cette série n’est pas ma préférée de l’auteur. Si j’ai longtemps considéré Henry Musnik comme une sorte d’honnête tâcheron de l’écriture (mon Dieu que le terme est péjoratif et je m’en excuse, mais cela reflétait un peu mon état d’esprit), j’ai, depuis, révisé mon avis sur l’auteur, qui ne s’appuyait que sur la lecture de fascicules de 32 pages, format dans lequel l’auteur n’était pas le plus à l’aise de sa génération. Mais, après avoir lu des récits de 64 pages et, surtout, des épisodes de « Mandragore », contenant des récits de 80 000 mots, ce qui correspond à un gros roman, force m’a été de constater que l’auteur pouvait s’avérer être un écrivain correct voire même un bon écrivain (notamment pour Mandragore).

Mais, dans un format similaire et dans la même collection (« Police et Mystère », je préfère de loin les aventures de Jack Desly, un gentleman cambrioleur.

D’ailleurs, après avoir lu également un épisode des aventures de « Miche Vaudreuil » du même auteur [sous le pseudonyme d’Alain Martial] un autre espion Musnikien, je constate qu’il n’était pas très à l’aise avec le genre « espionnage » et bien plus avec un genre plus « policier ».

Au final, un épisode dans la veine des précédents, depuis le genre, jusqu’au style d’intrigue et à la narration.

La curieuse affaire Mansfield

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Quand on parle de littérature populaire policière fasciculaire, difficile de ne pas évoquer Henry Musnik, un écrivain né en 1895 au Chili et qui fut également journaliste, principalement sportif.

Sous de très nombreux pseudonymes (Claude Ascain, Pierre Olasso, Alain Martial, Pierre Dennys, Florent Manuel, Jean Daye, Gérard Dixe et bien d’autres), il signa un nombre impressionnant de fascicules d’aventures, jeunesse, fantastiques, mais, surtout, policiers.

Si, en étudiant sa production, on se rend compte qu’elle comporte de nombreuses rééditions et réécritures (certains parlent même de traductions pirates d’épisodes de séries fasciculaires anglo-saxonnes), elle n’en demeure pas moins extrêmement bien fournie.

Dans ces très nombreux titres policiers, le lecteur pourra croiser plusieurs personnages récurrents, dont plusieurs avatars d’Arsène Lupin, comme Robert Lacelles, Mandragore ou encore Jack Desly.

Et c’est ce dernier que l’on rencontre dans « La curieuse affaire Mansfield » publié en 1937 au sein de la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi sous la forme d’un fascicule de 64 pages signé Claude Ascain et contenant un récit indépendant d’environ 18 000 mots.

Parmi les plus de 400 titres signés divers auteurs que compte cette collection, on en trouve 25 mettant en scène le gentleman cambrioleur Jack Desly et son fidèle serviteur annamite Nan-Dhuoc. 

« La curieuse affaire Mansfield » est la 14e aventure du héros. 

LA CURIEUSE AFFAIRE MANSFIELD

Jack DESLY, gentleman cambrioleur, est en repérage dans un palace quand il remarque le manège de deux individus louches abordant un des clients.

Immédiatement, il suspecte des aigrefins à la recherche d’un pigeon à plumer.

Bientôt, le trio part dîner.

Pourtant, Jack DESLY est étonné, peu de temps après, qu’un des escrocs revienne récupérer les bagages de la « victime ».

Poussé autant par la curiosité que par l’espoir d’un profit, Jack DESLY, ayant appris que les valises ont été portées dans une pension de famille, décide d’y louer également une chambre.

Quelle n’est pas sa surprise de constater que « voleurs » et « volé » habitent l’établissement et sont devenus très amis…

Jack Desly, gentleman cambrioleur, passe son temps dans les palaces. Pour se détendre, pour jouer au rat d’hôtel, mais aussi pour faire des repérages. Alors qu’il est dans ce dernier cas dans le hall du Cosmopolit, il observe un jeune homme au teint halé, qu’il soupçonne venir d’une colonie. Bientôt, celui-ci est abordé par un individu que Jack soupçonne être un « confrère » venu appâter le pigeon. Amusé, il suit la conversation et constate qu’un troisième individu se joint au duo. Bientôt, les deux amis décident d’amener leur nouvelle connaissance dîner. Jack Desly décide de profiter de l’absence du colonial pour aller fouiller les bagages dans sa chambre, mais un garçon d’hôtel vient prendre les bagages avant qu’il ait eu le temps de les ouvrir.

Surpris, par un départ si brusque, il l’est encore plus en voyant que c’est l’un des deux aigrefins qui est venu récupérer les valises pour le compte du voyageur.

Curieux et pensant qu’il y a de l’argent à se faire, Jack Desly décide de se renseigner et apprend que les bagages ont été amenés dans une pension.

Le lendemain, il décide d’y loger incognito, mais constate que, bizarrement, le colonial et les voleurs logent dans cet établissement et, qu’en plus, ils semblent très liés…

On retrouve donc Jack Desly, un peu (pas assez) Nan-Dhuoc, son fidèle serviteur annamite et même l’inspecteur Arthème Ladon, l’ennemi de Jack.

À partir d’une intrigue assez simple, basée sur la difficulté de s’assurer de l’identité d’une personne ayant longtemps vécu dans des pays exotiques (idée reprise pendant la première moitié du XXe siècle par de nombreux auteurs de récits policiers), Claude Ascain nous propose un récit plaisant, dans la lignée des précédents, dans lequel il distille tous les ingrédients qui composent sa série. Un peu d’aventure, d’esprit chevaleresque, d’humour, soit porté par la personnalité de Nan-Dhuoc ou bien par les mésaventures d’Arthème Ladon, une écriture fluide et une gestion correcte du format et de la narration.

Certes, il manque un peu de suspens ou de rebondissements, mais il faut bien admettre que ce n’est pas le fort des aventures de Jack Desly et que l’auteur n’a jamais cherché vraiment à aller dans cette direction.

Pour le reste, la lecture est très agréable même si j’ai toujours la sensation qu’il manque un peu de Nan-Dhuoc tant c’est le personnage le plus intéressant de la série selon moi.

D’ailleurs, si on analyse le Trium Vira de la série (Jack Desly/Nan-Dhuoc/Arthème Ladon), le héros, Jack Desly, est le personnage le moins original, le moins fouillé et, finalement, le moins attachant.

Pour autant, dans un format aussi court, les personnages sont rarement très attachants, car impossibles à dépeindre en détail.

Mais on remarquera, notamment chez Henry Musnik (mais pas que) que dans les aventures de gentlemen cambrioleurs, ce sont souvent le fidèle serviteur qui est le personnage le plus recherché et le plus amusant. C’est le cas chez « Mandragore » ou « Jack Desly » pour Musnik, mais également, par exemple, chez « Mister Nobody » d’Edward Brooker.

Au final, une petite aventure plaisante à lire, dans la directe lignée des précédents titres de la série.

10 octobre 2021

Z, le tueur à la corde

Z le tueur à la corde

Raaah !!! Albert Boissière... Albert Boissière... Albert Boissière... après tout le plaisir littéraire que tu provoques en moi de roman en roman puis-je malgré tout t’en vouloir de remettre en cause mon objectivité et, du coup, la subjectivité que je puis reprocher à autrui plus souvent qu’à mon tour.

Mais, tout comme l’auteur qui démontra son art du « Teasing » (ou aguichage) à une époque où le mot n’existait pas encore, je reviendrais plus tard sur mon assertion première, préférant tout d’abord présenter aux yeux des malheureux lecteurs qui ne le connaîtraient pas encore, l’un des plus talentueux romanciers, feuilletonistes et conteurs du début du siècle précédant.

Albert Boissière, grâce, notamment, à de récentes rééditions numériques de certains de ses textes, est désormais accessible au commun des lecteurs et non plus uniquement aux afficionados des lectures anciennes et autres archéologistes littéraires passionnés des plumes d’autrefois.

Pour autant, il faut bien reconnaître qu’Albert Boissière demeure actuellement toujours aussi inconnu de la plupart des bibliophages et autres papivores, c’est dire ce qu’il en est auprès des plus retors à l’expérience de l’aventure par les mots.

Donc, puisque vou m’y forcez, je m’en vais vous parler un petit peu de cet excellent auteur qui mériterait plus que bien des Best-sellerophiles actuels de demeurer dans l’esprit de chacun et de faire vibrer l’âme de tout ceux pour qui les mots comptent.

Jean-Baptiste-Eugène-Albert Boissière, né en 1864 ou 1866 et mort en 1939 fut un feuilletoniste, romancier, poète, conteur, novelliste qui œuvra depuis la toute fin du XIXème siècle jusqu’à sa mort. Sa production fût principalement destinée aux journaux de l’époque pour lesquels il écrivit de nombreux romans et contes qui furent par la suite réédités sous la forme de romans et même traduits dans plusieurs pays d’Europe et d’ailleurs.

Difficile d’établir une liste exhaustive de ses textes tant l’homme a écrit.

Mais, ce que l’on découvre à travers ceux-ci, c’est qu’Albert Boissière, outre être un véritable poète, savait manier à la fois l’humour et la langue et qu’il avait un réel talent de conteur.

Cependant, le meilleur moyen de découvrir Albert Boissière (comme tout écrivain, d’ailleurs), étant encore de le lire, je vous laisserais vous faire votre propre avis en vous confrontant à sa plume.

Z, LE TUEUR À LA CORDE

« Monsieur Stephenson, mon mari désirerait vous parler… seul à seul ! Je crois que c’est très grave… ».C’est sur cette simple phrase prononcée à mon égard par la douce et énigmatique Madame Grenet, ma voisine de palier, que ma vie trépidante de passionné en aéronautique bascula définitivement pour prendre une tournure d’aventure dramatique et funeste dans laquelle j’allais perdre tout ce qui me tenait à cœur jusqu’à ma raison.

Dans la salle à manger du couple, le spectacle imprévu qui se dressa tout à coup devant mes yeux me cloua sur place, m’immobilisa d’épouvante… À l’anneau de la suspension absente, lamentable, horrible et la face tuméfiée, Monsieur Grenet pendait, inerte et sans vie, la corde au cou, les yeux vitreux… Si ce n’était les traces de strangulation incrustées dans le cou de la victime, la scène aurait eu toutes les apparences du suicide.

Je m’enfuyais lâchement, coupablement, aux yeux de ma logeuse que je croisais sur le palier, ce qui me valut, de la part du juge chargé de l’enquête, le terrible surnom qui me seyait si peu de « Z, le tueur à la corde ».

Mais cette inculpation n’était que la pierre liminaire de mon chemin de croix semé d’embûches, d’incidences, de coïncidences et de cadavres…

M. Stephenson, un génie en aéronautique anglais du début du XXème siècle, se rend en France pour suivre les exploits des pionniers du vol motorisé.

En France, il fait la rencontre à Reims, ville dans laquelle se tient un important meeting, du couple Grenet, qu’il retrouve par hasard à Paris, quand il s’installe rue Marbeuf.

Un jour, Mme Grenet, en sortant de chez elle, le prévient que son mari veut le voir en tête à tête et Stephenson découvre alors le mari pendu dans la salle à manger.

En s’enfuyant, Stephenson croise la logeuse qui va le dénoncer à la police, car, en fait, M. Grenet a été étranglé avant d’être pendu. Chez Stephenson, la police découvre un début de lettre sur du papier à en-tête laissé par l’ancien propriétaire marqué de la lettre Z.

Très vite, le juge Marathon, chargé de l’affaire, surnomme Stephenson « Z, le tueur à la corde » et, tombé sous le charme de Mme Grenet, va tout faire pour l’innocenter...

4ème et ultime roman mettant en scène le personnage secondaire du juge Marathon que l’on avait pu découvrir dans « La tragique aventure du mime Properce » pour le retrouver, par la suite, dans « Un crime a été commis », puis, « L’homme sans figure ».

Le juge Marathon, bien qu’honnête et droit, et un juge butté et persuadé d’avoir raison même quand il a tort... surtout quand il a tort...

Aussi, quand il se persuade que Stephenson est bien « Z, le tueur à la corde », il ne va pa lâcher l’affaire et va lui aussi vivre une terrifiante et tragique aventure.

Dans « La tragique aventure du mime Properce », Albert Boissière nous avait démontré qu’il était déjà maître dans l’art du mystère, de l’humour et de la narration.

Avec un texte parfaitement ciselé pour mettre en valeur ses traits d’humour, il démontrait que, bien que probablement écrit très rapidement, ses textes étaient à la fois réfléchis et calculés afin de créer des effets voulus (ici, humoristiques). 

Dans « Un crime a été commis », Albert Boissière prouvait (s’il en était besoin), qu’il maîtrisait parfaitement la narration à la première personne et qu’il savait reléguer l’humour au second plan au profit de son intrigue et de ses personnages.

Mais, à travers « Z, le tueur à la corde », Albert Boissière démontre également qu’il savait préparer d’autres effets grâce à l’art du « Teasing » dont je parlais au début.

Effectivement, tout au long de ce roman qui avoisine les 70 000 mots, l’auteur nous dévoile à l’avance, subtilement, à travers le personnage de Stephenson, qui est le narrateur de son aventure qu’il a couchée sur papier, ce qui va advenir aux personnages et, pourtant, le lecteur est à chaque fois happé, car s’il sait que tel ou tel personnage va être mangé par l’histoire, il ne sait pas encore à quelle sauce ni à quel moment.

On pouvait reprocher (pas moi) à Albert Boissière, dans l’aventure de son mime, de se cacher derrière son humour pour construire son intrigue, prétextant la légèreté de l’ensemble pour expliquer les coïncidences qui clairsemaient son histoire.

On aurait eu tort, car l’auteur persiste et signe dans les ouvrages suivants et plus encore dans celui-ci en basant toutes ou parties de ses intrigues sur les malencontreux hasards de la vie.

Et c’est là que rentre en ligne de compte la « subjectivité » dont je parlais au départ dans une tentative de « Teasing » tout aussi personnelle que maladroite.

Car, le lecteur assidu de mes chroniques que tu n’es forcément pas, car il n’en existe pas d’autre que moi, pourrait alors me ressortir celle que j’écrivis suite à ma lecture de « Maurice Gillar, détective » de Marcel Idiers, texte pourtant légèrement postérieur à celui dont il est question aujourd’hui, et dans lequel je reprochais à son auteur, Marcel Idiers, donc, de baser l’intégralité de son intrigue sur des ficelles hasardeuses aussi grosses voire grotesques que celles utilisées presque 200 ans plus tôt par Voltaire pour l’élaboration des aventures de Candide. Mais Voltaire, lui, avait pour excuse la naïveté de son personnage et des lecteurs de l’époque, naïveté qui seyait parfaitement à son intrigue.

Marcel Idiers, presque deux siècles plus tard, n’avait plus cette excuse.

Et, pourtant, on pourrait reprocher la même chose à Albert Boissière, du moins dans sa production policière. Effectivement, l’auteur s’appuie un peu, beaucoup, passionnément sur les hasards de la vie pour faire avancer son histoire. Et c’est peut-être encore plus le cas dans « Z, le tueur à la corde » que dans les précédents romans.

Alors, oui, d’aucuns diraient que moi aussi je sais faire preuve de subjectivité et que je suis capable d’apprécier chez l’auteur aimé ce que je reproche chez celui que j’abhorre.

À cet importun, je rétorquerai que, oui, j’aime Albert Boissière d’un amour de lecture incommensuré, mais que je ne déteste pas pour autant Marcel Idiers dont au moins la série « L’Homme au stylo » trouve grâce à mes yeux.

Plus encore, je pourrais mettre en avant que ce qui fait la différence entre ces deux cas d’école et entre les deux auteurs s’appelle tout simplement : le Talent ! avec un grand T.

Mais si l’on se penche un peu plus sur les productions des deux auteurs, on constatera que ce qui fait toute la différence, hormis ce fameux talent dont je parle, c’est avant tout la façon dont les choses sont amenées, mais, plus encore, le but de l’utilisation de cette facilité scénaristique, qui n’en est pas, une facilité, chez Boissière.

Car Albert Boissière assume et s’amuse des hasards qui peuplent son récit, les expliquant même, de la bouche de son héros, par l’intermédiaire d’une histoire que son grand-père (au héros, pas à Boissière), lui contait quand il était jeune à propos d’un chasseur borgne qui, lors d’une partie de chasse, reçoit un plomb, un seul, dans l’œil, le valide, le rendant aveugle.

Et cette histoire, le personnage la ressort plusieurs et notamment dans l’épilogue du roman, comme une explication à ses aventures.

Mais Boissière ne se contente pas de s’amuser que de son utilisation du hasard dans ses intrigues, il s’amuse également de lui-même, n’hésitant pas à faire dire à son héros narrateur de l’histoire que s’il était un véritable écrivain, un bon romancier, il écrirait autrement pour ménager ses effets et surprendre le lecteur. On retrouve dans cette attitude, peut-être, la mélancolie de l’auteur populaire qui n’est pas reconnu à sa juste valeur pour son talent, comme on a pu la retrouver plus tard dans bon nombre des aventures de San-Antonio à travers des piques qui, si elles étaient plus crues et plus directes, n’en émanaient pas moins de la même blessure égotiste justifiée.

Car, l’un et l’autre des deux auteurs cités ont été en leurs temps reconnus comme des auteurs populaires plus que comme des écrivains à part entière alors que l’un et l’autre maîtrisaient la langue avec maestria, le premier dans un langage désuet de son époque, le second, dans une langue argotique nouvelle et déjà renouvelée par lui.

Mais revenons à l’ouvrage lui-même et aux péripéties de M. Stephenson qui va alors tomber de Charybde en Scylla entraînant avec lui Mme Grenet ou entraîné par elle, mais également M. Marathon et bien d’autres personnages.

Car l’aventure se trouve être exaltante bien que constamment construite sur le hasard, mais tout n’est-il vraiment que hasard et sur les sentiments humains des plus nobles jusqu’aux plus inavouables.

Et Albert Boissière n’hésite pas à rendre humains ses personnages, ne reculant même pas devant le risque de les rendre moins héroïques, voire, pathétiques. 

C’est là toute la réussite de cet exaltant roman dans lequel Albert Boissière ne se cache plus derrière son humour ni derrière sa poésie tout en n’évitant pas de parler de l’âme humaine dans toute sa complexité.

Bien sûr, on retrouve des fulgurances d’humour, de poésies, d’une certaine morale qui avaient déjà fait le sel des précédents romans, mais l’on trouve ici quelque chose de plus... la suspicion !

Le doute s’immisce dans les personnages. La question de la culpabilité ! Est-on parfaitement innocent à partir du moment où l’on n’est pas coupable ? Peut-on aimer quand le doute vous ronge ? Et qu’en est-il des coupables innocentés ?

Bref, des questions secondaires qui ne font qu’apporter une touche supplémentaire d’intérêt et d’humanité à un récit qui se veut avant tout exaltant et trépidant et qui y parvient parfaitement.

Je pourrais encore écrire des heures sur la production de l’auteur qui me ravit plus encore à chaque nouvelle lecture, pointer du doigt les qualités intrinsèques ou extrinsèques de la plume d’Albert Boissière, vous énumérer les atouts de ses romans, m’exalter à en sembler dénué de raison, mais il est préférable de se faire son propre avis et je me contenterai, alors, de vous inviter expressément à vous jeter sur « Z, le tueur à la corde », un excellent roman, un de plus, d’Albert Boissière, un auteur trop injustement inconnu de nos jours.

Au final, j’aimerais n’avoir qu’à citer le nom de l’auteur pour que celui-ci suffise à exprimer toutes les qualités de son roman tant l’homme était talentueux, mais, malheureusement, je suis contraint, face à l’injuste méconnaissance de mes prochains de la prose de Boissière à dire qu’il s’agit là d’un excellent roman, un de plus à mettre au compte d’Albert Boissière.

Une belle garce

 

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Comme je le dis souvent, les bandeaux et les prix ne sont pas gage de qualité pour un roman.

Mais, comme je ne suis pas forcément mes conseils (pourtant toujours très bons et judicieux), je ne peux m’empêcher, parfois, de sélectionner un livre en raison de l’un ou de l’autre.

C’est notamment le cas avec le « Prix du quai des Orfèvres », malgré de nombreuses déceptions.

C’est une nouvelle fois le cas (pour la sélection… la déception ou non, vous le saurez en lisant la suite) puisque mon choix s’est porté sur le titre « Une belle garce », « Prix du Quai des Orfèvres » 1994.

L’auteur, Jean-Louis Viot, fut policier, commissaire, commandant et autres, avant de devenir détective privé. En parallèle, il écrit des romans policiers, des récits jeunesse et est consultant pour la télévision et autres activités.

« Une belle garce » n’est pas son premier roman (peut-être troisième, mais je ne suis pas certain).

Une belle garce :

Dans ce port, les femmes n’en mènent pas large. Si l’hécatombe continue, cette belle garce de Véro n’arpentera plus les trottoirs. L’assassin a une drôle de manière de signer ses crimes.

Dans une ville portuaire, une femme, habituée des bistros, est assassinée, une nuit, étranglée par un câble de frein de vélo. Le lendemain, l’inspecteur Mallet reçoit une lettre anonyme contenant un bouton, bouton arraché sur un vêtement de la victime.

Bientôt un second bouton va lui parvenir, prédisant un second crime. Puis un troisième…

Difficile de juger de ce roman dans son ensemble tant celui-ci est disparate.

Côté ambiance, on constate assez rapidement que l’auteur soit connaît bien le métier de policier (ce qui est le cas) soit qu’il veut mettre le lecteur dans l’ambiance d’une enquête de police, soit les deux (ici, les deux). Les abréviations (avec des notes de bas de page devenues obsolètes avec le temps), les procédures (bien qu’allégées dans le récit), les états d’âme (sans trop s’appesantir pour autant)…

Côté intrigue, on verra au fil du temps que celle-ci est assez simple et mêle les perversions à hauteur humaine (pas de tueurs en série d’une violence ou d’un sadisme extrême ou ce genre de chose).

En parallèle, l’auteur mêle des morceaux de vies de personnages communs, principalement des personnes noyant leurs soucis, leurs chagrins, la tristesse de leur existence, le vide, le manque, dans l’alcool et dans la fausse communion d’habitués des divers bistros.

Côté personnages, l’auteur propose quelques portraits intéressants. On pense à l’inspecteur Mallet, bien évidemment, mais, au final, son existence, dans le livre, ne se résume qu’à son métier. Du coup, c’est surtout le personnage de Coussinel qui prend le dessus. Ce retraité, veuf trop tôt, qui, apeuré de vivre seul se fait rabaisser par ceux qu’il loge. Son fils, un Tanguy fainéant, malaimant, qui ne voit en son père que la possibilité d’avoir un toit sur sa tête, à manger, à boire, une télévision à moindres frais. Véronique, une femme qui profite de tout, de tout le monde, surtout de Coussinel, lui confiant son jeune fils, Aurélien, pour aller boire, draguer, faire une passe, n’hésitant pas à le martyriser, le voler, l’humilier.

Mais Coussinel, plus que Véro, a peur de perdre Aurélien, ce gamin auquel il s’est attaché, le seul être innocent, bon, joyeux, de sa vie… du récit.

Côté style… c’est là, selon moi, que le bât blesse. Avec une narration à la troisième personne au présent, l’auteur cherche à immerger le lecteur. Et, s’il y parvient par l’ambiance, il perd un peu celui-ci côté style. Un style un peu plat, manquant de rondeur, construit à coup de phrases simples, trop simples. Même si l’auteur use de certains mots méconnus (j’ai dû utiliser plusieurs fois le dictionnaire… mais j’adore ça, c’est plutôt positif, pour moi), le reste est par trop simpliste, un peu comme un rapport de police, sauf que le lecteur, lui, même s’il lit un roman policier, désire un peu plus de maîtrise stylistique, a besoin d’effets, de métaphores, de changements de rythme, sans excès, bien évidemment, mais tout de même.

Rien de tout cela dans ce roman, l’auteur se contentant de développer ses phrases sans autre ambition que de raconter son histoire. Mais est-ce un souhait de sa part ou juste une limite ? Dans les deux cas, je trouve que cela dessert l’ensemble. C’est même et surtout ce qui m’a empêché de réellement entrer dans le roman. Et, même si je suis allé au bout et si, au final, ce roman ne m’a pas déplu, je suis certain qu’avec un peu plus de style, ce roman aurait pu devenir bien mieux. En développant un peu plus l’ambiance, grâce, notamment, à une plume plus épanouie, en lorgnant un peu du côté de Simenon qui s’y entendait pour brosser des ambiances et des personnages en quelques mots, en rendant sa plume moins quelconque, moins insipide, l’auteur aurait alors pu, malgré la simplicité de l’intrigue, proposer un vrai bon roman policier, ce qui n’est pas le cas ici malgré le prix qu’il a emporté, un prix qui, de toute façon, a depuis longtemps montré qu’il n’était pas gage de qualité.

Dommage.

Au final, un roman policier qui pêche par sa plume trop fade empêchant le lecteur d’entrer dans une ambiance dont l’auteur avait pourtant, à part cela, distillé tous les éléments nécessaires à son établissement. Re dommage !

Le retour de Froggy

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Tout le monde l’attendait (enfin… moi) et il revient enfin : Jonas Cobb alias Froggy, le fidèle serviteur et ami de Mister Nobody, le gentleman cambrioleur né de la plume d’Edward Brooker.

Pour rappel, « Mister Nobody, l’Homme au masque de satin » est une série de 16 fascicules de 16 pages, double colonne contenant des récits indépendants d’environ 12 000 mots parus en 1946.

Le héros est un ersatz d’Arsène Lupin, comme il en existe tant dans la littérature populaire de l’époque. Personnage moins flamboyant, moins complexe, disposant de moins de moyens humains et financiers que celui de Maurice Leblanc (format court oblige).

Edward Brooker est un écrivain dont on sait peu de choses. Un nom : Édouard Ostermann ; une année de naissance : 1904 ; sa production : des romans policiers ou d’espionnage avant la Seconde Guerre mondiale, des séries fasciculaires durant la guerre.

Parmi ces dernières, « Mister Nobody, l’Homme au masque de satin ».

« Le retour de Froggy » est la 10e aventure du cambrioleur.

LE RETOUR DE FROGGY

Mister NOBODY, le gentleman cambrioleur, tente d’oublier ses déboires amoureux dans la chaleur égyptienne.

Dans un palace du Caire, il est abordé par Mrs Harriet Wookey, une imposante femme d’un certain âge.

D’abord convaincu que la grosse dame est éprise de lui, Mister NOBODY en vient rapidement à soupçonner qu’une autre raison l’a poussée à l’accoster et à se montrer si empressée à son égard.

Laquelle ?

Pour répondre à cette question, il sera bientôt aidé par son ancien serviteur, Jonas Cobb, alias Froggy, qu’il croise, par hasard, dans les rues de la ville, saoul comme une bourrique…

Après sa désillusion avec Évelyne, Mister Nobody s’en est allé au soleil, au Caire. Dans un palace, une vieille et grosse femme l’aborde et tente de lier amitié.

Mister Nobody pense d’abord lui avoir tapé dans l’œil, mais les façons de la dame finissent par lui laisser supposer qu’elle a d’autres raisons que celles du cœur pour ainsi s’accrocher à lui.

Alors qu’il tente de résoudre ce mystère, il tombe miraculeusement sur son ancien serviteur, son ami Jonas Cobb, alias Froggy, qui débambule dans les rues de la ville, ivre mort. Celui-ci tente d’oublier, dans l’alcool, le décès de sa femme, la vieille et riche Mrs White, qu’il avait rencontrée lors d’une croisière.

Tous deux… enfin, surtout Mister Nobody… ils vont tenter de comprendre ce que cherche la grosse dame du palace…

Après trois épisodes délaissant un peu l’ambiance du début de la série pour se concentrer sur la romance entre Mister Nobody et Évelyne, on était en droit d’espérer, après le départ de la belle, que la série retrouve ses marques.

Certes, ce n’est pas encore tout à fait le cas dans ce 10e épisode, mais le retour de Froggy laisse espérer que l’humour revienne.

Il ne manquera plus, aux deux amis, de retourner à Londres pour se replonger dans les affaires, afin que les choses reviennent à la normale.

L’histoire se partageant entre le mystère de cette vieille dame et le retour de Froggy, on comprend que 12 000 ne suffisent pas à tout développer (déjà que cela ne suffit pas pour proposer une réelle intrigue…).

Aussi, l’auteur va proposer une intrigue assez simple et linéaire et, il faut bien l’avouer, relativement prévisible.

Le lecteur se doute bien avant Mister Nobody là où veut en venir la vieille dame, mais là n’est pas un gros problème dans ce genre de format court.

Pour le reste, le plaisir de retrouver Jonas Cobb est bien présent (aussi bien pour Mister Nobody que pour le lecteur), même s’il n’a pas le temps d’apporter la touche d’humour usuelle.

On espère que cela sera le cas dans le prochain épisode.

Au final, un épisode un peu charnière, remettant la série dans le droit chemin.

La fournaise infernale

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Une nouvelle fois je vais vous parler un petit peu de Henry Musnik, un auteur de littérature populaire fasciculaire né au Chili en 1895 et qui fut l’un des auteurs les plus prolifiques de sa génération.

Son immense production fut principalement (mais pas que) dirigée vers le genre policier.

À partir de la fin des années 1920, sous son nom et divers pseudonymes (Florent Manuel, Pierre Olasso, Claude Ascain, Alain Martial, Jean Daye, Pierre Dennys, Gérard Dixe… et bien d’autres encore), il signa un nombre considérable de fascicules autour de différents personnages récurrents souvent inspirés de héros de la littérature populaire dont, notamment, Arsène Lupin (voir ses personnages de Robert Lacelles, Mandragore ou Jack Desly, par exemple) ou celui de Fantomas ou Zigomar pour celui qui nous intéresse aujourd’hui.

Dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, une collection de plus de 400 fascicules de 64 pages, on retrouve deux récurrents de l’auteur, Jack Desly et le duo Daniel Marsant/Le Grand Maître.

Jack Desly, un gentleman cambrioleur, verra ses 25 aventures se mélanger, à partir de 1937, aux centaines d’autres titres d’autres auteurs.

Puis, en 1939, à la fin des aventures du voleur, Claude Ascain proposera celles d’un agent secret, Daniel Marsant, en lutte contre un génie du mal prenant de multiples personnalités, le Grand Maître, pour 17 autres titres..

Difficile de ne pas voir, dans cette lutte entre les deux ennemis, une inspiration des aventures de Fantomas contées par Pierre Souvestre et Marcel Allain.

Certaines de ces aventures seront rééditées, au début des années 1950, dans la seconde série de la collection « Police et Mystère » des mêmes éditions.

« La fournaise infernale » est le 11e épisode de la série.

LA FOURNAISE INFERNALE

Il se passe d’étranges événements, la nuit, dans la lande bretonne.

Des menhirs sont retrouvés au petit matin, détruits, comme fondus.

Des mares sont asséchées du jour au lendemain.

Les korrigans ! clament les autochtones, trop affolés pour sortir dès que le soleil s’est caché.

Mais un homme, lui, pense savoir ce qu’il se trame derrière ces faits mystérieux et dévastateurs.

Oui, Daniel MARSANT, agent des services secrets français, soupçonne le Grand Maître, le génie du mal, son farouche et insaisissable ennemi, d’être à l’origine du phénomène des « fournaises infernales »…

Près du Faou, en Bretagne, de drôles d’événements ont lieu. Des menhirs fondent, des mares s’assèchent et un braconnier est retrouvé mort d’une balle dans la tête au petit matin par un certain Pierre Lamont, un homme un brin curieux qui se balade, la nuit, dans les landes…

Henry Musnik ne change pas sa recette d’épisode en épisode.

Effectivement, « La fournaise infernale » est construite sur le même canevas que les dix épisodes précédents avec des personnages se cachant sous de fausses identités (que ce soit le Grand Maître ou Daniel Marsant) même si le lecteur reconnaît immédiatement à qui il a affaire.

Des événements troublants ont lieu quelque part. Ces faits attirent Daniel Marsant qui soupçonne, toujours à raison, le Grand Maître d’en être responsable. Les deux hommes se livrent alors à une lutte directe ou à distance, en fonction des épisodes… jusqu’à ce que Daniel Marsant pense avoir ou pouvoir capturer le Grand Maître et que celui-ci s’échappe in extremis et s’évapore dans la nature.

Le dernier chapitre est généralement consacré à l’explication des tenants et aboutissants, soit faits par Daniel Marsant à une tierce personne (son chef, par exemple) soit par une tierce personne à Daniel Marsant (ce qui est le cas ici).

Rien de nouveau, donc, dans cet épisode et si ce n’est une certaine redondance scénaristique qui ne devait pas gêner les lecteurs de l’époque (puisqu’ils lisaient les titres de la collection les uns après les autres et donc n’enchaînaient jamais deux épisodes de la série d’affilés), ces récits se lisent plutôt agréablement bien que je leur préfère les aventures de Jack Desly, un peu plus variées et plus ancrées dans le genre policier et avec un peu plus d’humour.

Pour autant, ceux qui ont apprécié les épisodes précédents n’ont aucune raison de détester celui-ci (l’inverse étant également vrai).

Pour ce qui est de l’intrigue, elle est, comme toujours, simple, voire simpliste, mais n’est que prétexte à la lutte entre les deux personnages. Avec 18 000 mots à sa disposition, l’auteur aurait pu tenter le pari de complexifier ses histoires, mais il a préféré conserver son schéma, une façon de se rassurer et d’écrire plus rapidement, très probablement.

Au final, un épisode dans la lignée des précédents et qui poursuit une série qui se lit agréablement, mais qui manque de surprise et d’exaltation.

Le trésor des Incas

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Avec « Le trésor des Incas », je clos ma lecture des aventures de « L’inspecteur Doublet à travers le monde » une collection de 14 fascicules de 24 pages contenant des récits indépendants d’environ 10 000 mots et publiés en 1945 par les éditions S.E.C.M.

Pour rappel, l’auteur de la série est Jean Normand, de son vrai nom Raoul Anthoni Lematte (1885 - 1956), un auteur de littérature populaire fasciculaire qui, après des études de Droit et après avoir travaillé dans l’Administration Pénitentiaire en Guyane, se lança dans l’écriture à travers des récits se déroulant la plupart du temps en Guyane et alentours.

Pas étonnant que la série « Inspecteur Doublet à travers le monde » se déroule exclusivement, malgré le titre, en Guyane, Colombie, Venezuela et au Pérou.

Ces récits d’aventures ont souvent pour thèmes les miniers et les placers, les trésors, les Incas et les galions espagnols.

Ce 14e et ultime épisode se concentre sur les temples incas et leurs trésors.

LE TRÉSOR DES INCAS

L’inspecteur Paul DOUBLET n’envisage pas de mettre un terme à son périple au Pérou sans visiter Cuzco, l’ancienne capitale inca.

Son arrivée dans la ville coïncide avec une vaste campagne de fouilles de la forteresse de Sacsayhuamán, construite au XVe siècle.

Le professeur Durgel, dirigeant les recherches, est persuadé, documents à l’appui, que les trésors du Peuple du Soleil sont enfouis parmi ces pierres.

Le lendemain, des momies sont découvertes, et Paul DOUBLET, curieux, rend visite au savant avec qui il passe la journée sur le chantier.

Le soir, Paul DOUBLET apprend que l’assistant de Durgel vient d’être retrouvé mort et que les cadavres embaumés ont disparu…

Au Pérou, l’inspecteur Paul Doublet est désireux de visiter Cuzco, l’ancienne capitale inca.

Quand il arrive en ville, il apprend que des fouilles ont lieu dans une forteresse inca dans le but d’y trouver un trésor. C’est en tout cas ce que prétend le professeur Durgel, un Français lui aussi.

Doublet, ayant appris que des momies ont été découvertes dans les sous-sols de la forteresse, décide de s’y rendre. Il rencontre Durgel qui est heureux de lui montrer les découvertes de son équipe. Le soir, les deux hommes dînent chez un ami du savant quand un de ses hommes vient prévenir le professeur que son assistant a été découvert mort à l’endroit où se trouvaient les momies et que celles-ci ont disparu.

Quand, en plus, le professeur reçoit une lettre de menaces, l’inspecteur Doublet décide de l’aider à arrêter les meurtriers…

Bon, dans ce dernier épisode, rien de nouveau (cela aurait été étonnant).

Si le sujet est parmi les préférés de la série (les Incas et les trésors), l’auteur ne nous propose pas une intrigue plus originale que de coutume pour autant.

En effet, l’histoire se contente juste de conter les aventures de Paul Doublet pour retrouver le professeur (qui aura disparu) et rien de plus.

Malgré le sujet propice à informations, l’auteur ne s’étend pas sur les détails. Heureusement, car les rares qu’il donne à l’époque sont peu fiables (désormais, avec Internet, il est plus facile de vérifier ses données).

On aurait aimé en savoir plus sur cette histoire de momies aux crânes déformés, une pratique qui, encore très récemment, était sujette à de nombreuses hypothèses dont une menant aux extraterrestres. Pourtant, là, Jean Normand, donne une bonne information (comme quoi) et j’aurais aimé qu’il la développât.

Bien sûr, ce n’était ni le format ni le genre pour cela, mais quand même.

À part cela, un style un peu plat, des personnages peu développés, pas de suspens, peu d’informations, un épisode dans la lignée des précédents. Cela n’est pas désagréable à lire, mais sans plus.

Au final, cet épisode clôt la série comme elle avait débuté et s’était poursuivie, avec un récit un peu plat.

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Le poignard de verre

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Jean Normand, de son vrai nom Raoul Anthoni Lematte (1885 - 1956), fut un auteur de littérature populaire qui œuvra principalement pour des collections fasciculaires policières ou d’aventures.

Raoul Lematte, après des études de droit, travailla dans l’Administration Pénitentiaire en Guyane. Cette expérience nourrit sa plume puisque la plupart de ses récits se déroulent en Guyane ou dans les pays alentour et concernent des miniers, des trésors, des galions, des temples incas…

Dans sa bibliographie, un personnage sort du lot (si tant est qu’il y en ait plusieurs) : l’inspecteur Paul Doublet.

Si on retrouve un personnage éponyme (est-ce le même ?) dans des récits policiers indépendants, c’est avant tout et surtout au sein d’une même collection d’aventures de 14 fascicules de 24 pages que sont regroupées les histoires le mettant en scène.

Le nom de la collection : « Inspecteur Doublet à travers le monde », une collection publiée en 1945 pour les éditions S.E.C.M.

Les 14 aventures indépendantes de l’inspecteur Doublet sont d’une taille d’environ 10 000 mots.

« Le poignard de verre » est la 13e aventure de Paul Doublet.

LE POIGNARD DE VERRE

L’inspecteur Paul DOUBLET fait route vers Callao, au Pérou, sur l’Asul, le cargo du capitaine Mériadec.

Lors de l’escale à Chiclayo, le second Legoff est agressé et laissé pour mort, un poignard de verre planté dans le corps.

Devant poursuivre son trajet, le capitaine Mériadec n’a d’autre choix que de remplacer le blessé.

Heureusement, au port, il croise un marin grec, Elios, dont le bâtiment est immobilisé pour cause d’avaries.

Les qualités de l’Hellène et son expérience satisfont rapidement Mériadec.

Quant à Paul DOUBLET, il ne peut s’empêcher de trouver le nouveau venu éminemment suspect et son sixième sens, une nouvelle fois, ne le trompera pas…

Paul Doublet, comme il était prévu, fait route vers Callao sur le cargo du capitaine Mériadec (croisé dans l’épisode précédent). Mais, lors d’une escale, le second est agressé et retrouvé à moitié mort avec un poignard de verre planté dans le corp.

Devant poursuivre sa route, le capitaine Mériadec trouve un autre second, le Grec Elios, un personnage compétent, mais que Doublet trouve immédiatement suspect.

En surveillant celui-ci, il remarque les regards haineux qu’il porte quand il ne se croit pas observé, sur Mlle Janin, une passagère dont le père, scientifique, a été récemment kidnappé…

Je ferais court pour cet épisode puisque j’ai déjà beaucoup parlé de cette série (une douzaine de fois) et que les épisodes s’enchaînent et se ressemblent.

Si, pour une fois, il n’est question ni de trésor (quoique), de gisements de métaux précieux (quoique), de galions (pas du tout) ou de temples incas (encore moins), l’intrigue demeure malgré tout dans l’ambiance des épisodes précédents, c’est-à-dire simple, mettant en scène des méchants (encore une fois des Chinois) qui en veulent à quelqu’un que Doublet voudra protéger.

L’histoire avance à grand coup de chances, de hasards et d’intuitions de Doublet (qui n’est pas un adepte de Sherlock Holmes, loin de là) et l’ensemble, malgré les sujets et les lieux géographiques, manque de cette ambiance exotique que l’auteur aurait pu lui conférer en décrivant un peu plus les autochtones et les paysages. Mais en avait-il l’envie ou la place ???

Un petit détail me fait me demander si ce texte ne résulte pas d’une réécriture : l’Asul, le nom du cargo du capitaine Mériadec, est par deux fois, dans le texte original, renommé le Sphynx. Simple erreur de l’auteur qui pensait à autre chose au moment d’écrire ? Ou bien texte réécrit en oubliant deux fois de changer le nom du navire ? À moins de lire toute la production de l’auteur, difficile de la dire.

Au final, un épisode dans la lignée de la série. Cela se lit sans déplaisir, mais sans enthousiasme d’autant plus que les intrigues sont aussi absentes de l’ensemble que l’impression de dépaysement.

03 octobre 2021

Les tueurs de soleil

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En 1945 paraît, aux éditions S.E.C.M., une collection de 14 fascicules de 24 pages contenant des récits indépendants de 10 000 à 11 000 mots intitulée « Inspecteur Doublet à travers le monde ».

La série est signée Jean Normand, de son vrai nom Raoul Antoni Lematte (1885 - 1956), né à Cherbourg, d’où son pseudonyme.

Raoul Antoni Lematte, après des études de droit, travailla dans l’Administration pénitentiaire en Guyane.

C’est probablement de cette expérience qu’il s’inspira pour ses écrits puisque bon nombre sont des récits d’aventures ayant pour cadre la Guyane et les pays limitrophes. Les intrigues tournent généralement autour des chercheurs d’or et des placers.

Les épisodes de la série « Inspecteur Doublet à travers le monde » mettent également en avant les chercheurs d’or, mais également les Incas ou les galions espagnols et la recherche de trésors.

« Les tueurs de soleil », le 12e épisode, n’échappe pas à la règle. L’intrigue, en effet, mêle trésors, Incas et galions.

LES TUEURS DE SOLEIL

Alors que l’inspecteur Paul DOUBLET excursionne dans les collines au-dessus de Machala, en Équateur, il est témoin d’une agression d’un vieil homme par une troupe d’Indiens.

Paul DOUBLET met en fuite les mécréants et fait connaissance avec celui qu’il a secouru, un important armateur de la région.

Ce dernier lui explique que quelqu’un tente de l’empêcher de sonder les profondeurs des côtes de l’île de Puna où il soupçonne se trouver des galions chargés d’or et de pierres précieuses.

D’ailleurs, deux de ses meilleurs spécialistes des fonds sous-marins ont été kidnappés quelques semaines auparavant sans jamais reparaître.

Paul DOUBLET décide de partir à la recherche des disparus d’autant qu’il a déjà une petite idée sur la piste à suivre…

L’inspecteur Paul Doublet doit faire une escale au Pérou, à Machala, en attendant un bateau pour le Pérou.

Alors qu’il se promène dans les collines au-dessus de la ville, il tire un vieil armateur des griffes d’une bande d’Indiens. L’homme lui explique que, depuis qu’il a décidé de sonder les fonds marins autour de l’île de Puna à la recherche de galions espagnols contenant des trésors, quelqu’un fait tout pour l’en empêcher. C’est d’abord un de ses spécialistes qui fut agressé, avant d’être kidnappé en même temps que son assistant, deux mois auparavant.

L’inspecteur Paul Doublet, persuadé que les Indiens sont derrière tout cela, accepte de se lancer à la recherche des deux disparus. L’armateur met à son service un de ses bateaux et de ses plus fidèles hommes…

Pas grand-chose de nouveau dans cet épisode. Des galions, des trésors, des Incas… que des éléments déjà rencontrés dans la série.

Une nouvelle fois l’intrigue est minimaliste, Doublet trouvant toujours la bonne piste du premier coup.

Comme à chaque fois, on regrette que l’auteur se contente d’enfiler les clichés sur les autochtones, ne cherchant jamais à insuffler à ses histoires une once d’ambiance de reportages sur des sujets et des lieux qui pourtant s’y prêtent à merveille.

C’est d’autant plus étrange et regrettable que l’auteur a débuté sa carrière d’écrivain par romans reportages sur la Guyane, le bagne et compagnie, me semble-t-il.

Une nouvelle fois, dans un genre proche, José Moselli, des décennies auparavant, savait saupoudrer ses récits d’aventures à travers le monde d’informations ou de descriptions (fictives ou non) qui donnaient un peu l’impression aux lecteurs de voyager.

Pour le reste, pas grand-chose à noter, sauf un passage au présent dans un texte narré au passé sans que je n’en saisisse l’intérêt. Peut-être une lubie, qui sait ?

Au final, un récit dans la lignée des autres composant la série. Pas génial, pas immersif, pas exaltant, qui se contente de remplir son office de proposer un petit bout de lecture.

Le Château de la Terreur

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Je poursuis ma découverte de la série « Inspecteur Doublet à travers le monde », une collection de 14 fascicules de 24 pages contenant des récits indépendants d’environ 10 000 mots, publiée en 1945 aux éditions S.E.C.M.

L’auteur, Jean Normand (1885 - 1956) de son vrai nom Raoul Lematte, après des études de droit, a travaillé dans l’Administration Pénitentiaire en Guyane.

Cette expérience semble avoir nourri sa plume puisque nombre de ses récits se déroulent en Guyane ou dans les pays limitrophes. L’intrigue, d’ailleurs, tourne souvent autour des prospecteurs d’or ou d’autres minerais…

C’est le cas des aventures de l’Inspecteur Doublet qui, à défaut de se dérouler « à travers le monde », se déroulent « à travers le nord de l’Amérique du Sud » avec une prédilection pour la Guyane et la Colombie.

« Le Château de la Terreur » est la 11e aventure de l’inspecteur Paul Doublet.

LE CHÂTEAU DE LA TERREUR

L’inspecteur Paul DOUBLET, en séjour à Barranquilla, accepte, avant de partir pour le Mexique, de venir en aide au señor Marialva.

Propriétaire de terrains de prospection, Marialva y a découvert un rubis d’une très grande valeur qu’il a nommé le « Bolivar ». Il compte le vendre en Amérique du Nord afin de financer une société pour exploiter de manière industrielle ses parcelles. Pour cela, il doit le faire transporter depuis Bogota jusqu’à Barranquilla où il s’embarquera pour sa destination finale.

La présence d’un homme tel que le fameux policier serait un gage de sécurité pour la première partie du voyage.

Mais, durant la nuit que Paul DOUBLET passe chez le señor Marialva, le « Bolivar » disparaît, ainsi qu’Ortiz, le contremaître chargé de le garder…

À Barranquilla, Paul Doublet se lie d’amitié avec un capitaine de cargo breton. Celui-ci lui explique qu’il doit bientôt embarquer un rubis de valeur appartenant à un de ses amis, pour l’amener en Amérique afin que la vente serve à la création d’une société d’exploitation minière pour prospecter ses terres où il a découvert le fameux rubis nommé le « Bolivar ».

Paul Doublet, qui n’a jamais visité Bogota, où habite le propriétaire de la pierre, accepte de convoyer le Bolivar en avion en compagnie d’un jeune pilote.

Les deux hommes passent la nuit chez le senor Marialva (l’ami du capitaine) pour décoller au petit matin. Mais, au lever, Paul Doublet apprend que la pierre a disparu ainsi que le contremaître chargé de la surveiller durant la nuit.

Bien décidé à récupérer le Bolivar, Doublet décide de hanter incognito tous les rades de la ville afin d’écouter les bruits de couloirs et autres confessions d’ivrogne.

Il ne tarde pas à suspecter un étrange individu habitant dans le Château de la Terreur et qui, lui aussi, possède un petit avion…

Nouvelle aventure de l’inspecteur Paul Doublet qui se déroule une nouvelle fois en Colombie (le monde est petit pour Doublet).

L’intrigue tourne une nouvelle fois autour des prospections minières, des vols de pierres précieuses ou d’or.

D’ailleurs, l’intrigue s’avère une nouvelle fois très simple (on s’y attend vu le format court), voire simpliste.

En effet, Paul Doublet identifie le coupable avec une facilité déconcertante et pénètre chez lui encore plus facilement (trop, mais il le paiera un peu).

Évidemment, je comprends bien que la concision inhérente au format implique des facilités, tant dans l’écriture, la narration que l’intrigue, mais on peut tout de même regretter que l’auteur ne se soit pas un peu plus fatigué pour proposer quelque chose de mieux construit.

Certes, il y a de fortes chances qu’à l’origine la série soit destinée plutôt à de jeunes lecteurs et que le but était plus de dépayser le lecteur (malgré le manque criant de développement de l’ambiance locale, de descriptions tant des décors que des autochtones) que de les tenir en haleine.

D’ailleurs, malgré l’intitulé de la série et le statut du héros, ce sont bien des récits d’aventures que nous propose l’auteur et non des récits policiers, mais quand même.

Alors, oui, l’ensemble se lit sans déplaisir, car cela se lit vite. Oui ! Mais Jean Normand n’ajoute aucune plus-value à son texte, contrairement à ce que pouvait faire, par exemple, José Moselli dans les diverses aventures à travers le monde de ses héros.

Même les tortures que doit subir Paul Doublet semblent manquer de sel et, plus encore, de crédibilité (non pas dans le résultat, mais dans le contexte).

On s’amusera aussi des conditions de l’évasion du contremaître et de biens d’autres détails du genre qui mettent à mal la crédibilité de l’ensemble.

Reste un simple récit d’aventures sans grande ambition. Dommage.

Au final, un petit texte qui se lit vite, sans déplaisir, mais qui laisse à penser que Jean Normand a manqué d’ambition pour sa série.

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La fugue de monsieur Victor

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Je poursuis donc ma lecture des aventures de « Mister Nobody, l’Homme au masque de satin », une série de 16 fascicules de 16 pages, double colonne, contenant des récits indépendants d’environ 12 000 mots et publiée à partir de 1946.

L’auteur en est un dénommé Edward Brooker, de son vrai nom Édouard Ostermann, né en 1904, est un écrivain dont on connaît peu de choses. À ce point même que l’on n’en trouve plus trace après 1947.

Avant la Guerre, il écrivit un bon nombre de romans policiers et d’espionnages.

Durant la Guerre, il se concentra sur des séries fasciculaires dont on retiendra « Pao Tchéou, le Maître de l’invisible » et, bien sûr, « Mister Nobody, l’Homme au masque de satin ».

Pour rappel, dans les 6 premiers épisodes, Mister Nobody, un gentleman cambrioleur dans la veine de ce qu’il se fait dans la littérature populaire de l’époque, fait équipe avec son fidèle serviteur, Jonas Cobb, alias Froggy parce qu’il a la face d’un batracien. Pendant que Nobody vole les riches Londoniens, Froggy fait les comptes et boit dès qu’il peut.

Mais, après être tombé amoureux, lors d’une traversée, d’une vieille et riche Américaine aussi éprise de la boisson que lui, Froggy va quitter son Maître pour retrouver son amour. Dans la foulée, Mister Nobody va rencontrer Évelyne, une voleuse dont il va s’éprendre et qu’il va prendre sous son bras.

Dès lors, les petites notes d’humour qu’apportait Froggy disparaissent et le récit se tend plus vers un genre sentimentalo-policier.

« La fugue de monsieur Victor » est le 9e épisode de la série :

LA FUGUE DE MONSIEUR VICTOR

Mister NOBODY, le gentleman cambrioleur, poursuit ses « vacances » en compagnie de sa belle Évelyne, à Paris.

Un soir, dans une boîte de nuit, alors que Mister NOBODY s’est absenté quelques minutes, un monsieur galant aborde la jeune femme pour lui rendre son gant tombé par mégarde.

Évelyne se laisse séduire par celui qui se présente sous le nom de Victor Burthier et le retour de son compagnon ne semble pas rompre le charme.

Après le départ de l’importun, Mister NOBODY la prévient : « Cet homme me déplaît foncièrement, darling. Vous êtes libre d’agir à votre guise, bien entendu. Puissiez-vous, cependant, ne regretter jamais, un jour, d’avoir dédaigné mes sages conseils. »

Mais Évelyne, à son grand désespoir, va faire fi de la mise en garde !

Toujours à Paris, Mister Nobody décide d’amener Évelyne au Negresco. Alors qu’il se rend aux toilettes, un inconnu en profiter pour aborder Évelyne pour lui tendre le gant qu’elle a fait tomber.

Celle-ci tombe immédiatement sous le charme du jeune homme qui se prénomme Victor.

Quand Mister Nobody revient, Victor poursuit malgré tout son entreprise de séduction.

Quand, enfin, Victor s’en va, Mister Nobody prévient Évelyne qu’il ne sent pas du tout l’inconnu. Mais celle-ci, déjà sous le charme, n’en a que faire.

Tandis que des affaires rappellent Nobody à Londres, Évelyne va en profiter pour revoir et revoir encore Victor…

Bon, autant le dire tout de suite, cet épisode n’a de policier que la toute fin. Le reste navigue, au mieux, vers le drame et au pire vers la bluette sentimentale.

D’ailleurs, Mister Nobody est quasiment absent du récit. Il apparaît au tout début et à la toute fin.

C’est dire si l’ensemble dénote des premiers épisodes de la série même si les deux précédents laissaient craindre un tel débordement.

Heureusement, dans l’épisode suivant, Froggy revient (il s’intitule « Le retour de Froggy »).

Heureusement bis, il semble bien qu’Évelyne disparaisse de la série. Tant mieux !

Tant mieux, car, outre le fait de pervertir une série policière d’aventures et d’humour pour la transformer en comédie romantique, le personnage s’avère, en plus, bien pâle.

Pâle, comme peuvent l’être à peu près tous les personnages féminins de la littérature populaire policière de l’époque.

Dans ce monde, une femme n’a pas une place prépondérante ni même glorieuse, même les meilleures.

Attention, des révélations vont être faites par la suite :

Ce sera le cas pour Évelyne qui va bien vite oublier son mentor, lui mentir, le tromper…

Ceci dit, elle en sera punie.

L’auteur s’appuie sur un phénomène souvent utilisé à l’époque (parce que courant dans la vraie vie), la traite des blanches et l’envoi de femmes en Amérique du Sud pour les faire travailler dans des maisons closes.

Pour autant, vu de notre époque (était-ce la même chose dans les années 1940), il semble que les moyens employés par Victor pour arriver à ses fins sont à la fois chronophages et bien coûteux pour un résultat pouvant être obtenu par un simple kidnapping.

Fin des révélations :

Pour ce qui est du texte lui-même, s’il n’est pas désagréable à lire, la naïveté exaspérante d’Évelyne, le fait que l’on se doute de ce qu’il va se passer par la suite, et surtout, la sortie du genre policier, font que l’épisode est assez décevant (même si la fin est un soulagement à plus d’un titre).

On ne peut donc qu’être pressé de lire l’épisode suivant et de retrouver enfin Jonas Cobb en espérant, pauvre de lui, que son histoire d’amour avec la vieille Américaine ait pris du plomb dans l’aile et qu’il revienne définitivement auprès de son maître.

Au final, plus bluette sentimentalo dramatique que récit policier d’aventures, cet épisode est décevant de par son changement de genre.