Loto Édition

18 janvier 2018

Boss Monster

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Je ne vous apprendrais rien en vous disant qu’il y a jeu et jeu... et encore jeu... et puis jeu... de ballon, de cartes, de société, de dés, de fléchettes, de ceci, de cela.

Parfois, il y a des jeux qui relient différents types de jeux. Il est un peu à la mode, désormais, de créer des jeux de société qui font penser à d’autres jeux qui ne sont pas de société. Ainsi, on peut désormais jouer à un « escape game » sans se déplacer dans un lieu spécifique organisé pour enfermer une équipe de joueurs dont le but va être de s’échapper de ladite pièce.

On pourrait parler des « murders party » et autres jeux détournés.

Mais, le sujet d’aujourd’hui est de lier le jeu d’arcade, le jeu de cartes et le jeu de société.

Si vous aimez les jeux de société, si vous adorez les jeux de cartes et si vous êtes un inconditionnel des jeux d’arcades, notamment des jeux à défilement horizontal (side-scrolling) des années 80 (Mario Bros, Donkey Kong...), alors, « Boss Monster » est fait pour vous.

Car, Boss Monster est un jeu de société composé uniquement de cartes à la gloire des jeux d’arcades pixellisés de notre enfance (pour les plus de 40 ans).

Boss Monster se joue de deux à quatre joueurs. Le but du jeu est de construire un donjon afin de recevoir des héros que l’on tentera de tuer en leur faisant traverser les pièces pièges constituant notre édifice.

Boss Monster ne se compose que de cartes, comme je l’ai déjà dis, mais de différentes cartes. Il y a des cartes « Boss », des cartes « pièce », des cartes « sortilège », des cartes « héros » et des cartes « héros épique ».

Au début de la partie, on retire des cartes héros en fonction du nombre de joueurs et l’on distribue 5 cartes pièce et deux cartes sortilège à chacun. Chaque joueur recevra également une carte Boss qui le représentera. Chaque Boss possède des points d’expérience différents et c’est le plus expérimenté qui commencera la partie.

Au préalable, chacun posera à gauche de sa carte Boss la première pièce de son donjon.

On pioche autant de cartes Héro que de joueurs, on les retourne et les place au milieu. Chaque héros, tout comme chaque Boss ou chaque pièce, possède un ou plusieurs items particuliers (Clerc, Mage, Guerrier, Voleur...).

Le joueur qui aura le plus grand nombre du même item dans son donjon (celui du Boss compris) attirera le ou les héros qui posséderont cet item. Si deux joueurs possèdent le même nombre de l’item, alors, le héros restera au village pour ce tour.

Cette information n’est pas sans importance puisque c’est en fonction de si l’on veut attirer le héros pour le tuer, ou l’éviter si notre donjon n’est pas assez puissant pour l’éliminer, que l’on va construire ou modifier son donjon.

Sachant donc les héros qui sont au village, chaque joueur pioche une carte pièce puis pose, retournée, une pièce dans son donjon. Cette pièce peut s’ajouter à la précédente ou, le cas échéant, en fonction des possibilités, peut se construire sur une pièce déjà présente (soit pour la renforcer, soit pour modifier l’item de la pièce, soit parce que votre donjon possède déjà les cinq pièces autorisées).

Les joueurs retournent leurs cartes et activent ou non une action décrite sur ladite carte (les cartes permettent de faire certaines actions à la construction, au passage du héros, ou à sa mort). Le joueur le plus expérimenté commence.

Chacun peut jouer des cartes sortilèges qui s’exécuteront, selon la carte, à la construction, ou durant la phase d’aventure (l’extermination des héros).

Une fois que les cartes et leurs actions sont jouées, il est temps d’attirer les héros dans son donjon.

Quand on a déterminé quel héros ira dans quel donjon, toujours dans l’ordre décroissant d’expérience, chaque joueur fera traverser son donjon aux héros qu’il aura attiré chez lui.

Chaque héros possède des points de vies, chaque pièce inflige des points de dégâts. En partant de la plus à gauche, le héros va traverser les pièces et perdre des points de vie. S’il lui reste des points de vie en sortant du donjon, alors, il reste en vie et inflige un dégât au Boss (ou deux si c’est un héros épique). S’il meurt dans le donjon, il rejoint le cimetière du donjon et apporte une âme au Boss (ou deux si c’est un héros épique).

Quand un Boss possède 10 âmes, il gagne (sauf si plusieurs Boss arrivent au même nombre d’âmes supérieur ou égal à 10 à la fin du même tour, alors, le Boss le moins expérimenté gagne). Si un Boss se voit infliger un cinquième dégât, alors, il meurt et est éliminé à la fin du tour.

Certaines pièces ne peuvent se construire que sur une autre pièce possédant un même item, d’autres, peuvent se construire où l’on veut. Quand on construit la cinquième pièce de son Donjon, le Boss augmente de niveau et active une action décrite sur sa carte. Enfin, des sortilèges sont là pour désactiver des pièges de l’adversaire, augmenter la puissance d’une de ses pièces ou provoquer d’autres actions qui peuvent vous aider ou déranger les adversaires.

C’est donc à la fois un jeu tactique, un jeu interactif et presque un jeu d’ambiance qui nous est proposé à travers « Boss Monster ».

Les règles écrites manquent un peu de précision, mais, une fois assimilées, après une première partie à tâtonner, alors, le jeu prend toute son ampleur.

Le jeu est intelligemment mis en place pour remplir, avec uniquement des cartes, les offices d’un réel jeu de société puisque certaines cartes servent, en quelque sorte, de plateau de jeu en simulant un donjon.

Si l’ambiance, tant dans l’esprit, dans le jeu que dans l’iconographie, des jeux d’arcades d’antan est bien respectée, « Boss Monster » se veut également jouable avec plaisir par ceux et celles qui n’ont pas connu les jeux de défilement horizontal puisqu’il s’agit également d’un jeu assez tactique et d’un jeu interactif.

Le jeu est sorti assez récemment en version française, mais, depuis, s’est vu enrichi d’une seconde version et de deux extensions (dont une pour jouer à 5 et à 6).

Au final, pour un simple jeu de cartes, Boss Monster se révèle être un très bon jeu de société pour peu que l’on maîtrise un peu les règles et que l’on n’hésite pas à jouer tactiquement et à gêner les adversaires grâce à des sortilèges.


14 janvier 2018

Kérapian le justicier

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Rodolphe Bringer est un auteur à redécouvrir, notamment, à travers son personnage récurrent du Commissaire Emmanuel Rosic.

OXYMORON Éditions nous permet ce plaisir de lecture en regroupant au sein d’une collection éponyme les 13 enquêtes du policier qui, jusqu’ici, étaient éparpillées sur 30 ans et plusieurs éditeurs.

« Kérapian le justicier » est le huitième titre de cette collection hétéroclite qu’il est urgent de redécouvrir. Effectivement, là où les personnages récurrents sont désormais immuables (ils ne vieillissent pas, ne changent pas, n’évoluent pas), Emmanuel Rosic fait figure d’exception.

Hétéroclite, donc, à tous les sens du terme puisque c’est un des rares personnages récurrents de la littérature à avoir évolué dans le style, dans sa présence au sein de l’histoire, dans sa figure de personnage principal, de héros, mais également dans la taille de ses aventures puisque ses enquêtes vont du fascicule de 32 pages jusqu’à une taille de petit roman (40 000 mots environ).

L’intérêt premier de la série, comme je l’ai déjà dit sur d’autres chroniques sur cette collection, c’est d’être confronté à un personnage dont on ne sait à l’avance le rôle qu’il va jouer. Maigret sera là dès le début de l’enquête, et sera celui qui la résoudra. Idem de Sherlock Kolmes et de ses autres confrères plus ou moins contemporains. Mais ceci est bien moins certain avec Rosic puisque, plus d’une fois, il sera devancé par Jacques Vix, un ancien professeur, qui lui volera la vedette tant dans l’histoire que dans la résolution de l’enquête. Et, même dans des enquêtes où Vix n’apparaît pas, le lecteur n’est pas sûr de voir Rosic sous son meilleur jour.

Dans l’enquête de « Kérapian le justicier », le commissaire Rosic est le seul et l’unique enquêteur (Jacques Vix n’a pas fait le voyage).

Kérapian le justicier : Rocheplate, petite bourgade de quatre mille âmes, voit son calme usuel perturbé. La même nuit, le magasin d’horlogerie locale est fracturé et, fait étrange, seul un vieux réveil appartenant à M. Louvier est porté manquant. Ce fait, à lui seul, n’aurait pas justifié le déplacement des gendarmes, du Parquet et du célèbre Commissaire Rosic. Mais la découverte d’un corps sans vie, étranglé dans sa chambre change la donne, surtout que le mort n’est autre que M. Louvier… 

Un mort, un vol, la même nuit, dans un petit bourg, voilà qui est une drôle de coïncidence. Mais quand le seul objet volé d’un côté de la ville appartient à la personne tuée à l’autre bout, le lecteur, bien avant la police, comprendra que les deux évènements sont liés et il n’aura pas tort, comme quoi le lecteur est perspicace.

Le commissaire Rosic a des excuses, il débarque pour le meurtre, ignorant le vol puisque l’horloger n’a pas voulu porter plainte vu la faible valeur de l’objet volé.

Un homme est retrouvé étranglé au pied de son lit. Le défunt n’avait pourtant aucun ennemi, il était apprécié de tous et aucun objet de valeur, ni son argent, n’ont été dérobé. Le meurtre semble avoir pour motivation la vengeance, mais la vengeance de qui ???

Rodolphe Bringer fait voyager le lecteur dans sa si chère vallée du Tricastin, dans laquelle il nous amène souvent et, plus précisément, à Rocheplate (qui doit être un village imaginaire).

Dans ce village, cinq personnes se démarquent :

  • M. Louvier, le mort, une personne qui vivait de ses rentes et qui ne faisait pas de vagues ;
  • Éloi Massane, son neveu, musicien, dont Louvier est le seul parent ;
  • M. Boniface, un vieil homme qui a fait fortune à l’étranger et qui a débarqué récemment avec sa nièce ;
  • Le Vicomte de la Brulade, un homme issu d’une famille de la région, mais qui a bourlingué à travers le monde avant de rentrer au bercail ;
  • Bouillargue, un homme étrange qui semble s’être lié avec le vicomte.

Rodolphe Bringer va alors utiliser un procédé souvent choisi dans les films où les séries actuelles, user de « retour en arrière » pour mieux cerner la vie des différents protagonistes, faire avancer l’histoire et permettre au lecteur de mieux appréhender les évènements.

Ainsi, l’enquête sera minimaliste et le rôle de Rosic secondaire puisque les tenants et les aboutissants du crime seront racontés par un des protagonistes.

L’auteur trempe sa plume dans les genres à la mode à l’époque. De l’aventure, des sentiments, de l’exotisme à travers des contrées coloniales, le côté policier étant remisé au second plan.

Rodolphe Bringer s’attache à proposer des personnages hauts en couleur, notamment avec Kérapian, dont la vengeance est au cœur de l’histoire.

Difficile d’en dire plus sans en dire trop, aussi, je préfère laisser les lecteurs se faire leur propre avis sur le roman.

Au final, bien que l’aspect policier du roman soit assez estompé, la lecture de ce roman est agréable et, pour peu que l’on soit un peu fleur bleue, le final peut donner le sourire ou faire couler une petite larme.

Trois bas de nylon

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Charles Richebourg est un auteur énigmatique dont je vous ai déjà parlé.

Le commissaire Odilon Quentin est un personnage, moins énigmatique, dont je vous ai également déjà parlé.

Le 27ème épisode (du moins, du 27ème dans l’ordre de la collection « Odilon Quentin » chez OXYMORON Éditions) est l’occasion de déguster une aventure un peu plus longue que d’ordinaire.

Effectivement, si les premiers épisodes sont des rééditions de titres d’une collection de fascicules de 32 pages, cet épisode provient d’une autre collection, de fascicules de 64 pages. 

Le lecteur aura donc droit à une double dose de son commissaire préféré.

Trois bas de nylon : Une prostituée est trouvée morte, un bas de soie noué autour du cou. Son maquereau s’apprête à fuir le pays… Le dossier pourrait être d’une simplicité consternante si une seconde victime, une jeune dactylo, ne faisait son apparition, elle aussi étranglée avec un bas de soie similaire au premier. Chargé de l’enquête, le commissaire Odilon QUENTIN patauge lamentablement quand le grand patron lui impose de faire rechercher madame Berthe Dutrieux, une riche cliente d’un notaire de Neuilly s’inquiétant de la disparition de celle-ci. Le policier, de son air bougon habituel, ne peut s’empêcher de rétorquer : « — Je vous avouerai franchement que Berthe Dutrieux ne commencera à m’intéresser que le jour où on la retrouvera avec un bas de nylon serré autour du cou ! » Et l’affaire va fortement l’intéresser quand ses hommes la découvriront avec un troisième bas de nylon lui enserrant la gorge…

 

Changement de taille, donc, mais le style et les personnages, eux, demeurent heureusement les mêmes.

Après un premier chapitre en forme de prologue, comme la série nous y a habitués, le commissaire Odilon Quentin entre en scène pour tenter de résoudre l’affaire.

Encore une fois, il faut se méfier des faux semblants et le coupable qui est livré sur un plat au policier n’est pas le bon. 

Odilon Quentin, c’est un bon gros policier bien rustique qui ne paye pas de mine. Cependant, il a plusieurs qualités. Il sait s’adapter à son interlocuteur, sait se faire passer pour plus bête qu’il n’est afin d’éviter qu’on se méfie de lui, sait faire preuve d’opiniâtreté, sait également s’entourer d’hommes dévoués et qualifiés, et, surtout, manage parfaitement ses affaires depuis son bureau. C’est un général de bataille qui prépare son plan, instruit ses généraux, anticipe les mouvements de l’ennemi, le tout depuis son Q.G. en évitant un maximum les champs de bataille.

C’est encore une fois le cas dans cette enquête et ce sont ses adjoints Chenu, Dubosc et Charron. L’un est un vieux briscard, l’autre possède la gouaille argotique des bas-fonds, le troisième a tout du jeune premier bien propre sur lui. Chacun a des atouts et, ensemble, ils forment un tout efficace.

On suit donc avec un réel plaisir cette nouvelle enquête et, au final, la lecture est tellement agréable, on dévore à ce point cette enquête qu’on ne s’aperçoit même pas de la longueur double de cet épisode.

Au final, encore un épisode de très bonne facture, une lecture agréable où l’auteur parvient à réitérer la qualité qu’il a insufflée, jusqu’ici, à chacun des épisodes de la série.

07 janvier 2018

Entre deux mondes

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Olivier Norek est un auteur que j’ai découvert avec son premier roman, peu de temps après sa sortie, à une époque où Olivier Norek était à l’affût de la moindre critique de son travail, ce qui est normal quand on vient de sortir son premier livre. Effectivement, l’auteur était venu sur ce blog lire ma chronique sur son roman « Code 93 » comme peuvent le prouver les remerciements de son second livre dans lesquels il remercie certains blogueurs, dont, mézigue.

À l’époque, je terminais ma chronique par mon « Au final » coutumier, qui résume concisément ce que je peux penser du livre critiqué et celui-ci était :

Au final, « Code 93 » est un roman très prometteur qui laisse présager un bon avenir littéraire à son auteur. D’ailleurs, l’éditeur de son premier roman lui en a commandé un second qu’Olivier Norek a déjà commencé à écrire et il semblerait que l’auteur ait déjà l’idée de son troisième roman. Dans tous les cas, si, comme l’on peut s’y attendre, l’écrivain s’améliore au fil de ses ouvrages alors, on peut espérer que d’excellents romans suivront ce premier très bon roman.

Depuis, j’ai dévoré son second roman, « Territoires » pour lequel mon « Au final » était :

Au final, sachez que, bien qu’Olivier Norek ait cité mon blog dans ses remerciements, je n’aurais pas hésité un seul instant à flinguer son livre s’il le méritait. Mais, heureusement pour lui, en tant qu’auteur, et pour moi, en tant que lecteur, son second roman ne mérite que louanges. Alors je dis : vivement son troisième livre !

Puis, son troisième roman « Surtensions » :

Au final, Olivier Norek se « professionnalise » dans son troisième roman, ce qui le rendra plus commercial et agrandira son cercle de lecteurs, mais ce qui me déplaît un peu et minimise mon plaisir de lecture. Pour autant, ce livre se situe dans le haut du panier du genre et saura provoquer des sentiments différents aux lecteurs (notamment les scènes de prison). 

Autant vous dire que je redoutais ce quatrième roman. Alors que je m’étais précipité sur les précédents livres de l’auteur, celui-ci est resté quelques jours dans ma Pile à Lire avant que je me décide enfin à me lancer dans sa lecture. J’avais effectivement peur que l’auteur, comme nombre de ses confrères, se formate de plus en plus, autant dans sa narration que dans son style, afin de plaire à un public plus large. Puis, le sujet me laissait dubitatif...

Entre deux mondes : Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir. Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds. Un assassin va profiter de cette situation. Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou. 

L’auteur nous propose, dans son début de roman, de découvrir Adam Sarkis, sa femme Nora et sa fille Maya.

Adam est un flic syrien qui a intégré la police de Bachar El Assad dans l’espoir de faire tomber le régime de l’intérieur à l’aide de rebelles. Mais l’un d’entre eux est arrêté par la police et Adam sait, désormais, que ses heures sont comptées et que l’homme va probablement tout avouer sous la torture. Aussi, s’organise-t-il pour faire partir sa femme et sa fille, grâce à des passeurs et les envoyer à la Jungle de Calais, dans l’espoir de les y rejoindre avant de se rendre, avec eux, en Angleterre.

Mais les choses ne se passent pas comme il l’espère et, quand il débarque à Calais, il ne trouve aucune trace de sa famille.

Un soir, alors qu’il entend un enfant pleurer dans une tente voisine, ses réflexes de policier prennent le dessus sur l’envie d’éviter les ennuis et il intervient pour interrompre le viol d’un petit noir par un Afghan, se mettant à dos la communauté la plus représentée dans la Jungle et celle qui y fait la loi.

Dès lors Adam va devoir s’occuper du garçon, chercher sa femme et sa fille, tout en évitant soigneusement les Afghans.

« Entre deux mondes », contrairement aux précédents livres d’Olivier Norek, n’est pas un polar, même si des crimes sont commis, même si les personnages principaux sont des policiers, même si le travail de la police est au cœur de l’ouvrage.

Non, « Entre deux mondes » est un livre multiple, faisant se confronter deux mondes. Celui des migrants qui, venant en France au risque de leur vie, empêchés de se rendre en Angleterre, se regroupent à Calais en attendant de réussir le passage. Celui des policiers, chargés, habituellement de défendre la population et de faire régner la loi et l’ordre et qui, à Calais, se voient contraints d’empêcher de pauvres gens de quitter le pays dans l’espoir d’un monde meilleur, jouant les gardes-barrières, et confrontés, d’une part, à la misère de cette population migrante qui tente de fuir tout en les laissant, dans la Jungle, livrés à leur propre sort, à la loi du plus fort, sans intervenir. La Jungle, zone de non-droit, est alors le cauchemar des deux mondes.

Puis, vient Adam Sarkis, un migrant, mais également un policier, qui va et vient dans la Jungle, confronté aux deux mondes, il est le lien entre les deux univers, le seul à se déplacer aussi bien dans la Jungle que dans un commissariat.

C’est donc cet « entre deux mondes » que le roman tente de saisir tout en définissant deux mondes gris (les migrants d’un côté, la police de l’autre) dans toutes leurs horreurs. L’horreur d’une jungle dans tous les sens du terme, mais, auparavant, du terrible voyage que tous ces migrants subissent pour trouver leur « Eldorado ». Mais aussi toute la misère qui mine des policiers qui n’ont même plus la satisfaction de défendre la veuve et l’orphelin comme bouclier pour éviter d’être rongés par la situation inextricable et misérable de toutes ces personnes qu’ils sont chargés de contenir et d’empêcher d’atteindre leur but ultime.

L’atout principal des romans de Olivier Norek est d’immerger le lecteur grâce à une écriture sans fioriture, sèche et sincère, propre à celui qui sait de quoi il parle. C’était le cas dans « Territoire » avec la description sordide des conditions de détention. C’est encore le cas ici, avec une autre sorte de détention, un monde qui ne nous touchait pas, jusqu’à la lecture de ce roman. 

Car l’auteur nous force à nous poser des questions sur les comportements des uns et des autres. Des questions auxquelles on ne trouve pas réellement de réponse si ce n’est : Mais pourquoi ne pas laisser passer les migrants ? Pour des raisons politiques et pécuniaires.

La relation entre l’homme et l’enfant est au centre de séquence touchante, mais, également, de la plus terrible du roman que je vous laisserais découvrir. Car, ces deux êtres qui ont tout perdu, n’ont plus que l’autre comme bouée, pour demeurer quelque peu humain, par un attachement « filial ». Et, demeurer humain, dans ce monde inhumain, est un luxe que plus personne ne peut se payer, ni d’un côté de la barrière ni de l’autre.

Norek explique par cette incapacité, des uns et des autres, certains débordements, sans jamais les excuser. 

L’auteur esquisse d’ailleurs plusieurs idées qui demeurent en suspens, notamment la Jungle comme lieu idéal de recrutement pour les cellules terroristes, les associations d’entre-aide, le ras-le-bol de flics qui se retrouvent autant dans une impasse, à Calais, que les migrants contre qui ils doivent lutter.

Car c’est humainement vers Kilani, ce gamin, violé, mutilé (il n’a plus de langue), qui a déjà vécu maints enfers à son jeune âge, que Norek se tourne. Humainement, car c’est le centre névralgique du roman et de l’avenir : comment se reconstruire après une telle enfance ? La violence est-elle innée ? Un assassin est-il forcément un coupable ? Peut-on se passer du sang lorsqu’on y a goûté ???

Humainement, surtout, parce que l’on a tellement envie qu’Adam et Kilani poursuivent leurs chemins ensemble...

Au final, plus qu’un polar, plus qu’un roman sociétal, Olivier Norek nous livre un roman fort, émouvant, bouleversant, qui, jusqu’au point final, attrapera le lecteur par le cœur et l’âme sans jamais le lâcher. Un roman qui, sans être un pur témoignage, devient plus qu’une histoire.

N.B. Malheureusement, je trouve la couverture bien en deçà de celles des précédents romans de l’auteur.

Le meurtre de Suzy Pommier

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Emmanuel Bove est un auteur né de parents Russe et Luxembourgeois en 1898.

Pour en savoir plus sur l’auteur, n’hésitez pas à vous rendre sur le site qui lui est consacré : Emmanuel Bove, le site.

L’auteur ne sera pas souvent cité dans mes chroniques pour s’être très peu consacré au seul genre qui m’attire : le roman policier.

Pour autant, dans sa production, le lecteur de polars que je suis a déniché : « Le meurtre de Suzy Pommier ».

Le meurtre de Suzy Pommier : Suzy Pommier est une jeune et belle actrice promise à une grande carrière. Suite à un premier succès d’estime, le grand soir de la projection de son nouveau film est arrivé. Mais le ressenti des spectateurs est assez trouble. Outre le mauvais jeu du partenaire de la starlette, ce qui choque le public est la violence de la scène finale où le personnage joué par Suzy est étranglé dans sa baignoire par son amant. Mais, ce qui va faire la une des journaux, le lendemain, c’est la nouvelle de la découverte du corps sans vie de Suzy Pommier, retrouvée, étranglée, dans sa baignoire. Hector Mancelle, jeune policier, va se lancer dans l’enquête au grand dam de son supérieur qui pense très vite avoir mis la main sur le meurtrier. Mais le jeune Hector, loin de soutenir son chef, annonce clairement qu’il trouvera le véritable assassin de l’actrice.

Avec ce court roman, Emmanuel Bove nous livre un petit polar dans la veine de son époque.

Hector Mancelle est un jeune policier qui va se lancer dans l’enquête en court-circuitant sa hiérarchie et ne pas se contenter des évidences ni des aveux d’un suspect.

L’auteur, à travers l’enquête policière, en profite pour faire une étude de mœurs du milieu médiatique du cinéma, mais aussi de la misère humaine sous toutes ses formes, notamment au travers du père de la victime...

Si aucun des aspects du roman : l’intrigue, le style, les personnages, ne navigue dans les sphères les plus hautes du genre, l’ensemble tient cependant très bien la route et ne dénote pas de ce qui s’écrivait à l’époque.

Au final, un roman qui m’a apporté un certain plaisir et un plaisir certain de lecture dans une période où je me concentrais difficilement sur des ouvrages (j’en avais abandonné plusieurs d’affilés en court de route). 


31 décembre 2017

Un drame au Palais de cristal

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Marius Pégomas est un des deux personnages pour lesquels l’énigmatique auteur Pierre Yrondy est connu (l’autre étant l’espionne Thérèse Arnaud).

Pierre Yrondy est donc un auteur que l’on n’a toujours pas cerné à ce jour.

Journaliste, auteur de pièces de théâtre, en 1934 il créée le personnage de Thérèse Arnaud, une espionne du 2e bureau qui lutte contre les Allemands pendant la 1re guerre mondiale. La jeune femme vivra 64 aventures en l’espace de 2 ans édités par les éditions La Baudinière en fascicules de 32 pages.

Dans la foulée, en 1936, l’auteur réitère chez le même éditeur, dans le même format (fascicule de 32 pages), avec les aventures de Marius Pégomas, un détective marseillais qui vivra 35 aventures (le 36e n’est jamais paru).

OXYMORON Éditions, qui est spécialisé dans les rééditions de textes policiers de la première moitié du XXe siècle avait déjà réédité les 7 premiers épisodes de la série il y a quelques années. 3 autres épisodes sont venus s’ajouter il y a quelques mois. L’éditeur poursuit, lentement mais sûrement, son travail de réédition des investigations de Marius Pégomas avec le 11e épisode : « Un drame au Palais de cristal ».

Un drame au Palais de cristal : La grande chanteuse Marina Serra, après avoir brillé dans le monde entier, revient dans sa ville natale de Marseille pour un récital très attendu par ses nombreux admirateurs. L’assistance retient son souffle, la vedette entre sur scène… Mais la jeune femme s’écroule aussitôt et mourra quelques minutes plus tard, en coulisses. M. Mangonot – le nouveau chef de la Sûreté marseillaise – et Marius PÉGOMAS, tous deux, présents dans la salle, enquêtent chacun de leur côté. Le policier conclut à la mort de cause naturelle, mais le détective le contredit et lui confie un bouquet de violettes de parme qu’il a trouvé dans la loge de la star en lui déconseillant de le renifler de près. L’enquêteur privé se lance alors sur la piste du tueur en espérant que le public continue à ignorer les circonstances criminelles du décès. Mais, quand M. Mangonot s’apprête à révéler à la presse et à la famille de la morte qu’il s’agit, en fait, d’un meurtre, Marius PÉGOMAS n’hésite pas à le séquestrer afin de mener à bien sa mission, le temps que le meurtrier pense avoir commis le crime parfait.

 

La star locale, Marian Serra, s’écroule, sur scène, le soir de son grand retour à Marseille après avoir chanté dans le monde entier. Le public est impatient, la foule est en liesse et... c’est le drame.

M. Mangonot, le nouveau chef de la Sûreté Marseillaise et Marius Pégomas, le célèbre détective marseillais, sont présents dans la salle et décident de s’intéresser à l’affaire. Là où le policier ne voit qu’un terrible incident, le détective devine le crime et trouve rapidement des preuves : un bouquet de violettes empoisonné. Tout désigne l’homme qui a envoyé les fleurs comme le coupable... trop idéal, pour Marius. Après l’avoir interrogé, il lui conseille de se cacher le temps qu’il trouve le vrai criminel. Pour cela, il veut profiter du fait que le public et la famille de la victime ignorent encore qu’il y a eu meurtre. Mais Mangonot veut tout révéler, aussi, Marius n’hésite pas à séquestrer le chef de la Sûreté.

Marius Pégomas est fort, très fort, fou, très fou. Sûr de lui, il n’hésite devant rien pour arriver à ses fins même à prendre des risques inconsidérés.

Pour qui a déjà lu une aventure de Marius Pégomas (sauf le premier épisode où le personnage apparaît trop peu pour pouvoir se faire une idée), cet épisode ne dénotera pas des autres et on constate que le détective va de plus en plus loin, car il est de plus en plus sûr de lui et qu’il s’appuie sur ses succès antérieurs et sur le soutien du public.

Le sourire est donc assuré à la lecture des péripéties du détective et, même si la résolution de l’enquête repose sur une grande part de chance, cela n’empêche pas le lecteur de suivre ce court roman avec plaisir.

Au final, un épisode dans la lignée des précédents avec un personnage qui prend de l’ampleur et qui ose de plus en plus.

Les assassins fantômes

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Georges Grison est un journaliste et écrivain né en 1841 et mort en 1928.

L’auteur a participé à la littérature populaire du premier quart du XXe siècle, notamment à travers les diverses collections Ferenczi.

Les assassins fantômes : Rambouillet et ses alentours sont en proie à la terreur. Une bande de mystérieux voleurs n’hésite pas à assassiner qui se trouve sur son chemin. C’est l’inspecteur Jacques BERTHON de la Sûreté de Paris qui est chargé du dossier. Décidé à mener l’enquête incognito, le policier se présente en qualité de journaliste et rend visite aux premières victimes du gang, une famille marquée par le destin puisque le père, tailleur de profession, est paralytique, le fils quasi aveugle, et l’épouse boiteuse. Seule Marthe, la fille, a été gâtée par mère Nature. C’est d’ailleurs pour éblouir cette belle jeune femme que Jacques BERTHON va redoubler d’audace et de pugnacité sans se douter des risques auxquels il sera confronté…

Georges Grison nous livre un court roman (13 000 mots) de facture classique mélangeant intrigue policière et intrigue sentimentale, comme il se faisait beaucoup à l’époque, puisque le policier va tomber amoureux de la fille de la famille qui a été la première victime des criminels qu’il recherche. Mais, les choses ne vont pas se passer comme prévu...

Évidemment, sur 13 000 mots, il est difficile, pour l’auteur, de proposer une intrigue de haute voltige, pour autant, le lecteur suit l’enquête avec plaisir même si l’on devine, plus rapidement que l’enquêteur, le nœud de l’histoire.

Au final, un très court roman qui se lit agréablement dans la veine des écrits du genre du premier quart du XXe siècle.

24 décembre 2017

La roulotte sanglante

CouvLRS

Rodolphe Bringer est un auteur qui a œuvré dans différents genres (humour, sentimental, aventure, policier) mais que j’apprécie, principalement, comme de juste, pour ses textes policiers.

Parmi ces derniers, j’ai une tendresse toute particulière, pour un personnage récurrent : le Commissaire Rosic.

Dans « La roulotte sanglante », point de Rosic.

La roulotte sanglante : Raymond Clarin alias Momond, limonadier, amène son copain Blanchas, artiste peintre, à la fête dans le petit village de Clansayes. Les amis font bombance toute la nuit, à l’auberge, en compagnie de Listet, un forain, pendant que la compagne de celui-ci, Youpette, tient la cabane à tir à la foire. Au petit matin, Listet partant à la chasse, Momond en profite pour rejoindre Youpette, son ancienne maîtresse, dans sa roulotte… Alors que Blanchas prend l’air frais pour se requinquer, il aperçoit le chasseur rentrant bien plus tôt que prévu chez lui, et craignant que le pire arrive, essaie de retenir l’homme fourbu, mais rien n’y fait. Ce dernier pénètre dans sa caravane et constate… que le pire est déjà arrivé… Momond gît au sol dans une mare de sang, égorgé… 

Blanchas, un artiste peintre, décide de suivre Momond, un limonadier qui se rend sur une fête de village, à Clansayes. Sur place, les deux hommes font la fête, mangent, boivent toute la nuit. Au petit matin, Listet, qui les a rejoints, décide de partir à la chasse et Momond suit l’adage : « Qui va à la chasse perd sa place », pour aller rejoindre la femme de Listet dans sa roulotte. 

Mais il fait frais et Listet revient plus rapidement que prévu. Blanchas, de peur que celui-ci ne surprenne son ami Momond dans les bras de sa dulcinée, tente de détourner l’attention de Listet. Mais rien n’y fait, l’homme entre dans la roulotte et c’est la catastrophe : il trouve le corps sans vie et égorgé de Momond. Sa compagne a disparu... ce qui en fait la principale suspecte...

Blanchas décide alors de suivre l’enquête auprès de la gendarmerie et fait même mieux, puisqu’il permet à l’enquête d’avancer.

Rodolphe Bringer nous promène dans la campagne, l’ambiance des petits villages... et des faits divers... à travers ce court roman policier.

On retrouve les qualités de narration de Bringer et sa propension à se concentrer sur des bourgs plutôt que de centrer ses histoires dans les grandes villes. Du coup, l’auteur nous offre un panel de personnages ruraux hauts en couleur.

Si l’intrigue n’est pas le principal intérêt, la courte taille du roman ne permettant de toute façon pas d’établir un immense suspense, Rodolphe Bringer nous propose pourtant deux trois détours qui seront vite éventés pas les enquêteurs et les lecteurs.

Au final, un court roman de Rodolphe Bringer qui délaisse, dans une enquête, son commissaire Rosic pour proposer une histoire qui se lit facilement et sans déplaisir.

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À tue... et à toi

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San-Antonio est une valeur sûre dans laquelle je me réfugie dès que je sors de plusieurs lectures successives décevantes.

Car, dans les San-Antonio, du moins dans la première période de San-Antonio, je suis certain de trouver un minimum de plaisir, pour les moins bons, un maximum, pour les meilleurs, sachant que même les moins bons sont déjà pas mal.

À tue... et à toi : Pour un joli petit couple, les Vignaz, c’est un joli petit couple. L’intérieur coquet. Monsieur étranglé au fil du téléphone, Madame en peignoir, flottant dans son sang et sa baignoire. Des gens bien sous tous rapports d’autopsie. Suicide conjugal ? San-Antonio n’en croit rien. D’autant plus qu’au sortir du logis Vignaz, quelque malfaisant s’est empressé de lui saboter sa direction… On a beau apprécier l’hôpital et les décolletés pigeonnants du personnel soignant, pour l’investigation, y’a quand même plus commode…

San-Antonio dîne chez un couple d’amis, le docteur Dubois, qu’il connaît depuis très longtemps, et son énorme femme qui ne vit que pour et par la bouffe. Mais, si elle aime manger, elle fait aussi très bien la cuisine.

Alors que le plat arrive, le téléphone sonne, il s’agit d’un patient du docteur Dubois qui l’appelle, car il vient de trouver sa femme morte, veines tranchées, dans sa baignoire.

Sur place, le docteur appelle chez lui pour demander à San-Antonio de le rejoindre, le mari de la défunte s’est suicidé le temps qu’il arrive.

Arrivé sur les lieux du drame, San-Antonio sent que quelque chose de louche s’est tramé. Se trancher les veines dans la baignoire, passe encore, mais se suicider en s’étranglant avec le fil du téléphone, voilà qui ne passe pas du tout.

Les doutes émis, San-Antonio saute dans son véhicule et fonce dans les rues... avant d’avoir un accident... sa direction ayant été sciée. San-Antonio refusant de demeurer à l’hôpital, malgré son état, le docteur Dubois lui propose de l’accueillir dans sa clinique personnelle le temps de sa convalescence.

C’est donc alité que San-Antonio va mener l’enquête. Pour ce faire, il va déléguer les tâches physiques à sa mère et faire le reste via le téléphone.

Tous les ingrédients habituels de la série sont ici présents. De l’humour, une petite intrigue, des rebondissements, et ce malgré le quasi-huis clos et l’état physique du commissaire.

Si l’on ne se trouve pas ici devant le meilleur épisode de la série et si l’intrigue se dénoue rapidement, le fait que Félicie, la mère, soit plus présente que d’ordinaire et un ultime rebondissement qui rend San-Antonio plus humain suffisent à rendre l’ensemble plaisant.

Au final, pas le meilleur de la série, mais un court roman qui se lit facilement et qui apporte son lot de bonne humeur.

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17 décembre 2017

L'assassinat du torero

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Paul Max est l’auteur de la série « Billy Mac Tiddle », un détective écossais surnommé, « Le Roi de la chaussette », car il est, à la base, vendeur de chaussettes.

« L’assassinat du torero » est la troisième enquête du jeune homme, après celle du roman « Début dans la police » et celle de « Le meurtre d’Hilldrop Crescent ».

À l’origine, « L’assassinat du torero » a été publié dans la collection « Le Jury » créée par Stanislas-André Steeman dont j’ai déjà parlé.

Pour information, ce court roman sera remanié quelques années plus tard pour le développer et en faire un roman de taille plus classique afin de le publier à part. Malheureusement, cette édition sera posthume, l’auteur ayant eu la mauvaise idée de mourir entre temps.

L’assassinat du torero : Billy Mac Tiddle, le célèbre « Roi de la Chaussette », détective à ses heures, part en vacances à Mexico. En rentrant à son hôtel, après avoir acheté une place pour la prochaine corrida, il entend des éclats de voix provenant de la chambre voisine de la sienne. Il distingue clairement la phrase : « Le torero mourra ». Mais ladite chambre est vide et personne n’y loge, selon le garçon d’étage. Lors de l’évènement tauromachique, un spectateur interpelle un torero vedette jusque-là apathique. Face à cette exhortation, Curro Goyen, la star de l’arène, tente une manœuvre risquée et est encorné par le taureau. Il décédera des suites de ses blessures. Alors que pour tous, il ne s’agit que d’un terrible accident, l’instinct du détective écossais devine un assassinat machiavélique et se fait fort de rendre justice. Mais le monde de la tauromachie est hermétique et certains ne voient pas d’un bon œil les investigations de cet étranger au milieu et au pays…

Cette troisième enquête de Billy Mac Tiddle se déroule au Mexique. Durant ses vacances, le jeune homme surprend une conversation entre un homme et une femme et comprend une phrase : « Le torero mourra ».

Assistant à une corrida quelques heures plus tard, il assiste à une scène étrange, un homme qui interpelle violemment le torero, l’exhortant à tenter une manœuvre dangereuse... le torero ne recule pas devant le défi... et il meurt embroché.

Le sixième sens de Billy Mac Tiddle lui indique que tout a été mis en place pour pousser le torero à prendre le risque qui lui a été fatal. Il ne s’agit donc plus d’un accident, mais d’un meurtre...

Je suis anti-corrida, mais, étant pro Mac Tiddle, j’ai suivi avec un grand intérêt son enquête, bien que celle-ci soit quasiment dénuée de l’humour habituel que l’auteur insufflait dans les aventures de son personnage.

Mais, outre la qualité de narration et bien que le sujet n’aurait pas dû m’intéresser outre mesure, j’ai pourtant été captivé.

Captivé, car une chose m’a grandement surpris : la grande proximité entre l’histoire du torero du roman, Curo Goyen et celle de la fin de la véritable star des arènes : 

Manuel Laureano Rodriguez Sanchez, alias Manolete, est né le 4 juillet 1917 à Cordoue en Espagne. Je ne vais pas faire une hagiographie de l’homme, sa vie ne m’intéressant pas. Aussi, j’en viens directement ou presque à sa mort.

Pour m’en faire une idée, j’ai lu un article de Libération :

Dans les derniers mois de sa vie, Manolete n’était plus que l’ombre de lui-même. Les femmes, l’alcool, la drogue, l’injection de fortifiants l’ont lentement détruit. Depuis plusieurs mois, il n’est plus le grand Manolete. Le public devient hostile à son égard. Les sifflets fusent lors de ses prestations.

Le 28 août 1947, il doit toreer à Linares, en Espagne. Le 16 juillet, lors d’une prestation précédente, un spectateur l’insulte. Manolete se retourne et prend un coup de corne au mollet. Le 4 août, son incapacité à se concentrer le fait déjà passer proche de la catastrophe, non pas grâce à ses réflexes, mais juste parce que le taureau, au dernier moment, tourna la tête. Un journaliste dira que Manolete était mort, ce jour-là, tel un suicidaire.

Le 28 août 1947, Manolete tente une manœuvre risquée, trop risquée, et se fait embrocher à l’aine en même temps qu’il plante son épée dans le taureau... Manolete mourra quelques heures plus tard...

Ces coïncidences pourraient être surprenantes, le roman de Paul Max ayant été écrit en 1941, la version augmentée ayant été publiée en 1945, soit deux ans avant la mort de Manolete.

Pourtant, les coïncidences n’en sont pas quand l’on sait que ce qui s’est produit en 1947 est le lot des toreros. À tel point que si l’on recule dans le temps de plus de 100 ans, en 1820, on peut retrouver les traces d’un torero nommé Curro Guillen. Le 21 mai 1820, alors que Curro Guillen (le torero du roman s’appelle Curro Goyen) s’apprête à l’estocade, un certain Manfredi (comme dans le roman), interpelle le torero puis, avant d’être évacué, lui demande s’il va oser « recevoir » le taureau (comme dans le roman). Pris au vif, le torero rata sa manœuvre et fut encorné à la cuisse (comme dans le roman). Le rival de Curro Goyen, Juan Léon (comme dans le roman), se précipita à son secours et fut encorné à son tour, le taureau ayant un torero sur chaque corne (comme dans le roman). Curro Guillen mourut quelques heures plus tard (comme dans le roman) et Juan Léon ne fut que légèrement blessé (comme dans le roman)...

Bref, vous aurez bien compris que Paul Max s’est très largement inspiré de la mort de Curro Guillen pour écrire son histoire. Ce devait être un fan de tauromachie.

Mais revenons-en au roman. Si celui-ci est moins drôle que les autres de la série, il n’en est pas moins rondement mené.

On suit avec bonheur l’enquête de Mac Tiddle, une enquête jalonnée d’indices. L’auteur parsème également son texte de moments didactiques expliquant certains termes et certaines pratiques de la tauromachie et, même si ce milieu ne plaît pas au lecteur, cela ne retire rien au plaisir de lecture.

Comme à son habitude, l’enquêteur suit son sixième sens et avance aussi bien grâce à son flair qu’à sa propension à être toujours au bon endroit et au bon moment.

Bien sûr, il manque ici la saveur des dialogues des deux précédents romans (même si la présence du gardien de l’hôtel apporte un brin de fantaisie), mais, vu la courte taille du roman et la volonté de l’auteur de se concentrer sur le milieu tauromachique, il faut bien avouer qu’il y avait moins de possibilités de mettre en place l’ambiance usuelle aux enquêtes de son personnage (peut-être est-ce le cas dans la version remaniée titrée : « Mexico » ? Je ne sais pas !).

Au final, une lecture agréable, bien que le sujet central me déplaise, grâce au plaisir de retrouver le personnage de Billy Mac Tiddle et au style de l’auteur. Le sentiment est probablement encore amplifié par le parallèle que l’on peut faire entre l’histoire et l’Histoire.

10 décembre 2017

Le resquilleur sentimental

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René Pujol est un auteur que je dévore depuis quelque temps et l’un des rares à me faire apprécier des romans qui ne sont pourtant pas dans le seul genre dont je me délecte : le Polar.

Car René Pujol mélange souvent les genres, mais en privilégie toujours un : l’humour.

L’ensemble de son œuvre est mâtinée d’un humour plus ou moins appuyé, mais toujours présent.

Et c’est ce qui me permet d’apprécier tout de même les romans de l’auteur qui ne naviguent pas du tout ou très peu dans le monde policier.

Le resquilleur sentimental : Robert Delessart, jeune homme doux, un peu roublard et facilement menteur, devient détective privé après avoir été vendeur de gants. Pujol raconte, avec un humour décalé et faussement naïf, les aventures rocambolesques de ce pauvre détective improvisé à l’imagination débordante…

S’il est ici question de détective privé, le roman de René Pujol n’est en rien un roman policier. L’auteur utilise son humour habituel pour nous conter les mésaventures d’un jeune homme très gauche qui, perdant sa place de vendeur de gants, ne trouve comme autre boulot que celui de détective privé.

Pour sa première affaire, il sera chargé de suivre une riche héritière et d’éviter que celle-ci ne se fasse voler ses bijoux.

C’est le personnage de Robert Delessart qui fait évidemment tout le sel du roman. Sa propension à se laisser marcher dessus sans rien dire et, pour justifier ce travers, le fait de s’autopersuader qu’il obtient ce qu’il désire finalement, est l’édifice de moments savoureux.

Au restaurant, on lui sert du poisson au lieu de la viande commandée, il se dit que, finalement, c’était bien du poisson qu’il aurait choisi. On le vire parce que l’on sait qu’il ne dira rien, il se persuade et clame qu’il a démissionné pour trouver une meilleure situation...

C’est un peu un Pierre Richard avant l’heure, mais un Pierrot un peu de mauvaise foi.

C’est donc avec un réel plaisir que l’on suit les pérégrinations de Robert Delessart jusqu’à un final qui dessert Delessart, mais dont il se persuade du bien fondé.

Au final, même si le roman manque de « policier », il n’en demeure pas moins très plaisant à lire grâce à l’humour habituel de l’auteur.

03 décembre 2017

La sapèque rouge

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René Pujol est un auteur qui serait à suivre si l’on pouvait espérer un prochain ouvrage de sa part. Mais, étant donné qu’il est mort il y a plus de 70 ans, difficile de compter sur sa bonne volonté pour satisfaire ses lecteurs.

Pour autant, René Pujol est un auteur à suivre, car c’est un auteur dont on reconnaît les qualités d’un ouvrage à l’autre, et ce quel que soit le style dans lequel il œuvre.

René Pujol, je l’ai découvert par l’intermédiaire de son meilleur roman, « Le détective bizarre » et, depuis, je n’ai jamais été déçu par ses romans. Quand ses œuvres sont policières, j’adore ! Quand elles sont sentimentales ! J’aime bien (ce qui fait figure d’exception) ! Et quand elles sont humoristiques, j’aime beaucoup !

La sapèque rouge : La nuit, dans la grande demeure familiale, un cri réveille Simone. Elle sort de sa chambre et descend au salon où elle y découvre son père, un pistolet à la main, tenant en joue deux hommes devant le corps de son oncle, allongé sans vie sur le tapis, un poignard planté dans la poitrine. Chacun clame son innocence, explique sa présence par une convocation émise par le défunt et ne sait qui est l’assassin et qui a brisé la vitre de la porte-fenêtre donnant sur l’extérieur. Mais l’un des deux étrangers parvient à s’enfuir alors que l’autre accepte d’attendre la police. C’est l’inspecteur principal Robert Chevillard qui va être chargé de l’affaire et va devoir débrouiller l’écheveau. Très vite, un second cadavre est découvert dans le parc, puis les pièces du château sont victimes d’une fausse perquisition… Décidément, rien n’est simple dans ce dossier…

Avec « La sapèque rouge », René Pujol nous livre un court roman dans la veine de « Un homme est mort ». C’est-à-dire que l’auteur nous propose une histoire légèrement policière, un petit peu mâtinée d’espionnage, un peu sentimentale, le tout saupoudré d’un peu d’humour et de personnages décalés.

Un roman sentimental, même a minima, de la part d’un autre auteur, j’aurais probablement rechigné et abandonné en cours de route. Oui, mais là est tout le talent de René Pujol ! son humour latent et ses personnages décalés emportent toujours mon adhésion.

Robert Chevillard est un jeune policier à la gaieté permanente, à la politesse excessive et au comportement où semble constamment percer un brin d’ironie. Ce qui fait que son interlocuteur ne sait jamais s’il est sérieux ou s’il se moque de lui. Ce trait de caractère est le centre de situation et de dialogues savoureux ou les interlocuteurs du héros sont constamment énervés devant le flegme de celui-ci.

En parallèle, le policier aura fort à faire pour percer le mystère et courra moult dangers dans sa quête. Cela ne l’empêchera pas de flirter quelque peu avec la belle Simone ou, du moins, de s’éprendre de la jeune femme et de craindre pour sa vie.

Le juge Bassignol, en charge du dossier, s’arrache les cheveux à cause de l’enquêteur qui n’abonde jamais dans son sens alors qu’il est persuadé d’avoir le coupable parmi les deux hommes surpris par le beau-frère.

L’auteur nous proposera quelques rebondissements qui s’ajoutent aux qualités habituelles de ses textes.

Au final, René Pujol est fidèle à lui-même nous offre un texte de qualité, avec une histoire bien narrée, des personnages bien sentis, un peu de sentiments, beaucoup d’humour, un brin d’espionnage et des rebondissements : une très agréable surprise, mais c’est l’inverse qui aurait été surprenant.

26 novembre 2017

Alerte à Manhattan

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Van Montfort est un auteur belge né en 1912. Tout d’abord architecte (il est à l’origine, en 1936, de la résidence Sandringham de la ville d’Ixelles en Belgique), Mario, de son prénom, se lance par la suite dans l’écriture de romans policiers.

Il participera à la collection « Le Jury », dirigée par Stanislas-André Steeman, et signera, entre autres, le troisième numéro de la 1ère série : « Alerte à Manhattan ».

Dans le prologue, Steeman, lui-même, nous explique que la volonté de Van Monfort était de proposer un roman noir américain de langue francophone.

Je pense que tout le problème est résumé dans ce prologue. Sachant que la collection a été étouffée par l’émergence du roman noir à l’américaine qui a submergé la Belgique à la suite de la guerre, ce troisième titre, signé Mario Van Monfort, fait office de cheval de Troie.

Effectivement, j’ai du mal à comprendre, si ce n’est un intérêt commercial ou publicitaire, de créer une collection purement Belge, avec des auteurs Belges, pour ne pas mettre en avant un style Belge, mais singer un style à l’américaine.

C’est effectivement là que le bât blesse et que mon intérêt décroît immédiatement. Pas la peine de résumer l’histoire, je n’ai pas terminé ma lecture de ce roman pourtant court tant le manque d’implication personnelle de l’auteur semblait criante. Est-ce une impression indue par le prologue, ou bien par le style, je ne saurais réellement le dire, toujours est-il que ma lecture n’a pas été du tout agréable. 

J’ai eu beau m’y reprendre à plusieurs fois, insister, mais, d’un jour à l’autre, impossible de me souvenir de ce qui s’était passé dans les pages précédentes tant j’étais peu investi dans ma lecture.

Toujours est-il que le style m’a semblé d’une platitude affligeante et que l’ensemble sonnait faux.

Pas la peine d’en dire plus.

Au final, si le premier titre de la collection était de bonne facture, celui-ci m’a laissé une pitoyable impression. Est-ce dû au fait que l’auteur tente de singer le style américain ? Je serais tenté de dire non puisque Max Paul, dans le 6ème titre, « O’Byron s’est évadé », parviendra à me satisfaire.

19 novembre 2017

Un homme est mort

un homme est mort

René Pujol est un auteur dont j’ai déjà parlé, notamment pour ses romans « Le détective bizarre », « Amédée Pifle reporter » et « la résurrection de M. Corme ».

Mais René Pujol ne s’est pas contenté d’écrire d’excellents romans, il a également écrit de courtes nouvelles comme celles que vous pouvez trouver dans la collection « KatreCar » dans le catalogue d’OXYMORON Éditions.

Entre les romans et les nouvelles, l’auteur écrivait également d’autres genres de textes, comme, par exemple, des romans-feuilletons pour les journaux de l’époque.

C’est le sujet de cette chronique puisqu’elle concerne un court roman-feuilleton paru en 1932 dans le magazine « Ric et Rac ».

Un homme est mort : Le docteur Le Tinguier est mort dans un tragique accident, écrasé par une automobile à la sortie de sa clinique. Quelques semaines plus tard, la femme et la fille de la victime partent en cure à Deauville, la première pour soigner son veuvage et par hypocondrie, la seconde pour tenir compagnie à sa mère. Très vite, deux hommes charmants gravitent autour d’elles, mais leur attirance relative semble cacher des intentions bien plus troubles d’autant que feu le docteur est le dernier à avoir vu vivant, en tentant de le soigner, un espion en possession de documents d’une importance capitale… 

Ce court roman, puisqu’il s’agit avant tout d’un roman d’environ trois heures de lecture, condense toutes les qualités d’auteur de René Pujol et des éléments à la mode à l’époque.

Le genre, tout d’abord. René Pujol mélange une dose de policier, une dose d’espionnage, une dose de roman sentimental, une dose d’action et une bonne dose d’humour et de second degré.

Les personnages, ensuite. Ce fut, bien souvent, la grande qualité de l’auteur, savoir proposer des personnages du commun qui se démarquent pourtant quelque peu.

Si tout semble partir sur un canevas classique, un trio amoureux entre les deux hommes et la fille de la veuve, les choses sont en réalité bien plus compliquées. Le personnage décalé et drôle et joué, cette fois-ci, par la veuve, l’inconsolable veuve qui ne cesse de clamer son malheur, sa douleur, mais qui n’a qu’une envie : se retrouver très vite un mari.

Certes, le genre principal du texte est le roman d’espionnage, mais, pour autant, René Pujol ne fait que se servir du genre pour faire avancer son intrigue et ses personnages. 

Question narration, l’ensemble tient très bien la route et l’auteur n’hésite pas à nous proposer des rebondissements qui rythment le final de cette histoire.

Pour ce qui est de la plume, malgré un texte destiné pour les journaux, l’auteur ne sacrifie pas pour autant à la qualité qui était présente dans ses romans.

Au final, « Un homme est mort » est un très bon roman de René Pujol, qui confirme qu’il était un très bon écrivain populaire et qu’il mérite d’être bien moins anonyme qu’il ne l’est encore actuellement.

12 novembre 2017

La vieille dame qui se défend

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Stanislas-André Steeman est le deuxième grand nom, après Georges Simenon, de la littérature populaire policière belge.

Moins connu que son compère, il est tout de même un pilier de la littérature belge francophone et est surtout connu pour être l’auteur du roman qui fut adapté par Henri-Georges Clouzot : « L’assassin habite au 21 ».

Mais, ce que les gens ne savent pas forcément c’est que l’auteur a aussi œuvré en tant que maître de collection au sein d’une des rares collections policières belges : la collection « Le Jury » aux éditions A. Beirnaerdt.

Pour ce faire, il réunit diverses plumes belges, des écrivains avérés, des journalistes, des musiciens, professeurs, avocats...

Mais, comme une collection se doit de débuter par un premier opus, le maître s’occupe de cette tâche et nous livre une nouvelle enquête d’un de ses personnages récurrents : M. Wens, avec le titre « La vieille dame qui se défend ».

La vieille dame qui se défend : Wenceslas Vorobeïtchik, est un ancien policier devenu détective. Il reçoit la visite de Mme Effront de Montavendre, une vieille dame qui veut l’embaucher, car elle se sent en danger. Effectivement, elle a surpris une conversation de ses héritiers qui envisageaient une façon de se débarrasser d’elle pour toucher l’héritage. Depuis, selon elle, un des héritiers élimine ses rivaux avant de s’occuper d’elle pour toucher le pactole à lui tout seul. Effectivement, deux héritiers sont déjà morts dans des circonstances étranges...

Voilà un petit roman qui vous prendra un peu moins de deux heures de votre temps (comme tous ceux de la collection). Steeman utilise un personnage qu’il maîtrise alors depuis presque dix ans. Quoi de mieux pour débuter rapidement et de façon qualitative, une collection, que d’utiliser un personnage que l’on connaît bien ? L’auteur met en place rapidement une situation (une petite vieille qui pense que ses héritiers veulent sa mort), met en place une double quête (celle de protéger la cliente et celle de trouver le meurtrier des autres héritiers) puis il résout l’ensemble avec la concision exigée par le format 32 pages, doubles colonnes de la collection.

Certes, Steeman ne nous lire pas là son meilleur cru, le format court l’empêchant de développer les intrigues, mais livre tout de même un premier titre agréable à lire malgré une fin que l’on sentait venir.

Au final, il ne faut pas bouder une des rares collections de la littérature populaire policière belge, d’autant plus quand elle est mise en place et débutée par un auteur du talent de Stanislas-André Steeman.

05 novembre 2017

Le septième juré

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« Le Septième juré »... Peut-être vous souvenez-vous de ce chef-d’œuvre oublié de Georges Lautner, un film datant, me semble-t-il, de 1962 et dont l’interprète principal n’est autre que l’immense Bernard Blier ? Non ! Aussi vous sera-t-il difficile de vous souvenir que ce film est adapté d’un roman éponyme de Francis Didelot.

Francis Didelot, vous connaissez ? Non ? Alors, sachez que Roger-Francis Didelot est né à Madagascar en 1902, mort en 1985. Qu’il eut une courte carrière d’avocat, se lança dans l’écriture, signa des dialogues (parfois adaptés, de ses romans) pour le cinéma et, d’après les spécialistes, a consacré la meilleure part de sa production au genre policier.

Policier ? « Le septième juré », écrit en 1958, l’est sans l’être tout en l’étant.

Le septième juré : Tout, il avait tout organisé, fignolé afin d’échapper à l’abîme : il ne pouvait pas être le juge de Sautral. Il était le seul qui, sans discussion possible, ne devait pas siéger sur cette estrade... Il ne pouvait pas, il ne devait pas juger : n’était-ce pas lui qui avait tué ! Lui, Grégoire Duval, l’assassin !

Un meurtre, un assassin, tout désigne que le roman va naviguer dans les eaux du « polar ». Un procès, une plaidoirie, et l’on se dit que l’ouvrage va se consacrer à un sous-genre du « policier juridique ».

Oui ! Oui, mais non ! Car, si tous les éléments sont mis en place par l’auteur pour faire de son œuvre un roman policier, et si le passé de Didelot le destinait à écrire des « polars juridiques », celui-ci parvient à surprendre son monde en proposant un roman sociétal, une critique de la bonne bourgeoisie, et du rapport de celle-ci avec une jeunesse dévoyée.

Grégoire Duval est un pharmacien marié avec une femme castratrice. Celle-ci dirige tout dans sa vie, jusque dans son métier, et ne laisse, à son mari, pour seule latitude, une partie de belote quotidienne. Mais, même cette « liberté » n’est qu’une autre barrière posée par la mégère pour enfermer son homme. Plus qu’une bulle d’air dans sa vie étouffante, cette soirée est encouragée par madame pour tenter de cacher le joug sous lequel elle maintient monsieur. Elle ne rêve que de reconnaissance et, sachant qu’elle ne pourra l’obtenir qu’à travers lui, elle dirige tout d’une main de fer, mais avec suffisamment de psychologie pour que personne ne s’en rende compte, pas même son mari... 

La liberté, lui, il ne l’a connu qu’une seule fois, jadis. Quand il eut une aventure avec Nadia, pendant quelques jours. Il aurait pu tout plaquer pour elle, mais, déjà castré, effrayé à l’idée de bouleverser sa vie dirigée par son épouse, de peur d’avoir enfin la liberté, de prendre des décisions, il préféra s’enfuir sans explication et retourner, la queue entre les jambes, dans le jupon de sa femme.

Depuis, seul le souvenir de ces jours de liberté lui permettent de supporter son épouse... ses trois enfants... son métier... son statut de notable... ses parties de belotes... sa vie !

Et puis, Lola apparaît. Lola, une fraîche jeune femme issue des « bas-fonds », ces quartiers dévoyés dans lesquels une jeunesse perdue se livre à tous les excès... Qu’elle est belle, Lola, qu’elle est libre, libre au point de choisir d’avoir pour petit ami, A. S. alias Alain Sautral, un jeune homme asocial que toute la bonne bourgeoisie méprise au point de ne l’appeler que par ses initiales pour le dépersonnaliser. Cet homme effraie les bien-pensants parce qu’il refuse d’avoir la même vie bien réglée que ceux-ci. Lola aussi est méprisée, par les femmes de notables parce qu’elle est trop belle, trop jeune, trop délurée et que toutes savent que leurs hommes n’ont d’yeux que pour elle.

Un jour, Grégoire dîne à l’auberge du père Sosthène. Le restaurant est un lieu de rencontre uniquement fréquenté par les notables du coin, une façon de se dépayser tout en fréquentant les mêmes gens que les autres jours de la semaine. Placée sur une rive d’un cours d’eau, l’ambiance bucolique et reposante permet aux clients de se divertir alors qu’ils ne font que resserrer les liens qui les maintiennent dans une vie écrite à l’avance.

Le père Sosthène déboule, carte à la main, l’heure du choix à sonner, que va bien pouvoir choisir Grégoire ? Rien ! Sa femme se jette sur la carte et d’un « Nous », pour désigner la décision qu’elle prendra pour tout le monde et, surtout, pour son mari, l’émascule de sa tyrannie comme si le pauvre homme avait encore besoin de ça pour ne plus se sentir homme. Le repas se déroule, les uns s’endorment sous l’effet de l’alcool, les autres vont danser. Grégoire se réveille et décide d’aller marcher le long de la berge pour prendre l’air, pour repenser à ces moments de Liberté passés qu’il regrette et redoute en même temps.

Et là ! c’est l’apparition. La femme de son passé ressurgit, nue, sortant de l’eau ! Non, ce n’est pas elle, c’est Lola ! Lola ! Nadia ! Nadia ! Lola ! les deux corps, les deux visages se superposent. Le bonheur passé lui donne la force de s’approcher. Nadia l’aperçoit ! Nadia a peur ! Lola hurle ! Le visage d’antan fait place aux stigmates de la peur de la jeune femme d’aujourd’hui ! Lola hurle ! a peur de lui ! Il faut qu’elle se taise, que personne ne sache que lui, Grégoire Duval, s’est approché de cette jeune femme nue. Et s’il passait pour un pervers aux yeux de ses fréquentations... aux yeux de sa femme... Sans réfléchir, il se jette sur Lola et l’étrangle pour la faire taire...

Morte ! Lola n’est plus ! Nadia a disparu ! Absence de remords ! Quoi ? Après tout, il a juste fait taire la jeune femme. Lola, une dévoyée, une femme de peu de vertu que personne ne regrettera. Et puis, après tout, pourquoi Lola a-t-elle hurlé ? Il n’est pas dangereux ! Il ne lui aurait rien fait ! Tout est de sa faute !

Sûr de son innocence, il retourne à l’auberge où personne ne s’est aperçu de son absence. La chance est avec lui ; normal, il n’a rien à se reprocher.

Bientôt, le corps est découvert, le coupable pointé du doigt : ce ne peut-être que A.S., l’ignoble A.S., le type qui frappait Lola, qui heurtait la bien-pensance de la ville, l’irrécupérable A.S.

Grégoire retourne à sa vie... la ville s’apprête à vivre le procès de A.S., la ville espère la condamnation de ce fléau. Pour cela il faut un jury, Grégoire est sur la liste dans laquelle on sélectionne les jurés, mais il y a peu de chance que cela tombe sur lui. Oui, mais sa femme fait tout pour influencer la sélection et le destin... ce fichu destin... va pousser Grégoire Duval, le coupable, à faire face à Alain Sautral, l’innocent. Mais Grégoire, lui aussi est innocent, à ses propres yeux, mais il ne se voit pas condamner Alain Sautral qu’il sait innocent... car il ne peut être coupable. Oui, mais, comment prouver l’innocence de Sautral sans avouer sa culpabilité ???

Et c’est tout le dilemme du roman, les histoires de conscience de Grégoire Duval qui, s’il est bien l’assassin de Lola, n’est pas un coupable, pas un méchant... et, parce que c’est un homme bon, il ne peut laisser condamner Alain Sautral...

C’est donc avec toute la fougue de l’homme de cœur se souciant de son prochain et refusant que quelqu’un soit victime d’une erreur judiciaire que le pharmacien va s’improviser avocat de la défense en potassant le code et en profitant des droits et des devoirs qui régissent le statut de juré afin de permettre au doute de s’insinuer dans l’esprit de ses confrères...

À savoir s’il réussira, il vous faudra lire le roman pour le savoir.

Francis Didelot est un écrivain. Cela, je ne vous l’apprends pas puisqu’il a écrit des livres. Mais, le lecteur peut s’en rendre compte à la lecture du début du livre. Effectivement, l’homme sait incontestablement mener une histoire, mais, dès les premières lignes, on sent qu’il possède une réelle plume et qu’il n’hésite pas à s’en servir, mais sans trop en faire. Pas question d’emphases, pas plus qu’un style ampoulé, mais une maîtrise de la langue et un désir de ne pas affadir sa plume comme bien trop d’auteurs de romans policiers ont tendance à le faire de nos jours.

Et ce sont là les principales forces de l’auteur, de proposer un réel style et de mettre en place une ambiance, un contexte qui vont sceller les barreaux de la prison mentale de son personnage principal. À partir de cette claustration mentale, la réaction de Grégoire est guidée par la logique imposée par la situation mise en place par Francis Didelot.

Au final, même si le genre policier est plus une excuse qu’une réalité, Francis Didelot, grâce à son talent, sa plume, sa capacité à imposer une situation à ses personnages nous livre là un excellent roman où l’on suit le cheminement de pensée du héros (ou antihéros) sans jamais réussir à avoir un avis tranché sur son comportement, emprisonné entre l’acte horrible du personnage et la sincérité de son sentiment d’innocence.

29 octobre 2017

Fais gaffe à tes os

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San Antonio approche de sa 20e aventure et son désormais fidèle Bérurier prend une part active à celle-ci.

Fais gaffe à tes os : Frank Luebig est dans la soupe. L’ancien bras droit D’Himmler que tout le monde croyait mort vient d’être reconnu par un spectateur lors de la diffusion au cinéma, avant le film, d’une bande d’actualité à propos d’un meeting aérien au Bourget. San Antonio reçoit l’ordre par « le vieux » son chef, de retrouver Luebig et de l’abattre. Avec pour seul indice le bout de film, San Antonio et Bérurier remontent jusqu’à un homme qui vient de passer sous un train. Chez lui, il semblait héberger quelqu’un, les indices récoltés mènent à Barcelone en Espagne. Ni une ni deux, le duo s’envole vers la capitale catalane et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils vont donner de leurs personnes...

Frédéric Dard prend lentement de l’assurance et du plaisir à faire vivre Bérurier en parallèle avec son Commissaire. Toujours dans l’espionnage, les deux hommes ont pour charge de retrouver un criminel de guerre et de l’abattre.

L’auteur s’amuse avec ses personnages, notamment dans les dialogues entre les deux héros et, par la même occasion, amuse le lecteur. De l’action, du suspens, des rebondissements, des dialogues savoureux, une fin de haute volée, cette aventure de San Antonio offre tout ce que l’on peut attendre d’un roman de Frédéric Dard.

Pour l’une des premières fois, si ce n’est la première, Bérurier n’est pas relégué au second voire troisième plan. Il devient un personnage à part entière, un partenaire sans équivoque du commissaire et apporte ses qualités (et ses défauts) à l’aventure.

Si les dialogues sont savoureux, l’auteur n’oublie pas d’émailler sa narration de quelques bons mots qui augmentent encore le plaisir du lecteur.

Le tout est bien mené jusqu’à un final surprenant.

Au final, si les aventures de San Antonio se révèlent à chaque fois, un refuge sûr pour un lecteur à la recherche d’un bon petit roman, ce « Fais gaffe à tes os » se situe dans le haut du panier de la première tranche des enquêtes du célèbre commissaire.

22 octobre 2017

Toxique

Niko-TACKIAN-Toxique

Dis-moi ce que tu lis, je te dirais quel auteur tu es, voilà un aphorisme qui pourrait probablement être vérifiable pour peu que quelqu’un fasse un sondage sur la question.

Toujours est-il que, plus on lit les auteurs de romans policiers actuels, plus on a l’impression de sans cesse retrouver les mêmes personnages, les mêmes clichés, les mêmes stéréotypes, les mêmes enjeux, les mêmes narrations. Phénomène de mode ou bien auteurs qui nourrissent d’autres auteurs ou, encore, cahier des charges imposé par les éditeurs pour espérer trouver le succès ???

À vrai dire, je ne sais pas trop, mais j’aurais tendance à dire : « un peu des trois, mon colonel ! »

Effectivement, en tant qu’éditeur, fût un temps, j’avais ouvert la réception des manuscrits à des auteurs vivants (les morts avaient moins tendance à m’envoyer leurs manuscrits). Si, depuis, je me suis focalisé sur les auteurs morts (ils sont moins chiants et moins exigeants que les vivants), demeurant le seul auteur vivant de mon catalogue, la raison est, pour beaucoup, que les manuscrits que je recevais se calquaient, dans le genre et les personnages (beaucoup moins dans la qualité littéraire), sur les livres à succès de l’époque (en clair, de mauvais clones de « Harry Potter » ou « Le seigneur des anneaux » et compagnie [alors que ma maison d’édition était déjà spécialisée dans le polar].

Alors, si les mauvais auteurs s’inspirent des auteurs à succès, on peut très bien penser que les moyens et bons auteurs en fassent autant, du moins, pour la plupart. Si on rajoute que les éditeurs recherchent ce genre de manuscrits parce qu’ils ont déjà un certain public, on comprendra que l’on retrouve les mêmes personnages, les mêmes styles et les mêmes clichés d’un roman à l’autre.

Tout ça pour dire que l’originalité ne sera pas la qualité première du roman « Toxique », pas plus que la narration, ou les personnages.

Car, une fois de plus, un auteur de polar nous sert un héros dur à cuire, mais au passé tortueux, cabossé par la vie, qui abuse de la violence pour faire justice et défendre les faibles...

Forcément, ce héros a une vie difficile, l’amour de sa vie l’a plaqué, il est traumatisé par un passé trouble qui va vite le rattraper, et, allons jusqu’au bout, va avoir une relation poussée avec une collègue de travail.

Niko Tackian, l’auteur, enfile les poncifs comme un Casanova les conquêtes, avec pour seule excuse, de pousser le curseur d’un cran par rapport à la majorité de ses rivaux. L’histoire n’est pas originale, mais elle l’est un poil plus que la production usuelle du genre. Le style n’est pas exceptionnel, mais il est moins insipide que la production usuelle du genre. Les personnages ne sont pas atypiques, mais ils le sont un brin plus que ceux de la production usuelle du genre. Les rebondissements ne sont pas surprenants, mais ils le sont un chouya plus que ceux de la production usuelle du genre. Bref, « Toxique » n’est pas un roman remarquable, mais il se situe légèrement au-dessus du tout-venant habituel.

Au final, un roman policier qui se lit jusqu’au bout, parce qu’il n’est pas excessivement long et qu’il bénéficie d’une qualité légèrement supérieure à ce que l’on a l’habitude de trouver en librairie.

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18 octobre 2017

Le travail de bureau est dangereux

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15 octobre 2017

L'horrible mort de Miss Gildchrist

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Jean-Toussaint Samat est un auteur qui, en son temps, eut un certain succès et obtint même des récompenses pour ses ouvrages et depuis 2003 un prix à son nom est désormais décerné. Cependant, aujourd’hui, qui connaît l’auteur et sa production ?

Jean-Toussaint Samat est né en Camargue en 1891. La Première Guerre le voit servir dans l’aviation, et, ensuite, son métier l’amène à voyager à travers le monde (notamment la Guyane et Madagascar).

Ses origines provençales, son service durant la guerre et ses voyages lui apportent du carburant pour ses écrits qu’il commence dès les années 20.

Signés principalement « Jean-Toussaint Samat » ou « Jean-Marie Lecoudrier », ses romans abordent les genres « Terroir », « Aventures », « Voyages », « Espionnage » et, surtout, « Policier ».

Dans certains ouvrages, l’auteur n’hésite pas à mélanger les genres et c’est notamment le cas dans celui qui nous intéresse aujourd’hui :

L’horrible mort de Miss Gildchrist : Martigues, commune bordée par l’étang de Berre, surnommée « La Venise provençale », est un lieu où il fait bon vivre, un sanctuaire accueillant les peintres de tous horizons, avides du calme, de la lumière et du paysage local. Mais l’horrible mort de Miss Gildchrist, une Anglaise excentrique et généreuse, dévorée, dans sa demeure, par ses deux gros chiens, a tôt fait de troubler la nonchalance usuelle des Martégaux. Le commissaire Levert, chargé de l’affaire s’empresse volontiers de conclure à un accident même si un jeune touriste, bien trop curieux et étrangement malin, se met à fureter sur la scène de crime et à pointer des éléments discordants dans l’hypothèse mise en place par l’officier. Et si l’accident n’en était pas un ? Et si le touriste se révélait bien plus qu’un simple badaud ? Et si toute l’affaire cachait un mystère et des risques qu’aucun fonctionnaire de police n’est préparé à surmonter ??? 

Le roman débute comme un roman policier pour se mâtiner de roman d’espionnage en court de route.

La première scène du roman nous présente une certaine « quotidienneté » d’un village de Provence (qui, depuis, s’est bien étendu), empreint de calme, de douceur et d’habitudes. L’auteur nous décrit le calme avant la tempête, la vie sereine d’un village qui n’est dérangée que par les arrivées fréquentes d’artistes peintres qui prennent racine pour profiter de la beauté et la lumière des lieux.

Miss Gildchrist fait partie de ces artistes-là. Arrivée depuis quelques années, la vieille fille dont l’excentricité est reconnue par tout le monde est appréciée pour sa gentillesse et sa générosité et sa discrétion. Cependant, sa peinture laisse perplexes les habitants du coin.

Puis, un matin, la tempête arrive en l’espèce de la mort de Miss Gildchrist, dévoré par ses chiens adorés, des molosses. Le corps est découvert par le chauffeur de car qui dépose, chaque mardi, un panier d’œufs à la vieille dame. Mais, ce jour-là, elle n’est pas là pour réceptionner le panier. Le chauffeur décide alors d’aller voir dans la maison et aperçoit, à travers la vitre, le corps déchiqueté de Miss Gildchrist.

Branle-bas de combat, le chauffeur fonce au village prévenir la police et c’est toute une foule de curieux qui se presse pour en savoir plus.

Alors que le commissaire Levert demande au chauffeur de le conduire sur place, avec tous les voyageurs qu’il désire pouvoir interroger après s’être rendu compte de la scène, un jeune homme débonnaire, un touriste qui pêchait non loin, monte dans le car.

Sur place, le policier commence son inspection et trouve, sur son chemin, le même jeune homme, placide, curieux, ingénieux et observateur. L’homme parvient à capturer les chiens qui empêchaient le policier d’entrer et trouver quelques indices qui avaient échappés au commissaire et à ses hommes. Mais qui est donc cet étrange personnage ???

Le suspens sur l’étranger ne durera pas très longtemps, et c’est un regret que l’on peut avoir tant cet énigmatique bonhomme était fort intéressant et donnait de la rondeur à l’histoire.

Jean-Toussaint Samat aurait probablement gagné à conserver son identité secrète plus longtemps (au moins sur la première moitié du roman) tant ce personnage apportait à la fois une touche d’intrigue, d’humour et de décalage à l’histoire.

Cependant, l’auteur, décidé à mener sa barque sur les eaux peuplées et attirantes (pour l’époque) de l’espionnage, dévoile un peu trop rapidement son parti-pris.

Pour autant, ne boudons pas notre plaisir (du moins, le mien, puisque je suis attiré par le genre « policier » que par celui « espionnage ») car l’ensemble est bien mené et que le roman se lit avec un grand plaisir même si l’aspect « polar » cède sa place à l’aventure et à l’espionnage.

Du coup, le commissaire Levert revêt la parure du personnage secondaire, laissant sa première place (qu’il retrouvera dans les romans suivants), au jeune espion.

L’intrigue navigue, comme je le disais, dans les eaux usuelles du roman d’espionnage, mêlant les nations qui s’affrontaient à l’époque. Les rebondissements sont présents même si l’intrigue, du fait du passage au second plan de l’aspect policier, s’affaiblit, les tenants et les aboutissants du crime, puisque crime il y a, dépassant les simples contours d’un crime crapuleux ou d’un crime passionnel.

Sachant que Jean-Toussaint Samat reprendra son personnage du Commissaire Levert dans d’autres romans, purement « policier » cette fois-ci (« Le mort à la fenêtre », « Le mort de la Canebière », « Le mort du vieux chemin », « Le mort trop tôt », « Le mort du Vendredi saint », « Le mort et sa fille » - Oui, il doit y avoir un mort à chaque fois), il me tarde de découvrir réellement le commissaire dans son vrai rôle, au sein de son vrai métier.

Car, il faut reconnaître à Jean-Toussaint Samat une grande qualité de plume et de narration.

Le premier chapitre, en ce sens, est un exemple parfait de la volonté de l’auteur de prendre son temps, de poser ses bases, de planter un décor, une ambiance, une nonchalance, pour pointer l’élément discordant qui va tout faire exploser.

L’auteur sait également manier le suspense, développer son intrigue, proposer des personnages intéressants, user un peu d’humour, et l’on sent également sa propension à maîtriser la plume du roman d’aventures (d’ailleurs, le roman a été récompensé par le « prix du roman d’aventures » en 1932).

Il reste à noter que le roman « Circuit-fermé » fait suite à « L'horrible mort de Miss Gildchrist » et que le personnage de l’espion revient, mais que celui du policier semble avoir disparu.

En parallèle des nombreux romans d’espionnage ou d’aventures ainsi que ceux de la série du Commissaire Levert, Jean-Toussaint Samat a également participé à la littérature fasciculaire à travers quelques titres dans les collections « Crime et Police » et « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, entre autres.

« Le mort et sa fille » sera le dernier roman de Jean-Toussaint Samat, un roman qu’il laissera, d’ailleurs, inachevé à sa mort et qui sera terminé par sa fille, Maguelonne Samat.

Au final, « L’horrible mort de miss Gildchrist » est un bon roman mélangeant policier et espionnage, un roman maîtrisé de bout en bout, et qui offre, pour un amateur tel que moi de romans policiers, de belles promesses quant aux romans purement policiers de l’auteur.