Loto Édition

07 août 2022

On n'y échappe pas

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Je ne connais de Boris Vian que son double maléfique : Vernon Sullivan, le pseudonyme sous lequel il signa quelques romans noirs subversifs tels « J’irai cracher sur vos tombes » ou « Et on tuera tous les affreux »…

Et le moins que je puisse dire, c’est que je n’ai pas du tout apprécié cette facette de l’auteur bien que je sois un inconditionnel des romans policiers sous toutes leurs formes, même sous celle du roman noir à l’américaine des années 40-50…

Aussi, il pourrait être étonnant que je me sois plongé dans la lecture de « On n’y échappe pas », un roman de Boris Vian dont l’écriture a débuté dans les années 1950 et s’est terminée il y a quelques années.

Quoi ? comment l’auteur a-t-il fait alors qu’il était mort depuis bien longtemps ?

Bon, une petite explication s’impose.

Au début des années 1950, Boris Vian à l’idée d’un roman dont il trouve l’intrigue géniale (mouais). Il couche le synopsis rapidement sur papier et entame l’écriture de 4 premiers chapitres.

Mais, comme l’auteur était un impatient et probablement un versatile, il abandonna son roman (génial) pour d’autres occupations.

Des années, des décennies plus tard, les ayant-droits de l’auteur, pour fêter son 100e anniversaire, ont confié les chapitres et le synopsis à l’OuLiPo (je vous laisse découvrir de quoi il s’agit en vous rendant sur votre moteur de recherche favoris) avec charge, aux participants, de terminer l’écriture de ce roman.

Cela donne « On n’y échappe pas » un roman de Boris Vian… ou presque.

On n’y échappe pas :

Décembre 1950. Frank Bolton, un jeune colonel de l’US Army, rentre de la guerre de Corée avec une main en moins. À peine sa famille et sa ville natale retrouvées, il s’aperçoit que, l’une après l’autre, toutes les filles qu’il a aimées tombent sous les coups d’un assassin. Avec Narcissus, son ami détective, il se lance sur sa piste dans une noirceur croissante.

Boris Vian imagina le déroulé de ce roman aux accents sullivanesques, en écrivit quatre chapitres et s’arrêta là. Pour les cent ans qu’il aurait eus, ses héritiers ont confié à l’OuLiPo la mission d’écrire la suite manquante. L’Ouvroir a répondu oui.
Un cadeau pareil, on n’y échappe pas.

J’ai un sujet de roman policier que j’écris pour Duhamel (série noire). C’est un sujet tellement bon que j’en suis moi-même étonné et légèrement admiratif.
Si je le loupe, je me suicide au rateloucoume et à la banane frite.
Boris Vian.

Franck Bolton rentre chez lui, après avoir fait la guerre en Corée, ayant perdu ses illusions et, surtout, une main qui a été remplacée par une autre main faite de métal…

À peine arrivé dans sa ville, il apprend l’horrible meurtre de la fille avec qui, jadis, il perdit sa virginité.

Alors qu’il se renseigne auprès d’un ami détective afin d’élucider ce crime qui le touche, un autre meurtre est perpétré sur le même Modus Operandi et sur une autre femme avec qui il eut des relations.

Au troisième crime, force lui est de constater que quelqu’un élimine toutes les femmes avec qui il a couché…

Que dire de ce roman ?

Tout d’abord, que l’OuLiPo a fait du bon boulot et, qu’à la lecture, on sent à peine le changement d’auteur après le 4e chapitre.

Bien que prévenu de ce bouleversement, effectivement, il n’est pas aisé de différencier le style des premiers chapitres et celui des suivants.

Ensuite, on sent immédiatement la patte de l’auteur de Vernon Sullivan, tant dans le fond que dans la forme.

On se demandera ce que la main d’acier de Frank Bolton apporte à l’histoire (on ne se pose plus la question à la fin, cela ne sert à rien).

L’OuLiPo apporte tout un tas d’informations (trop, beaucoup trop) en cours de lecture à travers un nombre incalculable de Nota Bene ou notes de bas de page qui finissent par faire un peu sortir le lecteur de l’histoire.

Quant au « sujet tellement bon », il faut bien avouer que c’est la grande déception de ce roman.

Effectivement, si je l’ai bien plus apprécié que les deux romans cités que j’avais lus (ce qui n’était pas difficile non plus), je dois avouer que je m’attendais à une histoire bien plus intéressante et, surtout, plus originale.

Car, la révélation finale est loin d’être géniale et on ne sortira pas de cette lecture, enthousiasmé par l’histoire.

Reste tout de même un petit polar à la sauce Sullivan, en moins subversif, qui se lit sans déplaisir, notamment grâce à la curiosité sur le résultat du travail de l’OuLiPo.

Au final, un petit roman dans lequel l’exercice de style prend plus d’importance que l’intrigue, mais qui se lit agréablement.


Le corbeau gris

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La « Collection Rouge » des éditions Janicot, une collection de fascicules de 32 pages, double colonne, à partir de 1943, proposa aux lecteurs un peu plus de 100 titres…

Dans cette centaine de titres, on retrouve plusieurs personnages récurrents issus de la plume de plusieurs auteurs : Tancrède Ardant de Frédéric Sipline ; commissaire Mazère, commissaire Machard, le détective A.B.C. Mime de Maurice Lambert ; Doum, reporter de Nevers-Séverin… et quelques autres…

Dans le lot, on peut également croiser le détective Paul Duval et le commissaire Barma, parfois ensemble, parfois séparément, deux personnages nés de la plume de Lucien Van Der Haeghe, un auteur sur lequel on ne sait pas grand-chose si ce n’est que ses collaborations avec l’auteur et éditeur Jean de Marchenelles laissent penser qu’il vivait près de Lille.

« Le corbeau gris » est une enquête du détective Paul Duval dans laquelle apparaît brièvement le commissaire Barma.

LE CORBEAU GRIS

Le détective Marcel Joye rend une visite à son vieil ami, le docteur Magniez.

Il trouve celui-ci, mort, dans son laboratoire.

« Arrêt du cœur dû à l’âge », affirme le médecin mandé pour constater le décès.

Pourtant ni Marcel Joye ni la veuve du scientifique ne sont convaincus par cette conclusion.

Dubitatif, l’enquêteur décide de faire appel à un éminent confrère, le célèbre Paul DUVAL, pour le seconder…

Le détective Marcel Joye profite que son assistant soit malade pour rendre visite à son ami Magniez, un vieux docteur scientifique.

Mais, chez lui, la servante ne parvenant pas à le trouver, l’enquêteur finit par le découvrir dans un laboratoire caché, mort, apparemment d’une crise cardiaque, dixit un médecin mandé pour faire les constatations.

Pourtant, malgré l’âge avancé de son ami, le détective Joye n’est pas convaincu par l’aspect naturel de la mort, aussi, en accord avec la veuve, il décide de mener son enquête et, pour y voir plus clair. Mais, devant la tâche, il va faire appel à son confrère le détective Paul Duval.

Quand ce dernier commence ses interrogatoires, la veuve change alors d’avis et coupe court aux investigations, mais Paul Duval n’est pas du genre à abandonner si facilement.

On retrouve donc ici le détective Paul Duval même s’il n’est pas l’enquêteur liminaire.

On peut également croiser, vers la fin, le commissaire Barma.

Que dire de ce titre ?

Déjà, qu’il est curieux que l’auteur fasse appel à un détective tiers, alors que ce personnage aurait tout aussi bien pu être remplacé directement par Barma.

Ensuite, que l’intrigue est plus que bancale et que les indices censés faire avancer l’enquête sont un peu trop facilement trouvés pour que cela soit crédible.

Enfin, on peut se demander pourquoi le coupable, qui a trouvé une méthode indétectable (sauf pour Duval) pour assassiner Magniez, va s’embêter à empoisonner sa seconde victime au lieu d’utiliser le même procédé.

Certes, on sait que le format fasciculaire n’est pas propice à développer une intrigue digne de ce nom. Les à peine plus de 9000 mots du texte sont évidemment insuffisant pour cette tâche. Mais, malgré tout, sans demander une intrigue ciselée et haletante, j’aurai apprécié que celle-ci tienne un peu plus debout, du moins, que le coupable laisse un peu moins en évidence des preuves contre lui.

Malgré tout, le texte n’est pas déplaisant à lire.

Au final, même s’il souffre un peu trop des défauts de son format, « Le corbeau gris » s’avère un titre agréable à lire, mais moins intéressant que certaines enquêtes précédentes du personnage.

Ciné-Roman Montmartrois

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En l’an de grâce 1946, en le jour 7e du mois de mai, naquit un drôle de journal ou un journal drôle, à la fois magazine papier et radiophonique, mené par les baguettes de quelques noms issus du milieu du journalisme, de la littérature, de la chanson de la télévision ou de la radio dont les plus connus sont Raymond Souplex, Jean Rigaux, Fernand Trignol…

27 numéros hebdomadaires au moins (au plus ?) dans lesquels les lecteurs retrouvaient tout un tas de chroniques télés, radios, littéraires, nouvelles, et autres joyeusetés du genre, dont le fameux « Ciné-Roman Montmartrois ».

Le « Ciné-Roman Montmartrois » (qui, si j’ai bien suivi, devait être un feuilleton radiophonique à la base), débute, par écrit, avec le magazine, c’est-à-dire dès son premier numéro.

Le concept en est simple : sur un scénario de Jean Lec (chansonnier, peintre, écrivain et rédacteur du magazine), quatre participants (Raymond Souplex, Jean Marsac, Robert Rocca et Roger Sarladenne) vont alterner pour écrire un épisode de l’histoire, avec pour seule consigne celle de suivre le scénario original (que l’on devine très mince) et l’interdiction de faire mourir les deux héros de l’histoire.

Chacun produira donc un épisode tenant sur une page du magazine, charge à l’auteur suivant de prendre la suite comme il peut : bref, une sorte de cadavre exquis.

Cet exercice de style durera une vingtaine de numéros durant lesquels les lecteurs pourront suivre deux aventures loufoques du détective Antoine Latripe : « Robes dérobées » et « Le filou file »…

Le but premier des auteurs étant probablement de s’amuser tout en embêtant un petit peu leurs confrères en mettant les personnages dans de drôles de situations, on se doute que le résultat sera un peu foutraque et va partir dans tous les sens.

C’est indéniablement le cas puisque l’un et l’autre des deux héros, que ce soit le détective Antoine Latripe ou la jeune Annette, vont se faire kidnapper, rekidnapper, se retrouver au centre du repas d’un roi anthropophages, au milieu de l’explosion d’une bombe atomique, d’un naufrage, vont mourir, mais pas vraiment… jusqu’à parvenir à la fin de l’histoire.

On comprend bien que l’intérêt principal ne réside alors pas dans l’histoire en elle-même, mais dans l’amusement à suivre les péripéties des personnages et, surtout, de savoir comment chaque auteur va se dépêtrer avec la situation mise en place précédemment par son confrère.

Pas de la grande littérature, donc, qu’il ne faut absolument pas lire sérieusement. Un exercice de style qui pèche par les défauts inhérents au genre, mais qui se lit agréablement et dont l’intrigue, au final, n’est pas beaucoup plus loufoque que celle de Candide de Voltaire, par exemple.

Dans les deux cas, le monde est petit…

Allons au fond de l'apathie

 

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« Allons au fond de l’apathie » est un court roman paru en 1999 et signé Philippe Carrese.

Il a été publié par les éditions La Baleine et conte une énième aventure de Gabriel Lecouvreur, alias le Poulpe, un personnage créé par Jean-Bernard Pouy dans le but de le confier ensuite à d’autres auteurs, à condition que ceux-ci respectent une « Bible » mise en place par lui et quelques confrères…

Philippe Carrese était un artiste protéiforme né à Marseille d’une famille d’immigrés napolitains.

Il fut scénariste, réalisateur (deux longs métrages, des téléfilms, des épisodes de la série « Plus belle la vie »), illustrateur et auteur de romans policiers et romans jeunesse.

Pour moi, Philippe Carrese est surtout l’auteur des romans « Trois jours d’engatse » et « Graine de courge » que j’ai particulièrement adorés.

Allons au fond de l’apathie :

Attentats meurtriers à la une de tous les médias, explications alarmistes des correspondants de presse, images choc sur toutes les télés, déclarations vengeresses des politiques, et les terroristes courent toujours… Mais quels terroristes ? Ces deux gamins sur leur scooter avec leur bouteille de gaz consignée ? Et quelles images choc ? Les forces de l’ordre en état de guerre ? un élu paradant avec ses barbouzes ? Hystérie chez les journalistes, apathie chez les autres, il n’en faut pas plus pour aiguiser la curiosité du Poulpe qui descend à Marseille se rendre compte de la « tragique situation de crise ».

Un attentat à la bonbonne de gaz à Marseille ! deux jeunes maghrébins à scooter s’en prennent à un politicien, mais son garde du corps abat un des deux « terroristes » tandis que l’autre parvient à s’enfuir. Les chaînes infos et les journaux font monter la sauce… et Gabriel Lecouvreur, depuis son troquet favori, se dit qu’il y a anguille sous roche et décide d’aller dans la cité phocéenne pour se faire sa propre idée.

Écrire un épisode du « Poulpe » est forcément un exercice de style puisque le concept même est de respecter un personnage et une ambiance créés par un autre auteur tout en insufflant, si possible, son propre style.

L’humour, on sait que Carrese le maîtrisait dans ses romans, il suffit de lire les deux ouvrages que j’ai cités pour s’en assurer.

Forcément, avec l’auteur, Gabriel Lecouvreur ne pouvait aller autre part qu’à Marseille, la ville si chère au cœur de Carrese et qui scène de jeu de la plupart de ses romans.

Et c’est peut-être là la fausse bonne idée.

Effectivement, malgré l’humour de l’auteur que l’on retrouve, son goût pour sa région, on sent qu’il a du mal à se libérer du carcan de l’exercice de style. Son récit, sa plume, se retrouvent avec le cul entre les deux chaises, celle du Poulpe et celle de Carrese.

Peut-être n’aurait-il pas dû choisir la narration à la première personne qu’il a adoptée dans les romans que j’ai évoqués et qui s’éloigne un peu de celle usuelle de la saga.

En adoptant cette narration, Carrese ne peut alors s’empêcher de traiter Gabriel Lecouvreur comme l’un de ses personnages, sauf que Gabriel Lecouvreur est Le Poulpe !

Et, du coup, si l’on excepte le nom du personnage, la scène du troquet, et son goût pour les bières, difficile de reconnaître Le Poulpe dans le héros proposé par l’auteur et ce d’autant plus que le lecteur a l’impression que ce héros connaît parfaitement Marseille… mieux, qu’il est quasiment marseillais… lui ôtant de facto le costume du Poulpe.

Alors, on retrouve l’humour de l’auteur, comme je le disais, les dialogues à l’accent marseillais, l’exubérance propre ce genre de personnage en plus d’une visite « réglementaire » de la ville.

Mais, par contre, le roman pèche par son intrigue… une intrigue qui veut aborder les problèmes d’instrumentalisation des médias par les policitiens, de la peur absurde de l’étranger, du terrorisme… mais qui le fait en reposant sur une histoire au final assez peu crédible.

Les dessous de l’intrigue tiennent difficilement debout, et le lecteur que je suis, n’étant plus tout à fait dans un épisode du Poulpe, ne peut s’empêcher d’être déçu par certaines facilités scénaristiques.

Dommage.

Au final, le mélange entre le style de Carrese et la vie de Gabriel Lecouvreur a dû mal à se faire, peut-être parce que les deux éléments ne sont pas totalement miscibles, mais peu aidés, en tout cas, par une intrigue un peu bancale…

31 juillet 2022

Le juge n'aime pas faire le mort

 

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Yann Le Cœur, de son vrai nom, Jean-Marie Le Lec (1902-1951), est un écrivain d’origine bretonne qui ne cessa, dans les romans policiers qu’il écrivit, de mettre sa Région en général et la Cornouaille en particulier, au centre de ses intrigues, tant par la géographie que par les mœurs des habitants…

Malheureusement, il mourut seulement quelques années après s’être lancé sérieusement dans l’écriture de romans policiers et il ne laisse derrière lui qu’un peu plus d’une demi-douzaine de titres…

« Le juge n’aime pas faire le mort » est le 5e, dans l’ordre d’écriture, de ces romans.

Comme les précédents, il met en scène la population de la Cornouaille et, pour résoudre le crime, le commissaire Martial Le Venn alias le commissaire Mars…

LE JUGE N’AIME PAS FAIRE LE MORT

François Labatut, Juge de paix de Porzabbat, sait cultiver les inimitiés, tant dans le cadre de son travail que dans son rapport avec les femmes…

Aussi, recevoir une lettre anonyme de menaces ne le perturbe pas beaucoup et ne l’empêche surtout pas de jouer sa partie de bridge quotidienne avec quelques cadres de la ville.

Pourtant, quand une seconde missive lui parvient, l’avertissement de sa mort dans trois jours ébrèche son assurance même si d’autres contribuables ont également eu le droit à ce type de courrier.

Alors, quand François Labatut disparaît un soir d’orage, les habitants commencent à s’inquiéter, plus pour eux que pour le magistrat…

Le juge Labatut n’est pas un homme aimé dans la ville de Porzabbat. Que ce soit pour sa façon de traiter les coupables ou ses proches, il sait s’attirer les rancunes.

Pourtant, quand il reçoit une lettre anonyme lui annonçant sa mort prochaine, il commence par railler cet enfantillage, avant de prendre l’avertissement au sérieux.

Mais, rapidement, d’autres personnalités du village, notamment ses compagnons de bridge, reçoivent elles aussi de similaires missives.

Et, quand le juge Labatut disparaît un soir d’orage, c’est tout Porzabbat qui s’inquiète.

Yann Le Cœur reprend une idée qu’il a déjà développée dans un roman précédent : « La Mite ».

Non seulement, du fait de l’étude de mœurs des habitants d’une petite ville bretonne (mais, en même temps, c’est le cœur de toutes ses intrigues), mais aussi et surtout avec cette histoire de corbeau qui envoie des lettres de menaces et ce bistrot qui est le centre de tout.

Effectivement, dans la « Mite », il était question de corbeau et d’un bistrot qui était le point central et de l’étude de mœurs, et de l’intrigue policière.

Yann Le Cœur poursuit d’ailleurs sur son inspiration liminaire avec un premier rebondissement quant à l’identité du corbeau, mais il se détache par la suite de cette histoire pour en développer une toute autre… quoi que.

Car il y a beaucoup de points communs entre l’intrigue de « La Mite » et celle de « Le juge n’aime pas faire le mort ». Les lettres de menaces, bien sûr, des sous-intrigues sentimentales, de vieilles filles aigries, qui tiennent le bistrot (comme dans « La Mite ») et même certaines raisons de certains protagonistes de l’histoire.

D’ailleurs, l’auteur y fait une référence subtile (j’ai du mal à croire que ce soit inconscient), en citant l’Hôtel de l’Épée à Kemper (Quimper), le lieu emblématique du roman « La Mite ».

Pourtant, Yann Le Cœur propose un tout autre roman, grâce à son talent et, probablement, à tout ce qu’il avait à dire sur les mœurs bretonnes qui, pour beaucoup, ne sont pas différentes de celles des habitants des autres régions, voire des autres pays…

Une nouvelle fois, il profite de son récit pour nous conter, en parallèle, sa Région, sa Cornouaille, à travers les évocations des rues, des ambiances et du climat, mais aussi, et surtout, à travers des expressions du cru (qui sont nombreuses ici).

Le tout se lit donc agréablement, tout autant agréablement, d’ailleurs, que les précédents romans de l’auteur, à condition de ne pas être trop exigeant avec l’intrigue qui, cette fois-ci, tient un peu moins la route que de coutume.

Déjà, de par l’identité du coupable, qu’un lecteur un brin assidu aura deviné assez rapidement.

De par la découverte de cette identité, le même lecteur aura donc un coup d’avance sur tout le monde quant au premier gros rebondissement de l’affaire.

Mais cela ne serait pas grave si le mobile du meurtrier n’expliquait pas réellement son crime ou si, l’atrocité du crime n’était pas disproportionné par rapport au mobile du meurtrier qui aurait d’ailleurs pu obtenir un résultat approchant sans tuer qui que ce soit.

Difficile d’en dire plus ou d’être plus précis sans déflorer l’intrigue, aussi, je me contenterais de ces informations.

On retrouve une nouvelle fois tardivement le commissaire Mars, la majeure partie du roman étant consacrée à l’étude de mœurs et aux dissentiments entre les protagonistes permettant aux lecteurs de deviner le drame à venir.

Le crime est donc tardif et l’enquête l’est encore plus.

Le commissaire Mars est donc une nouvelle fois peu présent, tout comme l’est sa femme, Arianne Charmaz, que l’on retrouve également dans chacun des romans policiers de l’auteur.

Ainsi, tous les ingrédients d’un bon roman de Yann Le Cœur sont ici présents (peut-être même un peu trop).

Au final, un roman rappelant sur beaucoup de points un autre de l’auteur et qui souffre un peu d’un mobile du crime un peu bancal, mais qui se révèle tout de même plaisant à lire.


C'est moi l'assassin

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Je poursuis ma découverte de l’œuvre policière de l’écrivain Yann Le Cœur, œuvre concise (6 romans), mais passionnante, avec son 4e roman : « C’est moi l’assassin »…

Yann Le Cœur est le pseudonyme de l’écrivain Jean-Marie Le Lec (1902-1951), décédé prématurément alors qu’il était promis à un bel avenir.

Yann Le Cœur fut influencé par les auteurs Stanislas-André Steeman, Pierre Véry et bien d’autres qu’il n’hésite pas à citer dans ses ouvrages.

Mais, ce qui influença avant tout sa plume était sa Région, la Cornouaille, dans laquelle tous ses romans policiers se déroulent.

C’est d’ailleurs, à chaque ouvrage, l’occasion pour l’auteur de mettre en avant les Bigoudens, leurs traditions, leur mode de vie, leurs expressions, leurs villes, et les artistes du cru…

Dans chacun de ses 6 romans apparaît, plus ou moins longuement, le personnage du commissaire Martial Le Venn alias commissaire Mars.

« C’est moi l’assassin » a été écrit en 16 jours en novembre 1944.

C’EST MOI L’ASSASSIN

À Quimper, dans la famille Lermite, les histoires d’argent, de cœur et de rancœurs, forment le terreau propice à un drame à venir.

Entre des sœurs aigries par l’âge et la solitude, un frère qui délaisse l’étude pour écrire des romans policiers et la nièce, orpheline petite, qui ne peut se marier à l’homme qu’elle aime faute d’une dot suffisante, tous les ingrédients sont présents pour que le crime parfait se mette en place…

Mais, une chose est certaine : comme toujours, le commissaire Martial LE VENN sera celui qui verra clair dans l’obscurité d’une affaire composée principalement de faux-semblants…

Toussaint Lermite, notaire à Quimper, approche de la soixantaine et il vit dans la demeure familiale qui abrite l’étude notariale avec une sœur aînée et une sœur cadette ainsi qu’une jeune nièce devenue orpheline petite après la mort de ses parents.

Mais Toussaint n’a plus la tête à son métier, il préfère écrire des romans policiers malgré la raillerie de ses proches.

Quant à ses sœurs, l’aigreur de deux vieilles filles rendent l’ambiance pesante dans la demeure.

En plus, la nièce, amoureuse, espère se marier, mais, pour cela, il lui faut une dot que Toussaint est en mal de lui fournir.

Aussi il lui vient l’idée de vendre l’étude et la maison qui est en indivision et donner sa part à chacune des femmes. Mais les sœurs voient d’un mauvais œil cette solution qui les obligerait à diminuer leur train de vie et à se retrouver seules.

Pendant ce temps, la plume de Toussaint parvient à séduire un éditeur pendant que lui s’éprend de la fille de son ami docteur et sœur du promis de sa nièce…

De quoi créer un cocktail explosif…

Yann Le Cœur nous plonge à nouveau dans les affres de familles bretonnes, affres financières, sentimentales et d’aigreurs…

Ce cocktail déjà utilisé dans ses précédents romans, l’auteur nous le ressort, mais sans pour autant faire de redite ou bien se répéter.

Car, ne sont-ce pas là les ingrédients de tout bon drame ? Et un roman policier n’est-il pas avant tout un drame… mortel pour un ou plusieurs protagonistes ?

L’auteur poursuit donc son étude de mœurs, dans une étude notariale, au sein d’une famille d’âmes esseulées. Un frère veuf trop tôt, deux sœurs n’ayant pu se marier faute de dot, une nièce orpheline et en passe de ne pouvoir se marier à son tour…

On sent, comme à chaque fois dans les romans de Yann Le Cœur, monter la mayonnaise, s’embraser la mèche qui mettra le feu aux poudres et on devine le drame latent.

De la même manière, l’auteur nous livre, en cours de récit, des informations permettant au lecteur de se faire une idée de drame, mais également du ou des meurtriers, sans jamais parvenir, à aucun moment, avec certitude, à identifier celui-ci.

Mais, plus fort encore ici, Yann Le Cœur met en abîme le roman policier à travers un roman policier éponyme qui livre des détails sur la manière dont les meurtres ont été commis, puisqu’assassin il y a forcément, puisqu’il s’agit de l’auteur du roman comme le clame le titre.

Cette mise en abîme, ce roman, n’est-il alors que roman, une simple fiction, ou bien une confession par plume interposée ? Le lecteur, que ce soit celui du roman ou du roman dans le roman, ne parvient jamais à se faire une idée précise et c’est alors qu’interviendra, comme à chaque fois, le commissaire Martial Le Venn pour éclairer de sa perspicacité tout ce méli-mélo.

Et, comme chaque roman est l’occasion pour Yann Le Cœur de nous parler de sa région, celui-ci évoquera encore des traditions bretonnes, nous exposera quelques expressions du cru, parlera également d’artistes, peintres ou écrivains, bien de chez lui, sans oublier les auteurs qui l’ont tant inspiré comme Steeman ou Véry.

Au final, un roman policier, mais pas que, dans la veine des précédents ouvrages du genre de l’auteur, c’est-à-dire très agréable à lire et fort bien écrit.

Une femme de trop

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Parfois, souvent, la lecture d’une 4e de couverture vous donne envie de lire un roman.

D’autres fois, il est préférable de ne pas s’y référer.

C’est heureusement ce que je fis avec « Une femme de trop » de Louis C. Thomas.

Pourquoi ?

Tout simplement parce que : Louis C. Thomas (1921-2003)…

Oui, ce nom n’évoque probablement rien à la plupart d’entre vous.

Pour d’autres, il remet peut-être en mémoire certains épisodes de la très ancienne et mythique série « Les cinq dernières minutes » dans laquelle l’inspecteur Bourrel, interprété magistralement par Raymond Souplex, résolvait les enquêtes en clamant « Bon sang, mais c’est bien sûr ».

On peut également, toujours pour les plus anciens, se souvenir des pièces radiophoniques qu’il écrivit.

Enfin, la plupart de ceux qui le connaissent penseront aux nombreux romans policiers qu’il écrivit.

Mais, pour moi, Louis C. Thomas, de son vrai nom Louis Thomas Cervoni, est avant tout René Thomas, un auteur de fascicules policiers qui, pour les éditions Ferenczi et sa collection « Mon Roman Policier » dans les années 1950, mit en scène le personnage de l’inspecteur Lémoz dans plus d’une dizaine de titres sous la forme de fascicules de 32 pages (récits d’environ 10 000 mots).

J’avais dégusté l’ensemble de ces aventures.

Pour en revenir à l’auteur, il est important de noter qu’il est devenu écrivain après avoir perdu la vue.

Depuis ma découverte de ces fascicules, j’attendais d’avoir l’opportunité de découvrir la plume de l’auteur dans un format un peu plus long, mais je craignais également celle-ci puisque les titres les plus faciles à trouver étaient également les plus récents et que les sujets de ces romans n’étaient pas forcément ceux qui m’intéressent le plus.

Et c’est le cas de « Une femme de trop ».

Une femme de trop :

Brimé par la riche veuve qui l’a sauvé du suicide, Laurent Malijai trouve secours auprès de la jeune bonne de la maison, Charlotte, qui devient sa maîtresse, le pousse à éliminer son tyran et finit par provoquer elle-même « l’accident » libérateur.
Mais cet accident n’a pour effet que de plonger Hélène dans une totale amnésie dont elle peut sortir un jour ou l’autre pour confondre Charlotte. Cette amnésie a fait d’elle une nouvelle femme, douce, sensible, attachante, susceptible de se faire à nouveau aimer par Laurent…

Laurent Malijai est un jeune romancier persuadé d’avoir du talent. Aussi se lance-t-il à corps perdu dans la recherche d’un éditeur pour son petit bébé… Mais, après divers refus, il sombre dans le désespoir et décide de se pendre à un arbre, dans une forêt.

Mais il est sauvé in extremis par une jeune femme en train de chasser sur sa propriété.

Celle-ci le ramène chez lui et, décrétant qu’il lui doit la vie, décide de l’épouser et de lui faire profiter de sa richesse…

Mais Laurent Malijai se retrouve rapidement sous le joug de celle qui l’a sauvé et subit brimade sur brimade sans jamais se rebiffer.

La pire étant quand sa femme jette son dernier manuscrit au feu, le considérant trop mauvais.

C’est la goutte d’eau qui le jette… dans les bras de la jeune bonne qui, quelques jours auparavant, découvrant par hasard le manuscrit en l’absence de ses maîtres, en avait fait faire une copie pour le lire tranquillement.

S’en suit alors une romance entre la bonne et le mari.

Puis, lors d’une partie de pêche, l’épouse, prise par la tempête, manquant de se noyer, est projetée sur les rochers et heureusement retrouvée, mais inconsciente, proche de la mort.

Quand elle se réveille, elle est devenue amnésique… mais également une tout autre femme. Plus douce, moins autoritaire, plus attentionnée… une femme dont le mari tombe lentement mais sûrement amoureux, au grand dam de la bonne…

Mouais, j’avoue que le résumé ne donne pas envie… en tous cas, il ne me donne pas envie. Pour cela que je disais qu’heureusement je n’avais pas lu la 4e du roman.

Pourtant, au début de ma lecture, je voyais bien où se dirigeait l’auteur, vers quoi il attirait le lecteur et j’avoue que cette perspective ne me réjouissait pas et que je n’étais pas loin d’abandonner ma lecture.

Oui, mais voilà, l’auteur n’est pas n’importe qui et, même avec un sujet qui ne m’attire pas, sa plume, elle, parvint à me captiver suffisamment pour me pousser à poursuivre ma lecture.

Et, malgré le sujet, malgré les personnages assez peu attachants (une femme autoritaire et hautaine, un mari lâche, une bonne hystérique…) je suis allé au bout du roman et j’ai même apprécié celui-ci, une chose que je ne m’imaginais pas.

Car, Louis Thomas Cervoni possède cette qualité de captiver le lecteur, de mener sa barque et d’y faire monter ses passagers, de manier l’âme humaine, les sentiments et les rancœurs (il devait en connaître un rayon sur le sujet). Il connaissait la dépendance, affective, physique… et peut-être aussi la lâcheté et la peur de l’inconfort et de l’incertitude.

Bref, il parvenait à retranscrire parfaitement sur le papier le pire et le meilleur de l’être humain tout en maîtrisant parfaitement la narration et la mise en place d’une intrigue…

Au final, avec une intrigue totalement inintéressante pour moi, Louis C. Thomas parvient à me proposer un roman qui est parvenu à me séduire, ce qui est un tour de force que peu d’auteurs seraient parvenus à faire.

La main de sang

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Entre 1943 et 1944, les éditions Janicot proposèrent aux lecteurs la « Collection Rouge » regroupant un peu plus de 100 fascicules de 32 pages, double colonne, contenant des récits indépendants entre 10 000 et 12 000 mots.

Rares sont les auteurs participant à cette collection à être des habitués de la littérature fasciculaire. On notera bien sûr, Jean des Marchenelles, Maurice Lambert, mais pour le reste, ce sont des écrivains que l’on retrouve rarement ailleurs.

Et ce fut souvent l’occasion, pour ces écrivains, de faire vivre des personnages récurrents.

C’est du moins le cas de Lucien Van der Haeghe, un auteur sur lequel je n’ai aucune donnée si ce n’est qu’il devait vivre sur Lille comme en témoigne ses nombreuses collaborations avec Jean des Marchenelles, un éditeur et auteur lillois.

Effectivement, pour la « Collection Rouge », l’auteur fit vivre deux personnages récurrents : le commissaire Barma et le détective Paul Duval, qui vécurent, ensemble ou séparément, au moins 7 aventures.

« La main de sang » est l’une d’entre elles, même si Barma n’est pas même mentionné.

LA MAIN DE SANG

Le célèbre détective Paul DUVAL est chargé par le jeune peintre Alfred Ridder d’enquêter sur le décès de son frère quelques mois auparavant.

Ce dernier a été terrassé par crise cardiaque consécutive à une terreur nocturne due par de terribles cauchemars après avoir prononcé, dans un ultime râle : « La main de sang »…

Mais, Alfred Ridder est à présent persuadé que la mort a été provoquée par il ne sait quel stratagème. La preuve, vers une heure du matin, il a entendu des bruits suspects dans sa chambre et aperçu des boules de toutes les couleurs, comme s’en était plaint son aîné les jours précédents le drame…

Un jeune peintre vivant chez son riche oncle vient voir le détective Paul Duval pour qu’il enquête sur la mort de son frère aîné, décédé il y a quelques mois d’une crise cardiaque après avoir passé plusieurs nuits, selon lui, à entendre des bruits et voir des boules de couleurs, la nuit, dans sa chambre.

Si la crise cardiaque ne fait aucun doute, les deux frères ont le cœur fragile, le jeune homme, depuis la nuit précédente, craint que le décès de son frangin ait été provoqué. Il en veut pour preuve d’avoir, aussi, vers 1 h du matin, entendu des bruits dans sa chambre et vu des boules de couleurs flotter…

Paul Duval accepte de l’aider et s’en vient, avec son jeune aide Stanislas, dans la demeure de son client et il ne va pas tarder à avoir de sérieux soupçons.

Bon, est-il encore besoin de préciser que ce court format ne permet pas d’installer de véritables intrigues dignes de ce nom ? Oui ? Alors, c’est dit !

En pas tout à fait 12 000 mots, l’auteur tente cependant de livrer une histoire susceptible de séduire les lecteurs… de son époque (car la révélation finale est bien moins séduisante aujourd’hui).

Les lecteurs assidus vont vite faire un rapprochement, en début de lecture, avec l’épisode précédent « La Maison Hantée ». L’auteur l’assume puisqu’il fait mention de ce titre dans son histoire.

Cependant, si certaines similitudes sont présentes, au départ, le reste de l’histoire se détache de la précédente.

L. Van der Haeghe poursuit sa narration au présent, un choix rarement fait par les écrivains de l’époque.

Sachant qu’il n’a pas beaucoup de place pour s’exprimer, il fait avancer tout le début de son histoire, notamment la présentation du meurtre précédent, par le truchement de dialogues dans lesquels son client lui raconte ce qu’il sait de la mort de son frère. Cela prend moins de place qu’un exposé par un narrateur omniscient.

Pour le reste, Paul Duval résout rapidement l’affaire grâce à son intuition et une erreur grossière d’un des protagonistes de l’histoire.

Pas de grandes réflexions, donc, ni d’investigations minutieuses, mais l’on s’en doutait à l’avance.

Le personnage de Stanislas, le bras droit de Duval, apporte un peu moins d’humour que dans le titre précédent. Dommage.

Cependant, l’ensemble se lit rapidement et agréablement, comme les autres épisodes de la série.

Au final, un épisode plaisant, dans la lignée des précédents, avec une intrigue qui peine à séduire de nos jours, sans être pour autant totalement rébarbatif.

24 juillet 2022

Le manoir hanté

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« Le manoir hanté » est, à l’origine, un fascicule de 32 pages, double-colonne, paru en 1943 dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot.

Il est signé L. van der Haeghe.

Il met en scène deux personnages récurrents de l’auteur que l’on retrouve dans plusieurs titres écrits pour la même collection : le commissaire Barma et le détective Paul Duval (ainsi que son jeune assistant Stanislas).

Effectivement on retrouve ces personnages (des fois Barma sans Duval et inversement) dans au moins 7 titres de cette collection.

Quant à l’auteur, L. van der Haeghe, je ne sais rien sur lui si ce n’est qu’il collabora avec l’auteur et éditeur Jean des Marchenelles et qu’il vivait probablement près de Lille.

LE MANOIR HANTÉ

Le commissaire BARMA est dans une impasse !

Impossible d’avancer dans sa nouvelle enquête concernant les agissements de la terrible bande du Cercle Rouge qui rançonne et assassine de riches personnalités.

Aussi, BARMA décide-t-il de faire appel à son grand ami le détective Paul DUVAL.

Mais ce dernier a déjà une affaire en cours, il est chargé par une vieille comtesse de débarrasser son château des esprits qui le hantent.

La bande du Cercle Rouge commence à faire du bruit. Voilà deux riches hommes à qui elle envoie une carte les menaçant de mort s’ils ne leur donnent pas de l’argent. Face au refus de ceux-ci, à chaque fois, et malgré la protection policière, les membres de la bande sont parvenus à tuer les récalcitrants en leur faisant inhaler un gaz empoisonné.

Comme le commissaire Barma, chargé de l’affaire, n’avance pas, il fait appel à son ami le détective Paul Duval. Mais, de son côté, ce dernier est pressé par une vieille comtesse qui lui demande de la débarrasser d’esprits qui, la nuit, l’effrayent.

Dans ce récit qui dépasse difficilement les 10 500 mots, van der Haeghe nous propose une intrigue assez classique pour l’époque, bien que déjà un peu datée.

Effectivement, la désuétude de l’histoire est d’autant plus accrue que les lecteurs auront déjà pu en lire d’autres semblables depuis déjà des années.

Comment ne pas penser, à la lecture de ce récit, à une aventure de Florac et La Glu de Marcel Vigier, par exemple « La pierre qui bouge » datant de 1920.

Ce sentiment est d’autant plus renforcé que le duo Duval/Stanislas est assez proche de celui Florac/La Glu, dans la relation entre les personnages que celle avec les lecteurs.

Bien évidemment, le sujet a été très souvent utilisé que ce soient les manoirs hantés, mais, surtout, les manoirs faussement hantés et il n’est pas rare que la raison en fût la même que dans le récit du jour.

D’ailleurs, dès le début, on se doute un peu du premier rebondissement de l’affaire, un peu moins du second et beaucoup moins du dernier.

Pour le reste, on notera une nouvelle fois le désir de l’auteur de narrer ses histoires au présent de l’indicatif et non au passé simple, une pratique suffisamment rare à l’époque pour est précisée.

L’ensemble est plaisant à lire à défaut d’être ni original ni passionnant, mais difficile d’attendre mieux d’un récit de 10 000 mots.

L’auteur, à travers le personnage de Stanislas, apporte une légère touche d’humour.

Au final, un épisode agréable qui se lit vite et bien et qui rappelle par le ton, les personnages et le sujet, d’autres aventures de la littérature populaire policière.

La villa des suspects

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Je poursuis ma découverte de la plume de Lucien van der Haeghe, un auteur sur lequel je n’ai guère d’informations si ce n’est qu’il était actif dans les années 1940 et qu’il était probablement de la région Nord, comme l’attestent ses collaborations avec l’auteur et éditeur lillois Jean des Marchenelles…

La rencontre avec un auteur, dans mon cas, n’est jamais meilleure que si elle est faite par l’entremise d’un personnage récurrent.

Cela tombe bien, L. Van der Haeghe, pour la « Collection Rouge » des éditions Janicot, a développé deux enquêteurs qui se croisent (ou pas) dans plusieurs enquêtes : le commissaire Barma et son ami d’enfance le célèbre détective Paul Duval.

Les deux personnages apparaissent dès 1943 dans le fascicule de 32 pages, double colonne, « La voix d’outre-tombe » et reviennent ensemble ou séparément dans 5 ou 6 autres récits (un titre de l’auteur échappe encore à mes griffes avides).

« La villa des suspects » est un titre de la « Collection Rouge » des éditions Janicot dans lequel apparaissent Barma et Duval.

LA VILLA DES SUSPECTS

Le détestable, l’égoïste, l’avare, le cynique, le sournois, mais richissime Jean Bernaldo, réunit autour de lui sous prétexte d’une partie de chasse, toute sa famille et son ami le substitut Roël.

Au cours du repas du soir, il annonce à chacun qu’il les a couchés sur son testament…

Et le lendemain matin, il est retrouvé mort dans son lit, le crâne fracassé…

Le commissaire BARMA chargé de l’enquête est rapidement convaincu que le coupable est à chercher dans les héritiers de la victime, mais les suspects ne manquent pas.

Ne parvenant pas à trouver des indices probants, il ne tarde pas à faire appel à son grand copain le détective Paul DUVAL…

Jean Bernaldo est un homme guère apprécié des autres membres de sa famille, mais il possède une grosse qualité, il est riche. Aussi, quand il invite tout le monde dans sa demeure pour une semaine de chasse, personne ne manque à l’appel, pas même son ami le substitut Roël, qui, pourtant, avait une importante affaire à préparer.

Le soir, Jean Bernaldo, au cours du dîner, prévient chacun qu’il l’a couché sur son testament, faisant le bonheur de tous.

Mais, le lendemain matin, Jean Bernaldo est retrouvé le crâne fracassé dans son lit…

Le commissaire Barma va débuter son enquête et, bien qu’il se doute que le meurtrier se trouve parmi les invités et donc les héritiers, il ne parvient pas à trouver qui est le coupable.

Aussi va-t-il faire appel à son ami le détective Paul Duval…

Lucien van der Haeghe nous propose dans ce court récit de 9 800 mots, une intrigue une nouvelle fois inspirée de l’univers d’Agatha Christie. Une demeure isolée, des invités, un maître de céans détesté qui meurt durant la nuit. Qui est le coupable ? Un des invités, bien évidemment.

Dès les invitations lancées à la famille, on se doute du déroulement de l’histoire.

Cela ne gêne en rien puisque le texte se veut une parodie d’un genre dont tous les lecteurs possèdent les codes.

D’ailleurs, celui-ci se termine en « Whodunit », c’est-à-dire par une scène où l’enquêteur réunit tous les suspects et, expliquant le cheminement de sa pensée, finit par accuser le coupable devant tout le monde.

Rien de neuf, donc, dans le monde du polar, mais ce récit ne se veut pas novateur, mais plutôt hommage ou, au moins, inspiré par les maîtres du genre.

Malheureusement, la concision inhérente au genre ne permet pas de distiller savamment tous les éléments permettant de garder le lecteur à distance de la solution tout en lui soumettant pourtant des indices de-ci, de-là, pour s’en approcher.

Ici, le seul indice donné permet déjà au lecteur, avant même la découverte du corps, de deviner l’identité du ou de l’un des coupables.

Dommage, mais on ne peut demander à un auteur de faire des miracles et de parvenir en 10 000 mots à faire aussi bien que ses confrères qui disposent de 10 ou 20 fois plus de place pour cela.

On regrettera également quelques incohérences ou, du moins, légèreté dans l’enquête du commissaire Barma qui, aux yeux du lecteur, paraîtra piètre policier.

Mais là encore, on peut mettre tout cela sur le compte de la concision.

Reste alors un récit plaisant, sous forme de parodie légère (dans tous les sens du terme).

Au final, un récit qui reprend les codes si chers à Agatha Christie, mais qui, de par la courte taille du texte, ne parviendra forcément pas au niveau des romans de celle-ci.

Meurtre en gros plan

 

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Jusqu’à présent, dans mon esprit, Pierre Nemours n’évoquait que la rue du même nom sise à Paris et dans laquelle se situe le Théâtre Comédie dans lequel était enregistrée la mythique émission « La Grosse Émission » de la chaîne Comédie de Dominique Farrugia qui, entre 1997 et 2002 révéla notamment la troupe des Robins des Bois, mais également des comédiens tels que Jonathan Lambert, Axelle Lafont, Sören Prévost, Philippe Lelièvre et même Cyril Hanouna (qui était stagiaire sur la chaîne, accessoiriste pour les Robins des Bois et qui, pour les émissions, jouait le rôle du concierge du théâtre dont la spécialité était d’aller faire chier les clients des magasins de la rue, souvent en se promenant à poil)…

Aussi, quand je suis tombé sur « Meurtre en gros plan », signé Pierre Nemours, je me suis dit qu’il était temps de découvrir l’auteur qui avait donné son nom à cette rue…

« Meurtre en gros plan » est un roman publié en 1967 dans la collection « Spécial-Police » des éditions Fleuve Noir et réédité en 2014 en numérique aux éditions « French Pulp »…

Meurtre en gros plan :

Dans le désert andalou, John Baines, metteur en scène hollywoodien réalise un film adapté d’un best-seller français sur la guerre d’Algérie : Le Dernier Point d’Eau. Lors du tournage, l’acteur Richard Falban est exécuté par le peloton d’exécution. Pourquoi assassiner l’acteur principal pendant le tournage du film ? Qui est le coupable du crime parfait déguisé en scène d’action ?
La police espagnole a bien besoin de l’aide du Commissaire Vieljeux pour mener cette enquête au cœur du désert et de l’industrie du cinéma. Mais Vieljeux réussira-t-il à découvrir le meurtrier qui se cache peut-être parmi l’équipe du film ?

L’Andalousie est devenue terre de cinéma, notamment grâce à ses grands espaces désertiques pouvant évoquer, selon les besoins, les plaines du Far West ou le désert Saharien.

Et, justement, une équipe est en train de tourner un film dont l’action est censée se dérouler en Algérie, durant la guerre.

Malheureusement, les rushes de la scène de l’exécution du héros du film, interprétés par la grande vedette, ont été accidentellement endommagés. Il faut alors retourner la scène, au crépuscule.

12 soldats tirent sur le héros attaché au poteau d’exécution. La scène est splendide, l’acteur joue à la perfection… pas étonnant, le comédien ne joue pas, il a réellement été touché d’une balle et est décédé.

Accident ? Probablement. Mais la police espagnole ne parvenant pas à avancer dans cette enquête, elle fait appel au commissaire Vieljeux qui, parlant à la fois la langue du pays et celle (le français) de l’équipe de tournage, aura plus de facilité pour mener les investigations.

Mais très vite, dans l’esprit du policier, l’accident n’est pas concevable. Et si les rushes avaient été volontairement détruits pour obliger l’équipe à retourner la scène fatale ?...

Que dire de ce roman ?

Déjà, que l’intrigue n’est guère originale et que l’on devine assez rapidement le déroulé de l’histoire ainsi que l’identité du principal suspect même si l’auteur nous réserve un rebondissement histoire de complexifier un peu l’ensemble.

Ensuite que l’intérêt principal, au moment de l’écriture, a perdu un peu de son impact au fil du temps.

Effectivement, il semblerait que la volonté première de l’auteur est de décrire un peu l’envers du décor du cinéma, un monde fantasmatique pour les lecteurs des années 1960, mais qui est beaucoup moins mystérieux pour les lecteurs d’aujourd’hui.

Et c’est donc à cela que s’attache l’auteur plus qu’à ses personnages ou à son intrigue.

Une intrigue un peu cousue de fil blanc, d’ailleurs, même si l’auteur nous révèle de petits rebondissements.

Du coup, avec une intrigue un peu légère et des personnages, dont, notamment, le héros, le commissaire Vieljeux, un peu fade, difficile, de nos jours, d’être totalement passionné par un roman qui, sans être mauvais, manque un peu d’intérêt.

La preuve accablante

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Lucien van der Haeghe est un écrivain sur lequel je n’ai guère de renseignements si ce n’est qu’il officiait au milieu des années 1940 et qu’il était probablement ancré dans la région Nord, du fait de ses multiples collaborations avec l’écrivain et éditeur Jean des Marchenelles…

En 1943, 1944, pour le compte des éditions Janicot, il écrit quelques récits policiers pour la « Collection Rouge », qui seront publiés sous la forme de fascicules de 32 pages, double colonne, contenant des récits d’environ 12 000 mots.

C’est l’occasion pour lui de faire vivre des personnages récurrents, dont le commissaire Barma et son ami, le détective Paul Duval.

« La preuve accablante » est un de ces récits, le troisième de l’auteur pour la collection, mais seulement le second dans lequel apparaît l’un ou l’autre ou les deux récurrents.

LA PREUVE ACCABLANTE

Le célèbre détective Paul DUVAL est contacté par un antiquaire usurier qui lui dit avoir peur des représailles d’un cambrioleur qu’il a dénoncé pour lui avoir volé une forte somme d’argent.

Ce dernier vient de s’évader et le commerçant craint, depuis, pour sa vie…

Il demande alors à DUVAL de faire arrêter le fuyard s’il lui arrivait malheur, moyennant 50 000 francs qu’il recevra en héritage pour le payer de sa peine.

Le lendemain matin, l’ex-prisonnier est interpellé au sortir de la boutique du brocanteur tandis que le propriétaire, lui, est retrouvé pendu dans sa chambre…

Bien que l’affaire semble close, Paul DUVAL décide d’enquêter malgré tout. N’a-t-il pas été rémunéré pour cela ?...

Le détective Paul Duval reçoit un antiquaire qui fait également office d’usurier et qui lui annonce craindre pour sa vie après l’évasion d’un homme qu’il avait dénoncé et fait condamner pour lui avoir volé de l’argent.

Duval se refuse à pourchasser un fugitif, pensant que la Police suffit à cette tâche. Mais le brocanteur lui annonce lui léguer 50 000 francs pour faire arrêter son assassin si malheur lui arrivait.

Et le lendemain, malheur lui est arrivé puisqu’il est retrouvé pendu dans sa chambre. Mais Paul Duval n’a pas grand-chose à faire puisque le fuyard a été arrêté alors qu’il quittait les lieux du crime…

Pourtant, Paul Duval décide d’enquêter tout de même…

Dans cet épisode de presque 12 000 mots, contrairement au précédent, Paul Duval apparaît dès le début de l’histoire et sera le seul héros du récit puisque le commissaire Barma en est totalement absent.

L’intrigue développée par l’auteur est de celles qui ne tiennent pas debout à l’aulne des révélations finales et sont surtout de celles dont on ne peut discuter en détail au risque de dévoiler des morceaux de l’histoire.

Toujours est-il que l’intrigue comme les réactions des principaux protagonistes ne tiennent pas la route quand on connaître le fin mot de l’histoire.

C’est un problème que l’on retrouve parfois dans certains romans policiers, mais que l’on peut excuser dans un format aussi court que celui-ci, déjà parce que, développer une réelle intrigue, dans une telle concision, est impossible à moins d’user de certaines facilités comme celle-ci et ce d’autant plus que l’écriture de ce genre de fascicules devait se faire dans la célérité, donc, pas trop le temps pour les auteurs de peaufiner leurs histoires…

On retrouve ici la narration au présent déjà usité dans l’épisode précédent, mais également dans le premier texte de l’auteur pour la « Collection Rouge », « L’énigme des têtes tranchées », une histoire ne mettant en scène ni Barma ni Duval. Il semble donc que ce soit un parti pris sur le long terme de l’auteur.

En plus de la facilité déjà évoquée, Lucien van der Haeghe en utilise une autre (que je n’évoquerai pas non plus en détail) qui aide bien les auteurs de récits policiers à brouiller les pistes puisqu’ils sont nombreux et pas des moins célèbres, à s’en être déjà servi.

Si elle a l’avantage d’offrir un rebondissement que bien souvent le lecteur ne peut voir venir, cette astuce, par contre, lasse depuis par trop d’utilisation.

Oui, je sais, c’est rageant de parler de chose sans pouvoir les nommer, mais vous n’avez qu’à lire ce titre pour savoir de quoi je parle.

Pour le reste, pas grand-chose d’autre à se mettre sous la dent.

Paul Duval est sous-employé, tout comme son jeune aide, mais dans un texte aussi court, on ne peut guère s’attendre à mieux.

Ah, si, on notera le « racisme ordinaire » du héros envers les asiatiques et les juifs, des travers que l’on retrouve souvent dans la littérature de l’époque et qui n’ont, depuis, heureusement plus cours, démontrant que les mentalités ont évolué (même si tout le monde ne progresse pas à la même vitesse).

Au final, un épisode un peu décevant par rapport au premier, notamment à cause d’une intrigue bancale, mais pas que…

La voix d'outre-tombe

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« La voix d’outre-tombe » est le 8e titre de la collection de fascicules de 32 pages double-colonne « Collection Rouge » des éditions Janicot, publié en 1943.

Il est signé L. Van der Haeghe (le deuxième titre de l’auteur dans la collection).

Sur l’auteur, Lucien Van der Haeghe, donc, je n’ai pas beaucoup de billes. Probablement, du fait de ses collaborations avec Jean des Marchenelles, aurait-il vécu dans le Nord...

Toujours est-il que ce titre offre la particularité de mettre en scène deux personnages que l’auteur reprendra plusieurs fois pour sa collaboration dans la « Collection Rouge » : le commissaire Barma et le détective privé Paul Duval…

LA VOIX D’OUTRE-TOMBE

Carmencita, la jeune et adulée chanteuse d’Opéra, est assassinée chez elle d’un coup de poignard…

Son mari est affligé, il avait laissé son épouse en pleine répétition avant de partir à son bureau et, quelques minutes plus tard, elle est découverte gisant dans le sang par la concierge venue lui apporter une lettre…

Entre ces moments, seules deux personnes sont entrées dans l’immeuble, des locataires épris l’un et l’autre de la diva…

Pour le commissaire BARMA chargé de l’enquête, nul doute que le coupable est à chercher parmi les amoureux transis.

Mais pourtant, quelque chose le titille qu’il ne saurait saisir.

Aussi, pour en avoir le cœur net, il décide de faire appel aux lumières de son ami d’enfance, le célèbre détective Paul DUVAL…

Une jeune chanteuse d’opéra a été assassinée chez elle, après le départ de son mari, d’un coup de poignard dans le cœur.

Les concierges assurent l’avoir entendu chanter encore quelque temps, une fois seule, mais elle était morte quand la concierge lui a monté son courrier.

Les seules personnes a être entrées dans l’immeuble une fois le mari sorti sont deux locataires, tous deux amoureux de la belle jeune femme.

Le commissaire Barma est chargé de l’enquête et dirige très vite ses soupçons vers un des deux locataires, d’autant que l’arme du crime lui appartient et qu’une lettre anonyme que la défunte avait reçue dénonce des faits pouvant servir de mobile à celui-ci.

Pourtant, Barma n’est pas convaincu et il va faire appel à son ami d’enfance le détective Duval pour l’aider à y voir plus clair…

Dans ce récit de 11 500 mots, on se doute qu’il ne va pas y avoir beaucoup de suspens, la faute à un format trop court pour le permettre.

D’ailleurs, le lecteur aguerri (Les lecteurs l’étaient-ils autant à l’époque) aura très vite deviné le coupable (immédiatement, même) ainsi que le manière dont il s’y est pris pour se forger un alibi.

Pas très grave, encore une fois, on n’aborde pas ce genre de format dans l’espoir d’y trouver un thriller haletant.

La première chose qui surprend (et agréablement) à la lecture, c’est le parti pris de l’auteur de conjuguer sa narration au présent là où tous ses confrères ou presque lui préfèrent le passé simple.

Cela change et rend, à mon sens, le texte plus immersif.

À part ce choix, on sent que l’auteur ne cherche pas à innover, à révolutionner un genre, un format, mais plutôt à respecter l’un et l’autre d’une manière un petit peu scolaire, mais pas désagréable.

Certes, l’intrigue est cousue de fil blanc, et l’on peut railler le commissaire qui se laisse prendre par des preuves par trop évidentes.

Mais là encore, il faudrait savoir si le lecteur de l’époque, moins habitué à « bouffer » du polar à toutes les sauces (livres, séries Télé, films, jeux…)…

Pourtant, l’auteur s’amuse avec le genre policier en cherchant à mettre en place un crime parfait (c’est-à-dire un crime dont l’assassin ne peut pas être suspecté) et, surtout, il choisit de le résoudre à la façon d’une Agatha Christie par un final à la « Whodunit » ce sous-genre du récit policier dans lequel l’enquêteur regroupe sur la scène de crime les divers protagonistes de l’affaire pour expliquer comment il a identifié le coupable et, surtout, pour le dénoncer devant tous les autres.

Alors, oui, le procédé perd un peu de sa puissance quand le format empêche certaines circonvolutions littéraires, quelques développements de l’enquête… mais il a le mérite d’agir un peu comme une madeleine de Proust auprès des férus du polar.

Sur 11 500 mots, on se doute également que l’auteur ne va guère pouvoir développer ses personnages et même s’il leur confère quelques traits physiques et de caractères, notamment pour mieux différencier les deux principaux protagonistes, le lecteur n’aura pas grand-chose d’autre à se mettre sous la dent.

D’ailleurs, le personnage de Paul Duval est présenté comme déjà célèbre pour ses précédentes enquêtes, enquêtes qui ne doivent pas exister à moins que l’auteur n’ait déjà utilisé ces personnages dans des récits précédents dans une autre collection et/ou chez un autre éditeur.

Pour le savoir, il faudrait éplucher sa bibliographie qui doit être aussi difficile à trouver que les informations sur sa vie…

Au final, un premier épisode plutôt plaisant, prometteur quant à la volonté de l’auteur de jouer avec un genre et d’opposer deux amis enquêteurs que l’on retrouvera par la suite…

17 juillet 2022

Hortensias Blues

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Les rares personnes qui lisent mes chroniques ne peuvent ignorer que j’adore la littérature populaire, que je n’apprécie guère que le genre policier et que j’aime tout particulièrement les personnages récurrents.

Si j’ajoute à tout cela que je suis un fan immodéré de l’humour, alors, il semblait évident que la série des enquêtes du commissaire Workan était faite pour moi.

Mais il faut toujours se méfier des évidences.

Le commissaire Workan est un flic toulousain muté à Rennes, né de la plume de l’auteur Hugo Buan.

Hugo Buan est un écrivain né en 1947 et qui vit en Bretagne.

Il a été dessinateur en Génie Civil et est un amateur d’arts…

Hortensias Blues, publié en 2008, est le premier roman de l’auteur et de la série du « commissaire Workan » qui doit compter désormais une douzaine de titres (ce qui laisse entendre que ces romans ont connu un certain succès).

Hortensias Blues:

Un cabinet médical du centre de Rennes est décimé par un tueur en série. Lucien Workan, un commissaire de police incontrôlable toujours à la limite de l’illégalité, petit-fils de résistant va mener l’enquête au cœur de la bourgeoisie rennaise. Assisté par Leila, une jeune femme flic d’origine berbère et flanqué de son adjoint Lerouyer, Workan va dénouer les fils enchevêtrés d’une série de crimes particulièrement odieux. Avec une force de caractère incroyable, une intuition digne des meilleurs limiers et le soutien de ses adjoints, va-t-il réussir là où son supérieur et la procureur de la République en charge du dossier ne l’attendaient plus ?

Dans un immeuble de Rennes abritant des professionnels de la santé si bien physique que mentale (psy, dentiste, kiné, généraliste…) un dentiste est retrouvé, au petit matin, dans son cabinet, le crâne défoncé par un de ses clubs de golf, déculotté et un hortensia bleu enfoncé dans le fondement.

Le commissaire Workan, petit-fils d’un célèbre résistant, va être chargé de l’affaire. Mais celle-ci va rapidement se compliquer quand un second médecin de l’immeuble est assassiné dans les mêmes circonstances et ce n’est que le début de la série.

Autant le dire tout de suite : j’adore l’humour dans le polar.

Voilà, c’est dit.

Le problème de l’humour, c’est que tout le monde ne partage pas le même (c’est aussi un avantage).

Mon problème avec l’humour, c’est quand l’œuvre ne choisit pas son bord.

Pour être plus clair, qu’un personnage ait un comportement décalé, improbable, cela ne me dérange pas dans un cadre déjanté, qui prend ses distances avec la réalité.

Mais dès que l’histoire, le fond, l’ambiance générale s’inscrit dans un cadre de réalisme, alors, pour moi, les personnages ne sont plus libres de leurs mouvements et doivent respecter certaines règles.

Et c’est le gros problème, pour moi, dans ce roman.

L’histoire se veut « crédible » en mettant en place une intrigue autour d’un tueur en série qui assassine violemment des médecins (même s’il leur plante un hortensia dans le fondement post mortem).

Le tout se déroule au sein d’une institution placée sous le signe du sérieux et de la contrainte (la Police Nationale) et donc, selon moi, certains comportements et certaines incompétences devraient empêcher certains personnages d’arriver aux plus hautes fonctions.

Et c’est exactement le cas du commissaire Workan qui, en plus d’être violent, insultant, antipathique, grossier, est, pire que tout, totalement incompétent dans son métier.

Car, l’enquêteur, à chaque meurtre, se contente de lancer des hypothèses dans le vent comme d’autres le feraient de glaviots, au risque qu’un vent contraire ne vous le ramène dans la tronche (je me mets un peu au niveau du roman).

Aucune crédibilité dans sa façon de mener son enquête ni de traiter les suspects et encore moins ses supérieurs.

Certes, l’auteur avance, pour expliquer qu’il ne soit pas mis à pied, que son grand-père a dû lui léguer des dossiers sur un peu tout le monde, mais quand même.

L’enquête est menée en dépit du bon sens et si le commissaire Workan est l’incompétence personnifiée, malheureusement, ses subalternes ne sont pas là pour l’aider.

D’ailleurs, on pourra aussi se poser des questions sur le comportement de ceux-ci, notamment de la beurette de service qui tombe amoureuse d’un mec aussi insupportable et qui n’a pas grand-chose pour lui.

Bref.

Dans un cadre sérieux, j’aime que les comportements soient crédibles et ce n’est pas du tout le cas ici.

Pas plus ceux des policiers que des suspects ou du ou des coupables.

Quant à l’humour proprement dit, s’il y a quelques dialogues qui sont plaisants, quelques traits assez drôles, malheureusement, la plupart du temps, il tombe à plat du fait qu’il ne cadre pas…

Et, ce qui est peut-être encore le plus énervant, c’est que, bien que l’auteur choisisse d’être volontairement décalé, il ne peut s’empêcher de plonger les deux pieds dans les poncifs.

Le commissaire, bien que d’un physique pas forcément agréable est, quand même, indubitablement attirant (ba ouais, tant qu’à faire) que les gonzesses sont obligatoirement attirées par lui, surtout la fliquette qui est courtisée par tous les mecs du service.

Et je vous passe sur le mobile des crimes ainsi que sur l’identité du ou des assassins (sinon je vous gâcherais votre éventuelle lecture) qui tiennent autant la route qu’un funambule bourré comme une cantine qui a sniffé de la coke, s’est injecté je ne sais trop quoi dans les veines et n’a pas dormi depuis trois jours…

En plus, c’est long… mon Dieu que c’est long.

On attend de ce genre d’ouvrages qu’il soit, si ce n’est passionnant, au moins rapide à lire, mais là, presque 80 000 mots… pfff, je ne sais pas pourquoi je suis allé au bout de ma lecture, bien que j’ai dû terminer par une lecture en diagonale pour en finir…

Au final, un roman trop long pour ce type d’ouvrage, dans lequel l’auteur a la plume entre le récit décalé et le thriller, sans jamais trouver la bonne mesure ni les bons ingrédients… pour moi, car d’autres lecteurs ont adoré…

P.S. Et on en parle des couvertures, quelles que soient les éditions, toutes plus moches les unes que les autres…

Que son règne vienne

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« Que son règne vienne » est le premier (si je ne dis de bêtises) roman de l’auteur Gilles Milo-Vacéri et également le premier opus de la série consacrée aux enquêtes du Gabriel Gerfaut, expert en tueurs en série…

La plume de l’auteur ainsi que son personnage récurrent, je les ai découverts à travers un court prequel à la série : « Premier sang », un récit censé expliquer les origines des capacités du policier.

Bref, après lecture de ce prequel, je n’étais convaincu ni par la plume de l’auteur ni par son héros.

Aussi, ai-je décidé de retenter ma chance avec le premier roman publié en 2013, afin de me faire un avis plus tranché.

Que son règne vienne :

Décembre 2012, Bretagne.
Un nouveau meurtrier sévit au pays des contes et des sombres légendes, des vents qui malmènent les cœurs et de la brume qui étouffe les âmes. Un meurtrier sans pitié, un meurtrier sacrilège. Un meurtrier qui s’en prend à la source même de la vie : les femmes enceintes. Quatre ont été retrouvées éventrées, le fœtus arraché à leurs entrailles et porté disparu.
Réquisitionné pour diriger cette sordide enquête, le commandant Gabriel Gerfaut de la Brigade Criminelle de Paris se rend à Guingamp pour tenter d’élucider ces crimes. Des crimes odieux qui le mènent bientôt sur la piste d’une mystérieuse confrérie extrêmement puissante qui, murmure-t-on, serait au service du grand Maître de l’Enfer : le Diable lui-même…
Que Son règne vienne est la première enquête du commandant Gabriel Gerfaut.
En Bretagne, des femmes enceintes sont retrouvées, à quelques heures d’intervalle, éventrées et leur bébé a disparu. On envoie alors le commandant Gabriel Gerfaut, spécialiste des tueurs en série, pour épauler la police et la gendarmerie locales…
Que dire de ce roman ?
Déjà que, dès les premières lignes, quelques détails m’agacent.
Bon, que Gerfaut soit beau, charismatique, intelligent, courageux… bref, ça je le savais déjà par l’intermédiaire du prequel que j’avais lu.
Mais, Gerfaut va être épaulé par une jeune flic, Adriana Guivarch qui, vous vous doutez bien, est Bretonne, mais en plus, est forcément belle, charmante…
Que de gens beaux dans les romans… alors qu’ils sont si vilains dans la réalité (la preuve, moi, mais je ne suis pas policier).
Quant au reste ???
Je demeure dubitatif à la fin de ma lecture.
J’ai l’impression que l’auteur, en bon élève qu’il voulait être, a tenté de respecter bien les codes, mais d’une façon gentillette et sans jamais y apporter sa sauce, un peu de sa personnalité.
L’intrigue, déjà.
Pour un premier thriller sanglant, s’appuyer sur une secte satanique est une tentation compréhensible, mais qui annihile l’esprit d’innovation.
D’ailleurs, on comprend très rapidement la motivation se cachant derrière ces meurtres, ce qui gâche un peu le plaisir du lecteur d’autant qu’il a alors de l’avance sur le Grand Gabriel Gerfaut (triple G).
Si l’auteur a le bon goût de ne pas s’engluer dans des descriptions glauques des crimes (il n’est pas donné à tout le monde de s’en sortir avec les mains propres), en contrepartie, il peine à instiller cette angoisse, ce malaise nécessaire à plonger le lecteur dans une telle affaire.
Et quand Gilles Milo-Vacéri arrive à proposer une scène vraiment prenante, comme celle de l’interrogatoire du méchant, l’enthousiasme est immédiatement douché par une autre que le lecteur venait bien trop venir (contrairement au triple G).
On regrettera également les passages concernant l’écrivain spécialiste des mythes bretons, qui, si on y réfléchit, ne sert pas à grand-chose, tant le but des criminels est évident, si ce n’est à prolonger un peu un roman qui, sans cela, n’aurait pas respecté la taille d’un Thriller comme elle se doit d’être dans l’esprit des auteurs et d’une bonne partie des lecteurs qui ont oublié que, comme dans beaucoup d’autres domaines, la taille ne fait rien à l’affaire.
Quant à la conclusion du roman… naïve est le mot qui me vient à l’esprit. Naïve de la part de l’auteur (qui approchait le demi-siècle au moment de l’écriture), et plus encore, de celle de triple G…
Au final, un thriller gentillet, respectant les codes, mais qui ne bouleverse rien, ni le genre, ni lesdits codes et, surtout pas, le lecteur que je suis.

10 juillet 2022

Le drame de la rue du 4 Septembre

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Les enquêtes de l’inspecteur Girard, volume 12 !

Effectivement « Le drame de la rue du 4 Septembre » met en scène le personnage de l’inspecteur Girard (souvent, comme dans ce titre, appelé inspecteur Gérard) de l’écrivain André Charpentier (1884 - 1966).

L’inspecteur Girard (ou Gérard), les lecteurs ont pu le croiser principalement, vers la fin des années 1930, début 1940, dans diverses collections de fascicules policiers de 64 pages des éditions Ferenczi (« Police », « Crime et Police », « Police et Mystère »…), mais on trouve même sa trace dans au moins un titre chez les éditions Tallandier.

On le découvre également, toujours chez Ferenczi, dans trois titres de 32 pages dans la collection « Le Petit Roman Policier ».

En tout, plus d’une vingtaine d’enquêtes dont « Le drame de la rue du 4 Septembre » pourrait bien être la 12e (si je ne découvre pas d’autres titres par la suite).

André Charpentier, journaliste, fut également un auteur de nombreux fascicules, pour la plupart policiers, dont une bonne partie est consacrée à ce personnage de Girard

LE DRAME DE LA RUE DU QUATRE-SEPTEMBRE

Drame dans la rue du Quatre-Septembre !

Le riche exportateur Oscar Strowe a été abattu dans son bureau par le jeune Romuald Varin, visiblement épris de la femme de sa victime.

Bien que, aux dires de l’épouse et de sa bonne, les deux hommes se trouvaient seuls dans cette pièce fermée, Romuald Varin persiste à clamer son innocence et à répondre qu’il ne comprend pas ce qu’il s’est passé.

Pour l’inspecteur GIRARD, chargé de l’enquête, l’affaire ne présente aucune difficulté et la culpabilité du suspect semble évidente.

Pourtant, au fur et à mesure des investigations du policier, le doute va s’immiscer dans son esprit…

Un jeune homme amoureux de la femme d’un riche exportateur, croyant que ses sentiments sont réciproques, décide d’aller demander à son rival d’accepter le divorce. Il s’enferme avec lui dans le bureau de ce dernier, mais un coup de feu éclate, le mari est retrouvé mort abattu d’une balle, et la femme et la bonne témoignent que le suspect était seul avec la victime au moment du coup de feu.

Pourtant, ledit suspect persiste à clamer son innocence bien qu’il assure ne pas savoir ce qu’il est arrivé.

L’inspecteur Girard, chargé de l’enquête, se dit que, pour une fois, son enquête est facile. Pourtant, bientôt, le doute va le faire vaciller.

Mais si le suspect est innocent, alors, qui est le coupable et, surtout, comment s’y est-il pris ?

On sait maintenant que, malgré la concision inhérente au format des fascicules de 64 pages, André Charpentier aimait à proposer des crimes mystérieux, meurtres impossibles, meurtres en chambres closes…

C’est une nouvelle fois le cas avec l’épisode du jour.

Bien sûr, on sait à l’avance que la révélation finale sera simple, voire parfois simpliste, et que l’enquête ne serait plus crédible à l’aulne des connaissances des lecteurs actuels.

Mais ce récit date de 1939 et les lecteurs sont moins aux faits des enquêtes policières et notamment des aspects scientifiques de celles-ci.

Bref.

Il ne faut donc pas être trop exigeants avec ces textes, de par leur ancienneté et leur format court.

Rien de bien nouveau, donc, dans le monde de l’inspecteur Girard, si ce n’est que, pour la première fois, l’auteur s’autorise une description de son personnage, certes, tout aussi concise que le récit, mais qui a le mérite d’exister pour la première fois, du moins dans la grosse dizaine d’épisodes que j’ai déjà lus.

« un homme de taille moyenne, trapu, au visage énergique, mais non dépourvu de finesse. »

Voilà, c’est tout ce que vous saurez sur l’inspecteur Girard, sauf qu’il se déguise parfois avec un grand talent.

Pour ce qui est de l’enquête, du récit, du texte, de l’histoire, André Charpentier propose une nouvelle fois un titre qui se lit agréablement même s’il manque de ce supplément d’âme qui pourrait rendre les textes un peu moins inoubliables ou un peu plus identifiables (même si on peut identifier un texte d’André Charpentier par son utilisation excessive des points virgules).

Au final, une titre dans la lignée des précédents, plaisants à lire, et c’est déjà pas mal.

Le duel du IIIème acte

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Poursuivons la découverte des enquêtes de l’inspecteur Girard (ou Gérard selon les récits), un personnage créé par l’auteur André Charpentier.

On retrouve ce personnage dans près d’une vingtaine de fascicules de 64 pages, dans diverses collections des éditions Ferenczi de la seconde moitié des années 1930 et le début des années 1940. Mais pas que, puisque je l’ai repéré dans « Le billet de mille », un texte publié par les éditions Tallandier.

Quant à l’auteur, André Charpentier (1884-1966), on peut dire que c’est un journaliste écrivain spécialisé dans la littérature fasciculaire policière bien qu’il ait également écrit quelques textes pour la jeunesse.

On notera qu’il fit un hommage au célèbre personnage de Loufock Holmes, de l’humoriste Cami, en écrivant pour le magazine « Pêle-Mêle », « Les disciples de Loufock Holmes »…

« Le duel du IIIe acte » est un titre paru en 1939 dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi sous la forme d’un fascicule de 64 pages.

LE DUEL DU IIIe ACTE

Sur les planches du Théâtre Montpensier, durant la représentation de la pièce « Jalousie », au IIIe acte, comme chaque soir, lors de la scène du duel, l’acteur Simon Sablan s’écroule.

Cette fois-ci, il ne se relèvera pas une fois le rideau tiré, il a été touché en plein cœur par une véritable balle.

Accident ? Sabotage ? Meurtre par procuration ?

Telles sont les questions auxquelles devra répondre l’inspecteur GIRARD, chargé de l’enquête.

Mais, au fil de ses investigations, les interrogations se feront plus nombreuses et les suspects défileront au fur et à mesure des révélations…

Lors d’une représentation théâtrale lors de la scène de duel entre deux prétendants du premier rôle féminin, l’un des deux acteurs s’écroule, comme tous les soirs, mais ne se relèvera pas, une balle lui ayant transpercé le cœur.

L’inspecteur Girard est chargé de découvrir s’il s’agit là d’un simple incident dû à une erreur du machiniste devant chargé l’arme ou bien s’il y a eu intentionnalité, auquel homicide volontaire et si oui, par qui et pourquoi.

Bien vite, l’intrigue s’enroule autour de l’actrice jouant le rôle principal et ayant eu une relation intime avec les deux acteurs jouant les duellistes.

Mais l’inspecteur Girard va bientôt se rendre compte que le drame ne se noue pas qu’autour de sentiments…

On retrouve donc l’inspecteur Girard sur une nouvelle enquête.

Une nouvelle fois, le voici qui monte sur les planches pour résoudre un meurtre.

Et ce n’est pas étonnant puisque le lecteur assidu se rendra compte que l’auteur réutilise un pan de l’intrigue qu’il a déjà développée pour une enquête précédente : « Le drame de la loge bleue ».

Heureusement, l’emprunt, s’il est suffisant pour être remarqué, ne l’est pas au point de nuire à cette enquête ni d’en faire une pâle copie de la précédente ni d’un plagiat éhonté.

Cependant, il manquera un point fort dans cette enquête, si ce n’est dans la forme, du moins dans le fond, pour la démarquer des autres. Ici, point de crime en chambre close, de meurtre impossible ou ce genre de mystère qui, même s’il a dû mal à prendre toute son ampleur dans un récit si court, n’en met pas moins l’eau à la bouche des lecteurs férus de romans policiers.

Pas de gros mystère, donc, pas de grosse intrigue, donc pas de grosses révélations. Uniquement une enquête qui tient sur les interrogatoires et sur les filatures, et, bien évidemment, sur le hasard, comme toute bonne enquête de 17 000 mots seulement, comme celle-ci.

Pour autant, le récit n’est pas déplaisant à lire et André Charpentier remplit correctement son rôle pour rendre l’ensemble agréable à défaut de mémorable.

On regrettera, comme à chaque enquête de l’inspecteur Girard, que celui-ci soit si peu esquissé, voire pas du tout et que l’on ne sache strictement rien sur lui, ni description physique, ni description de caractère, pas même un prénom ou une information sur sa vie ou son passé.

Au final, une enquête qui se lit vite et bien avec un petit air de déjà lu, du moins pour une toute petite partie de l’intrigue.

Premier sang

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« Premier sang » est un très court roman de Gilles Milo-Vacéri publié en 2020…

Ceux qui me lisent régulièrement savent combien je suis attaché au genre policier en général et aux personnages récurrents en particulier.

Une série policière, forcément, cela va m’attirer.

Pourtant, je n’avais jamais entendu parler de Gilles Milo-Vacéri, ni de son enquêteur récurrent Gabriel Gerfaut.

Aussi, quand j’appris l’existence de l’un et de l’autre, la question était de savoir par où débuter ma découverte.

Par le début, me direz-vous !

Effectivement, quoi de plus naturel et c’est généralement mon réflexe quand j’ai l’occasion de me plonger dans l’enquête liminaire d’un personnage.

Oui, mais voilà, la première enquête de Gabriel Gerfaut, « Que son règne arrive » a été publiée en 2014.

Alors, pourquoi lire, en premier lieu, « Premier sang ».

Pour deux principales et uniques raisons.

La première, c’est que ce très court roman fait 17 500 mots.

17 500 mots, c’est peu pour développer une intrigue, mais c’est probablement assez, pour un auteur, pour démontrer ses capacités littéraires et présenter un personnage.

Ensuite, et enfin, parce que ce titre, bien que paru en 2020, après 8 enquêtes de Gabriel Gerfaut, est un prequel à la série. En clair, cet épisode amène le lecteur au début de la carrière de Gabriel Gerfaut et est censé permettre aux aficionados de la série de mieux comprendre le personnage.

Bon, du coup, comme un court roman, s’il est mauvais, prend moins de temps à lire qu’un mauvais pavé, je me suis dit que c’était l’occasion de faire connaissance et avec le personnage et avec la plume de l’auteur.

Premier sang :

24 décembre 1999
Fraîchement émoulu de l’école de police où il a excellé, le lieutenant Gabriel Gerfaut a choisi la prestigieuse Brigade Criminelle de Paris pour y faire carrière. Depuis quatre mois, sous les ordres du capitaine André Gramont, alcoolique et déjà aigri, il ronge son frein en préparant le café ou en tapant les Procès-Verbaux interminables de son supérieur. En cette veille de Noël, quand le commissaire divisionnaire Gustave Marcelli débarque dans le service, son destin va basculer…
Les premiers pas du célèbre commandant Gabriel Gerfaut au 36 Quai des Orfèvres,
le héros à l’origine de la série best-seller.
Ce court roman explique pourquoi Gerfaut est devenu un spécialiste des tueurs en série, d’où lui viennent ses fameux petits tiroirs et comment sa méthode d’investigation, très éloignée du Code de procédure, a vu le jour. Un bond dans le passé, au moment où Gabriel Gerfaut a quitté l’armée et entre dans la police, à la Brigade Criminelle.

Gabriel Gerfaut veut faire carrière à la Brigade Criminelle. Aussi prend-il son mal en patience quand son capitaine ne lui réserve que des tâches administratives et sans intérêt. Mais une enquête va bientôt tout changer pour lui…

Bon, à la lecture de la 4e, on se doute bien que cet épisode est destiné aux fans de la série, une façon d’occuper le terrain littéraire, et de proposer un nouveau titre à moindres frais (de mots, seulement 17 500).

Le prétexte du prequel permet alors à l’auteur de faire court et à l’éditeur de vendre à plus de moitié prix (10 euros le livre papier, 4 euros le livre numérique) par rapport aux autres épisodes qui doivent faire 4 ou 5 fois cette taille.

Bref, c’est un peu le principe, dans la chanson, de l’album de reprises avec deux inédits pour à la fois chercher des euros dans la poche des fans qui ont déjà toute la discographique de leur chanteur ou chanteuse préférées et dans celles des autres qui se disent que c’est là l’occasion de découvrir l’artiste.

Donc, j’ai découvert (et pas en argent) Gabriel Gerfaut et la plume de Gilles Milo-Vacéri.

Que dire ?

Que la 4e fait des promesses que le roman de tient pas.

Par exemple, le lecteur n’apprendra pas d’où vient à Gerfaut ses « petits tiroirs ». Il apprendra juste qu’il a cette faculté de ranger des informations aussi minimes soient-elles, dans des cases de sa mémoire et de les ressortir à la demande.

Mais bon.

Gabriel Gerfaut, malgré cette capacité d’observation et surtout, de mémoire, n’a rien de bien particulier. Beau gosse, courageux, intelligent, solitaire, rebelle à l’autorité… il lui manque juste d’être un peu dépressif et d’être brisé par un passé mystérieux pour entrer dans le moule de la plupart des enquêteurs de « Thriller » à succès. En même temps, je dis ça, mais peut-être que dans les autres romans, on apprend qu’il est dépressif et qu’il a un passé qui le hante…

Je ne m’étendrais pas sur l’intrigue.

En 17 500 mots, ce qui est la taille des fascicules de 64 pages que j’affectionne et dont je parle beaucoup, je sais qu’un auteur n’a pas le temps de poser une réelle intrigue.

Aussi, je pardonnerai les approximations, les erreurs colossales du tueur qui permettent de le faire prendre aussi rapidement et aussi facilement, ainsi que le manque de professionnalisme de Gerfaut et de son chef pour arrêter le tueur.

Enfin, je dis que je pardonne, mais qu’un grand policier comme celui qui prend Gerfaut sous son aile interpelle de loin, en l’appelant, un assassin sanguinaire, alors qu’il peut s’approcher discrètement et le ceinturer sans qu’il ne puisse réagir… bref.

Du coup, intrigue pas convaincante (mais excusable), personnage pas très original, ni même attachant… il ne me reste plus que le style de l’auteur à décortiquer…

Et je ne sais pas quoi en penser.

Je n’ai rien trouvé de particulier dans cette plume. Ni de grands défauts, mais surtout pas de grandes qualités.

Alors ? Gilles Milo-Vacéri s’épanouit-il uniquement dans le long format ?

Son personnage et son style ne prennent-ils de l’ampleur que dans des enquêtes longues ?

L’auteur aurait-il bâclé ce prequel ? L’aurait-il écrit pour de mauvaises raisons, sans passion ?

Au final, je ne suis pas plus avancé avant qu’après lecture et ne sais pas si je vais me plonger dans la suite, c’est-à-dire les précédents titres.

06 juillet 2022

James Caan (1940 - 2022)

20084548

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03 juillet 2022

Le parfum qui endort

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« Le parfum qui endort » est, à l’origine, le titre d’un fascicule de 24 pages paru dans la seconde moitié des années 1930 dans la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes.

Il est signé, comme près de 90 % des presque 100 titres de cette collection, par Marcelle-Renée Noll, un pseudonyme du prolifique auteur Marcel Priollet (1884-1960).

Marcel Priollet, les passionnés de littérature populaire le connaissent forcément pour son immense production principalement consacrée à deux genres : la police et le récit dramatico-sentimental mettant en scène de jeunes femmes amoureuses et/ou malheureuses.

Marcel Priollet, c’est les séries « Old Jeep et Marcassin » ou « Monseigneur et son clebs » vers 1945 pour les éditions Tallandier.

Marcel Priollet, c’est également de nombreux fascicules policiers pour les diverses collections aventures et surtout policières des éditions Ferenczi et ce dès la fin des années 1910 et la collection « Le Roman Policier ».

Et Marcel Priollet, c’est donc la quasi-intégralité des titres de la collection « Les Grands Détectives ».

Mais si « Le parfum qui endort » est le titre d’un fascicule, il est surtout le premier pan d’un même récit se poursuivant sur le titre suivant : « La maison des trois bossus ».

Effectivement, dans cette collection bordélique et maltraitée (j’y reviendrai), si les titres étaient en général indépendants, quelques histoires, sans que cela soit précisé en couverture ou même dans les récits, se poursuivaient sur un second fascicule.

Pas facile de suivre l’histoire, surtout de nos jours, quand le lecteur n’est pas prévenu et qu’il n’a pas forcément accès à tous les titres de cette collection difficile à compléter.

LE PARFUM QUI ENDORT

Roger Max, un jeune ingénieur chimiste, vient d’inventer un parfum synthétique qui assurera sa fortune.

Quand il le fait sentir à la femme qu’il aime secrètement et qu’il rencontre régulièrement lors de ses promenades, celle-ci s’endort profondément et rien ne peut la sortir de sa léthargie.

Roger Max se souvient alors de ce chat qui, après avoir renversé un flacon du même produit, s’était retrouvé dans un état comateux…

Ainsi, sa création aurait des effets soporifiques incroyables… Mais quel avantage tirer de cette substance ?...

Roger Max est un jeune ingénieur chimiste cherchant à reproduire synthétiquement les plus doux parfums. Cette invention aurait l’avantage de réduire les coûts pour les parfumeurs et il compte bien sur la réussite de celle-ci pour obtenir une commandite de la part d’un grand parfumeur parisien et, ainsi, assurer sa richesse.

Et la richesse, cela tomberait bien, car il envisage d’épouser une jeune femme qu’il rencontre régulièrement en promenade et dont la mise semble laisser à penser qu’elle est habituée au luxe.

Aussi, quand il parvient à trouver la bonne formule, et devant l’échec de négociations avec ledit parfumeur, son amie lui propose-t-elle de parler de lui à de riches connaissances. Elle demande donc à sentir les parfums ainsi créés, mais, à peine la première vaporisation, celle-ci s’endort sans pouvoir être réveillée et est conduite à l’hôpital…

Ce coma serait-il dû au parfum ? Roger Max se souvient alors que le matin même, dans son laboratoire, un chat avait renversé et brisé un flacon et avait sombré dans une idem léthargie…

En temps normal, je devrais avant tout et uniquement commenter le récit, l’histoire, le style, l’intrigue, les personnages.

Mais comme il s’agit probablement de l’une des dernières fois où j’aborde un titre de la collection « Les Grands Détectives », en ayant chroniqué déjà beaucoup, j’aimerais revenir sur le travail exécrable de l’éditeur de l’époque.

De nos jours, on trouve beaucoup de textes issus d’une traduction automatique. Manuels de certains produits, fiches techniques sur Internet… même des sous-titres sur des DVDs de films de Bollywood (si, si, je vous assure).

Hé bien, parfois, en lisant certains textes de la collection « Les Grands Détectives » j’ai l’impression de me retrouver devant des traductions automatiques. Pire, même.

Effectivement, je n’ai jamais lu de textes autant maltraités par un éditeur que ceux de cette collection. Pas tous, mais beaucoup.

Si les fautes d’orthographe, les coquilles d’impression et les noms qui changent quelque peu en cours de route sont légion dans le monde de la littérature fasciculaire, les Éditions Modernes ont battu tous les records.

En effet, parfois, le travail exécrable de l’éditeur rend les textes difficilement lisibles.

Les fautes ne se comptent plus, pas plus que les coquilles, les mauvaises ponctuations (des « ! » à la place de « ? », des virgules ou des points manquants, des phrases mal coupées…).

Dans les pires cas, des morceaux de phrases manquent ou bien sont déplacés.

Mais les Éditions Modernes vont encore plus loin en parvenant à imprimer des bouts de phrases à l’envers voire même à coder certaines phrases qui ne veulent plus rien dire.

Dans le cas de « Le parfum qui endort » et sa suite, « La maison des trois bossus », l’éditeur semble faire un sans-faute dans le plus mauvais sens du terme.

Rien ne manque ! Des « ! » quand il faudrait des « ? », des virgules absentes, beaucoup trop absentes, des phrases qui auraient dû être terminées par un point, mais qui se poursuivent sur une autre phrase, des fautes, d’accord, de conjugaison, des mots mis à la place d’autres, des noms qui changent en cours de route, des morceaux de phrases déplacés, d’autres manquants, d’autres imprimées à l’envers… tout y passe.

Décidément, les lecteurs de l’époque n’étaient pas difficiles ou bien étaient très compréhensifs ou très gentils pour avoir continué d’acheter les titres et permettre à la collection d’approcher les 100 fascicules.

Décidément, Marcel Priollet n’était pas difficile ou bien très compréhensif ou très gentil pour accepter qu’un éditeur massacre ainsi son travail.

Cependant, Marcel Priollet s’était un peu mis au diapason de son éditeur et l’on sent que soit par manque de temps, soit connaissant le travail de son éditeur, il n’avait jamais livré le meilleur de lui-même pour cette collection. Entre les textes un peu fadasses, les intrigues simplistes (aidées par la concision des textes) et les répétitions, l’auteur livrait le minimum syndical (et encore).

Bref, revenons-en à l’histoire…

Comme souvent, Marcel Priollet mélange sentiment et policier, intégrant à chacune de ses intrigues policières une autre sentimentale (une ou plusieurs).

On sait dès le début ou presque comme se terminera le récit, du côté sentimental, et l’aspect policier est plutôt polissé vers le récit d’aventures.

L’auteur s’étend sur l’ingénieur et son invention dans un premier temps et ne laisse que peu de place à la part policière de son récit dont le crime et sa résolution seront traités en quelques lignes.

Les personnages sont eux également très manichéens et si l’auteur aborde un aspect intéressant d’un couple si ce n’est libertin, du moins libre de mœurs, il ne le fait qu’à travers des personnages très caricaturaux… trop caricaturaux pour que cela soit réellement pertinent. De toute façon, ce n’était pas là le sujet du récit.

D’ailleurs, comme souvent dans cette collection, le sujet ne semble que prétexte à l’auteur de pisser de la copie, de noircir des pages, de remplir des fascicules.

Car rares sont les titres de la collection « Les Grands Détectives » à être réellement passionnants (toutes proportions gardées), et ce alors qu’ils sont écrits par un auteur de métier et de talent.

Pour le reste, le seul sentiment à demeurer après lecture est le travail pitoyable des Éditions Modernes, des éditions qui n’avaient de modernes que leur faculté à massacrer les textes qu’ils publiaient.

Heureusement pour les lecteurs d’aujourd’hui, les récentes rééditions numériques des titres de Marcel Priollet ne laissent aucune trace de ces lacunes.

Au final, une histoire assez banale rédigée d’une manière assez banale, massacrée par l’éditeur d’origine, réhabilitée par l’éditeur d’aujourd’hui.