Loto Édition

21 novembre 2021

A-t-on volé la Banque de France ?

CouvATOVLBDFDeuxième titre de la collection « Vidocq » des éditions Étrave et second titre écrit par Jean Lunel.

Toujours aucune information sur l’auteur, mais qu’importe.

Même formatage que précédemment : 32 pages, texte de 6 000 mots. Même auteur, même personnage principal, Monsieur Jourdain et même méchant : « L’Homme en Jaune ».

A-T-ON VOLÉ LA BANQUE DE FRANCE ?

Monsieur JOURDAIN n’a pas réussi à mettre la main sur le fameux « Homme Jaune », responsable du « Meurtre en 1re Classe », qu’il est appelé en urgence auprès du Gouverneur de la Banque de France.

De l’or a été dérobé lors d’un transport ultra-sécurisé sans que la Police Judiciaire ait pu trouver la méthode utilisée par les pillards.

Pire, le Gouverneur a reçu un mot du chef de la bande lui expliquant qu’il a en sa possession une invention permettant de faire disparaître l’or et réclame une rançon en échange de la destruction de l’appareil.

Mais, Arthème JOURDAIN retient principalement la signature du message : « l’Homme en Jaune » !

Dès lors, un véritable bluff va s’installer entre le policier et le voleur.

Dans ce deuxième titre, on retrouve le même personnage, le même méchant, les mêmes qualificatifs…

Au final, avec ce second titre qui n’en forme qu’un avec le premier, la collection Vidocq débute de façon plutôt positive même si, le faible nombre de fascicules la composant laisse supposer qu’elle n’a pas rencontré le succès.


La Bande des Foulards Verts

LC02

La mythique collection fasciculaire « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi est un point névralgique de départ pour qui, tout comme moi, est passionné de littérature populaire policière et de personnages récurrents.

Je dis « mythique collection », car, « Le Roman Policier » fut une des premières collections policières généralistes fasciculaires. Généraliste dans le sens où la collection regroupait des textes indépendants de différents auteurs et non des textes autour d’un même personnage souvent écrits par un même auteur, comme avait pu le faire une décennie auparavant la collection « Marc Jordan », par exemple ou « Miss Boston » d’Antonin Reschal.

Pourtant, bien que « généraliste » cette collection d’un peu plus de 200 titres abrite pourtant plusieurs personnages récurrents qui, pour être repérés, obligent le lecteur à lire tous les titres d’un même auteur.

Ainsi, les tout premiers personnages récurrents de la collection sont dus à Marcel Vigier (on n’a pas encore identifié l’auteur se cachant derrière ce pseudonyme) et se nomment Florac et La Glu.

Mais on y retrouve également le commissaire Rosic de Rodolphe Bringer ; le détective Ned Burke, de H. R. Woestyn (encore un auteur non identifié) ; Fred Cabosse de Jean Petithuguenin ; l’inspecteur Poncet, de Henry de Golen ; le détective millionnaire Luc Hardy, de Paul Dargens ; le détective Paddy Wellgone, de H. J. Magog… et le journaliste Léonce Capoulin de Amaury Kainval.

C’est ce dernier personnage qui m’intéresse aujourd’hui et qui, bien sûr, apparaît dans « La Bande des Foulards Verts ».

Amaury Kainval est un pseudonyme sous lequel se cacherait l’auteur Émile Quintin.

Je dis « cacherait », car il faut avancer, par certains, qu’il pourrait appartenir à Eugène Thébault.

Pourtant, certains passionnés de cette littérature affirmaient sans hésitation qu’Amaury Kainval n’était autre que Émile Quintin (1885-1966), ce que semble confirmer la parution, en 1947 de la série « Les Aventures fantastiques de Léonce Capoulin » même si on a déjà vu des auteurs s’approprier le personnage d’un autre pour lui offrir une nouvelle vie.

Léonce Capoulin apparaît donc dans la collection « Le Roman Policier » dès le 20e numéro de la collection et dès 1919 dans « La mort dans l’ombre ».

Dans cette collection, il vécut 6 aventures. On en note une 7e dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, dans les années 1930 (une réécriture ???) puis, au moins les trois titres appartenant à la série de 1947.

« La Bande des Foulards Verts » est la seconde aventure de Léonce Capoulin. Elle est parue en 1919 et fut rééditée dans la collection « Police et Mystère » en 1933.

LA BANDE DES FOULARDS VERTS

Julius Brestown, reporter américain venu en France pour y lancer une édition du Daily News,trouve une motivation supplémentaire dans sa rivalité avec son confrère de l’Étincelle, Léonce CAPOULIN.

Aussi, quand il apprend qu’un meurtre étrange a eu lieu dans l’appartement au-dessus du sien, et que ce crime est imputable à la terrible Bande des Foulards Verts, Julius pense-t-il avoir une bonne longueur d’avance sur Léonce CAPOULIN.

D’autant que, aidé par son valet de chambre Prunier, Julius Brestown ne tarde pas à découvrir des pistes intéressantes.

Mais, quand affaire à sensation il y a, Léonce CAPOULIN, n’est jamais très loin.

Le reporter Julius Brestown devine très rapidement, à quelques indices, qu’un meurtre a eu lieu dans l’appartement au-dessus de sa tête. D’ailleurs, un mot anonyme posé chez lui lui intime l’ordre de ne pas se mêler de l’affaire. Il est signé B.F.V., la Bande des Foulards Verts. Mais Julius ne va pas se priver de damer le pion à son confrère et rival de l’Étincelle, Léonce Capoulin, un journaliste français qui lui a déjà damé le pion par le passé.

Aidé par son valet Prunier, Julius va donc se lancer dans l’enquête, pensant toujours devancer Léonce Capoulin, mais celui-ci va œuvrer dans l’ombre…

N’ayant pas encore lu le premier titre mettant en scène Léonce Capoulin (je n’arrive pas à remettre la main dessus), j’ai donc découvert le personnage par sa deuxième enquête.

Découvrir n’est pas le bon mot puisque Léonce Capoulin apparaît très peu dans le récit, les héros en étant Julius et Prunier.

Pour autant, Léonce Capoulin fait quelques apparitions et démontrera, à la fin, qu’il a fait sa part de boulot.

Je ne jugerai donc pas du personnage du journaliste français.

Par contre, le reporter américain et, plus, le duo qu’il forme avec Prunier, n’est pas sans me rappeler, dans le fond et dans la forme, celui que forment Florac et La Glu, les personnages de Marcel Vigier, que l’on retrouve dans la même collection (dès le troisième titre).

Effectivement, si Julius est la tête pensante du duo, l’être qui pense, réfléchit, déduit et fait avancer l’enquête, Prunier, lui, de par sa gouaille et sa façon de réagir semble être un clone de La Glu.

Sa façon de s’exprimer, très argotique, à base d’élisions forcées, est calquée sur celle de La Glu au point que j’en viens à me demander si les deux auteurs n’en seraient pas un seul. Il me faudra lire plus de titres de Amaury Kainval pour me faire une idée.

Si l’intrigue demeure assez simple, format fasciculaire oblige, l’auteur n’oublie pourtant pas d’insérer tous les éléments qu’un bon petit récit policier doit comporter à l’époque. De l’action, des meurtres énigmatiques, des déguisements, des disparitions, de la technologie, des messages codés, des surprises, des rebondissements, une bande organisée…

L’ensemble se lit très agréablement et si l’argot devant donner à l’époque un côté un peu moderne participe désormais à son côté désuet, ce côté suranné est un petit souffle de fraîcheur par rapport au style des auteurs de la même époque (cela m’avait fait le même effet avec Marcel Vigier, j’y reviens encore).

Prunier apporte la petite touche d’humour qui rehausse l’ensemble, grâce à sa gouaille et sa fougue, quand Julius, de par son côté à tout deviner à l’avance, n’est pas sans rappeler un Sherlock Holmes.

Le seul bémol est donc la mise en retrait de Léonce Capoulin, un bémol du fait que ce soit lui le récurrent et que je n’ai pas réellement pu le découvrir dans ce récit.

Au final, excellente surprise que ce récit policier « moderne » pour l’époque, plein d’allant, de fraîcheur, d’humour, d’action. 

Meurtre en 1re Classe

0Dans la première partie du XXe siècle, la littérature fasciculaire était grandement représentée par les éditions Ferenczi avec de multiples collections comprenant des centaines de titres.

Mais, à côté de ces collections prolifiques, d’autres ont été bien plus concises, faute de succès, probablement.

Parmi elles, la collection Vidocq des éditions l’Étrave, en 1943, proposait des fascicules de 32 pages aux formats 12 x 16.5 cm.

Avec une couverture plus épaisse que d’ordinaire et une illustration sombre et mate, la collection Vidocq détonne dans le monde du fascicule. Mais c’est avant tout par la taille de sa police de caractères que ces romans diffèrent. Effectivement, là où les autres éditeurs décident, pour une raison de gain de place, de réduire la taille de la police des textes au maximum pour réduire le nombre de pages et ainsi économiser des frais d’impression, la collection Vidocq propose une police de taille correcte.

Même nombre de pages (32), mais police plus grosse, la conséquence en est évidente, les textes sont moins longs. Là où les textes habituels font entre 8 000 et 10 000 mots, ici, l’histoire dépasse à peine les 6 000 mots.

Dernier élément détonnant par rapport aux collections Ferenczi, le nombre de titres très réduit pour la Collection Vidocq : 11 titres.

Venons-en enfin au texte lui-même et à l’auteur.

Pour l’auteur, un pseudo, indéniablement – quand un nom d’auteur est aussi un nom de village, c’est assurément un pseudonyme –, mais de qui ? Je n’en sais rien.

Pour le texte, « Meurtre en 1re classe » est le premier des trois titres écrits par Jean Lunel pour la collection. Les trois titres tournent autour d’un même personnage, le Commissaire Jourdain.

Le second titre est la suite directe du premier, reprenant à la fois le héros et le vilain de l’histoire.

MEURTRE EN 1re CLASSE

Monsieur JOURDAIN est chargé par son ami, maître Cabanous, d’enquêter sur le décès d’un homme dont il représente la famille.

Celle-ci croit en l’accident, l’assureur de la victime penche pour un suicide.

En effet, l’individu est mort, écrasé par un train dont il était passager et duquel il est tombé en tentant de quitter le compartiment.

Or, Arthème JOURDAIN, au vu des rares éléments en sa possession, est convaincu qu’il y a eu crime.

Mais de quelle manière peut-on forcer quelqu’un à se jeter sous un convoi en marche et pourquoi ?

Arthème Jourdain est un homme placide et replet, deux qualificatifs que l’on ne peut guère oublier tant l’auteur en use (de ces deux-là et des multiples synonymes) durant toute sa prose. On pourra d’ailleurs constater que les mêmes descriptions reviennent d’un titre à l’autre, l’auteur faisant preuve d’économie et de recyclage.

Pour autant, le personnage n’est pas dénué d’intérêt et, même si l’intrigue est assez rondement menée (après tout, Arthème n’a que 6 000 mots pour dénouer le fil de l’affaire), le tout se lit assez plaisamment d’autant, qu’au final, « A-t-on volé la Banque de France », le second titre de la collection, forme un tout avec cet opus et nous offre, alors, un texte de 13 000 mots.

Au final, une Collection Vidocq plutôt attirante de par une couverture sombre et hypnotique, suffisamment courte pour espérer se procurer tous les titres – même si certains sont très difficiles à trouver – et avec un premier opus qui, sans être d’une qualité littéraire exceptionnelle, nous propose un personnage sympathique et intéressant.

Pipps and C°

NOB12

Mister Nobody, l’Homme au masque de satin, est un gentleman cambrioleur comme il en a fleuri dans la littérature depuis l’immense succès des aventures d’Arsène Lupin de Maurice Leblanc.

Une série éponyme de 16 fascicules de 16 pages, double colonne, contenant des récits indépendants d’environ 12 000 mots lui est consacrée en par les éditions E.R.F. en 1946.

Les récits sont signés Edward Brooker, pseudonyme d’un certain Édouard Ostermann sur lequel on ne sait pas grand-chose. Une année de naissance (1904) une date à partir de laquelle on ne trouve plus trace de l’auteur (1947).

Entre les deux, seule sa bibliographie demeure. De nombreux romans policiers et d’espionnage avant la Seconde Guerre mondiale. Des séries fasciculaires par la suite, dont fait partie celle qui nous intéresse aujourd’hui.

Si l’on devine l’inspiration d’Arsène Lupin, derrière le personnage de Mister Nobody, je serais plus tenté d’y voir une inspiration indirecte de deuxième niveau. C’est-à-dire que je trouve Mister Nobody plus inspiré par des personnages comme Jack Desly, d’Henry Musnik. Du moins y retrouve-t-on plus l’ambiance du duo formé par le gentleman cambrioleur et son fidèle serviteur (Arsène Lupin étant plus solitaire bien qu’à la tête d’une bande).

Bref, toujours est-il que Mister Nobody, dont on ne connaît pas la véritable identité, est un gentleman cambrioleur anglais, secondé par son fidèle Jonas Cobb, alias Froggy, car il a une tronche de batracien. Le premier adore les jeunes et jolies blondes, le second, l’alcool sous toutes ses formes.

« Pipps and C° » est la 12e aventure du duo.

PIPPS AND C°

C’est le temps des vaches maigres ! Les comptes sont en berne ; à force de dépenser à tout va, Mister NOBODY, le gentleman cambrioleur, n’a plus un sou, ou presque.

Las de s’introduire chez autrui, ramolli par un an de farniente, il est nécessaire de se réinventer, de changer de méthodes.

Si Mister NOBODY ne va plus chez les mondains, il faut que ce soient les mondains qui viennent à lui.

Pour ce faire, il décide, avec son minuscule pécule restant, de monter une agence de détectives sous l’identité de Mr Pipps, afin que les « proies » s’adressent à lui pour régler leurs soucis et fassent ainsi entrer le loup dans la bergerie.

Et, dès le premier client, c’est le jackpot en la personne d’un riche américain désireux de sécuriser les magnifiques bijoux de son épouse lors d’une réception donnée.

Accompagné de son fidèle serviteur Jonas Cobb, alias Froggy, Mister NOBODY est donc invité à la fête.

Durant la soirée, les lumières s’éteignent… une femme crie… ses joyaux ont disparu… à la grande surprise de Mister NOBODY qui n’est nullement responsable du forfait…

C’est la dèche pour Mister Nobody. Voilà un an qu’il n’a pas pratiqué son art de cambrioleur et qu’il dépense, cependant, sans compter. Jonas Cobb, son fidèle serviteur et gestionnaire de compte, le prévient qu’il n’y a plus un kopeck en caisse.

Lassé de jouer les rats d’hôtel, Mister Nobody décide d’innover et de faire venir les confessions des bourgeois à lui en jouant les détectives privés. Pour ce faire, il monte son agence : « Mr Pipps et C° » et attend le client… qui peine à venir.

Après des jours d’attente et de la publicité coûteuse dans les journaux, il reçoit une visite, celle du secrétaire d’un riche Yankee qui vient l’embaucher pour surveiller les bijoux de la femme de son patron lors d’une soirée organisée par celui-ci.

À la réception, soudain, les lumières s’éteignent et, quand on les rallume, la femme du Yankee se rend compte qu’elle n’a plus ses bijoux.

Mister Nobody n’étant pour rien dans cette disparition, Mr Pipps intervient pour faire boucler la demeure afin de retrouver les bijoux, mais il se fait virer comme un malpropre, le Yankee ne voulant pas de scandale.

Qu’à cela ne tienne, Mister Nobody se jure de retrouver les bijoux et de les restituer à la belle Américaine…

Mister Nobody passe donc de l’autre côté de la barrière, du moins en apparence, pensant que ce stratagème lui permettra d’entrer en toute confiance dans la bergerie…

Edward Brooker s’appuie sur un cliché de récit de cambriolage : une soirée organisée chez des riches. La lumière qui s’éteint brusquement, des bijoux qui disparaissent… sauf que notre cambrioleur se retrouve non pas dans la peau du voleur, mais dans celui du gendarme.

Pour les beaux yeux de l’Américaine, il va se charger de retrouver les bijoux volés et de les restituer. Au passage, il n’oubliera pas de remplir ses poches à la fois de sa façon usuelle, mais, plus rare, chez lui, d’une façon honnête également.

Une nouvelle fois, Mister Nobody tombe amoureux d’une blonde quand Jonas Cobb, lui, préfère la dive bouteille.

On se doute bien que dans ce format contraignant, l’auteur ne nous proposera pas une intrigue folle et l’investigation de Mister Nobody pour retrouver les bijoux sera vite expédiée (le gros du récit étant consacré à la mise en place de l’idée de l’agence de détectives).

Rien de bien original, donc, ni dans le style, ni dans le genre, ni même dans la série.

Pourtant, ne boudons pas notre plaisir, la lecture de cet épisode est plutôt agréable à défaut d’être surprenante ou mémorable.

Au final, un épisode dans la lignée des précédents, plaisant à lire même si l’histoire baigne dans des eaux par trop fréquentées.

Bienfaiteur malgré lui

NOB11

Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur si cher à Maurice Leblanc, est probablement né, en partie, de l’inspiration de personnages littéraires (Arthur J. Raffles de Ernest William Hornung ; Le chevalier Dupin d’Edgar Alan Poe), peut-être également de celle de véritables cambrioleurs comme Marius Jacob (dont la vie est un roman)…

Toujours est-il qu’Arsène Lupin, incontestablement, fut source d’inspiration pour de nombreux auteurs, de tous pays, aussi bien scénaristes pour le cinéma ou la télévision que pour les auteurs de mangas, de romans, de feuilletons et de fascicules.

En matière de fascicules policiers, le demi-siècle qui suivit l’essor d’Arsène Lupin est fertile en clones, sosies ou personnages inspirés par lui.

Jack Desly, Madragore, Robert Lacelles, du seul Henry Musnik ; Théodore Rouma de Jean d’Auffargis ; Tancrède Ardant de Frédéric Sipline… j’en passe et des meilleurs.

Mister Nobody, né de la plume d’Edward Brooker, fait partie de cette longue liste.

L’auteur, de son vrai nom Edouard Ostermann (quoique son orthographe ne soit pas certifiée) est un écrivain assez énigmatique dont l’immense production peu se résumer ainsi : avant la Seconde Guerre mondiale, un nombre impressionnant de romans policiers ou d’espionnage ; pendant la guerre, des séries fasciculaires policiers ou d’aventures un peu fantastiques. Après 1947, le néant.

Dans les séries fasciculaires on retrouve donc les aventures de Mister Nobody, un gentleman cambrioleur. 16 titres de 16 pages, double colonne, comprenant des récits indépendants d’environ 12 000 mots.

Mister Nobody, dont on ne connaît pas la véritable identité, exerce en Angleterre, principalement, et vit en compagnie de son fidèle valet et partenaire de travail, Jonas Cobb, alias Froggy, car il a une tronche de batracien (mais la descente d’une compagnie de cosaques assoiffés).

« Bienfaiteur malgré lui » est la 11e aventure.

BIENFAITEUR MALGRÉ LUI

Mister NOBODY, le gentleman cambrioleur, vient de lire dans les journaux une bien triste nouvelle : Flora Bradkins, une jeune femme qu’il connut intimement jadis, s’est suicidée.

Elle aimait trop la vie, et si réellement elle s’est tuée, il devait y avoir une raison grave.

Par un courrier adressé poste restante à l’un de ses noms d’emprunt, Mister NOBODY apprend que la belle Flora fût poussée au désespoir par un riche homme d’affaires véreux, le genre de type pour qui la fortune passe avant tout.

Mister NOBODY décide alors de le punir par là où l’individu a péché, ce qui lui permettra d’obtenir vengeance et de renflouer ses caisses en même temps…

Mister Nobody est triste, la belle Flora, une jeune femme qu’il fréquenta dans le temps et pour qui il ressent toujours de la tendresse, vient de se suicider. La raison ? Un salaud l’a poussé à cette extrémité par ses chantages.

Le coupable ? Un riche homme d’affaires véreux.

Mais Mister Nobody compte bien venger la jeune femme et, pour cela, il décide de toucher son bourreau là où cela lui fera le plus mal : au portefeuille…

On retrouve donc Mister Nobody dans une nouvelle aventure, aventure à laquelle prend heureusement part Jonas Cobb (la caution humoristique de la série) et purgée de toute relation sentimentale, si ce n’est celle le liant à une femme du passé qui vient de se suicider.

Le récit est classique, mais la présence de Jonas Cobb rehausse un peu l’intérêt de la lecture, par rapport aux quelques épisodes dans lesquels il était absent. Effectivement, la relation entre les deux hommes et leurs dialogues sont sujets à un brin de raillerie caustique mêlé à une profonde amitié et un réel respect.

Pour ce qui est de l’intrigue, du classique également, mais le format ne permet guère à l’auteur de s’égarer sur des pistes vierges sur lesquelles aucun n’auteur n’a jusque-là égaré sa plume.

On retrouve, dans l’esprit de l’histoire, un peu de John Strobbins, de José Moselli, ou d’autres cambrioleurs-arnaqueurs du genre.

L’ensemble se lit donc agréablement, mais on ne peut donc qu’être surpris de la clémence de la vengeance de Mister Nobody. Clémence de ne s’attaquer qu’au porte-monnaie du responsable du suicide de la femme qu’il aimât, mais également clémence dans la ponction faite audit porte-monnaie. Clémence accrue par la révélation finale qui, loin de résonner comme une sentence, pourrait presque prendre des allures de chance.

Je dois également avouer que je n’ai pas saisi l’intérêt de la séquence dans la banque (qui est d’ailleurs illustrée sur la couverture) dans le plan de Mister Nobody.

Au final, un épisode plaisant à lire même s’il ne révolutionnera pas le genre.


14 novembre 2021

Le meurtrier assassiné

LMA

Les couples de détectives, dans la littérature, ne sont pas si nombreux que cela. Bien évidemment, je ne parle pas de duos dont les partenaires, hommes et femmes, femmes et femmes ou hommes et hommes entrent dans une relation de séduction, ou ont des relations plus poussées, mais bien d’un homme et d’une femme mariés (pour la littérature populaire du siècle dernier) ou, pourquoi pas, de deux hommes mariés ou de deux femmes mariées voire, même pacsé(e)s.

D’ailleurs, comme ça, sans trop chercher, je n’en vois qu’un, que la plupart d’entre vous ne doivent pas connaître : Dick et Betty Reutel, un couple d’Anglais nés de la plume de l’énigmatique auteur J. A. Flanigham au milieu des années 1940.

Que vous ne connaissiez pas l’auteur, je vous rassure, cela est totalement normal, déjà parce qu’à l’heure actuelle on ignore qui se cachait sous ce pseudonyme actif entre 1946 et 1959, ensuite parce qu’il ne signa que des fascicules policiers pour les collections « Murmure d’amour » des éditions du Moulin Vert et pour les collections « Verrou » et « Police et Mystère - 2e série » pour les éditions Ferenczi (plus une série de 6 titres autour de l’Agence Garnier pour un magazine).

Ensuite, parce que Dick et Betty Reutel ont vécu de trops rares aventures, moins de 8.

Mais précisons que J. A. Flanigham, derrière lequel certains voient le même auteur que celui qui signe Raymond Gautier à la même époque, ou, d’autres, un collectif d’auteurs (je ne crois ni à l’une et encore moins à l’autre théorie), est l’auteur d’une série (trois, en fait) autour du personnage du reporter détective Bill Disley, des récits brillant par une plume experte dans les incises de dialogue et dans l’humour.

Bref, « Dick et Betty, aventuriers modernes » virent leurs courtes aventures publiées au sein de la collection « Murmure d’amour » des éditions du Moulin Vert, sous la forme de fascicules de 16 pages double colonne contenant des récits indépendants d’environ 10 000 mots.

« Le meurtrier assassiné » est l’une de ces aventures.

LE MEURTRIER ASSASSINÉ

Dick REUTEL, le premier détective d’Angleterre, est invité pour une surprise-partie organisée le soir même, par une vague fréquentation de jeunesse : Larry Hopper, un être loufoque au possible.

Pendant la réception, Larry Hopper confie à Dick REUTEL que des lettres de menaces lui sont parvenues, la dernière affirmant qu’il mourrait durant la nuit.

Pour faciliter la tâche de Dick REUTEL, il précise qu’il a convié à la fête, parmi toutes les personnes déjà présentes, dix individus qui auraient des raisons d’attenter à sa vie…

Dick Reutel est invité pour une soirée organisé par Larry Hooper, un homme excentrique qu’il connut adolescent. Déjà à l’époque, Larry était considéré comme excentrique, alternant phases de spleen et moments de folies. En grandissant, les choses se sont empirés, sombrant dans la drogue, passant de femmes en femmes, surtout des femmes mariés et faisant des affaires un peu louche.

C’est dire si le bonhomme peut avoir des ennemis. D’ailleurs, il en a, probablement une dizaine, selon sa confession, et l’un d’eux veut plus sa mort que les autres puisqu’il lui a envoyé des lettres de menaces dont la dernière le prévient qu’il mourra dans la soirée, raison pour laquelle il a convié Dick Reutel pour identifier son meurtrier…

On retrouve le charmant couple que forment Dick et Betty Reutel, un couple dit « moderne » à l’époque, mais dont les vouvoiements et les minauderies fleur bleue rendent plutôt, à l’heure actuelle, quelque peu surannés.

Et c’est donc ce côté ampoulé de la relation, cette désuétude, qui donne, désormais, tout son charme à la série.

J. A. Flanigham, on le sait, maîtrise correctement le format court, habilement l’humour et parfaitement les incises de dialogues.

Si, notamment, dans les aventures de Bill Disley, où les personnages sont moins lisses, ces fameuses incises permettent de donner une meilleure idée des protagonistes à faible renfort de mots, elles demeurent, dans les aventures de Dick et Betty, agréables bien que moins productives.

De même quant à l’humour de l’auteur, humour qui passe le plus souvent, dans les aventures de Bill Disley, dans la relation et les dialogues entre Bill Disley et son ami Jeff.

Forcément, dans ce couple charmant, difficile de proposer des dialogues aussi railleurs et drôles, du coup, les personnages, et Dick en particulier, manient plutôt l’ironie désabusée.

Si l’on sait que le format court ne permet pas de développer une réelle intrigue, J. A. Flanigham tente, parfois, de proposer tout de même une histoire qui réservera quelques rebondissements et surprises.

C’est le cas ici même s’il ne faut pas s’attendre à l’intrigue du siècle.

Cependant, l’histoire est suffisamment intéressante, au départ, pour regretter que l’auteur n’ait pas le loisir de la développer plus, notamment à travers l’étude des dix assassins potentiels.

Certes, le début d’histoire n’est pas sans rappeler le fameux livre d’Agatha Christie, et je pense que la référence est volontaire, mais Flanigham s’en détache très vite, déjà en retournant l’intrigue : dix suspects potentiels pour un meurtre à venir et non dix personnes qui deviennent suspectes suite à un meurtre ; mais également dans la poursuite de son histoire.

Pour le reste, rien à dire de réellement pertinent à part deux trois répétitions un peu gênantes qui auraient pu être facilement évitées par une relecture (ce que les auteurs et les éditeurs de cette littérature fasciculaire n’avaient probablement pas le temps de faire).

Au final, un récit policier charmant, à l’intrigue pas si inintéressante que cela, et qui occupe très agréablement un petit moment de lecture.

Onde de choc sur Gruissan

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« Onde de choc sur Gruissan » est un roman paru en 2016 chez T.D.O. Éditions. Il est signé Claude Depyl et s’inscrit dans une série développée autour du personnage du lieutenant Constantin Grégorio et fait suite au premier titre : « Du sang dans les embruns ».

Je précise cette dernière information, car je pense que le fait que je n’ai pas lu le premier opus et pour quelque chose dans le fait que je n’ai pas aimé ce roman (mince, j’ai révélé la fin de mon article).

Claude Depyl, bien que né à Lille, est installé, au moins depuis sa retraite en 2008, à Gruissan.

Rien d’étonnant, donc, que certains (la plupart) de ses récits se déroulent dans cette région.

Onde de choc à Gruissan :

La découverte fortuite du cadavre d’une journaliste parisienne dans le massif de la Clape bouleverse la quiétude de Gruissan. Le SRPJ de Montpellier envoie ses meilleurs hommes sur le terrain pour résoudre au plus vite cette enquête et rassurer la population. Mais quand un second cadavre est déniché non loin de là, le lieutenant narbonnais Constantin Grégorio et ses équipiers comprennent qu’ils ont affaire à un tueur en série. Onde de choc sur Gruissan est un roman policier qui conduit le lecteur des chalets de Gruissan à l’abbaye de Lagrasse, en passant par la nécropole wisigothe du Minervois. Ce volume est la seconde aventure mettant en scène l’inspecteur Grégorio, faisant suite à Du sang dans les embruns.

Le corps d’une femme sans tête est retrouvé par des promeneurs dans les massifs autour de Gruissant, alors que l’été approche. Dans le même temps, le lieutenant Constantin Grégorio s’apprête à reprendre du service après un congé nécessaire à se remettre d’une enquête précédente durant laquelle il avait dû arrêter la femme qu’il aimait. Bientôt, on retrouve la tête de la victime, en compagnie de la tête d’un homme, dans un tombeau wisigoth situé sur le Moural des morts près de Carcassonne…

Je n’en dirais pas plus dans mon résumé… puisque je ne le pourrais point, n’ayant pas lu au-delà, un au-delà qui représente tout de même presque un tiers du roman.

Je me suis lancé dans cette lecture par goût de découvrir un peu plus les romans policiers publiés par un éditeur de ma région que je connais un peu : T.D.O. Éditions.

Mais aussi parce que le fait de découvrir un policier poète allait me changer des flics brutaux, alcooliques, dépressifs, dont la littérature policière contemporaine regorge.

Malheureusement, le côté poète du personnage, je n’ai pas vraiment eu le temps de le rencontrer.

Il faut avouer que la présentation de Constantin Grégorio, après une première scène sur la découverte du corps, s’étend un peu, voire, s’étire, revenant sans cesse sur des évènements ayant eu lieu dans le précédent roman.

Remettre un personnage dans son contexte, pour le cas où le lecteur n’aurait pas lu les épisodes précédents, est certes une nécessité évidente, mais aussi difficile à mettre en place. Rappeler sans lasser, sans donner l’impression de se répéter, pour les lecteurs qui ont eu la bonne idée de débuter la série dans l’ordre, voilà qui n’est pas aisé. Mais, dans les deux cas, il faut savoir le faire avec concision, sans lourdeur, sans donner l’impression au lecteur qui découvrirait le personnage, qu’il a bien eu tort de ne pas lire le premier épisode.

C’est malheureusement un peu le cas ici. Les allusions incessantes au précédent épisode, même si les détails ne sont pas nécessaires à la compréhension de l’histoire, ne cessent de mettre le lecteur que je suis devant sa faute (débuter une série par un autre épisode que le premier). Je n’aime pas que l’on me mette face à mes torts. Une fois, j’admets, j’accepte. Ensuite, cela a tendance à m’agacer.

Ensuite, le second point qui m’a fait abandonner, c’est que l’enquête met beaucoup de temps à démarrer. D’ailleurs, j’ai stoppé ma lecture avant même que l’enquête ait réellement démarré, c’est peu dire.

Or, quand l’auteur s’attarde, avant de se lancer pleinement dans le sujet du livre, il faut qu’il soit fort doué pour conserver mon attention. Tout le monde n’a pas cette capacité à raconter de façon captivante des futilités.

Enfin, ce qui a fini de me convaincre de refermer le livre avant la fin, ce sont les joutes verbales entre Constantin et Rita, une jeune femme rencontrée sur la plage et que Constantin reverra par la suite (mais je ne sais pas combien de fois puisque je me suis arrêté à la seconde rencontre) durant lesquelles les deux personnages sont censés flirter d’une façon un peu railleuse et piquante. Des dialogues, donc, dont on attend à la fois de l’humour, du rythme et de la répartie à défaut de quoi ceux-ci tomberont à plat et deviendront rapidement rébarbatifs. Bon, pour moi, ils sont vite devenus rébarbatifs.

Avec tous ces défauts, il aurait fallu une sacrée plume à l’auteur pour me retenir. Un style incomparable, éblouissant, qu’il n’a malheureusement pas (en tous cas, pas pour moi).

Car j’ai trouvé la plume un peu fade, les circonvolutions littéraires manquaient de rondeurs, d’humour et tout simplement d’intérêt.

Au final, peut-être aurais-je apprécié ce roman si j’avais débuté par le premier titre de la série, mais au vu des défauts autres que les références à l’épisode liminaire, j’ai un peu de mal à le penser sincèrement.

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Croix de sang au Grand Hôtel

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J’ai rarement lu des romans terroirs, même si ceux-ci sont du genre policier, alors que, pendant des années, j’ai fréquenté régulièrement des éditeurs et des auteurs de ma région qui étaient très attachés à ce sous-genre.

Certes, j’ai bien lu, il y a quatre ans, « Le Pilier assassiné » de Gérard Raynal, un auteur du cru que je croisais souvent. Mais ce choix était porté par le fait que son roman tournait autour du rugby, un sport que j’ai pratiqué jeune et que j’adore toujours.

Mais, récemment, j’ai lu « Le diable des Pyrénées » d’Alexandre Léoty qui, sans se dérouler exactement vers chez moi, était publié chez T.D.O. Éditions, un éditeur que je suis depuis ses tous débuts et à l’essor duquel j’ai assisté depuis.

Ayant, dans l’ensemble, bien apprécié ce roman, l’envie m’est venue de me plonger, de temps en temps, dans les récits policiers publiés chez les éditeurs des Pyrénées-Orientales.

Dans le domaine policier, les deux éditeurs avec lesquels j’étais le plus en contact étaient Mare Nostrum et T.D.O. Éditions.

Les deux éditeurs ont des trajectoires différentes puisque Mare Nostrum a malheureusement fermé boutique en 2018.

Pour autant, j’ai décidé de lire un livre publié en 2006 chez ces derniers : « Croix de sang au Grand Hôtel » de Daniel Hernandez, son premier roman, après quelques recueils de nouvelles et contes.

« Croix de sang au Grand Hôtel » est l’occasion, pour l’auteur, de développer deux personnages qui reviendront régulièrement dans ses récits : l’inspecteur Jepe Llens et l’ancien international de rugby, José Trapero.

Croix de sang au Grand Hôtel :

Quel rapport entre la mort suspecte d’un jeune drogué, retrouvé gelé sur l’étang du Diable et le meurtre sanglant de son père, découvert nu, attaché sur une chaise, des croix gammées tracées avec son sang sur les murs de sa salle de bains, dans le Grand Hôtel de Font Romeu ?
L’enquête réveillera les fantômes de la vénérable bâtisse et ceux du maquis de Llo…

Dans la même mâtinée, on retrouve le cadavre d’un jeune homme, sur un étang gelé proche de Font Romeu et celui de son père, torturé, dans un hôtel désaffecté de la même ville de montagne. Si le premier semble décédé d’un accident de ski, les croix gammées tracées autour du cadavre du second avec son propre sang dirigent les enquêteurs vers les milieux néo nazis d’autant que la victime était un résistant réputé de la Deuxième Guerre mondiale…

D’abord, je dois préciser que cette chronique s’appuie sur la version publiée en 2006 chez Mare Nostrum. Je précise, car certains défauts que je pointe semblent avoir été gommés dans la réédition publiée en 2021 chez T.D.O. Éditions.

Je dois avouer que j’ai eu bien du mal à me plonger dans ce récit du fait, au départ, d’avoir du mal à maîtriser les personnages, je ne sais pour quelle raison. J’ai mis longtemps à différencier Jepp Llens et José Trapero et, même, à comprendre que José et Trapero étaient une seule et même personne.

Ensuite, ce qui m’a empêché de me concentrer sur le récit, c’est un problème de datation.

Je m’explique.

Dans mon inconscient (pas si inconscient que cela), je considère que les auteurs écrivent leurs récits au présent (pas leur temps de narration, mais l’époque où se déroule leur histoire). Ainsi, sauf raison précise de s’inscrire dans une autre époque (volonté d’aborder un sujet passé, ou d’évoquer un monde antérieur) l’auteur fait se dérouler son récit dans le moment qu’il est en train de vivre durant l’écriture. Si tel n’est pas le cas, alors, il le précise en datant son récit ou bien, de façon plus subtile, en évoquant des évènements, dans le récit, que tout le monde peut évaluer dans le temps.

Dans le récit lu, aucune date n’est avancée. Ainsi, aucune raison de penser que le récit ne se déroule pas au moment de l’écriture, c’est-à-dire, généralement, un ou deux ans avant la date d’édition (sauf cas d’un manuscrit ressorti des tiroirs des années après et trouvant alors un éditeur).

Donc, l’histoire est censée se dérouler au début des années 2000, environ.

Pour l’évaluer, il faut tout de même connaître la date d’édition ce qui, pour un livre d’occasion ou un livre numérique, oblige à vérifier dans le livre.

Ce que je n’avais pas fait, bien évidemment.

Aussi, lire, maintenant, une histoire ou un septuagénaire a été résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, m’a un peu étonné. Le personnage de Raymond Comas, la victime, résistant à 15 ans, devait donc être né vers 1930, du coup, ses 70 ans correspondaient au changement de siècle. Bon, une fois la date d’édition connue, cela collait finalement plus ou moins. Mais, quand le doute s’immisce dans l’esprit, difficile de le mettre de côté et l’on a tendance à se concentrer ensuite sur les détails.

Et là, d’autres problèmes de datation me sautaient aux yeux. Notamment, le maire de Font Romeu, « quinquagénaire à l’allure intellectuelle » au moment du meurtre, dixit l’auteur. Malheureusement, le même maire, évoque la date de son premier mandat : 1980 qui correspond à l’année de son mariage, « Il avait alors cinquante ans et elle, seulement vingt-trois », toujours d’après Daniel Hernandez.

Être maire semble conserver, puisque, en 20 ans, le bonhomme avait, au pire, pris 9 ans (si tant est qu’à 59 ans on évoque encore un « quinquagénaire » sans préciser qu’il arrive au bout de cette dénomination).

Et, comme il est dit qu’il avait 20 ans de moins que la victime (résistant à l’âge de 15 ans), les calculs l’amènent toujours vers les 50 ans, même vingt ans après avoir fêté ses cinquante ans.

Cela n’a l’air de rien, mais c’est le genre de petit grain de sable qui enraye ma machine à plaisir et qui m’empêche de profiter pleinement d’une lecture, même si le récit est bon.

Du coup, il m’est difficile de dire si le manque de réel plaisir de lecture, par la suite, est induit par ce seul souci, ou bien s’il est purement inhérent à un déficit de qualité du texte ou de l’histoire.

Cependant, je puis affirmer que, niveau intrigue, l’ensemble manque un peu de maîtrise (normal, premier roman) et que la volonté de l’auteur d’aborder un sujet qui lui tient visiblement à cœur (la Retirada, le rôle des exilés espagnols dans la Résistance), passe probablement avant celle de proposer la meilleure intrigue possible. D’autant que l’on sent également que, malgré le sujet, l’auteur ne veut pas plonger sa plume ni ses personnages, dans une certaine noirceur pourtant requise par le genre et le sujet.

Rajoutons à cela que les personnages principaux (Llens et Trapéro) ne sont pas très développés et, pas tellement intéressant non plus. Du premier, je ne me souviens pas grand-chose. Du second, que c’est un ancien policier, un ancien international de rugby (alors que c’est, en fait, Llens, le rugbyman, comme quoi, cela ne m’a pas marqué).

Le second part en vacances à la neige avec le premier, car sa compagne, enceinte, lui demande de prendre du recul et de réfléchir à leur relation (il n’est pas très chaud pour garder l’enfant, comme si c’était lui qui le gardait !!!).

Je passerais sur le fait que le bonhomme, qui aime sa compagne et tout ça, ne peut s’empêcher de se taper la première venue… mais bon.

Bref, si le style n’est pas déplaisant, j’ai par contre eu plus de mal à m’intéresser aux personnages et à l’histoire qui, malgré un point de départ fort intéressant (un ancien résistant torturé et étouffé à l’aide d’un brassard nazi et des croix gammées tracées autour avec son sang), des sujets abordés qui pouvaient, eux aussi, être fort instructifs, finie par s’embourber à force de ne pas vouloir faire trop glauque.

Au final, un roman que j’ai eu bien du mal à terminer, aidé en cela par sa relative concision et, surtout, ma flemme de chercher ma prochaine lecture.

La mort est dans le parc

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Difficile de parler d’un auteur dont on ne connaît rien, ni sa vie, ni son visage, ni son identité, juste un pseudonyme et, encore, un pseudonyme dont ne sait s’il cache un homme, une femme ou un collectif (comme certains l’avancent).

Et pourtant, comme j’ai toujours l’habitude de le lire, la seule chose intéressant, chez un artiste, c’est son œuvre !

Et l’œuvre de J. A. Flanigham (puisqu’il s’agit de lui… ou d’elle… ou d’eux… ou d’elles), je commence un peu à la connaître à force de me plonger dans ses récits.

J. A. Flanigham eut une période d’activité (du moins sous ce pseudonyme) qui s’étale entre 1946 et 1959, treize petites années durant lesquelles il signa à peu près 90 titres, des fascicules contenant des récits entre 10 000 mots et 50 000 mots.

Le début de sa carrière (toujours sous ce pseudonyme) est destiné à la collection « Murmure d’amour » des éditions du Moulin Vert, à partir de 1946.

Pour l’occasion, il développe deux groupes de personnages récurrents.

D’un côté, le détective reporter Bill Disley, souvent accompagné de son fidèle Jeff, ancien boxeur et pickpocket et parfois de son ami de Scotlan Yard, Martin.

De l’autre, le couple d’aventuriers modernes : Dick et Betty Reutel, mondains et détectives

Les premiers personnages vivront près de 30 aventures dans un format court (16 pages ou 32 pages) qui seront rééditées par la suite dans la collection « Police-Roman ».

Les seconds en vivront moins de 10, de mêmes formats et parus et reparus dans les mêmes collections.

En plus de ces récurrents, on notera les membres de l’Agence Garnier, dont les 6 enquêtes furent destinées au magazine « Miroir-Police », puis quelques récits indépendants, dont tous les derniers, à partir de 1957, furent destinés à des collections Ferenczi : « Le Verrou » ou « Police et Mystère » 2e série.

Mais, revenons-en à Dick et Betty Reutel, puisque ce sont les personnages apparaissant dans le titre du jour : « La mort est dans le parc », un fascicule de 16 pages, double colonne, paru en 1946 dans la collection « Murmure d’amour » des éditions du Moulin Vert et qui ne semble pas avoir eu le droit à une réédition depuis.

LA MORT EST DANS LE PARC

Dick REUTEL, le premier détective d’Angleterre, est appelé par son ami l’inspecteur-chef Méricourt de Scotland-Yard, afin de l’épauler dans l’enquête sur le décès de William Garsson, retrouvé, au petit matin, dans le parc de sa propriété, une balle dans la tête.

Si Garsson n’est pas mort sur le coup, il n’en vaut guère mieux et, plongé dans le coma, il ne peut révéler l’identité de son assassin.

Méricourt compte sur le fait que William Garsson et Dick REUTEL se connaissant pour fréquenter tous les deux les milieux mondains, ce dernier lui sera d’un quelconque secours.

Mais très vite, Méricourt découvre des indices accusant un dénommé Rudy Meuller, un pseudo-artiste, bohème excentrique, beau et intelligent, ancien prétendant de Betty, l’adorable femme de Dick REUTEL

Dick Reutel, mondain et détective, est appelé par son ami inspecteur-chef au Yard, Méricourt, afin de lui apporter son expertise dans une affaire de meurtre. Effectivement, il connaissait et s’intéressait à William Garsson, qui fréquentait les mêmes milieux mondains que lui. Garsson a été retrouvé de bon matin, mort, dans le parc de sa propriété, une balle dans la tête.

Rapidement, Méricourt pense avoir trouvé le coupable, un dénommé Rudy Meuller, un pseudo artiste charmeur et excentrique que Dick connaît également, enfin, surtout sa femme Betty, que le poète courtisa avant qu’elle ne devienne Madame Reutel…

On retrouve donc le couple d’aventuriers modernes, ainsi qu’ils étaient surnommés à l’époque, et qui n’ont plus rien de moderne de nos jours étant donné l’aspect suranné et fleur bleue de leur relation.

Généralement, les aventures du couple sont à leur image : charmantes, douces, tendres, vieux jeu et un brin suranné.

C’est ainsi. Si on déteste le genre, autant passer à côté.

Que les lecteurs ayant aimé les premières aventures des Reutel se rassurent, c’est toujours le cas dans cet épisode.

Ce ne sera donc pas par là que le bât blessera, car, il faut bien le dire, le bât blesse quelque part.

Et ce quelque part, c’est un problème pour un roman policier, c’est l’intrigue.

Effectivement, dès que les personnages et le lecteur se retrouvent sur la scène du crime, le lecteur, contrairement au détective et à l’inspecteur-chef, a déjà résolu le meurtre, connaît le nom du meurtrier et commence à se douter de la manière dont le crime s’est produit.

Cette manière, il la devinera avec certitude plus tard, mais bien avant les personnages, ce qui gâche un peu la lecture de cette courte aventure.

Certes, on ne s’attend pas dans ce format court à ce que l’auteur nous propose une intrigue échevelée, un suspens insoutenable, il le voudrait qu’il ne le pourrait pas, pas assez de place.

Mais c’est mieux quand le lecteur ne découvre pas tout aussi rapidement d’autant que, si on analyse un peu la scène de crime, un simple examen aurait dû permettre aux policiers de deviner un peu ce qu’il s’était passé.

Bien évidemment, les lecteurs de romans policiers d’aujourd’hui ont été nourris aux Thrillers en tous genres et aux séries télévisées comme « Les Experts », mais même les flics de l’époque devaient avoir un minimum de méthodes et de connaissances pour deviner le pot aux roses de l’histoire.

Étant un peu sorti de l’histoire de par le fait de tout savoir, le lecteur, du moins, moi, j’ai eu, du coup, du mal à m’attacher au style qui, ne pouvant se cacher derrière une intrigue, révèle un peu, à cette lumière, toute la poussière qui s’est depuis déposée dessus.

Difficile, donc, de s’attacher à ces personnages que l’on a pu, pourtant, apprécier, justement pour cette désuétude.

Au final, quand le lecteur devine tout bien avant les enquêteurs, c’est un souci, surtout dans un récit policier.

Sir Jerry, détective

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La littérature populaire n’a pas d’âge ! Cela tombe bien, moi non plus !

Ce n’est pas un aphorisme d’une véracité discutable (en tous cas me concernant) que je débute cette chronique sur un récit de littérature jeunesse, premier épisode d’une série débutée en 1935 et signée par Mad H. Giraud, de son vrai nom Madeleine Gélinet (1880-1961).

L’auteur est principalement connue pour avoir été directrice du magazine jeunesse « La Semaine de Suzette » entre 1927 et 1949.

« La Semaine de Suzette », publié par les éditions Gautier-Languereau entre 1905 et 1960 était un magazine destiné aux enfants de familles bourgeoises qui publiait des romans qui furent, par la suite, édités sous format livre, par le même éditeur, dans la collection « La Bibliothèque de Suzette ».

C’est dans cette collection que parut la série « Sir Jerry, détective » qui connut par la suite deux rééditions.

Sir Jerry, détective :

Tante Belle, désireuse d’amuser ses nombreux neveux et nièces, fait appel à un prestidigitateur, mais celui-ci disparaît en pleine représentation et, à sa place, apparaît une petite fille qui semble avoir perdu la mémoire. Mais le magicien n’est pas le seul à s’être volatilisé, le précieux collier de tante Belle également.

Ne le retrouvant pas, Tante Belle décide de faire appel à un ami de son mari, un grand détective, Sir Jerry.

Mais sir Jerry s’avère être un personnage particulier et nul ne sait à quoi s’en tenir avec lui…

Un prestidigitateur qui disparaît, une gamine peu bavarde qui apparaît, un collier qui se volatilise, huit gamins se prenant pour des détectives et un détective qui se prend pour qui ??? On le saura à la fin.

Même si je n’ai pas d’âge, mon corps, lui, en a un qui devrait l’éloigner de la littérature jeunesse. Pourtant, je ne rechigne jamais à me plonger dans cette littérature, du moins quand elle date de bien avant ma naissance, sachant qu’elle regorge de bons textes et bons auteurs comme j’ai pu le constater à la lecture des récits de José Moselli, tous destinés, à l’origine, à des magazines jeunesse.

Pourtant, il y a jeunesse et jeunesse et celle de Moselli n’est indubitablement pas celle de Mad. H. Giraud.

En tous cas, la jeunesse de cette dernière semble bien plus jeune que celle de celui que l’on nommait l’écrivain sans livre.

Effectivement, si j’ai toujours apprécié la maturité des textes de Moselli, alors qu’ils étaient destinés à la jeunesse, force m’est de constater que je ne puis en dire autant de ceux de Mad. H. Giraud.

Il n’y a pas à douter que le premier s’adressait à de jeunes adolescents, parvenant à séduire également les adultes, quand le second destine ses histoires à des enfants, peut-être bien même des enfants à qui l’on ferait la lecture.

Les contenus diffèrent donc totalement. D’un côté, des voyages, des coups durs, des meurtres, du dépaysement… De l’autre, une belle maison, un grand jardin, des balades à cheval, du tennis, des domestiques, un petit vol, une petite enquête, un méchant qui ne fait pas de mal, un gentil qui fait du bien, des gamins obéissants et aimables, des chats adorables, des chiens bien élevés… il ne manque plus que les Bisounours et Oui-Oui, mais les premiers débarqueront dans un demi-siècle et le second 15 ans plus tard.

Quant au style… là, également, un grand écart les sépare que même Jean-Claude Vandamme envierait.

Chez Mad. H. Giraud, tout est doux, gentillet, mignonnet, sirupeux, sans aspérité, naïf et… niais, il faut bien le dire.

Certes, le récit est destiné à des gamins, mais « Le Petit Chaperon Rouge » également.

Alors, on se contentera alors de sourire niaisement, devant tant de bons sentiments tout autant que face à une intrigue molle et sans grand intérêt.

Les personnages sont sans aspérité, lisses, donc et ne permettant ni identification ni attachement.

Quant à Sir Jerry, finalement, on le découvre assez peu voire presque pas, mais le peu que l’auteur nous en livre laisse apparaître un homme ayant toutes les qualités, celles, mondaines tout autant que celles que tout bon détective se doit de posséder.

Et, effectivement, il les possède toutes, le bougre, puisque, mieux que Sherlock Holmes, qui résout les énigmes en quelques secondes, sir Jerry, lui, les règle avant même qu’elles puissent se présenter.

Au final, un récit qui ne s’adressait pas à moi, la preuve, il dégouline de bien trop de bons sentiments et de savoir vivre pour me correspondre.

07 novembre 2021

Un prince a été enlevé

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Henry Musnik fut un des principaux fournisseurs de récits fasciculaires entre 1930 et la moitié des années 1950.

Son immense production (principalement dans le genre policier, mais pas que), il la signa de nombreux pseudonymes dont Claude Ascain, Jean Daye, Pierre Dennys, Alain Martial, Pierre Olasso, et bien d’autres encore.

S’il a gonflé sa bibliographie en reprenant certains de ses récits en changeant le nom des personnages et en les signant d’un autre pseudonyme pour les proposer à d’autres collections chez d’autres éditeurs, le nombre de ses récits originaux demeure impressionnant, d’autant qu’il écrivit également des articles pour des journaux et des magazines.

Pour écrire vite et court (les fascicules de 32 pages contiennent des récits de 10 à 12 000 mots et les 64 pages environ 18 000 mots), Henry Musnik a souvent fait vivre des personnages inspirés de héros connus de la littérature policière. Principalement le policier ou le détective de romans noirs américains ou des gentlemen cambrioleurs à la Arsène Lupin.

Dans le cas de Daniel Marsant, agent du Deuxième Bureau, en lutte contre le génie du crime, le Grand Maître, le chef d’une organisation criminelle internationale qui a l’habitude de prendre de multiples personnalités sous de nombreux déguisements, l’inspiration est indéniablement à retrouver du côté de Fantômas.

Les deux protagonistes vécurent 17 aventures, sous le format fasciculaire de 64 pages qui parurent à la fin des années 1930, début des années 1940, au sein de la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, une collection réunissant plus de 400 titres d’auteurs différents.

Ces aventures étaient signées Claude Ascain.

« Un prince a été enlevé » est la 13e confrontation entre les deux ennemis.

UN PRINCE A ÉTÉ ENLEVÉ

Daniel MARSANT, agent du Deuxième Bureau, est envoyé à Nice pour retrouver un prince de la cour Royale de Baroniast enlevé durant le Carnaval.

Mais, alors que Daniel MARSANT débute à peine son enquête, le tuteur du disparu reçoit une lettre écrite par le Dauphin expliquant qu’il a fait une fugue pour rejoindre une jeune femme rencontrée pendant la soirée et qu’il refera surface dans quelques jours.

Pourtant, Daniel MARSANT décide de rester sur place pour s’intéresser à une tout autre affaire, celle d’un homme poignardé dans la nuit…

Le jeune prince d’un pays imaginaire a disparu de sa chambre d’hôtel, à Nice, en pleine nuit. Son garde du corps a été assommé et chloroformé et son tuteur fait appel à la police pour le retrouver, tout en exigeant la discrétion la plus absolue.

Daniel Marsant est envoyé sur place pour retrouver le disparu, mais, bientôt, le tuteur reçoit une lettre du prince lui apprenant qu’il a fugué pour retrouver une jeune femme et passer quelques jours de liberté et de bonheur à ses côtés avant de rentrer docilement reprendre sa place.

Pourtant, Daniel Marsant décide de poursuivre son enquête et, pour se faire, s’intéresse au cas d’un jeune homme poignardé la même nuit dans un coin sombre de la ville…

Pas grand-chose à dire de plus sur cet épisode que sur les précédents tant Claude Ascain reprend exactement les mêmes ingrédients, dans le même ordre.

Effectivement, l’épisode débute par un fait divers plus ou moins banal (ici, deux, en fait, la fugue et l’agression) fait divers qui, bien sûr, implique le Grand Maître, le génie du mal, l’ennemi juré de Daniel Marsant.

Après moult déguisements de la part de l’un et de l’autre, un peu de chance, Daniel Marsant retrouvera la piste du Grand Maître. Le Grand Maître le capturera, mais Marsant, avant de mourir, s’échappera et, au moment où il pensera enfin arrêter le Grand Maître, celui-ci s’évaporera.

Bon, c’est comme toujours.

Toujours beaucoup de chances d’un côté (pour trouver les pistes, les indices et pour s’échapper des griffes du Grand Maître).

Toujours des atermoiements de l’autre, car, plutôt que d’abattre Marsant dès que possible, le Grand Maître lui laisse toujours du temps pour pouvoir s’échapper.

Rien de bien nouveau, donc, mais une recette que l’on accepte, si on enchaîne les épisodes, mais qui peut se montrer un peu lassante à force (raison pour laquelle il ne faut pas les enchaîner trop vite).

L’intrigue, bon, passe au second plan puisque l’on sait dès les premières lignes que le Grand Maître est derrière tout cela et qu’il parviendra à s’échapper à la fin.

Les personnages sont donc manichéens à souhait, comme voulu par le genre (le sous-genre) abordé et comme le veut la référence à Fantômas et consorts.

Dans le dernier chapitre, comme à l’accoutumée, Daniel Marsant expliquera à ses auditeurs comment il a fait pour tout comprendre et ce qu’il s’est réellement passé.

Au final, un épisode dans la lignée des précédents, ni meilleur ni plus mauvais.

Les bijoux de Mrs Dorfing

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Je ne compte plus les fois où je vous ai parlé d’Henry Musnik, un auteur chilien né en 1895, mort en 1957 et qui fut l’un des écrivains les plus prolifiques de notre chère littérature populaire fasciculaire.

Effectivement, ces dernières années, je n’ai eu de cesse de lire des récits de l’auteur, signés de son nom ou plus assurément de l’un de ses nombreux pseudonymes (Jean Daye, Gérard Dixe, Claude Ascain, Alain Martial, Pierre Dennys… j’en passe et des meilleurs).

Que ce soient les aventures de l’inspecteur Gaspin, celles du cambrioleur Robert Lacelles ou d’un autre nommé Mandragore, des missions de Daniel Marsant, agent du Deuxième Bureau, en lutte contre le génie du crime le Grand Maître, le détective Yves Michelot, le commissaire Lenormand, ou encore des récits indépendants… mes raisons d’évoquer Henry Musnik furent nombreuses.

Les aventures de Jack Desly, un autre gentleman cambrioleur né de la plume de l’auteur en sont une autre.

Entre 1937 et 1938, Jack Desly vécu 25 aventures sous la forme de fascicules de 64 pages, disséminées dans les plus de 400 titres de la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi. Certaines aventures seront rééditées dans la seconde version de la collection, au début des années 1950.

« Les bijoux de Mrs Dorfing » est la 17e aventure de Jack Desly et de son fidèle serviteur annamite Nan-Dhuoc. Elle est parue en 1938 et a été rééditée en 1952.

LES BIJOUX DE MRS DORFING

Jack DESLY, le célèbre gentleman cambrioleur, est fort surpris de recevoir la visite du père Yabok, un receleur avec qui il a eu maille à partir dans un récent passé.

Pourtant, celui-ci vient lui proposer une affaire juteuse : les bijoux de Mrs Dorfing. Il lui vend même tous les renseignements nécessaires.

Jack DESLY ne tarde pas à suspecter un piège de la part du vieux grigou, mené en collaboration avec l’inspecteur Arthème Ladon, son ennemi juré.

Mais la tentation est grande autant que la valeur des joyaux, et Jack DESLY voit là un moyen de faire d’une pierre trois coups : remplir ses caisses, se venger de Yabok et ridiculiser le policier…

Jack Desly reçoit la visite du receleur le père Yabok dans sa villa de La Varenne. Pourtant, ses relations avec le bonhomme sont un peu fraîches depuis qu’il lui a menti et qu’en retour, Jack Desly, l’a privé de certains revenus.

Et, là, il vient lui proposer une affaire très intéressante : mettre la main sur le somptueux bijou de Mrs Dorfing, une vieille veuve habitant chez sa sœur et son beau-frère à Versailles. Le vieux bonhomme lui vend tous les renseignements, plans, horaires des habitants, etc..

Mais, alors qu’il revient de repérage, Jack Desly remarque le secrétaire de Yabok aux alentours de la Sûreté Nationale. Pas de doute, Yabok lui a tendu un piège avec l’inspecteur Arthème Ladon. Qu’à cela ne tienne, il compte bien s’approprier tout de même les bijoux et, en prime, se venger de Yabok et ridiculiser Ladon…

Bien que ma lecture s’appuie sur la version de 1952, il y a peu de chances que le texte diffère de beaucoup de celui de 1938.

J’apporte cette précision, car l’histoire n’est pas dans la droite ligne des précédents épisodes.

Effectivement, si, depuis quelques titres, Jack Desly se trouve en couple avec sa partenaire de travail, la belle Gladys, ici, il semble redevenu célibataire.

Mieux, une autre Gladys apparaît dans l’histoire et jamais il n’est fait allusion à la concordance de prénoms. Pire, cette Gladys n’est pas si éloignée de l’autre Gladys, c’est le moins que l’on puisse dire.

On pourrait croire que l’épisode n’a pas été publié, la première fois, dans l’ordre d’écriture, et que cet épisode est en fait celui de la rencontre entre Jack et Gladys, sauf que la rencontre a déjà été relatée dans un épisode précédent.

On retrouve également le père Yabok, déjà croisé dans « L’énigme du portrait » et il me semblait également ailleurs, mais les personnages se ressemblent tellement chez Musnik (par exemple Yabok et le receleur du premier épisode de Mandragore) et je lis tellement de fascicules qu’il n’est pas impossible que je finisse par me mélanger les pinceaux.

L’intrigue, comme souvent, dans ce format, se révèle assez simple : un bon coup à faire, un plan qui ne se passe pas tout à fait comme prévu, Jack Desly modifie son plan et fini par mettre la main sur le butin sans oublier de ridiculiser l’inspecteur Arthème Ladon au passage.

C’est une nouvelle fois le cas dans cette histoire.

Heureusement, le fidèle Nan-Dhuoc est un peu plus présent que dans le précédent titre et il apporte, comme toujours, sa touche d’humour.

L’ensemble se lit vite et avec un réel plaisir et comme l’intrigue est simple, difficile de la mettre réellement à défaut.

On sourit, grâce à Nan-Dhuoc, mais pas que, on se moque un peu du pauvre Arthème Ladon, le dindon de la farce.

Au final, les aventures de Jack Desly sont toujours agréables à lire, celle-ci pas moins que les autres…

Le mystère du rubis

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Les personnages de gentlemen cambrioleurs sont pléthore dans la littérature populaire depuis le succès des aventures d’Arsène Lupin de Maurice Leblanc (et même avant, puisque Lupin est inspiré par le personnage d’Arthur J. Raffles, né de la plume du beau-frère de Conan Doyle, Ernest William Hornung.

Faire une liste exhaustive des clones, copies et inspirations de Lupin, serait une tâche fastidieuse, voire impossible, surtout si on doit analyser les œuvres de cinéma, télévision, bandes dessinées, chansons, etc.

Toutefois, dans le nombre d’auteurs de tous genres ayant livré sa propre vision du personnage, il en est un que l’on devrait mettre en avant, non pas pour le succès de ses récits, pas forcément pour la qualité de ceux-ci, mais pour le nombre de personnages qu’il a créé sur ce moule : l’incontournable [dans le monde de la littérature populaire fasciculaire] Henry Musnik [1895-1957], un écrivain né au Chili, mais auteur très prolifique de la littérature française.

Effectivement, pour alimenter tous ses textes, et ils sont très nombreux, l’auteur n’hésita pas à calque plusieurs personnages sur celui du gentleman cambrioleur.

On comptera Robert Lacelles, Mandragore, mais également Jack Desly.

Jack Desly dont les 25 aventures furent publiées dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, en 1937-1938, sous la forme de fascicules de 64 pages contenant des récits indépendants d’environ 18 000 mots. Cette collection compte presque 450 titres, signés de différents auteurs dont 51 le sont d’Henry Musnik, 50 sous le pseudonyme de Claude Ascain et 1 sous celui d’Alain Martial.

« Le mystère du rubis » est donc un fascicule de 64 pages signé Claude Ascain, paru en 1938.

LE MYSTÈRE DU RUBIS

Jack DESLY, gentleman cambrioleur de son état, a peaufiné tous les détails de son plan pour mettre la main sur le magnifique rubis de Madame Coleman, la femme d’un riche américain.

Sachant que le couple doit assister à une représentation au Théâtre-Bleu, puis aller au bal de l’Ambassade américaine, il a prévu de se cacher dans leur chambre d’hôtel, en attendant leur retour, et de profiter, ensuite, de leur sommeil pour s’emparer du bijou.

Mais, en passant devant le Théâtre-Bleu, pour s’assurer de la présence de ses « victimes », il remarque la silhouette de son ennemi juré, l’inspecteur Arthème Ladon, sortir brusquement d’un taxi et entrer dans le bâtiment.

Indéniablement, un incident s’est produit, et Jack DESLY le sent bien, cela a rapport avec le joyau convoité…

Jack Desly a prévu de s’emparer du magnifique rubis ornant le cou de Mme Coleman, la femme d’un riche américain. Mais, alors qu’il passe devant le Théâtre-Bleu, où il sait que le couple est en train d’assister à une représentation, il remarque l’inspecteur Arthème Ladon, son ennemi juré, qui y débarque en trombe. Pas de doute, il est arrivé quelque chose durant la pièce et Jack Desly ne tarde pas à l’apprendre, le rubis a été volé.

Revenant devant le théâtre, il remarque un spectateur relâché tardivement, sans nul doute celui sur qui pesaient les suspicions de Ladon. En le suivant, il remarque un tic chez le suspect qu’il reconnaît pour être celui d’un confrère belge. Ainsi, celui-ci aurait rompu l’accord tacite dans la « profession » qui veut qu’on ne doive pas travailler sur le territoire d’un autre. Jack Desly est bien décidé à se venger de l’affront et à récupérer le joyau, mais il ne tarde pas à se rendre compte que sa belle Gladys, chargée de surveiller le voleur, ne donne plus signe de vie…

Je retrouve donc Jack Desly dans une nouvelle aventure, aventure qui le mène une nouvelle fois à lutter contre un confrère moins consciencieux que lui.

Rien de nouveau, donc, dans l’intrigue, mais on sait que le format n’est pas propice à innover en la matière.

On regrettera, une fois encore, que le personnage de Nan-Dhuoc, le fidèle serviteur annamite de Jack Desly soit en retrait, puisque c’est le personnage par lequel arrivent les petits moments d’humour.

On appréciera, par contre, que Gladys, nouvelle venue dans la série, soit, elle, un peu en retrait, car j’ai déjà constaté moult fois le tort que les romances pouvaient créer dans ce genre de séries policières ou d’aventures, que ce soit à la télé ou dans la littérature.

Si ce récit est, du coup, un peu moins drôle que certains, et si l’action est moins présente, l’auteur tente de nous livrer une intrigue un peu plus complexe, du moins, en apparence, ce qui ne gâte rien même si cela ne va pas révolutionner le genre.

Avec la narration linéaire usuelle au genre et au format, l’auteur délivre tout de même une histoire plaisante à lire, ce qui est déjà pas mal, même s’il a déjà été plus performant au sein de la série.

Au final, pas forcément la meilleure aventure de Jack Desly, mais, comme toujours, celle-ci se lit vite et bien même si on regrette la place minime réservée à Nan-Dhuoc, le personnage le plus intéressant de la série.

Le Triangle Noir

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Paul Dargens, de son vrai nom Paul Salmon (1884 - 1965) est un auteur qui partage plusieurs points communs avec l’écrivain Louis C. Thomas.

Déjà, ils ont tous œuvré pour la littérature populaire fasciculaire policière (Paul Dargens beaucoup plus et bien avant Louis C. Thomas, mais il est né 37 ans plus tôt aussi).

Ensuite, parce qu’ils utilisèrent plusieurs pseudonymes. Paul Darcy, Paul Dancray, Robert Navailles, pour le premier, Thomas Cervion, René Thomas, Jacques Griss, Louis Thomas, pour le second.

Puis, ils ont tous les deux travaillé pour les éditions Ferenczi. Paul Dargens pour plusieurs collections policières (« Le Roman Policier », « Police et Mystère », « Police », « Crime et Police », « Mon Roman Policier ») ; Louis C. Thomas, sous le pseudonyme René Thomas, pour la collection « Mon Roman Policier ».

Enfin, parce que les deux auteurs ont écrit une partie de leur production alors qu’ils étaient aveugles.

Tous les deux furent aidés dans cette obscure tâche, par leur épouse.

En fait, Louis C. Thomas se lança dans l’écriture après sa cécité. Paul Dargens, lui, perdit la vue en cours de carrière.

Mais revenons-en à Paul Dargens.

Dès 1920, pour la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi, Paul Dargens créa le détective Luc Hardy, un jeune millionnaire se lançant dans la carrière de détective par ennui et goût de la justice.

On retrouvera le personnage dans plus d’une vingtaine de fascicules de 32 pages au sein de cette collection.

Comme beaucoup de titres de cette collection, ces aventures seront rééditées sous la forme de fascicules de 64 pages (avec une légère réécriture pour augmenter la taille des textes d’environ un tiers) à partir de 1932 dans la collection « Police et Mystère » des mêmes éditions Ferenczi.

« Le Triangle Noir » est une aventure de Luc Hardy parue en 1921 dans la première collection, réédité en 1934 dans la seconde. 

LE TRIANGLE NOIR

Une organisation criminelle, « Les Compagnons du Triangle Noir », sème la terreur dans Marseille en rançonnant les industriels et les armateurs et en incendiant les entrepôts ou les biens des réfractaires.

La Chambre de Commerce des Bouches-du-Rhône, devant l’incapacité des autorités locales à mettre un terme aux agissements de la bande, fait appel au détective millionnaire Luc HARDY.

Ce dernier, présent dans la ville depuis une semaine, rend visite à Roger Mareuil qui a cherché à le contacter par deux fois.

Celui-ci, en présence de son adorable épouse Colette, explique à Luc HARDY avoir reçu une lettre signée d’un triangle noir, réclamant cent mille francs, menaçant de détruire son cargo s’il refuse et de le tuer s’il prévient la police.

Durant la conversation, Luc HARDY apercevant une voiture s’arrêter juste en face de la fenêtre donnant sur la rue, se lève et se précipite sur son interlocuteur… un coup de feu éclate !

Luc Hardy est appelé à Marseille pour démanteler Les Compagnons du Triangle Noir, une bande organisée rançonnant les industriels de la région.

Alors qu’il se rend chez une des victimes de menaces de la part de la bande, un coup de feu éclate…

Une nouvelle fois, Paul Dargens nous livre un récit policier d’aventures dans la veine des précédentes aventures de Luc Hardy et de ce qui se faisait à l’époque (début des années 20) dans le monde de la littérature populaire policière fasciculaire.

On y retrouve ainsi des éléments récurrents du genre : la bande organisée ; des menaces ; séquestrations ; déguisements ; des pièces secrètes ; actions ; poursuites ; dangers…

Si rien n’est surprenant dans ce nouveau récit, force est de constater que l’auteur enchaîne ses péripéties avec un bon dosage et propose une histoire agréable à lire à défaut d’être originale.

On retrouve également les descriptions de personnages que Paul Dargens a l’habitude de proposer, contrairement à la plupart de ses confrères, mais également une double histoire, qui, bien sûr, fini par se croiser, entre les aventures de Luc Hardy et les mésaventures de l’inspecteur Léonce Brochard, se rendant à Marseille où il vient d’être affecté.

Il y a fort à parier que cette seconde histoire fut amplifiée dans la version sur laquelle s’appuie cette critique, c’est-à-dire la réédition de 1934, le fascicule de 64 pages, car cette version atteint 17 000 mots là où la version 32 pages de 1921 doit probablement faire moins de 13 000 mots. En tous cas, les malheurs de Léonce Brochard existent dans la version d’origine (que je ne possède pas), car l’illustration de Gil Baer servant de couverture à cette version concerne les mésaventures du policier.

Il me semble que la plume de Paul Dargens commence à s’aguerrir au fil du temps et que ce titre est mieux maîtrisé que les précédents autant au point de vue de la narration que du style. À voir avec les suivants.

Au final, une aventure plaisante, rythmée, possédant tous les bons ingrédients d’un récit policier d’aventure de l’époque.

Le mystère "Lady Gordlay"

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La littérature populaire fasciculaire est peuplée d’écrivains méconnus, depuis oubliés, et, parfois, d’auteurs totalement inconnus. Inconnus, car, les rares personnes étant dans le secret des Dieux (de la plume) du nom de la personne se cachant derrière le pseudonyme utilisé, n’ont pas partagé ce secret et, avec le temps, peu de chance que celui-ci réapparaisse un jour.

C’est le cas de J.A. Flanigham, un auteur dont la production s’étale entre 1945 et 1959 (a-t-il été publié avant ? Après ? Peut-être, mais sous un autre pseudonyme).

Durant cette courte période d’activité, l’auteur s’est principalement voué au genre policier, développant, pour cela, plusieurs personnages récurrents.

Si l’on peut citer, par exemple, les deux aventuriers modernes Dick et Betty (qui ont dû vivre une demi-douzaine d’aventures) ou encore les membres de l’Agence de détectives Garnier (6 aventures), l’auteur s’est principalement consacré à un personnage (en plus de tous les récits indépendants) : Bill Disley, un reporter détective anglais, aidé par son fidèle ami boxeur et ex-pickpocket Jeff et parfois par Martin, inspecteur à Scotland Yard.

Si l’on excepte les rééditions (entre la collection « Murmure d’Amour » des éditions du Moulin Vert à la collection « Police-Roman », des éditions Lutèce), Bill Disley vécut tout d’abord 28 courtes aventures, que ce soit en format 16 pages, double colonne, ou 32 pages, simple colonne, voire 48 pages, simple colonne.

Pas facile de s’y retrouver, entre les rééditions éponymes et celles changeant de titres.

Il faut croire que le personnage eut du succès, car les éditions Lutèce lui offrirent une nouvelle collection, pour de nouvelles aventures, plus longue (la taille d’un petit roman) sous la forme de fascicules de 128 pages, dans une collection, à partir de 1951, nommée « Aventures de Bill Disley » comprenant 12 aventures.

Puis, à partir de 1955, une autre collection lui est dédiée, toujours chez Lutèce, titrée « Nouvelles aventures de Bill Disley » et comprenant 13 fascicules de 128 pages.

Certains titres, peu, dans l’ensemble, résultent de réécriture des premières aventures de Bill Disley.

Tout cela pour dire que ce bonhomme de Bill Disley, pour avoir eu autant de collections à son nom, a dû avoir beaucoup de succès à son époque.

Et c’est tout à fait normal que le personnage et attachant, Jeff s’avère très drôle, la relation entre les deux est touchant et, surtout, l’auteur démontre une belle plume avec une maîtrise d’un format court et, surtout, l’excellence de ses incises insérées dans les dialogues et qui permettent de bien cerner les personnages à faible renfort de mots.

Bref.

J’adore Bill Disley, j’adore Jeff, j’adore la plume de J. A. Flanigham, quel que soit l’auteur qui se cache derrière le pseudonyme et je ne saurais que trop vous encourager à lire ses récits, qu’ils concernent Bill Disley, Dick et Betty, les membres de l’Agence Garnier, mais également tous ses romans policiers publiés, entre autres, dans la deuxième série de la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi.

« Le mystère « Lady Gordlay » » a été publié en 1946 dans la collection « Murmure d’Amour » des éditions du Moulin Vert. Il n’a, apparemment, pas eu le droit à une réédition dans la collection « Police-Roman ».

LE MYSTÈRE « LADY GORDLAY »

Bill DISLEY, le reporter détective du « Star Express » est convié par Lady Gordlay à une soirée qu’elle organise.

Rien d’étonnant à cette invitation puisque Bill DISLEY connut Lady Gordlay quand elle était encore Bette Garcia, une célèbre actrice londonienne qu’il interviewa et avec qui il flirta un peu.

Mais Lady Gordlay compte surtout sur la présence du journaliste, car elle a reçu une lettre de menaces signée d’un As de Cœur, la prévenant qu’il allait y avoir du « sport » durant sa petite party.

Et, effectivement, alors que la fête bat son plein, les lumières s’éteignent, des cris retentissent et quatre hommes masqués surgissent, arme au poing…

Bill Disley, le reporter du Star Express, reçoit un carton d’invitation de la part de Lady Gordlay, pour sa fête. Celle-ci explique, dans une lettre accompagnant le carton, qu’elle a reçu un courrier de menaces lui disant qu’il y aurait du sport durant la soirée.

Comme Bill Disley l’a connue quand elle était encore une célèbre actrice, et qu’ils ont eu un flirt, elle compte sur lui pour être là en cas de grabuge.

Et, au cours de la soirée, comme dans les films ou les romans, les lumières s’éteignent, des cris retentissent et des hommes masqués et armés débarquent pour prendre les bijoux des invités. Mais Bill Disley, après le départ des bandits, découvre un bracelet appartenant à Lady Gordlay, mais dans un endroit où les criminels ne sont pas passés…

Autant le dire tout de suite, « Le mystère « Lady Gordlay » » n’est pas une des meilleures aventures de Bill Disley et encore moins l’un des meilleurs textes de l’auteur.

Déjà, parce que ce titre fait partie des premiers publiés (la troisième aventure) et que le personnage de Jeff n’est pas encore très mûr et très présent dans l’histoire.

Sa relation avec Bill est encore un peu distante et c’est vraiment la proximité entre les deux personnages qui va mettre du sel dans les récits.

Ensuite, parce que, J. A. Flanigham, dans ces récits courts, utilisait des intrigues simples, ce qui est normal vu la concision des textes, mais qui, souvent, s’appuyaient sur des ficelles un peu grosses.

Qu’importe, l’intérêt des textes venant de la plume de l’auteur et de la relation Bill-Jeff.

Mais quand ladite relation en est encore à ses balbutiements et qu’en plus, la plume n’est pas à son paroxysme, on comprendra qu’une intrigue très moyenne ne permettra pas de combler les manques.

Aussi, la déception est présente durant la lecture.

Déception de voir un Jeff un peu pâlichon. Déception à propos des fameuses incises. Déception d’un rebondissement éculé (du moins de nos jours, tant il a été utilisé par les auteurs).

Une déception par rapport à l’exigence que je suis en droit d’attendre d’un auteur que j’adore. Mais un récit qui n’est pas pour autant désagréable à lire, J.A. Flanigham demeurant bon même quand il est moyen.

Au final, une aventure décevante de la part de Bill Disley et de J. A. Flanigham, mais qui reste agréable à lire.

31 octobre 2021

Le marais pot-de-vin

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On ne présente plus Jean-Bernard Pouy (non, je ne répéterais pas une énième fois que c’est un génie), un auteur particulier, cultivé et généreux à qui l’on doit tout un tas de bons romans, principalement policier et qui est à l’origine de la saga « Le Poulpe » dont il a créé le personnage et la franchise en mettant en place une Bible pour que d’autres auteurs, venus de tous les univers, puissent se lancer dans l’écriture d’une aventure du personnage.

On sait ce que cela a donné, des centaines de titres, des bons, des très bons, des moyens, des mauvais et une adaptation cinématographique sympathique.

Aussi, à 75 ans, se lance dans le pari de redonner une seconde jeunesse à Nestor Burma, le détective de Léo Malet, on peut être curieux du résultat, le redouter, ou bien s’en foutre totalement si l’on est hermétique à la fois à la plume de Pouy et à l’univers de Malet.

Pour ma part, plutôt que d’être exalté, j’étais dubitatif. Plus encore, je me demandais juste « Pourquoi ? ». Pourquoi Jean-Bernard Pouy, dont la grande qualité est, justement, de créer des personnages intéressants, allait-il s’emmerder (ou s’amuser) à faire revivre le héros d’un autre. Qui plus est le héros d’un auteur que certains affirmaient être proche de l’extrême droite dès les années 50, frange politique dont il partagea les idées au moins sur le tard (voir son interview à Libération du 11 juin 1985, à l’âge qu’à aujourd’hui Pouy), mais dont on peut déjà entrapercevoir les idées dans « Le soleil n’est pas pour nous », excellent roman au demeurant, mais qui, inspiré par sa jeunesse, semble également l’être par sa vision de l’étranger, des Arabes, notamment, dans ce roman-ci.

Alors, que venait donc faire Pouy dans cette galère ? Double galère ? Celle de reprendre un personnage aussi identifiable et identifié que Nestor Burma et celui de se glisser dans les oripeaux d’une auteur aux antipodes de ses pensées ? Je ne sais, il faudra lui demander.

Mais intéressons-nous au roman.

Jean-Bernard Pouy décide donc de faire revivre Nestor Burma à l’heure de la pandémie mondiale actuelle. Le bonhomme, face à la crise, a dû fermer boutique et s’est reconverti comme comédien d’obscur théâtre.

Mais, nostalgie oblige, à peine déconfiné, il retourne sur ses lieux de plaisir, un bistrot dans lequel il avait l’habitude de retrouver la même bande d’habitués et c’est l’occasion, devant les portes fermées, de se souvenir de sa dernière enquête, datant de 2019. Dans son troquet, un camarade, laveur de carreaux, est triste, un ami et collègue a été salement tabassé dans la rue au sortir du travail (il lavait les vitres d’une galerie d’art).

Nestor Burma, se demandant pourquoi on a voulu tuer un laveur de carreaux va s’intéresser à l’affaire et débusquer, derrière ce simple fait divers, un trafic de tableaux mêlant spoliation par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale…

Si Jean-Bernard Pouy fait revivre Fiat Lux, par l’intermédiaire des souvenirs de Nestor Burma, tout d’abord, et s’il glisse un peu tous les éléments des romans de Léo Malet (les arrondissements, ici seulement nommés par leur chiffre : le 4, le 2 ; la secrétaire, devenue africaine et se nommant Kardiatou, peut-être pour faire chier Malet, des coups durs, les difficultés financières de l’agence, le flic Faroux, devenu une fliquette, fliquesse dans le roman…) ne peut s’empêcher de faire du Jean-Bernard Puy (heureusement, d’ailleurs). Ainsi, Nestor Burma sent « l’affaire » alors qu’il est dans son bar favori, au milieu des habitués se racontant des conneries de comptoir (ce n’est pas le Pied de Porc à la Sainte Scolasse du Poulpe, mais l’esprit est le même). Et l’on retrouve avec plaisir les digressions de l’auteur, son humour, ses jeux de mots et ses références culturelles d’un autre âge (le sien)…

Mais c’est dans ce dernier domaine que le bât blesse, les références culturelles. Que Nestor Burma possède des références des années 50, 70, cela passe (on ne sait pas quel âge il a, mais il est censé être bien plus vieux que sa secrétaire). Mais que les autres personnages possèdent les mêmes références, que ce soit la fliquette ou, pire encore, la jeune Kardiatou ou d’autres, voilà qui me pose un petit problème.

Personnellement, j’ai toutes les références citées ou presque, bien que je sois nettement plus jeune que Pouy, mais j’ai une culture qui se penche plus souvent vers le passé que sur le présent, ce qui n’est pas le cas de tout le monde.

Ensuite, le second problème, c’est l’intrigue. Difficile de croire à cette intrigue un peu tirée par les cheveux. Notamment la première partie de cette intrigue à propos de la galerie d’art (je n’en dirais pas plus de peur de faire des révélations qui pourraient nuire à la lecture du roman).

Enfin, dernier problème et peut-être le plus gros, le fait que Nestor Burma, pour moi, c’est Nestor Burma, celui de Léo Malet, celui qui se retrouva au Stalag et qui ouvrit son agence de détectives juste après la guerre. Pas un Nestor Burma moderne (même si Pouy ne le rend pas trop moderne). Ce n’est pas plus le Nestor Burma jeune que Pierre Pécherot tenta de nous vendre dans « Les brouillards de la Butte », pas plus, probablement (je ne puis l’affirmer sans les avoir lus) que les versions de Nadine Monfils, Michel Quint, Daniel Thiery, Serguei Nounovetz, Jacques Saussey ou Jérôme Leroy dans la collection « Les Nouvelles enquêtes de Nestor Burma » chez French Pulp Éditions, dont le titre de Jean-Bernard Pouy faisait partie avant qu’il puisse retrouver ses droits après la liquidation judiciaire de l’éditeur.

Du coup, est-ce à dire que Pouy va poursuivre la série ? Aura-t-il ou a-t-il déjà eu l’autorisation par le fils de Malet qui l’avait donné à French Pulp Éditions ? Vous le saurez au prochain épisode.

Au final, j’aime Jean-Bernard Pouy. J’adore Jean-Bernard Pouy, mais je préfère qu’il meure avec ses personnages plutôt qu’il vive avec ceux des autres.

L'homme aux cent visages

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La littérature populaire fasciculaire est un monde à la faune multiple et protéiforme.

Les différents auteurs ayant œuvré à son épanouissement et, à travers elle, au plaisir des lecteurs, bien souvent, à l’époque, issus du monde dit populaire, d’où l’appellation, ont eu des parcours divers.

Certains étaient d’obscurs auteurs qui le sont depuis demeurés.

D’autres, après avoir fait leurs armes dans cette littérature contraignante, se sont épanouis par la suite à travers des romans à succès et sont devenus, depuis, des auteurs cultes comme Léo Malet, Georges Simenon, Frédéric Dard…

Des auteurs eurent leur part de succès durant leur vivant, ont été des romanciers à succès, puis ont sombré, au fil des années, dans un anonymat immérité, comme Rodolphe Bringer ou H.J Magog, par exemple.

D’autres encore, n’ont produit que pour cette paralittérature ou presque et, malgré une production imposante, sont désormais devenus totalement inconnus des lecteurs.

L’un des plus flagrants exemples, même s’il ne travailla pas directement pour la littérature fasciculaire, mais pour les feuilletons de magazines, est indéniablement José Moselli dont j’ai déjà beaucoup parlé.

Mais comment ne pas citer également des auteurs tels Marcel Priollet, Henry Musnik, Albert Bonneau, Maurice Limat… et bien d’autres encore.

Parmi ces derniers, difficile de ne pas évoquer Paul Dargens, de son vrai nom Paul Salmon (1884 - 1965), aussi connu sous le pseudonyme de Paul Darcy.

L’auteur est à considérer pour être un des premiers à avoir utilisé un personnage récurrent au sein de collections généralistes (un procédé cher à Henry Musnik).

Effectivement, dès 1920, pour la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi, Paul Dargens met en scène le détective millionnaire Luc Hardy. Si le personnage n’est pas très original, le style ne l’est pas plus, l’auteur, au début de sa carrière, se contentant de livrer ce que l’on attend de lui, un récit d’aventures policières tenant sur une douzaine de milliers de mots.

Pour la collection, Paul Dargens livrera plus de 20 aventures de son personnage qui seront disséminées dans les plus de 200 titres auxquels participeront des auteurs comme Marcel Priollet, Jean Petithuguenin, Georges Spitzmuller, Rodolphe Bringer, Marcel Vigier, Jules de Gastyne, Georges Grison, René Schwaeblé, Henry de Golen, H. R. Woestyn et consorts…

Ces aventures, comme beaucoup de titres de la collection, seront rééditées à partir de 1932, dans la collection « Police et Mystère » du même Ferenczi.

« L’homme aux cent visages » est paru en 1921 sous la forme d’un fascicule de 32 pages contenant un récit de 12 500 mots et réédité en 1935 sous la forme d’un fascicule de 64 pages avec un récit probablement un peu rallongé.

L’HOMME AUX CENT VISAGES

Soir de fiançailles, à l’Hôtel Ferney, entre Suzanne Ferney, la fille du grand raffineur, et Raymond de Rigny, un attaché d’ambassade.

Pour l’occasion, un bal costumé est organisé.

Durant les festivités, Suzanne s’étant esseulée, est abordée par le prince d’Arrighéra, un soupirant dont elle avait repoussé les avances. Il menace de la tuer si, dans la semaine, elle ne rompt pas avec Raymond de Rigny.

Affolée, celle-ci raconte tout à son futur mari qui, pour la protéger, décide de faire appel à un de ses amis, Luc HARDY, le détective millionnaire.

Mais le prince d’Arrighéra est un adversaire bien plus redoutable que Luc HARDY ne le pense et la lutte va être farouche et dangereuse…

Cette fois-ci, Luc Hardy, le détective millionnaire, doit aider un ami à protéger sa fiancée menacée par un prétendant refusant d’être repoussé et l’ayant menacée de mort. Mais ledit prétendant va s’avérer être machiavélique et très dangereux.

Bon, j’ai fait un résumé court, car il n’y a pas grand-chose à dire sur ce récit que je n’ai déjà dit sur les précédents si ce n’est que tout ce que j’ai pu raconter s’avère encore plus exact ici.

Effectivement, Paul Dargens nous livre un récit policier d’aventures dans l’exacte lignée de ce qu’il se faisait à l’époque dans le genre et dans le format, sans jamais y apporter une once d’originalité ni une certaine plus-value (si ce n’est les quelques descriptions de personnages que se permet l’auteur contrairement à ses confrères).

Ainsi, sans être indigent et tout en apportant un certain plaisir de lecture, plaisir s’appuyant, certes, sur son côté suranné (ce qu’il n’avait pas à l’époque), le récit ne fait qu’accumuler les poncifs et les passages obligés du genre.

Les gentils très gentils, les méchants très méchants, des déguisements en veux-tu en voilà, des passages secrets, des pièges, des courses poursuites, les moments où le héros croit avoir gagné, mais où le vilain s’enfuit ; d’autres moments où le vilain pense avoir piégé le héros, mais où celui-ci parvient à se tirer du guêpier indemne, la douce romance, le happy end et j’en passe et des meilleurs.

La lecture des aventures de Luc Hardy ne change alors pas de la lecture des aventures de Paddy Wellgone de H. R. Woestyn (autres que l’excellent roman « L’énigme de la malle rouge ») ou des divers détectives de Marcel Priollet pour la même collection et d’autres enquêteurs croisés à la même époque dans un format identique.

Si l’ensemble se lit avec plaisir, on regrettera que l’auteur n’ait pas tenté d’apporter un petit plus à ses récits comme le fit, dans la même collection, par exemple, un Marcel Vigier qui, dans son duo d’enquêteurs Florac et La Glu, glissait une petite touche d’humour avec le second personnage.

Dommage.

Au final, un récit classique pour le genre, le format et l’époque qui se lit avec plaisir, mais auquel il manque un petit plus pour le démarquer du tout-venant.

L'agonie infernale

LH06

Dans le monde de la littérature fasciculaire policière, certains auteurs sont considérés (du moins par moi) comme incontournables, soit par l’immensité de leur production, soit par la qualité de celle-ci et, plus rarement, pour les deux.

Pour la qualité, je citerais des écrivains tels Maurice Lambert, Charles Richebourg, René Byzance.

Quant à la quantité, une notion bien moins subjective, comment passer à côté d’Henry Musnik, Marcel Priollet ou encore Paul Dargens.

Mais, contrairement aux autres noms cités, les deux derniers ont eu la lourde tâche d’essuyer les plâtres, puisqu’ils participent à l’une des premières collections fasciculaires policières destinées à regrouper des récits de différents auteurs : « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi, à partir de 1919.

Si, pour l’occasion, Marcel Priollet met en scène des personnages différents dans ses récits, Paul Dargens, de son vrai nom Paul Salmon (1884 - 1965), lui, écrit quasiment que des enquêtes d’un seul et même héros : Luc Hardy, un jeune millionnaire devenu détective par goût de la justice et pour contrer l’ennui.

Ce sont alors plus d’une vingtaine d’aventures que Luc Hardi vivra au sein de cette mythique collection « Le roman policier », sous la forme de fascicules de 32 pages illustrés par l’excellent Gil Baer, entre 1920 et 1923.

La plupart, si ce n’est toutes ces aventures, comme beaucoup de titres de la même collection, seront rééditées, toujours chez Ferenczi, dans la collection « Police et Mystère », à partir du début des années 1930, sous la forme de fascicules de 64 pages avec photographie en couverture (représentant souvent la même scène que les illustrations de Gil Baer).

« L’agonie infernale » est un fascicule paru initialement en 1920 puis réédité en 1934.

L’AGONIE INFERNALE

Le bonheur de Bernard Dorval, grand métallurgiste parisien, est à son comble. Après une carrière fructueuse durant laquelle il a bâti sa fortune, Micheline, sa fille unique s’est fiancée et va bientôt connaître un mariage d’amour.

Mais le destin en veut autrement en faisant réapparaître dans l’existence de Dorval le comte de Valpreux, celui qui, jadis, fut son commanditaire.

Pourtant, il avait définitivement coupé les ponts avec lui en apprenant de quelles entreprises criminelles celui-ci tirait ses fonds.

Le comte de Valpreux, sans aucune gêne, exige la main Micheline, menaçant, en cas de refus, de le briser en révélant toute la vérité.

Heureusement pour Dorval, Luc HARDY, le célèbre détective millionnaire, ami de son futur gendre et présent pour les festivités, a surpris la conversation entre les deux hommes et décide de s’en mêler au péril de sa vie…

Bernard Dorval aurait tout pour être heureux. Une grande carrière dans la métallurgie, une fortune bâtie à la force du poignet, et maintenant sa fille unique, Micheline, qui vient de se fiancer avec l’homme qu’elle aime.

Mais ces fiançailles sont gâchées par l’apparition du comte de Valpreux, celui qui investit de l’argent au début de la carrière de Dorval, mais également celui avec qui Dorval avait coupé les ponts, après avoir remboursé ses dettes, en apprenant que ces fonds provenaient d’entreprises criminelles. Et voilà que le triste sir ose exiger la main de Micheline, menaçant de détruire à la fois le mariage de celle-ci et la carrière de Dorval en révélant tout.

Bernard Dorval est désespéré, mais l’ami du fiancé de sa fille, ayant entendu la conversation entre les deux hommes, assure Dorval qu’il va tout faire pour l’aider, et lui révèle sa véritable identité : Luc Hardy, le grand détective millionnaire. Mais ce dernier ne se doute pas des grands dangers qu’il va encourir.

Je retrouve donc Luc Hardy dans ce qui semble être sa 6e aventure (s’il n’en existe pas ailleurs des cachées) dans laquelle le détective millionnaire va encore se confronter à un dangereux ennemi à la tête d’une organisation criminelle.

Ce récit de 12 500 mots (dans sa version 1920) est composé des mêmes éléments que les enquêtes précédentes. Un style un peu daté (mais correspondant au début des années 1920), des méchants très méchants, un héros très courageux, fort, chanceux, aussi, de l’action, de l’aventure et quelques descriptions de personnages (courtes, mais plus présente que dans la plupart des fascicules de 32 pages de l’époque).

Alors, certes, l’intrigue est basique, simple, et, finalement, assez peu crédible dans les moyens déployés par les méchants pour éliminer les gentils, mais on peut faire le même reproche à des scénarios de séries, films ou romans actuels.

Effectivement, quand ils tiennent le héros en joue, préfèrent toujours utiliser, pour l’éliminer, une méthode moins rapide et définitive et qui lui laisse une chance de s’en sortir (sinon, il n’y aurait plus de héros).

Mais là, le méchant en fait beaucoup, beaucoup pour se débarrasser de deux personnes (Dorval et Hardy) et met beaucoup de moyens en place pour quelqu’un sensé être sans le sou (raison pour laquelle il veut épouser Micheline).

Cependant, on pardonnera à l’auteur dont le but est juste de proposer un récit rythmé par l’action et l’aventure, tâche dont il s’acquitte correctement.

Au final, un petit récit tirant plus sur l’action et l’aventure que sur le policier et dont l’intrigue est un peu tirée par les cheveux, mais qui se lit sans déplaisir à défaut d’enthousiasme.

L'affaire des deux Z

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J’aurai tellement de choses à dire sur Maurice Lambert, du moins sur sa plume, ses récits, qu’au final je ne sais par où commencer.

Le début serait de dire que derrière ce pseudonyme se cache l’écrivain Georges O. Duvic (1900 - 1968), alias Géo Duvic, un journaliste, chansonnier et auteur de romans et de fascicules.

Ne m’intéressant qu’à la production policière des auteurs, et plus précisément, quand il y en a, aux personnages récurrents de ceux-ci, c’est donc vers le pseudonyme « Maurice Lambert » que je me tournais pour découvrir plume et héros de l’auteur.

Au début des années 1940, dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot (une collection de fascicules de 32 pages, double colonnes), Maurice Lambert signe une vingtaine de fascicules dans lesquels on trouve plusieurs personnages récurrents.

Je mettrais de côté le commissaire Garnel, dont je n’ai trouvé, pour l’instant, que deux enquêtes, pour me concentrer sur trois autres enquêteurs : Le commissaire Mazère, l’inspecteur, devenu commissaire, Machard et le rentier-détective A. B. C. Mine.

Pour chacun des deux premiers investigateurs, on découvre quelques enquêtes dans d’autres collections et chez d’autres éditeurs comme « Énigma » des éditions Nicéa, « Main Blanche » des éditions S.P.E., « Police Express » des éditions A.B.C.

Quant au troisième, pour l’instant, hormis les 4 titres dans la « Collection Rouge », je n’ai découvert que deux minuscules enquêtes faisant suite à des récits indépendants, chez Nicéa.

Dommage, car A. B. C. Mine est un personnage à la fois original et attachant que j’aurais aimé retrouver plus souvent.

« L’affaire des deux Z » est une enquête d’A. B. C. Mine publiée vers 1944 chez Janicot.

L’AFFAIRE DES DEUX Z

L’affaire des deux Z, sans l’intervention du placide A. B. C. Mine, un policier devenu rentier et qui a pour manie de fourrer son nez un peu partout, n’aurait jamais défrayé les chroniques.

Pourtant, que deux négociants fortunés, l’un nommé Zaradjian, le second, Zagrominos, meurent, d’un arrêt cardiaque, le même soir, dans la même rue, avait déjà de quoi éveiller les suspicions.

Mais quand A. B. C. Mine apprend que chaque victime avait été dépouillée, l’un d’un portefeuille contenant une grosse somme d’argent, l’autre de bijoux, le hasard ne pouvait plus être invoqué pour expliquer ces vols consécutifs aux décès.

Et puisque hasard il n’y avait, A. B. C. Mine devait désormais résoudre un double homicide. Pour cela, il lui fallait découvrir comment les meurtres avaient été commis et par qui ?...

L’affaire des deux Z réservait encore beaucoup de surprises… surtout pour A. B. C. Mine.

Comme de coutume, A. B. C. Mine raconte à son ami écrivain, des enquêtes auxquelles il a participé. Dans le cas du jour : l’Affaire des deux Z, une histoire dans laquelle le meurtrier a utilisé une façon de tuer originale et qui sans la perspicacité serait demeurée un simple fait divers : deux hommes, Zagrominos et Zaradjian, meurent d’une crise cardiaque au volant de leur voiture, dans la même soirée, dans la même rue.

Mais Mine découvre rapidement que chacun a été dépouillé, qui de son portefeuille contenant 300 000 francs, qui d’un écrin contenant des bijoux de prix. Et une courte enquête lui démontre que chacun avait rendez-vous dans un hôtel avec un dénommé van Brooken. Mais aucun van Brooken dans cet hôtel, ni ailleurs.

Point de doute, les deux Z ont été attirés dans un piège, mais qui, et, surtout, grâce à quelle méthode, a-t-il pu assassiner les deux Z…

Je retrouve donc avec plaisir ce bon gros vieux et jovial A. B. C. Mine pour la quatrième fois.

Bien évidemment, et malheureusement, l’auteur ne va pas autant s’appesantir sur son personnage que dans la toute première enquête. Normal, il n’a pas besoin, les présentations ont déjà été faites et, surtout, il a un récit à mener.

Pourtant, malgré ce simple survol du personnage, celui-ci demeure bien plus savoureux que la plupart de ses confrères. Sa jovialité, sa rondeur, sa propension à se mêler de tout avec un sans-gêne assumé et toujours avec le sourire font de lui un personnage attachant et sa perspicacité et son intelligence, un enquêteur redoutable.

Si j’ai pour habitude de louer les qualités de Maurice Lambert, tant pour sa plume que surtout, pour sa maîtrise du format et sa propension à toujours proposer une intrigue intéressante et crédible pour l’époque, je dois ici mettre un léger bémol sur l’intrigue qui, si elle réserve des surprises et un double rebondissement final, pèche tout de même dans la seconde partie de son rebondissement (bien qu’à l’époque, cela devait passer plus facilement).

Mais c’est bien pour émettre une légère critique envers un auteur que je ne cesse d’encenser.

Car, excepté ce léger relâchement sur la qualité de l’intrigue, le reste est toujours d’un niveau remarquable dans un format pourtant contraignant.

Pourtant, on y réfléchissant un peu plus, je constate que, si les enquêtes d’A. B. C. Mine brillent par l’originalité du personnage, les intrigues mettant en scène le détective rentier sont elles un peu en deçà de celles dans lesquelles se débattent, par exemple, le commissaire Mazère ou l’inspecteur Machard.

Cette constatation confirme que dans un format aussi contraignant que le fascicule de 32 pages, il est extrêmement difficile de développer à la fois intrigue et personnages, raison pour laquelle, bien souvent, les auteurs ne se concentraient ni sur l’une ni sur les autres.

Maurice Lambert a souvent mis le curseur sur l’histoire, Mazère et Machard n’étant point des personnages très complexes ni très originaux. Mais quand il a eu la volonté de travailler plus son héros, par l’action de vases communiquant, les intrigues en ont un peu pâti. Pas très grave. On ne lui en voudra pas. Le manque de place n’étant pas de son fait.

Au final, une intrigue légèrement plus faible que d’ordinaire, mais un personnage principal que l’on a toujours plaisir à retrouver.

La mort porte lorgnon

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Maurice Lambert, de son vrai nom Géo Duvic (1900 - 1968) en plus d’avoir été chansonnier et journaliste, est un auteur de littérature fasciculaire sur lequel je ne taris pas d’éloge depuis que j’ai fait connaissance avec sa plume et ses personnages.

Au début des années 1940, principalement dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot, une collection de fascicules de 32 pages double-colonne contenant des récits entre 12 000 et 15 000 mots, on découvre trois personnages récurrents de l’auteur (et peut-être un 4e) que sont les commissaire Mazère, le détective A.B.C. Mine et l’inspecteur (devenu commissaire) Machard.

Dans chaque enquête de ces messieurs, Maurice Lambert s’est évertué à proposer ce qui se faisait de mieux en matière de récit policier fasciculaire.

Si, à travers A.B.C. Mine, Maurice Lambert avait poussé le luxe jusqu’à proposer un personnage original et attachant (chose rare dans ce format), dans tous les cas, ses intrigues, ses narrations et son style permettent aux lecteurs de se trouver non pas face à un récit policier, mais bien un roman policier condensé.

« La mort porte lorgnon » est paru en 1944 dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot, et met en scène le commissaire Machard.

Paul Machard, qui débuta en tant qu’inspecteur dans les récits de l’auteur, est devenu, en cours de carrière, commissaire.

LA MORT PORTE LORGNON

Des affaires glauques, le commissaire MACHARD en aura connu durant sa longue carrière. Or, celle dite du « Pont Louis-Philippe » demeurera à jamais gravée dans sa mémoire.

Deux corps de jeunes femmes démembrés retrouvés dans la scène, l’absence des têtes empêchant une rapide identification ; une troisième disparition inquiétante ; un suspect qu’un faisceau d’indices accuse et puis la présence du grand romancier Raphaël Darbois !...

Raphaël Darbois, ami du commissaire MACHARD auprès duquel il vient souvent chercher inspiration.

Raphaël Darbois, qui a déjà, en compagnie du commissaire MACHARD, résolu plusieurs crimes.

Raphaël Darbois, enfin, qui compte bien élucider sa quatrième enquête, dénoncer le coupable et apporter des preuves contre lui, car il a une longueur d’avance sur son vieux camarade, le commissaire MACHARD.

Le commissaire Machard est chargé d’un bien glauque dossier. Les membres de deux corps de jeune femme ont été retrouvés dans la Seine. Les têtes manquent, retardant l’identification.

Pourtant, à force d’enquêtes, Machard parvient à connaître l’identité des deux mortes et parvient à arrêter un suspect non sans qu’une troisième jeune femme ait disparu.

Mais le suspect est coriace et le commissaire Machard n’a aucune preuve formelle contre lui.

Heureusement, son ami le romancier Darbois, venu le voir pour trouver l’inspiration, comme à son habitude, va lui donner un coup de main pour clore cette enquête, comme il le fit plusieurs fois par le passé. Mais cette fois-ci, sa démonstration va être retentissante…

Je retrouve donc à nouveau le commissaire Machard dans une enquête un peu plus sombre que de coutume avec ces meurtres et démembrements de jeunes femmes.

Dans ce roman, si le commissaire Machard est mis en avant, c’est avant tout et surtout son ami le romancier Darbois qui sera le véritable point central du récit.

Un romancier en mal d’inspiration venant se ressourcer auprès de Machard, l’auteur nous en avait déjà présenté un dans « L’affaire Marville », mais il s’appelait alors Alex Charmois.

Des romanciers enquêteurs, la littérature populaire en a hébergé pléthore.

Rien de nouveau, donc, sous le soleil.

Rien de nouveau non plus dans l’intrigue, la narration et la plume de Maurice Lambert, tout est absolument parfaitement maîtrisé et, malgré la concision inhérente au format, l’auteur nous livre un véritable roman policier en condensé.

Tout y est : une intrigue simple, mais glauque ; tous les éléments de l’enquête, depuis le travail du légiste, de l’Identité Judiciaire, des renseignements jusqu’aux interrogatoires poussés.

Mais Maurice Lambert nous offre également des rebondissements, surtout un final, auquel je ne m’attendais pas et qui, en plus est bien amené et une fin à la « Whodunit » le genre si cher à Agatha Christie dans lequel l’enquêteur, en présence des différents suspects, explique comment il a rayé telle ou telle personne de sa liste jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un nom, celui du coupable.

Proposant ainsi et comme rarement (du moins chez les autres auteurs) l’impression au lecteur d’avoir lu un vrai roman policier (et non un récit policier), Maurice Lambert pouvait difficilement faire mieux (comme à chaque fois ou presque).

Alors, on pourra toujours reprocher la fin très abrupte qui sonne comme une moralité et donc qui a des airs de fin de nouvelle et non de fin de roman, mais il fallait bien respecter le format et le récit approchait dangereusement des 15 000 mots, la limite que peut recevoir ce genre de fascicule.

Au final, excellent, difficile de faire mieux dans le monde du fascicule policier de 32 pages.