Loto Édition

17 novembre 2019

L'homme au bandeau noir

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H.-R. Woestyn fait partie de ces innombrables auteurs de la littérature populaire qui, malgré leur production foisonnante, demeurent aujourd’hui totalement méconnus, non seulement de la part des lecteurs, mais également de la part des biographes.

Effectivement, avec le jeu des multiples pseudonymes de ces auteurs très productifs, il est désormais parfois, souvent, difficile d’identifier la personne se cachant derrière ceux-ci.

La comparaison de certaines éditions et rééditions de l’époque permet souvent d’établir une liste non exhaustive des divers pseudonymes de l’auteur (en l’occurrence, pour H.-R. Woestyn : André Beucher, Jacques Bellême, Jules France, Roger Nivès, Henri Sevin, Cornil Bart), mais pour le reste, c’est parfois Morne Plaine.

H.-R. Woestyn est de ces derniers, des auteurs dont seuls les textes demeurent, mais dont la vie reste désormais inconnue. Pas de date de naissance, pas de date de mort, seuls quelques éléments peuvent guider les amateurs de rébus à la recherche d’une solution. L’auteur parlait l’anglais couramment puisqu’il commit des traductions d’Edgar Alan Poe... 

En tant qu’auteur, l’homme (ou la femme) écrivit de très nombreux textes pour les divers éditeurs de l’époque, produisant souvent des textes courts (fascicules 32 pages) voire, très courts, comme nous le démontrent les enquêtes de l’inspecteur Pinson (2 000 à 3 000 mots environs par récits) développées pour le magazine « Mon Bonheur » au début des années 1900.

Dans le domaine policier qui est le seul ou presque qui m’intéresse, H.-R. Woestyn a proposé, en plus du fameux inspecteur Pinson, un second personnage récurrent (enfin, un double personnage), le détective américain Ned Burke et son affidé Romain Farel.

Les deux personnages, séparément ou ensemble, apparaissent dans au moins 8 titres (peut-être plus) dont, « L’homme au bandeau noir », le titre qui nous intéresse aujourd’hui.

L’HOMME AU BANDEAU NOIR

Appelée à l’aide par une ancienne connaissance de pensionnat tombée dans la misère et sur le point de mourir en laissant son enfant en bas-âge derrière elle, Madame Lambelle embarque son amie la comtesse d’Estray dans un quartier malfamé afin d’apporter assistance à la moribonde.

Mais, sur place, elles apprennent que la malheureuse, du fait de la dégradation de sa santé, a été conduite à l’hôpital.

À la sortie de l’hôtel borgne, la comtesse d’Estray est bousculée par un malandrin qui lui vole son réticule contenant un bien précieux aux yeux de son mari.

Prête à tout pour récupérer son aumônière, sur les conseils de sa camarade, elle va faire appel à Romain FAREL, un enquêteur privé sous l’égide du célèbre détective américain Ned Burke.

Ce dernier reconnaît immédiatement la façon de procéder d’un bandit auquel il a déjà eu affaire dans le passé : le machiavélique Homme au bandeau noir !...

Mme Lambelle reçoit une lettre en forme d’appel au secours de la part de Georgette Perrin, une camarade de pension. Cette dernière a sombré dans la misère, quitté par le père de son enfant, elle est tombée malade et n’en a plus pour longtemps. Elle demande à Mme Lambelle de venir la voir pour prendre soin de son gamin.

Cette dernière fait appel à son amie la comtesse d’Estray, qui, elle aussi, à connue la moribonde au pensionnat et sachant qu’elle aime faire preuve de charité.

Les deux femmes se rendent à l’hôtel où la malheureuse vit, un hôtel miteux dans un quartier malfamé, mais c’est pour y apprendre que la malade a été envoyée à l’hôpital.

À la sortie de l’hôtel, elles se font bousculer par un brigand qui s’empare du réticule de la comtesse, réticule contenant un portrait miniature de la mère de son mari. Celui-ci y tient énormément et réprouve les frasques de sa femme.

Aussi, pour éviter que son mari ne lui fasse une scène, la comtesse accepte de faire appel à un détective privé. Ce sera Romain Farel, un détective qui agit souvent sous les conseils éclairés de Ned Burke, un détective américain d’expérience.

Mais, Ned Burke, derrière le procédé employé, devine que Ribérol, alias Le Rupin, alias, l’Homme au bandeau noir, est derrière tout ça et va tout faire pour lui mettre la main au collet.

H.-R. Woestyn, en 1919 (date de la première édition dans la cultissime collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi dont les couvertures étaient magnifiquement illustrées par Gil Baer), nous propose une intrigue s’érigeant sur un peu plus de 17 000 mots (un fascicule de 48 pages. La collection a débuté par des fascicules de 64 pages pour passer rapidement à 48 pages et presque aussi vite à un format de 32 pages).

D’une apparence classique, l’histoire s’ancre sur le monde malfamé des faubourgs, en opposition avec celui plus nanti de la haute société.

Deux femmes du monde veulent apporter secours à une ancienne camarade ayant sombré dans la misère et, pour ce faire, vont devoir mettre les pieds dans cet univers fangeux.

Mais, bien sûr, cette scène liminaire n’a d’autre but que d’introduire les raisons de l’apparition du, des, détectives que sont Romain Farel et Ned Burke par l’intermédiaire de ce vol et de l’arnaque qui va en résulter.

Et c’est d’ailleurs étrange de constater que ces deux personnages principaux n’apparaissent qu’à la moitié du livre, un peu comme si ce titre-là était le premier dans lequel ils intervenaient alors qu’en cours de route il est déjà fait référence d’affaires passées.

Malheureusement, faut de pouvoir mettre la main sur tous les titres de l’auteur et, notamment, deux titres ayant été édités précédemment dans la même collection, il est difficile d’établir si ni Burke ni Farel ne sont apparus dans ceux-ci.

Toujours est-il que, bien que le texte date de 100 ans et malgré les références à la bourgeoisie qui n’ont plus cours à l’heure actuelle, celui-ci n’a pas trop souffert du temps passé et n’a pas la désuétude de certains récits de la même époque.

Il est vrai que l’auteur n’use pas des procédés grand-guignolesques souvent accordés aux enquêteurs de la littérature de l’époque (la faculté de se grimer à volonté, à la perfection, de contrefaire sa voix...) ni des pauvres moyens techniques qui renforceraient l’aspect daté de l’ensemble.

Malgré un certain classicisme de l’ensemble, tant dans le style, les personnages et la narration, le tout tient plutôt bien la route et se lit de façon très agréable pour peu qu’on ne s’attende pas à un thriller à tendance gore qui est souvent proposé aux lecteurs par les auteurs de polars actuels.

17 000 mots, si l’auteur prend son temps (d’où l’apparition tardive des détectives) et s’accorde le loisir de s’attarder un peu sur une scène d’introduction lorgnant du côté des romans de mœurs, il n’a pas le loisir de proposer une intrigue faramineuse. Il le sait, ne tente pas l’impossible et se contente donc du mieux à faire dans ce cas là : un récit linéaire ou l’aventure prime sur les rebondissements.

Mission réussie.

On déplorera que les deux personnages de Romain Farel et Ned Burke ne soient pas plus développés, car, dans la forme actuelle, ils se révèlent fort intéressants (toute proportion gardée). Mais, peut-être l’auteur les avait-il esquissés déjà dans un précédent texte.

Au final, une bonne surprise comparée à certains textes de H.-R. Woestyn, pourtant postérieurs à celui-ci, mais qui étaient plus datés et plus poussiéreux. Deux personnages intéressants que l’on espère mieux découvrir dans les épisodes à venir.

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L'escroc international

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« L’escroc international » est le 11e et probablement le dernier titre mettant en scène le personnage du détective Yves Michelot développé, au départ, par Henry Musnik sous le pseudonyme Florent Manuel pour intégrer la collection « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi au début des années 1950. Cette collection de fascicules de 32 pages (un peu moins de 10 000 mots par récit) comporte plus de 500 titres.

Mais, si l’histoire de la littérature populaire nous a apprit qu’Henry Musnik, bien que né au Chili en 1895 fût l’un des grands pourvoyeurs de la littérature populaire fasciculaire française et ce sous de très nombreux pseudonymes (Florent Manuel, Jean Daye, Pierre Dennys, Pierre Olasso, Alain Martial, Claude Ascain, Gérard Dixe...), dans nombres de collections, chez moult éditeurs en produisant un grand nombre de personnages récurrents (le détective Yves Michelot, le cambrioleur Robert Lacelles, le commissaire Lenormand, le commissaire Benoît, l’agent Daniel Marsant, le voleur Guy Dorian...), cette même histoire nous a révélé que l’auteur était un fieffé filou qui, pour augmenter sa production, n’hésitait pas à réécrire des récits de ses séries passées pour en faire de nouvelles juste en changeant quelques mots et les noms de personnages, ou bien à utiliser de façon probablement frauduleuse des traductions de séries Anglo-saxonnes, ou encore à faire de larges emprunts à ses confrères de langues françaises.

Pour faciliter tous ces « transferts » il ne faut pas s’étonner que, bien souvent, ses personnages ne soient qu’esquissés, une pratique déjà induite par la concision nécessaire au format court de 32 pages.

 

ESCROC INTERNATIONAL

 

Le directeur d’un journal fait appel au détective Yves MICHELOT afin de retrouver son caricaturiste vedette qui a mystérieusement disparu depuis plusieurs jours.

 

En se rendant dans un café où le dessinateur a ses habitudes, l’enquêteur privé découvre que ce dernier a été vu en compagnie d’un étrange individu dont il a crayonné un portrait sur un bout de papier.

 

Un des indics d’Yves MICHELOT lui apprend que le type du dessin n’est autre que l’homme de main d’un redoutable escroc international…

 

Yves Michelot est chargé de retrouver un caricaturiste de journal qui a disparu. En se lançant sur sa trace, il apprend que ce dernier avait eu rendez-vous avec l’homme de main d’un escroc international sur lequel l’enquêteur cherche à mettre la main depuis longtemps.

En parallèle, cet escroc s’est rendu maître d’un hôtel de luxe en prenant la place du directeur, afin de piller les clients.

Quand Claudin, le jeune assistant d’Yves Michelot se rend compte de la supercherie, il est trop tard, il est prisonnier de la bande de l’escroc...

Dernier épisode des aventures de Yves Michelot, donc, mais des aventures qui se révèlent toutes issues de réécritures d’épisodes appartenant aux séries « Commissaire Lenormand » ou « Commissaire Benoît », signées du pseudonyme de Gérard Dixe ou bien encore d’un demi-plagiat d’un texte de Jean Petithuguenin.

Pour ce qui est de cet « Escroc international » je n’ai pas encore trouvé s’il s’agissait d’une réécriture (ce qui semble le plus probable) ou d’un emprunt ou d’une traduction, mais il ne fait nul doute que celui-ci n’échappe pas à la règle des précédents.

Texte de presque 7 900 mots qui, comme tous les autres, ne proposera pas une intrigue bouleversante même si celle-ci tente de mêler deux affaires en une et qu’au final, l’ensemble soit un peu chaotique.

Les personnages, comme d’ordinaire, sont peu fouillés (concision oblige) et le style passe-partout.

Mais on commence à être habitué à ce que le plus exaltant, dans la lecture de ces épisodes, soit d’identifier « l’emprunt » du texte plus que le coupable de l’histoire.

Pour autant, si les épisodes précédents offrent un bon moment de lecture malgré les défauts inhérents à la taille du texte et au travail de réécriture, celui-ci est un peu moins agréable à lire, sans que cela soit pour autant excessivement notable.

Au final, pas le meilleur épisode de la série, mais il y en a-t-il vraiment de meilleurs ? Mais ce genre de textes n’est pas là pour rivaliser pour le prix Goncourt, mais pour combler un petit moment de lecture, ce qu’il parvient tout de même à faire.

Un crime de plus ou de moins

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« Un crime de plus ou de moins » est la 10e enquête du détective Yves Michelot, un personnage créé par Henry Musnik sous le pseudonyme de Florent Manuel dont les aventures, au début des années 1950, furent noyées dans les plus de 500 fascicules 32 pages de la collection « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi.

Henry Musnik, pilier incontournable, par sa production, de la littérature populaire fasciculaire française, est né en 1895 au Chili.

Ses récits abreuvèrent de nombreuses collections chez différents éditeurs, partagés entre de nombreux personnages récurrents (Yves Michelot, Daniel Marsant, Commissaire Lenormand, Inspecteur Gaspin, Commissaire Benoît, Robert Lacelles, Guy Dorian...) et développés sous de multiples pseudonymes (Pierre Olasso, Pierre Dennys, Jean Daye, Claude Ascain, Alain Martial, Florent Manuel...)

Mais l’ampleur de la production de l’auteur est moins respectable qu’elle n’y parait étant donné les multiples réécritures de récits pour les passer d’une série à une autre en interchangeant les héros, ou bien en s’appropriant des histoires via des traductions pirates ou de larges emprunts.

 

UN CRIME DE PLUS OU DE MOINS !

 

En Angleterre, un inconnu est tué d’une balle de revolver dans le jardin d’un particulier qui s’était absenté.

 

L’inspecteur de Scotland-Yard chargé de l’enquête fait appel au détective français Yves MICHELOT. Celui-ci se trouve justement à Londres où il rencontre un client désireux de retrouver son oncle qui s’est mystérieusement volatilisé.

 

Yves MICHELOT confie la banale affaire de disparition à son assistant Claudin, pour mieux aider la police locale, et ne tarde pas à découvrir des éléments déconcertants…

 

Yves Michelot, une nouvelle fois en Angleterre où il a fini par installer une succursale de son agence de détective, aide la police locale à résoudre un drôle de meurtre.

Dans le jardin d’un particulier, un homme est retrouvé troué d’une balle. Le détective détermine que celui-ci, placé en embuscade pour abattre une personne, s’est fait contrer par celle-ci.

En parallèle, Yves Michelot est mandé par un jeune homme pour retrouver son riche oncle tout juste débarqué d’Amérique et qui lui a promis de le prendre sous son aile.

Mais, alors que Claudin, en compagnie du neveu, se lance sur la piste du tonton, ils percutent avec leur voiture, une jeune femme qui a été poussée volontairement sous leurs roues.

Michelot a donc encore du travail avec ces trois enquêtes parallèles qui, bien évidemment, ne formeront qu’une seule et même affaire.

Je dis évidemment, car avec un texte de 7 500 mots, on se doute que l’auteur n’aura pas le loisir de développer trois enquêtes distinctes, déjà qu’il ne peut en étoffer réellement une seule.

Car, avec une telle concision, impossible de proposer une réelle intrigue ni des personnages denses.

Pour les personnages, cela arrange bien Florent Manuel (le pseudonyme sous lequel a été publié le titre à l’origine, même si la réédition numérique est placée sous un autre pseudonyme de l’auteur, Claude Ascain).

Effectivement, on le constate depuis le début de la série, chaque titre mettant en scène Yves Michelot se révèle en fait être une réécriture d’un épisode des enquêtes du Commissaire Lenormand ou, parfois, des enquêtes du Commissaire Benoît.

Du fait du peu de description physique, mentale ou spirituelle de ses personnages, Henry Musnik peut à loisir les intervertir en changeant uniquement les noms, ce qui facilite le travail de réécriture.

Là encore, « Un crime de plus ou de moins » s’avère être une réécriture du titre « La mystérieuse embuscade » mettant en scène le commissaire Lenormand.

Pour le reste, un récit assez classique de la part de l’auteur avec un style un peu passe-partout (qui là également lui facilite la tâche de réécriture), une narration linéaire et une intrigue assez simple et quasi convenue.

Pas de surprise, donc, Henry Musnik, quelque soit son pseudo ou le personnage qu’il développe, demeure sur la même ligne de conduite (ou d’écriture). Pas du grand art, mais, bien souvent, pour peu que le lecteur prenne le texte pour ce qu’il est, un agréable petit moment de lecture est assuré.

Au final, du Henry Musnik pur jus avec une intrigue simple sur des thèmes souvent utilisés à l’époque, un style passe-partout et un personnage suffisamment transparent pour pouvoir endosser les vêtements de n’importe lequel de ses héros de papier.

Séjour clandestin

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« Séjour clandestin » est le 9e épisode d’une série de textes consacrés au personnage du détective Yves Michelot créé par Henry Musnik sous le pseudonyme de Florent Manuel pour le compte de la collection « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi au début 1950 sous le format de fascicules de 32 pages contenant des récits d’environ 8 000 mots.

Mais peut-on réellement dire que ce texte, comme les précédents, est un épisode de « Yves Michelot, détective » puisqu’ils sont tous la résultante de réécriture d’épisodes écrits pour les aventures du Commissaire Lenormand ou du Commissaire Benoît, les deux rédigées par le même auteur sous le pseudonyme de Gérard Dixe vers le milieu des années 1940.

Cet auteur : Henry Musnik, un écrivain né au Chili en 1895 et qui est un auteur incontournable de la littérature populaire fasciculaire française de par son immense production même si une part non négligeable de celle-ci est constituée de plagiats, réécritures, traductions pirates et emprunts...

Car Henry Musnik, durant tout le second tiers du XXe siècle abreuve de nombreuses collections de multiples titres publiés sous de très nombreux pseudonymes (Pierre Olasso, Gérard Dixe, Florent Manuel, Pierre Dennys, Jean Daye, Claude Ascain...)

 

SÉJOUR CLANDESTIN

 

Un étrange individu qui débarque clandestinement en France, un facteur abattu par deux malfrats devant la porte d’une famille sans histoire, un homme qui profite de la stupéfaction de tous pour s’échapper de la demeure, un chien joueur et un paquet provenant d’Afrique du Sud…

 

Le détective Yves MICHELOT va devoir démêler, au risque de sa vie, cet écheveau afin de trouver la solution de cette énigmatique affaire…

 

Yves Michelot est chargé de résoudre un drôle de mystère, un facteur abattu chez un particulier par deux personnes débarquées sous les yeux d’un père et d’une fille habitant les lieux et tandis qu’un inconnu, qui se cachait dans la maison, s’enfuyait de son côté.

Récit d’à peine 8 000 mots qui veut proposer un scénario trop complexe pour être efficacement résolu du fait de la concision imposée par le format. De cette volonté naît une impression de texte coupé à la hache afin de rentrer dans le cadre qui nuit au plaisir de lecture.

D’autant que l’auteur s’appesantit un peu trop sur une scène liminaire sur le débarquement de ce fameux passage clandestin au lieu d’expédier ce passage pour utiliser l’espace gagné à meilleur escient.

Le lecteur assiste ainsi à diverses scènes manquant de liant entre elles, ou de développement.

Dommage !

On notera que, comme la plupart, pour ne pas dire tous, les épisodes des aventures de Yves Michelot, celui-ci est issu d’une réécriture d’un récit des aventures du Commissaire Lenormand, écrit sous le pseudonyme de Gérard Dixe : « Le petit paquet de Johannesbourg ».

Au final, un épisode un peu haché qui aurait mérité soit une intrigue plus linéaire, soit de se passer de la scène liminaire qui occupe beaucoup d’espace pour pas grand-chose.

10 novembre 2019

La double énigme

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« La double énigme » est la 8e enquête du détective Yves Michelot, un personnage développé par Florent Manuel (un pseudonyme de Henry Musnik, tout comme Claude Ascain, Pierre Olasso, Gérard Dixe, Jean Daye, Alain Martial...) au sein des plus de 500 titres de la collection « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi, au tout début des années 1950.

Henry Musnik est un des grands pourvoyeurs de textes pour la littérature populaire fasciculaire du second tiers du XXe siècle, un auteur prolifique dont le talent était bien inférieur à la roublardise, car le bonhomme n’hésitait pas à reprendre des textes d’une de ses séries pour les adapter à une autre, ou bien à utiliser des traductions de séries anglophones pour les incorporer à ses séries ou, encore, à fortement s’inspirer de textes ou de personnages de la littérature populaire française.

Cette finauderie est telle qu’à la lecture des épisodes de « Yves Michelot », on peut constater que la plupart résultent de réécritures sommaires d’épisodes écrits pour ses séries « Le commissaire Lenormand » et « Le commissaire Benoît ».

Les titres de la série « Yves Michelot » récemment réédités en numérique sous le pseudonyme de Claude Ascain pour faire continuité avec la réédition de la série « Robert Lacelles » du même auteur, résultent de fascicules 32 pages contenant chacun un peu moins de 8 000 mots.

LA DOUBLE ÉNIGME

Un riche industriel dont la femme s’est enfuie en Italie avec un gigolo demande au détective Yves MICHELOT de se rendre de l’autre côté des Alpes pour la retrouver.

Mais l’enquêteur n’a cure d’une banale affaire d’adultère, alors qu’il a sur les bras la mystérieuse disparition d’un jeune homme bien sous tous rapports.

Pour autant, il promet au cocu de s’occuper de son cas en parallèle.

Et voilà Yves MICHELOT avec une double énigme à résoudre…

Monsieur Celmot, riche industriel, vient voir le détective Yves Michelot avec une lettre de sa femme postée en Italie où elle lui annonce qu’elle le quitte.

Celle-ci s’est probablement amourachée d’un gigolo de dancing et le détective ne voit pas là une affaire digne d’intérêt d’autant qu’il doit résoudre l’affaire d’un jeune homme ayant mystérieusement disparu du meublé dans lequel son père venait de l’installer, y laissant ses bagages.

Mais, très vite, les deux affaires semblent se rejoindre et le disparu serait l’amant de la bourgeoise envolée.

Cependant, Yves Michelot note plusieurs incohérences qui mettent à mal cette hypothèse pourtant évidente.

Avec à peine plus de 7 500 mots, Henry Musnik, Claude Ascain ou Florent Manuel, appelez l’auteur comme vous voulez, convie le lecteur à une double énigme rapidement résolue par son enquêteur. Pas besoin d’être un grand détective pour deviner qu’un texte de cette concision ne dévoilera pas une intrigue de haute volée et, pour peu que l’on connaisse la plume et le style de l’auteur, il est inutile d’être doué d’une perspicacité hors du commun pour savoir que les personnages seront à peine esquissés (ce qui facilite les copier-coller d’une série à une autre).

Pour autant, à moins que la fatigue ne l’ait emporté sur moi, j’ai bien cru pendant un temps que la fourberie de l’auteur le poussait à utiliser un artifice usé jusqu’à la corde par sa surutilisation autant que par son manque de crédibilité : le coupable qui embauche le super détective pour résoudre l’affaire et qui finit par être confondu par celui qu’il vient d’employer.

Heureusement, ce n’est pas le cas ici et, du coup, la surprise devient agréable.

Dans tous les cas, le texte remplit son office de proposer un tout petit moment d’une lecture suffisamment agréable pour ne pas la regretter, un peu comme tous les autres épisodes de la série, ou de celle de « Robert Lacelles ».

Au final, pas de la grande littérature, donc, mais un petit encas littéraire pour une petite envie de grignoter du papier (ou des octets).

N.B. : Cet épisode est une réécriture de « Le mystère du Papagayo » un épisode écrit sous le pseudonyme de Gérard Dixe pour la série « Les enquêtes du commissaire Benoît ».


On a pillé un dossier

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Poursuivons les enquêtes du détective Yves Michelot, un personnage développé par Henry Musnik, un des piliers de la littérature populaire fasciculaire du second tiers du XXe siècle (plus quantitativement que qualitativement).

« On a pillé un dossier » est le 7e épisode, dans le sens chronologique de première édition au sein de la collection « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi au début des années 1950, une collection de fascicules de 32 pages contenant des récits de 8 000 à 10 000 mots.

Henry Musnik est un auteur né au Chili en 1895 qui œuvra énormément pour la littérature populaire, notamment à travers des fascicules policiers et aventures. Il développa plusieurs personnages récurrents (Commissaire Benoît, Commissaire Lenormand, détective Yves Michelot, Inspecteur Gaspin, le cambrioleur Robert Lacelles, l’espion Daniel Marsant...) sous de nombreux pseudonymes (Claude Ascain, Pierre Olasso, Alain Martial, Pierre Dennys, Jean Daye, Gérard Dixe, Florent Manuel...)

Mais, comme l’auteur était un roublard, certains de ses textes écrits pour une série étaient utilisés, en changeant les noms (parfois, en réécrivant un peu), afin d’intégrer une autre série.

Mais, comme l’auteur était décidément un roublard, certains de ses textes se révèlent être des traductions de titres anglo-saxons adaptés pour une de ses séries ou bien des emprunts à d’autres textes de compère français.

Bref, avec Henry Musnik, identifier la provenance d’un de ses textes lus assure une enquête encore plus exaltante que celle contenue dans le fameux texte.

ON A PILLÉ UN DOSSIER !

L’étude de Maître Champloux, notaire, a été cambriolée. Or, seule une lettre cachetée confiée par un client a été subtilisée.

L’affaire semble se compliquer quand le client en question disparaît de chez lui après que son logement ait été retourné de fond en comble.

L’enquête apparaît bien claire à l’inspecteur Rodier qui accuse le frère de lait de la victime dont le taxi a été retrouvé vide sur place.

Mais le détective Yves MICHELOT ne voit pas les choses de la même façon et porte ses soupçons sur une tout autre personne…

L’étude de Maître Champloux a été cambriolée, l’assistant agressé et ligoté, un document a disparu. Il s’agit d’une lettre scellée confiée par M. Vanapert.

Dans le même temps, M. Vanapert a disparu, son logement fouillé, le taxi de son beau-frère retrouvé devant chez lui vide. Le conducteur a disparu également.

Pour l’inspecteur Rodier, l’affaire est simple, le beauf est le coupable.

Pour le détective Michelot, les choses sont plus compliquées... ou, au final, plus simples.

Petit texte, pas tout à fait 7 800 mots, petite histoire, intrigue simple, narration plus ou moins linéaire, personnages survolés... pas de doute, on est bien dans un récit paru sous la forme de fascicule de 32 pages dans lequel, de par la concision exigée, aucun auteur ne peut s’épanouir dans des détails superflus et dans des rebondissements permanents.

Non, la seule solution pour un auteur, dans un tel cas, c’est de proposer une plume alerte et d’étoffer ses personnages d’épisode en épisode, ou bien de proposer un clone d’un personnage littéraire existant déjà dans l’esprit des lecteurs.

Charles Richebourg (quel que soit l’auteur se cachant derrière ce pseudonyme) est parvenu avec maestria à se sortir de ces écueils grâce à sa plume et à son personnage d’Odilon Quentin très inspiré du commissaire Maigret.

Henry Musnik (sous le pseudonyme de Claude Ascain) a limité les dégâts malgré une plume plus terne, en proposant un clone de Arsène Lupin avec les aventures de Robert Lacelles.

Ici, Henry Musnik, qui à l’origine œuvre sous le pseudonyme de Florent Manuel, use d’une même plume passe-partout et n’a guère le loisir de s’appuyer sur une figure littéraire connue de tous puisque son but est de proposer un personnage suffisamment flou pour pouvoir passer les textes d’une série à une autre en changeant uniquement le nom.

Pour autant, quand on se lance dans la lecture de ces petits récits et qu’on les prend pour ce qu’ils sont réellement, des petits instants de lecture, force est de constater que cela se lit assez agréablement et a l’avantage de ne pas être indigeste et, surtout, de proposer une histoire qui se lit ultra rapidement.

Certes, les personnages demeurent dans un brouillard propice à l’interchangeabilité. Bien évidemment, les intrigues sont basiques. Clairement, la plume ne vole pas haut. Mais, le but est atteint, satisfaire un lecteur qui sait à quoi s’attendre.

Au final, quand on s’habitue à ce genre de petits romans, on finit très vite par les apprécier même quand l’ensemble manque d’ambition.

L'homme de Madagascar

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« L’homme de Madagascar » est le 6e épisode des enquêtes du détective Yves Michelot, un personnage développé, à l’origine, par Henry Musnik, un pilier de la littérature populaire fasciculaire du second tiers du XXe siècle, sous le pseudonyme de Florent Manuel.

Chaque titre, publié au format fascicule 32 pages (environ 8 000 mots), au sein de la collection « Mon Roman Policier » (plus de 500 titres) au tout début des années 1950.

Henry Musnik, né au chili en 1895, produisit énormément de courts titres pour les diverses collections policières et aventures de nombreux éditeurs de son époque.

Écrivant sous de nombreux pseudonymes (Jean Daye, Alain Martial, Gérard Dixe, Pierre Olasso, Pierre Dennys, Claude Ascain...), l’auteur, bien souvent, développait un même personnage récurrent pour chaque pseudonyme dans une même collection.

S’il n’a jamais brillé par les qualités de sa plume, l’enquête consistant à établir les emprunts, les plagiats ou les réécritures auxquels il s’adonnait régulièrement devient souvent plus exaltantes que celles couchées sur le papier.

L’HOMME DE MADAGASCAR

Un homme est mort, sur les quais de la Seine, la tête écrabouillée probablement écrasée par un camion.

Alors que l’inspecteur Rodier fait appel au détective Yves MICHELOT pour résoudre l’affaire, ce dernier reçoit un courrier d’une ancienne cliente pour laquelle il avait retrouvé son frère installé à Madagascar. Elle prévient de sa visite dans l’après-midi.

Mais la vieille dame est étranglée dans sa chambre d’hôtel avant d’avoir pu se rendre au rendez-vous…

Un homme est mort, la tête écrabouillée, sur les quais de la scène. Si, au départ, tout laisse à penser à un accident, le fait que tout ait été fait pour que le corps ne soit pas identifiable, ne laisse aucun doute sur le crime.

Alors que l’inspecteur Rodier demande au détective Yves Michelot de l’aider sur l’enquête, ce dernier reçoit un courrier d’une ancienne cliente pour le prévenir de sa visite.

Mais la femme est assassinée.

Deux morts, deux affaires à mener en parallèle, cela n’effraie pas Yves Michelot

Cependant, un troisième corps est rapidement retrouvé une balle dans la tête et Yves Michelot et là encore mandé.

Trois corps, trois enquêtes... mais si, finalement, tout cela ne formait qu’une seule et même affaire.

On retrouve donc Yves Michelot dans une très courte enquête (à peine plus de 7 300 mots).

Une telle concision, bien évidemment, interdit toute intrigue développée et empêche d’étoffer les personnages.

Pour autant, l’auteur parvient à glisser trois affaires qui vont rapidement se rejoindre, et propose une histoire qui se lit vite et bien.

Le lecteur y trouve donc son compte pour peu qu’il ait eu conscience, dès le départ, des limites d’un tel format.

On sait que l’auteur avait l’habitude de réécrire des titres qu’il avait développés pour une série afin de l’intégrer dans une autre, ou bien de traduire des titres anglais pour les utiliser à son compte ou, encore, de fortement s’inspirer d’autres titres de ses homologues français.

Parfois, un détail dans le texte original indique la source de l’emprunt. Ainsi, quand l’auteur réutilise un texte écrit pour la série « Commissaire Lenormand » signé Gérard Dixe pour en faire un « Yves Michelot », il lui arrive d’oublier de remplacer un « commissaire » par détective, ou le nom de Séguin, l’aide du commissaire, par Claudin, l’assistant du détective.

Ici, l’indice peut-être probant est que Michelot est appelé, à un moment, « Benoît ».

Mais difficile à préciser s’il s’agit d’une simple erreur (difficile à imaginer tout de même) ou, encore, de savoir d’où vient l’emprunt si emprunt il y a.

Il existe bien des « enquêtes du Commissaire Benoît » écrites par Géo Duvic, au milieu des années 1940, mais est-ce là une piste à suivre ???

Difficile à dire sans posséder et lire tous les titres de la série.

Affaire à suivre, donc.

Au final, une petite enquête sympathique qui se lit agréablement, mais dont l’enquête parallèle consistant à savoir si celle-ci est née d’un emprunt, d’un plagiat, d’une réécriture et de quel titre est bien plus exaltante... pour peu que l’on s’intéresse à des choses aussi insignifiantes pour la majorité des lecteurs.

Crimes dans le Yorkshire

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Henry Musnik, né au chili en 1895 fut un des grands pourvoyeurs de la littérature populaire française, notamment, à travers de très nombreux fascicules disséminés dans diverses collections chez plus éditeurs du second tiers du XXe siècle.

Sous de très nombreux pseudonymes (Pierre Olasso, Pierre Dennys, Claude Ascain, Alain Martial, Gérard Dixe, Jean Daye...), il développa de nombreux personnages récurrents (Robert Lacelles, L’inspecteur Gaspin, le détective Yves Michelot, l’espion Daniel Marsant, le commissaire Lenormand...) dont, parfois, les aventures des uns se trouvaient être les aventures des autres réécrites pour l’occasion, bien souvent en ne changeant que les noms des personnages.

Mais comme l’homme était malin ou roublard, il lui arrivait aussi de s’inspirer de textes d’autres auteurs, voire de s’approprier les récits d’auteurs anglo-saxons en se contentant de les traduire.

Le détective Yves Michelot est un personnage développé, à l’origine, sous le pseudonyme de Florent Manuel, dans une série de fascicules de 32 pages disséminés parmi les plus de 500 de la collection « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi au début des années 1950. Ces aventures ont été, rééditées récemment en numérique, sous le pseudonyme de Claude Ascain (le même utilisé pour les aventures de Robert Lacelles).

« Crimes dans le Yorkshire » est la 5e enquête du détective Yves Michelot, mais s’avère surtout une réécriture de l’épisode des aventures du Commissaire Lenormand « L’ennemi secret ».

CRIMES DANS LE YORKSHIRE

En Angleterre pour voyage d’affaires, le détective Yves MICHELOT se prend d’intérêt pour l’étrange suicide d’un contremaître d’usine faisant suite à la mort naturelle de son riche beau-frère.

Inspectant les abords du canal dans lequel la victime s’est jetée pour en finir, Yves MICHELOT repère des empreintes de pas. Elles le mènent vers un local en apparence désert, mais les apparences sont souvent trompeuses...

En Angleterre pour une affaire qu’il vient de résoudre, Yves Michelot s’intéresse à un étrange suicide qui fait suite au décès d’un riche industriel. Le premier étant le beau-frère du second, son suicide s’expliquerait par la déception de n’avoir rien hérité.

Mais le détective trouve l’histoire étrange et décide d’enquêter avant de rentrer à Paris.

Sur les lieux du suicide (l’homme s’est noyé), il trouve des empreintes qui le mènent dans un local désaffecté dans lequel il va faire une mauvaise rencontre...

Texte très court, pas tout à fait 7 700 mots.

On sait que les fascicules 32 pages de l’époque n’abritaient pas des récits consistants, avec des intrigues denses et des personnages étoffés. La concision de tels textes ne le permettait pas.

De plus, on y trouve rarement des plumes notables, la plupart des auteurs se contentant de récits et de personnages un peu passe-partout, le but étant uniquement de produire rapidement des textes capables de remplir agréablement un petit moment de lecture.

Henry Musnik, sous quelque pseudo que cela soit, fait parti de ces innombrables auteurs qui ont plus brillé par la quantité que par la qualité.

Cependant, si bien souvent on peut lui reprocher un certain classicisme proche de l’absence de talent, l’auteur a bien souvent rempli son office consistant à remplir les conditions susnommées.

C’est une nouvelle fois le cas avec cette aventure même si elle n’est, en fait, qu’une réécriture d’une autre aventure d’un autre personnage développé sous un autre pseudonyme.

Les auteurs de l’époque étant souvent payés au lance-pierre et donc contraints à beaucoup écrire, on pardonnera à Henry Musnik cette filouterie qui, aujourd’hui, passerait clairement pour de l’arnaque.

Il faut reconnaître que le fait que les personnages soient très peu développés (obligation inhérente à la concision) favorise l’interchangeabilité des récits et des intrigues.

Au final, rien d’extraordinaire dans ce court texte, mais, pourtant, celui-ci est agréable à lire et c’est tout ce qu’on lui demande. 

03 novembre 2019

Le secret du laboratoire

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Henry Musnik, alias Florent Manuel, alias Jean Daye, alias Pierre Olasso, alias Pierre Dennys, alias Alain Martial, alias Claude Ascain, alias Gérard Dixe est, par sa production, un pilier de la littérature populaire française malgré sa naissance au Chili en 1895.

« Le secret du laboratoire » initialement publié au début des années 1950 et signé Florent Manuel, dans la collection « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi est probablement une réécriture d’un titre de la collection « Les aventures du commissaire Lenormand » écrite sous le pseudonyme de Gérard Dixe, comme le laisse entendre dans l’édition originale, la confusion entre le nom du collaborateur de Yves Michelot, le détective héros de l’histoire et d’une dizaine d’autres, le jeune Claudin et celui de Lenormand, le jeune Séguin.

De plus, il est fort probable que l’auteur se soit inspiré de l’intrigue de « Crime et sorcellerie » de Jean Petithuguenin, dont la première édition date de 1920 dans la cultissime collection « Le Roman Policier » des mêmes éditions Ferenczi.

 

LE SECRET DU LABORATOIRE

 

Alors que le détective Yves MICHELOT enquête sur la disparition de deux jeunes femmes, son instinct le guide vers un étrange savant menant d’extravagantes expériences et possesseur d’un énorme orang-outan.

 

Très rapidement, les soupçons se portent sur le professeur et Yves MICHELOT décide de mettre en place un piège avec, pour appât, sa collaboratrice Germaine Léger…

Yves Michelot décide de donner un coup de main à l’inspecteur Dumoulin qui piétine dans son enquête sur l’enlèvement de deux jeunes femmes de 20 ans.

Alors que le détective inspecte les lieux d’un des enlèvements et qu’il repère d’étranges traces, son instinct le guide vers la demeure du professeur Richard, un étrange savant menant des expériences sur les transfusions sanguines.

Chez le professeur Richard, Michelot rencontre Bimbo, un immense orang-outan.

Afin de piéger le kidnappeur, le détective, mais en place un piège avec, pour appât, sa jeune collaboratrice qu’il fait passer pour la sœur de 20 ans de Claudin, son assistant...

Les aventures de Yves Michelot peinent souvent à atteindre les 8 000 mots. C’est une nouvelle fois le cas avec cette 4e enquête.

Prenant probablement pour point de départ l’intrigue du titre « Crime et sorcellerie » de Jean Petithuguenin (l’histoire d’enlèvements de jeunes femmes par un savant qui enlève des femmes afin de faire des transfusions sanguines à sa fille malade du sang et qui utilise, pour les enlèvements, un orang-outan dressé), Henry Musnik, alias Florent Manuel dans la version d’origine, Claude Ascain dans la récente réédition numérique, fait varier l’histoire pour en varier les tenants et les aboutissants tout en conservant une finalité un peu extravagante (probablement plus, même, que le texte inspirateur).

Avec une intrigue de toute façon minimaliste et des personnages toujours aussi peu développés (du fait de la concision du texte) Claude Ascain (conservons-lui ce pseudonyme), propose au lecteur une histoire dans la même veine que les précédentes aventures de son personnage (et de la plupart de ses titres) malgré une fin un peu grand-guignolesque.

Pas de style particulier de l’auteur à attendre, on sait qu’il se complaisait dans un style relativement plat, mais un ensemble qui se lit plutôt avec plaisir et qui offre, à ceux qui avaient déjà lu le titre de Petithuguenin, et sachant que l’auteur n’hésitait pas à plagier ses propres textes et ceux des autres, une bonne surprise en offrant une variante à l’histoire originale.

Au final, un sympathique moment de lecture inspiré de l’œuvre d’un des pairs de l’auteur et offrant une fin un peu grotesque qui s’inscrirait mieux dans la littérature des années 20-30 que dans celle des années 50, mais avec Henry Musnik, impossible, du fait de ses emprunts, plagiats, multiples rééditions, d’identifier la date exacte de l’écriture de ses textes.

La mystérieuse pensionnaire

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Henry Musnik fut un grand pourvoyeur de la littérature populaire française bien qu’il soit né au Chili en 1895.

Il écrivit un nombre considérable de petits récits dont il inonda les nombreuses collections de divers dans le second tiers du XXe siècle, sous de nombreux pseudonymes (Gérard Dixe, Claude Ascain, Pierre Olasso, Pierre Dennys, Jean Daye, Florent Manuel, Alain Martial...)

Si Henry Musnik ne peut pas être reconnu comme un auteur de talent, il est tout de même loué pour son immense production et les nombreux personnages récurrents qu’il développa.

Mais Henry Musnik peut également être vanté (ou pas) pour sa roublardise, car, s’il a effectivement énormément écrit, il a aussi beaucoup emprunté, à d’autres auteurs, via, par exemple, des traductions autorisées ou non des aventures de Sexton Blake, mais également à lui-même en réécrivant certains de ses textes pour les adapter d’un de ses personnages à un autre.

C’est ainsi le cas de « La mystérieuse pensionnaire », épisode dévolu à son personnage de détective Yves Michelot en 1950, développé, à l’origine, sous le pseudonyme de Florent Manuel, qui se révèle être une version à peine allongée d’un épisode de la série « Les enquêtes du commissaire Lenormand » datant, probablement, de 1946 et écrite sous le pseudonyme de Gérard Dixe (on s’y perdrait).

Yves Michelot est un personnage qui vécut au moins 11 aventures disséminées au sein de la collection « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi, au début des années 1950.

Le détective a pour élève le jeune Claudin.

 

LA MYSTÉRIEUSE PENSIONNAIRE

 

Madame Nairod qui louait une chambre dans un établissement de Malo-les-Bains a mystérieusement disparu.

 

Son corps est retrouvé sur une plage, trois jours plus tard. La victime a été étranglée puis jetée à l’eau.

 

Le détective Yves MICHELOT, décidé à élucider ce crime, ne tarde pas à établir que la défunte, qui avait fourni une fausse adresse lors de son inscription dans la pension, ne s’appelait pas Madame Nairod.

 

Mais qui pouvait bien être cette mystérieuse pensionnaire ?...

 

Mme Nairod, une pensionnaire des « Coquillages » a disparu. Elle avait l’habitude, depuis son installation dans la pension, de sortir le dimanche matin pour retrouver son beau-frère, mais c’est un mercredi matin qu’elle disparaît sans laisser de trace.

Mais, trois jours plus tard, des enfants trouvent son corps sur la plage. Elle a été étranglée et jetée à l’eau.

La police patauge, mais, heureusement, le détective Yves Michelot va entrer en action.

Mme Nairod ne s’appelait pas Mme Nairod et semblait vouloir cacher quelque chose.

L’adresse qu’elle a laissée à l’inscription dans la pension est fausse.

Le beau-frère est introuvable.

Court récit, donc, à peine plus de 8000 mots, pour lequel je pourrais, tout comme l’auteur, paraphraser ma chronique sur « L’énigmatique Madame Sarton », dont il est une version à peine allongée (Madame Sarton occupe à peine plus de 5 600 mots).

La réédition numérique de « La mystérieuse pensionnaire » et de toute la série des Yves Michelot, est publiée sous le pseudonyme de Claude Ascain, sûrement par commodité et pour permettre aux lecteurs d’aujourd’hui de retrouver plus facilement les textes de l’auteur puisqu’une précédente série de Henry Musnik, « Robert Lacelles, détective cambrioleur », avait déjà été rééditée sous ce pseudonyme.

Inutile de préciser à nouveau qu’un récit de 10 000 mots et moins (le contenu usuel d’un fascicule classique de 32 pages) ne peut proposer, de par la concision requise, une intrigue digne de ce nom et peut, rarement, sauf dans les séries, au fil des épisodes, proposer des personnages étoffés.

Ce n’est donc pas ce qu’il faut rechercher dans ce genre de texte. Non, le lecteur, en abordant un tel récit, recherche avant tout à combler un petit moment de lecture en pouvant lire une histoire entière en un court laps de temps.

Le but, alors, est de proposer une lecture, si ce n’est exaltante, du moins, agréable.

Henry Musnik, quel que soit son pseudonyme, parvient souvent à ce résultat, mais jamais plus (manque de talent, de temps, d’envie, d’ambition ??? je ne sais pas) contrairement à certains auteurs qui se font tout de même rares.

Ce sera une nouvelle fois le cas ici avec une intrigue basique, une narration linéaire, des rebondissements et des avancées dues uniquement à la chance et des personnages peu esquissés (ce qui permet de réutiliser plus facilement leurs aventures d’un héros à un autre).

Yves Michelot, comme pour les précédents épisodes, n’est quasiment dépeint qu’à travers son statut de détective réputé.

Pas grand-chose d’autre à dire si ce n’est un petit reproche, celui de proposer une version allongée par rapport à celle du commissaire Lenormand, mais en la purgeant du meilleur passage, celui ou le héros (et l’auteur, à travers lui), avouait et assumait le fait que son enquête n’ait avancé et abouti que grâce à des hasards fortuits.

Au final, rien de révolutionnaire dans ce texte, juste un petit moment de lecture agréable. La recherche des « emprunts » de Musnik à travers ses pseudonymes est une aventure plus exaltante que cela.

Coups de feu

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Henry Musnik est un écrivain de langue française né au Chili en 1895 et mort en France en 1957.

Il fut un immense pourvoyeur de la littérature populaire de son époque en produisant un nombre incroyable de textes courts, principalement pour les collections fasciculaires 32 pages d’aventures ou policiers pour divers éditeurs et sous de nombreux pseudonymes.

Il a pour particularité d’avoir créé de nombreux personnages récurrents, plus nombreux, probablement, encore que son nombre de pseudonymes : Pierre Olasso, Pierre Dennys, Florent Manuel, Claude Ascain, Jean Daye, Gérard Dixe, Alain Martial... et bien d’autres encore.

« Coups de feu » est un titre initialement publié dans la collection fasciculaire de 32 pages, « Mon Roman Policier » aux éditions Ferenczi, en 1950 et se trouve être le second titre à mettre en scène le détective Yves Michelot, un personnage récurrent développé sous le pseudonyme de Florent Manuel, à l’époque, et réédité récemment en numérique sous le pseudonyme de Claude Ascain.

 

COUPS DE FEU

 

Le directeur du cinéma Super-Palace a été assassiné par arme à feu dans son bureau.

 

Si le corps est retrouvé au matin, le médecin légiste estime que la mort remonte à la veille au soir, vers vingt-deux heures, durant la projection d’un film policier américain.

 

L’inspecteur Rodier fait immédiatement appel au détective Yves MICHELOT pour l’aider dans son enquête, mais les deux hommes vont rapidement suivre des pistes différentes…

 

Un crime a été commis au Super-Palace. Le directeur a été retrouvé mort d’une balle dans la gorge dans son bureau. La mort semble remonter à la veille au soir vers 22 h, heure à laquelle était projeté un film de gangsters.

L’inspecteur Rodier, partisan du moindre effort, fait réveiller son ami le détective Michelot pour lui apporter de l’aide.

L’enquête fait état d’un curieux personnage en pardessus gris, qui aurait été aperçu par deux employés du cinéma.

Très court roman de 8 000 mots !

Pour ceux qui connaissent la collection d’origine, ou toute autre collection du même genre, il n’est nul besoin de préciser que les récits qu’elle contient sont forcément concis, très concis (10 000 mots au plus) et qu’ils ne permettent pas de proposer une intrigue évoluée ni de s’attarder sur les personnages.

Ce sera d’autant plus le cas ici puisque le texte ne fait que 8 000 mots.

L’intrigue est donc simple, le déroulement de l’enquête linéaire et les personnages peu développés.

D’ailleurs, même dans le premier épisode, l’auteur n’a pas réellement présenté son personnage ni physiquement ni intellectuellement et, d’ailleurs, ses personnages ont la particularité d’être bien souvent interchangeables tant ils sont à peine esquissés.

Mais le lecteur qui aborde un tel texte ne recherche pas une intrigue haletante ni des personnages complexes, mais juste un bon petit moment de lecture.

Et « Coups de feu » remplit plutôt bien son office en proposant une histoire concise, sans fioriture de narration ni de style.

Au final, un texte qui se lit vite et bien et c’est ce qu’on demande à ce genre de textes.

Aux prises avec les gangsters

 

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« Aux prises avec les gangsters » est un court roman de Félix Celval initialement paru dans la collection « Romans pour la jeunesse » des éditions Rouff en 1933, réédité en 1948, sous la forme d’un fascicule de 32 pages contenant un récit de 12 500 mots.

Félix Celval, de son vrai nom Paul Edme Sébastien Félix Calvel est un librettiste romancier né en 1869 et mort en 1947.

On sait peu de chose sur l’auteur et sa production sous ce nom est si peu imposante pour sa longévité que l’on est en droit de se demander s’il n’écrivait pas sous d’autres pseudonymes que l’on ignorerait ou bien si son activité principale n’était pas autre que celle d’écrivain.

Aux prises avec les gangsters :

 

La ville de Souillergues est en effervescence, le cirque américain Cyrus Pactole est en ville avec son défilé d’acrobates, d’écuyères, d’animaux sauvages, de clowns...

 

Mais la troupe cache, surtout, en son sein, des bandits et des détectives en herbes en passe de se livrer à un terrible affrontement qui définira la réussite ou l’échec d’un horrible plan mis en scène depuis l’autre côté de l’atlantique…

 

Deux jeunes clowns d’un cirque itinérants sont martyrisés par le féroce dompteur et sa femme.

Mais les dirigeants du cirque s’avèrent être à la solde d’un terrible gangster américain et les deux pitres, renseignent un détective venu des États-Unis pour contrecarrer les plans des brigands.

Le format et la collection d’origine renseignent immédiatement le lecteur averti que le récit, de par sa concision, ne proposera pas une intrigue échevelée et par son appartenance à une collection jeunesse, sera plutôt dirigé vers l’aventure.

C’est indéniablement le cas avec « Aux prises avec les gangsters » malgré un titre sonnant « polar ».

Il faut également remettre l’histoire dans son contexte afin de ne pas être choqué par l’utilisation d’indigènes dans des cirques ainsi que des expressions comme « Nègres » qui n’ont plus cours aujourd’hui.

Ainsi, en prenant conscience que l’on est en train de lire un très court roman jeunesse d’aventures de 1933, on est plus à même d’apprécier le texte pour ce qu’il est : un petit moment de lecture agréable, bien que dénué de génie et de style et doté d’une intrigue un peu simple contenant des scènes quelque peu naïves, notamment celles faisant apparaître l’éléphant du cirque.

L’ensemble ne laissera donc pas de traces dans l’esprit des lecteurs, et ce malgré les deux personnages de clowns qui sont assez intéressants et attachants, mais pas utilisés à leur juste valeur.

L’ensemble pêche donc un peu de cette naïveté que l’on pourrait croire propre aux romans « jeunesse » de la littérature populaire alors que d’autres auteurs, bien avant cela, comme José Moselli, avaient démontré que l’on pouvait travailler pour la jeunesse sans sombrer dans ce travers.

Au final, un petit roman un peu trop orienté jeunesse pour captiver du fait de la naïveté de l’histoire et de certaines scènes, mais qui se lit agréablement aidé en cela par la sympathie que l’on peut porter aux deux héros...

20 octobre 2019

Du sang sur le parquet

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Ce que je recherche dans un roman, donc, dans un polar, puisque je ne lis qu’exclusivement du polar, un genre suffisamment étanche pour me délayer avec bien d’autres genres et sous-genres, ce sont éléments, indépendamment les uns des autres ou, dans le meilleur des cas, additionnés les uns aux autres.

En clair, j’aime, dans un roman policier, découvrir soit (et) une intrigue de haute volée, un style original, de l’humour, des personnages originaux, une ambiance.

Le mieux étant quand l’auteur parvient à ingérer et digérer tous ces éléments pour en délayer son récit.

Mais, si un de ces éléments est présent sans ses petits amis, cela peut suffire à maintenir mon intérêt tout du long du roman.

« Du sang sur le parquet » est le premier roman de Patrick Delouvée, un auteur dont je reparlais, exceptionnellement, dans mon avis sur le livre.

Du sang sur le parquet :

Lorsque Ben est envoyé par son grand-père, visiter la maison dont il vient d’hériter d’un oncle lointain, la mission lui paraît simple et tranquille.
Il vient de terminer ses études et dispose de deux mois avant de prendre son premier poste.
Alors, pourquoi pas ?
Mais quand il est réveillé par des bruits divers, la première nuit où il dort dans la maison, puis qu’il entend une détonation, tout commence à basculer…
Il se retrouve accusé de meurtre, il n’a pas d’alibi et il pourrait même avoir un mobile !
Le cauchemar se mélange à la réalité, il ne sait plus où il en est, et tout semble se liguer contre lui.
Arrivera-t-il à s’en sortir ?
Que sait le voisin qui observe tout depuis sa fenêtre ? Quel rôle joue-t-il vraiment ?
Que cache le passé de l’homme dont le grand-père de Ben a hérité ? N’a-t-il vraiment pas d’autre héritier ?
Chloé, la jeune infirmière, pourra-t-elle l’aider ?
Et quand l’amour s’en mêle, peut-on renoncer à celui qu’on aime sans savoir s’il est réellement coupable ?
Chloé sera-t-elle complice, confidente… Ou davantage ?
Cet héritage est-il un cadeau empoisonné ?
Une chose est certaine : quand il arrive dans la maison, Ben est loin d’imaginer que cette histoire va changer sa vie.
Un polar bouleversant, un thriller loin des clichés du roman policier, dont le suspense et les rebondissements maintiendront le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page.

Ben est chargé par son grand-père d’aller visiter une maison dont il vient d’hériter de la part d’un romancier à succès qu’il ne connaissait pas.

Arrivé dans la maison inhabitée, il y passe la nuit, mais des bruits le réveillent, quelqu’un est entré... 

Quand il sort de sa chambre, il découvre un corps dans le salon.

Comme je le disais, dans un roman, j’espère y trouver un style, une ambiance, des personnages originaux et une bonne intrigue.

Autant vous le dire tout de suite, pour ce qui est de l’intrigue, je serai incapable de savoir si j’aurais été contenté étant donné que je ne suis pas allé au bout de ma lecture.

Et vous vous doutez bien que si je ne suis pas allé au bout de ma lecture, c’est que je n’ai pas trouvé, dans ma lecture avortée, les autres éléments que j’espérais ?

Question personnages, dès les premières lignes, un personnage secondaire, qui doit devenir, je crois, par la suite, un personnage principal, décrit Ben (le petit-fils) en le croisant comme un beau gosse aux yeux bleus, aux cheveux blonds... 

On apprendra par la suite que cette femme (car oui, il s’agissait d’une femme... concupiscente...) est également belle, pas farouche...

Bah, mince, pour les personnages originaux, je pense déjà, au bout de quelques lignes, que je vais bien être déçu. Malgré tout, je poursuis ma lecture.

Très rapidement, également, je constate que je ne serais pas non plus rassasié au niveau du style.

Effectivement, le roman ne pèche pas par un style mal maîtrisé, mais par un manque définitif de style. C’est plat, sans recherche, sans rondeur, et côté narration, l’auteur choisit un mélange maladroit entre une narration à la 3e personne et un ersatz de narration à la première personne en ne cessant soit de faire intervenir les pensées des personnages via des dialogues ou des réflexions, soit en commentant ces mêmes pensées ou actes.

Pas de personnages originaux, pas de style, que me restait-il à me mettre sous la dent en attendant de savoir si l’intrigue, elle, valait le coup ? Une ambiance ! bien sûr.

Et là, c’est le drame !

L’ambiance !!! En fait, et c’est la raison pour laquelle je ne reviens sur l’auteur que maintenant, à la lecture de ce début de roman, j’avais l’impression de lire la prose d’un auteur jeune, qui se projetait un peu trop à travers son personnage, notamment et surtout à la lecture de la dernière scène que j’ai lue et sur laquelle je reviendrai.

Vous savez, un peu comme si, non pas un enfant, mais un jeune adulte vous racontait une histoire avec envie, avec bonne volonté, mais avec une bonne dose de naïveté qui s’étiole avec le temps.

Qu’elle n’a pas été ma surprise en cherchant à en savoir plus sur l’auteur pour écrire cette chronique quand je constatais que Patrick Delouvée, loin d’être un béjaune de la vie, se révélait être un retraité chenu ?

La bonne nouvelle, pour lui, c’est qu’il rajeunit en écrivant !

Mais, comment puis-je ignorer un écrivain que je lis ? me direz-vous ?

Et c’est là le point positif de ce roman, c’est que l’auteur, jadis, un jadis pas si lointain, mais suffisamment éloigné pour que je ne me souvienne plus de lui, eut la bonne idée de le proposer gratuitement le temps d’une journée, un bon moyen de découvrir sans risque un jeune auteur... jeune dans la profession.

Donc, bien sympathique, Patrick Delouvée, mais pas au point que je poursuive ma lecture après une scène aussi désespérément peu originale que peu intéressante et utile : la fameuse scène de cul !!!

Oui, c’est également la raison pour laquelle je pensais me trouver devant la prose d’une jeune auteur et d’un auteur jeune, projetant ses fantasmes sur le papier (ou l’écran de son ordinateur).

Car cette scène de cul (oui, pas de tendresse) n’a aucune utilité, à mon sens, ne s’inscrit ni dans une démarche de crudité, ni dans celle d’une ambiance torride, non, elle tombe à plat, sur l’écran, sans que l’on ne comprenne le sens de cette démarche.

Bon, bref, ce fut le coup de massue, non pas que je sois d’un esprit prude, juste que je déteste qu’on puisse penser qu’on peut me séduire en jouant sur un tel registre, registre si développé, mais tellement difficile à justifier et encore plus à rendre nécessaire.

Je passerai sur les commentaires sur les qualités du roman dans la 4e de couverture, un procédé que je déteste déjà chez les auteurs confirmés et à succès, procédé que l’auteur semble avoir renouvelé à outrance pour son deuxième ouvrage.

Au final, une lecture rapidement avortée du fait d’un manque criant de style, de personnages caricaturaux, d’une absence d’ambiance, de scènes ineptes...

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Le train enchanté

 

CouvLTE

Je ne devrais pas avoir à présenter Marcel Priollet, un auteur majeur de la littérature populaire en général et de la littérature populaire fasciculaire en particulier qui proposa pendant un demi-siècle (à partir du tout début du XXe siècle) aux lecteurs un nombre impressionnant de cours romans et de séries en tous genres (aventures, policier, sentimental, fantastique).

Malheureusement, l’auteur est, de nos jours, tombé dans l’oubli même si de récentes rééditions numériques tentent de le faire sortir de cet anonymat immérité.

On notera, dans sa production, les séries policières « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs », mais Marcel Priollet, sous de nombreux pseudonymes (René-Marcel de NizerollesHenry de TrémièresMarcel-René NollRené Valbreuse...) a également développé de nombreuses séries sentimentales et courts romans.

« Le train enchanté » est un court roman d’à peine plus de 8 000 mots initialement publié dans la collection « Mon Roman d’Aventures » des éditions Ferenczi, en 1944, sous la forme d’un fascicule de 32 pages.

LE TRAIN ENCHANTÉ

Lucien, jeune courtier en bijoux, est chargé par son patron de se rendre de Paris au Caire dans le but de réceptionner un inestimable diamant qu’il vient d’acheter.

Lucien prend place dans le rapide menant de la gare de Lyon à Marseille afin d’embarquer sur un bateau pour l’Égypte.

Mais, le lendemain matin, lui et les trois hommes voyageant dans le même compartiment se réveillent alors que défilent sous leurs yeux, les paysages représentatifs de la région cairote.

Comment ont-ils pu réaliser un tel trajet en si peu de temps et, surtout, sans quitter le train ? Voilà le mystère qu’ils vont devoir éclaircir…

« Le train enchanté » porte bien son nom, car ce court récit a tout pour enchanter le lecteur.

Mélangeant allègrement les genres (aventures, policier, fantastique, avec un brin de sentimental), comme savait si bien le faire Marcel Priollet, l’histoire nous conte à la première personne du singulier, la mésaventure d’un jeune courtier en diamants chargé par son patron de se rendre de Paris au Caire afin de réceptionner un magnifique diamant d’une valeur inestimable.

Pour ce faire, le jeune homme, Tournesol de son nom, embarque dans le train à la gare de Lyon, direction Marseille, pour prendre le bateau pour l’Égypte.

Mais, après s’être endormi après Montereau, Tournesol, au matin, s’éveille en Égypte, dans le même train, qui s’arrête alors au Caire.

Le voyage est impossible en si peu de temps, lui est les trois autres passagers de son compartiment sont déboussolés d’autant que tout prouve, journal à l’appui, qu’ils sont le lendemain matin de leur départ de Paris...

Marcel Priollet est un auteur de métier qui parvient, surtout à partir de 1940, à tenir son lecteur en vieux filou.

Car, dès le début de l’histoire, on a beau se douter du dessous de l’affaire, voir venir les rebondissements, du fait d’une concision de texte ne permettant pas de trop noyer le poisson et de diluer les informations dans un texte dense, on se prend malgré tout à l’histoire et on se pose la question de savoir si l’auteur va ou non nous livrer les révélations auxquelles on pense.

Et, bien que ce soit le cas, c’est fait avec tellement de métier que cela ne retire en rien le plaisir de suivre cette aventure

Il faut avouer que la narration à la première personne est totalement adaptée à l’histoire et permet, à travers le regard du principal intéressé, d’occulter ce qu’il y a à occulter en ne livrant qu’une part des évènements : celle dont le narrateur est le spectateur.

La naïveté de l’ensemble, inhérente au genre, à l’époque, et aux us de Marcel Priollet, si elle peut paraître désuète, ne fait là aussi que renforcer la sympathie que l’on peut éprouver pour le texte.

Car, bien sûr, on devine tout à l’avance, certes, le nœud de l’intrigue est difficilement crédible, mais, qu’importe, le voyage, lui est enchanteur, du moins, suffisamment plaisant pour faire passer la pilule et c’est là l’apanage des bons, si ce n’est de grands auteurs et Marcel Priollet était un grand auteur de la littérature populaire.

Au final, un charmant voyage en train qui parvient à séduire le lecteur malgré tous les écueils qui auraient pu le rebuter.

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Le diamant tragique

CouvLDT

Dans la littérature populaire, il y a les bons auteurs, parfois, les grands auteurs et il y a les tâcherons.

Cette dernière catégorie, probablement celle comptant le plus de membres des trois, une hiérarchie peut également se deviner en fonction de l’aisance, du métier, de la maîtrise et, osons le dire, du talent de chacun.

Marcel Idiers, auteur belge né à la fin du XIXe siècle et dont la production s’étale depuis la fin de la Première Guerre mondiale jusqu’un peu après la seconde, fait indéniablement partie de cette large communauté qui, pour aussi obscure qu’elle soit, a pourtant abreuvé les envies de lecture de plusieurs générations par leurs nombreux récits s’ancrant dans les genres à la mode à l’époque (sentimental, aventures et policier) et, notamment les plus jeunes.

Et c’est dans la collection « Romans pour la Jeunesse » des éditions Rouff, qu’en 1935, « Le diamant tragique » est paru sous la forme d’un fascicule de 32 pages contenant 16 000 mots plus quelques illustrations. Le texte était alors signé par Robert Pedro, un des pseudonymes de Marcel Idiers.

LE DIAMANT TRAGIQUE

Un Hollandais est retrouvé étranglé dans un hôtel à Paris.

L’inspecteur Legrain, chargé de l’affaire, ne tarde pas à établir que, la veille, le défunt avait reçu plusieurs négociants en pierres précieuses afin de leur vendre un inestimable diamant.

La vente n’ayant pas eu lieu, le bijou a été enfermé, pour la nuit, dans le coffre-fort de l’établissement ; or, si l’assassin l’a forcé pour dérober le joyau, il s’est totalement désintéressé de l’argent qu’il contenait.

M. von Offner, un négociant hollandais en diamants, reçoit des acheteurs potentiels, dans l’hôtel parisien dans lequel il est descendu, pour un superbe diamant en sa possession.

Mais le prix demandé étant trop important, la pierre de se vend pas et le Hollandais l’enferme dans le coffre-fort de l’hôtel.

Avant de monter se coucher, il est pris de peur en apercevant un hindou dans le salon de lecture, mais celui-ci disparaît sans que personne d’autre ne le voie.

Durant la nuit, M. von Offner est étranglé et le coffre-fort forçé : le diamant a disparu.

L’inspecteur Legrain va être chargé de l’affaire, étrange affaire, car, bien que le négociant fût en possession d’une forte somme et que le coffre-fort contenait une somme encore plus forte, seul le diamant a été volé.

Comme je dis bien souvent, du moins chaque fois que j’aborde un texte de Marcel Idiers (excepté ceux de la série « L’Homme au stylo ») Marcel Idiers n’est pas reconnu pour la qualité de sa plume ni pour l’originalité de ses intrigues. Pour autant, cela ne l’empêche pas d’avoir grandement participé à l’essor de la littérature populaire, si ce n’est qualitativement, du moins, quantitativement.

Pour autant, il ne faut pas toujours bouder ses productions, car, si elles n’émerveillent jamais le lecteur (rares sont les auteurs de littérature populaire qui peuvent se vanter de le faire), elles remplissent bien souvent leur office de proposer un agréable moment de lecture. Le côté « agréable » étant variable en fonction des textes.

D’autant que le format fasciculaire est un type d’écrit dont la concision est une contrainte empêchant les auteurs de proposer des intrigues échevelées et des personnages étoffés. Aussi, c’est bien souvent par le mode sériel et via un personnage récurrent que les auteurs de l’époque ayant tiré la quintessence de ce format y sont parvenus.

C’est dire si la tâche est ardue quand on s’attelle à un « One shot », un récit totalement indépendant avec des personnages que l’on ne retrouvera pas par la suite.

C’est le cas de « Le diamant tragique » du moins, le pensé-je, mais je pourrais être contredis en lisant l’intégralité de la production de l’auteur (car certains écrivains de l’époque n’hésitaient pas à disséminer les aventures de leurs personnages préférés dans diverses collections et chez divers éditeurs) ce que je ne compte pas faire vu la quantité de titres, la difficulté à en trouver certains et le fait que Marcel Idiers ne figure pas dans ma liste prioritaire d’auteurs à lire absolument.

Cependant, malgré tout, dans ce récit un peu plus long que la moyenne pour un tel format, Marcel Idiers nous entraînant à la suite de son policier à travers les océans, puisque c’est avant tout à un récit d’aventures auquel il nous convie, parvient à capter l’attention des lecteurs de façon plutôt agréable même si l’ensemble demeure sans surprise, tant dans les genres des personnages que dans les thèmes abordés puisque l’exotisme des colonies, notamment indiennes, et de leurs populations primaires (dans les textes) est de nouveau au centre de cette intrigue.

L’ensemble est suffisamment rythmé et dénué de temps mort pour captiver jusqu’à son terme bien que celui-ci ne fit aucun doute dans l’esprit du lecteur.

Au final, plutôt à placer dans le haut du panier des productions de Marcel Idiers, ce petit récit d’aventures policières est plutôt agréable à lire et c’est déjà pas mal. 

13 octobre 2019

Les Amants de la Guillotine

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« Les Amants de la Guillotine » est le 12e épisode de la série « Marc Jordan, détective » initialement parue à partir de 1907 et qui compte 62 épisodes.

Le personnage de Marc Jordan est un clone de celui de Nick Carter, le détective américain dont le succès fût croissant outre-Atlantique à partir de sa création en 1886 et dont les traductions, qui venaient juste de débarquer en Europe, faisaient fureur.

Les aventures de Marc Jordan sont calquées sur celles de Nick Carter : même genre aventuro-policier, personnages assez similaires (détective fort, intelligent et courageux et ses fidèles lieutenants d’un côté ; malfrats de la lie de la société au service de chefs intelligents, machiavéliques et sans scrupules, de l’autre), même format : fascicule 32 pages double-colonne contenant des récits d’environ 20 000 mots.

L’auteur ou les auteurs des épisodes de Marc Jordan sont inconnus même si certains accordent la paternité du personnage à l’auteur Jules de Gastyne.

LES AMANTS DE LA GUILLOTINE

L’un des chefs de la terrible association de criminels « Les Amants de la Guillotine » a échappé in extremis à Marc JORDAN, le célèbre détective. Cependant, sa partenaire, la belle Maria, est sous les verrous.

Ayant appris que le fugitif navigue également dans les hautes sphères et qu’il est l’amant d’une aristocrate, Marc JORDAN, une fois identifiée la noble maîtresse, décide d’user de sa meilleure arme pour faire tomber le gigolo et ses cinq comparses : la rancune et la haine d’une femme bafouée.

Il faut donc organiser l’évasion de Maria et lui ouvrir les yeux afin que son désir de vengeance la pousse à trahir l’homme qu’elle aime…

Marc Jordan, dans l’épisode précédent, « La pluie de sang » a été confronté à une terrible association appelée « Les Amants de la Guillotine », société secrète dont les 6 dirigeants agissent aussi bien comme recruteur, chef, juge, juré, bourreau et n’hésitent pas à égorger ceux qui les trahissent.

Alors qu’il pensait avoir mis la main sur l’un des chefs, Francis le frisé, celui-ci était parvenu à s’échapper, mais sa compagne, la belle Maria, avait, elle, été arrêtée.

Aussi, le détective n’a de cesse de retrouver le fameux Francis et, sachant que celui-ci navigue dans les hautes sphères et est l’amant d’une femme de la bourgeoisie, il n’hésite pas, même au théâtre, à observer l’assistance.

Grand bien lui fait puisqu’il repère le fameux Francis et apprend que celui-ci est l’amant de la Comtesse de Mirmer.

Mais le bandit se méfie et fuit son logement avant que le détective ne l’y trouve.

Aussi, pour mettre la main sur les Amants de la Guillotine, Marc Jordan décide-t-il d’utiliser la rancune d’une femme bafouée en faisant évader Maria, en lui apprenant que son Francis se moque d’elle et couche avec une comtesse afin que celle-ci, par vengeance, le lui vende.

Une fois encore l’image de la femme ne sort pas grandie de cet épisode de Marc Jordan, comme de bien des récits policiers de la littérature populaire.

Ici, la femme n’est que bourgeoise qui trompe son mari avec le premier godelureau venu ou bien femme de la rue prête à se prostituer par amour et à faire pincer son homme par rancune.

Mais les épisodes de Marc Jordan, loin de se vouloir un reflet exact de la société, sont là pour proposer avant tout aux lecteurs des aventures trépidantes et c’est une nouvelle fois le cas ici même si on pourra regretter que l’auteur s’appesantit sur les états d’âme de la jeune femme bafouée.

Qu’à cela ne tienne, le récit, à côté de cela, tient toutes les promesses de la série et offre la part belle à Marc Jordan qui, à force de ténacité et contre tout le monde, prouvera qu’il avait raison, que la société des Amants de la Guillotine existe...

Bref, pas grand-chose de particulier à dire sur cet épisode qui n’a déjà été dit sur les précédents tant la série est assez constante.

Au final, un épisode qui forme une sorte de diptyque avec le précédent et qui se lit avec plaisir pour peu que l’on apprécie le genre de la série...

La pluie de sang

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« La pluie de sang » est le 11e épisode de la série « Marc Jordan, détective » une série éditée à partir de 1907 par les éditions Ferenczi suite au succès des premières traductions de la série américaine « Nick Carter » importée en France par les Éditions Eichler.

Les deux séries partageaient un genre (policier-aventures et personnage récurrent de détective) et un format (fascicule 32 pages, double-colonne contenant environ 20 000 mots).

Marc Jordan est un grand détective français qui a souvent aidé la Justice et la Police à arrêter les malfrats. Il est secondé par de fidèles lieutenants : Lagingeole, Léonnec, Fil-en-Quatre, le docteur Jarris, l’Assommeur et feu Cœur-d’Ours.

Dans les premiers épisodes de la série qui en compte 62, Marc Jordan et ses hommes étaient confrontés au Comte de Cazalès, et à sa terrible compagne Pépita la Rouge.

LA PLUIE DE SANG

Lagingeole et Fil-en-Quatre, les fidèles lieutenants du célèbre détective Marc JORDAN, sur les traces d’une association de bandits, se sont installés incognito dans un bouge qu’ils soupçonnent servir de repaire aux malfrats.

Alors que la nuit est venue, des bruits de pas étouffés provenant de l’étage supérieur les réveillent.

Soudain, un cri horrible !

Aux aguets, les deux hommes tendent l’oreille pour tenter de deviner ce qui se passe au-dessus d’eux quand Fil-en-Quatre reçoit une goutte chaude et gluante… puis une autre… une pluie de sang tombe du plafond de leur chambre…

Lagingeole et Fil-en-Quatre sont à la poursuite d’une Société Secrète responsable de divers crimes et qui assassine ceux qui la trahissent.

Ils ont loué une chambre dans un bouge qu’ils soupçonnent de servir d’abri à la bande et, durant la nuit, après d’étranges bruits, du sang s’écoule du plafond de leur chambre. Ils se précipitent à l’étage et, à travers une fente, constatent qu’un homme a été exécuté par la bande et gît la gorge ouverte sur une table. Un autre homme présent doit être prochainement jugé et, entre-temps, il sera enfermé à la cave.

Fil-en-Quatre voit là une bonne occasion d’aller visiter le prisonnier afin d’en apprendre plus et, grâce à lui, de pouvoir faire arrêter toute la bande.

Ahhhh, quelle étrange lecture ! Oui, je sais, je dis souvent cela, mais là, c’est encore plus étrange que d’ordinaire, non pas dans le style ni dans le genre, mais pour une raison qui n’émouvra personne d’autre que moi.

Mais, pour m’expliquer, il me faut revenir en arrière en avançant dans le temps.

Vous ne comprenez pas ? Suivez-moi, vous comprendrez mieux là où je veux en venir.

Il me faut revenir en arrière dans mes lectures, mais une lecture dont le texte est postérieur à celui dont il est question aujourd’hui.

Explications : lors de ma lecture du tout dernier épisode de « Marius Pégomas, détective marseillais », titré « Un dangereux bandit » j’évoquais un étrange ressenti que cet ultime épisode, du moins les premières scènes, ne collait ni à l’ambiance ni au style de la série. J’imaginais alors la possibilité qu’il fût la résultante de la réécriture d’un épisode prévu pour une autre série. Comme l’auteur de Marius Pégomas avait, auparavant, développé une autre série, « Thérèse Arnaud, espionne française » qui mettait également en scène un maître d’œuvre (Thérèse Arnaud), entourée de ses fidèles lieutenants et que la première scène de l’ultime épisode de « Marius Pégomas » faisait intervenir deux lieutenants du détective, alors que d’ordinaire, c’était toujours Marius Pégomas qui œuvrait, cela me laissa à penser que Pierre Yrondy, l’auteur des deux séries, avait réécrit un épisode prévu, à l’origine, pour la série « Thérèse Arnaud » afin d’en faire un épisode de « Marius Pégomas ». Le manque d’humour qui était pourtant une constante dans la série marseillaise me confortait dans cette idée tenace.

Quelques mois plus tard, je dois admettre que j’avais tort !

Effectivement, Pierre Yrondy, pour son ultime épisode de « Marius Pégomas » n’avait pas remanié un épisode prévu pour « Thérèse Arnaud », mais tout simplement réécrit un épisode parut 30 ans auparavant pour la série « Marc Jordan » et cet épisode, vous l’aurez compris, est justement « La pluie de sang », « La pluie de sang » qui est également le titre du premier chapitre de ce dernier épisode de Marius Pégomas.

Mais, outre le titre, c’est, avant tout, l’histoire qui si elle n’est par parfaitement identique dans les deux épisodes, est du moins très similaire dans son ensemble et copiée-collée dans la toute première partie. Pis encore, les premiers chapitres dans lesquels Lagingeole et Fil-en-Quatre, en 1907 et Titin et Bouillabaisse, en 1937, loge dans un meublé pour chasser une bande organisée et voit du sang couler du plafond de leur chambre pour ensuite apercevoir, dans la chambre au-dessus, le corps d’un homme égorgé entouré d’une bande de malfrats qui vient de le mettre à mort et prévoyant de juger prochainement un autre homme et presque identique au mot près... du moins, tellement similaire qu’aucun doute ne puisse être permis que Pierre Yrondy a réécrit le 11e épisode de la série « Marc Jordan » pour en faire un épisode de « Marius Pégomas ».

Que faut-il en conclure ? Que Pierre Yrondy a plagié l’auteur des Marc Jordan ? Auquel cas, cela ne serait pas novateur, les plagiats étaient nombreux, surtout dans la littérature populaire.

Ou bien, que Pierre Yrondy a réécrit un de ses textes de l’époque et que, du coup, l’auteur inconnu de la série Marc Jordan ne serait plus si inconnu que cela ? (même si Pierre Yrondy demeure un auteur énigmatique).

Cette similitude entre les deux épisodes n’est pas suffisante, bien évidemment, pour conclure pour la seconde hypothèse bien qu’elle soit la plus exaltante des deux (exaltante pour moi, bien sûr, et peut-être uniquement pour moi).

Il faudra voir dans la suite de mes lectures de la série « Marc Jordan » si d’autres épisodes ont été « plagiés » pour conforter cette hypothèse.

Toujours est-il que, bien que dans cet épisode, Marc Jordan soit plutôt en retrait et que c’est Fil-en-Quatre qui est le héros de l’histoire, le récit est dans la veine des précédents, c’est-à-dire un récit policier d’aventures sans temps mort, plutôt agréable à suivre même si on retrouve certaines similitudes dans la relation entre le prisonnier et la femme responsable de sa perte et celle du docteur Jarris avec Pépita la Rouge.

Si ce n’est une redite, on peut pour le moins parler de l’image assez négative de la femme dans ce début du siècle, femme vénale, voire vénéneuse, qui se joue des hommes naïfs pour les manipuler et en abuser.

Au final, un épisode qui vaut surtout, pour moi, pour l’éclairage qu’il apporte sur le dernier épisode de « Marius Pégomas », mais qui offrira aux autres lecteurs le même plaisir de lecture que les épisodes précédents.

Un cadavre dans un placard

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« Un cadavre dans un placard » est le 10e épisode de la série « Marc Jordan, détective » dont l’auteur demeure inconnu et qui, à partir de 1907, suite au succès des traductions des « Nick Carter » provenant d’outre-Atlantique, proposa 62 fascicules de 32 pages, double colonne contenant des récits plus ou moins indépendants d’environ 20 000 mots.

« Marc Jordan » est totalement inspiré de son homologue américain « Nick Carter », que ce soit dans le style, le genre ou le format. Même présentation, personnages similaires, idem narration, seuls les noms plus français et un style un peu plus digeste que les premières traductions font la différence entre les deux séries.

Pour rappel, la série « Marc Jordan » est la première intrusion des éditions Ferenczi dans le monde de la littérature policière ainsi que dans celle des fascicules. Elles deviendront, par la suite, grâce aux milliers de titres, aux nombreuses collections et à la collaboration intensives de divers auteurs et illustrateurs, des éditions cultes dans la littérature fasciculaire en général et dans la littérature fasciculaire policière en particulier.

UN CADAVRE DANS UN PLACARD

Marc JORDAN, le célèbre détective, profite d’un repos bien mérité quand une jeune femme débarque, affolée, au petit matin, chez lui.

Elle vient réclamer assistance pour sa meilleure amie, l’épouse d’un ministre, qui se trouve dans une situation aussi dramatique que douloureuse.

Cette dernière, en l’absence de son mari, a reçu son amant. Mais, en cours de nuit, le retour inopiné du conjoint contraint l’homme à se cacher dans un placard.

Après le départ de l’agent diplomatique, le soupirant est retrouvé mort dans l’armoire.

Par esprit chevaleresque et pour éviter un scandale politique, Marc JORDAN imagine un plan machiavélique pour expliquer le décès compromettant sans se douter que la chance ne va pas jouer en sa faveur et que l’affaire d’adultère prendra une tournure totalement inattendue…

La femme d’un ministre a un amant ! Rien d’original en la matière, mais ce dernier est retrouvé mort au petit matin, par sa maîtresse, dans le placard de celle-ci, après qu’il y ait passé une partie de la nuit alors qu’il s’y était caché suite au retour inopiné du mari.

La meilleure amie de la femme adultère fait appel à Marc Jordan pour l’aider à régler la situation et éviter que le déshonneur ne soit ajouté à la douleur de la perte de son amour de jeunesse.

Marc Jordan, on le sait, a un cœur d’or et ne peut résister à la tentation d’aider deux jeunes femmes éplorées.

Aussi, il va mettre en place un plan pour sortir le cadavre en toute discrétion de chez le ministre et expliquer la mort du jeune homme.

Seulement, pas de bol, rien ne se passe comme prévu et Marc Jordan se voit contraint de changer de plan en cours de route.

« Un cadavre dans un placard », à un mot près, l’épisode aurait pu être le titre d’une pièce de vaudeville : « Un amant dans un placard ».

Effectivement, l’épisode a tout du Vaudeville, mais un Vaudeville macabre qui, au lieu de faire rire et sourire à l’image des pièces de Feydeau dont le succès est retentissant depuis une quinzaine d’années (en 1907, rappelons-le), est là pour faire frissonner.

Car, sans aller dans le « gore », il est étonnant de constater que cette première série policière française est bien moins policée que celles à venir pendant des décennies.

On y parle ici aisément de démembrement, démembrement devant, d’ailleurs, être fait, non pas par les méchants, mais par les gentils (oui, car, pour faire disparaître un cadavre, rien de mieux que de le découper).

Et, bien sûr, si l’on est encore bien loin des scènes que l’on peut trouver dans les romans récents de Maxime Chattam, Franck Thilliez, Jean-Christophé Grangé et consorts, les ambiances sont parfois assez surprenamment crues pour des textes tous publics du tout début du XXe siècle.

Mis à part cela, l’épisode s’attardera plus sur la part scandalo-sentimentale de l’intrigue que sur l’habituel mélange aventures-policier que nous a proposé la série jusqu’ici.

Est-ce juste une pause dans la chasse lancée entre Marc Jordan et se lieutenants d’une part et le Comte Cazalès et Pépita la Rouge, d’autre part, qui a vampirisé la série depuis le tout premier épisode ? La suite le dira, mais il est à prévoir que les deux ennemis jurés du détective refassent bientôt surface.

Il aurait été intéressant de savoir si les épisodes étaient écrits à l’avance ou au fur et à mesure afin d’avoir une idée si l’auteur ou les auteurs prenaient la température des lecteurs afin de continuer à développer la série. Mais vu le rythme de diffusion de l’époque, c’est fort peu probable.

Cependant, comme à chaque fois, si l’intrigue est assez linéaire, le rythme est suffisamment soutenu et sans temps mort pour assurer un bon moment de lecture.

Faut-il rappeler que, comme un « Nick Carter », le lecteur choisit un « Marc Jordan » en connaissance de cause, sachant qu’il va redécouvrir dans chaque épisode, ce qu’il a apprécié dans les précédents et qu’en ouvrant un fascicule de 32 pages, on se doute qu’on ne va pas être confronté à une intrigue échevelée.

Mais il faut également souligner que le format 20 000 mots est un excellent compromis entre les formats très courts (10 000 mots et moins) dans lesquels on n’a pas forcément le temps de s’immerger et le format roman classique pour lequel il faut avoir une grande plage de lecture à consacrer. Ici, on ouvre, on lit, on termine et on ferme le fascicule, généralement, dans la foulée et c’est ce qui est aussi appréciable, connaître la fin d’une histoire que l’on vient de débuter sans avoir à attendre des heures, voire des jours, comme il serait nécessaire avec les pavés policiers actuels. De plus, le format sériel renforce l’attachement puisqu’en ouvrant un épisode, on est déjà familier de l’ambiance et des personnages.

Au final, bien qu’un peu trop vaudevillesque et pas assez policier, cet épisode remplit son office d’offrir un bon moment de lecture, mais on est tout de même pressé de retrouver Marc Jordan et ses hommes dans des intrigues plus dans leurs cordes.

06 octobre 2019

La tête de mort

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Raaa, la littérature populaire française est un vaste territoire difficile à défricher.

Mais si la littérature populaire française offre parfois des allures de jungle amazonienne, la littérature populaire québécoise semble bien plus impénétrable pour un petit lecteur de l’hexagone.

Aussi, n’ai-je pas grand-chose à raconter sur l’auteur de « La tête de mort », un certain Jean Jacques.

Pas beaucoup plus à dire sur la série à laquelle appartient ce titre : « Les aventures policières de l’inspecteur Durand ». L’éditeur est un certain A. Buot, et le titre a été édité en 1944.

« La tête de mort » est le 4e épisode de la série.

Celle-ci conte les enquêtes à domicile de l’inspecteur Durand, ancien détective de la Sûreté Municipale qui a perdu ses deux jambes à la guerre et qui, après avoir aidé son ami l’inspecteur Tremblay à résoudre une affaire depuis son fauteuil, a été nommé inspecteur de la Sûreté et s’est vu adjoindre le fameux Tremblay comme adjoint.

La tête de mort :

Peggy Minto, amie de la fille de l’inspecteur Tremblay, demande à celui-ci de l’aider à prouver l’innocence de son fiancé qui a été retrouvé pendu après avoir été accusé de trahison et de l’assassinat de deux agents du service secrets.

Les soupçons de l’inspecteur Durand ne tardent pas à se diriger vers une clinique dans laquelle s’est rendu le fiancé peu de temps avant les faits...

L’inspecteur Tremblay et l’inspecteur Durand sont donc chargés de prouver l’innocence d’un jeune ingénieur soupçonné d’avoir fait passer des informations aux services secrets étrangers sur les canons à la construction desquels il participe ainsi que d’avoir assassiné deux agents des services secrets afin de se donner la mort.

Pourtant, la fiancée du défunt assure que celui-ci n’est pas coupable, du moins des meurtres, puisqu’elle était présente au moment de l’action.

Les deux policiers apprennent que l’ingénieur avait fait un séjour dans une clinique quelque temps auparavant et que, depuis, il avait changé.

Et l’enquête démontre que plusieurs personnes travaillant dans la même usine ont également eu affaire à la même clinique.

Court texte, donc, que ce fascicule de 32 pages qui dépasse à peine les 8 500 mots.

Il n’y a pas de mystères, si les auteurs français, en si peu d’espace, étaient incapables de proposer de véritables intrigues, il n’y a pas de raison que leurs homologues québécois y soient parvenus.

Donc, pas de réelles intrigues dans ce court roman. Dans ces cas-là, l’intérêt peut résider soit dans les personnages, soit dans le style.

Et c’est le personnage qui m’a le plus attiré vers cette série.

En effet, si le fait qu’un enquêteur résolve des affaires sans bouger de chez lui n’est pas forcément novateur (Sherlock Holmes y parvenait déjà), le fait qu’il soit handicapé et, donc, contraint à cette nécessité, pouvait apporter un petit plus.

Mais, malheureusement, cette faculté n’a d’intérêt que si le personnage est hautement perspicace. Et il ne peut démontrer sa perspicacité, qu’à travers des intrigues touffues. Or, le format ne le permet pas.

Ainsi, même si je me doutais pour deux raisons que le roman ne me subjuguerait pas, j’ai tout de même tenté l’expérience.

Je dis pour deux raisons, alors que je n’en ai évoqué qu’une, l’incapacité de mettre en valeur un tel personnage à travers un texte aussi court.

Vous vous doutez bien qu’il existe donc une seconde raison : mes quelques incursions dans le monde de la littérature populaire fasciculaire québécoise n’ont jamais été concluantes. Certes, je n’ai pas pu me confronter à beaucoup d’auteurs (mais il me semble qu’il n’y en avait pas tant que cela), mais à chaque fois la conclusion quant au style de ceux-ci était très défavorable.

Cette nouvelle expérience ne fait que confirmer mes craintes.

Si, bien sûr, les tournures de phrases peuvent varier d’un pays francophone à l’autre et ainsi surprendre un lecteur peu habitué, il faut tout de même reconnaître que la quasi-absence d’expressions locales aurait dû favoriser l’acclimatation.

Aussi, ai-je tendance à mettre ma dubitativité, sur le manque de qualité de la plume des auteurs plutôt que sur la nuisance d’un certain « exotisme »...

Car il faut bien avouer que nous avons une chance incommensurable d’avoir eu, en France, une littérature populaire très développée, à laquelle ont participé nombre d’auteurs talentueux (même quand ceux-ci provenaient d’autres pays francophones comme la Belgique). De notre littérature populaire offre une palette immense de styles, de genres et de formats qui en font probablement la plus florissante au monde. Ce n’est pas pour rien que bien des auteurs pourtant oubliés de nos jours, chez nous, ont été et sont encore traduits et édités dans divers pays du globe.

En comparaison, tant au niveau quantitatif que qualitatif, j’ai bien peur que la littérature populaire québécoise soit bien fade.

Je n’ai pourtant rien contre nos amis d’Amérique du Nord, bien au contraire, puisque je considère que leur culture humoristique est bien plus grande que la nôtre et que leurs humoristes sont bien plus talentueux et plus nombreux qu’en France et je suis un gros consommateur des spectacles de leurs artistes (Jean-Marc Parent, Laurent Paquin, Dominic et Martin, Louis-José Houde, Mike Ward, et tant d’autres...).

Je consomme aussi, dès que je le peux, certaines de leurs séries ou de leurs films.

C’est dire si je n’ai rien contre la culture québécoise. Mais, force est de constater que la littérature populaire n’était pas leur domaine de prédilection.

C’est probablement la raison qui fait qu’elle est totalement ou presque inconnue dans l’hexagone et si difficilement inaccessible.

« Les aventures policières de l’inspecteur Durand » partait d’un postulat de départ intéressant : un enquêteur sans jambes qui résout les affaires depuis sont fauteuil, sans bouger de chez lui. Cependant, en adjoignant au héros un personnage secondaire, l’inspecteur Tremblay, qui se révèle être les jambes de celui-ci, l’auteur additionne à la tête de Durand, les jambes de Tremblay, créant un personnage classique à partir de deux personnages, annihilant par là même l’intérêt que pouvait représenter l’infirmité du héros.

Au final, l’auteur, en plus de proposer un style très fade et d’être contraint à un format ne favorisant pas son héros, retire tout l’intérêt que pouvait apporter son infirmité en la compensant par un personnage subalterne. Dommage.

De bonnes raisons de mourir

Morgan-AUDIC-De-bonnes-raisons-de-mourir

Parfois... souvent... presque toujours, du moins ces derniers temps et les temps sont longs, je cherche mon plaisir littéraire dans les œuvres d’hier.

Mais, parfois, j’aime découvrir un nouvel auteur, suivre sa carrière, sa production, l’avancée de sa plume.

Ce fut le cas, ces dernières années, avec Olivier Norek. Le plaisir fut sans cesse ou presque croissant, sans jamais que la déception soit présente.

Ce fut également le cas avec Bernard Minier, mais là, le plaisir fut en dents de scie.

Ma découverte d’aujourd’hui, n’est pas une découverte pour tout le monde puisque l’éditeur de cet auteur n’hésite pas à le qualifier de « Nouveau prodige du thriller français ».

En même temps l’encart est probablement plus vendeur que s’ils disaient : « Ne lisez pas, c’est de la merde », un titre qu’aurait pu donner Laurent Baffie à un de ses livres, mais il a déjà testé, à ses frais, tel slogan pour son film...

« De bonnes raisons de mourir » est le second roman de Morgan Audic, un jeune prof d’histoire-géo de Rennes.

Pourquoi découvrir un auteur par son second roman ? Probablement parce qui ni le titre ni le résumé du premier ne me tentait. Aussi, ne voulant pas partir à la découverte d’Audic avec un mauvais a priori qui aurait pu rendre mon sentiment envers lui subjectif, j’ai préféré voyager au pays de la radioactivité avec son second roman.

De bonnes raisons de mourir :

Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d’un bâtiment. Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante. Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée.
Et l’ombre d’un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé...

Le corps d’un jeune homme est retrouvé mort suspendu à la façade d’un immeuble de Priapat, ville proche de Tchernobyl abandonnée après l’explosion du réacteur de la centrale nucléaire.

Abandonné, le village, mais souvent visité par des touristes et des trafiquants en tous genres.

Le capitaine Melnyk, un flic bourru, muté à Tchernobyl, au grand dam de sa femme, est chargé de l’enquête. Il est épaulé par la jeune fliquette Novak.

Mais Vektor Sokolov, le père de la victime, un riche ancien ministre russe aux méthodes douteuses, décide d’embaucher un ancien militaire, Rybalko, pour retrouver l’assassin et l’éliminer.

Et Sokolov est persuadé qu’il existe un lien entre la mort de son fils et celle de sa femme, trente ans plus tôt, le jour de l’explosion de Tchernobyl.

Morgan Audic est donc un tout jeune auteur, mais on sent qu’il est nourri à la littérature policière actuelle, du moins, si ce n’est pas le cas, use-t-il des mêmes procédés et techniques que ses confrères plus aguerris.

D’ailleurs, en analysant un peu le scénario et sa construction, on se rendra compte que l’auteur empile les éléments usuels du roman policier à suspens à succès.

D’un côté, deux flics. Le vieux bourru et la jeune recrue.

La narration alternée entre deux enquêtes parallèles qui vont finir par se rejoindre.

Les deux personnages principaux qui sont à la fois éloignés et si proches l’un de l’autre.

L’enquêteur alcoolique, drogué, baiseur, traumatisé, mais, qui pour une fois, n’est pas suicidaire, pas besoin, il a déclaré un cancer foudroyant du fait des radiations de sa jeunesse (il est originaire de Priapat) et le médecin ne lui donne plus que quelques mois à vivre que le bonhomme veut mettre à profit pour gagner un max de tunes pour l’opération de sa fillette.

Le tueur machiavélique, mystérieux et énigmatique.

La fausse piste.

La relation sentimentale naissante menacée par le tueur.

Le rebondissement final.

Et une fin... bon, que vous découvrirez en lisant le roman.

Certes, ainsi dépouillée, l’histoire ne donne pas plus envie que cela et laisse à penser que l’on va une nouvelle fois se trouver face à un roman efficace, mais somme toute assez classique.

Mais c’est là que Morgan Audic apporte une plus-value indéniable en choisissant intelligemment sa scène de jeu : Tchernobyl et ses alentours.

Et ce choix fait toute la différence.

Déjà, parce que l’auteur s’est bien renseigné, qu’il est prof d’histoire géo, donc, passionné par ce genre de sujet, et qu’il est à la fois ludique et didactique tant dans l’aspect géographique, que politique ou historique.

Mais, en plus, l’air de rien, l’auteur pousse à se poser des questions : comment peut-on faire du tourisme à Tchernobyl ? Que sont devenus les métaux et autres matériaux des villages abandonnés et qui ont été l’objet de nombreux trafics ? Le bois ? Qui pense encore à ces nombreux hommes qui se sont sacrifiés à l’époque pour éviter que la catastrophe soit encore plus mortelle ? Les risques sont-ils totalement maîtrisés à Tchernobyl ? Et ailleurs ?

Bref, que des questionnements qui sont inconsciemment resté enfermés au plus profond de nos esprits depuis plus de 30 ans les réponses étant à la fois perturbantes, inquiétantes et effrayantes.

D’autant que l’auteur parvient parfaitement à rendre l’ambiance que l’on imagine être celle des alentours de la centrale et les états d’esprit que l’on peut penser être ceux des habitants de la région.

Et c’est ce qui fait indéniablement la différence, car, si l’on se concentre un peu sur le contenu narratif, comme déjà précisé, on se rend compte d’un certain « classicisme » avec ces chapitres alternés entre les deux enquêtes qui finissent par se rejoindre.

Et si l’on se penche un peu sur le scénario lui-même, force est de constater qu’il n’est pas le plus haletant, le plus novateur et encore moins le plus crédible.

Car, d’une part, l’intrigue elle-même ne force pas le respect.

Si l’on comprend les motivations du meurtrier, difficile, par contre, d’adhérer à sa façon de procéder.

Mais qu’importe, Morgan Audic, avec intelligence, presque avec « métier », parvient à faire fi des défauts de son livre et à les maîtriser suffisamment pour que ceux-ci passent au second plan et que le lecteur se concentre sur autre chose et trouve son plaisir.

Car plaisir de lecture il y a et, si ce n’est un tour de force, c’est, du moins, gage d’un certain savoir-faire d’autant plus encourageant que l’auteur n’est pas un vieux briscard et a encore le temps de s’améliorer.

Au final, un bon roman qui se lit avec un grand plaisir grâce, notamment et surtout à l’ambiance radioactive qui émane des lieux si particuliers du crime.