Loto Édition

15 juillet 2018

Corrida aux Champs-Élysées

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Quand j’ai une petite envie de ne prendre aucun risque et d’être assuré de lire un bon livre écrit par un bon auteur qui a un bon style, bien souvent, je me tourne vers le San Antonio de Frédéric Dard ou, en second choix, le Nestor Burma de Léo Malet.

Ainsi, régulièrement, je me plonge dans la bibliographie de l’un ou de l’autre.

Ne voulant pas perdre du temps à chercher un nouveau livre à dévorer et risquer de me tromper dans mon choix, j’ai donc choisi pour lecture, un Nestor Burma, en me contentant, comme pour les San Antonio, de les lire dans l’ordre d’écriture.

C’était donc au tour de « Corrida aux Champs-Élysées » de passer à la casserole.

Corrida aux Champs-ÉlyséesNestor Burma a un coup de blues. Pendant quelques semaines, il a été le garde du corps d’une star d’Hollywood dans un hôtel de l’avenue des Champs-Élysées où elle était descendue, puis au Festival de Cannes. Malgré lui, il en est un peu tombé amoureux. Pour lui changer les idées, son ami journaliste Marc Covet l’invite à deux avant-premières : le premier film met en vedette Denise Falaise, une vedette adulée ; le second, Lucie Ponceau, une vieille actrice qui fait là un retour fracassant. Accompagné de Burma, Covet se rend après la projection au domicile de la Ponceau pour l’interviewer, mais la découvre agonisante sur son lit. Nestor Burma appelle le commissaire Faroux qui débarque avec son médecin légiste : la vieille star s’est empoisonnée à l’opium. Le milieu du cinéma est sous le choc. Le producteur Montferrier, inquiet, engage Burma pour surveiller Tony Charente, la vedette d’une prochaine grosse production. Il craint une rechute de Tony qui sort d’une cure de désintoxication. Le détective, qui tient à démasquer le coupable qui a fourni l’opium à la Ponceau et signé ainsi son arrêt de mort, tient l’occasion qu’il cherchait de se lancer sur la piste de la bande à Venturi, un réseau de trafiquants. Or, c’est connu, les malfrats n’aiment pas qu’on mette le nez dans leurs affaires. Ils vont en donner la preuve à Burma en l’assommant et en lui faisant découvrir le corps sans vie d’un journaliste qui avait voulu lui aussi en savoir trop. En dépit de l’avertissement, Nestor Burma s’entête et arrive à ses fins.

Nestor Burma fait son cinéma ou, tout du moins, pénètre le milieu du cinéma en devenant le garde du corps d’une starlette.

Alors que la jeune actrice est retournée dans son pays, le détective continue d’occuper la chambre d’hôtel qui lui avait été louée et à fréquenter le milieu. C’est en accompagnant Covet, son ami journaliste, chez une actrice vieillissante sur le retour qu’il la découvre morte, probablement par overdose.

Nestor Burma, intrigué, va chercher à comprendre ce qu’il s’est passé.

Bon, je ne m’attarderais pas sur cet opus, car, pour une fois, je n’ai pas vraiment été emballé, ni pas l’histoire ni par le style.

L’histoire n’est pas passionnante et n’offre pas réellement de bons moments. L’intrigue a du mal à se mettre en place et encore plus à progresser.

Comme, en parallèle, le style usuel de la série n’est pas vraiment présent, il ne m’est pas resté grand-chose à me mettre sous la dent.

Alors, certes, je suis tout de même allé au bout de ma lecture sans trop forcer, grâce, notamment, à la courte taille du roman, mais je l’ai refermé sans regret et sans qu’il me laisse un souvenir impérissable.

Aussi, je ne m’attarderais pas plus sur cette critique.

Au final, alors que Nestor Burma était, jusqu’à présent, un refuge sûr quand je sortais d’un mauvais livre, voilà qu’il se met à me décevoir quelque peu à son tour. Attention, Burma, à ne pas renouveler cette frasque. 

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Harcèlement

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Jean-Baptiste Ferrero est un auteur que j’ai découvert récemment à travers les aventures de son personnage récurrent : Thomas Fiera.

« Mourir en août » avait été une très bonne découverte ou les ingrédients (taille, humour, dialogues, action, personnages, histoire, narration...) étaient savamment dosés pour ma grande satisfaction.

Je reprochais à « Antithèse », du même auteur avec le même personnage, d’avoir un dosage bien plus bancal et un rendu un peu moins savoureux.

Qu’en est-il maintenant de « Harcèlement », un très très court roman dont je ne pourrais estimer la taille puisque la version que j’ai achetée contient, en plus de ce titre, trois autres : « Heureux les élus », « Sea, secte and sun » et « Voleurs ! ».

HarcèlementQuand on n’aime pas les marrons, les feuilles mortes et que colchique dans les prés vous file des envies de buter tout ce qui bouge, l’automne devient une saison un peu problématique. Quand, par ailleurs, vous vous appelez Thomas Fiera, que vous êtes un aspirateur à emmerdes, un aimant à embrouilles, un paratonnerre à engastes, vous avez le choix entre vivre à la cave, entouré de grigri et de sacs de sable ou bien braver les événements sans vous départir de votre flegme, armé d’un humour un peu grinçant et d’un gros calibre chargé de balles à têtes creuses. Aussi, quand un DRH aussi franc qu’un âne qui recule demande à Thomas Fiera d’enquêter sur un cadre qu’il soupçonne de harcèlement envers un collaborateur, il va accepter tout en flairant les ennuis. Il préférerait se faire arracher les dents de sagesse plutôt que de mener ce genre d’affaire, mais son compte en banque crie famine, son chat a des goûts de luxe et l’ennui lui taraude sérieusement le fondement. Avant de pouvoir retourner gentiment déprimer dans son bureau de Belleville, il lui faudra démêler un sac d’embrouilles où les méchants ne sont pas ceux que l’on croit, croiser quelques cas cliniques, rencontrer des jeunes filles en détresse et compléter sa collection de salopards intégraux. Le monde des entreprises est vraiment un monde formidable !

Voilà Thomas Fiera de retour et, à chaque aventure, il a affaire à une caste qu’il déteste. Après le monde des grandes entreprises, celui de la politique, le voilà confronter au monde de la finance et des banques qu’il hait tout autant que les autres.

« Harcèlement » est l’occasion pour l’auteur et son personnage de dire tout le bien qu’ils pensent des banquiers de tous bords.

Le DRH d’une banque demande à Fiera d’enquêter sur un directeur d’agence qui est accusé par un collaborateur de harcèlement moral.

Pour une fois, Thomas Fiera décide de prendre le taureau par les cornes et de rencontrer directement le principal intéressé pour le mettre devant les accusations qui sont portées à son encontre. Certes, le bonhomme en question semble être un gros con un peu lâche, mais nullement du genre à harceler son prochain. Aussi, le détective va s’intéresser à l’accusateur et découvrir qu’il a affaire au genre d’ordure qu’il déteste au plus haut point.

Je pourrais répéter à la lettre, pour ce titre, ce que j’avais écrit pour les deux autres courts titres de la série (excepté, donc, « Mourir en août »). Effectivement, du fait de la taille, on comprend que l’auteur n’aura pu distiller tous les ingrédients qui avaient fait le succès de son roman « Mourir en août », mais qu’il parvient tout de même à capter le lecteur, notamment grâce à ses convictions (ou celles de son héros), à son personnage, ses dialogues, son ambiance, sa violence et son humour.

La seule différence réside dans la façon dont intervient, tout aussi brièvement, Adélaïde, un des personnages secondaires de l’équipe de Thomas Fiera.

Au final, idem que pour « Heureux les élus », un très court roman (encore plus court ?) qui remplit ses offices qui consistent à proposer un bon moment de lecture, mais qui ne laissera pas un souvenir impérissable du fait de sa concision et de l’absence de certains éléments cruciaux.

Heureux les élus

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Jean-Baptiste Ferrero est un auteur que j’ai découvert récemment à travers les aventures de son personnage récurrent : Thomas Fiera.

« Mourir en août » avait été une très bonne découverte ou les ingrédients (taille, humour, dialogues, action, personnages, histoire, narration...) étaient savamment dosés pour ma grande satisfaction.

Je reprochais à « Antithèse », du même auteur avec le même personnage, d’avoir un dosage bien plus bancal et un rendu un peu moins savoureux.

Qu’en est-il maintenant de « Heureux les élus », un très court roman dont je ne pourrais estimer la taille puisque la version que j’ai achetée contient, en plus de ce titre, trois autres : « Harcèlement », « Sea, secte and sun » et « Voleurs ! ».

Heureux les élusThomas Fiera, la politique, cela n’est pas son domaine d’élection. Quand il s’en mêle, les urnes deviennent funéraires et les bulletins, nécrologiques... Comme il a une bonne gauche et une méchante droite, sa conception du débat relève plus de la castagne que de la rhétorique et à l’heure de compter les voix il a un peu tendance à faire voter les morts. Aussi, quand un de ses vieux potes – ex-gauchiste reconverti dans la notabilité vertueuse – lui demande de découvrir qui tente de torpiller sa campagne municipale, il accepte sans grand enthousiasme. Il va découvrir un marigot où l’on trouve plus de caïmans que de flamants roses et où la trahison est un mode de vie. Mais dans le doute, Thomas Fiera ne s’abstient pas ; il fonce dans le tas, distribue des baffes et applique la bonne vieille méthode dite de la nitroglycérine : on secoue la bouteille et on voit ce qui se passe... 

Thomas Fiera est contacté par une vieille connaissance de la FAC qui s’est depuis lancée dans la politique et qui cherche à savoir qui veut torpiller sa campagne municipale et lui a envoyé, en guise de missive, un chat éventré, avec une balle à l’intérieur. Mais les candidats à la pression sont nombreux, l’homme cachant son homosexualité derrière un mariage de raison avec la fille d’un homme de poids aux idées très fascisantes.

Thomas Fiera va alors faire ce qu’il fait le mieux, donner un coup de pied dans la fourmilière et voir ce qui se passe ensuite. Mais, les nazillons sont bien plus belliqueux, du moins plus dangereux que les fourmis et les conséquences risquent d’être bien plus fâcheuse qu’une simple morsure.

Très court roman auquel on pourra faire les mêmes reproches et les mêmes compliments qu’à « Antithèse », et ce pour les mêmes raisons.

De par sa concision, l’auteur ne peut donc doser tous les ingrédients qui avaient fait le succès de « Mourir en août » à savoir une montée crescendo de la tension et de la violence, un saupoudrage de poésie et de tendresse, une vraie présence des personnages secondaires de l’équipe de Thomas Fiera (tous sont absents sauf Adélaïde qui tombe à point nommé comme un cheveu sur la soupe) et quelques circonvolutions littéraires de bon aloi.

Reste, alors, l’action et la violence, mais sans la progression dramatique, les « punchlines » et les dialogues savoureux et les sentiments de l’auteur envers les politiques, en général, et les extrémistes, en particulier.

Au final, « Heureux les élus », de par sa courte taille, ne permet pas à Ferrero d’atteindre les sommets de « Mourir en août », mais offre tout de même un bon moment de lecture, mais qui, du fait de l’absence de certains éléments de la « recette », ne marquera pas les esprits du lecteur.

11 juillet 2018

Iko Terouka, le célèbre détective japonais

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Si vous parcourez régulièrement ce blog, ou bien si vous fouillez de temps en temps dans le catalogue d’OXYMORON Éditions, vous n’êtes pas sans savoir que je porte un certain intérêt à José Moselli, auteur injustement boudé de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle.

Effectivement, les rééditions des aventures de John Strobbins et de M. Dupont, détective, ainsi que du roman « La momie rouge » de l’auteur témoignent de l’affection que je porte à son style et à ses personnages.

Poursuivant ma découverte du travail de l’auteur, toujours dans le domaine policier, je rêvais, il y a quelque temps, de pouvoir rééditer partiellement deux autres séries de José Moselli : « Iko Terouka » et « Browning et Cie ».

Malheureusement, devant l’ampleur de la tâche consistant à parvenir à mettre la main sur les textes originaux (ce sont deux séries éditées uniquement dans des magazines à raison d’une page de 3 bandes de textes et trois bandes d’illustrations par numéro, et ce, sur 16 et 13 ans), j’avais commencé à baisser les bras.

J’étais bien parvenu à acheter quelques recueils annuels en plein milieu des séries, mais, les épisodes s’étalant sur plusieurs magazines voire plusieurs dizaines, j’avais trop peu de matière pour mettre en route une réédition pertinente.

Heureusement, alors que j’avais abandonné le projet, j’ai croisé la route d’un collectionneur passionné des magazines des éditions Offenstadt (l’éditeur, justement, des magazines dans lesquels étaient diffusées les séries en question) qui, à défaut de posséder tous les numéros des deux séries, en possédait suffisamment pour me permettre de regrouper plusieurs épisodes complets des aventures de l’un ou l’autre héros.

Mais voilà, un collectionneur, par essence, tient à sa collection. Difficile de lui demander de me prêter des centaines de magazines tous aussi rares les uns que les autres, surtout que je ne le connaissais ni d’Ève ni d’Adam.

Évidemment, il y avait la solution de demander au collectionneur de scannériser une à une les pages de ces magazines. Mais, devant l’ampleur de la tâche (pensez ! demander à un inconnu de scannériser des centaines de pages, juste pour me faire plaisir...), j’avais peu d’espoir d’aller plus loin dans mon projet. Mais c’était sans compter sur la générosité des passionnés et des collectionneurs (que j’avais pourtant déjà remarquée à de nombreuses reprises).

Après des échanges de dizaines de mails contenant des centaines de pages scannérisées, le rêve prend forme et la série reprend vie...

Iko Terouka, le célèbre détective japonaisComme le laisse entendre le titre, Iko Terouka est un détective, il est japonais et, en plus, il est célèbre. L’homme parcourt le monde pour résoudre les plus intrigantes affaires, affronte les pires dangers, mais finit toujours par s’en sortir et par arrêter les méchants.

José Moselli nous propose une nouvelle fois du roman policier d’aventures comme il sait si bien en écrire. D’ailleurs, les lecteurs de la série « M. Dupont, détective », du même auteur, ne seront pas dépaysés (malgré les voyages incessants), car les deux séries sont très proches dans l’esprit et dans le style.

Les deux détectives sont intelligents, courageux, pugnaces, voyageurs, intrépides, ont un physique qui n’impressionne pas, mais sont doués d’une force rare, d’une agilité certaine et savent se battre.

La principale différence réside dans le fait qu’Iko Terouka travaille seul là où M. Dupont est aidé par le jeune noir Koufo. Aussi, si le second peut parfois compter sur son collègue pour le sortir d’ennui, Iko Terouka, lui, ne pourra compter que sur sa chance et son intelligence.

L’autre différence se trouve dans la taille des épisodes. Pour « M. Dupont, détective », José Moselli répartit chaque histoire sur 40 à 50 épisodes (entre 20 000 mots et 30 000 mots). Alors que pour « Iko Terouka » les épisodes varient grandement de tailles allant de moins de 10 épisodes à plus de 30 (5 000 mots à plus de 20 000).

Au final, voilà une série dans la pure veine des séries écrites par José Moselli et dont on retrouvera l’esprit et le style quelques années plus tard dans « Monsieur Dupont, détective ». Du bon roman policier d’aventures comme l’auteur savait si bien en écrire.

08 juillet 2018

Antithèse

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Avec la lecture de « Mourir en août » de Jean-Baptiste Ferrero, j’ai découvert un auteur, un style, des personnages. Ayant apprécié autant les uns que les autres, j’ai très vite eu envie de partager encore un moment de lecture avec eux et j’ai enchaîné avec la lecture de « Antithèse ».

Dans « Antithèse », on retrouve donc le style de Jean-Baptiste Ferrero, mais également les personnages de Thomas Fiera, Manu, Richard, Fred et Adélaïde.

AntithèseEn retournant à la Fac, département linguistique, Thomas Fiera ne s’imagine pas approfondir ses connaissances sur la sémantique cachée des poètes du Moyen-Âge, mais il croit tout de même pouvoir renouer un peu avec sa jeunesse. Le pèlerinage nostalgique va très vite tourner court et Thomas va devoir se coltiner un linguiste insupportable, une amatrice de Saint-John Perse complètement déjantée, un sculpteur priapique et des Moldaves comme s’il en pleuvait. Mais quand de vrais méchants entrent dans la danse, Fiera renonce aux arguties théoriques pour leur préférer le napalm académique. Il va y avoir du rififi au firmament des philologues ! Plus simplement : encore une fois, Thomas Fiera va devoir faire le ménage, et quand on sait qu’il préfère le flingue au plumeau, on peut s’attendre à tout...

Thomas Fiera retourne donc à la FAC, un univers que connaît bien l’auteur Jean-Baptiste Ferrero.

Après la bonne surprise de ma découverte de cet auteur et de ce personnage via le roman « Mourir en août », je me suis précipité pour acheter tous les ouvrages réunissant ce duo afin de les dévorer soit à la suite, soit petit à petit.

Cependant, emballé par ma première lecture j’ai sauté immédiatement sur un second livre de la série : « Antithèse ».

Si j’étais content de retrouver Thomas Fiera, presque égal à lui-même, je dois avouer avoir été quelque peu déçu, ce très court roman n’étant pas à la hauteur du précédent, et ce pour plusieurs raisons.

Effectivement, si Thomas Fiera est peu ou prou le même, les autres personnages qui gravitent autour de lui sont beaucoup moins exploités.

Du fait de la concision du texte, l’auteur a moins de latitude et de temps pour mettre en place son intrigue (qui est du coup plus faible) et pour réussir une montée en puissance comme il l’avait réalisée dans « Mourir en août ».

Mais, ce qui manque le plus, c’est sa présence à Elle ! Elle ! La femme de Thomas Fiera, tombée dans le coma et que Thomas allait visiter à l’hôpital toutes les semaines depuis des années. Elle, qui entretenait la dépression de Thomas Fiera, mais qui était aussi à l’origine des scènes touchantes et poétiques qui contrebalançaient, dans, « Mourir en août », avec les dialogues percutants et les scènes d’actions frénétiques. Elle, qui était un lien entre la vie d’avant et celle de maintenant et qui entretenait des pauses pour faire souffler le lecteur.

Sans Elle, le roman manque de stabilité et penche trop d’un côté.

Heureusement, le texte est très court ce qui évite que le lecteur puisse s’ennuyer.

Au final, bien moins réussi à tous points de vue que « Mourir en août », « Antithèse » est surtout un roman souffre de la comparaison avec son prédécesseur. Réussir le dosage parfait entre « Punchlines », action, poésie et dépression, n’est pas chose aisée que l’on parvient à tous les coups. Jean-Baptiste Ferrero nous le prouve avec ces deux exemples. Pour autant, ne boudons pas un roman qui, par sa concision et pour son personnage principal, n’en demeure pas moins un agréable moment de lecture.


Mourir en août

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Jean-Baptiste Ferrero est un auteur, n’en doutons pas, de romans policiers et autres circonlocutions littéraires.

C’est également un diplômé en philo de la Sorbonne (je ne sais si ce cursus a une influence sur sa plume, mais sûrement). Et ancien Directeur de communication (et là, il est certain que son job a influencé son clavier – il n’écrit probablement pas au stylo).

Enfin, Jean-Baptiste Ferrero est un auteur qui n’a pas de page Wikipedia... et là, j’adore ! Car c’est bien la preuve que l’on peut être un excellent écrivain sans être « Wikipédié » (ce qui donnera du baume au cœur à certains).

Enfin Plus : Jean-Baptiste Ferrero est avant tout et surtout un écrivain qui a un style, une plume, et, à une époque où les auteurs de romans policiers affadissent leur clavier pour plaire au plus grand nombre, je dis « bravo » et j’applaudis des deux mains et des deux pieds (oui, car je possède encore mes quatre membres).

Mourir en aoûtÀ Paris au mois d’août, on s’ennuie sérieusement. Le meilleur remède contre l’ennui, c’est LES ennuis. Et les ennuis, Thomas Fiera les attire à un point qui n’est pas raisonnable. Ancien universitaire en rupture de ban qui suite à un drame personnel est devenu enquêteur privé, Fiera promène son spleen et son humour caustique dans le monde des entreprises sur lequel il jette un regard sceptique et blasé. Recruté par le PDG de la société MC4 pour traquer un corbeau, un sale petit délateur sournois qui le met en cause auprès des médias, Fiera, flanqué d’une équipe d’aventuriers aussi improbables que dangereux, se retrouve embarqué dans un merdier infernal où il doit se farcir de faux druides, de vrais fachos et d’authentiques tarés en tous genres. Lui et ses quatre amis provoquent une forte augmentation de l’activité des pompes funèbres qui ne doit pas grand-chose à la canicule. Y’a pas à dire : Paris au mois d’août, c’est mortel !

Je dois vous confesser que, déprimé par le manque de style des auteurs de polars à succès actuels, quand je veux me laisser happer par des phrases dépassant le cadre du « sujet-verbe-complément » sans un poil qui dépasse, je plonge généralement dans les bibliographies de Frédéric Dard, de Léo Malet ou, pour les écrivains encore vivants, Jean-Bernard Pouy et Daniel Pennac.

Quand, parfois, je découvre un auteur qui tente le pari de proposer des phrases un peu plus alambiquées, des narrations plus complexes et de l’humour potache, le gâteau est bien souvent trop indigeste pour que je le finisse.

Mais là ! Oh, miracle ! Je viens enfin de découvrir un auteur qui, non seulement n’a pas peur de faire de l’humour à deux balles, qui prend le pari d’alterner les circonlocutions et les concisions littéraires, qui a un vrai sens du dialogue et de la « phrase qui tue », qui peut écrire une vulgarité puis, dans le paragraphe suivant, une réflexion à la fois poétique et bien sentie, qui a des idées et qui les défend, et qui, en prime, vous propose des personnages qui basculent du cliché à l’original sans vous laisser le temps d’en émettre la critique.

Bref, vous comprendrez qu’avant tout, ce que j’aime chez Ferrero, ce ne sont pas les dîners de l’ambassadeur (je suis sûr que l’auteur aurait apprécié cette blague si on ne lui avait déjà fait mille fois), mais c’est sa plume... son clavier... son stylo... son crayon... bref, le support qui lui sert à écrire ses textes.

Thomas Fiera est chargé de dénicher le corbeau d’une grande société. Pour ce faire, il s’entoure d’une équipe hétéroclite dans laquelle les hommes forts sont des femmes. Des femmes coriaces, des femmes dangereuses. Mais, cette simple affaire va rapidement partir en sucettes et les morts vont s’enchaîner jusqu’à un final violent et sanglant digne d’un bon film de John Woo.

Pourtant, au départ, Thomas Fiera n’a rien pour me plaire. Effectivement, le bonhomme a à peu près tous les défauts que je reproche à la plupart des héros de romans policiers actuels. Un brin alcoolo (mais un gros brin), un poil suicidaire (mais un immense poil), un brin dépressif (mais un énorme brin), tombeur à ses heures perdues... bref, rien qui ne pouvait me séduire sur le papier. Oui, mais, voilà, l’homme est surtout doué d’une répartie à faire mourir de rire, et ce même dans les moments les plus périlleux... surtout dans les moments les plus périlleux. Et c’est ce qui fait le sel principal de ce roman, ce sens de la répartie et l’amour sans commune mesure que le bonhomme porte à sa femme qui est dans un état végétatif depuis dix ans et auprès de qui il va passer la journée, tous les jeudis, à l’hôpital, dans l’espoir qu’elle se réveille un jour.

Car Thomas Fiera est complexe. Dépressif, mais bourré d’humour. Suicidaire, mais dur à cuire et à tuer. Tombeur, mais follement amoureux de sa femme.

Et, autour de ce personnage complexe gravite une équipe de personnages plus rudimentaires dans laquelle chacun a sa fonction et son caractère omnipotent.

L’ensemble est narré avec un certain sens du rythme et sans se soucier plus que cela d’une certaine crédibilité et avec un style indéniable aussi hétérogène que son personnage principal, alternant phrases chocs, descriptions lyriques, concisions littéraires et circonlocutions scripturales.

Bref.

Au final, une très bonne découverte que celle de la plume de Jean-Baptiste Ferrero et de son personnage de Thomas Fiera (si belle que j’ai immédiatement acheté tous les autres livres de l’auteur mettant en scène son héros. Autant vous dire que vous entendrez à nouveau parler de lui prochainement ici même). 

Mystère à domicile

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Billy Mac Tiddle, alias « Le Roi de la chaussette », le jeune marchand de bonneterie et détective à ses heures perdues, créé par l’écrivain Paul Max, revient pour une cinquième aventure.

Inutile d’épiloguer sur l’auteur dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est qu’il est né en Algérie en 1884 et qu’il a été naturalisé Belge et qu’il était journaliste.

Pour le personnage de Billy Mac Tiddle, vous pouvez consulter mes autres chroniques sur les autres titres le concernant : « Début dans la police », « Meurtre à Hilldrop Crescent », « L’assassinat du torero » et « Le drame du Magniolia ».

MYSTÈRE À DOMICILEBilly MAC TIDDLE, le célèbre « Roi de la chaussette », tant connu pour sa réussite dans le commerce de la bonneterie que pour ses talents de détective qui lui permirent, par le passé, de démêler d’extraordinaires mystères va se retrouver au centre de la plus étrange énigme de sa carrière. Par un soir de brouillard, aidé d’un membre de son personnel, Billy MAC TIDDLE fait ses comptes dans le bureau de son grand magasin. La tâche terminée, il raccompagne son caissier jusqu’à la sortie et constate, avec le veilleur de nuit, que les grilles ne se ferment plus. Le vieil employé pris d’un violent malaise se rend à l’infirmerie pendant que son patron retourne à son cabinet. Mais, une fois dans l’ascenseur, des coups de feu et des cris se font entendre au rez-de-chaussée. Un policier, attiré par les détonations, débarque sur les lieux en même temps que lui et, ensemble, découvrent un cadavre. À l’infirmerie, le duo tombe sur le corps sans vie du gardien. Cependant, quand les agents de Scotland Yard arrivent, les deux dépouilles ont disparu. Très vite, Billy MAC TIDDLE devient le principal suspect de ces crimes…

Comme le dit si bien James Day, le grand ami de Billy Mac Tiddle, agent de Scotland Yard : « Cette fois-ci, ce n’est plus vous qui avez couru après le mystère : c’est le mystère qui est venu chez vous ! »

Effectivement, alors, que, souvent, le jeune détective écossais court après le mystère, parfois, alors qu’il ne demande rien, c’est le mystère qui lui court après. C’était le cas dans « Meurtre à Hilldrop Crescent », c’est encore le cas dans ce cinquième opus.

Et quel mystère ! Billy Mac Tiddle prend sa soirée et une partie de la nuit pour finaliser les comptes de son entreprise avec l’aide de son comptable et ami. Le travail terminé, il le raccompagne à la porte du magasin, accompagné du veilleur de nuit.

Premier mystère, les portes ne se ferment plus. Second mystère, le vieux veilleur de nuit est pris d’un malaise et se rend à l’infirmerie. Troisième mystère, des coups de feu sont tirés dans le magasin. Quatrième mystère, un cadavre est découvert au rayon des chaussettes pour enfants. Cinquième mystère, le veilleur de nuit est trouvé mort à l’infirmerie. Sixième mystère, le premier cadavre disparaît. Septième mystère, le corps du veilleur de nuit disparaît également. Huitième mystère, le manteau du comptable est retrouvé par la police dans les sous-sols du magasin. Neuvième mystère, une bande de cambrioleurs de grande envergure envoie un message à Billy Mac Tiddle lui annonçant qu’il sera volé durant la nuit.

Neuf mystères en quelques lignes, voilà qui n’est pas banal. Et, encore, la liste n’est pas exhaustive, elle s’étale encore durant le reste de l’enquête.

Pas de chance, donc, pour Billy Mac Tiddle qui, non seulement, découvre des cadavres dans son magasin, mais qui, ensuite, est très vite suspecté par la police. Le sort s’acharne contre lui puisque son ami de Scotland Yard, James Day, est sur une affaire à Édimbourg et ne peut se porter caution pour lui.

C’est avec un grand plaisir que l’on retrouve le Billy Mac Tiddle des premiers opus et la plume de Paul Max qui lui servait de narrateur. Effectivement, si j’avais déjà noté cette qualité dans le précédent opus, « Le drame du Magniolia », là, l’effet est encore plus saisissant, du fait de la taille du texte qui se rapproche de celle des deux premiers romans (plus de 28 000 mots dans ce 5e titre), de l’humour du personnage principal, mais également de celui de l’auteur. Qui plus est, Paul Max nous offre un gimmick sous forme de leitmotiv qui ajoute une pointe d’humour supplémentaire et une touche décalée.

L’histoire n’est pas dénuée d’intérêt et l’on se demande réellement ce qu’il s’est passé dans ce magasin et ce qu’il va advenir de l’écossais qui semble être le suspect idéal pour les hommes de Scotland Yard.

Et d’ailleurs, le détective va surprendre le lecteur par ses réactions jusqu’à ce que l’on comprenne ce qui les a motivés.

L’auteur nous livre donc, en plus d’un personnage drôle et attachant, une histoire pleine de rebondissements et de mystères et de l’humour, ce qui est gage d’une lecture très agréable.

Au final, Paul Max replonge son héros, Billy Mac Tiddle, dans un monde teinté d’humour et un brin décalé qui lui sied à merveille et n’hésite pas à nous livrer une enquête mouvementée et rythmée.

Le drame du Magniolia

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Billy Mac Tiddle est un détective bien particulier puisqu’il est, en fait, un vendeur de chaussettes.

Billy Mac Tiddle est un vendeur de chaussettes particulier puisqu’il est, en fait, un excellent détective à ses heures perdues.

Et il faut avouer que le destin fait toujours en sorte de jalonner le chemin de ce jeune écossais de crimes en tous genres. Et, comme le bonhomme est fort curieux, il ne peut s’empêcher de se lancer dans l’enquête proposée par le hasard.

Billy Mac Tiddle est un personnage créé par l’écrivain Paul Max et dont je vous ai déjà parlé dans ses aventures précédentes : « Début dans la police », « Le meurtre d’Hilldrop Crescent » et « L’assassinat du torero ».

LE DRAME DU « MAGNIOLIA »Billy MAC TIDDLE, le détective vendeur de chaussettes, de retour de son voyage à Mexico, navigue sur le palace flottant le « Magniolia ». Un soir de tempête, l’acteur Teddy Michaël, l’ayant reconnu, lui demande protection, pensant être en danger. Pendant la nuit, le jeune premier s’évapore. Poussé par sa légendaire curiosité, Billy MAC TIDDLE se lance à la recherche du disparu et ne tarde pas à trouver des indices laissant présager qu’un drame s’est produit sur le « Magniolia »

« Le drame du Magniolia » fait suite à « L’assassinat du torero » puisque c’est en revenant de Mexico et alors qu’il navigue sur le Magniolia que Billy Mac Tiddle se retrouve face à une nouvelle énigme : la disparition d’un jeune acteur qu’il a vu, peu de temps auparavant, en train de se disputer avec une jolie femme de chambre.

Après un épisode didactique sur le monde de la tauromachie, épisode durant lequel l’auteur avait un peu mis de côté le style des précédents épisodes et où le personnage principal et son humeur n’étaient pas au même diapason qu’ordinaire, Paul Max et Billy Mac Tiddle reviennent à leurs bonnes habitudes.

Effectivement, Billy Mac Tiddle retrouve son humour un peu ironique et Paul Max retrempe sa plume dans un léger humour belge dont « L’assassinat du torero » était dénué.

On retrouve donc les dialogues et les pointes d’ironie qui avaient marqué les deux premiers opus, mais, là, dans un format un peu plus concis puisqu’au lieu de s’étaler sur la taille d’un roman, cette histoire se contente de la moitié soit 20 000 mots environ.

On commence à connaître Billy Mac Tiddle qui ne pense qu’à deux choses : ses chaussettes et les enquêtes policières.

Et c’est en dessinant les unes qu’il cherche à résoudre les autres.

Sur le paquebot croisière, Billy assiste à une dispute entre un jeune acteur de théâtre et une jolie femme de chambre. Quelques minutes plus tard, l’acteur, le reconnaissant, lui demande protection, pensant sa vie en danger.

Le soir, alors que la tempête fait rage, l’acteur disparaît et, au petit matin, le détective découvre des indices laissant supposer qu’un drame s’est déroulé.

Mais, comme durant la soirée, Billy Mac Tiddle, malgré la tempête, ou, plutôt, à cause de la tempête, s’est promené sur le pont, il a assisté à plusieurs scénettes qui lui laisse penser que l’auteur du crime n’est autre qu’un des protagonistes de ces évènements.

Paul Max utilise les codes du « Whodunit » (qui l’a fait ?) cher à Agatha Christie pour mieux se moquer d’un genre à succès à son époque. Pour cela, le détective établit une liste de potentiels suspects pour révéler, devant l’assistance des personnes de cette liste, qui est le coupable et comment il a commis son crime.

Bien sûr, puisque Paul Max et Billy Mac Tiddle sont très taquins, on se doute que les choses ne se passeront finalement à la sauce anglaise, mais à une sauce franco-belgo-écossaise.

C’est donc avec plaisir que l’on retrouve le jeune détective écossais, son assurance, son orgueil et son côté lunatico-décalé.

Si la taille du texte ne permet pas de développer une intrigue de haute volée, Paul Max tente tout de même de proposer une histoire pas totalement plate, avec son lot de rebondissements, de faux semblants, de fausses pistes qui permet au lecteur de ne pas s’ennuyer même si, à la fin, on ne sait pas trop si les révélations sont une représentation de la vérité ou une extrapolation d’un esprit torturé.

Au final, Billy Mac Tiddle, le détective vendeur de chaussettes, nous revient fidèle à lui-même et pour notre plus grand plaisir avec une enquête plus courte que les précédentes (en occultant « L’assassinat du torero ».

01 juillet 2018

L'escalier de feu

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H.-J. Magog est un auteur majeur de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle.

Je ne m’étalerais pas sur l’auteur, sa vie, son œuvre, je l’ai déjà fait concisément sur d’autres chroniques sur certains de ses romans et je m’intéresse plus aux textes qu’aux vies des auteurs.

« L’escalier de feu » est un court roman (20 000 mots) mettant en scène le personnage du détective Paddy Wellgone déjà rencontré dans « Le testament du fantôme », « Le masque aux lunettes » et, surtout, l’excellent roman « L’énigme de la malle rouge ».

Le texte chroniqué aujourd’hui est issu de la réédition du titre aux éditions R. Simon en 1941.

Cette information a sans doute un intérêt puisque je soupçonne que l’auteur d’avoir rallongé la sauce afin d’atteindre la taille désirée pour cette réédition.

Effectivement, à l’origine, le titre a été édité dans la cultissime collection « Mon Roman Policier », 1re série, des non moins cultes éditions Ferenczi. L’édition liminaire s’étalait donc sur 48 pages (15 000 mots, environ) et donc le texte a probablement été allongé d’un tiers (ce qui expliquerait certains ressentis de lecture).

L’escalier de feu : Le célèbre détective Paddy Wellgone est sollicité par un jeune homme pour mettre un terme à l’emprise qu’une femme a sur sa vieille et riche tante dans le but, selon lui, de le spolier de son héritage. L’enquêteur refuse tout d’abord l’affaire avant d’apprendre le nom de la manipulatrice : Mila Serena, un nom qui est loin de lui être inconnu puisqu’il a déjà dû affronter cette redoutable femme à plusieurs reprises dans le passé. Paddy Wellgone accepte alors l’affaire sans se douter des risques immenses qu’il va encourir pour mener à bien sa mission…

Bien étonnante que cette série, qui n’en est pas vraiment une puisque les titres ont été édités au sein d’une collection généraliste sans liens entre eux si ce n’est l’auteur et le héros.

En effet, la toute première aventure de Paddy Wellgone, « L’énigme de la malle rouge », est la plus moderne, du moins la moins ancrée dans son époque par le style, l’intrigue et la narration, que celles suivantes et ce, malgré le fait que le détective n’en soit pas le personnage principal.

Par la suite, Paddy Wellgone prend la place principale d’intrigues qui sont bien plus datées, du moins très similaires à ce qu’il s’écrivait à l’époque, et la narration se retrouve au même diapason.

Ainsi, tout comme dans « Le testament fantôme » et « Le masque aux lunettes », on retrouve l’idée de gang de bandits, de déguisements, d’aventures rocambolesques, de Némésis...

Paddy Wellgone se lance à la poursuite de la mystérieuse comtesse Mira Selena, femme gangster à qui il s’est déjà confronté par le passé. Pour cela, l’enquêteur va tenter d’infiltrer la domesticité d’une riche douairière qui se retrouve sous la coupe d’une étrange femme qui travaille probablement pour le compte de la fameuse Mira. 

Là encore, comme dans les autres titres courts (« L’énigme de la malle rouge » est un roman de taille standard, contrairement aux autres titres plus concis), la perspicacité du détective, la phase purement investigation, va laisser la place à l’action et à la réaction. Pas réellement de suspens ni de surprise, donc, puisque l’auteur prend le parti de narrer principalement les agissements de son héros et non son cheminement de pensée.

H.-J. Magog nous propose donc un court roman d’aventures policières plus qu’un roman à suspens, ce qui est dans la veine de la collection d’origine. Cependant, il est à noter que l’auteur perd, ici, un peu de son talent de narration qui était un atout indéniable dans d’autres productions.

Pour ce qui est des autres défauts, on pourra reprendre peu ou proue ceux des autres titres de taille équivalente : personnage à peine esquissé, action privilégiée sur l’investigation, ressorts similaires...

Cependant, la concision du texte en fait tout de même une lecture agréable idéale pour quand on ne peut accorder des heures à un ouvrage.

Au final, sans atteindre l’efficacité et la qualité de « L’énigme de la malle rouge », du même auteur et avec le même personnage, ce court roman apporte tout de même un bon moment de lecture, mais qui ne marquera pas les esprits.

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Le masque à lunettes

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H.-J. Magog est un auteur phare de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises et, notamment, pour deux titres mettant en scène le détective Paddy Wellgone, également présent dans « Le masque à lunettes ».

Le masque à lunettesPaddy Wellgone, le célèbre détective, se retrouve confronté à une étrange affaire : plusieurs paysans ont été délestés de leurs économies. Chaque fois, le forfait s’est déroulé pendant que le volé était en consultation auprès d’un vieux docteur itinérant. Alors que l’enquêteur interroge les victimes, une jeune femme semble très intéressée par la scène ; il s’agit de la secrétaire sourde-muette du médecin en question. Paddy Wellgone, accompagné de son jeune groom, prennent en filature la complice, mais tombent rapidement dans un guet-apens… 

Paddy Wellgone est un détective réputé qui a débuté sa carrière littéraire, probablement en 1912 dans le roman « L’énigme de la malle rouge » et qui l’a poursuivie au gré des collections et des éditeurs.

Pour l’instant, il semblerait que « Le masque à lunettes » soit le troisième titre dans l’ordre chronologique dans lequel apparaît le personnage.

Écrit en 1923, cet opus a été réédité en 1933 dans une version probablement allongée. C’est cette dernière version qui sert de base à cette chronique. Je précise ce détail qui pourrait être insignifiant, car la lecture de cette histoire, du moins, sa narration, laisse à penser que le texte a été remanié et certaines scènes coupées pour tenir sur le format 64 pages de la collection, alors que, normalement, le texte original a été édité dans une collection de titres de 32 pages. Curieuse narration donc, qui, si ces éléments étaient avérés, serait une volonté de l’auteur.

Narration curieuse, ambitieuse ou originale (par moments, du moins dans les transitions et les ruptures) pour un texte somme toute classique qui est bien dans l’ambiance et dans le style de son époque (le début des années 20).

La curiosité de la narration fait d’ailleurs écho à une autre curiosité, le fait que « L’énigme de la malle rouge » qui semble être antérieure de 10 ans aux autres opus est également le titre le plus moderne (du moins plus moderne que « Le testament du fantôme » et « Le masque à lunettes ».

Pour ce qui est du personnage, comme souvent, dans un texte de moins de 20 000 mots [il en comporte à peine plus de 15 000], il n’est pas bien développé et se confond avec beaucoup d’autres du même genre et de la même époque. D’ailleurs, aucune réelle description physique, pas beaucoup plus sur ses caractéristiques mentales ou psychiques.

Son groom, Babylas, apparaît pour la première fois [peut-être bien pour la dernière], et n’est pas plus gâté pour les descriptions, si ce n’est qu’on sait qu’il est jeune et qu’il a des oreilles d’une dimension généreuse.

L’intrigue, quant à elle, s’inscrit dans la mouvance de mystification physique à la mode à l’époque comme dans beaucoup d’autres textes du genre [« Fantomas », « John Strobbins »...]

« Le masque à lunettes » est donc plus à rapprocher de « Le testament du fantôme » que de « L’énigme de la malle rouge », tant dans son style que dans le genre. 

Autant dire que H.-J. Magog n’y fait pas montre de son talent de narration habituelle, probablement à cause de la concision du texte.

Nous avons d’ailleurs plus à faire là à un court roman d’aventures policières qu’à un réel roman policier.

Je pourrais faire peu ou proue les mêmes remarques sur ce roman que sur « Le testament fantôme » : pas réellement d’intrigue [on suit les actions du détective et non ses déductions], un roman d’aventures plus qu’un roman policier, peu de description des personnages.

Au final, un court roman policier qui ne laisse pas la place au superflu [peut-être pas non plus au nécessaire], mais qui apporte tout de même son plaisir de lecture puisqu’il se lit facilement et qu’il est assez court.

Le testament du fantôme

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Henri-Georges Jeanne alias H.J. Magog (mais aussi Jean Noal, Yves Choisin, Jacques de la Tardoire...) est un auteur incontournable de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle.

Incontournable par son immense production, par les genres dans lesquels il a œuvré, pour avoir inondé les magazines et les journaux de ses romans, ses contes et autres textes, pour ses multiples rééditions (à l’époque).

Seulement, depuis le milieu des années 1900, H.J. Magog s’est fait discret, normal, il est mort en 1947, mais ses textes ont cessé d’être édités... d’être lus massivement.

Aujourd’hui, plus grand monde connaît H.J. Magog, ce qui est fort dommage.

Comme pour tous les auteurs de la littérature populaire, je me suis intéressé à H.J. Magog par l’intermédiaire de sa production policière.

« Le testament du fantôme » est un court roman (15 000 mots), paru initialement en 1921 dans l’incontournable collection « Mon Roman Policier », 1ère série du nom chez le non moins incontournable éditeur Ferenczi.

Le testament du fantômeLe détective Paddy Wellgone reçoit la visite d’une jeune femme qui lui explique que son « parrain », l’excentrique et richissime scientifique qui l’a recueillie et élevée au décès de ses parents est mort, omettant de laisser un testament en sa faveur contrairement à ce qu’il avait prévu. Pourtant, le domestique du défunt assure que le fantôme de son maître lui a parlé, la nuit précédente, l’informant que le fameux testament apparaîtra dans son laboratoire à minuit pile. Loin de prendre à la rigolade cette histoire qui ne tient pas debout, Paddy Wellgone soupçonne une fantaisie du savant dont le but est de contrer la cupidité de sa nièce, l’héritière naturelle. Le détective est loin de se douter des moyens que cette dernière a mis en place pour s’assurer d’entrer en possession du document ni des risques qu’il va encourir en tentant de la contrer…

Ce court roman policier est à l’image de la production de l’époque. Pour surfer sur le succès des romans policiers anglo-saxons, l’auteur affuble son héros d’un nom anglais : Paddy Wellgone. Pourtant, le détective œuvre en France et tous les autres personnages ont des noms très français.

Nul ne peut douter du talent de Magog à raconter des histoires, et ce, quel que soit le genre dans lequel il œuvre.

Ici, l’auteur nous offre un roman policier d’aventures dans la veine de ce que proposaient les auteurs au premier quart du XXe siècle. Aventures, rebondissements, un aspect surnaturel vite nié par le héros, du déguisement, de l’action... L’intrigue n’est pas réellement au cœur du roman, mais quand on connaît un peu le monde de la littérature populaire on sait bien que ni l’époque ni la taille des romans de la collection dont il est issu ne permettaient d’offrir ce genre de prestation (bien que seulement 4 ans plus tard, José Moselli, avec « La Momie Rouge », proposera un chef-d’œuvre du suspens, mais sur un texte bien plus long).

Paddy Wellgone est un être rationnel. Aussi, quand une jeune femme vient lui raconter l’histoire abracadabrante de son « parrain » mort dont le domestique aurait entendu la voix lui ordonner de préciser qu’un testament en faveur de la jeune femme apparaîtrait dans son laboratoire à minuit précis, le détective n’est pas dupe. Il y a anguille sous roche, chose qu’il savait déjà en observant sa cliente arriver, suivie de deux personnes.

À n’en pas douter, la bénéficiaire actuelle de l’héritage ne voit pas d’un bon œil cette histoire de testament et va tout faire pour mettre la main dessus.

Aussi, le détective sait qu’il va devoir déjouer un piège, ce que lui confirme son inspection de la maison du défunt. Plusieurs hommes louches ont investi les lieux et semblent commandés par une mystérieuse femme voilée.

À partir de là, le roman s’évertue, principalement, à conter la façon dont Paddy Wellgone va sy prendre pour réussir à prendre le testament au su et au vu de tout ce petit monde.

La chose ne sera pas aisée, elle sera, surtout, très risquée...

Ce court roman dévoile plusieurs choses sur H.J. Magog. Tout d’abord son talent de conteur, mais cela, il ne fallait pas en douter. Ensuite, manquant d’ampleur pour développer une intrigue et des personnages, Magog exprime sa volonté de se concentrer sur l’action. Ainsi, le détective, pourtant héros de plusieurs textes de l’auteur (j’en ai dénombré huit pour l’instant) n’est dessiné que grossièrement par la plume de Magog. De même, les personnages secondaires. L’intrigue, si elle réserve un rebondissement final, comme tout bon texte du genre, est absente : un testament, la gentille qui en profiterait, la méchante qui y perdrait... le détective qui va combattre la méchante et ses hommes pour le bien de la gentille. 

Au final, H.J. Magog nous livre là un bon travail, en bon faiseur, un roman qui ne rougira pas de la comparaison avec les mêmes productions du genre d’autres bons auteurs, mais qui, par sa concision, ne permettra pas à l’auteur d’exprimer pleinement son potentiel, celui-ci s’épanouissant plutôt sur des tailles de textes plus imposantes.

L'énigme de la malle rouge

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H. J. Magog alias Henri-Georges Jeanne est un auteur majeur, pourtant aujourd’hui oublié, de la littérature populaire de la première moitié du XXe.

Auteur prolifique de romans d’aventures, romans policiers, romans fantastiques, contes, feuilletons... dont nombre romans ont été diffusés dans les magazines et les journaux de l’époque sous forme de feuilletons.

Il a notamment inondé les pages du journal « Le Matin » avec ses romans et chroniques.

Comme beaucoup de ses confrères de l’époque, notamment quand ils œuvraient dans le genre « policier », Magog utilisait parfois des mêmes personnages dans plusieurs romans différents. Parmi ceux-ci, un peut être considéré comme un personnage récurrent : le détective Paddy Wellgone.

Effectivement, Paddy Wellgone apparaît dans au moins huit enquêtes de tailles différentes, en fonction des collections qu’il intégrait.

À l’époque, un éditeur fait figure de « Big Boss » dans le monde de la littérature populaire policière : l’inénarrable Ferenczi.

Il n’y a donc rien d’étonnant que certains textes policiers de Magog aient intégré les diverses collections du fameux éditeur et, comme les autres textes des autres auteurs, certains étaient édités dans l’une puis réédités sous une forme légèrement différente (notamment pour en modifier la taille) dans une autre collection.

Deux collections des éditions Ferenczi ont ainsi nombre de titres en communs : « Mon Roman Policier » 1re série, qui attirait les lecteurs dans les années 1920 et « Police et Mystère », dans les années 1930.

Mais, le transfuge des œuvres de Magog ont également eu lieu entre la cultissime collection « Mon Roman Policier » de Ferenczi et les éditions R. Simon, dans les années 1940.

Mais revenons-en à Paddy Wellgone.

Si l’enquêteur apparaît bien, plusieurs fois, dans la collection « Mon Roman Policier », il semble que sa toute première apparition fut dans le roman « L’énigme de la malle rouge » publié sous forme de feuilleton dans « Le Journal » en 1912 et sous format papier dans la collection « Les Romans Mystérieux » chez Tallandier, puis dans divers journaux (« L’Écho d’Alger » en 1930, « Le Populaire » en 1928, « Le Nouvelliste Valaisan » en 1932 sous le titre « L’énigme de la valise rouge ») et réédité sous le titre « Le cadavre du tunnel » en 1932 aux éditions R. Simon, signé Paddy Wellgone, lui-même, et adapté par Jean de la Tardoise (un pseudonyme de Magog).

Bref, tout cela pour dire que, durant la première moitié du XXe siècle, ce roman eut de nombreuses rééditions et il le méritait.

Malheureusement, depuis, plus rien... jusqu’à maintenant.

L’énigme de la malle rougeAntonin Bonassou, jeune employé des Ponts-et-Chaussées à Nice, pour entrer dans les bonnes grâces de la propriétaire de l’immeuble dans lequel il vit, accepte de répondre aux éventuels clients de son voisin de palier, le célèbre détective Paddy Wellgone, que leur annonce que ce dernier est absent. Pour faciliter sa tâche et par orgueil d’être confondu, l’espace d’un instant, avec l’éminent homme d’action, Antonin accroche sur sa porte, la carte de visite qui trônait sur celle de l’enquêteur. Quand un représentant d’une compagnie d’assurance se présente à lui pour lui demander de prouver qu’un de ses clients a maquillé son suicide en assassinat pour qu’une tierce personne touche la prime d’assurance, il n’ose avouer son usurpation d’identité et, convaincu par la prime de dix mille francs promise en cas de succès, accepte l’affaire. Quelle n’est pas la surprise de Bonassou quand il apprend que la victime n’est autre que le tuteur de sa fiancée et que cette dernière est la bénéficiaire de l’assurance. Mais l’apprenti détective n’en est qu’au début de ses surprises : bientôt, le coffre-fort du défunt est dynamité et son contenu volé. Antonin Bonassou ne se doute pas encore qu’il va se lancer dans l’aventure la plus périlleuse et mystérieuse de sa vie d’autant qu’un étrange personnage de ne pas tarder à se mêler à son enquête…

Inutile de le rappeler, H. J. Magog savait manier la plume et avait un réel sens de la narration. Si vous en doutez, lisez n’importe lequel de ses romans. Si ces qualités sont indispensables pour produire un bon texte, elles ne sont pas, pour autant, suffisantes pour proposer de la littérature de qualité. À cela, il faut rajouter des personnages intéressants, ou intrigants, une histoire prenante, des rebondissements, des surprises...

Avec « L’énigme de la malle rouge », H. J. Magog parvient à réunir tous ces éléments et à les manier avec talent. Le résultat donne un excellent roman qui, s’il a un peu vieilli, notamment du fait qu’avec les méthodes scientifiques de la police actuelle, l’intrigue ne tiendrait plus la route, n’en demeure pas moins de qualité.

Certes, il faut se replacer dans le contexte de l’époque que le texte, lui, ne fige pas trop de par son ambiance et ses éléments internes. Du coup, si l’on oublie que le roman date des années 1910, on peut trouver l’intrigue bancale. Effectivement, avec les moyens modernes, aucune chance de tenir plus de quelques heures, avant que le pot aux roses soit découvert.

Mais, replongeons-nous à l’époque, une époque où les empreintes empreintes digitales font à peine leur apparition dans les méthodes d’identification (donc, les empreintes génétiques...).

L’intrigue démarre sur deux évènements différents qui vont pourtant très vite se rapprocher.

D’une part, un corps est découvert sur les rails, écrasé par un train. La victime venait de souscrire un gros contrat d’assurance vie excluant le décès par suicide. Aussi, l’agent d’assurance voudrait bien démontrer que la victime a maquillé son suicide en meurtre.

D’autre part, Antonin Bonassou, voisin de Paddy Wellgone, un célèbre détective, qui, à la fois pour rendre service à sa concierge et pour se pavaner un peu auprès d’inconnus, accepte de recevoir les clients du détective durant une absence prolongée. Pour s’éviter des explications et pour sembler devenir un aventurier, il adopte le nom de son illustre voisin.

Quand l’agent d’assurance vient sonner chez lui pour lui demander assistance, tant par orgueil mal placé de refuser de reconnaître qu’il s’est bêtement fait passer pour un autre que par l’envie de pimenter sa vie (et de gagner une belle prime), il accepte une avance pour enquêter sur le meurtre.

Dès lors, plus possible de faire marche arrière, d’autant plus qu’il apprend très vite que la bénéficiaire de l’assurance est la femme qu’il aime et qu’il compte bien épouser. Cette dernière étant celle à qui le crime profite, Antonin va alors redoubler de volonté pour trouver le véritable assassin pour éviter que sa fiancée soit suspectée.

Mais notre héros va très vite se prendre au jeu et sera bientôt rejoint dans son enquête par un bien curieux personnage.

Autant le dire tout de suite, le lecteur aura souvent un petit coup d’avance sur notre héros, car l’on se doute bien des quelques surprises que nous réserve cette enquête. Pour autant, la lecture de ces aventures sont très agréable, notamment, grâce à la naïveté du personnage principal qui fait le lecteur se sent plus perspicace que lui et ressent une certaine compassion pour lui.

Malgré tout, l’intrigue ne se révèle pas inconsistante même si l’aventure est largement privilégiée au suspens.

Le personnage attendrissant d’Antonin Bonassou qui va risquer sa vie, autant par bonté d’âme, que par orgueil mal placé, va, sans cesse, diviser le lecteur qui, d’un côté lui reprochera de ne pas tout avouer et de l’autre, va apprécier son courage, son dévouement et sa fidélité.

Le personnage mystérieux qui débarque dans l’enquête sera très vite démasqué même si l’auteur a la subtilité de laisser planer le doute à un moment.

Difficile d’en dire plus sur l’histoire sans risquer de déflorer celle-ci, mais il faut surtout savoir que H. J. Magog nous livre là un excellent roman policier d’aventures qui se dévore avec délice.

Au final, avec un personnage attendrissant, un sens de la narration, une intrigue bien ficelée et quelques mystères, H. J. Magog nous propose un excellent roman policier qui rappellera dans l’esprit, « Le poignard de cristal » de Rodolphe Bringer qui aurait été mixé avec « Le détective bizarre » et « Le resquilleur sentimental » de René Pujol.

24 juin 2018

Décédé le 30 mars

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Odilon Quentin, le commissaire né de la plume de l’énigmatique Charles Richebourg, revient pour une 42e enquête (on s’approche lentement de la fin de ses aventures).
Je ne reviendrais pas sur l’auteur dont on ne s’est rien (mais qui peut bien se cacher derrière le pseudonyme de Charles Richebourg alias Désiré Charlus ?).
Pour ce qui est du personnage, si vous n’avez lu qu’une partie des chroniques précédentes sur les autres titres de la série, il doit vous être familier.

Décédé le 30 marsUn homme est retrouvé mort d’une balle tirée dans la nuque par un revolver de la Wehrmacht. Ancien faussaire, le défunt, remarqué dans les cercles de jeu, échangeait des devises étrangères contre des jetons. Le commissaire Odilon QUENTIN, chargé de l’enquête, ne tarde pas à faire le rapprochement avec un trio de joyeux lurons qui dépensent, sans compter, des billets de vingt dollars américains. Mais l’affaire va se révéler bien plus importante qu’elle n’y paraît…

On retrouve ici le format cher à Charles Richebourg (et à d’autres auteurs) :
– Un premier chapitre qui présente le crime.
– Un second chapitre dans lequel Odilon Quentin est chargé de l’enquête.
– Les chapitres III et IV pour démêler l’affaire.
– Le chapitre V en guise de conclusion à l’enquête (via l’arrestation ou l’aveu du coupable).


Ce pourrait être assez curieux de se tenir à un tel sommaire sur moins de 10 000 mots, mais le talent naissant souvent des contraintes, ou, tout du moins, celles-ci ayant pour avantage de guider une plume, il n’y a, en fait, rien d’étonnant qu’un auteur dans la nécessité de produire bien et vite se cadre par ce genre d’obligations.


Ici, le premier chapitre ne présente pas réellement le crime, mais il en explique la raison (c’est d’ailleurs une habitude dans la série que ce chapitre liminaire n’aille pas directement au but et c’est également un des atouts de celle-ci).


On va alors suivre les pérégrinations d’un trio de malfrats à la petite semaine qui vont mettre la main sur un colis. Cette subtilisation provoquera, par effet domino, le crime dont devra s’occuper Odilon Quentin.


Odilon Quentin, comme déjà dit dans différentes chroniques, est un policier qui s’occupe de crimes à échelle humaine. Et, même si dans ce cas, le meurtre dépasse le cadre du « simple délit », le méfait liminaire et les crapules qui l’ont commis sont eux, dans la lignée de ceux auxquels est ordinairement confronté le commissaire.


Il est d’ailleurs assez plaisant de suivre le déroulement de l’affaire et de constater, à chaque fois, que l’auteur, tout comme l’avoue bien souvent son personnage, la « joue par la bande ».


En clair, on a vraiment affaire à un feuilleton policier comme on en a affaire à la télé, mais, par écrit et, qui date de plus d’un demi-siècle.


Car, comme dans toute bonne série policière télévisée de la fin du XXe siècle, on sait que la première scène va présenter le crime, mais on ne sait encore de quelle façon, si ce sera directement ou indirectement.


Il en est de même avec Odilon Quentin. Parfois, Charles Richebourg nous offre en crime en « direct ». D’autrefois, il le fait raconter par un témoin. Là, il nous décrit l’action qui va amener au crime…


Pour ce qui est du reste, la critique sur cet épisode sera la même que pour les autres : l’auteur se joue à merveille de la contrainte pourtant très difficile à surmonter, du roman ultra-court de 10 000 mots (32 pages au format fascicule d’origine), et parvient à dépeindre, à chaque fois, ses personnages, le crime, l’enquête, la résolution et la conclusion d’une manière à la fois concise, prenant et agréable à lire.


Déjà 42 enquêtes de dévorées et, pourtant, aucune fausse note, aucun mauvais épisode, pas même un seul de moyen, à peine si on pourra trouver tel ou tel épisode encore meilleur que les autres.


Au final, je ne suis jamais déçu par les enquêtes d’Odilon Quentin et j’ai bien l’impression que l’unique déception que je pourrais avoir avec le personnage, sera celle qui succédera à la lecture de la dernière phrase de la dernière enquête en réalisant que l’aventure littéraire est définitivement terminée. Heureusement, il reste encore quelques épisodes à découvrir.

Le crime sans preuves

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Odilon Quentin revient pour une 41e enquête signée Charles Richebourg, un pseudonyme dont on ne sait toujours pas quel est l’auteur qui se cache derrière.

Le crime sans preuves : Un crime a eu lieu, la nuit, à la sortie d’une guinguette fréquentée par les bateliers de passage. Un Hollandais a été abattu d’une balle dans la tête. Le commissaire Odilon Quentin, chargé de l’enquête, n’a que le témoignage du jeune homme qui a trouvé le corps à se mettre sous la dent. Seule certitude, le défunt avait rendez-vous avec la voluptueuse Suzy, la femme d’un marinier costaud, violent et jaloux, un triptyque qui conduit souvent au drame passionnel…  Mais le policier va constater, à ses dépens, que le monde des bateliers est impénétrable et solidaire… 

Odilon Quentin, voilà plus de quarante épisodes que j’en parle, il est donc inutile de revenir sur le personnage que vous devriez connaître. Si ce n’est pas le cas, plongez-vous immédiatement dans la lecture des enquêtes de ce commissaire très proche de Jules Maigret.

Il y a quelques épisodes, Odilon Quentin se plaignait d’avoir « Trop de suspects » pour un même crime. Ici, il n’en a aucun et ce n’est pas mieux.

Le titre démarre, comme souvent dans la série, pour un court prologue qui place le crime. Mais cette fois-ci, le crime a déjà eu lieu et c’est en proposant une scène entre un journaliste et l’homme qui a découvert le corps que l’auteur nous présente l’affaire.

Le commissaire Odilon Quentin aura alors fort à faire pour pénétrer le monde imperméable des bateliers et parvenir à trouver un coupable. Car, soit tout le monde qu’il interroge est innocent, soit tout le monde lui ment. Dans les deux cas, difficile de trouver la vérité et l’assassin.

Inutile d’épiloguer sur cet épisode, je pourrais en dire peu ou prou ce que j’ai déjà dit des 40 précédents, c’est-à-dire que Charles Richebourg nous a offert une série quasi parfaite (relativement à la taille concise des titres) sans aucun épisode à la faiblesse notable. Les crimes et les personnages sont à dimensions humaines, ce qui change des romans policiers actuels.

Au final, encore une bonne enquête du commissaire Odilon Quentin sans qu’il n’y ait d’autre lassitude que celle de se dire : « Encore une bonne enquête du commissaire Odilon Quentin ! ».

Bagarre autour d'un cercueil

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Le commissaire Odilon Quentin revient pour une 40ème enquête sous la plume de Charles Richebourg.

Pour rappel, l'auteur qui se cache derrière le pseudonyme de Charles Richebourg est à l'heure actuelle encore inconnu.

Bagarre autour d'un cercueil : Léon Lecointe meurt d’une congestion cérébrale. Son frère, Alcide, est emporté, cinq jours plus tard, par une embolie. Quand Prosper, le cadet de la fratrie, est retrouvé, la semaine suivante, assassiné d’une balle dans la nuque, le commissaire Odilon Quentin, chargé de l’enquête, n’est pas loin d’imaginer qu’un quelconque Lecointe cherche à se débarrasser d’héritiers gênants. N’a-t-on pas entendu toute la famille se chicaner à l’enterrement de Léon pour une histoire de « trésor » qui ferait partie de la succession ? Mais l’enquête du policier va déterrer des terribles secrets et démontrer que chaque membre des Lecointe a un cadavre caché dans son placard…

 Le commissaire Odilon Quentin est un policier dans la lignée du commissaire Maigret, né sous la plume d'un auteur caché sous le pseudonyme de Charles Richebourg, pseudonyme qui a été utilisé principalement pour écrire les 46 titres mettant en scène Odilon Quentin (même si certains titres de la collection « Mon roman d'aventures » des éditions Ferenczi sont également signé par ce pseudonyme).

Il faut savoir qu'à quelques exceptions prêts, la majorité des titres de la série avoisine les 10 000 mots (les autres en font le double) et sont donc régis par les contraintes inhérentes au format (intrigue légère, personnages esquissés...). Et il faut savoir que pour performer sous cette courte taille, l'auteur se doit d'avoir un réel talent de narration et de concision. Et rares sont les écrivains à s'être sortis avec les honneurs de ces ornières littéraires. Inutile de préciser que Charles Richebourg en fait partie.

L'ensemble de la série est à ce point constante que je pourrais copier coller mes chroniques d'un titre à l'autre : une constance dans la qualité.

Car, bien qu'Odilon Quentin soit, à chaque fois, décrit en seulement deux phrases, cela suffit amplement pour se faire une image du personnage et pour s'y attacher.

Car, chaque enquête fait preuve d'une double humanité. L'humanité dans ce qu'elle a de plus crasse à travers ces crimes crapuleux. L'humanité d'un policier qui aime et respecte les gens du peuple et, s'il aime les règles, il n'hésite pas à les contourner quand la morale le réclame.

Car, tous les épisodes sont agréables à lire et aucun n'est décevant.

Et « Bagarre autour d'un cercueil » ne déroge pas à la règle. Bien au contraire.

Parce qu'Odilon Quentin va avoir affaire à une drôle de famille, une fratrie aux moeurs pour le moins étranges.

Il va alors devoir chercher parmi tous ces coupables potentiels, lequel sera le bon.

Au final, encore un bon épisode qui se lit rapidement et agréablement et qui donne envie d'en lire encore et encore et encore. Mais, malheureusement, il ne reste plus que quelques épisodes à déguster.

Trop de suspects

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Odilon Quentin, le fameux commissaire de la P.J., nous revient pour une 39e enquête, et pas des moindres, puisqu’il s’agit là d’un des trois épisodes ayant le double de la taille des épisodes habituels.

Double ration d’Odilon Quentin, donc, et quand l’on sait que l’on n’est jamais déçu par ses aventures, on se délecte à l’avance de celle-ci.

Odilon Quentin, rappelons-le à qui l’a oublié (ou, plutôt, à ceux qui ne l’ont pas encore découvert), est un homme au physique et aux manières de vendeur de bestiaux. Plus tout jeune, imposant, le chapeau souvent rejeté sur la nuque, la canne de java à la main et un air faussement niais qui fait que ceux qui ont affaire à lui le sous-estiment souvent.

C’est un policier casanier qui aime orchestrer les enquêtes depuis son bureau, déléguant les tâches de terrain à ses subalternes et se réservant les interrogatoires dans lesquels il excelle grâce à sa façon de s’adapter à son auditoire, notamment, quand celui-ci vient de la rue.

Le policier a souvent à mener des enquêtes sur des crimes à taille humaine qui touchent souvent les gens dans une misère sociale et financière. Rarement de crimes en col blanc à se mettre sous la main (et cela l’arrange), pas plus que de crimes ultra-violents et de tueurs en série sadique.

Non, chez Odilon Quentin, tout est à échelle humaine, la déchéance, le respect, comme la criminalité.

Aidé par des hommes de main fidèles ayant chacun son caractère et son savoir-faire, bien souvent Odilon commande et ses hommes disposent. Ne reste plus au commissaire qu’à dénouer les fils de derrière son bureau.

Trop de suspectsVoilà une bien étrange affaire dont à la charge le commissaire Odilon Quentin : un riche Lord anglais est retrouvé assassiné d’une balle de revolver dans un petit pavillon décrépi qu’il louait depuis quelques semaines. Le dossier, de prime à bord, à tout de classique : un crime crapuleux, puisque le coffret de la victime contenant des liasses de billets a disparu. Mais le policier découvre rapidement que les fréquentations douteuses du notable font que le nombre de suspects potentiels est trop important pour que cela soit honnête…

Cette fois-ci, il semble bien que ce soit la tuile pour notre bon gros commissaire : un notable anglais a été assassiné dans une villa. Le policier s’attend à ce qu’on lui demande de faire des courbettes aux proches de la victime, sachant que, même sous la torture, il se refusera à cette bassesse.

Pour autant, quel soulagement de constater que cet étrange anglais fortuné s’est entouré, en France, de fieffés compagnons. Depuis sa femme de ménage à la réputation pitoyable, jusqu’à ses amis de beuverie, tous ont un casier judiciaire long comme un jour sans vin (car on peut toujours se passer de pain, mais pas de vinasse).

La victime était d’ailleurs un joyeux luron qui aimait boire plus que de raison. Il semble qu’il se soit débattu avant de succomber à une balle de revolver.

Le problème habituel, pour le commissaire, est de trouver un suspect. Dans cette enquête, son souci sera de trier les coupables potentiels tant il y en a à foison. 

L’anglais n’avait-il pas des fréquentations douteuses ? N’avait-il pas coutume d’exhiber son argent à qui venait chez lui ? Et puis tous ces louches compagnons sont incapables de fournir un alibi qui tienne la route.

Odilon Quentin va donc lancer ses hommes sur la piste de chacun des suspects pour découvrir qu’aucun ne peut être a priori innocenté du crime. Les interrogatoires n’apportent pas plus d’informations au policier.

L’enquête promet d’être compliquée et longue, mais c’est sans compter sur le professionnalisme d’Odilon Quentin, son souci des détails et sa manie d’aller au bout de chaque piste, même la plus insignifiante.

Car, avec tous ces coupables potentiels, la notabilité de la victime et même, le fait qu’un inspecteur de Scotland-Yard soit dépêché sur les lieux, le commissaire avait de quoi se ronger les sangs.

Mais Odilon Quentin, fidèle à ses préceptes et à lui-même, va tout dépêtrer en moins de 20 000 mots (19 732, pour être précis), ce qui est tout de même plus fort que la plupart de ses confrères.

Raaa, qu’il est bon de retrouver Odilon Quentin, Chenu, Dubosc, Charron, Loiseau, M. Laubespin et même Marcel, le nonchalant garçon de bureau.

Le style de Charles Richebourg est toujours aussi bien adapté à son sujet et à son personnage. On a toujours l’impression d’y être. Les crimes et les personnages étant humains, loin de la démesure des personnages et des sujets des romans policiers à succès actuel, le lecteur a l’impression d’être immergé dans une certaine réalité. À la lecture flotte une impression d’y être, tant on est attaché à Odilon et ses hommes, mais également parce que l’ensemble est empreint d’un réalisme procédural rarement mis à ce point en avant. 

C’est bien simple, Odilon Quentin suit une partition écrite à l’avance, la procédure, quoi, et n’en démord jamais. Car il sait que c’est en respectant à la lettre sa façon de faire qu’il ne ratera aucun détail et aboutira toujours à la solution.

Cet aspect du personnage pourrait sembler rébarbatif et laisser craindre une certaine redondance, mais, bien que l’auteur use des mêmes courtes phrases pour replacer ses personnages ou les méthodes de ceux-ci, l’ensemble demeure plaisant à lire, car bien développé, bien narré et bien écrit.

Au final, un double épisode qui apporte son lot de plaisir de lecture et son lot de surprise même si le lecteur parvient aux mêmes conclusions que le commissaire avant que celui-ci ne donne le nom du coupable.

17 juin 2018

Cauchemar en quatre nuits

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Sixième épisode de la série « Old Jeep et Marcassin » née de la plume d’un des auteurs cultes de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle : Marcel Priollet.


Je ne reviendrais pas sur l’auteur, lisez mes précédentes chroniques pour en savoir plus, mais je dois tout de même évoquer quelque peu les personnages pour ceux qui ne les connaîtraient pas.


Old Jeep, alias Gordon Periwinkle, est un détective américain trentenaire, beau gosse, athlétique, souple, fonceur, mais à l’éducation, au langage et à la mise parfaits.


Marcassin est un commissaire de la police française, cinquantenaire à la moustache grisonnante, trapu, mafflu, bourru, et fumeur invétéré de cigarettes qu’il adore se rouler.


Les deux hommes se sont connus à la Libération de Paris et, l’américain étant chargé d’apprendre les méthodes d’investigation de la police de l’hexagone, il se retrouve à collaborer avec son ami Marcassin.

CAUCHEMAR EN QUATRE NUITS : Le célèbre commissaire MARCASSIN a disparu ! Pire, sa vieille bonne, Noémie, est persuadée qu’il a été enlevé. N’a-t-elle point vu une voiture en planque dans la rue, alors que son maître arrivait ? Un homme qui faisait le guet, un peu plus loin, n’a-t-il pas émis un petit cri de canard pour prévenir ses camarades de l’arrivée de leur « proie » ? Gordon PERIWINKLE alias OLD JEEP, son ami, aidé de l’inspecteur Belfontaine, se lance alors sur la piste de leur compagnon et collègue, mais les indices sont rares. Bientôt, est découvert dans les égouts, un carnet attaché à un rat contenant un curieux message : « Moi, commissaire MARCASSIN, décide de diriger l’enquête relative à l’enlèvement du commissaire MARCASSIN. »

Je remarquais, dans tous les épisodes précédents, que si Marcel Priollet mettait en scène un duo, comme bien souvent, l’un des deux protagonistes prenait le dessus sur l’autre et il s’agissait, à chaque fois, du personnage de Marcassin.


Cette fois-ci, Marcassin ayant disparu, le lecteur est en droit de s’attendre à voir Old Jeep prendre pour une fois la vedette… il n’en sera rien.


Car, si c’est bien l’américain qui mène l’enquête, officiellement, c’est, en réalité, Marcassin qui va la mener de façon épistolaire, en faisant parvenir ses écrits à son ami.


Marcassin est donc omniprésent tout en étant absent, ce qui rend cet épisode plutôt sympathique et original.


Mais, n’oublions pas, comme je l’ai souvent fait remarquer, Marcel Priollet, ne se cache jamais derrière ses personnages et, avant de proposer une Aventure de tel ou tel héros, il propose, avant tout, une aventure qui tient debout toute seule. Donc, même sans empathie, ou attachement pour les héros, le lecteur sera également happé par l’histoire.


C’était l’une des forces de Priollet. Là où certaines séries sont plaisantes principalement du fait de ses personnages et de leurs facéties même avec une intrigue faiblarde, Marcel Priollet nous offre, avant tout, une intrigue (à juger en fonction du format court, ne vous attendez pas non plus à un Thriller à la Grangé ou à la Thilliez, l’auteur n’a pas 600 pages devant lui pour conter son histoire et tirer ses fils), qui est rehaussée par les facéties de ses personnages et non compensée.


Et là, il faut avouer que dès le premier message de Marcassin, le lecteur est happé par la subtilité de l’intrigue. Marcassin va enquêter sur son propre enlèvement et c’est de façon épistolaire que le lecteur en prendra connaissance.


Du coup, Old Jeep est à nouveau relégué au second plan, d’autant qu’il s’est adjoint l’aide de l’inspecteur Belfontaine et que Miss Dorothy, l’Anglaise qui servait de secrétaire et de traductrice au commissaire Marcassin, lors du congrès de la police en Angleterre lors du premier épisode de la série, qui vient prendre des vacances en France et voulait revoir le commissaire qu’elle avait beaucoup apprécié, va à son tour prendre part à l’enquête (vous trouvez cette phrase trop longue ? Découpez-la vous-même en suivant les pointillés ! Quoi ? Y a pas de pointillés ? Alors, pourquoi voulez-vous la découper ???).


Et, comme c’est la même miss Dorothy qui va se retrouver avec le plus gros de la lecture dans les mains et qui va être happée par cette aventure littéraire, elle va très bien figurer le lecteur qui va se retrouver dans le même état d’esprit.


L’Anglaise est interrompue dans sa lecture, elle trépigne de la reprendre, tout comme le lecteur.


Les écrits s’arrêtent en plein suspens, elle va avoir hâte de connaître la fin de l’histoire, tout comme le lecteur.


Marcel Priollet parvient donc à satisfaire les attentes du lecteur que je suis, et ce en moins de 20 000 mots, ce qui n’est pas donné à tout le monde et, en plus, en utilisant une astuce plutôt finement menée jusqu’à son terme.


Au final, un sixième épisode qui est très enlevé, grâce au talent de Marcel Priollet, aux frasques de Marcassin, et à l’astuce de l’aventure épistolaire et de la lecture par procuration à travers le personnage de miss Dorothy.

L'empreinte fourchue

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Marcel Priollet est un auteur phare, culte, de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle.


Ouvrant dans les différents genres à la mode à son époque, c’est avant tout pour sa production policière que je m’intéresse à l’écrivain.


Dans celle-ci, outre les différents titres « indépendants », j’ai noté et me suis intéressé à deux « séries » officielles (c’est-à-dire les aventures de personnages récurrents regroupées au sein d’une collection éponyme) : « Monseigneur et son clebs » et « Old Jeep et Marcassin ».


« L’empreinte fourchue » est un titre appartenant à la seconde. Cette enquête est la cinquième menée par le duo atypique et hétérogène que forment Gordon Periwinkle, alias Old Jeep, un détective américain en mission dans l’hexagone pour apprendre les méthodes d’investigation de la police française et le commissaire Marcassin.


Pour replacer les personnages : Old Jeep (surnommé « Jeep » à cause de la prononciation de ses initiales en anglais et « Old » pour marquer l’affection tout comme son équivalent dans notre langue de « mon vieux ») est un américain trentenaire, beau gosse, bien éduqué, à l’allure d’athlète, ancien gymnaste, fougueux, qui aiment l’action. Le commissaire Marcassin, lui, est un cinquantenaire à la moustache grisonnante, massif, fumeur invétéré, ronchon, grognon, rustique, qui privilégie la réflexion et qui fait preuve de perspicacité.


Comme on se doute, ils vont former un formidable duo d’autant qu’une amitié indéfectible les lie depuis la libération de Paris, occasion à laquelle ils se sont rencontrés pour la première fois.

L’EMPREINTE FOURCHUE : Alors que son ami et fidèle collaborateur Gordon PERIWINKLE alias OLD JEEP est en vacances sur la Riviera, le commissaire MARCASSIN est chargé d’une bien curieuse affaire. La toute récente comtesse de Maigneuse, lors de sa soirée de noces, est odieusement étranglée dans sa chambre et laissée pour morte. Le comte, son mari, qui a trouvé sa jeune femme inanimée dans son lit, est parvenu à la ramener à la vie, mais cette dernière a perdu la raison sous la violence du choc. L’agresseur semble s’être servi d’une échelle pour entrer dans la pièce et en ressortir. Mais, ce qui étonne le plus le policier, ce sont des empreintes fourchues, comme celles d’un énorme bouc unijambiste, retrouvées sur le sol. MARCASSIN, tant pour faire bisquer son collègue détective que pour l’inciter à venir lui porter son aide, lui expédie un courrier lui expliquant le problème. OLD JEEP ne tarde pas à lui envoyer une dépêche provenant du Morbihan lui annonçant qu’il lui apporte l’empreinte fourchue, et que celle-ci date de plus de soixante ans…

Le commissaire Marcassin est ronchon, comme à son habitude, d’autant que sa bonne, Noémie, n’a pu trouver de son tabac à rouler. Une journée sans tabac, pour le commissaire, est pire qu’une journée sans vin pour un alcoolique.


En plus, son compère Old Jeep l’a abandonné pour aller se dorer la pilule sur la Riviera.


Aussi, quand le policier est mis face à un crime pour le moins étrange (l’agression d’une jeune comtesse le soir de sa nuit de noces sur les lieux de laquelle des empreintes ressemblant à celles d’un énorme bouc sont retrouvées), autant pour faire bisquer son ami que dans l’espoir de l’intéressé et le forcer à revenir vers lui, il lui fait part des particularités de l’enquête via une lettre.


La réponse d’Old Jeep ne se fait pas attendre, mais elle a de quoi surprendre puisqu’il annonce à Marcassin qu’il apporte la fameuse empreinte fourchue et que celle-ci date de plus de 60 ans.


Marcel Priollet s’appuie, pour ce court roman (moins de 19 000 mots), sur un découpage usuel dans le genre « policier », notamment dans les séries littéraires ou télévisuelles.


Effectivement, la première scène lui permet d’introduire le crime. Si, la plupart du temps, dans un excès de facilité, les auteurs (ou les scénaristes) présentent le crime directement, sans faux-fuyants, Marcel Priollet, lui (comme j’en ai fait la remarque également pour Charles Richebourg et ses enquêtes du commissaire Odilon Quentin), préfère exposer l’affaire de façon détournée.


Ici, le crime n’est donc pas décrit en « temps réel », mais introduit par le travail d’un jeune journaliste qui veut faire un papier sur le mariage du comte de Maigneuse avec une jeune dactylo qui travaillait pour lui. Il espère ainsi séduire les lecteurs de son journal, son patron et devenir célèbre. Aussi, il met toute son énergie pour se renseigner sur la future comtesse, sur le comte, sur les lieux où le couple va vivre…


C’est de cette façon que le lecteur va faire connaissance avec les divers protagonistes, des divers suspects potentiels, de l’histoire. Car, ce chapitre liminaire se conclue sur l’annonce de l’assassinat de la comtesse.


Bon, en fait d’assassinat, il s’agira d’une agression (la jeune femme sera sauvée in extremis).
Le second chapitre débute alors sur Marcassin et sa mauvaise humeur du fait de son manque de tabac.


L’affaire va prendre une drôle de tournure avec la découverte de ces fameuses empreintes singeant celles d’un énorme bouc. Qui peut bien être le criminel ? Et, surtout, pourquoi cette agression ?


Le nombre de suspects sera vite réduit à quatre personnages : le jeune journaliste qui traînait sur les lieux peu de temps avant le crime, un soupirant éconduit, un réalisateur de film fâché de ne pouvoir faire de la jeune mariée la vedette de ses films et, pourquoi pas, le mari.


Comme je l’ai déjà précisé dans les enquêtes précédentes, le commissaire Marcassin, une nouvelle fois, va voler la vedette à son compère américain, d’autant plus que celui-ci sera absent pendant toute une partie de l’enquête.


Pour autant, si sa présence est moindre, elle sera déterminante, comme à chaque fois, pour la résolution de l’enquête.


Marcel Priollet sait mener sa barque a pour habitude de ne jamais négliger son histoire alors qu’il pourrait, comme bien d’autres, se contenter de s’appuyer lourdement sur ses personnages récurrents, comptant sur l’attachement du lecteur à ceux-ci pour compenser certaines failles de l’intrigue.


Mais non, tout comme pour la série « Monseigneur et son clebs », l’auteur écrit avant tout une histoire policière avant d’écrire une nouvelle aventure de ses personnages. Aussi, s’attache-t-il à chaque fois à faire tenir son intrigue debout, à maintenir l’intérêt du lecteur à tel point que, même en changeant les personnages, le tout serait tout aussi lisible et agréable. L’attachement aux héros devient alors la cerise sur le gâteau littéraire.


C’est tout le savoir-faire de Marcel Priollet qui, sachant adapter sa plume au genre dans lequel il œuvre, sait aussi, et avant tout, mettre en place des histoires plaisantes à lire avec, parfois, des petites idées qui apportent un indéniable plus.


Je parlais dans l’épisode de « Monseigneur et son clebs », « Le bal des disparus », de l’idée qu’il avait eut pour mener son intrigue et qui était à ce point intéressante qu’elle pouvait inspirer d’autres auteurs, je pourrais en dire, dans une moindre mesure, autant, ici, avec cette histoire d’empreinte fourchue qui donne tout le mystère à un crime qui pourrait en n’en posséder aucun.


Marcassin est indéniablement l’être fort du duo, il le prouve encore une fois en prenant l’ascendant sur son confrère américain, plus lisse, donc, moins rugueux dans tous les sens du terme. Là encore, avec sa mauvaise humeur inhérente à son manque de tabac, le commissaire apporte une touche plaisante de par sa mauvaise humeur et sa propension à envoyer bouler tout le monde, sauf sa vieille bonne Noémie, dont il a une peur surprenante pour un homme tel que lui.


D’ailleurs, quelque part, on retrouve dans cette relation Marcassin-Noémie, des effluves de celle de San-Antonio-Félicie, le fameux commissaire né de la plume de Frédéric Dard et sa maman avec laquelle il vit. On notera que la peur est absente de la relation du second duo par rapport au premier, mais, sinon, cette interdépendance entre un personnage pourtant mature et débrouillard, à l’ordinaire, est du même acabit et apporte le même lot d’émotion (toute mesure gardée).


Il y a donc une part de mystère dans cette enquête, mystère qui sera levé, d’abord, par la découverte d’Old Jeep, puis, plus encore, par l’enquête de Marcassin.


Inutile dans dire plus, il suffirait juste de dire que l’ensemble se lit très agréablement et que Marcel Priollet nous offre une nouvelle fois un bon petit roman policier en sachant contourner les difficultés d’un format casse-gueule (moins de 20 000 mots), mais qui, bien maîtrisé, peut se révéler l’un des plus adaptés à une série populaire (lire les aventures de Toto Fouinard de Jules Lermina, par exemple, pour s’en convaincre).


Au final, un cinquième épisode tout aussi plaisant que les autres et qui conclut une première moitié de série agréable et enlevée.

À l'enseigne du « Gai Pendu »

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Marcel Priollet est un auteur culte de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle qui a œuvré dans différents genres littéraires à la mode.

Dans son œuvre policière, l’auteur a commis plusieurs séries avérées (n’oublions pas les possibles personnages qui reviennent dans différents titres d’une même collection plus généraliste, comme c’était coutume à l’époque). J’en retiendrais deux : « Monseigneur et son clebs » et « Old Jeep et Marcassin ».

Le titre qui retient mon attention aujourd’hui appartient à la seconde série, qui est en fait la première (puisque Marcel Priollet, à qui son éditeur avait demandé de produire une suite à « Old Jeep et Marcassin » a préféré lui proposer de nouveaux personnages avec « Monseigneur et son clebs »).

« À l’enseigne du “ Gai Pendu ” » est donc le 4e opus d’une série où les personnages se mettent lentement en place.

À L’ENSEIGNE DU « GAI PENDU » : À l’enseigne du « Gai Pendu », un crime a été commis. Le tenancier a été retrouvé dans sa chambre, abattu d’une balle dans le cœur. La fenêtre brisée laisse penser que le tir est venu de l’extérieur. Serait-ce une terrible malédiction qui frappe l’établissement ? En effet, dix ans auparavant, l’ancien propriétaire avait tenté de s’y pendre, mais n’avait réussi qu’à faire périr sa femme acariâtre d’une attaque cardiaque quand elle l’avait découvert se balançant au bout d’une corde avant qu’elle casse et qu’il s’en sorte indemne. Le commissaire MARCASSIN et son ami américain, le détective Gordon PERIWINKLE alias OLD JEEP, dînant chez un comte voisin de l’auberge, vont rapidement se charger d’une affaire qui va se révéler à la fois plus simple et plus complexe qu’il y paraît… 

Je reviens rapidement sur les personnages principaux que vous devriez désormais connaître pour peu que vous ayez lu mes chroniques sur les trois premiers épisodes de la série.

Old Jeep est un détective américain trentenaire, plutôt beau gosse, svelte, ancien gymnaste, bien élevé et homme d’action. 

Marcassin est un commissaire de police française cinquantenaire, plutôt trapu, mafflu, bourru, à la moustache grisonnante, mais doué d’une perspicacité indéniable.

Le premier est en France pour apprendre les méthodes d’investigations de la police française. Les deux hommes sont rapidement devenus amis.

Comme vous l’aurez compris, Marcel Priollet nous propose un duo que ne renierait aucun bon « Buddy movie », ces films où deux personnages très opposés sont obligés de collaborer et vont se lier d’amitié. Chaque personnage aura alors son caractère et son rôle.

Ici, Marcassin est l’homme de réflexion et Old Jeep celui de l’action. Marcassin, en bon français, sera un râleur impénitent, bourru, manquant de finesse et de manières. Old Jeep (surnommé ainsi, car les initiales de son nom, Gordon Periwinkle, en anglais, se prononcent Djiip, et que « old » est une marque de tendresse et de familiarité), lui, sera l’homme qui compte plus sur ses muscles que son cerveau, mais qui est aussi l’homme élégant et charmant.

Jusqu’à présent, Old Jeep se trouvait un petit peu en retrait même si l’auteur lui accordait une place un peu plus importante à chaque enquête. Pour autant, le meneur du duo n’en demeure pas moins Marcassin dont l’intelligence et la perspicacité lui permettent d’avoir toujours une longueur d’avance sur son partenaire.

Une nouvelle fois, Marcassin, délaisse un peu une enquête qu’il ne juge pas assez intéressante et envoie son ami déblayer le terrain. Pour autant, il ne pourra résister à l’envie de pointer son nez et d’apporter son grain de sel pour diriger l’investigation sur des pistes qui surprennent Old Jeep.

Le lecteur se retrouve donc en face d’un duo qui commence à ronronner et à trouver sa place au fil des épisodes et l’on ne doute pas que l’auteur va tout chambouler à un moment ou un autre pour surprendre son lectorat.

En attendant, Marcel Priollet nous livre, sur moins de 20 000 mots, une enquête plutôt agréable contenant son lot de faux semblants, de mauvaises pistes et de rebondissements même si l’atout principal de la série ne réside pas dans ces éléments là, mais plutôt dans l’ambiance du duo et la qualité de narration de l’auteur.

L’auberge du « Gai Pendu » se nomme ainsi parce que l’ancien propriétaire a tenté de se pendre dans sa chambre pour mettre fin à la tyrannie de sa femme. Mais, celle-ci, en débarquant pendant que son mari gigote encore au bout de la corde, meurt d’une crise cardiaque. La corde casse et le mari s’en tire, un grand sourire aux lèvres puisqu’il est miraculeusement vivant et enfin débarrassé de sa femme.

Mais, dix ans plus tard, le nouveau propriétaire est retrouvé mort par balle dans la même chambre.

A-t-il été victime de la vengeance de l’ancien propriétaire, le fameux « pendu » qui lui voue sa haine d’avoir été floué dans la vente de son bien ? Est-ce le nouveau tenancier de l’auberge qui voyait d’un mauvais œil l’occupation, par son propriétaire, d’une chambre qu’il ne pouvait plus louer ? Et s’il s’agissait de l’étrange jeune homme qui travaille parfois à l’auberge et dont la réputation n’est pas très florissante ?

Old Jeep et Marcassin vont tous les deux se lancer sur des pistes différentes pour résoudre cette enquête.

Rien à dire de plus sur cet épisode que je n’ai déjà dit des précédents. L’auteur s’appuie sur ses personnages sans pour autant délaisser son histoire et nous livre donc, avant tout, un très court roman policier de qualité malgré les contraintes de taille.

Au final, une agréable lecture et des personnages auxquels ont commence à s’attacher.

La rose de verre

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Marcel Priollet est un auteur majeur (il avait plus de 18 ans) de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle. L’homme a eu une production immense, partagée entre les différents genres à la mode (policier, sentimental, aventures...).

Dans le domaine policier, il est auteur de plusieurs séries dont, notamment, « Monseigneur et son clebs » dont j’ai déjà chroniqué les huit titres et « Old Jeep et Marcassin » dont « La rose de verre » est le troisième épisode.

LA ROSE DE VERRE : Une marquise espagnole a été assassinée, un soir, dans son hôtel particulier, à coups de dague. L’assassin n’a emporté qu’une chose : une rose de verre, gage d’amour du marquis pour sa femme. Le commissaire MARCASSIN, chargé au départ de l’enquête, ne peut se résoudre à ce que le coupable ne soit toujours pas démasqué. Rares sont pourtant les personnes ayant pu commettre le meurtre et toutes sont à compter dans les proches de la victime. Mais quand un petit souteneur, sur son lit de mort, s’accuse du crime de la notable, au lieu de penser que l’affaire est close, le policier est désormais assuré qu’elle ne fait que commencer et que la rose de verre en est l’élément primordial. Il lance alors son ami, le détective Gordon PERIWINKLE alias OLD JEEP, sur la piste du bijou… 

Petit récapitulatif des personnages.

Gordon Periwinkle, alias Old Jeep, est un détective américain trentenaire, ancien acrobate, élégant et beau gosse, dont la réputation n’est plus à faire.

Marcassin est un commissaire français cinquantenaire, trapu et bourru, à la moustache grisonnante, aux manières rustres et à l’intelligence et la perspicacité qui n’est plus à démontrer.

Après s’être rencontrés à la libération, les deux hommes sont devenus amis. 

Suite à un congrès réunissant la police mondiale (voir « Le crime est pour demain »), Old Jeep est demeuré en France pour étudier les méthodes de la police française...

Si, dans le premier épisode, « Le crime est pour demain », les deux amis étaient confrontés dans une compétition, ils se retrouvaient à coopérer dans le second, « Le fantôme au rire de femme ».

Malgré les atouts des personnages, du talent de Marcel Priollet et des intrigues, je notais un petit bémol dans la place prise par chacun des personnages. Old Jeep se retrouvait réellement en retrait, notamment dans la partie investigation et l’on pouvait redouter qu’il devienne un faire valoir plus qu’un comparse.

Ce troisième épisode démontre que telle n’était pas l’intention de Marcel Priollet puisqu’il met un peu plus en avant l’américain dans cet épisode.

L’affaire débute avant le fameux congrès. Marcassin est chargé de l’enquête sur l’assassinat de l’Espagnole. Mais, à cause du congrès, il est déchargé de l’affaire.

Deux mois plus tard, le coupable n’a toujours pas été trouvé, et cela n’est pas du goût du commissaire qui n’aime pas les échecs.

Comme toujours (si on peut dire toujours après seulement trois épisodes), le commissaire Marcassin n’en fait qu’à sa tête et passe par des moyens détournés pour pousser son ami américain à se charger d’une enquête qui lui reste en travers.

C’est l’occasion pour Old Jeep de démontrer qu’il n’a pas que des muscles et un beau visage, mais également un cerveau. C’est l’occasion, également, pour l’auteur, de mettre en avant ce personnage.

Pour autant, Marcassin n’est pas délaissé et l’on sent son empreinte sur l’histoire, un peu comme un rail qui guiderait le wagon.

Sur un format toujours aussi court (environ 18 000 mots), l’auteur, à défaut de nous livrer une intrigue de haute volée, nous propose tout de même une enquête à rebondissements avec une révélation finale qui peut surprendre.

Mais, avant tout, c’est le sens de la narration de Marcel Priollet et ses deux personnages qui priment, même si Marcassin se révèle une nouvelle fois bien plus intéressant que son confrère.

Au final, un troisième épisode qui rééquilibre un peu les positions entre les deux policiers et qui se révèle agréable à lire grâce au savoir-faire de son auteur.