Loto Édition

04 août 2019

Le tyran de Nîmes

MP32

« Le tyran de Nîmes » est le 32e épisode de la série « Marius Pégomas », un détective marseillais né de la plume de l’énigmatique auteur de littérature populaire Pierre Yrondy.

La série est composée de 35 titres indépendants édités, à l’origine, en 1936, sous la forme de fascicules de 32 pages, double colonne, comprenant des textes d’environ 13 000 mots.

Marius Pégomas est un détective fantasque, drôle, mais très performant et qui s’entoure d’une équipe composée de sa femme Flora, son beau-frère Titin, son mécanicien Bouillabaisse et son ami le distrait Docteur Mercadier.

Pierre Yrondy est un l’auteur de quelques romans, de deux séries dont « Marius Pégomas » qui a fait suite à « Thérèse Arnaud, espionne française » publiée en 1934 aux Éditions Baudinière, au même format que la seconde, et qui comporte 65 épisodes. Il fut également auteur de pièces de théâtre, directeur de théâtre et journaliste.

LE TYRAN DE NÎMES

En pleine nuit d’hiver, à Nîmes, un marchand de vins réputé est retrouvé mort, à l’arrière de sa voiture stationnée devant un poste de police.

Alors que le commissaire chargé de l’enquête s’empêtre dans des hypothèses sans fondement, il est averti de la découverte d’un autre corps, derrière les Arènes.

Le mystère s’épaissit quand l’identité de la seconde victime révèle qu’il s’agit du frère de la première…

Tandis que le juge d’instruction commis par la Parquet s’embourbe au fur et à mesure des éléments apportés au dossier, le célèbre détective marseillais Marius PÉGOMAS, mandé par l’une des deux veuves, se lance sur les traces du « tyran de Nîmes »…

Le corps d’un marchand de vins est retrouvé mort à l’arrière de sa voiture devant un commissariat. La mort semble naturelle.

Mais, quelques heures plus tard, son frère est découvert mourant derrière les Arènes de Nîmes...

Si, là aussi, la mort semble naturelle, le fait que les deux frères meurent la même nuit d’une cause naturelle laisse penser qu’il ne s’agit pas d’une coïncidence.

Alors que les autorités pataugent, Marius Pégomas, sollicité par l’une des veuves, va tenter d’expliquer le mystère.

Je le répète ad nauseam, mais dans un texte de moins de 30 000 mots, il est quasiment impossible à un auteur de proposer une intrigue digne de ce nom tout en développant des personnages intéressants et attachants et en instillant une certaine ambiance. Alors... en 13 000 mots.

Si le format sériel permet une certaine concision dans les textes pour cerner le ou les personnages principaux, du fait que le lecteur est sensé déjà le connaître en ayant lu les épisodes précédents, il n’apporte, par contre, aucun avantage dans l’esquisse de l’intrigue.

Ce n’est donc pas ce que doit rechercher un lecteur en se plongeant dans ce genre de textes.

Par contre, l’auteur, lui, même en sachant qu’il ne parviendra pas à distiller une intrigue complexe et à la résoudre en si peu d’espace, va pourtant souvent s’y essayer.

Autant le dire tout de suite, ce sera souvent au détriment de la crédibilité de l’édifice.

Et c’est à ce sujet que je vais me servir de cet épisode, éminemment représentatif de la littérature populaire policière dans son ensemble, pour disserter sur les a priori sur les romans policiers et la façon d’appréhender la littérature populaire.

Car, certains lecteurs pensent que le roman policier se doit d’être roman à suspens ou de ne pas être et ce sont bien souvent les mêmes qui n’imaginent le roman policier que s’il dépasse les 600 pages.

Ces lecteurs littérairement élevés aux pis d’auteurs à succès actuels comme Jean-Christophe Grangé, Franck Thilliez, Maxime Chattam et autres non seulement occulte tout un pan de la littérature populaire (le plus imposant et souvent le plus intéressant) tout en incitant éditeurs et auteurs à se référer à ces dictats implicites.

Si vous suivez les conversations de ces lecteurs ou de nombre d’auteurs amateurs, vous constaterez alors le dédain qu’ils peuvent avoir pour les romans courts et pour les romans policiers dont l’intrigue est secondaire.

Ce n’est pas leur faute, bien sûr, le dédain est souvent faute d’ignorance, et ce sont, après tout, les premières victimes leurs rogueries, car ils ne connaîtront jamais la félicité de découvrir d’autres genres, d’autres ambiances, d’autres auteurs.

Mais il ne faut quand même pas souhaiter qu’ils deviennent trop nombreux au risque que la littérature policière future ne se cantonne qu’à un sous-genre élevé au rang de représentant unique.

Car le roman policier a cette richesse, peut-être plus encore que les autres genres, de pouvoir se fondre dans tous les autres genres de la littérature.

Ainsi, le roman policier peut être sentimental, humoristique, fantastique, historique, philosophique, dramatique, sociétal, féérique, onirique, engagé, dénonciateur, annonciateur... et non uniquement énigmatique et haletant comme certains le pensent, l’imaginent ou l’espèrent.

Ceci dit, il est intéressant aussi d’expliquer que l’on ne peut appréhender la littérature populaire d’hier comme celle d’aujourd’hui. Chaque œuvre, chaque auteur, est à observer à travers un prisme.

Si certains apprécieront un texte au travers de la vie de son auteur, c’est, surtout, en fonction du contexte et des conditions d’écriture que, selon moi, on doit juger une œuvre.

De la même manière que l’on n’évaluera pas de la même façon un film de série B tourné en une semaine avec un budget minimaliste comme un film à gros budget réalisé en 6 mois après plusieurs mois voire années d’écriture de scénario.

Il en est de même avec la littérature.

Difficile de reprocher les mêmes choses à un texte de 13 000 mots écrits dans la journée (ou peu s’en faut), qui est directement, ou presque, passé sous presse sans que son auteur ait eu le temps ni le loisir de le relire, sans que même l’éditeur n’ait pris la peine de le faire corriger correctement, tant dans le style que dans l’intrigue et l’orthographe, à partir d’une histoire imaginée en quelques minutes sans qu’elle ait donné lieu à des brouillons et de quelconques schémas préalables pour faire tenir l’ensemble debout, avec un roman écrit en un an par un auteur ayant lu et relu son œuvre, l’ayant fait relire par de nombreux bêta-lecteurs, des correcteurs... avec les facilités de corrections (même en dernière minute) qu’offrent les moyens actuels.

Si dans le second cas le scénario ne tient pas la route, on pourra s’en plaindre. Si le texte publié est bourré de fautes, que le nom des personnages change en cours de route, que la résolution de l’énigme est tirée par les cheveux, que le héros n’est pas bien dessiné, que l’ambiance est mal posée... le lecteur sera en droit d’être déçu.

Dans le premier cas, difficile de tenir grief à l’auteur qui, pour vivre, se nourrir, se doit d’écrire, d’écrire encore, d’écrire toujours, sans jamais se relire, parce qu’il est payé à la ligne.

Mais, bien souvent, les auteurs talentueux font leurs forces des contraintes inhérentes à certains contextes de travail.

Ainsi, toujours pour faire un parallèle avec le cinéma, les réalisateurs de Hong Kong, dans les années 1980 et 1990 (jusqu’à la rétrocession en 1997 de l’île à la Chine) firent une force du manque de moyens criant et de la célérité avec laquelle ils devaient tourner. Pour ce faire, il fallait user de système D. N’ayant pas les moyens financiers de mettre en place des trucages ou des effets spéciaux numériques, ils compensaient par des cascades incroyables réalisées par des têtes brûlées qui donnaient à leurs films une ambiance jusque là jamais vu ailleurs et inégalée dans les productions plus riches.

Ainsi, dans la littérature populaire, certains auteurs ont fait une force de l’urgence dans laquelle ils devaient écrire, usant d’une écriture souvent automatique. On citera par exemple Jean Ray, l’auteur de Harry Dickson qui, après avoir été traducteur de la série dont les textes lui arrivaient en hollandais, me semble-t-il, et face à la platitude du texte en version originale, se proposa d’écrire lui-même les épisodes à partir des illustrations de couvertures dont l’éditeur avait acheté les droits. Devant produire rapidement, il écrivit sans jamais se relire et, pourtant, non seulement les épisodes écrits de sa plume étaient bien meilleurs que les originaux, mais sa prose excellait celle de bons nombres d’auteurs ayant bien plus de temps à se consacrer à un texte.

Tout ça pour en venir où ? Tout simplement pour dire que les « Marius Pégomas » sont indéniablement vite écrits, mais encore plus vite édités (à l’époque), les répétitions sont parfois nombreuse, le nom des protagonistes évolue parfois en cours de route, les coquilles sont légions, des phrases ou des bouts de textes sont déplacés ou, parfois, n’ont rien à faire là, les intrigues sont souvent très légères, parfois bancales et, pourtant, la série se lit toujours agréablement.

Je pourrai être tenté de conclure que ce plaisir résulte de la présence du personnage principal, héros drôle et décalé, mais là aussi, ce serait occulter le reste. Car, si on regarde bien dans cet épisode particulier (« Le tyran de Nîmes ») Marius Pégomas n’apparaît qu’à la moitié du texte et, pourtant, le lecteur n’attend pas cette seconde moitié pour y trouver son plaisir.

Certes, on reconnaîtra la drôlerie de l’interrogatoire du garçon de café par la juge, mais là aussi ce n’est pas la seule raison du plaisir de lecture.

Non, une fois que l’on appréhende la littérature populaire pour ce qu’elle est en à travers le prisme des conditions dans lesquelles elle est crée, force est de reconnaître que, comme dans tout art, il y a les artistes de génies, les bons artistes, les artistes moyens, mais qui ont du métier, les artistes juste moyens et les autres.

Si oser affirmer que Pierre Yrondy était un auteur de génie (non, du tout), ni peut-être pas un bon auteur (quoique le roman « Jean Durand, détective malgré lui » semble infirmer cette hypothèse), il était au moins un auteur moyen ayant du métier.

Car, réussir à procurer du plaisir de lecture à travers un épisode où le héros n’apparaît qu’à la moitié du texte alors que ce héros est l’atout principal de la série, malgré les nombreuses coquilles dans le texte d’origine (corrigées dans la réédition numérique), l’incohérence du scénario dans lequel l’auteur ne dénoue même pas les nœuds qu’il a faits, les oubliant parfois, assénant le contraire, dans sa résolution, de ce qu’il avait mis en place dans l’intrigue, et en mettant de côté les aspects fantasques de son personnage, mais également de sa plume (son style a évolué vers le milieu de la série), voici qui n’est pas loin du tour de force.

Au final, même s’il faut tempérer mon enthousiasme souvent exacerbé par ma passion pour la littérature populaire et malgré des défauts inhérents à la concision du texte et aux conditions dans lesquelles il fût écrit, Pierre Yrondy nous offre encore un bon petit « Marius Pégomas » qu’il faut prendre pour ce qu’il est : de la littérature de divertissement sans prétention.


28 juillet 2019

Le village malade

MP31

Si vous ne connaissez pas encore Marius Pégomas (et encore moins, Pierre Yrondy), c’est que vous n’êtes pas un inconditionnel de mes chroniques, ce que je peux facilement pardonner (de ne pas suivre mes chroniques, pas de ne pas connaître Marius Pégomas et Pierre Yrondy).

Mais, ce pour quoi je serai moins indulgent à votre égard, c’est que vous me forcez à faire une énième présentation du personnage littéraire et de son auteur.

Marius Pégomas est un détective marseillais né de la plume de l’énigmatique Pierre Yrondy en 1936.

Il fut le héros d’une série de 35 fascicules de 32 pages, double colonne (contenant chacun un récit indépendant d’environ 13 000 mots) publiée par les éditions La Baudinière.

Cette série fait suite à une autre série du même auteur et du même format : « Thérèse Arnaud, espionne française » qui, elle, avant de céder la place, vécut 65 missions se déroulant durant la Première Guerre mondiale.

Pierre Yrondy, hormis préciser qu’il fût journaliste, directeur de théâtre, auteur de pièces de théâtre, de quelques romans et des deux séries évoquées, il n’y a pas grand-chose à dire puisque l’on sait peu de chose sur lui... si peu de choses qu’il fût même évoqué la possibilité que derrière ce nom se cache l’écrivain Jules de Gastyne, une hérésie lorsque l’on connaît les dates de production du premier et la date de décès du second.

Marius Pégomas est un détective marseillais loufoque, fantasque, aux méthodes d’investigations particulières, à l’humour et à la décontraction omniprésents qui aime les flatteries et se moquer de la police officielle.

Il est secondé, selon les affaires, par sa femme, Flora Pégomas (de son nom de jeune fille Minuscule), Titin, son beau-frère, Bouillabaisse, le mécanicien de la bande et le docteur Mercadier, un ami cher à la distraction légendaire.

« Le village malade » est le 31e épisode de la série.

LE VILLAGE MALADE

C’est la stupeur et l’affolement dans le village de Barrême ! Une terrible épidémie décime les troupeaux de bœufs sans que les autorités et les médecins ne puissent en déterminer la cause… et encore moins l’endiguer.

Quand les époux Escartefigue sont touchés à leur tour, le couple se divise sur les moyens à adopter pour éviter la ruine due à la décimation de leurs bêtes.

Si le mari prône le recours à un rebouteux habitant dans la montagne, la femme, elle, choisit de faire appel à Marius PÉGOMAS, le célèbre détective marseillais…

Quand un petit village est victime d’une épidémie qui décime les troupeaux, qui c’est qu’on appelle ??? Les médecins ? Oui ! La préfecture ? OK ! Les gendarmes ? D’accord ! Mais quand tout ce beau monde échoue, on se précipite vers... le rebouteux du village, c’est vrai, mais aussi vers le célèbre Marius Pégomas qui se demande pourquoi on vient le déranger pour des bœufs. Après tout, il n’est pas vétérinaire.

Pourtant, Marius Pégomas va finir par se laisser convaincre par la femme d’un propriétaire terrien qui vient de perdre deux bœufs et qui a peur de perdre tout son troupeau.

Mais, quand Marius débarque incognito en compagnie de son ami le Docteur Mercadier, l’épidémie qui ne touchait jusque là que des animaux s’en prend désormais aux humains et c’est la panique dans le village.

Voici donc une histoire assez classique, dont l’intrigue se noue, comme beaucoup de récits policiers de l’époque, dans les colonies d’Inde, et qui ne permet guère à notre détective de briller par son côté fantasque.

Car si l’on est habitué à ce que les intrigues des épisodes de la série ne soient pas très développées du fait de la concision des textes (environ 13 000 mots), Marius Pégomas est tout de même assez en retrait dans cette enquête par rapport à d’habitude.

Si le Docteur Mercadier est lui présent dès le début de l’enquête de Marius Pégomas, sa distraction légendaire n’est que rarement prétexte à sourire si ce n’est pour offrir le mot de la fin.

Et même si le médecin est au cœur de l’enquête et de sa résolution, il n’en reste pas moins encore plus en retrait que son ami.

L’histoire se déroule alors sans que l’auteur ne propose les scènes parfois cocasses dues à l’excentricité usuelle de son personnage hormis un ou deux passages très courts.

Comme à son habitude, Marius Pégomas va résoudre l’affaire sans réellement expliquer de quelle façon il a démêlé l’écheveau, mais en livrant le fin mot de sa bouche (ce qui est une méthode utilisée par les auteurs quand on manque de place pour faire vivre cette résolution au lecteur.).

Si Marius Pégomas est plus sage qu’à l’accoutumée, le style de l’auteur l’est également, mais cela dure depuis plus d’une dizaine d’épisodes désormais. En effet, le style a quelque peu changé depuis le début de la série. Au début, Pierre Yrondy s’essayait souvent à des métaphores un peu hasardeuses, à des ruptures de temps de narration ou des concisions de phrases brutales pour rythmer ses récits (des effets qui pouvaient être parfois un peu risibles, mais qui, au final, conféraient une certaine identité aux textes). Par la suite, on a senti une volonté de « classicisme » dans la plume qui s’est, un temps, accompagnée d’un désir de rendre la série plus « policière » que « humoristique » même si Pierre Yrondy s’est vite rendu compte qu’avec le peu de place qu’il avait pour ses épisodes, il était plus aisé de faire de l’humour dans la concision, que du suspense.

Au final, alors que le personnage est moins fantasque, le style moins présent, l’intrigue plus banale, le plaisir de lecture demeure. Peut-être est-ce dû à l’attachement au personnage ou à la série ou tout simplement parce que l’auteur nous livre tout de même un texte agréable à lire.

Le cœur percé

MP30

« Le cœur percé » est la 30e enquête du détective marseillais Marius Pégomas, un personnage créé en 1936 par l’énigmatique Pierre Yrondy.

La série, formatée en fascicule 32 pages double colonne (des récits d’environ 13 000 mots) et éditée par La Baudinière comporte 35 épisodes et prend la suite d’une autre série du même auteur chez le même éditeur et publiée au même format : « Thérèse Arnaud, espionne française ».

Pierre Yrondy est assez difficile à cerner et si son nom apparaît en tant que journaliste, directeur de théâtre, auteur de théâtre et de romans, on ne sait rien sur sa vie personnelle.

Marius Pégomas est un détective fantasque aux méthodes étranges, mais qui résout toutes les affaires qui lui sont confiées, faisant bien souvent la nique aux policiers et aux juges chargés des enquêtes sur lesquelles il est lancé.

LE CŒUR PERCÉ

À Marseille, c’est l’inquiétude.

Madame Sacramento ne donne plus signe de vie depuis plusieurs jours.

Son commerce demeure fermé et une odeur pestilentielle commence à s’en échapper.

De crainte d’une agression ou d’un accident qui ait mené à sa mort, un voisin prévient les autorités.

À l’intérieur de l’échoppe, la police découvre un cadavre égorgé… celui d’un Chinois.

De potentielle victime, Madame Sacramento devient immédiatement, aux yeux du commissaire Alici, éventuelle suspecte, puis, coupable idéale.

Mais quand la justice s’apprête à commettre une bourde et à arrêter des innocents, elle trouve toujours le célèbre détective Marius PÉGOMAS sur sa route…

Madame Sacramento est une commençante appréciée dans son quartier et qui s’absente rarement. Mais, quand elle doit le faire, elle n’hésite pas, chaque fois, à prévenir ses voisins de son absence afin qu’ils puissent prévenir les clients qui se rendraient à sa boutique.

Mais voilà plusieurs jours que la boutique de Valentine Sacramento est fermée et celle-ci n’a laissé aucune consigne aux voisins.

Aussi, quand une odeur pestilentielle se fait sentir à travers les portes de l’échoppe, le voisinage craint le pire pour la pauvre dame et une personne ne tarde pas à prévenir la police.

Sur place, le commissaire constate que la porte de la boutique n’a pas été forcée et, une fois que le serrurier est parvenu à ouvrir la porte, on découvre, à l’intérieur, un cadavre, la gorge tranchée, mais il ne s’agit pas de Valentine Sacramento, mais d’un Chinois.

Aussi, le commissaire ne tarde pas à soupçonner la commerçante d’être l’assassin et, quand celle-ci débarque, malgré sa surprise, elle est rapidement arrêtée.

Mais Flora, l’épouse de Marius Pégomas, le célèbre détective marseillais, connaît un peu la commerçante et ne peut imaginer qu’elle soit coupable. Aussi, Marius Pégomas va-t-il chercher à prouver l’innocence de Valentine Sacramento, donc, découvrir le coupable et le mobile du meurtre.

Pour ce faire, il n’a que le compte-rendu de l’affaire publié par les journaux, mais le célèbre détective n’a pas besoin de plus pour trouver une piste...

Épisode classique et très représentatif, dans le fond, de l’ensemble de la série et dans la forme, de la seconde moitié de cette même série.

Dans le fond : la police piétine, arrête des innocents, fait n’importe quoi et se rend ridicule, pendant que Marius Pégomas, au nez et à la barbe des autorités, va arrêter les coupables.

Dans la forme : Pierre Yrondy persiste à ignorer les particularités de sa plume qui avaient égaillés les 15-20 premiers épisodes : métaphores hasardeuses, rupture de temps, phases ultra-courtes qui pouvaient surprendre, parfois faire sourire, mais qui conféraient aux écrits un semblant d’originalité.

De même, dans une volonté de se conforter au récit policier classique, Pierre Yrondy a atténué quelque peu le côté fantasque de son personnage. Malgré cela, Marius Pégomas demeure atypique et drôle, mais semble moins loufoque qu’à l’origine.

Mais, comme la taille du texte demeure peu ou prou la même (13 000 mots en moyenne), Pierre Yrondy n’a pas vraiment l’occasion de compenser la perte humoristique par un gain de suspens. 13 000 mots ne suffisent pas à développer une réelle intrigue, encore moins à la résoudre clairement, qu’en rabotant un peu le défaut inhérent aux premiers épisodes : un cheminement de déduction pour résoudre l’enquête qui demeure floue aux yeux du lecteur, Pierre Yrondy ne compense pas réellement la perte due à une moindre excentricité de son personnage.

Malgré tout, les épisodes se lisent toujours aussi rapidement et agréablement, même si l’on ne peut que regretter l’aspect plus lisse et plus sage du héros.

Au final, un épisode très représentatif de la seconde moitié de la série, avec les mêmes qualités et les mêmes défauts. On ne peut que regretter l’absence du Docteur Mercadier qui amène souvent le sourire du lecteur.

Un enlèvement audacieux

MP29

Je ne vous ferai pas l’affront de vous expliquer qui est Marius Pégomas, le célèbre détective marseillais inventé par l’énigmatique auteur de littérature populaire Pierre Yrondy et qui vécu 35 aventures éditées par La Baudinière sous le format de fascicules 32 pages, double colonne, contenant environ 13 000 mots en 1936 à la suite des aventures de Thérèse Arnaud, l’espionne française, du même auteur ???

Oui, je sais bien, tout en vous disant que je ne vous expliquerais pas, malgré une concision qui devrait m’être reconnue, je vous ai très bien cerné le contexte.

J’ajouterai tout de même que l’on ne sait pas énormément de choses sur Pierre Yrondy, dont on ne sait s’il est de parenté avec l’illustrateur Édouard Yrondy, les photographes Jean-Louis Yrondy, Pierre Yrondy, Louis Yrondy, ou le sculpteur Charles Yrondy.

Tout ce que l’on sait de ce Pierre-ci, c’est qu’il fut journaliste, probablement acteur de théâtre, auteur de pièces de théâtre, de quelques romans et des deux séries évoquées plus haut.

« Un enlèvement audacieux » est la 29e aventure, sur 35, de Marius Pégomas.

UN ENLÈVEMENT AUDACIEUX

En pleine journée, Martial, sa fiancée Elvire, et leur ami Babylas, se promènent sur la Cannebière quand un véhicule freine brusquement, un homme s’en éjecte, attrape la jeune femme par le bras et l’attire dans la voiture qui redémarre sur les chapeaux de roues.

La scène est si rapide qu’il est impossible aux nombreux témoins d’apporter des éléments susceptibles d’identifier l’auto ou ses passagers.

Le premier réflexe des deux compagnons est de faire appel au célèbre détective marseillais, le fameux Marius PÉGOMAS.

Mais alors que l’enquêteur semble délaisser des pistes évidentes, Martial est enlevé à son tour…

Fascicule 32 pages double-colonne, environ 13 000 mots, on se doute (du moins, si vous ne vous en doutiez pas, à force de me le voir répéter, vous le savez désormais), qu’un texte aussi concis ne peut proposer une intrigue échevelée digne des meilleurs romans policiers de ces dernières décennies.

Ce n’est donc pas ce que l’on recherche dans une telle lecture. Non ! Ce sera plutôt une petite ambiance, un personnage attachant que l’on retrouve avec plaisir, parfois un certain style, mais, surtout, une petite lecture agréable que l’on peut effectuer d’un seul tenant et ainsi connaître l’histoire et sa résolution d’un seul tenant.

Pour une fois, je ne me pencherai pas trop sur le style de l’auteur que j’ai déjà évoqué à de nombreuses reprises pour un épisode de l’une ou l’autre de ses séries, ni de l’évolution de ce style, en cours de route, pour m’attarder sur un principe qu’il est difficile d’aborder sans déflorer l’intrigue (mais comme intrigue il n’y a vraiment...).

C’est le concept dont je parlais pour un autre texte d’un autre auteur (vivant, celui-ci) de la revisite de l’histoire à l’aulne de la révélation finale.

Ainsi, il n’est pas rare que des auteurs (actuels ou passés) développent une intrigue, prenante ou pas, multipliant les faits étranges et les rebondissements, afin de tenir le lecteur en haleine. Si, bien souvent, l’histoire ou le comportement des divers personnages ne souffrent pas de cette fameuse révélation finale, parfois, il n’est pas rare que l’édifice s’écroule totalement quand on le regarde par le prisme de cette fameuse révélation.

Par exemple, une histoire qui serait racontée du point de vue du héros, policier de son état, qui mène une enquête et qui se pose des questions in peto sur les agissements du meurtrier et ses motivations alors, qu’à la fin, on apprend que le meurtrier, c’est lui.

Autre exemple, souvent utilisé dans les diverses séries (littéraires ou télévisées), et c’est là que je vais faire des révélations, c’est quand une personne fait appel à un grand détective, réputé pour être infaillible, afin de résoudre une affaire et trouver le coupable alors que le coupable, c’est lui.

Difficile, effectivement, de croire qu’une personne, sachant l’infaillibilité à résoudre les énigmes d’un détective, vienne le solliciter, s’il n’y est pas obligé (et on n’est jamais obligé de contacter un détective. La police, oui, mais pas un détective) afin de dénicher le coupable, si le solliciteur est ce coupable.

Ou alors, il faut que cet idiot soit motivé par l’ambition de piéger le détective infaillible, ou par l’espoir d’être plus malin que lui.

Mais quand aucune de ces deux raisons ne motive l’imbécile, l’histoire, à partir du moment où l’on apprend que c’est lui le coupable, ne tient pas la route.

C’est une réflexion que je me suis déjà faite à plusieurs reprises dans la série puisque ce n’est pas la première fois que Pierre Yrondy utilise ce stratagème.

Ne voulant, à chaque fois, déflorer l’intrigue, si minime fût-elle, je ne me suis jamais appesanti sur ce sujet.

C’est désormais fait.

Quand tu as deux neurones, que tu es coupable d’un crime, tu ne demandes pas au meilleur détective du monde d’enquêter sur l’affaire sans signer ton mandat d’arrêt. Donc, à moins d’être très con, suicidaire ou de penser que tu peux être le premier à parvenir à mettre à défaut l’infaillible détective, tu t’abstiens.

Bien sûr, si ce procédé se révèle totalement rédhibitoire sur un roman de 600 pages, que l’auteur a mis un an à écrire, qui a été relu par des dizaines de bêta-lecteurs, les assistants d’un éditeur, l’éditeur lui-même... il devient quelque peu plus excusable pour un texte qui ne laisse pas le temps de placer une réelle intrigue, qui est très vite écrit, tout aussi vite publié, bien souvent sans aucune relecture de l’auteur et, parfois, de l’éditeur (c’est en tout cas ce que semble démontrer les nombreuses fautes et coquilles présentes dans les textes de la littérature populaire fasciculaire).

Alors, évidemment, je pourrais enterrer Pierre Yrondy (mais quelqu’un a déjà dû s’en charger, physiquement, du moins, depuis longtemps) en ajoutant, qu’en plus, celui-ci oublie d’expliquer certains comportements très curieux du coupable (comme l’enveloppe contenant l’argent), mais une fois encore, je ne juge pas un texte écrit avec peu de moyens de la même manière qu’un autre qui aurait été développé dans des conditions bien plus clémentes (de l’idem façon que je ne juge un film de série B tourné en 8 jours avec un budget de 50 000 dollars et un film hollywoodien ayant nécessité 6 mois de tournage, bénéficiant d’un budget se comptant en centaines de millions de dollars).

Mais, toujours est-il qu’on ne lit pas un « Marius Pégomas » pour son intrigue, mais pour son personnage, son ambiance, son humour et qu’en la matière, l’épisode fait son boulot.

Au final, un épisode agréable à lire que l’on excuse pour son intrigue mal ficelée...

21 juillet 2019

Crime et sorcellerie

CouvCES

« Crime et sorcellerie » est un court roman publié, à l’origine, dans l’une des plus mythiques collections de fascicules policiers de la littérature populaire.

Mythique, car l’une des premières (débute en 1916).

Mythique, car les couvertures sont toutes illustrées par Gil Baer.

Mythique, car Rodolphe Bringer, René Schwaeblé, Georges Spitzmuller, Jean Petithuguenin, Jules de Gastyne, Paul Dargens, Georges Grison, H.J. Magog, Marcel Priollet, Jean de la Hire, René Trotet de Bargis, H.R. Woestyn, Paul de Garros, Henry de Golen... y ont participé.

Mythique, car la plupart des titres ont été réédités dans la collection « Police et Mystère » des mêmes éditions Ferenczi dans des versions allongées.

Mythique, enfin et surtout parce que ces fascicules sont désormais presque introuvables (du moins, nombre des 206 titres sont introuvables).

Si Jean Petithuguenin fut un grand pourvoyeur de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle pendant 3 décennies (de 1910 à 1939, date de sa mort), il n’est ni l’un des plus talentueux ni le plus connu ou reconnu malgré sa grande production.

Mais il faut dire que sa participation ne s’arrêtait pas à l’écriture, puisque Jean Petithuguenin était aussi un traducteur de textes allemands et anglais.

Malgré tout, il est l’auteur d’un nombre assez considérable de romans naviguant dans les genres à la mode à son époque (romance, aventures, jeunesse, fantastique).

Cependant ni sa plume ni ses personnages n’ont marqué durablement la littérature populaire.

D’un point de vue policier, notamment, l’auteur n’a pas été fécond ni qualitativement, ni quantitativement.

Il n’est d’ailleurs qu’un seul personnage à sortir du lot, celui de Fred Cabosse, un policier qui vécut au moins quatre aventures dont « Crime et sorcellerie » est l’avant-dernière.

Si le personnage est désormais oublié, il est presque sorti du bois récemment, avec la réédition des aventures de « Ned Pic, détective », chez « OXYMORON Éditions ».

Je dis « presque », car, si « Ned Pic, détective » est la réédition de deux premiers titres mettant en scène Fred Cabosse (« La tragédie du Gourmel » et « Le crime d’un revenant »), pour l’occasion, comme la réédition d’origine se faisait chez un éditeur concurrent de Ferenczi, l’auteur (ou l’éditeur) avait changé les noms des lieux et des personnages, Fred Cabosse devenant Ned Pic.

« Crime et Sorcellerie » parut en 1920 sous un format fascicule 32 pages contenant un texte 13 700 mots (un peu plus que la moyenne des textes de ce format).

CRIME ET SORCELLERIE

M. Léon BLOTTEAU est inquiet !

Sa fille, Berthe, âgée de vingt-deux ans, a disparu depuis vingt-quatre heures, sans donner de nouvelles ni à son père ni à son fiancé, ce qui n’est pas dans ses habitudes.

C’est Fred CABOSSE, célèbre policier de la Sûreté, qui est chargé de l’affaire.

Une rapide enquête lui permet de déterminer que Berthe était en froid avec sa jeune belle-mère et que cette dernière semble fréquenter un étrange individu dans le dos de son mari.

Mais, d’un adultère probable à un possible meurtre, il y a un éventuel fossé…

Mlle Berthe Blotteau a disparu depuis 24 heures. C’est suffisant pour inquiéter son père, d’autant que la jeune fille n’est pas du genre à partir en douce. 

Étant donné qu’elle n’a donné de nouvelles ni à son père ni à son fiancé et qu’elle est partie uniquement avec son sac à main, Fred Cabosse, le policier chargé de l’enquête, trouve nécessaire de mener l’enquête.

Il apprend très vite que Berthe Blotteau ne s’entend pas du tout avec sa belle-mère, que son père a épousée après la mort de sa femme. La nouvelle Mme Blotteau n’a d’ailleurs que trois ans de plus que Berthe et semble assez intéressée.

Quand Fred Cabosse apprend que la belle-mère fréquente un peu trop assidûment un jeune homme assez douteux, il ne lui en faut pas plus pour échafauder une hypothèse qu’il va tenter de confirmer...

14 000 mots, courte enquête donc, dont on sait à l’avance que l’intrigue ne sera pas le fort. Ce n’est jamais le fort dans ce format, ne nous en formalisons pas.

Si Jean Petithuguenin n’est pas reconnu pour la hardiesse de sa plume, il faut lui reconnaître le talent d’un bon faiseur comme j’ai l’habitude de dire de certains de ses collègues. Entendez par-là que, bien que ses textes soient dénués de génie (mais c’est là le lot de biens des auteurs de la littérature populaire), ils procurent tout de même un certain plaisir voire, parfois, un plaisir certain.

C’est le cas avec ce très court roman reprenant le personnage de Fred Cabosse.

Du fait de la concision du texte, on ne sera pas étonné que le personnage ne soit qu’esquissé (tant physiquement que moralement) bien que l’auteur lui confère les qualités de beaucoup de héros de roman policier (sagacité, courage, intelligence, perspicacité, chance, agilité...).

Côté intrigue, celle-ci est assez faible, on ne cherche pas bien longtemps qui est le coupable et l’enquête avance de manière très linéaire, ce qui est, une nouvelle fois, le lot de ce genre de très courts romans.

On retrouve ici un brin d’exotisme avec la présence d’un singe, tout comme dans « La main de singe » de H.R. Woestyn, dans la même collection à quelques numéros d’écart. On notera que le héros de cette histoire s’appelle Ned Burke et que l’on ne sait réellement qui se cachait derrière le pseudonyme de H.R. Woestyn (oui, quand on se lance dans la recherche sur les auteurs de la littérature populaire, on est prêt à prendre tous les signes comme des indices)...

Au final, un petit roman policier signé Jean Petithuguenin, qui se lit avec un certain plaisir, mais qui ne laissera pas des traces indélébiles dans nos esprits.


Le sourire de mort

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Marius Pégomas est de retour pour un 28e épisode : « Le sourire de mort ».

Marius Pégomas est un détective marseillais né de la plume de l’énigmatique Pierre Yrondy en 1936.

Le personnage qui vécut 35 aventures fut créé pour prendre la succession de Thérèse Arnaud, l’espionne française, une héroïne du même Pierre Yrondy, qui participa à 65 missions au sein, tout comme son homologue, d’une collection éponyme de fascicules 32 pages double colonne offrant des épisodes indépendants d’environ 13 000 mots.

En ce qui concerne l’auteur, on ne sait pas grand-chose sur lui si ce n’est qu’il était journaliste, écrivain, acteur et auteur de pièces de théâtre...

De sa production ont notera principalement les deux séries précitées et un étrange roman « De la cocaïne au gaz ».

Il est à noter que très récemment a été réédité un roman non listé dans les rares bibliographies de l’auteur : « Jean Durand, détective malgré lui ».

LE SOURIRE DE MORT

Au lendemain matin d’une réception, à Paris, chez la comtesse de Figolanne, la domestique découvre le corps presque sans vie d’un des invités de la veille.

Dans le même temps, la fille de la douairière est retrouvée enfermée dans sa chambre et plongée dans un sommeil dont nul ne peut la sortir.

Devant la peur du scandale, plutôt que de prévenir les autorités, Madame de Figolanne fait mander le célèbre détective marseillais Marius PÉGOMAS

Chez la comtesse Figolanne, porte d’Auteuil, à Paris, une réception entre intimes a été organisée.

Le lendemain matin la bonne retrouve l’un des invités, allongé dans le salon, quasi mort.

La douairière, une fois prévenue, ordonne à sa bonne d’aller chercher sa fille, car c’est elle qui avait organisé la soirée et choisit les invités.

Mais la fille est enfermée à clé dans sa chambre et dort d’un sommeil profond dont il est impossible de la sortir.

La comtesse, par peur du scandale, décide de ne pas prévenir la police et fait appel au célèbre détective Marius Pégomas, qui met pas loin de dix heures à arriver.

Une fois sur place, Marius Pégomas, comme à son habitude, se lance dans une étrange enquête et ne tarde pas à établir que la bonne est suspecte, ainsi que la fille de la comtesse.

Mais un troisième personnage ne tarde pas à débarquer : le chauffeur de l’invité moribond...

Épisode classique, oserais-je dire si tant est que puisse être classique une aventure de ce loufoque Marius Pégomas.

Classique parce Marius Pégomas se révèle aussi étrange qu’à l’ordinaire.

Classique, car l’intrigue, comme toujours, du fait du format court (pas même 13 000 mots), est succincte.

Classique, car la résolution de l’enquête, toujours du fait du format court, est assez aisée, rapide, est succincte.

Classique parce que le juge d’instruction, comme à chaque enquête, part sur une fausse piste et arrête des innocents.

Classique, enfin, parce que l’humour est toujours présent dans les enquêtes de Marius Pégomas.

Mais on pourrait ajouter un autre fil à ce classicisme, celui de « l’exotisme » des colonies qui, s’il n’est pas omniprésent dans les aventures de Marius Pégomas, l’est tout de même dans une bonne partie de la littérature populaire des années 1910 à 1940.

Comme on s’en est rendu compte depuis une petite dizaine d’épisodes, Pierre Yrondy a fait évoluer sa plume en gommant des petits travers qui participaient pourtant au charme de la série.

Exit les métaphores hasardeuses qui pouvaient faire sourire, mais participaient à l’impression que l’auteur cherchait à proposer autre chose sans avoir le temps de peaufiner ses efforts. Un effort louable dans la littérature populaire.

Adios les phrases concises taillées à la hache pour en extraire le superflu (et parfois le nécessaire) afin de donner une fausse impression de changement de rythme.

Fini, enfin, les changements de temps de narrations subites, dont le but m’échappe encore, mais qui ne sont pas imputables qu’à Pierre Yrondy, mais à plusieurs autres auteurs de son époque dont le pourtant excellent Louis Roubaud.

Pour ce qui est du reste, Marius Pégomas se passe d’une partie de ses collaborateurs : Flora, sa femme et Titin, son beau-frère et si le Docteur Mercadier est présent, il est réduit à sa part congrue et ne sert pas à grand-chose ici, pas même à faire sourire avec sa distraction habituelle.

Seul Bouillabaisse obtient un rôle significatif.

On notera que Marius Pégomas développe un nouveau tic verbal, s’encourageant à chercher les indices comme on encourage un chien à chercher la trace d’un lapin...

Au final, une enquête rondement menée, dont l’intrigue et sa résolution ne sont que des faire-valoir pour amener la présence et le charisme du personnage principal, Marius Pégomas, le célèbre détective marseillais... et ça marche, puisque l’épisode se lit avec un réel plaisir, comme bien souvent...

Le baron Stromboli

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Que pourrais-je vous dire de plus sur José Moselli, un auteur de littérature populaire aussi culte qu’oublié de nos jours, que je n’ai déjà dit au fur de mes lectures et des rééditions des nombreuses et longues aventures que l’auteur a proposées aux lecteurs du début du XXe siècle ???

Pas grand-chose si ce n’est que cet auteur est absolument à redécouvrir, que ce soit pour ses quelques romans dont l’excellentissime « La momie rouge » que pour ses nombreuses séries.

Pour les premiers comme pour les derniers, je ne m’intéresserai qu’à la part policière de la production de l’auteur, mais celui-ci s’est également illustré dans d’autres domaines dont « Science-Fiction » et « Aventures » bien que ses textes policiers soient, eux aussi, très empreints du genre « aventure », et ce pour la bonne raison que la première vie de l’auteur fût mouvementée, ayant embarqué dès 13 ans comme moussaillon et ayant bourlingué sur les mers et les océans du monde...

Le baron Cesare Stromboli est un personnage de gentleman cambrioleur, surnommé le « gentilhomme international » créé par José Moselli en 1912.

Ses aventures parurent dans le magazine jeunesse L’Inédit entre le n° 26 du 7 novembre 1912 au n° 64 du 30 septembre 1913. Le feuilleton est composé de 8 histoires, ce qui confère à l’ensemble l’aspect de « petite production » ce qui, il faut bien l’avouer, fait presque figure d’exception dans la bibliographie de l’auteur.

Ces 8 aventures s’étalent sur un peu moins de 80 000 mots, ce qui semble laisser penser qu’elles n’ont pas rencontré le succès que pouvaient avoir les autres séries de l’auteur.

Pour autant, celles-ci ont été rééditées, comme nombre de séries de l’auteur, dans la « Collection d’Aventures » des éditions Offenstadt en 1916-1917 sous forme de deux recueils, « Le baron Stromboli » et « Le million de la tour Julius », n° 33 et 34 de la collection.

Le baron Cesare Stromboli est un gentleman cambrioleur dans la lignée du célèbre Arsène Lupin, mais également, et surtout, dans celle de John Strobbins, autre personnage créé par Moselli peu avant.

Naviguant dans la haute société, il n’hésite pas à voler ses prochains du moment qu’ils sont riches et que leur moralité laisse à désirer.

En parallèle, le baron Stromboli n’hésite pas à jouer les justiciers.

Pour ce faire, il bénéficie de moyens immenses et de nombreux hommes de main.

L’homme n’hésite jamais à voyager, à se grimer et à risquer sa vie.

Ainsi décrit, le baron Stromboli ne semble pas différencier beaucoup du personnage de John Strobbins, né de la plume du même auteur l’année précédente et dont les aventures se poursuivront en même temps que celles de son homologue.

Et, il est vrai que les deux personnages sont très semblables, tant dans les moyens déployés que par les motivations de chacun. La seule différence résiderait alors dans le statut social, John Strobbins semblant plutôt issu de la plus basse classe.

De là à penser que l’auteur à juste créer un autre personnage pour développer une autre série dans un autre magazine (John Strobbins vécu ses aventures au sein du magazine L’Épatant) il n’y a qu’un pas. D’autant que José Moselli semble avoir fait de même avec un autre personnage, « Iko Terouka » (1919 à 1935 au sein du magazine « Le Petit Illustré ») qu’il a « cloné » pour créer celui de « M. Dupont, détective » (pour le magazine « Cri Cri » de 1935 à 1937).

Là encore, les différences entre les deux personnages sont minimes. Le premier est japonais, comme l’indique son nom, le second français, comme l’indique encore plus son patronyme. Le premier travaille seul, le second est souvent épaulé par son jeune domestique et ami noir, Koufo. Les deux sont intelligents, courageux, perspicaces, parlent plusieurs langues, voyagent dans le monde entier, pratiquent le Jiu-Jitsu et, surtout, sont toujours aidés par la chance.

Mais revenons-en au baron Cesare Stromboli dont on ignore le véritable nom, puisqu’il est clairement énoncé que celui-ci a été choisir par le personnage au moment où il force l’Empereur Othon II de Poméranie à l’anoblir et lui offrir le titre de baron, dans le tout premier épisode de la série.

Alors, le personnage Conrad Lauser, mais c’est sans nul doute un pseudonyme emprunté afin d’approcher l’Empereur.

Après ce premier court épisode éponyme (« Le baron Stromboli ») suit un second, un peu plus long, dans lequel le baron va voler « L’émeraude de Rurik le Rouss » au nez et à la barbe des soldats russes chargés de le protéger après qu’il ait fait savoir à son propriétaire qu’il allait lui dérober.

Les deux premiers épisodes cumulés dépassent à peine les 10 000 mots, la taille usuelle d’un fascicule de 32 pages.

Dans le troisième épisode, le baron Stromboli va voler « L’or du Mongolia », pas moins de 4 tonnes, sans que la police découvre comment il s’y est pris.

Vient alors un quatrième épisode qui sonne comme une vengeance personnelle puisque le Baron Stromboli va réclamer des comptes et de l’argent à un spéculateur, William Hacksmill qui lui a fait perdre de l’argent en bourse. Celui-ci refusant, le baron Stromboli va mener sa vengeance à bien en volant « Les diamants de William Hacksmill ».

Là encore, les deux épisodes cumulés offrent une lecture relativement courte puisqu’ils effleurent les 11 500 mots.

Par la suite, les quatre autres épisodes dépasseront les 10 000 mots.

Que ce soit le cinquième dans lequel le baron Stromboli va dénoncer « L’espion de Trieste » pour sauver de la prison une jeune cantatrice italienne injustement inculpée de trahison pour s’être refusée au directeur de l’Arsenal où ont été « volés » les documents et l’archiduc.

Cet épisode dépasse les 17 000 mots.

Dans le sixième, le baron Stromboli va voler, au nez et à la barbe des Allemands, « Le million de la tour Julius », une forteresse allemande imprenable abritant le trésor de guerre.

Pour ce faire, le baron Stromboli n’aura pas tout à fait besoin des 10 000 mots (à quelques mots près).

Pour sa septième aventure, le baron Stromboli convoite une magnifique statuette représentant Orphée jouant de la harpe. Ce joyau est dévoilé sur le somptueux yacht Orphéus d’un richissime anglais.

Mais, après s’être emparé de la statuette, il va être contraint de sauver la fille du volé de la tempête et se retrouver aux mains des douaniers. Stromboli bénéficiera d’un peu plus de 14 000 mots pour se sortir des griffes de la justice.

Et, enfin, le baron Stromboli vivra une dernière aventure d’un peu moins de 13 000 mots dans laquelle il sera pourtant très peu présent, mais qui le verra sauver une jeune femme d’un terrible piège alors qu’il ne venait que pour voler des tableaux.

Au final, les aventures du baron Stromboli plairont à tous ceux qui ont apprécié les autres séries de l’auteur tant on y retrouve sa plume trempée dans les voyages et les aventures. 

14 juillet 2019

Nec

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Bien que plongé depuis quelque temps dans les entrailles obscures de la collection culte « Série Noire » des éditions Gallimard, j’hésitais à remonter vers la surface pour découvrir des œuvres plus récentes.

Dans mon esprit, la « Série Noire » était plus vieille que moi (ou presque) ou n’était pas.

Depuis fort longtemps, je vois Daniel Picouly à la télé et je me dis que le gars a l’air plutôt sympa et qu’il faudrait, un jour, que je découvre sa plume.

Mais, un mec sympa est-il forcément un bon écrivain ? Le passé nous a démontré que l’inverse pouvait être vrai, mais cela n’était pas une certitude.

Aussi, quand « Nec » m’est tombé dans les mains, ce livre qui alliait à la fois la plume de Picouly et la « Série Noire » si chère à mon cœur de lecteur, cette lecture devenait une évidence sans pour autant annihiler toutes mes réticences.

Et, malheureusement, quand en moi sommeille la réticence, il serait plus sage de m’abstenir. C’est la réflexion que je me fais à chaque fois, mais a posteriori, ce qui n’a plus d’intérêt.

« Nec » est son second roman, écrit en 1993, juste après « La lumière des fous ».

Nec :

Découvrir que le meurtre que vous n’avez jamais eu le courage d’accomplir est là, devant vous, décrit au détail près. Le découvrir à Florence, sur une fresque du XVe siècle. Une fresque de Paolo Uccello. Que faire ? Peut-être prendre le train de nuit pour Paris, attendre dans un parking souterrain et y assassiner l’homme de la fresque, par la masse et par le feu. C’est ce que fit Nec.Ensuite il rencontra Béa.Tout le reste était déjà écrit. Il n’y avait plus qu’à suivre avec son doigt. Jusqu’au bord du canal.

Il n’y a pas à dire, les rencontres littéraires comme humaines, sont soumises à des aléas que l’on ne maîtrise pas et que l’on ne comprend pas toujours.

Parfois, il suffit de quelques secondes pour apprécier une personne que l’on vient de rencontrer, des fois cela prend plus longtemps, de temps en temps la répulsion est immédiate. Et, pourtant, on n’est pas toujours capable de cerner les raisons de ce sentiment.

Il en est de même avec les livres.

En tout cas, il en est de même avec « Nec » de Daniel Picouly.

Quel mal j’ai eu à entrer dans l’histoire sans en comprendre la raison ! À vrai dire, je n’y suis même jamais réellement entré. Et, pourtant, tout semblait là pour que l’aventure se passe au mieux. Un roman noir, une histoire de vengeance, des personnages intéressants, un style déjà très présent (trop présent ???), une fin cataclysmique... et, pourtant, je suis resté sur le bord de la route et si j’ai terminé le trajet c’est plus par flemme de chercher un autre véhicule littéraire que par le plaisir du voyage.

Daniel Picouly nous conte, entre autres, l’histoire de Nec qui cherche à venger quelqu’un (on ne sait pas trop pourquoi ou bien j’ai loupé l’information en finissant mon voyage en survol plané) et qui, pour ce faire, immole un diplomate sud-africain en lui mettant un pneu autour du cou à la méthode de je ne sais plus qui, mais j’avais déjà vu ça dans l’excellente série télévisée « The Shield », pratiquée en vengeance par un gang mexicain (ou un truc du genre).

Nec prend des photos de la crémation afin que son pote Scoop (photographe free-lance) les fasse publier dans les journaux.

Mais Scoop doit de l’argent à un gang et Nec est perturbé par le mariage proche de son amour de jeunesse tandis qu’un flic est lancé sur l’enquête parce que considéré mauvais par sa hiérarchie. 

De plus, Nec fait la connaissance de Béa, une jeune femme qui paie ses cours de danse en nature, de Météo, celui à qui Scoop doit de l’argent, revoit Hondo, un gamin muet et pyromane... et si on rajoute des diplomates, des tueurs et tout le bataclan, cela devient un beau bordel, surtout quand on n’a pas trop suivi.

En fait, je me suis fait l’effet de cet écolier que je n’ai jamais été qui, assis au fond de la classe, rêvasse pendant que la maîtresse (ou le maître) explique un problème de math et qui se retrouve interrogé... (oui, j’étais bon en math et je suivais les cours avec assiduité).

J’étais dans le même état d’esprit ! J’étais présent au cours, du moins, physiquement, mais incapable de résoudre le problème.

Si j’ai l’habitude de me plaindre de la platitude des plumes des auteurs à succès actuel, au moins, voilà un reproche que je ne pourrais faire à Daniel Picouly

Effectivement, l’auteur, malgré son manque d’expérience (rappelons qu’il s’agit là de son deuxième roman seulement), fait preuve d’une audace stylistique louable.

Car Daniel Picouly n’hésite pas à complexifier sa plume, sa narration, à la « poétiser » à l’imager à grand renfort de métaphores, au point que, immédiatement, on n’est pas insensible à cette plume alerte.

Mais, l’audace n’est pas toujours récompensée, surtout quand elle flirte avec l’exercice se style voire l’onanisme littéraire.

Je n’irai pas jusqu’à prêter cette dernière tentation à Daniel Picouly, que je ne connais pas personnellement et je me contenterai de prétendre que l’auteur a un peu trop voulu se faire plaisir, peut-être au détriment de son roman, donc, du lecteur. Mais quand on pense à son propre plaisir sans se préoccuper de celui de son ou sa partenaire, on n’est jamais loin de l’onanisme, vous l’avouerez.

Bref, toujours est-il que ce style, dont la présence, dans un premier temps, rassure et est prometteur d’un réel plaisir de lecture, vient vite, par son omniprésence, parasiter l’histoire, l’intrigue, la narration et donc, la lecture.

Mais là encore, tout est question de timing et ce qui vous irrite un jour peut très bien ne plus vous titiller autant un autre jour et rien ne dit qu’en repoussant ou avançant cette lecture, j’aurai pu avoir un ressenti totalement différent.

Tout cela pour dire que je n’ai pas détesté (mais je n’ai pas aimé non plus), mais que cela n’est pas synonyme pour autant d’un roman raté ou d’un mauvais roman, juste, probablement d’un roman généreux dans lequel les ingrédients pris séparément sont plutôt intéressants, mais que l’auteur a mal dosé probablement du fait qu’il ait cherché son plaisir avant celui du lecteur et cette attitude n’est certainement pas à blâmer, car l’écriture est un plaisir solitaire que l’on expose parfois au public sans jamais savoir s’il appréciera autant que l’auteur. Alors, quitte à faire, autant assurer son plaisir quand on écrit, cela fera toujours au moins une personne de conquise.

Au final, un roman intéressant, mais probablement mal dosé dans lequel un style trop présent vient parasiter une intrigue, des personnages et un final qui aurait mérité que le lecteur soit un peu plus concentré dessus.

Pitbull

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Je poursuis ma découverte des auteurs de la mythique « Série Noire » des éditions Gallimard avec le titre « Pitbull » de Pierre Bourgeade.

Pierre Bourgeade, qui m’était inconnu jusque-là, était un touche-à-tout : scénariste télévisuel et de théâtre, photographe, essayiste, romancier, poète, journaliste... né en 1927 et mort en 2009.

Ce qui m’a attiré vers cet ouvrage est l’encart qui spécifie qu’il a reçu le Grand Prix Paul Féval en 1998. 

Je pensais que le prix Paul Féval récompensait des œuvres d’aventures ou des œuvres jeunesse, il n’en est rien, comme quoi, les préjugés...

Mais il n’y a pas que les préjugés qui sont tenaces, les trous de mémoire également puisqu’en me penchant un peu sur la bibliographie de l’auteur, je me rends compte que j’avais déjà lu un de ses ouvrages, également paru au sein de la « Série Noire » : « Téléphone Rose » dont je n’ai pas gardé grands souvenirs...

Pitbull :

Je n’avais pourtant pas l’intention de rester tueur à gages toute ma vie. Un seul meurtre et je m’en sortais avec les honneurs et de quoi sauter de belles voitures en belles femmes, jusqu’à la mort des rats. L’ennui, c’est qu’on trouve toujours plus salaud que soi dans ce monde pourri. Mais tant pis pour les autres, la vengeance, c’est comme la gueule d’un pitbull : faut que ça saigne sous les dents.

Un jeune homme à la recherche de boulot lit une drôle d’annonce dans le journal Libération :

Pour travail hors normes, on recherche homme imaginatif et résolu. Forte rémunération si conforme. Écrire avec CV et photo au journal qui transmettra.

Il décide d’y répondre.

Après quelques jours, il est contacté par un homme qui lui propose, contre forte somme, d’abattre sa maîtresse, une actrice vedette qui l’avait déjà mis un peu au rencard pour épouser un riche mécène et qui s’apprête, cette fois-ci, à totalement l’éjecter pour partir vivre aux É.-U. avec un célèbre acteur et producteur.

Le jeune homme accepte la mission...

Ce court roman (très court) est narré à la première personne, comme le laisse imaginer la 4e de couverture et nous raconte l’histoire de Frank Keller, 27 ans, qui accepte d’assassiner une actrice vedette pour le compte de son amant.

Mais rien ne va se passer comme l’amant ne l’avait prévu ni comme Keller l’avait imaginé.

Si le roman démarre sur un parti pris peu crédible, passer une petite annonce dans le journal pour recruter un tueur à gages, il se termine de la même façon, que je ne déflorerais pas.

Entre deux, le récit et l’intrigue sont quelque peu abracadabrants, assez violents, et, au final, pas super intéressants.

Car le roman a pour narrateur un personnage auquel il est assez difficile de s’attacher du fait de sa piètre mentalité, de son manque de scrupules et d’un cruel manque de rythme ou de rebondissements.

Le lecteur se contente alors de suivre l’histoire du point de vue du principal intéressé, mais sans jamais ressentir quelconque sentiment (frisson, peur, exaltation, rire, crainte...) et surtout sans trembler pour ce personnage peu sympathique au demeurant.

Et, si Frank Keller n’emporte pas l’adhésion, ce ne sera pas plus le cas des personnages secondaires. Que ce soit l’amant qui cherche à assassiner une femme qui veut le quitter après l’avoir eu à sa charge pendant longtemps, le mari, riche mécène impuissant qui accepte de divorcer pour que la jeune femme épouse un riche acteur américain dans le but de faire de l’argent, l’acteur américain qui va se marier avec la jeune femme uniquement pour la médiatisation du projet cinématographique à venir, la mère maquerelle qui apporte son soutien à Frank Keller, le fils dégénéré de celle-ci, la prostituée qui a un faible pour le tueur...

Du coup, sans réel point d’attache dans l’histoire, sans avoir la possibilité de ressentir quoi que ce soit, il est alors difficile de réellement apprécier une œuvre.

D’autant que la plume de l’auteur, sans être indigeste, n’est pas d’une qualité exceptionnelle qui rehausserait l’ensemble et offrirait une plus-value.

Au final, avec un style correct, mais sans plus, mais desservi par une intrigue peu exaltante et parfois incohérente et des personnages antipathiques, ce roman de Pierre Bourgeade se lit pourtant sans réel déplaisir grâce à son grand point fort : sa courte taille.

Si t'as peur, jappe

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Et le voyage au sein de la collection culte « Série Noire » des Éditions Gallimard, continue avec le titre « Si t’as peur, jappe » de Marie et Joseph sorti en 1984.

Derrière cet énigmatique pseudonyme se cachent les auteurs Corinne Bouchard et Pierre Mezinski.

Les deux auteurs se sont associés sous ce pseudonyme pour les romans de la collection « Série Noire », (une dizaine en tout), mais également pour d’autres romans policiers et des romans jeunesse.

Derrière ce titre tout aussi énigmatique se cache, en fait, le nom d’un groupe de blues dont le roman va conter les mésaventures.

Si t’as peur, jappe :

Depuis Bourges jusqu’aux Cévennes, un groupe rock minable, qui possède sans le savoir un trésor mystérieux, est poursuivi par des loubards tout aussi minables. Étrange et bizarre, ces deux auteurs, qui ont pourtant des prénoms respectables, et qui ne respectent rien.

Comme vous le savez peut-être déjà, j’adore les titres étranges et c’est souvent un point essentiel dans le choix de mes lectures.

Il était alors assez normal que je fusse attiré par « Si t’as peur, jappe », un titre énigmatique, mais qui va perdre tout son intérêt quand je découvre, dès le début du roman que le titre est en fait le nom d’un groupe de musiciens qui va être au cœur de l’histoire.

Du coup, toutes les hypothèses échafaudées avant de commencer ma lecture, comme un titre « Morale de l’histoire », tombèrent à l’eau avec une part de mes espérances.

Car, il faut bien l’avouer, le roman débute plutôt agréablement.

On sent que les auteurs ne se prennent pas la tête, s’amusent et tentent d’amuser les lecteurs.

Pour se faire, ils développent une intrigue très basique dans laquelle les fameux musiciens entrent à leur insu en possession d’un objet de valeur convoité par des bandits qui vont se lancer sur leur trace pour le récupérer. Mais les musicos sont partis sur les routes de leur tournée...

Joseph et Marie proposent alors aux lecteurs une équipe de bras cassés, que ce soit du côté des gentils musiciens autant que de celui des vilains bandits.

Mais quand on propose une intrigue confrontant deux bandes, on peut se heurter à l’écueil de vouloir développer plusieurs personnages de chaque côté, ce qui peut finir par faire un peu trop de personnages à cerner.

Et c’est l’un des problèmes du roman.

Car les auteurs ne veulent pas trop délaisser un quelconque loubard ni un quelconque musicien et le lecteur, lui, finit par ne plus trop s’y retrouver dans les noms bien que chaque personnage ait sa spécificité. Car, à part le chef des loubards, aucun personnage ne prend vraiment le dessus sur les autres. Pis encore, les personnages les plus charismatiques et intéressants se trouvent du mauvais côté de la barrière, empêchant le lecteur de s’émouvoir pour le sort des gentils dont il n’a, au final, pas grand-chose à faire.

L’autre faille du roman réside dans sa taille. Certes, 320 pages, pour un roman policier, ce n’est pas la mer à boire, surtout pour les lecteurs habitués aux romans de J.C. Grangé, Franck Thilliez et consorts.

Mais les auteurs de la « Série Noire » nous ont habitués à plus de concisions. Si l’on ne prendra pas pour référence Marc Villard, habitué à livrer de courts romans et à ne pas dire plus que ce qu’il avait à raconter (« Corvette de nuit » fait seulement 160 pages, et, encore, des pages bien aérées), on s’accordera pour dire que « Si t’as peur, jappe » se situe dans le lot des romans les plus volumineux de la série.

Or, force est de constater que les deux auteurs n’ont pourtant pas grand-chose à raconter dans ce roman. Ils convient le lecteur à une longue et lente aventure qui ne mène nulle part ou presque.

Aussi, pour tenir la distance, ils sont obligés de circonvoler et circonlocuter, deux verbes qui n’existent pas, mais qui veulent tout dire. À moins que ce ne soit l’inverse : parce qu’ils circonvolent et circonlocutent, que le roman est si long.

Toujours est-il que le plaisir immédiat d’une double plume plutôt agréable laisse assez rapidement place à un ennui poli.

Je dois vous l’avouer, je ne suis pas très persévérant dans mes lectures. Si un roman ne me plaît, je ne suis pas du genre à persister outre mesure. Je n’hésite jamais à abandonner une lecture qui m’ennuie au profit d’une autre.

Et, dans le cas présent, j’ai dû me forcer plusieurs fois pour arriver au bout du roman.

Un peu parce que le style d’écriture était plutôt agréable... beaucoup parce que j’avais oublié de chercher un autre roman à dévorer.

Toujours est-il que si je suis finalement arrivé jusqu’au bout du voyage, ce n’est pas par envie de savoir ce qui arrivait aux gentils de l’histoire, ni même aux méchants, car, des uns comme des autres, je n’en avais que faire tant les auteurs n’étaient pas parvenus à me les rendre attachants.

Au final, « Si t’as peur, jappe » prend des allures de long et lent voyage en train durant lequel on fixe un paysage agréable. Les premières minutes, on profite avec plaisir de la vue, puis on commence à se lasser, à s’ennuyer, à se faire... et quand on finit par arriver, on se dit que le voyage n’en valait pas la peine.

07 juillet 2019

Un cimetière dans un jardin

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Troun de l’air ! Vaï ! Vous allez finir par savoir qui est Marius Pégomas, ce pitchounet, pas moinss !!! Non, mais, qué Pastis !

Bon, cette énumération quasi exhaustive des expressions plus ou moins réellement marseillaises utilisées par Pierre Yrondy n’ont d’autre but que de varier un peu les introductions inhérentes aux critiques que j’ai pu écrire sur les différents titres de la série « Marius Pégomas, détective marseillais » développée par l’inénarrable Pierre Yrondy dont l’humour n’a d’égal que le mystère entourant sa vie (pour nous, pauvres lecteurs d’aujourd’hui, car j’aime à penser que les lecteurs d’hier en savaient un peu plus que nous... ou, peut-être, n’en avaient rien à faire !).

Bon, Marius Pégomas est un détective marseillais né en 1936 et qui vécu 35 aventures sous le format fasciculaire 32 pages, double colonne (à peu près 13 000 mots), parues aux éditions Baudinière.

Pierre Yrondy est principalement connu pour cette série et la précédente, « Thérèse Arnaud, espionne française » parue en 1934 dans le même format et chez le même éditeur, mais pour un peu plus de 60 aventures.

Pierre Yrondy est également l’auteur de pièces de théâtre, de quelques romans et fut journaliste et directeur de théâtre.

Marius Pégomas est un détective marseillais loufoque, au comportement souvent étrange, mais qui parvient à dénouer toutes les intrigues, soit seul, soit avec la participation de ses amis le docteur Mercadier, Titin, son beau-frère, Bouillabaisse, son mécano et Flora, sa femme.

 

UN CIMETIÈRE DANS UN JARDIN

 

M. Babylas Maurillo est dans un drôle de pétrin. Après avoir découvert une main en bêchant son jardin et averti les gendarmes, les investigations de la police ont mis à jour pas moins de trois squelettes dans son potager.

 

Le juge d’instruction, pressé de conclure une affaire d’importance et de démontrer son savoir-faire, ne tarde pas à arrêter le malheureux rentier qui se voit accusé des pires maux.

 

Il ne lui reste plus qu’une seule chance de sauver sa tête : prouver son innocence !

 

Du moins, c’est ce que lui affirme le docteur Mercadier, médecin réputé qui se trouvait en vacances dans la région et que la curiosité a fait se déplacer sur les lieux de la macabre découverte.

 

Et, quand on sait que le docteur Mercadier est l’ami très proche du célèbre détective marseillais Marius PÉGOMAS, nul doute que ce dernier va mettre son grain de sel dans cette enquête, au grand dam du grand magistrat…

Babylas Maurillo, un rentier qui n’a d’autre chose à faire que de voyager, profite d’être chez lui pour faire de l’exercice en bêchant son jardin.

Malheureusement pour lui, il déterre une main.

Re malheureusement pour lui, il prévient la gendarmerie.

Rere malheureusement pour lui, M. Pipette, le juge d’instruction, qui chercher depuis longtemps l’affaire complexe qui lui permettra de démontrer ses facultés, va faire fouiller ledit jardin.

Rerere malheureusement pour lui, les fouilles vont faire apparaître trois squelettes dans ledit jardin.

Rererere malheureusement pour lui, M. Pipette va jeter ses suspicions sur lui.

Rerererere malheureusement pour lui, M. Pipette va finir par le faire arrêter.

Mais, heureusement pour lui, le docteur Mercadier était en vacances près de chez lui.

Re heureusement pour lui, le docteur Mercadier, attiré par sa curiosité, va se mêler aux fouilles.

Rere heureusement pour lui, le docteur Mercadier est un très grand ami du détective marseillais Marius Pégomas.

Rerere heureusement pour lui, Marius Pégomas va intervenir.

Pierre Yrondy nous livre une nouvelle fois une intrigue assez classique (rappelons que sur 13 000 mots il est difficile de proposer une intrigue échevelée), menée avec légèreté et humour.

Mais, si humour il y a, une nouvelle fois, il vient du personnage de Mercadier, presque plus présent que celui de Marius Pégomas.

Ce dernier se contente de mener son enquête avec une telle discrétion que même le lecteur ne s’en aperçoit guère.

Il faut dire que sur un texte si court, dès que l’auteur veut présenter une situation, cerner un point, il lui faut alors délaisser une autre partie de son histoire, en l’occurrence, ici, son personnage principal.

Peu importe, on a vu depuis presque une dizaine d’épisodes que l’auteur avait effectué un virage et qu’il se focalisait moins sur les frasques de son personnage principal pour s’occuper un peu plus de l’ambiance « enquête ».

De plus, dans le même virage, l’auteur a mis de côté les particularités, parfois étranges, de sa plume comme les métaphores tout aussi hasardeuses que les changements brutaux de temps de narration et/ou les découpes à la hache de certaines phrases.

Si cela confère une ambiance plus ordinaire qu’auparavant, cela atténue également un peu le sel de la série (les métaphores étaient souvent un peu tirées par les cheveux, mais elles donnaient un petit côté kitch et loufoque à l’ensemble).

Pour autant, Pierre Yrondy conserve la légèreté de ses aventures et son humour plus ou moins appuyé.

On constate que, bien qu’il change parfois de juge d’instruction ou de commissaire (en fonction de la région où l’intrigue se déroule) ceux-ci conservent les mêmes travers (obtus, ego démesuré, mauvaises intuitions...), mais l’auteur l’assume puisqu’il le fait remarquer par son personnage principal en cours de route.

Pour autant, le plaisir de lecture est toujours là et il faut en profiter, car il ne reste plus beaucoup d’épisodes à découvrir et une chose est certaine, l’auteur n’en écrira pas de nouvelles !

Au final, un épisode plaisant et facile à lire qui mélange tous les bons ingrédients de la série.

Le vampire des Martigues

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Marius Pégomas est un personnage fictif inventé par l’énigmatique auteur de littérature populaire Pierre Yrondy.

Marius Pégomas est un détective marseillais qui, en 1936, vécu 35 aventures regroupées au sein d’une collection éponyme de fascicules 32 pages, double colonne (environ 13 000 mots)...

Pierre Yrondy est un auteur dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est qu’il fut journaliste, directeur de théâtre, probablement acteur de théâtre, qu’il écrit quelques pièces, quelques romans et deux séries dont Marius Pégomas, qui prit la suite de « Thérèse Arnaud, espionne française », une série d’espionnage se déroulant pendant la Première Guerre mondiale.

L’auteur écrivit également quelques textes dans les journaux et magazines de son époque comme « Jean Durand, détective malgré lui », un bon roman policier récemment réédité.

 

LE VAMPIRE DES MARTIGUES

 

Alors que Marius PÉGOMAS, le célèbre détective marseillais, s’apprête à prendre un repos bien mérité, il reçoit la visite de M. Maresco, juge d’instruction à Aix.

 

Celui-ci vient le prier d’enquêter sur une série de disparitions d’enfants aux Martigues.

 

Le petit Robert Reclard, la quatrième victime, s’est volatilisé entre son logement et une boutique proche à laquelle il se rendait.

 

Marius PÉGOMAS, une fois sur place, visualise le parcours du gosse et établit une liste de personnes qu’il aurait pu croiser.

 

Mais, en interrogeant les individus recensés, il réalise que plusieurs mentent effrontément…

 

Il faut bien le dire, même si les aventures de Marius Pégomas sont loin de flirter avec le génie littéraire, c’est toujours un réel plaisir que de retrouver ce personnage fantasque de détective marseillais.

Bien que la série ait connu un virage à l’approche du vingtième épisode, l’auteur mettant quelque peu en retrait le côté grand guignol de son personnage pour tenter de se concentrer un peu plus sur l’aspect policier de ses textes (la redécouverte du roman « Jean Durand, détective malgré lui », nous démontre que l’auteur pouvait avoir une volonté de proposer une réelle intrigue mystérieuse et touffue), chaque épisode est comme une bouffée d’air frais sentant la lavande et la farigoulette.

Si les premiers épisodes nous proposaient un Marius Pégomas capable de toutes les excentricités et dont la bonhomie et la folie étaient les principaux atouts, par la suite, Pierre Yrondy, désireux d’épaissir un peu ses intrigues et contraint par un format court (13 000 mots), atténua la loufoquerie de son personnage.

La série y gagnait un peu en « policier » ce qu’elle y perdait en « humour » sans pour autant devenir indigente.

« Le vampire des Martigues » se situe donc dans la seconde veine de la série, avec un Marius Pégomas plus posé, bien que toujours drôle et railleur, et une intrigue se voulant plus sérieuse et plus développée.

Des enfants disparaissent aux Martigues.

Au 4e, le juge d’instruction pataugeant, décide de faire appel à Marius Pégomas qui s’offusque que celui-ci ne s’inquiète qu’à la 4e victime, comme si trois enfants volatilisés, n’était pas si grave que cela.

Pour autant, il se lance rapidement sur la piste du dernier disparu, sachant qu’il ne découvrira rien en s’occupant des précédentes affaires, trop lointaines, et persuadé que les 4 disparitions sont liées.

Il se rend aux Martigues et décide de refaire le parcours du disparu afin d’établir l’heure de sa disparition et les personnes qui auraient pu le croiser juste avant celle-ci.

Quand il a fini, il établit une liste de témoins et décide de les interroger.

Mais, les interrogatoires lui démontrent que plusieurs témoins mentent sciemment. Pourquoi ???

C’est donc à partir d’une histoire sombre et glauque, la disparition de plusieurs enfants, que Pierre Yrondy construit son récit qui, lui, se veut plutôt léger et drôle, afin de respecter l’ambiance de la série.

Pierre Yrondy nous propose donc un Marius Pégomas moins loufoque qu’au début de la série, mais qui continue tout de même à avoir des comportements étranges, raillant le juge d’instruction, s’emportant contre lui, dansant et remerciant un témoin qui lui ment, envoyant la police sur la piste d’un innocent...

Cependant, une fois n’est pas coutume, l’humour ne vient pas que du personnage du détective puisque le docteur Mercadier, personnage à la distraction légendaire, est également de la partie. Une nouvelle fois, celui-ci va commettre une bourde qui allégera encore l’ambiance.

Pour ce qui est de l’enquête (je vous rappelle que les épisodes font environ 13 000 mots, alors ne vous attendez pas à des intrigues échevelées), l’auteur nous conte par le détail ou presque la manière dont son détective détermine l’heure de la disparition ainsi que la liste des personnes qu’il a pu croiser avant de s’envoler. Sachant que Marius Pégomas considère que le coupable se trouve dans cette courte liste, et qu’un homme qui ment est un homme suspect, on comprendra aisément comment il va trouver le coupable... moins comment il cernera le mobile (pas le temps de l’expliquer).

Mais une nouvelle fois, on ne lit pas une enquête de Marius Pégomas pour la qualité de son intrigue, mais pour son fantasque personnage.

Et, une fois n’est pas coutume, Marius Pégomas assure à la fois d’arrêter le coupable et de donner du plaisir au lecteur.

Quant au style, puisqu’il faut bien en parler aussi, Pierre Yrondy, en même temps que l’originalité de son héros a atténué celle de sa plume.

Finis les excentricités littéraires tels les métaphores hasardeuses, les changements brutaux de temps de narration, les phrases découpées à la hache. Reste juste les expressions « Troun de l’air », « Bouffre » et « Pas moinss » sensées donner à l’ensemble l’accent chantant de Marseille.

Au final, sur un sujet grave, Pierre Yrondy nous livre une plaisante enquête de Marius Pégomas, agréable à lire, avec sa dose d’humour habituelle.

Surface

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Olivier Norek, c’est un peu comme un anniversaire, le feu d’artifice du 14 Juillet, Noël, ou le Pyrenean Warriors Open Air de Torreilles, un rendez-vous incontournable qui revient chaque année à la même date (ou presque).

Mais Olivier Norek, c’est un peu comme si tu t’apprêtes à revoir pour la première fois ton amour de jeunesse trente ans après : tu as peur d’être déçu, car tu peux difficilement être plus agréablement surpris qu’à l’époque.

Effectivement, depuis « Code 93 », le tout premier roman d’Olivier Norek, le rendez-vous annuel est devenu incontournable avec, à chaque fois, cette crainte lancinante que, comme certains de ses confrères (Bernard Minier, par exemple), il finisse par se planter dans les grandes largeurs en tentant d’en faire plus.

Il faut bien avouer que le bonhomme avait placé la barre très haut dès son premier roman.

En un seul livre, il avait démontré un talent fort prometteur que l’on pouvait craindre se pervertir avec le succès (comme ce fût encore le cas avec certains de ses confrères que je ne citerai pas, cette fois-ci).

Heureusement, Olivier Norek rassurait les lecteurs avec son second roman, « Territoires ».

Celui-ci reprenait les mêmes personnages que « Code 93 » et laissait apparaître la possibilité d’une série au long terme comme Franck Thilliez l’a fait avec Sharko, par exemple.

Si les craintes apparaissaient réellement avec « Surtensions », son troisième roman, du fait du sentiment que l’auteur se référait à la « Bible du Polar pour les nuls » en structurant son intrigue et sa narration à la mode de ce qui se fait de plus en plus, Olivier Norek avait alors intelligemment rebattu les cartes en changeant à la fois ses personnages, son sujet, son style, son ambiance, son genre, même, et proposer le roman coup de poing « Entre deux mondes ».

La question était maintenant de savoir comment l’auteur allait pouvoir rebondir à nouveau. En reprenant son personnage liminaire, Victor Coste ? En allant ailleurs ?

Et c’est ailleurs qu’Olivier Norek est allé avec « Surface ».

Surface :

Après un grave accident, une capitaine de la PJ parisienne s’y retrouve parachutée bien malgré elle. L’apparition du cadavre d’un enfant disparu 25 ans auparavant va profondément bouleverser le quotidien des villageois et la reconstruction de la policière.

Il est indéniable, roman après roman, qu’Olivier Norek, ancien policier, a la volonté de décrire le milieu dans lequel il a vécu, de montrer les forces et les failles d’un policier, d’une profession, d’un monde...

Après avoir, d’une façon classique, immergé des policiers dans une enquête, l’auteur s’est investi à tenter de décrire également le psychisme de ces hommes et de ces femmes souvent si décrié.

Il parvenait, sans manichéisme, à proposer une palette de policiers et de sentiments dans « Entre deux mondes ».

Olivier Norek continue sur sa lancée en mettant en avant, cette fois-ci, une gueule cassée, une policière ayant été gravement blessée lors d’une opération.

L’auteur s’attarde alors sur son personnage principal, le capitaine Noémie Chastain, qui a pris en pleine tête une décharge de fusil de chasse. Joue arrachée, mâchoire cassée, du plomb un peu partout dans la face, Noémie survit, mais est défigurée à vie.

Traumatisée, autant par la scène qu’elle a vécue que par celle qu’elle vit à chaque fois qu’elle se regarde dans la glace, la jeune femme n’a qu’une envie, reprendre le boulot, occuper son esprit, reprendre sa vie tout en sachant qu’elle ne sera plus jamais pareil. Mais l’acte est difficile. Difficile parce que second est aussi son mec, mec qui prend du recul ne pouvant supporter le nouveau visage de celle qu’il aime. Difficile parce que ce visage si marqué est également un signe, aux autres policiers, de ce qui peut leur arriver à chaque intervention. Un risque de miner le moral. Difficile parce que Noémie n’est plus la même tant physiquement que psychiquement.

Car, si le physique est atteint et visible, le traumatisme est bien plus fort intérieurement, d’une façon totalement invisible.

Aussi, devant la détermination de la jeune femme à reprendre le service, son supérieur, espérant se débarrasser d’elle, l’envoie dans l’Aveyron pendant un mois pour évaluer la pertinence de conserver un poste de police dans un trou perdu où il ne se passe rien : Avalone.

Avalone est à l’image de la fliquette, traumatisé, remodelé, puisque 25 ans auparavant, le village d’Avalone a été englouti par un lac artificiel et recréé à l’identique un peu plus loin.

Mais ce traumatisme a été double, car, en même temps que ce déménagement forcé et la noyade du village, trois enfants ont disparu, enlevés ou tués par un ancien repris de justice en fuite depuis lors. On n’a jamais retrouvé les trois corps ni le forçat.

Bien entendu, là où il ne se passait rien, il va se passer beaucoup avec la découverte d’un fût remonté à la « Surface » et contenant le corps d’un enfant décomposé, corps, dont des comparaisons ADN avec des objets de l’époque de la disparition vont démontrer qu’il s’agit d’un des trois enfants.

Olivier Norek démarre son roman par la scène traumatisante (pour son personnage) de l’opération de police qui tourne mal.

Il suit alors la dérive de Noémie Chastain (dérive mentale, morale, tant que physique), avec son incapacité à assumer son nouveau visage. Noémie n’est plus, il reste No, comme elle se nomme dorénavant semblant vouloir dire « Non » à tout.

Olivier Norek lui fait subir les traumatismes les uns après les autres : la douleur physique et mentale de la blessure et de sa défiguration ; la douleur de son homme qui la repousse ; la douleur du regard des autres sur son visage ; la douleur de son propre regard sur son visage ; la douleur du traumatisme du passage de l’univers chaotique parisien à celui champêtre et calme d’Avalone...

Pour ce faire, l’auteur n’hésite pas à proposer un mille-feuille, au risque d’en faire trop, pour appuyer sur ce traumatisme à travers des répliques successives. Le village, traumatisé, qui a changé de face, à l’image de la policière. Le chien, qu’elle récupère, lui aussi gueule cassée par un maître brutal.

Et c’est le risque de ce genre de démarche, d’en faire trop, par maladresse, malgré de bonnes volontés.

Il semble alors que le titre soit bien choisi « Surface », car, l’auteur, contrairement à ses premiers romans, ne fouille pas en profondeur le métier de policier, s’attardant plus sur les sentiments et le sentimental.

Si Olivier Norek sait nous raconter son histoire, nous proposer des personnages parfois attachants (pas forcément ceux qu’il aurait voulu, qu’il aurait dû), il semble s’être laissé aller un petit peu trop à la fameuse Bible dont je parlais et à laquelle beaucoup de ses confrères se réfèrent.

Si on ne peut lui reprocher de démarrer son roman brusquement, violemment, par la scène de l’arrestation qui tourne mal, et ni lui tenir grief de sa narration en général, c’est plutôt, cette fois-ci, dans l’intrigue elle-même qu’il pêche.

Ce personnage bouleversé, chamboulé, traumatisé. Ce personnage qui va changer totalement d’atmosphère pour finir par l’apprécier et l’adopter. Ce personnage qui croise son « double » dans ce chien. Cette intrigue sentimentale bancale, inutile et, surtout, peu crédible (quand on ne peut tomber sous le charme physique, il faut, à mon sens, plus de temps pour s’éprendre de quelqu’un). Ce « Cold Case » qui tombe à point nommé. Ce flic traumatisé, incapable de se confronter à elle-même, mais qui va réussir à démêler son enquête. Ce méchant pas si méchant. Ce gentil pas si gentil. Jusqu’au final que l’on voit venir de loin avec ce personnage qui débarque à reculons dans un endroit où il ne voulait pas aller et finit par ne plus vouloir en partir...

Tous ces schémas, toutes ces ficelles, sont usés jusqu’à la corde et les accumuler ne renforce pas l’édifice pour autant.

L’histoire est à ce point calibrée qu’on la croirait écrite pour plaire à la fameuse ménagère de moins de cinquante ans que tentent de charmer tous les directeurs de chaînes télévisés afin de lui vendre de la publicité. Et il n’y a rien d’étonnant de savoir que l’auteur est en pourparlers pour l’adaptation du roman en série (probablement une mini série de 6 épisodes pour M6, comme il a été proposé à Bernard Minier pour « Glacé », mais en espérant que le résultat soit meilleur).

Ces défauts pourraient alors être rédhibitoires. Ils le seraient probablement avec un autre auteur. Mais Olivier Norek sait mener son affaire, développer son intrigue, faire parler ses personnages et cela suffit à garder tout l’attrait au roman et à offrir du plaisir aux lecteurs.

Certains n’y trouveront rien à redire et apprécieront pleinement. D’autres, comme moi, regretteront le parti pris sans pour autant détester.

Mais il faut avouer que, pour moi, Olivier Norek bénéficie d’un fort capital sympathie.

Déjà, parce que je l’ai découvert avec « Code 93 » alors qu’il n’avait pas encore le succès qu’on lui connaît et que j’ai apprécié le roman que j’ai chroniqué sur mon blogue.

Ensuite, parce que j’ai apprécié, dans les remerciements du second ouvrage, « Territoires », que l’auteur remercie les blogueurs qui avaient chroniqué son premier ouvrage, dont, mon blogue.

Enfin, parce que je trouve qu’il a une bonne bouille et un regard attachant.

Alors, certes, Olivier Norek n’a plus le temps d’éplucher les blogues parlant de ses livres, il n’aurait plus assez d’une vie désormais avec son succès grandissant, mais il continue à remercier, à chaque fois, les blogueurs et les blogueuses qui parlent de lui et il a bien raison, car ceux-ci sont également vecteurs d’envies et de découvertes.

Au final, pas le meilleur roman de l’auteur, mais un roman policier pourtant très agréable à lire et ce malgré un réel manque de profondeur, ce qui est un comble pour un ouvrage se nommant « Surface »...

30 juin 2019

L'énigme de la cabine 29

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John Strobbins est un personnage inventé par l’auteur José Moselli, un des trop nombreux oubliés de la littérature populaire.

L’homme écrivit de très nombreux textes pour les magazines et journaux entre 1910 et 1940 et enchanta un nombre considérable de lecteurs.

S’essayant à plusieurs genres (aventures, policier, science-fiction) José Moselli développa plusieurs séries dont « Iko Terouka », « Browning et Cie », « M. Dupont, détective »... dont certaines s’étalèrent sur plus d’une décennie dans des magazines hebdomadaires.

Mais José Moselli est aussi (surtout ?) l’auteur de l’excellent roman « La Momie Rouge » qui fut publié, à l’époque, sous forme de feuilleton dans un magazine.

Ces productions uniquement dirigées vers les magazines et journaux lui valurent le surnom de « écrivain sans livre ».

Parmi les diverses séries qu’il développa, « John Strobbins » fut l’une des premières et fut publiée de façon intermittente dans le magazine « L’Épatant » entre 1911 et 1933. Certains épisodes furent réédités en recueil dans la « Collection d’aventures » des éditions Offenstadt. Puis d’autres épisodes furent écrits pour la collection « Les grandes aventures policières ».

John Strobbins est un voleur de génie, détective et justicier à ses heures, à la tête d’une organisation criminelle de grande ampleur et disposant de moyens financiers, techniques et humains de grande envergure.

La passion première de John Strobbins est de ridiculiser la police et de voler l’argent des riches, des puissants ou des malfrats concurrents... 

Le paquebot Kœnig-Harald relie la Suède à New York.

À bort, Samuel Fight, diamantaire, se rend compte que son portefeuille a disparu. Il fait appel au commissaire de bord pour le retrouver, mais celui-ci reçoit un message lui précisant que le portefeuille se trouve dans la paillasse du cuisinier Teublich.

Quand le commandant fouille ladite paillasse, il trouve effectivement un portefeuille ressemblant en tous points (jusque dans l’exacte forte somme qu’il contient) à la description de celui de Samuel Fight. Pourtant, ce dernier, après avoir ouvert le portefeuille, annonce que ce n’est pas le sien.

La nuit même, Samuel Fight est retrouvé assassiné et Lord Stamford a été aperçu quittant la cabine à l’heure du crime...

José Moselli offre à ses lecteurs un roman policier mâtiné d’espionnage avec une intrigue qu’il aurait pu tout aussi bien destiner à un récit indépendant, d’autant plus que John Strobbins se trouve très bien caché dans le décor et qu’il ne se dévoile réellement qu’à la toute fin du récit.

Bien sûr, le lecteur avisé, connaissant un peu John Strobbins et sachant qu’il se trouve devant une de ses aventures, aura tôt fait de le démasquer.

Mais l’intrigue nous propose un vol étrange, suivi d’un crime mystérieux avant de se diriger vers l’essence des épisodes usuels de la série « John Strobbins » : un mélange entre le roman d’arnaque et le roman d’aventures.

Et si la seconde partie est toute aussi appréciable que les épisodes précédents de la série, la première, il faut bien l’avouer, est un peu plus prenante, du fait du mystère qui plane sur toute l’affaire.

Le vol d’un portefeuille bien particulier, portant les initiales en or du propriétaire. L’objet retrouvé dans la paillasse du cuisinier, après une dénonciation anonyme. Le volé qui refuse de reconnaître son bien, abandonnant une très forte somme à un homme qui, tout d’abord, clame que l’objet ne lui appartient pas et qu’il ne sait comment il est arrivé dans son matelas, avant, face à la réaction du volé, d’affirmer, qu’en fait, l’objet est à lui, un meurtre, commis semble-t-il par un personnage inoffensif qui dit avoir passé la soirée et la nuit dans sa cabine avant qu’un membre de l’équipage avoue l’avoir vu devant la cabine n° 29 où le crime a eu lieu... voilà qui est fort prenant et fort intriguant.

On pourrait même regretter que José Moselli ne se soit pas servi de cette intrigue pour un récit purement policier et, du coup, la déception est un peu présente quand l’auteur retrouve l’ambiance de sa série en mettant en place une vaste arnaque comme seul John Strobbins est capable de mettre en place.

Pour autant, voilà qui fait une belle accumulation de genres et de sentiments dans un texte pourtant assez court (pas tout à fait 13 000 mots).

À regretter également la fin qui arrive très rapidement par l’intermédiaire d’un résumé de l’action plutôt que par le suivi direct de cette action et avec, en prime, une attitude presque incompréhensible du vilain méchant pas beau...

Au final, José Moselli découpe son histoire en deux genres, oscillant entre le policier-crime et le récit d’arnaque et d’aventures, l’un succédant à l’autre. Un peu frustrant puisque, dans un texte aussi court, les deux genres ne peuvent être menés à leurs paroxysmes. Cependant il demeure une lecture très agréable malgré les regrets.

Le complot diabolique

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« Le complot diabolique » est ce que l’on pourrait annoncer comme le 15e épisode des aventures de Bill Disley, le journaliste détective né de la plume de l’énigmatique auteur de littérature populaire J.A. Flanigham.

Je dis, « pourrait annoncer », car les premières aventures de Bill Disley, du moins celles publiées en fascicules 16 pages aux Éditions Moulin Vert à partir de 1946 et rééditées en fascicules 32 pages dans la collection « Police Roman » des Éditions Lutèce à partir de 1949, contrairement aux épisodes suivants édités dans des collections éponymes, ne sont pas numérotés.

Cependant, à partir des dates d’éditions et des numéros d’impression des ouvrages, il est possible d’établir une liste numérotée dans laquelle « Le complot diabolique » occupe la 15e place.

Dans sa première édition, le titre en était « Complot dans l’ombre ».

Concernant J.A. Flanigham, je n’ai toujours pas grand-chose à dire sur cet auteur dont on ne sait rien... tout juste quelques autres de ses pseudonymes, dont Raymon Gauthier (peut-être même est-ce son nom).

On sait qu’il fût publié entre 1946 et 1959, que la majorité de sa production fût dirigée au développement des aventures de Bill Disley, mais qu’il développa également deux autres séries policières : « Les aventures de Dick et Betty » et « Les dessous de l’agence Garnier ».

Ses derniers récits, des titres indépendants, furent destinés à deux collections des éditions Ferenczi : « Police et Mystère » 2e série et « Le verrou ».

LE COMPLOT DIABOLIQUE

Que les pires malfrats disparaissent étrangement de Londres aurait de quoi éveiller la curiosité du journaliste Bill DISLEY.

Mais quand il apprend, grâce à son fidèle Jeff, que l’un d’entre eux est en villégiature à côté de Mallourn, le reporter franchit allègrement le palier menant de la curiosité à la suspicion !

N’est-ce pas dans cette bourgade que la jeune femme que Bill DISLEY a croisée l’autre soir dans un bar a dit avoir trouvé du boulot ? Et la créature n’était-elle pas, encore récemment, la fiancée d’un drôle de loustic bien connu de la presse ?

Le flair de l’enquêteur le pousse à mettre les moyens pour connaître les dessous de l’affaire sans se douter qu’il va être confronté à un complot diabolique…

Jeff, le fidèle ami de Bill Disley, ivrogne notoire et ancien pickpocket et boxeur, s’étonne que le milieu de la pègre se vide mystérieusement de ses forces vives.

Pour en savoir plus, il n’hésite pas à passer la matinée dans les divers troquets. La seule chose qu’il en tire c’est que l’un des malfrats s’est installé à Mallourn.

Le nom du bled fait alors réagir Bill Disley qui se rappelle l’avoir entendu il y a peu sortir de la bouche d’une jeune femme croisée dans un bar... jeune femme ayant eu pour fiancé un homme pas très franc du collier.

Il n’en faut pas plus au reporter pour relier les deux évènements et partir à la chasse à l’information sans se douter alors qu’il est sur une affaire d’une importance internationale...

Comme bien souvent, l’épisode débute par une scène anodine dans laquelle le flair de Bill Disley va sonner l’alarme. C’est en discutant avec Jeff, le bon Jeff, le fidèle Jeff, l’assoiffé Jeff, que le tocsin va résonner.

On retrouve dans cette première scène ce qui fait le sel de la série, l’humour et la relation affectueuse et alcoolisée qui relier Jeff et Bill.

L’inspecteur Martin de Scotland Yard, qui est le troisième pilier des aventures de Bill Disley sera également mis à contribution même si les trois personnages ne vont pas briller par leurs omniprésences.

Car, en parallèle, ce sont les mésaventures de la jeune femme du bar qui vont être contées.

Ces premières aventures de Bill Disley s’étendent toujours dans les environs de 10 000 mots (pile-poil dans ce cas), ce qui, on le sait, ne laisse pas la place à une intrigue échevelée. Mais, quand l’auteur s’attarde sur un personnage subalterne, on se doute que l’intrigue va en être affaiblie.

Et c’est un peu ce qui pêche dans cet épisode, car, un complot aussi diabolique aux portées à ce point destructrices, aurait probablement mérité que l’on s’étende un peu plus sur le sujet.

Effectivement, il y avait matière à un développement plus poussé. Malheureusement, contraint à un format très court, l’auteur a préféré utiliser son scénario quitte à ne pas en tirer sa pleine puissance plutôt que de le réserver à un format plus long (à moins qu’il ne l’ait réutilisé par la suite dans une autre histoire, ce qui est bien possible).

Pour respecter les contraintes du format, J.A. Flanigham est alors obligé de pratique l’ellipse à outrance, ce qu’il faisait déjà d’ordinaire, mais encore plus dans le cas présent jusqu’à priver le lecteur d’une partie de l’enquête concernant pourtant des révélations importantes se contentant de les apporter sur un plateau, via son héros, lors d’un final abrupte et concis.

On notera cependant toujours le talent de l’auteur pour les incises et les indications scéniques lors des dialogues qui rajoute un réel plus à chacun de ses textes.

Au final, un scénario qui aurait mérité et nécessité un peu plus de développement et qui crée une petite déception en partie compensée par la plume de l’auteur et l’attachement aux personnages de la série.

Sois zen et tue-le

 

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Cicéron Angledroit est un détective dont les aventures sont narrées par... Cicéron Angledroit !

Bon, rien d’original dans le monde de la littérature en général et de la littérature policière en particulier puisque l’auteur prenant pour pseudonyme le nom de son personnage pour narrer ses aventures à la première personne, on connaît ça depuis belle lurette (San-Antonio, Enzo Bartolli...)

Dans le cas de Cicéron Angledroit se cache un certain Claude Picq. Je dis « Certain » sans que cela soit péjoratif, juste que je n’ai pas beaucoup d’infos sur l’auteur, et ce n’est pas bien grave puisque, chez les auteurs inconnus comme chez les auteurs connus, la biographique m’intéresse peu, seule la bibliographie m’importe.

Pour en savoir plus sur l’une et sur l’autre, il vous suffit de vous rendre sur le site de l’auteur.

La seule chose que l’on pourrait retenir sur le passé de Claude Picq, c’est son goût littéraire pour San Antonio et Léo Malet.

Sois zen et tue-le :

Mais qu’est-ce qu’il lui prend, à la mère Costa, de me demander d’enquêter sur le mort de son mari enterré depuis dix ans ? Si j’accepte c’est bien parce que j’ai besoin de sous. Et puis il y a cette histoire de truands de banlieue qui explosent à chaque coin de rue. Et ces SDF qui n’en sont pas. Ajoutez une ou deux femmes mariées, un Yorkshire… mélangez le tout et dégustez ! Mais c’est qui qui tue ? Pour le savoir il va falloir me suivre, moi Cicéron Angledroit, jusqu’au bout de cette histoire.

Tiens, tiens, il était temps que je me rende compte que je plongeais d’une lecture à une autre sans réellement changer d’ambiance ou d’univers.

Effectivement, s’enchaînent dernièrement des enquêtes à la première personne très fortement inspirées des aventures de San Antonio, tant dans la forme que dans le fond.

Que ce soit les aventures de Requiem, le curé justicier, celles du détective Enzo Bartolli, de Thomas Fiera ou de celles de Cicéron Angledroit, la filiation directe avec San Antonio de Frédéric Dard et Nestor Burma de Léo Malet est évidente. Parfois bien trop évidente (n’est-ce pas Requiem et Enzo Bartolli), d’autres fois moins directes, mais toutes aussi inspirées.

J’étais resté dubitatif sur ma dernière lecture du genre et l’enquête de Requiem qui pour trop vouloir faire du San Antonio passait à côté de la substantifique moelle de l’auteur qu’il singeait.

Je suis tout aussi dubitatif avec le roman dont il est question aujourd’hui, mais pas pour les mêmes raisons... quoique.

Cicéron Angledroit est un détective privé divorcé et qui a une jeune fille à charge, Elvira Angledroit, qu’il confie à sa mère (à la grand-mère de la petite, donc) faute de pouvoir s’en occuper.

Manque d’argent, manque de travail, manque d’envie... sa vie est pleine de manques.

Pourtant quand une vieille dame l’embauche pour découvrir la raison de la mort de son mari dix ans auparavant, Cicéron voit déjà son compte bancaire renaître. Mais, au même moment, une bombe artisanale éclate dans la galerie marchande dans laquelle il se rend quotidiennement pour aller boire son café dans le bistrot avoisinant. C’est l’occasion de faire connaissance avec une victime, un témoin et le commissaire chargé de l’enquête. Mais une bombe en cache une autre et pas que des anatomiques...

Si l’auteur ne verse pas dans le langage argotique en tentant vainement de concurrencer Frédéric Dard (car la tentative sera toujours vaine) comme deux des confrères que j’ai cités précédemment et beaucoup d’autres encore, le grand défaut de ce premier roman (de la série, et qui n’est peut-être pas présent dans les autres) est nettement son scénario, son intrigue.

Et là, comme à chaque fois que l’intrigue est le nœud d’un souci, il m’est difficile d’en parler explicitement pour ceux et celles qui voudraient, par la suite, lire le roman.

Sachez seulement que l’auteur étouffe très brutalement la meilleure intrigue de l’histoire pour laisser courir la moins intéressante, ce qui n’est pas très judicieux à mon sens.

D’autant que l’une comme l’autre affaire est résolue sans qu’enquête soit réellement nécessaire puisque les coupables sont rapidement découverts, tout juste s’ils ne se dénoncent pas eux-mêmes (pas si tout juste que cela, d’ailleurs) et ni la révélation de l’un ou l’autre des coupables n’apporte un réel plus ni un plaisir de lecture accru.

Pourtant, le style du roman n’est pas désagréable et l’on apprécie que l’auteur n’ait pas tenté de concurrencer les auteurs qu’il prend pour référence.

Le personnage principal offre également un certain intérêt sans pour autant être hyper attachant et très original. Mais le bonhomme a un peu d’humour, de l’ironie, un certain sang-froid (ou fataliste, allez savoir). Cependant, en en faisant un queutard quelque peu alcoolique, on repassera pour l’originalité.

Les personnages secondaires (qui, si j’ai bien compris, reviennent dans les autres romans de la série), tant le vendeur de journaux que le mec qui s’occupe des caddies sont eux aussi sympathiques et peut-être même plus attachants que le détective.

Mais le roman manque cruellement, en plus d’une intrigue intéressante, d’une scène réellement forte.

C’eut pu être la scène de l’explosion dans le supermarché, celle de la révélation finale, mais celles-ci se révélant, au final, un peu fades, la scène qui marquera le plus est la scène de sexe, la fameuse scène de sexe si chère aux scénaristes des romans, séries et films policiers actuels, celle qui ne sert à rien si ce n’est à capitaliser sur la non moins fameuse mentalité libidineuse de tout homme et toute femme qui se respecte (du moins si l’on en croit lesdits scénaristes qui font baiser leurs personnages en toutes occasions, même les moins appropriées... surtout, les moins appropriées).

Et cette scène de sexe tombe, non seulement, comme un poil de cul dans la soupe (oui, j’accorde ma prose au sujet), mais en plus entre quelque peu en contradiction avec le ton général du roman.

Au final, avec des personnages sympathiques, mais peu originaux, une intrigue faible et inintéressante, un style pas désagréable, mais un cruel manque de scènes fortes et une couverture qui ne donne pas envie, Cicéron Angledroit nous propose un roman qui se lit vite et facilement, mais sans laisser une trace indélébile dans l’esprit du lecteur et, surtout, sans réellement lui donner envie de plonger dans sa prochaine aventure.

23 juin 2019

Les aventures de Harry Smithson

CouvLADHS

La littérature populaire française regorge d’un nombre impressionnant de textes issus de la plume d’auteurs mystérieux.

Si c’est déjà le cas dans la littérature populaire de romans, cela l’est encore plus pour la littérature populaire fasciculaire et immensément plus encore pour la littérature populaire des journaux et magazines.

Dans cet immense océan d’auteurs qui vécurent dans des profondeurs tellement abyssales que personne ne les identifia, mon épuisette à textes vient de repêcher « Les aventures de Harry Smithson » qui furent publiées en juin 1906 dans le journal Le Matin.

Celles-ci sont signées de l’étrange pseudonyme Nole Topënt, un pseudonyme attribué à raison (au vu de la perfection de l’anagramme) à Léon Pontet, un auteur dont on ne sait de toute façon pas grand-chose.

Sous le nom de Léon Pontet, deux textes surnagent : « Merveilleuses aventures d’un Veloceman » en 1894 et « D’où nous venons » en 1902.

Sous le pseudonyme de Nole Topënt, un autre texte datant de 1906 : « 3 - 1 + R = 500 000 francs » publié sur plusieurs numéros du magazine « Jeunesse ! ».

Quant au personnage d’Harry Smithson, un jeune policier américain, il est un mélange entre Sherlock Holmes pour le sens de l’observation et de la déduction et de Nick Carter, pour l’aspect policier américain au sens de l’aventure et de l’action.

Les aventures de Harry Smithson, bien qu’elles se présentent comme une série de diverses enquêtes n’ont fait l’objet, dans Le Matin, que de deux épisodes se suivant.

L’absence d’autres traces du personnage, que ce soit dans ce journal ou ailleurs, est une curiosité dont il est difficile d’en définir la cause (peut-être le décès de l’auteur ???).

Les deux épisodes sont ainsi intitulés : « L’invisible de la Sixième Rue » (8 500 mots) et « Le dollar du diable » (12 600 mots).

L’INVISIBLE DE LA SIXIÈME RUE

Une série de cambriolages a eu lieu dans différents immeubles de la Sixième Rue de New York.

Le dernier ayant viré au drame – une domestique est retrouvée étranglée dans l’appartement visité – le commissaire de police décide de solliciter Harry SMITHSON, un détective prometteur, et le charge de l’affaire.

Très vite, celui-ci détermine que tous les bâtiments ciblés sont l’œuvre du même cabinet d’architecte…

 

LE DOLLAR DU DIABLE

Un représentant du territoire d’Oklahoma réclame l’assistance de la police new-yorkaise pour l’aider à endiguer une vague de vols dans des ranchs.

Harry SMITHSON, un enquêteur dont la réputation a dépassé les frontières, est chargé de l’affaire.

Il va rapidement être confronté aux arcanes du pouvoir et au fonctionnement de la Chambre des Députés…

Harry Smithson est donc un jeune policier new-yorkais qui cherche à prendre du galon et à gagner plus afin de pouvoir épouser la femme qu’il aime.

Pour ce faire, il compte sur son sens de l’observation, son ouïe extraordinaire, sa perspicacité, son intelligence et son courage. Mais il pourra également compter sur la chance qui est le meilleur soutien d’un détective ou d’un policier agissant dans le cadre contraignant du texte court.

Nole Topënt, appelons-le par le pseudonyme avec lequel il signe ces aventures, fait de son personnage un mixte entre Sherlock Holmes et Nick Carter avec un penchant plus prononcé, dans les dons, de l’anglais, plutôt que de l’américain.

Ainsi, Harry Smithson se sait observateur et intelligent et n’hésite jamais à le montrer à autrui en faisant partager ses conclusions à partir de simples éléments.

Si dans la première affaire il est présenté comme un jeune enquêteur débutant, bien que déjà reconnu, la seconde qui pourtant suit directement la première dans la publication du journal, laisse entendre qu’il est déjà un enquêteur confirmé, l’un des personnages qu’il croise n’hésitant pas à citer une enquête qu’il a résolue alors qu’il réside dans un tout autre territoire.

Qu’à cela ne tienne, dans les deux cas, si Harry Smithson fait preuve d’un talent évident d’observation, c’est surtout et avant tout son ouïe et sa chance qui lui sont le plus utiles ainsi, dans la seconde enquête, d’un autre talent plus particulier.

Si les deux enquêtes, par leurs concisions, le genre ou le style, n’apportent pas grand-chose au mythe du policier littéraire du début du XXe siècle, à quelques tournures un peu hasardeuses que l’on mettra sur le compte d’une écriture un peu rapide, elles ne le dénaturent pas non plus et on se dit qu’il aurait été intéressant de suivre le personnage d’Harry Smithson un peu plus dans sa carrière (de policier et littéraire) afin de voir où Nole Topënt aurait pu l’amener.

Ce n’a, apparemment, pas été le cas, tant pis.

Au final, deux petites aventures policières qui ne sont pas déplaisantes, mais qui manquent de la consistance qu’auraient apportée d’autres épisodes.

Jean Durand, détective malgré lui

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Pierre Yrondy est un auteur mystérieux de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle principalement connu pour sa série policière humoristique « Marius Pégomas, détective Marseillais » et sa série d’espionnage « Thérèse Arnaud, espionne française ».

Hormis ces deux séries publiées en 1934 et 1936, comportant, à elles deux, presque 100 épisodes on ne lui connaît que quelques pièces de théâtre et quelques romans.

Parmi ceux-ci ne figurent pas « Jean Durand, détective malgré lui » un récit policier pourtant très agréable à lire, mais qui ne semble jamais avoir été publié sous la forme d’un roman papier classique.

Car, « Jean Durand, détective malgré lui » est un roman initialement publié sous la forme d’un feuilleton en 55 productions journalières au sein du quotidien « Excelsior » en 1938.

Mis à part cette édition nulle part répertoriée, il ne semble exister aucune autre trace de ce roman ce qui lui confère une double importance : littéraire et historique.

En ce qui concerne l’auteur, Pierre Yrondy, sa biographie demeure très floue malgré l’intérêt qui lui est porté par les passionnés de littérature populaire. Auteur de romans, de pièces de théâtre, journaliste, directeur de théâtre, il participa à un rallye quelque peu médiatisé en son époque... et puis rien d’autre.

JEAN DURAND, Détective malgré lui

Le commissaire Simonin n’est pas à prendre avec des pincettes, surtout lorsqu’il est en réunion avec ses inspecteurs afin d’éclaircir un mystérieux meurtre commis dans un Hammam où chaque personne présente est suspecte, mais aucune n’est coupable…

Aussi, quand on le dérange pour une tentative de suicide, c’est dans un état d’énervement qu’il accueille le malheureux jeune homme qui, après avoir subi un licenciement et une rupture amoureuse, a, en plus, échoué dans son funeste dessein.

Et c’est avec une pincée d’ironie que, tentant de réconforter l’infortuné, il le convie à trouver un but dans la vie et lui lance : « Cherchez donc l’assassin de la Mosquée ! »

Saisissant le conseil au pied de la lettre, Jean DURAND, l’ex-noyé s’en va mener son enquête à partir des éléments qu’il a surpris lors du conciliabule entre les policiers, pendant qu’il attendait d’être reçu par le magistrat dans la pièce voisine…

Jean Durand est un jeune ingénieur qui vient de perdre son emploi prometteur suite à la faillite de son entreprise. Comme cet emploi devait lui permettre, rapidement, d’obtenir une situation avantageuse capable de convaincre le père de sa fiancée de lui accorder sa main, il perd, par la même occasion, la femme qu’il aime.

N’ayant plus de but dans la vie, découragé, pensant avoir tout perdu, le jeune homme se jette à l’eau pour en finir, mais est repêché et conduit au poste de police pour se faire morigéner par le commissaire. Mais, ce dernier ayant fort affaire avec un mystérieux meurtre dans un hammam, il le fait attendre dans la pièce d’à côté pendant qu’il fait le point avec les hommes chargés de l’enquête.

Jean Durand a tout loisir d’entendre l’entretien et de s’intéresser à ce fait divers. Il prendra d’autant plus facilement au pied de la lettre le conseil du commissaire quand celui-ci, excédé devant le défaitisme d’un jeune homme intelligent et bien de sa personne, lui donnera comme but de, par exemple, découvrir l’assassin du Hammam.

Aussi va-t-il se lancer dans l’enquête en choisissant, lui, de partir du domicile de la victime pour remonter vers le lieu de son décès à l’inverse de la police.

Pierre Yrondy, pour ceux et celles qui ont déjà lu l’une des deux séries évoquées plus haut, avait, du moins dans ces deux séries, ce que l’on appelle : un style. Pas forcément un grand style, ni un bon style, mais des particularités d’écriture et d’éditions qui faisaient que l’on reconnaissait immédiatement sa patte.

N’ayant pas lu l’un des quelconques romans connus de l’auteur, m’étant contenté, jusqu’à présent, de ses deux séries, l’auteur et la plume étaient pour moi indissociables.

Fallait-il que je tombasse par hasard sur ce roman oublié et inconnu (le second qualificatif justifiant le premier) pour constater que l’auteur pouvait écrire autrement qu’il ne le faisait dans ses séries.

Ceci dit, j’avais bien remarqué, dans l’une comme dans l’autre des séries que l’auteur avait tenté de proposer autre chose : chez « Marius Pégomas », d’atténuer l’humour et l’absurde pour proposer des intrigues plus développées ; chez « Thérèse Arnaud », de changer de plume pour privilégier l’aventure.

Mais, à chaque fois, Pierre Yrondy avait changé à nouveau son fusil d’épaules et n’était pas allé complètement au bout de ses intentions.

Débarrassé de ses personnages récurrents qui peuvent autant se révéler une aide précieuse qu’un lourd fardeau (demandez à Conan Doyle), Pierre Yrondy partait d’une page blanche à partir de laquelle il pouvait faire ce qu’il voulait.

Pour l’occasion, malgré la légèreté du ton et de l’ambiance, Pierre Yrondy fait abstraction de l’humour qui le caractérisait dans ses séries (plus dans « Marius Pégomas », mais aussi, dans une moindre mesure, dans « Thérèse Arnaud ».

Il crée des personnages « neufs » qui n’ont rien avoir avec ceux qu’il a déjà fait maintes fois vivre et n’y fait même guère référence [on notera juste le passage où un policier est sensé raconter une histoire marseillaise drôle avec pour personnages Marius et Titin, Pégomas se prénommant également Marius et son beau-frère, Titin].

L’humour étant laissé peu ou prou de côté, l’auteur peut alors se concentrer sur l’intrigue [chose dont il n’avait pas l’occasion dans ses séries à épisodes courts : entre 13 et 17 000 mots].

Là, sur l’espace d’un roman de presque 53 000 mots, il a toute latitude pour développer une véritable intrigue à tiroirs, avec rebondissements, mystères, fausses pistes et révélations.

Et on peut dire que Pierre Yrondy se débrouille plutôt bien pour semer les mystères, faire naître les suspects, brouiller les pistes et rendre son récit intrigant et haletant.

Comme tous bons romans policiers à intrigue, devant le plaisir de lecture durant l’enquête, la seule crainte vient alors de sa résolution. Effectivement, nombre d’auteurs et parmi les meilleurs ou, du moins, les plus vendeurs, se sont souvent cassés les dents sur cet écueil : développer une intrigue machiavélique et la résoudre d’une façon terne. [demandez à J.C. Grangé].

Mais ce défaut n’est pas d’aujourd’hui et ne date pas d’hier et est même l’un des gros défauts de « Le mystère de la chambre jaune » de Gaston Leroux...

Pierre Yrondy échappera-t-il à ce travers ? Vous le saurez dans le prochain épisode... Non, je déconne... vous le saurez d’ici la fin de la chronique.

Pierre Yrondy oublie ici ses métaphores parfois hasardeuses qui caractérisaient son écriture dans ses deux séries. Il parvient même à placer quelques descriptions pas mal foutues dont on aurait pu le croire incapable. Idem pour ses brusques phrases dépouillées de verbes ou de compléments afin de faussement rythmer son récit. À peine a-t-on le droit à de rares changements de temps de narration qui ne durent pas et à d’aussi rares passages en majuscules pour souligner des indices importants [comme il en pullulait dans les enquêtes de Marius Pégomas].

Pierre Yrondy s’émancipe donc à la fois de ses personnages récurrents, mais également de ses tics d’écriture, et ce pour le plus grand plaisir du lecteur.

Car il faut bien avouer que même si les personnages principaux, Jean Durand en tête, ne sont qu’esquissés, l’histoire se déroulant sur un cours laps de temps et n’ayant aucun ou presque retour en arrière pour expliciter, de par le passé de l’un ou de l’autre, le comportement de tel ou tel, cela n’empêche par le roman de fonctionner à merveille.

Certes, le principe du détective amateur qui fait mieux que la police n’est pas neuf. Celui du candidat au suicide reprenant goût à la vie par l’intermédiaire d’un mystère à résoudre, non plus [Notons « La double mort de Barnabé Klain » de Rodolphe Bringer, « Les treize perles roses » de Marcel Priollet ou, encore, « Sanglante énigme » de J.A. Flanigham].

Pour autant, ce désir morbide et cette résurrection ne servent que de prétexte à l’auteur pour lancer son personnage à corps perdu dans une enquête qui, pourtant, ne le concerne pas.

À partir de cet état de fait, la double enquête est alors lancée. Enquête de la police, d’une part, celle de Jean Durand, de l’autre.

Et il est peu de dire que chacun aura du travail étant donné que les mystères s’accumulent rapidement : le mort du Hammam, avec des témoins qui mentent, une arme qui disparaît, une autre qui apparaît, des mensonges des proches de la victime, un meurtre étrange et un cambriolage dans une banque, la disparition d’un arnaqueur...

Et Pierre Yrondy mène ainsi le lecteur par le bout du nez jusqu’à la révélation finale qui, il faut bien l’avouer, est quelque peu décevante [bon... plus que quelque peu, de par le parti pris par l’auteur dont je ne vous parlerais pas ici afin de ne rien déflorer].

Heureusement, cette révélation arrive très tardivement, lors d’une scène où Jean Durand explique au policier les tenants et les aboutissants des trois affaires en même temps.

Au final, une bonne surprise de la part de Pierre Yrondy que je pensais cantonné dans le roman policier léger à tendance humoristique et qui démontre qu’il pouvait également mettre en place une réelle intrigue. Un bon roman policier qui aurait pu être excellent si la fin s’était révélée à la hauteur du reste.

Du sang sur le bitume

CouvDSSLB

Est-il encore besoin de vous dire combien j’adore les romans de J.A. Flanigham ?

Ce n’est pourtant pas faute de l’écrire à chacune de mes chroniques sur un de ses titres tant, jusqu’ici, aucun ne m’a réellement déçu.

J.A. Flanigham, je ne pourrais vous en dire grand-chose tant il est mystérieux, si ce n’est que derrière ce pseudo se cache un autre nom, tout aussi énigmatique : Raymon Gauthier.

Tout ce que l’on sait de lui c’est qu’il œuvra dans la littérature populaire (principalement policière) entre 1946 et 1959 chez quelques éditeurs (Moulin Vert, Lutèce, Ferenczi) et qu’il développa trois séries policières assez différentes : les aventures de Bill Disley, les aventures de Dick et Betty et Les dessous de l’agence Garnier.

À part ces trois séries, quelques fascicules indépendants dont les textes varient entre 10 000 et 42 000 mots.

« Du sang sur le bitume » est un de ces titres indépendants dont l’édition première fut façonnée en fascicule 128 pages dans la collection « Noire et Rose » des éditions Lutèce en 1954.

Le texte, quant à lui, dépasse à peine les 29 000 mots.

DU SANG SUR LE BITUME

Peter MANICOL, jeune représentant en fournitures de bureau, est en proie aux doutes. Il est amoureux fou, depuis six mois, de la belle et mystérieuse Mary qu’il rencontra, un soir, affolée et démunie, et qu’il décida d’accueillir chez lui sans poser de questions sur son passé.

Mais il sait que les goûts de luxe de sa Mary s’accordent de moins en moins avec les faibles revenus de son triste métier…

Tandis qu’il se rend aux toilettes d’une auberge dans laquelle il s’était arrêté pour noyer son dépit dans un verre de bière entre deux prospections, il entend un cri de femme provenant d’une chambre du palier. La porte s’ouvre, une superbe créature terriblement effrayée en sort et s’évanouit dans ses bras.

En la portant à l’intérieur, Peter MANICOL remarque trois choses importantes qui vont modifier le cours de sa vie : un homme imposant gît dans un bain de sang sur le lit ; une paire de chaussures bien trop petites pour appartenir au défunt dépassent sous le rideau de la penderie ; une sacoche contenant une forte somme d’argent en billets de banque…

Peter Manicol est un représentant en fournitures de bureau qui, 6 mois auparavant, a rencontré la mystérieuse Mary, un soir, dans des conditions étranges. La jeune femme, effrayée, s’est presque jetée dans ses bras et, par esprit chevaleresque, il l’a recueillie chez lui, sans rien lui demander, et l’a aimé tout de suite.

Mais il a peur de la perdre, car la jeune femme est visiblement habituée à plus de luxe et, chez lui, les fins de mois sont difficiles.

Il réfléchit au moyen de faire de l’argent au comptoir d’une auberge. Il décide d’aller se laver les mains. Les lavabos sont à l’étage. Là-haut, il entend un cri, une porte s’ouvre et femme sort d’une chambre apeurée puis s’évanouit dans ses bras.

Il la porte jusque dans la chambre et là il découvre un cadavre d’homme sur le lit. La jeune femme porte des ecchymoses sur le corps... l’esprit chevaleresque de Peter est de retour et il lui propose de l’aider et lui donne rendez-vous dans une auberge avoisinante où il l’attendra le temps qu’elle reprenne ses esprits.

Mais, pendant qu’elle est dans la salle de bain, Peter découvre une sacoche pleine d’argent et décide de s’en emparer avant de quitter la chambre...

J.A. Flanigham nous a préparé, ici, un roman dont l’intrigue s’intègre parfaitement dans son époque, tant dans le genre que dans l’esprit, s’inspirant, comme toujours, du roman noir à l’américaine.

Comme bien souvent, il déplace l’action en Angleterre, probablement pour coller au mieux avec son pseudo.

Chez J.A. Flanigham (roman noir à l’américaine oblige), la femme est bien souvent vénéneuse, du moins, si ce n’est l’instigatrice machiavélique du nœud de l’affaire, du moins la responsable, même indirecte, des tristes évènements. L’homme, lui, bien que se partageant toujours entre le gentil héros et le vilain méchant, est irrémédiablement attiré et manipulé par le beau sexe d’une façon toujours très naïve et irréversible.

On ne s’étonnera alors pas de retrouver toutes ces caractéristiques dans ce roman et même un petit air de « déjà vu » dans cette intrigue faussement complexe, au départ, et si simple, au final.

Car, si le personnage central du roman est Peter, un jeune homme trop bon (bonne poire, dit Mary) qui ne peut résister au charme des belles femmes (et toutes les femmes sont belles chez Flanigham), l’auteur multiplie pourtant les personnages en ajoutant une autre femme (belle aussi, mais pas de la même façon), un journaliste (beau gosse également), deux vilains méchants (dont un est beau, et l’autre ressemble à Erol Flynn), un espion, un policier (frère de l’espion)...

Et le lecteur va assister impuissant aux malheurs de Peter, trop bonne poire, mais surtout trop cœur d’artichaut puisqu’il suffit qu’une belle femme se jette dans ses bras pour qu’il en oublie presque immédiatement l’amour fou qu’il portait encore quelques minutes auparavant à la femme précédente.

Bien évidemment, ainsi raconté, on pourrait penser que le roman est, si ce n’est rébarbatif, du moins peu intéressant et l’on ne se tromperait probablement pas si l’auteur n’en était pas J.A. Flanigham, un auteur certes mystérieux, mais assurément talentueux qui, même à partir d’une intrigue moyenne, malgré le manichéisme parfois irritant de ses personnages, bien que tous les intervenants soient toujours très beaux, délivre toujours un excellent roman et ce qu’elle que soit le format et la taille du récit, car Flanigham était indéniablement un auteur de talent. Ses principales qualités étant la maîtrise des formats courts notamment grâce à une aisance dans les incises et les indications scéniques lors des dialogues lui permettant non seulement de dépeindre au mieux ses personnages avec une concision notable, mais également de rythmer ses récits et leurs conférer une ambiance particulière.

Et ces qualités, même si elles ne sont pas à leur paroxysme, sont présentes dans ce roman.

Au final, bien que n’étant pas, de loin, le meilleur roman de son auteur, « Du sang sur le bitume » se révèle toutefois très agréable à lire et un auteur qui offre de bons moments de lecture dans ses moments les plus faibles est assurément un auteur de talent.

Le tueur aux pantoufles

Le-tueur-aux-pantoufles

Que voilà un bien étrange roman, surtout si on le sait signé par Frédéric Dard.

Frédéric Dard, je ne dirais pas que je maîtrise sur le bout des doigts (je n’ai dû lire qu’une trentaine de romans de l’auteur dont la plupart tirés de la série San Antonio).

Mais, par rapport aux autres romans que j’ai lus de l’auteur, celui-ci ressemble à un OLNI.

Le roman a été édité en 1951 aux éditions S.E.P.O., sans doute la seule coopération entre l’auteur et l’éditeur.

Le tueur aux pantoufles :

Dans un petit pavillon confortable de la banlieue parisienne, Jango, personnage débonnaire entouré de sa mère et de son fils Zizi, un gamin farceur, mène une vie bien pépère. Il possède un poisson rouge dans un bocal, un lapin apprivoisé. Il jouit de l’estime de son voisinage, la boulangère lui fait les yeux doux. Tout est banal et tranquille.
À un détail près : Jango est tueur à gages...
Il s’est constitué une bonne clientèle ; et avec une seringue, une piqûre, hop ! Il fait ensuite disparaître les cadavres dans une cuve d’acide. Aucune trace, les clients sont contents.
Mais un événement insolite vient bouleverser cette belle organisation : l’utilisation d’une rosette de la Légion d’honneur prélevée sur le veston de la dernière victime, un colonel...

Jango, derrière ses allures de parfait voisin, cache un étonnant tueur en série. Car, Jango tue son prochain pour vivre, pas par passion, ni par vice, mais juste parce que, pour lui, il s’agit d’une occupation comme une autre, au final, il rend service à des gens en les débarrassant d’autres gens...

Seulement, le jour où il débarrasse Maurice de son colonel de tonton afin qu’il puisse hériter, les ennuis vont commencer.

D’abord, parce que le modus operandi de Jango fait qu’il n’y a jamais de corps et sans corps, pas de décès et sans décès, pas d’héritage.

Ensuite parce qu’il a conservé la légion d’honneur du tonton et qu’à chaque fois qu’il la porte, sa morphologie change et personne ne le reconnaît.

Puis, un corps est repêché et reconnu comme le fameux colonel, ce qui ouvre une enquête sur le neveu qui ne sait plus comment réagir : reconnaître le tonton dans le défunt pour toucher l’héritage, mais risquer une enquête pour meurtre, ou bien ne pas le reconnaître...

Mais, comme Maurice a d’abord reconnu le corps et que les autres proches du tonton l’ont reconnu également, Maurice a beau se rétracter, une enquête est ouverte.

Et c’est là que les choses se compliquent puisque le juge chargé de l’enquête est également un client de Jango...

Voici donc un étrange roman, comme je le disais, étrange non seulement dans son intrigue puisqu’elle flirte avec le fantastique, mais également dans le ton qui le rapproche d’une sorte de conte ou de fable un peu onirique.

On oublie ici la noirceur des romans de Frédéric Dard du moment, très inspirés du roman noir à l’américaine ainsi que la plume, l’humour et le travail sur la langue des San Antonio. 

Tout est à ce point différent de ce que l’on connaît de l’auteur qu’il aurait probablement été impossible de deviner quel auteur se cachait sous ce roman s’il n’avait été signé.

Le lecteur est alors forcément surpris à la lecture de ce roman, mais peut être également surpris tant le contenu n’a rien à voir avec ce que l’on aurait pu imaginer.

Je dois d’ailleurs avouer que la courte taille de ce roman m’a bien aidé à ne pas me lasser de lui. Non pas qu’il soit mal écrit, mais il ne correspond vraiment pas à ce que je m’attendais en plongeant dans un roman de l’auteur.

Bien difficile d’en dire plus, le mieux est probablement de le lire pour se faire son propre avis.

Au final, pas tant un mauvais roman qu’un roman très (trop ?) surprenant de la part de cet auteur connu principalement pour son travail sur la langue.

Posté par seppuku à 12:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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