Loto Édition

16 septembre 2018

Les millions du borgne

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Je pourrais être un peu lassé de vous répéter, ad nauseam, que Marcel Priollet fût un des piliers de la littérature populaire française.

Je pourrais être lassé, oui, mais je ne le suis pas tant il est vital et nécessaire de convaincre un monde incrédule que le cauchemar littéraire a déjà commencé (il vous suffit de lire la plupart des romans policiers actuels pour vous en convaincre), mais, qu’avant ce cauchemar, il était une fois, à une époque fort lointaine, où existait des écrivains de littérature de genre sachant manier plus de 300 mots et former des phrases un peu plus complexes que le « sujet – verbe - complément » si cher aux auteurs d’aujourd’hui. Une période où les policiers de papier n’étaient pas imbibés d’alcool ou de désespoir, voués à une fin tragique pour laquelle le bourreau et la victime se fondaient en une seule et même entité (alors là, pour les amateurs des 300 mots, je sous-entends le suicide). Un temps où, pour conquérir le cœur des lecteurs, il n’était nul besoin d’user d’artifices lascifs, libidineux et stupreur. Une ère à laquelle les dégénérés, tueurs en série sanguinaires, violeurs de femmes, d’enfants (ou de femmes enceintes) n’étaient pas conviés.

Bref, il était un âge ou les écrivains savaient écrire et c’est d’ailleurs ce qu’ils faisaient à longueur de temps (probablement même la nuit vue la production des plus prolifiques d’entre eux). Non pas que leurs confrères d’aujourd’hui ne le sachent pas (enfin, j’ai des doutes pour certains, suivez mon regard), mais les romans policiers actuels semblent tellement écrits à partir d’un même guide (« Comment écrire un Thriller à succès pour les Nuls ») que l’on en vient à douter qu’ils ne soient pas tous développés par la même personne (ou bien par un programme super bien codé).

Pourtant, en ce temps pas si lointain, les auteurs de genre subissant de multiples contraintes, auraient pu, auraient dû, même, quand on voit ce qui se fait actuellement avec plus de liberté, tous écrire la même chose comme cela se fait désormais.

Car, outre les contraintes nées des exigences de l’éditeur (ce qui a et sera toujours le cas), celles du marché et des attentes des lecteurs (idem), les auteurs d’hier avaient pour principale contrainte un format très très restreint. 

Oui, si aujourd’hui les éditeurs exigent des romans policiers de 600 pages, car c’est, paraît-il, ce que désire le lecteur, mais c’est surtout un moyen de lui faire admettre que son roman coûte 26 euros, car, oui, tout de même, il comporte 600 pages et que si tu es prêt à payer 15 euros un roman classique de 300 pages, tu ne devrais pas rechigner à en débourser 11 de plus pour le double de pages même si, sur ces 600 pages, 200 sont inutiles, car remplies à coup de scènes inopportunes voire ineptes, que 200 autres (généralement les dernières) sont très moyennes voire carrément nulles, et, qu’au final, tu n’as que 200 pages d’intéressantes à lire.

Alors qu’hier, bien au contraire, les éditeurs exigeaient une certaine concision, voire, une surconcision, ce qui est, à la concision, une sorte de castration.

16 pages, 32 pages, 64 pages, 96 pages, 128 pages, l’auteur devait non seulement faire preuve d’un laconisme certain, mais, en plus d’une brièveté calculée.

Aujourd’hui, 600 pages ou 601, 602, 603... voire 599 ou 598. Hier 16 pages ! 32 pages ! etc. Mais, quel que soit le format, pas une page de plus.

C’est donc avec une telle contrainte que l’on s’attendrait à ce que tous les auteurs usent des mêmes procédés narratifs, des mêmes personnages, des mêmes phrases, des mêmes... alors que c’est tout l’inverse.

Tout cela pour dire que je ne suis pas las de vous dire que Marcel Priollet fût un des piliers de la littérature populaire française au même titre que Henry Musnik, Rodolphe Bringer, H.-J. Magog, Jean Petithuguenin, Jacques Bellême, Arnould Galopin, Léon Sazie, Marcel Allain, Paul Salmon, Maurice Limat et bien d’autres encore.

Et il était temps que je vous le répète, car me voici venu à bout de la série « Old Jeep et Marcassin » du sieur Marcel Priollet.

Au bout, après 10 épisodes savoureux dans lesquels le commissaire Marcassin, cinquantenaire trapu, ronchon, à la moustache grisonnante et accro à la cigarette, collaborait avec le policier américain Gordon Periwinkle, alias Old Jeep, un trentenaire élégant, beau gosse, svelte et bien éduqué.

Les millions du borgne :

Toute chose a une fin !

Gordon Periwinkle, alias Old Jeep, a reçu l’ordre de regagner les États-Unis.

Alors que le commissaire Marcassin l’accompagne, en voiture, à Saint-Nazaire, où le détective américain doit prendre l’avion pour rentrer chez lui, un accident de voiture contraint les deux amis à faire une halte dans un petit village, le temps des réparations.

Les policiers sont alors chaudement accueillis par les habitants du bourg, ceux-ci étant persuadés qu’ils sont là pour résoudre « l’affaire » qui met ici tout le monde en émoi depuis quelque temps…

Old Jeep doit rentrer chez lui après avoir s’être familiarisé avec les méthodes de la police française, en général, et du commissaire Marcassin, en particulier.

Les deux hommes ont appris à s’apprécier et les lecteurs aussi.

Old Jeep doit prendre un avion pour rentrer aux É.-U. et Marcassin décide de l’accompagner jusqu’à l’aérodrome. Mais, en route, c’est l’accident de voiture. Le véhicule est remorqué jusqu’au village le plus proche où la nouvelle de l’arrivée des deux célèbres policiers ne tarde pas à se répandre. Très vite, les policiers sont accueillis chaleureusement, car chacun pense qu’ils sont là pour trouver le corbeau qui envoie des lettres anonymes à tout le monde, accusant un riche industriel d’avoir tué sa femme pour en épouser une autre.

Alors que les deux policiers ne semblent pas intéressés par cette affaire, le fameux industriel envoie son majordome les chercher pour les inviter à manger chez lui. Le majordome les précède, en vélo, emportant leurs bagages, mais les deux amis le retrouvent mort, sur le bord de la route, un couteau dans le corps...

C’est avec un plaisir non dissimulé que je retrouve les deux personnages, même si, comme dans tous les épisodes, c’est le commissaire Marcassin qui va prendre la vedette, reléguant Old Jeep au second plan d’autant que, comme souvent, celui-ci sera absent une partie de l’histoire, ce qui ne l’empêchera pas de participer activement à l’enquête.

Un plaisir tout de même gâché par le fait que c’est le dernier épisode et qu’après celui-là, tout sera fini.

Avec une série actuelle, même quand la fin est là, on peut toujours espérer avoir la chance que l’auteur, un jour, accepte d’écrire une suite (Daniel Pennac a bien écrit une suite à la saga Malaussène 18 ans après le dernier tome. Bon, mauvais exemple, il aurait mieux fait de s’abstenir.).

Mais, avec les auteurs de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle, on sait à l’avance que le dernier épisode d’une série est réellement le dernier épisode (on n’a jamais vu un auteur revenir d’outre-tombe pour écrire un roman).

C’est donc la dernière occasion de découvrir le commissaire Marcassin dans une nouvelle enquête, de goûter à son humour pince-sans-rire, à sa mauvaise humeur, à sa perspicacité et à son intelligence, voire même à sa retenue et à sa pudeur.

Gordon Periwinkle, lui, se contentera à nouveau d’un rôle subalterne qui sied si bien à son personnage plus basique (il est jeune, il est beau, il est courageux et il est bien élevé).

Comme pour chaque épisode des deux séries citées de l’auteur, celui-ci n’oublie pas, avant tout, qu’il raconte une histoire et fait en sorte que celle-ci tienne la route même si les personnages en étaient changés. Ainsi, on ne se contente pas de suivre les péripéties de Marcassin et Old Jeep, on est également conviés à suivre une histoire dont on tiendra à connaître la fin.

Récit plutôt classique, réservant quelques fausses pistes et surprises usuelles, dans la mesure que le permet le format court (20 000 mots maximum) on notera avant tout les facéties de son personnage principal qui nous manqueront donc, puisque, je le rappelle, après cet épisode, y’a plus. Fini ! Basta !

D’ailleurs, si le temps passé et la mort de l’auteur nous assurent de l’absence d’une suite, à son époque, les éditions Tallandier, qui éditaient la série, avaient demandé à Marcel Priollet d’écrire d’autres épisodes (ce qui laisse entendre que les personnages avaient trouvé leur public), mais l’auteur a préféré commencer une nouvelle série avec de nouveaux héros (« Monseigneur et son clebs »).

Au final, dernier épisode qui se déguste tout aussi bien que les précédents, mais qui laisse un petit goût amer à la fin, sachant que l’on ne retrouvera plus le commissaire Marcassin et, accessoirement, Gordon Periwinkle.


La pendue du Pré-Catelan

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4e épisode des « Enquêtes du Professeur », signé René Byzance, initialement édité dans la collection « L’Indice » aux éditions Populaires Monégasques.

L’inspecteur Gonzague Gaveau est surnommé « Le Professeur » parce qu’il a fait Sorbonne et a écrit une thèse sur « Les Variations de la voyelle O dans les langues ougaro-caucasiennes ».

Difficile d’en dire plus sur l’auteur d’autant que la plupart des épisodes ne sont pas signés.

Il est intéressant de noter que les « Enquêtes du Professeur » a été une sous-collection de la collection « L’Indice ».

La pendue du Pré-Catelan : Au Pré-Catelan, au cœur du Bois de Boulogne, au petit matin, une jeune femme est retrouvée nue, pendue à un arbre. L’identité de la victime ne tarde pas à être découverte, il s’agit d’une jeune actrice en vue. L’inspecteur Gonzague Gaveau, alias « Le Professeur », est chargé de l’enquête. Les premières constatations démontrent que la comédienne a été étranglée avant d’être suspendue. Un crime ! Dans le milieu du cinéma, voilà qui promet d’exciter tous les folliculaires, d’autant que la vie privée de la nymphette permet de multiplier les suspects potentiels depuis ses amants, ses rivales jusqu’à ce mystérieux boiteux en trench-coat qui a été aperçu non loin des lieux du crime…

L’inspecteur Gonzague Gaveau qui était descendu sur Grenoble se retrouve (on ne sait vraiment comment) à mener une enquête au Bois de Boulogne.

Une jeune femme nue a été retrouvée pendue à un arbre. L’enquête démontre, d’une part, que la victime était une actrice en devenir et, d’autre part, qu’il ne s’agit pas d’un suicide mais que la défunte a été étranglée avant d’être pendue.

Comme le dit si bien l’un des personnages de l’histoire : « Dans tout roman policier, la règle du jeu l’exige, de multiples personnages doivent être soupçonnés. ». Et les suspects ne manquent pas entre le producteur adipeux qui l’entretenait, l’amant avec lequel elle le trompait, la femme à qui elle a piqué cet amant, du frère à la vie dissolue... et le boiteux au trench-coat qui a été aperçu près du lieu du crime.

Que dire de plus de cet épisode que de ceux dont j’ai déjà traité si ce n’est que plus je dévore ces enquêtes et plus je constate que l’auteur maîtrisait parfaitement le format 32 pages (ou, là, du 16 pages bien remplies de petits caractères, c’est qui est peu ou proue la même chose. En clair, un peu moins de 10 000 mots). Et le fait est suffisamment rare dans le monde de la littérature populaire pour être notée. 

Effectivement, les auteurs ayant performé dans ce format très contraignant sont très rares et j’avancerais principalement les noms de Charles Richebourg et René Thomas. 

Et, d’ailleurs, l’ombre de Charles Richebourg plane un peu sur ces enquêtes et sur ce Professeur, d’autant qu’une expression très appréciée par l’auteur et qu’il utilisait souvent dans les enquêtes du commissaire Odilon Quentin : « Jouer par la bande » est présente dans ce court roman. D’autant que tout comme Richebourg, Byzance fait preuve d’une véritable plume dans un format tellement contraignant que rares sont les auteurs à tenter d’y avoir un style. 

Alors, est-ce le même auteur qui se cachait derrière Charles Richebourg et René Byzance ? Je ne sais pas, mais, pourquoi pas. Ce serait une hypothèse à creuser... mais où creuser, la littérature populaire fasciculaire est semblable aux abysses, difficile d’y repêcher les informations que l’on recherche.

Toujours est-il que ces enquêtes du Professeur sont fort plaisantes, celle-ci peut-être encore plus que les autres de par le fait d’un humour léger qui imprègne l’ensemble du récit, mais aussi par un je-ne-sais-quoi, ce qui est l’apanage des bons auteurs. Car, utiliser une recette identifiable, même si ce n’est pas toujours aisé, peut aboutir à un bon roman... mais quand on ne peut identifier réellement le « petit plus », qu’on ne peut le pointer du doigt, alors, force est de constater que l’auteur a réussi un petit miracle... petit miracle dans un petit fascicule contenant une petite histoire qui procurera un agréable petit moment de lecture... voilà qui confère à son auteur le qualificatif de « grand ».

Au final, c’est un réel plaisir de suivre les enquêtes de ce Professeur même si les intrigues, de par le format court, ne sont pas de hautes volées, parce que le talent de l’auteur se fait grandement sentir et son aisance et la maîtrise de sa plume et du format, également.

Meurtre à Baumugnes

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Les « Enquêtes du Professeur », c’est une série éditée dans la collection « L’indice » des éditions Populaires Monégasques dans les environs de 1946.

La collection « L’indice » semble avoir regroupé également d’autres textes que ceux autour du Professeur.

Les textes de la série semblent avoir tous été écrits pas René Byzance, même si la plupart son non signés, pseudonyme qui cacherait, selon certains, l’auteur Jean Buzançais dont, de toute façon, je ne sais rien.

Gonzague Gaveau est un inspecteur de police que l’on surnomme « Le professeur » pour une raison probablement expliquée dans le premier épisode de la série (celui-là semble être le second) mais qui est vraisemblablement dû au fait qu’il se promène avec des ustensiles de police scientifique pour étudier les indices et, surtout, que ce soit un ancien étudiant en Sorbonne.

Meurtre à Baumugnes : L’inspecteur Gonzague Gaveau dit « Le professeur », est envoyé dans un village perdu de montagne pour enquêter sur la mort de L’Empereur, un vieux chef de famille retrouvé mort, au petit matin, dans son fauteuil. Arrivé sur les lieux, le policier fait la connaissance de Toine, le petit-fils de cinq ans du défunt et Noiraud, le chien de la famille. Le village n’étant habité que par deux familles et le chien n’ayant pas aboyé la nuit du crime, les suspects se font rares…

Les « Enquêtes du Professeur » s’étalent sur une quinzaine de fascicules de 16 pages à la mise en page très dense offrant, au final, des textes d’un peu moins de 9 000 mots.

Du coup, on se doute que l’auteur ne va pas nous proposer une intrigue très évoluée et des personnages fouillés.

Cependant, ce n’est pas non plus ce que le lecteur attend de ce genre d’ouvrage.

Pour autant, dès les premières phrases, on note immédiatement que l’auteur nous propose un style un peu mieux maîtrisé que la plupart de ses homologues œuvrant dans la littérature populaire fasciculaire.

Sans parler de grande littérature (mais qu’est-ce que la grande littérature et, surtout, que signifierait « petite littérature » ?), l’auteur, qui n’a pas signé le texte, nous démontre un certain talent et une envie de faire montre d’une certaine aisance avec la langue, ce qui n’est pas si fréquent. D’habitude, la qualité que l’on demande à un auteur de fascicule, c’est de parvenir à être fluide tout en étant concis, à diriger ses personnages, plus que sa plume.

Rares sont donc les fois où je suis captivé, d’abord par la plume, avant de l’être par les personnages ou l’histoire. Ce fût le cas pour les enquêtes du commissaire Odilon Quentin de Charles Richebourg et c’est le cas, ici, avec les enquêtes du Professeur, du moins, de ce « Meurtre à Baumugnes ».

Mais l’auteur ne se contente pas de manier aisément sa plume et le langage, il fait montre également d’un certain humour qui ajoute une touche de légèreté à l’ensemble. 

L’humour, au départ, vient principalement de Toine, un gamin de cinq ans que la mort de son grand-père ne semble pas émouvoir et qui se réjouit même, car « Les crimes cela amène du monde ». Mais, comme le dit si bien le gamin, son grand-père était vieux et les vieux, ça doit disparaître, c’est dans l’ordre des choses.

L’auteur décide donc de nous poser une ambiance, avant une intrigue qui, il le sait bien, ne sera de toute façon pas très ambitieuse.

Notre Professeur va alors vite se rendre compte qu’à Baumugnes, il n’y a que deux familles qui se partagent les terres, plus l’idiot du village. Le meurtrier sera donc à compter parmi cette population d’autant que Noiraud, le chien de la famille du défunt, n’a pas aboyé la nuit du crime, laissant suggérer que celui-ci a été commis par un proche. Et comme l’Empereur (le surnom du mort) n’était pas un homme apprécié, les pistes demeurent nombreuses.

Court texte, donc, mais texte plutôt agréable à lire de par la maîtrise de son auteur et le léger humour distillé.

On regrettera que le personnage principal ne soit qu’esquissé, mais, probablement que comme dans toute série fasciculaire, le lecteur apprend à connaître le héros au fur et à mesure des épisodes. Encore faut-il trouver ces épisodes qui semblent assez rares à dénicher.

Au passage, j’adore l’illustration de la couverture qui n’est pas signée, elle non plus.

Au final, une bonne lecture, qui donne envie d’y revenir et de faire mieux connaissance avec le fameux Professeur.

Le crime du Bar du Peuple

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Lecture un peu dans le désordre des « Enquêtes du Professeur » de René Byzance ou autres (certains titres sont signé Byzance, d’autres ne sont pas signés).

Après avoir découvert le Professeur, alias l’inspecteur Gonzague Gaveau, par « Meurtre à Baumugnes » et « L’assassinat de la mère Cibiche », voilà que je lis enfin la toute première enquête du personnage : « Le crime du Bar du Peuple ».

Gonzague Gaveau est un inspecteur de police qui a fait Sorbonne, d’où son surnom et qui, voulant fuir les crimes sordides de la capitale a demandé sa mutation à Grenoble, mais les hommes et les femmes s’entretuent, même jusque dans les Hautes-Alpes.

Je ne m’étendrais pas sur l’auteur, de toute façon, il n’a pas signé son texte et même s’il s’agit de René Byzance, je n’ai rien trouvé à dire dessus.

CRIME AU « BAR DU PEUPLE » : L’inspecteur Gonzague GAVEAU, dit « Le Professeur », après avoir résolu l’affaire du « Meurtre à Baumugnes », s’installe dans une modeste chambre au « Bar du Peuple », établissement tenu par la plantureuse et exubérante Martine qui héberge une faune hétéroclite et haute en couleur. Un matin, la patronne est retrouvée dans la salle commune, baignant dans son sang, la gorge tranchée. « Le Professeur » va alors se charger de l’enquête…

Second épisode de la série des « Enquêtes du Professeur », initialement édité dans la collection « L’Indice » des éditions populaires Monégasques et probablement écrit par René Byzance.

L’inspecteur Gonzague Gaveau est donc un policier parisien qui a demandé sa mutation à Grenoble.

Ayant enquêté à Baumugnes sur un meurtre, de retour, il s’installe au Bar du Peuple, n’ayant ni les moyens ni l’envie de loger dans une auberge plus huppée.

Le Bar héberge de drôles de personnages, depuis la patronne, une quarantenaire affriolante ayant passé une partie de sa vie au Cameroun, comme, d’ailleurs, une partie de ses pensionnaires et clients.

Les suspects sont nombreux, depuis le compagnon de la victime, un homme bien plus jeune qu’elle, épuisé de nature et par l’alcool, le fils de la morte, issu d’une relation passée et qui vit un amour contrariant avec la maîtresse de son père qui a été également sa nourrice, un drôle de cycliste qui semble bien moins performant sur un cycle qu’il ne le dit, un motocycliste... jusqu’au maire la ville dont la trogne ne revient pas au policier.

Court roman (au départ il a été édité sur 16 pages bien remplies de petits caractères) qui dépassé à peine les 9 000 mots. Est-il nécessaire de répéter que sur un tel format, l’intrigue ne sera jamais la qualité principale d’un texte ?

Non, bien sûr ! Le plaisir est donc à trouver ailleurs : dans un personnage, une histoire, une ambiance, un style.

On retrouve un peu de tout ça dans les épisodes des « Enquêtes du Professeur » certes, pas dans un dosage massif, mais dans une posologie adaptée à la taille du roman.

Au final, un épisode dans la lignée du précédent qui, sans atteindre des sommets, offre au lecteur un bon moment de lecture et lui donne envie de lire le suivant. 

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09 septembre 2018

La mère aux chats

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9e et avant-dernier épisode de la série « Old Jeep et Marcassin » signée Marcel Priollet.

Marcel Priollet, pilier de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle, qui, à travers différents genres, sous différents pseudonymes, a écrit un nombre incroyable de textes qui sont désormais tombés dans l’oubli, car, bien souvent, destinés à des collections fasciculaires (aventures, policières ou sentimentales).

Pour sa participation purement policière, on retiendra deux séries : « Old Jeep et Marcassin » et celle qui suivit, « Monseigneur et son clebs », toutes deux éditées au format 64 pages aux éditions Tallandier.

Contrairement à beaucoup de ses confrères, Marcel Priollet ne s’est pas contenté de disséminer ses personnages récurrents au sein d’une collection généraliste, mais a bien souvent bénéficié de séries dédiées.

« Old Jeep et Marcassin » fait apparaître deux personnages récurrents. Un policier américain trentenaire, athlétique et souple, au sourire enjôleur et aux bonnes manières et un commissaire de police français, cinquantenaire, trapu, rustique, moustachu, fumeur invétéré, bougon et rustre.

Le premier est venu en France pour se familiariser avec les méthodes policières françaises et est très rapidement devenu ami du second, d’autant qu’ils s’étaient déjà rencontrés à la fin de la seconde guerre pour la libération de Paris :

LA MÈRE AUX CHATS : Le détective GORDON PERIWINKLE alias OLD JEEP, est dépêché pour arrêter un gangster en provenance des États-Unis, après un braquage sanglant dans une bourse aux timbres. Aidé de l’inspecteur Belfontaine, OLD JEEP file le truand jusqu’à un appartement insalubre dans lequel les deux hommes ont la surprise de trouver le cadavre d’une vieille femme entourée d’une tripotée de matous miaulant. 

 

— My mother ! (Ma mère !), souffle le bandit avant de profiter de l’étonnement de ses poursuivants pour se faire la malle.

 

Rapidement, l’enquête révèle plusieurs éléments troublants. Le logement attenant à celui de la défunte est habité par un négociant en timbres et le médecin refuse le permis d’inhumer de la « Mère aux chats », suspectant un empoisonnement. La « Mère aux chats » est-elle réellement la maman du tueur américain ? Par qui et pourquoi a-t-elle été empoisonnée ? L’assassinat de la vieille et le vol de timbres sont-ils liés ? Les voisins ont-ils quelque chose à se reprocher ? Ce sont des questions auxquelles OLD JEEP – à la poursuite du fuyard – et le commissaire MARCASSIN – chargé de résoudre le meurtre de la « Mère aux chats »vont devoir répondre, chacun de leur côté…

La police américaine, sachant que Gordon Periwinkle, alias Old Jeep, est toujours en France, lui demande de procéder à l’arrestation d’un dangereux criminel dont le dernier méfait consiste en un braquage dans une bourse aux timbres, braquage ayant fait plusieurs morts et blessés.

Pour ce faire, Old Jeep va avoir l’assistance de l’inspecteur Belfontaine, un des hommes de Marcassin et le duo va suivre le dangereux braqueur jusqu’à un appartement dans un immeuble parisien. Là, ils pénètrent dans l’appartement dans le but de procéder à l’arrestation et découvrent le tueur près de la dépouille d’une vieille dame entourée d’une meute de chats.

Le tueur, plutôt que de se démonter, laisse entendre qu’il s’agit de sa mère et, face à la surprise des policiers, en profite pour filer non sans les enfermer dans l’appartement.

Le médecin venu constater le décès de la vieille dame soupçonne un empoisonnement et c’est au commissaire Marcassin de faire son apparition pour élucider ce meurtre.

Durant les divers interrogatoires, il constate que le voisin de la vieille est un négociant en timbres, ce qui laisse suspecter à Old Jeep que le meurtre de la dame et l’arrivée du gangster américain sont liés. Mais le commissaire n’en a que faire du gangster venu d’outre-Atlantique, il ne veut s’occuper que de l’empoisonnement.

Pourtant, petit à petit, les évènements suspects s’enchaînent et les deux policiers vont devoir à nouveau coopérer.

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé ce duo hétérogène de policier.

Chacun retrouve son rôle usuel. Le commissaire Marcassin navigue au premier plan et Old Jeep au second, comme dans les autres épisodes.

Et c’est tant mieux, car c’est véritablement Marcassin qui est le personnage le plus intéressant, le plus complexe des deux. Rustre, bougon, se fichant des bonnes manières, Marcassin est bien moins lisse que son homologue. De plus, l’homme est intelligent et perspicace, mais partage peu ses conclusions ce qui l’amène à avoir des comportements qui semblent étranges aux autres et provoque donc des situations décalées et drôles.

Old Jeep, lui, se contente souvent d’un rôle un peu plus physique, quand il n’est pas un simple faire-valoir.

Une nouvelle fois, Marcel Priollet ne mise pas tout sur ses personnages et met en place une réelle histoire, une réelle intrigue (intrigue qui ne rivalise pas avec les grands thrillers du fait de la concision du texte : fascicule 64 pages = plus ou moins 20 000 mots).

Ainsi, on suit en même temps l’avancée du scénario et celle du duo, ce qui garantit un réel plaisir de lecture.

Car il est indéniable que Marcel Priollet maîtrise sa plume et sa narration, en plus de ses personnages et propose un très court roman sans réelle faiblesse.

Au final, un 9e épisode, dans la lignée des précédents, qui offre un bon moment de lecture.


Sans pitié ni remords

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Nicolas Lebel est un auteur dont je ne sais pas grand-chose (mais je ne semble pas le seul dans ce cas-là) et dont je n’ai pas envie d’en savoir plus, non pas que je n’aime pas cet auteur, mais tout simplement, comme je l’ai souvent dit, qu’un auteur ne m’intéresse que par ses écrits.

« Sans pitié ni remords » est le troisième opus d’une série autour de personnages récurrents : le capitaine Merhlicht, un avorton à tête de grenouille, aux yeux globuleux, aux cheveux rares, au teint verdâtre, fumeur invétéré, râleur impénitent, misogyne et empreint de biens d’autres défauts plus par habitude ou pour poser une barrière entre lui et les autres que par malveillance.

Il est entouré de Dossantos, un flic bodybuildé qui ne vit que pour son métier. Son corps, il le façonne pour être plus efficace, et son esprit est obnubilé par le Code Pénal dont il connaît chaque alinéa par cœur.

Sophie Latour, une jeune fliquette à la rousseur flamboyante, une des rares femmes positives de la série, mais qui est toujours légèrement en retrait.

Le commandant Matiblout, un fonctionnaire qui n’a de but que d’éviter les ennuis, et qui espère toujours refiler les dossiers épineux à un autre service.

Carrel, l’imposant médecin légiste à l’humour aussi noir que son appétit est grand.

Puis, Jacques Morel, un personnage récurrent qui ne récurera plus rien puisqu’il est mort d’un cancer à la fin de l’épisode précédent : « Le jour des Morts ».

Sans pitié ni remords : 9 novembre, cimetière du Montparnasse. Le capitaine Mehrlicht assiste, en compagnie de son équipe, aux obsèques de son meilleur ami, Jacques Morel. Quelques heures plus tard, il se retrouve dans le bureau d’un notaire qui lui remet, comme « héritage », une enveloppe contenant un diamant brut. Il s’agit de l’un des yeux d’une statue africaine, le Gardien des Esprits, dérobée dix ans auparavant lors du déménagement du Musée des arts africains et océaniens, que Jacques avait supervisé, et recherchée depuis par la « Police de l’Art ». Merlicht prend un congé et son équipe se retrouve sous le commandement du capitaine Cuvier, un type imbuvable aux multiples casseroles, quand les inspecteurs Latour et Dossantos sont appelés sur la scène de l’apparent suicide d’un retraité. Quelques heures plus tard, ils assistent impuissants à la défenestration d’une femme qui, se sentant menacée, avait demandé la protection de la police. Les deux « suicidés » avaient un point commun : ils travaillaient ensemble au MAOO lors de son déménagement. Ces événements marquent le début de 48 heures de folie qui vont entraîner Mehrlicht et son équipe dans une course contre la montre, sur la piste de meurtriers dont la cruauté et la détermination trouvent leur origine dans leur passé de légionnaires. Une enquête sous haute tension, dans laquelle débordent la fureur et les échos des conflits qui bouleversent le monde en ce début de XXIe siècle.

Jacques Morel est mort, donc, et, pourtant, l’auteur en fait le personnage central de cette histoire.

Après l’enterrement de son vieux pote, Merhlicht assiste à l’ouverture de son testament en présence d’un étrange flic noir.

Jacques Morel, dans son testament, en plus de ses affaires lègue à son ami un diamant... diamant qui figurait l’un des deux yeux d’une statue africaine qui a disparu il y a quelques années.

Le flic noir, Kabongo, fait justement partie du service de l’OCBC, l’Office Central de lutte contre le trafic de Biens Culturels. Il soupçonne Jacques Morel d’avoir participé au casse pendant lequel la statuette a disparu.

Merhlicht ne va alors avoir qu’un seul but : démontrer l’innocence de son défunt ami.

Pour ce faire, il va suivre tout un jeu de piste que Jacques Morel a mis en place avant sa mort, jeu mettant en œuvre des sudokus, mots fléchés, jeux d’acrostiche... qui sont censés le mener petit à petit à la réponse du mystère.

Problème, une bande de dangereux mercenaires refait surface et leur but est, apparemment, d’éliminer tous les participants au fameux casse et récupérer la statuette.

Nicolas Lebel a bien cerné les atouts de ses précédents romans et les conserve dans celui-ci.

Ainsi, bien évidemment, les personnages reviennent (même d’outre-tombe), mais également l’humour, les répliques cinglantes et les « running gags » (gag revenant périodiquement).

Le générateur de ces fameux gags, dans les opus précédents, était la sonnerie de téléphone de Merhlicht, une sonnerie sous forme de « répliques d’Audiard », « Chanson de Jacques Brel » ou, ici, de « répliques de vieux sketches ». C’est le fils de Merhlicht, un gamin de 17 ans, qui lui installe ces applications, car son père est technophobe (en plus de tout ce qu’il déteste déjà).

Évidemment, ces répliques, issues de sketches de Michel Leeb, Coluche, Desproges et autres, vont toutes tomber à point nommé et vont surtout toutes avoir des consonances racistes (du moins, quand elles sont retirées de leurs contextes), ce qui va mettre Merhlicht dans l’embarras puisqu’il va passer son temps en présence de Kabongo.

L’une des grandes forces des épisodes précédents était la relation touchante et émouvante entre Merhlicht et Morel. On se demandait comment Nicolas Lebel allait se passer de ces moments : il ne s’en passe pas, cette relation est encore omniprésente et délivre son lot d’émotions, notamment à la toute fin.

Pour ce qui est du reste, l’auteur nous livre une histoire très rythmée, plaisante à lire, qui délivre son quota d’action, d’humour et d’émotions.

Puis, il y a les petites histoires annexes qui offrent un petit plus.

Histoires qui concernent nos héros comme la relation entre Sophie Latour et un sans-papiers, dont la crainte de l’un et de l’autre est que celui-ci se fasse arrêter et reconduire dans son pays.

Histoire de Dossantos, amoureux de Latour... au point de refuser qu’elle soit malheureuse et de renouer des liens dangereux avec des relations de sa jeunesse, relations toxiques, issues d’un groupe fasciste et dont l’un d’entre eux est devenu un membre influent qui peut obtenir des papiers pour le compagnon de Latour. Mais tous les services se paient et Dossantos va payer le prix fort.

Histoire d’un père et d’un fils entre les Merhlicht, livrés à eux-mêmes après le décès de la mère, de la femme, qui laisse un grand vide dans les deux vies, deuil que chacun vit à sa manière.

Histoire, enfin, des mercenaires, d’un mercenaire, dont le passé va ressurgir petit à petit afin d’expliquer ce qu’il est devenu et ce qu’il va devenir.

C’est ce dernier point que je mettrais dans une balance sans savoir si c’est un plus ou un moins.

Je le reprochais déjà dans d’autres chroniques, les auteurs de romans policiers en devenir, ceux qui commencent à avoir du succès après un ou deux romans et qui tentent de singer leurs confrères plus aguerris, en prenant leurs tics d’écriture qui ne sont pourtant pas forcément des atouts. Ainsi je dénonçais les auteurs que j’avais appris à aimer avec leur premier roman et qui, au fur et à mesure des livres, lissaient leurs plumes et suivaient le petit guide du « l’écriture du polar pour les Nuls) en évitant les tournures de phrases complexes, les mots compliqués, mais, surtout, en se lançant dans le chapitrage alterné, mélangeant deux histoires qui vont finir par se rejoindre.

C’était le cas d’Olivier Norek, Bernard Minier et consorts... Je l’avais déjà noté dans le précédent opus de Nicolas Lebel, même si ce travers était léger (les chapitres de la seconde histoire étaient rares et courts). C’est encore le cas ici même si l’ensemble reste digeste et ne nuit pas à la lecture. Ce sera le cas, encore plus, dans le suivant, mais là, je pense que cela posera problème...

Mis à part ce détail, l’ensemble se lit avec un grand plaisir. L’histoire est intéressante, l’intrigue est bien menée, le jeu de piste intéressant à suivre, il y a du suspens, de l’humour, de l’action, de la violence, des cons (au moins un)...

La seule chose qui manque dans cet épisode, c’est la présence du stagiaire, la cible des railleries de Mehrlicht. Mais cela s’explique facilement du fait que Merhlicht est en congé, donc, ne peut avoir de stagiaire à s’occuper. 

Au final, chaque roman de Nicolas Lebel mettant en scène ses héros récurrents est encore plus agréable à lire que le précédent alors que chaque précédent était déjà agréable à lire. Qu’en sera-t-il du 4e ? La suite dans un prochain épisode !

De cauchemar et de feu

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Nicolas Lebel (l’écrivain) est forcément une belle rencontre littéraire puisque je viens de lire quatre de ses romans consécutivement, les quatre romans mettant en scène ses personnages récurrents que sont le capitaine Merhlicht, les inspecteurs Latour et Dossantos, le Commissaire Matiblout, le médecin légiste Carel et le stagiaire (qui change selon l’épisode puisqu’un stagiaire est forcément de passage).

Je passe la bio de l’écrivain, comme à chaque fois, elle est succincte et ne m’intéresse pas plus que celles de ses confrères (je ne m’intéresse qu’aux textes).

Pour rappel, le capitaine Merhlicht est un petit homme d’une cinquantaine d’années, maigrichon, à la tête de batracien avec de gros yeux globuleux, de rares cheveux, un teint verdâtre et qui est à la fois attachant et détestable. Fumeur invétéré, veuf depuis deux ans, père d’un ado, il avait, jusqu’à présent, son ami Jacques, ancien collègue, pour l’occuper. Ce dernier était à l’hôpital en phase terminale d’un cancer des poumons dans les deux premiers épisodes et, même mort, dans le troisième, était le personnage central.

On était alors en droit de se demander ce que deviendrait Merhlicht sans Jacques. Nicolas Lebel nous répond à la question avec « De cauchemar et de feu ».

De cauchemar et de feu : Paris, jeudi 24 mars 2016 : à quelques jours du dimanche de Pâques, le cadavre d’un homme d’une soixantaine d’années est retrouvé dans un pub parisien, une balle dans chaque genou, une troisième dans le front. À l’autopsie, on découvre sur son corps une fresque d’entrelacs celtiques et de slogans nationalistes nord-irlandais. Trois lettres barrent ses épaules : IRA. Le capitaine Mehrlicht fait la grimace. Enquêter sur un groupe terroriste irlandais en plein état d’urgence ne va pas être une partie de plaisir. D’autant que ce conflit irlandais remonte un peu. Dans ce quatrième opus, Nicolas Lebel nous entraîne sur la piste d’un assassin pyromane, un monstre né dans les années 70 de la violence des affrontements en Irlande du Nord, qui sème incendie, chaos et mort dans son sillage, et revient aujourd’hui rallumer les feux de la discorde à travers la capitale.

Il faut bien avouer que l’atout principal de la série est le personnage de Merhlicht (ça tombe bien, c’est le personnage principal). Sa mauvaise humeur permanente et ses réparties cinglantes sont à l’origine de la plupart des sourires que procure la lecture de ces romans. Mais Merhlicht, via la relation avec Jacques, puis celle avec son fils, est également à l’origine de la plupart des moments d’émotions.

De plus, l’auteur use de deux tactiques déloyales (enfin, si l’on considère que fidéliser son lecteur est déloyal) pour conserver le lecteur dans son giron. La première est l’utilisation d’un gimmick, d’un running gag, d’une blague récurrente (appelez cela comme vous voulez) avec l’histoire de ses sonneries de téléphones qui tombent toujours à pic. Effectivement, plutôt qu’une sonnerie banale, le fils du capitaine lui installe, chaque fois, une application différente pour personnaliser la sonnerie (dialogues d’Audiard, chansons de Brel, morceaux de vieux sketches et, dans cet épisode, des questions de Julien Lepers, l’ennemi juré du policier).

Ces sonneries entrent toujours en résonnance avec la situation et tombent à point nommé.

La seconde tactique consiste à proposer une histoire principale résolue à la fin de chaque titre et d’une histoire secondaire qui s’étend de l’un à l’autre ce qui fait que même quand on a terminé un roman, on est pressé de passer au suivant pour savoir ce qu’il se passe. En l’occurrence, c’est la relation particulière entre Latour et Dossantos qui est au centre de cette histoire secondaire. Dossantos, amoureux transi de Latour, mais qui, apprenant que celle-ci est en couple avec un sans-papiers, va renouer avec un personnage de son passé pour tenter d’obtenir une carte de séjour à son rival, pour faire le bonheur de sa bien-aimée, quitte à faire le sien doublement. Premièrement, parce qu’il aide un rival. Secondement, parce que le service qu’il va demander à son ancienne relation va lui coûter très cher et le foutre dans la merde.

Bien sûr, Nicolas Lebel ne se contente pas de ces deux éléments, il apporte également une plume agréable et une histoire plutôt intéressante et rondement menée.

Je dis rondement menée, car, je notais déjà depuis deux épisodes, que l’auteur semblait de plus en plus utiliser le manuel « L’écriture de polar pour les Nuls », en utilisant un processus que je reproche à beaucoup d’auteurs, celui du récit alterné. En clair, deux histoires différentes sont narrées alternativement (que ce soit deux histoires en parallèle ou deux histoires qui se déroulent à des époques différentes) et le lecteur passe de l’une à l’autre et les histoires se développent à tour de rôle.

Dans les deux précédents épisodes, la pratique était présente, mais pas omniprésente. Les chapitres de la seconde histoire étaient rares et courts.

Ici, malheureusement, les chapitres sont plus nombreux (presque autant que ceux consacrés à l’enquête) et presque aussi longs. Je dis « malheureusement » parce que, si cette tactique permet de dynamiser faussement un récit et d’en faire un « page turner » (livre à suspens dont on tourne les pages pour connaître la suite) à moindres frais, il n’en reste pas moins un simulacre. Cependant, si ce procédé me dérange toujours ou presque du fait qu’il n’est que faux semblant, l’utiliser dans un « One shot » (un roman avec des personnages qui ne seront pas réutilisés) est encore acceptable. Mais, dans le cas d’une série et, encore plus, quand on a déjà dégusté plusieurs épisodes avec les mêmes personnages, l’envie du lecteur, du moins, le mien, est clairement de suivre les pérégrinations de mes héros (en l’occurrence, Merhlicht, Latour et Dossantos). Cependant, là, quasiment un chapitre sur deux, j’étais obligé de suivre d’autres personnages et une autre histoire, ce qui m’a tout de même plutôt gêné.

Alors, certes, à la décharge de Nicolas Lebel, ce dernier, par l’intermédiaire de ces chapitres en sus, tente de nous raconter tout un pan de l’histoire de l’Irlande du Nord, de l’IRA, des horreurs de ces affrontements religieux et territoriaux. Il essaye d’expliquer la naissance d’un tueur sanguinaire issu d’un personnage qui, pourtant, était destiné à tout autre qu’à devenir un assassin sauvage. Bien sûr, ces chapitres apportent leur lot de réponses à des questions que l’on ne se pose pas forcément. Probablement que le sujet intéresse l’auteur (il est linguiste, a fait des études de lettres et d’anglais, a vécu un temps en Irlande), mais, à mon sens, si l’auteur voulait absolument parler de ce sujet, il aurait dû y consacrer un roman entier (d’ailleurs, il y a de la matière pour cela). Là, présentement, moi, ce que je voulais, c’est suivre les aventures de Merhlicht et ses hommes (et femme) et là, j’étais un peu frustré de devoir, à chaque fois, replonger dans le passé de l’Irlande du Nord, un sujet qui, en plus, ne m’intéresse pas plus que cela.

Ceci dit, et malgré le bémol dont je viens de parler, le roman est plutôt plaisant à lire et, même si Jacques n’est plus et que les moments d’émotions sont moins nombreux (et ceux d’humour un petit peu moins également) il reste bien des personnages et des récits secondaires pour rythmer l’ensemble et offrir son lot de bons moments. Le policier anglais et ses soi-disant expressions françaises, les problèmes de Dossantos, l’idylle naissante entre Merhlicht et Mado...

Au final, même si je regrette cette alternance de chapitres et l’omniprésence de l’histoire secondaire qui m’intéressait moyennement, il faut bien avouer que Nicolas Lebel a su mener son histoire de bout en bout, faire évoluer ses personnages tout en en conservant les atouts et nous berner jusqu’à la fin en laissant l’histoire secondaire en suspens, prenant le lecteur dans ses filets et le forçant à attendre le prochain opus pour savoir comment tout cela va évoluer. Moi qui n’aime pas les romans à suite, voilà que je suis piégé dans une suite qui n’en est pas une tout en en étant une, mais sans en être une. Sacré Nicolas Lebel.

Le mort en croupe

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8e enquête du Commissaire Marcassin épaulé par son ami le détective américain, Gordon Periwinkle, alias Old Jeep. L’aventure est signée Marcel Priollet, un auteur majeur de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle.

Pour rappel :

Le Commissaire Marcassin est un quinquagénaire à la moustache grisonnante (enfin, pas là), trapu, massif, bourru, rustique, fumeur de cigarettes roulées. Il a une prédilection pour la réflexion.

Old Jeep est un détective américain trentenaire, athlétique, souple, beau gosse, bien élevé. Il a une prédilection pour l’action.

LE MORT EN CROUPE : Rien de plus logique qu’un assassin disparaisse, son forfait effectué. Mais il est assez rare que le cadavre en fasse de même. C’est pourtant assurément le cas, dans le meurtre d’un jeune notable. Du moins, d’après les dires d’un voisin infirme qui a entendu des cris et des détonations provenant du pavillon situé en face de chez lui. Surtout qu’il a aperçu un homme quitter les lieux, un sac volumineux sur l’épaule. Le tueur et la dépouille auraient fui dans une vieille voiture rouge, le premier au volant, le second sur la banquette arrière. Le célèbre Commissaire MARCASSIN, chargé de cette étrange affaire, va entraîner son fidèle ami Gordon PERIWINKLE alias OLD JEEP, dans l’aventure en marchant sur des œufs, car la victime autant que le principal suspect sont de hauts diplomates respectés…

Le commissaire Marcassin reçoit un appel anonyme d’une jeune femme lui annonçant un probable meurtre dans un pavillon et précisant que le coupable est probablement à chercher dans une soirée organisée par un diplomate.

Seulement, si les lieux indiqués semblent bien avoir été les témoins d’un crime, la police ne trouve aucun corps sur place.

Encore une fois, c’est le commissaire Marcassin qui va mener la barque et prendre la direction de l’enquête ainsi que voler la vedette à son ami et collègue. Il faut dire qu’étant homme de réflexion, il a plus à faire que Old Jeep qui lui est plus un homme d’action.

On retrouve donc les deux personnages dans leurs rôles habituels (même si Marcassin s’est rasé la moustache pour l’occasion) ainsi que le style usuel de l’auteur.

Je n’aurais donc pas grand-chose à dire sur cet épisode que je n’aurais déjà dit sur les précédents puisque celui-ci est tout aussi agréable à lire que les autres.

Encore une fois, Marcel Priollet ne dédaigne pas son histoire au profit de ses personnages et livre une intrigue qui tient la route (toute proportion gardée par rapport à la taille concise du texte : moins de 20 000 mots).

Mais, cette fois, la perspicacité du commissaire Marcassin sera mise à rude épreuve.

Au final, encore un bon épisode qui se lit agréablement.

07 septembre 2018

Fête du Livre et des Éditeurs de Céret 2018

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Situé dans le Vallespir, au creux de la vallée du Tech dont les eaux rafraîchissent les pieds du Pont du Diable, arche de pierres datant du moyen-âge, Céret est une ville magnifique ayant connu les constructions romaines, les Comtes d’Empúries, l’annexion du Roussillon à la France...

Mais Céret est surtout connue pour sa Fête de la Cerise, sa Féria, son Musée d’Art Moderne, et, depuis 11 ans, pour son salon littéraire : La Fête du Livre et des Éditeurs.

Depuis onze ans, les rues de la vieille ville, protégées du soleil par de magnifiques platanes, abritent chaque année l’un des salons littéraires les plus attractifs de la région et, probablement, mon préféré de tous.

Effectivement, ce salon brille de par l’investissement dans l’organisation, mais aussi dans son déroulement, d’une association de lecteurs motivés et curieux.

Cette petite introduction qui ne vous est pas étrangère, puisque j’usais de la même présentation liminaire pour présenter, l’année dernière, le dixième anniversaire de cette manifestation, n’a d’autre but que d’annoncer la présence de toute l’équipe d’OXYMORON Éditions à la Fête du Livre et des Éditeurs de Céret 2018 (tout comme en 2017, 2016, 2015, 2014...)

Bref, vous aurez compris que je participe chaque année à ce salon littéraire et, si je ne devais être présent qu’à un salon de la région (ce qui risque bien d’arriver un jour, étant donné mon franc parlé et ma propension à bêler contre les loups), ce serait celui-là (à moins, bien évidemment, de me faire évincer de l’évènement, ce qui pourrait être possible, car, avec moi, tout est possible).

Mais quel dommage cela serait si je n’étais point présent à ce salon si bien ombragé, tant pour moi (je le répète, ce salon est mon préféré), que pour les autres ! Car, oui, ma présence est nécessaire à la biodiversité de la faune littéraire tout comme le castor l’est pour le milieu terrestre et aquatique en abattant des arbres et construisant des barrages. Bon, personnellement, j’use plus de ma plume (ou de l’ordinateur) que du membre influant du rongeur pour interagir avec l’écosystème dans lequel je végète à rien (comme disait Bill Clinton, qui était végétarien – si on ne le sait pas, on ne peut pas comprendre la blague – bien que cela ne l’empêchait pas de faire manger de la viande à sa stagiaire).

J’oubliais qu’il me faut museler ma propension aux circonvolutions littéraires et autres homélies (si tu savais, tout le mal que l’on m’a fait...) pédantes qui siéent pourtant magnifiquement à ma verve légendaire au risque de me faire mal voir par les aveugles, guère mieux par les borgnes et je ne parle pas des sourds qui s’y entendent pour me tirer l’oreille.

Mais revenons à ce salon littéraire, puisqu’il s’agit tout de même du sujet de ce message.

Badauds et badauds, passants et passantes, stagnants et stagnantes, lecteurs et lectrices, soyez rassurés ! Vous qui doutiez de la présence d’OXYMORON Éditions à la Fête du Livre et des Éditeurs de Céret 2018, ne doutez plus. Car, quand il y a des livres et quand il y a des éditeurs, il y a forcément OXYMORON Éditions (sauf quand on devient personna non grata).

Cette année, réjouissez-vous, vous, papivores invétérés (ou invertébrés, tout dépend si vous avez mangé du calcium quand vous étiez petits), car vous allez avoir accès, en plus de tous les magnifiques livres que vous aviez l’habitude de trouver sur notre stand, de trois sommets de la littérature policière : l’ultime opus de la désormais célèbre (auprès de cinq personnes) saga « Wan & Ted », « Wan & Ted – Le tueur aux fourmis » (à moins que je décide d’en écrire un autre, qui sait, j’en serais capable). Retrouvez également le dernier (là, c’est sûr, l’auteur refuse d’en écrire d’autres, et pour cause, il est mort depuis un siècle) opus des enquêtes du célèbre petit détective parisien, « Toto Fouinard » de Jules Lermina. Et l’un des meilleurs romans d’aventures policières de la littérature populaire, signée de l’incontournable José Moselli, et introuvable jusqu’ici : « La momie rouge », un roman exaltant au suspens insoutenable.

En plus de tout cela, vous pourrez vous délecter des ouvrages usuels de notre catalogue dont je vous recommande particulièrement « M.A.D. - Marc Antoine Decome, détective » avant la sortie, en début d’année prochaine, de sa suite.

Que dire de plus si ce n’est que nous serons présents de 9 h 30 à 18 h, à l’endroit habituel, Boulevard Jean Jaures et alentours.

Alors, n’hésitez pas, venez nous voir ce dimanche 9 septembre 2018, car, comme les espèces rares, nous méritons le détour.

À dimanche.

02 septembre 2018

La double mort de Barnabé Klain

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Rodolphe Bringer est un auteur majeur de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle qui œuvra principalement dans les genres « policier », « humour » et « sentimental ». Il fut également journaliste dans divers journaux, notamment des journaux satiriques.

Dans son immense production, on retiendra, du moins, je retiendrai, principalement, un personnage récurrent : Emmanuel Rosic, un commissaire de police, qui apparaît dans 13 histoires (14 si l’on compte une très courte nouvelle).

Le commissaire Rosic a pour principale caractéristique de ne pas être figé dans l’œuvre de son auteur, ni par son caractère ni par sa présence.

Ainsi, le commissaire Rosic peut devenir le héros de l’enquête, ou bien le dindon de la farce quand, trop sûr de lui, il se fait doubler par un détective.

De même, le commissaire Rosic peut être omniprésent dans une histoire, ou très en retrait, voire, n’intervenir que très tardivement.

La double mort de Barnabé Klain :

Édouard Montel, jeune trentenaire revenu d’Afrique après un exil forcé consécutif à des ennuis avec la justice, revient en France où il retombe rapidement dans ses travers.

Ruiné aux jeux, sans famille, sans amis, il décide d’en finir avec la vie et se rend dans le vieux château délabré, unique témoignage de la grandeur passée de sa famille pour se suicider.

Le canon de son browning contre la tempe, prêt à appuyer sur la détente !

Une détonation !

Pourtant son arme est demeurée silencieuse !

Édouard Montel, poussé par la curiosité, cherche d’où peut bien provenir le coup de feu et ne tarde pas à tomber sur le cadavre d’un homme bien mis aux poches pleines…

Que faire ?

Est-ce un signe de la providence ?

Cet argent tombé du ciel peut le remettre en selle !

Mais le jeune homme est loin de se douter de l’ampleur des ennuis dans lesquels il s’apprête à plonger !!!

Édouard, un jeune homme a la vie dissolue, ayant perdu ses parents, fêtard invétéré, se met à magouiller pour se faire de l’argent. La police l’arrête, mais celui-ci étant le neveu d’un haut magistrat, au lieu d’être emprisonné, il est convié à s’exiler, ce qu’il fait en partant au Congo pendant 7 ans.

À son retour au pays, tout a changé, sauf lui, qui est toujours épris de fête et de jeux. Il ne tarde pas à tout perdre et, acculé, ruiné, esseulé, il décide de se suicider dans les ruines du château familial.

Au moment de mettre sa menace à exécution, il entend une détonation dans le château. Il chercher d’où cela peut venir et tombe sur un cadavre encore chaud. Dans ses poches, une grosse liasse de billets, de quoi éponger ses dettes et se refaire.

Pensant que c’est la Providence qui lui a mis cet argent sur sa route au moment où il était désespéré, l’homme prend l’argent et s’en va jouer au casino et le fait fructifier.

En route, il rencontre un ami de régiment qui est gêné aux entournures, mais qui attend un homme avec qui il fait des affaires, un antiquaire, qui doit lui donner de l’argent. Très vite, Édouard comprend que l’homme mort dans son château est l’antiquaire. Problème, il apprend dans la foulée que le même antiquaire est censé être mort dans un accident de voiture, celle-ci ayant fait une embardée et ayant plongé dans le Rhône sans que le corps soit retrouvé.

Du coup, intrigué par cette histoire et voulant en connaître le fin mot de l’affaire, il accepte d’accompagner son ami sur les lieux du drame. Mais, chemin faisant, il se rend compte que son ami est effrayé à l’idée que le cadavre de l’antiquaire soit retrouvé. Tellement effrayé que celui-ci finit par s’enfuir en Suisse avec seulement quelques centaines de francs en poche.

Bien décidé à comprendre la terreur de son ami et cette histoire de double mort de Barnabé Klain (mort, officieusement, dans le château d’une balle dans la nuque et mort, officiellement, dans l’accident de voiture), Édouard va se lancer dans l’enquête.

La lecture de ce roman entre en résonnance avec celles des épisodes de la série « Marc Bigle » écrits par Gustave Gailhard dont les premières éditions remontent à une dizaine d’années avant.

Si ce n’est le principe de narration (première personne chez Gailhard, troisième personne chez Bringer), les personnages sont assez proches et leurs histoires également. Effectivement, on est face à deux personnages qui aiment jouer et qui, ruinés, se retrouvent face à un dilemme qui peut faire d’eux des hommes riches à condition d’accepter d’empocher l’argent d’un mort.

Bien évidemment, là ou presque s’arrête les similitudes bien que la propension des deux personnages à tomber, par hasard, sur des personnes qu’ils connaissent en font deux « Candide » en herbe (lire l’œuvre de Voltaire pour mieux comprendre).

Mais là où Marc Bigle, à part la décision de conserver l’argent, avait toujours été honnête, et devenait malhonnête pour conserver son train de vie, c’est le processus inverse que va expérimenter Édouard Montel qui, malhonnête au départ, va voir dans cet argent, la possibilité de se racheter une conduite et de mener une vie bien rangée (surtout après avoir rencontré Toniella, la fille de la fleuriste chez qui Édouard, jeune, se fournissait en fleurs pour en couvrir ses conquêtes de l’époque).

Excepté ces multiples coïncidences qui mettent à chaque fois sur la route du héros les personnages de son passé (mis à part celle de sa cousine qui sera expliquée par la suite), le cheminement du récit est plutôt agréable bien que l’on sente et que l’on puisse s’exaspérer de la propension de l’auteur de faire répéter, par son personnage, les mises au clair de la situation, dans le but, probablement, d’allonger le récit pour le faire tenir sur un nombre de pages suffisant pour en faire un roman publiable sous forme de livre et non pas dans un format fasciculaire.

Rodolphe Bringer abandonne ou presque son système de narration des précédents titres mettant en œuvre le commissaire Rosic (un chapitre consacré à la présentation et à l’histoire de chaque personnage) pour en faire un roman plus linéaire, mais également plus digeste (à part les mises au point répétitives).

Encore une fois, tout comme dans « Kérapian le justicier » et « Feu Grimaud », le commissaire Rosic apparaît tardivement, très tardivement, même, et n’a qu’un rôle subalterne dans l’histoire.

On notera que, tout comme dans les deux titres précités, il est encore question des colonies françaises. Au passage, on se désolera quelque peu de la vision qu’avaient les Occidentaux de l’époque des populations africaines.

Au final, mise à part les répétitions des réflexions du héros, le hasard qui le fait un peu trop souvent rencontrer des personnages de son passé qui ont en même temps rapport avec le défunt et le fait que le commissaire Rosic soit si peu présent, Rodolphe Bringer nous propose un bon roman policier d’aventures dans la veine des « Marc Bigle » de Gustave Gailhard.

Le jour des morts

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Nicolas Lebel, un écrivain auquel j’allais bientôt revenir, comme je vous l’avais dit dans la chronique sur « L’heure des fous ». En fait, j’ai enchaîné les deux romans pour retrouver les mêmes personnages : Mehrlicht, Dossantos, Latour, Matiblout, Jacques... mais pas le stagiaire Ménard (quoique).

Nicolas Lebel, je ne reviendrai pas sur sa bio, puisque, de toute façon, je ne la connais pas et, comme je vous l’avais dit dans la chronique sur le premier livre de la série : Je m’en fous. De sa bio, de celles des autres auteurs, tant, chez un écrivain, ce qui m’intéresse, ce sont ses textes, ses personnages, son style. Certes, ses inspirations peuvent m’importer, mais c’est tout.

On ne change pas une équipe qui gagne et cela tombe bien, l’auteur n’a changé personne, à part le stagiaire Ménard, puisqu’un stagiaire ne peut être que de passage.

Mais rassurez-vous, un autre stagiaire débarque, car il faut bien une tête de Turc à Mehrlicht.

Le jour des morts :

Paris à la Toussaint. Le capitaine Mehrlicht, les lieutenants Dossantos et Latour sont appelés à l’hôpital Saint-Antoine : un patient vient d’y être empoisonné. Le lendemain, c’est une famille entière qui est retrouvée sans vie dans un appartement des Champs-Élysées. Puis un couple de retraités à Courbevoie...
Tandis que les cadavres bleutés s’empilent, la France prend peur : celle qu’on surnomme bientôt l’Empoisonneuse est à l’œuvre et semble au hasard décimer des familles aux quatre coins de France depuis plus de quarante ans. Les médias s’enflamment alors que la police tarde à arrêter la coupable et à fournir des réponses : qui est cette jeune femme d’une trentaine d’années que de nombreux témoins ont croisée ? Comment peut-elle tuer depuis quarante ans et en paraître trente ? Surtout, qui parmi nous sera sa prochaine victime ? Dans la tornade médiatique et la vindicte populaire, chacun reconnaît la tueuse : elle est une voisine, une sœur, une ex, et la chasse aux sorcières s’organise. Mais derrière l’Empoisonneuse, c’est la Mort elle-même qui est à l’œuvre, patiente et inexorable : nul ne lui échappera.

Nicolas Lebel reprend donc ses personnages et les lance dans une nouvelle enquête.

Mehrlicht, le commissaire à la tête de grenouille, au teint vert, au cheveu rare, à la voix cassée par l’abus de cigarettes, qui ne cesse de râler et de s’en prendre au stagiaire.

Latour, la fliquette un peu en retrait.

Dossantos, le flic bodybuildé accro au Code pénal.

Jacques, l’ancien partenaire en train de crever à l’hôpital d’un cancer des poumons.

Exit Ménard, c’est un nouveau stagiaire que le boss Matiblout met dans les pattes de l’équipe. Le problème, le type est un beau gosse qui se la pète et qui est le fils d’un haut placé.

Le roman débute par une scène à l’hôpital durant laquelle le commissaire Mehrlicht et Jacques, son ancien collègue qui est atteint d’un cancer en phase terminale, font les fous pour fêter Halloween, retrouvant leurs âmes d’enfants, et l’insouciance qui va avec afin d’occulter la triste réalité : Jacques va bientôt mourir.

Mais, dans le même hôpital, au même moment, un homme meurt empoisonné. Le seul témoin parle de l’Ange de la mort en personne, mais ce dernier n’a pas toute sa tête. Les vidéosurveillances font apparaître une étrange jeune femme qui est indéniablement l’empoisonneuse. 

À partir de là commence un macabre compte à rebours où les morts s’enchaînent.

L’auteur ne se démunit pas de l’humour qui avait fait le succès du premier roman, conservant les personnages tels qu’on les a appréciés, commençant son histoire par une scène à la fois drôle et touchante entre Mehrlicht et Jacques.

Dossantos se révèle tout aussi rigide que dans le premier opus, accro aux sports de combat, à la musculation et au Code pénal.

Latour est toujours en retrait même si sa vie privée est un peu plus mise en avant du fait de sa relation avec un sans-papiers.

Nicolas Lebel conserve donc le style, les personnages et l’humour du premier roman et en profite pour proposer une intrigue un peu plus intéressante et mieux menée même si on sent que l’auteur cherche à se professionnaliser en proposant une narration alternée entre deux évènements qui finiront par se rejoindre.

Effectivement, ce travers est souvent présent dans le troisième roman d’un auteur de romans policiers commençant à avoir du succès (voir « Surtensions », 3e roman d’Olivier Norek, « N’éteins pas la lumière », 3e roman de Bernard Minier). D’ailleurs, si « Le jour des Morts » est le deuxième opus des aventures du commissaire Merhlicht, c’est également le troisième roman de son auteur.

C’est d’ailleurs ce qui sera le plus à regretter dans le roman, cette narration alternée entre l’enquête sur l’empoisonneuse et la vie de ce libraire à la recherche de livres rares pour ses clients. Car, même si, pour tout lecteur, la passion des livres est un sujet intéressant, au sein du roman, elle n’apporte pas grand-chose si ce n’est à justifier la scène finale. Et c’est donc des chapitres très courts qui sont consacrés à ce personnage de libraires, des chapitres qui ont le tort de ralentir l’enquête sans rien apporter en retour.

Mis à part cela et la toute fin (sachant qu’il y a encore au moins deux romans à venir dans la série), il n’y a pas grand-chose à jeter dans ce roman et Nicolas Lebel se révèle efficace et plutôt doué.

Au final, un opus encore meilleur que le précédent qui, pourtant, était déjà pas mal du tout. Cela promet pour la suite.

Douze... et un treizième

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Marcel Priollet est un auteur majeur (c’est confirmé, il avait plus de vingt et un ans à l’époque) de la littérature populaire qu’il alimenta par une très nombreuse production de textes sentimentaux, d’aventures, policiers... sous de nombreux pseudonymes.

Dans le genre policier, il proposa, entre autres, deux séries courtes (8 et 10 titres) via les éditions Tallandier : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs », la seconde succédant à la première.

« Douze... et un treizième » est le septième opus des aventures du commissaire Marcassin et du détective américain Gordon Periwinkle, alias Old Jeep.

Marcassin est un cinquantenaire à la moustache grisonnante, mafflu, rustique et ronchon, fumeur invétéré de cigarettes qu’il adore se rouler.

Old Jeep est un trentenaire au sourire parfait, à la stature d’athlète (c’est un ancien gymnaste) et à la parfaite éducation.

Le premier aime réfléchir. Le second préfère agir.

Douze... et un treizième : L’antiquaire Paget-Payen a été retrouvé, au petit matin, le crâne fracassé, dans sa boutique. Mais le concierge est catégorique, aucun étranger n’est entré ou sorti de l’immeuble abritant l’échoppe de la nuit. Le coupable est donc, probablement, un des douze locataires que les murs abritent. Les soupçons se portent rapidement sur l’un d’eux, Frantz Darbois, un musicien amoureux fou de la vendeuse du commerçant d’autant que le vieil homme avait décidé d’entretenir la jeune femme. Le commissaire Marcassin, aidé du fils d’un vieil ami qui veut entrer dans la police et de son ami Old Jeep, va mener son enquête pour découvrir laquelle des douze personnes est le meurtrier. Mais en est-il des suspects comme des marchandises ? Le commissaire Marcassin en recevra-t-il treize à la douzaine ?  

Paget-Payen, l’antiquaire croisé dans l’épisode « La rose de verre », est retrouvé assassiné dans sa boutique et le tueur ne peut qu’être un des habitants de l’immeuble abritant l’échoppe, soit, l’un des douze locataires.

Le commissaire Marcassin est chargé de l’affaire et sera épaulé par le jeune André Chavigny, le fils d’un vieil ami qui est venu lui demander son aide pour entrer dans la police. Le commissaire, à qui le môme est sympathique, accepte de tester ses capacités sur l’affaire concernant l’antiquaire et le traîne avec lui sur les lieux.

À la lecture du début de cet épisode, on se dit que Marcel Priollet va une nouvelle fois faire de Marcassin le personnage principal et reléguer Old Jeep au second plan, comme il l’a toujours fait jusque là. D’autant que la présence de Chavigny pourrait laisser penser que l’auteur tente d’introduire un nouveau personnage (un peu comme les scénaristes actuels, le font dans les séries qui durent, afin de tester certains changements envisagés auprès du public), mais comme Marcel Priollet nous avait déjà fait le coup précédemment avec l’inspecteur Belfontaine, on se doute que l’on ne retrouvera pas le jeune homme par la suite.

Que dire de cet épisode que je n’ai déjà dit des précédents ? Rien ! l’épisode possède les mêmes qualités (et les mêmes défauts pour ceux qui auraient espéré qu’Old Jeep prenne le dessus sur Marcassin).

Encore une fois Marcel Priollet, contrairement à certains de ses pairs, nous propose un récit qui n’est pas porté par ses personnages, mais dont ceux-ci font figure de cerises sur le gâteau. Entendez par là qu’il ne se repose pas uniquement sur ses héros pour procurer du plaisir de lecture et qu’il fait en sorte, avant tout, d’offrir une bonne histoire à ses lecteurs. Le fait de retrouver Marcassin et Old Jeep ne fait qu’ajouter encore plus de plaisir à ce court roman (moins de 19 000 mots).

D’ailleurs, l’histoire se révèle plutôt intéressante et l’intrigue enlevée (en prenant en considération la taille du texte qui ne permet pas, non plus de proposer un embrouillamini à la Franck Thilliez ou Christophe Grangé).

Les fausses pistes ne manquent pas, les non-dits non plus et les rebondissements sont présents même si le lecteur finit par se douter un peu avant les policiers de l’identité du tueur.

Pour le reste, il n’y a pas à dire, Marcel Priollet sait mener sa barque et maîtriser sa plume.

Au final, un septième épisode qui offre un septième plaisir de lecture et je serais même tenté que ce plaisir croît d’opus en opus (probablement l’attachement au personnage de Marcassin y est pour quelque chose).

L'homme nocturne

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Petit résumé des épisodes précédents :

Claude Ascain, de son vrai nom Henry Musnik, d’origine chilienne, mais écrivain de langue française, est un des piliers de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle.

Son immense production l’a amenée à réutiliser souvent les mêmes personnages, ce que l’on appellera « personnages récurrents » et parmi ceux-ci : Robert Lacelles, le gentleman-cambrioleur, clone un peu plus moderne (il date du début des années 50, 1949 pour le premier épisode) d’Arsène Lupin.

Robert Lacelles est donc un monte-en-l’air, qui fréquente la haute société et qui en profite pour repérer les pigeons qu’il va par la suite dévaliser.

Mais Robert Lacelles a surtout deux traits de caractère qui influent sur son comportement : il a horreur des injustices et il a un grand cœur.

C’est à cause de ces deux particularités que, bien souvent, plus que de voler son prochain, Robert Lacelles l’aide ou le pourchasse, selon du côté de sa morale où celui-ci se trouve.

« L’homme nocturne » est le 8e épisode d’une série qui, au départ, n’en était pas vraiment une puisque les aventures de Robert Lacelles ont été disséminées sans repaires, au sein d’une immense collection policière des années 1950, « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi, collection regroupant plus de 500 titres d’un format fasciculaire de 32 pages.

Ce sont donc de très courts romans policiers que proposait cette collection, format depuis délaissé par les éditeurs et, du coup, par les lecteurs, et qui est remis au goût du jour par les rééditions numériques d’OXYMORON Éditions, entre autres.

L’HOMME NOCTURNE : Robert LACELLES, le gentleman-cambrioleur au grand cœur, est fâché d’apprendre que les bijoux d’Ethel, avec qui il flirte, ont été dérobés alors qu’elle était en séjour, avec son père, dans une vieille auberge en Normandie. Cette offuscation n’est pas due aux sentiments qui l’unissent à la jeune femme, mais tout simplement parce qu’il s’était rapproché d’elle dans le but, justement, de la délester de ses joyaux. Aussi, Robert LACELLES va-t-il se rendre, incognito, dans l’hostellerie afin d’éclaircir le mystère qu’elle abrite et dans l’espoir de pouvoir… voler le voleur.

Robert Lacelles l’a en travers ! Quelqu’un a délesté son flirt des bijoux qu’il convoitait juste avant qu’il ait eu le temps de mettre la main dessus.

Le vol ayant eu lieu lors d’un séjour dans un château normand, Robert Lacelles décide de s’y rendre incognito afin d’enquêter sur les vols (car il y en a eu plusieurs), dans l’espoir de s’accaparer du trésor de son rival.

C’est donc a un petit jeu du « voleur volé » auquel on va assisté, avec un Robert Lacelles qui, pendant un temps, va un peu nager dans le potage, pédaler dans la semoule ou toute autre expression culinaire de votre choix.

Petit jeu puisque le format fascicule de 32 pages ne permet guère qu’une dizaine de milliers de mots d’exposition pour l’histoire et que les aventures de Robert Lacelles peinent à atteindre les 9 000 mots.

Mais, de toute façon, quand on décide de lire ce genre d’ouvrage on sait à quoi s’en tenir, du moins, n’attendons-nous pas à se retrouver face à une intrigue virevoltante et des personnages ciselés.

Non, le but du format fasciculaire est d’offrir un bon petit moment de lecture, le « petit moment » étant toujours assuré alors que le « bon » dépend de l’auteur.

Car, c’est un format très contraignant qui oblige d’avoir des qualités autres que celles que nécessitent le roman-fleuve. En plus d’un talent de plume et de narration, il faut avoir un talent de concision, savoir mettre en place une intrigue très rapidement, esquisser ses personnages suffisamment pour les rendre intéressants, mais pas trop pour ne pas prendre trop d’espace et savoir limiter ses ambitions.

Si le maître en la matière, à mes yeux, demeure Charles Richebourg et sa série « Odilon Quentin », d’autres auteurs s’en sont sortis honorablement (René Thomas et son inspecteur Lémoz, L. Frachet et son Père Leboeuf...) et beaucoup s’y sont cassé les dents.

Avec Robert Lacelles, Claude Ascain parvient à remplir son contrat en proposant des aventures agréables et rapidement lues.

Sans utiliser un style flamboyant que le format ne permet guère, en s’appuyant sur un personnage connu de tous (Arsène Lupin), il offre une série d’intrigues dans lesquelles Robert Lacelles alterne les rôles, une fois voleur, une fois détective, tout en ayant toujours soif de justice.

Au final, pas de la grande littérature, certes non, le format ne s’y prête pas, mais un très petit roman qui offre un petit moment agréable de lecture et c’est tout ce qu’on lui demande.

26 août 2018

L'affolante silhouette

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Marcel Vigier est un auteur énigmatique de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle dont on ne connaît guère plus qu’un de ses pseudonymes : H. de Luray.

Personnellement, ce que je retiens le plus chez Marcel Vigier, ce sont ses deux personnages récurrents : Florac et La Glu, dont je vous ai déjà parlé dans les chroniques sur les titres suivants : « Le collier d’ébène », « Le secret de la statue », « L’empreinte fatale », « La pierre qui bouge » et « L’armoire sans fond ».

Florac et La Glu, à ma connaissance, n’ont œuvré que dans sept aventures (les cinq dont j’ai déjà parlé, celle-ci plus « La lettre mortelle », roman très difficile à trouver à l’heure actuelle).

« L’affolante silhouette », bien que rééditée après les autres par OXYMORON Éditions, est en fait la seconde aventure (d’ailleurs, dans l’édition originale, « La lettre mortelle », première aventure du duo, est citée. Elle ne l’est pas dans la réédition, probablement parce que l’éditeur a peu d’espoir de pouvoir proposer cette enquête liminaire à ses lecteurs.

Florac est la tête pensante du duo, le maître, l’homme sage, celui qui réfléchit, déduit et comprend.

La Glu est le subalterne, les jambes et les bras, celui qui agit, qui obéit, sans chercher à comprendre.

Florac est bien élevé, cultivé et sait se tenir en société.

La Glu est rustre, rustique, râleur, mais c’est aussi le gai luron du duo.

L’AFFOLANTE SILHOUETTE : Le détective FLORAC et son adjoint LA GLU sont appelés à Plogastel où des jeunes filles disparaissent mystérieusement et sont retrouvées quelques jours plus tard, dans la nature, dans un état de dépérissement incompréhensible. Des pêcheurs affirment avoir vu, la nuit, un fantôme se promener sur la côte environnante. Les deux enquêteurs se rendent sur site, pour résoudre cette étrange affaire qui met en émoi tout le pays… 

Cet épisode diffère quelque peu des précédents réédités du fait de sa taille. Effectivement, la première édition des derniers titres de la série était destinée à des fascicules 32 pages là ou celle-ci tenait sur un fascicule 64 pages [« La lettre mortelle » faisait 128 pages].

Du coup, au lieu des 15 000 mots dont disposera par la suite l’auteur pour poser ses personnages et son intrigue, là, il aura 30 000 mots à sa disposition.

Deux fois plus, donc, peut-être un peu trop, il faut l’avouer, car l’intrigue pouvait tenir sur un peu moins sans que cela nuise à la lecture [au contraire, cela aurait pu éviter quelques petites longueurs, mais qui ne sont pas rédhibitoires du tout].

Florac et La Glu sont déjà présentés comme les personnages que l’on retrouvera plus tard : la tête et les jambes. Le gentleman et le rustre. L’ascète et l’épicurien. Le sérieux et le déconneur. Le clown blanc et l’auguste.

C’est donc, encore une fois, ou, déjà, par Florac que l’intrigue avance et grâce à La Glu que le lecteur sourit.

Mais Marcel Vigier introduit un second personnage par qui vient le sourire, le vieux domestique Pierre qui est tellement essoufflé qui émet des « Beuh ! Beuh ! » tous les deux mots. Comique de répétition qui parvient même à devenir agaçant, mais sciemment, puisque l’auteur, à travers le personnage de Florac, l’avoue lui-même. Cependant, cette caractéristique n’a pas que pour seul intérêt de faire sourire ou agacer le lecteur, et donc on comprendra, à la fin, la raison de ce tic dans l’histoire.

L’intrigue, sans être moderne, n’est pas aussi datée que celles d’autres titres de la même série d’origine édités à la même époque [voir la Collection « Marcel PRIOLLET »] ce qui rend ce roman moins désuet que certains [bien que cet aspect offre également un charme à ces lectures].

Bien évidemment, les personnages ont un don évident pour le grimage [comme beaucoup de policiers, détectives ou brigands de la littérature populaire policière de cette époque], mais sans pour autant verser dans le grand-guignolesque [mais on en est pas loin parfois]. Cependant, cette caractéristique est également source de sourire, aussi, on ne la regrettera pas.

L’aventure est enlevée, rythmée [malgré les quelques temps morts] et Florac aura, comme toujours, une bonne longueur d’avance sur son ami et sur le lecteur [il est fort ce Florac].

La Glu sera fidèle à lui-même, quelque peu râleur, mais toujours le mot pour rire et disposant d’un bon coup de fourchette.

C’est donc une lecture plaisante que nous propose Marcel Vigier dans ce voyage en pays breton avec ses deux héros.

Au final, un titre deux fois plus long que les autres de la série et un plaisir plus grand aussi [pas forcément à cause de la taille allongée du roman] dans une histoire somme toute assez classique, servie par une narration tout aussi classique.

Le manuscrit inachevé

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Monsieur Thilliez,

Avant la lecture du roman dont il sera question dans ce message, je vous aurais probablement interpellé par votre prénom plutôt que d’utiliser des termes plus formels, tant vos ouvrages ont jalonné ma vie de lecteur, ces dernières années, pour mon plus grand plaisir.

Je me souviens de la découverte de votre personnage de Sharko, de celui de Lucie Hennebelle, de vos premiers romans dans lesquels j’appréciais votre sens peu commun de la métaphore qui était certes omniprésent, mais tellement rare que je ne pouvais que le vanter. Malheureusement, vos éditeurs, ou votre envie de toucher plus de lecteurs vous ont poussé, comme vos confrères auteurs de romans policiers à succès, à lisser votre plume afin d’être plus fédérateur.

Vous auriez alors pu me perdre, comme certains de vos pairs l’ont fait, à trop vouloir me conquérir. Mais, heureusement, pour vous, ce que vous perdiez en qualité littéraire, vous le gagniez en qualité de narration et d’intrigue.

Car, très vite, vous vous êtes appuyé, probablement parce que cela vous rassurait, sur des sujets pointus que vous vous amusiez à rendre ludiques, didactiques et accessibles à vos béotiens de lecteurs.

Ainsi, grâce à vous, je me suis familiarisé avec l’entomologie, les spécificités de l’ADN, les turpitudes de la mémoire, le conditionnement du cerveau, les greffes de cœur, la radioactivité, la transmission des virus...

Certes, je n’avais qu’une réelle critique à vous faire jusqu’alors : tous vos romans utilisaient le même canevas, souvent des personnages similaires, une idem narration, itou sur le principe du sujet pointu décortiqué et exposé avec simplicité. Chacun se rassure comme il peut.

Aussi, après avoir enchaîné plusieurs de vos romans les uns derrière les autres, j’étais un peu comme un passionné de magie qui, à force de regarder le même tour, finit par en percer le mystère. Le lecteur que j’étais avait pris beaucoup de plaisir à vous lire, mais il devait faire une pause pour ne pas devenir allergique à vous.

C’est ce que je fis pendant deux ans et demi, après la lecture de « Pandemia ».

Oui, mais voilà. Je n’oubliais pas pour autant le plaisir que j’avais pris à dévorer vos histoires et, chaque fois que j’étais déçu par un de vos confrères, je me disais que j’aurais mieux fait de replonger dans votre bibliographie. 

Mais, comme je suis également passionné de littérature populaire du début du XXe siècle, j’avais encore matière à prendre du plaisir littéraire sans avoir besoin de solliciter votre travail.

Pourtant, j’ai fini par craquer. J’ai voulu me replonger dans vos pages. Mais, par esprit de contradiction, ou pour ne pas sembler craquer totalement, j’ai préféré éviter vos personnages récurrents qui m’étaient déjà familiers (trop ?). Aussi, j’ai fini par me décider pour votre roman « Le manuscrit inachevé » !!! Je n’aurais pas dû.

Effectivement ! Si je m’étais retenu, à l’heure qu’il est, je ne serais pas en colère contre vous.

Oui, car je suis en colère. Une colère chaude, quand j’ai atteint le point final de votre roman. Colère qui m’a maintenu éveillé un peu trop longtemps (je lis généralement au lit pour mieux m’endormir). Mais également une colère froide, le lendemain, après une mauvaise nuit.

À froid, j’étais encore plus énervé qu’à chaud. Comment aviez-vous pu me faire ça ?

Je ne comprenais pas. Je ne comprends toujours pas. Je ne comprendrais jamais.

Déjà, il faut dire que la déception était présente dès les premières lignes.

Je ne suis pas stupide (non, je vous rassure) et, si je sais bien qu’un roman policier est un ouvrage de fiction, c’est parce que je considère l’histoire que je lis comme une véritable histoire, que je peux m’attacher aux personnages, trembler pour eux, craindre, espérer, m’attrister ou me réjouir, retenir mon souffle ou le reprendre. C’est parce que je considère les évènements narrés comme de vrais évènements que je peux être happé par une histoire.

Alors, oui, au fond de moi je sais bien que tout n’est que fiction, mais je n’ai pas besoin qu’on me le dise, qu’on me l’assène, qu’on m’en convainque.

C’est pourtant, là encore, ce que vous fîtes. Dès les premières lignes, vous décidez de me faire sortir d’une histoire dans laquelle je ne suis pas encore entré en stipulant que ce que je vais lire est un roman de Caleb Traksman, découvert dans un grenier par son fils et que ce roman inachevé a été terminé par ce même fils !!! ???!!! ??? Pourquoi ? Quel intérêt ? Qu’est-ce que cela vous apporte de m’empêcher d’entrer dans votre intrigue ??? Vouliez-vous me frustrer ? Vous y êtes parvenu.

Je démarrais donc ma lecture, énervé, frustré et peu enclin à m’attacher à des personnages que vous vous êtes évertué à me signaler comme fictifs. Comment trembler pour eux ? Comment m’intéresser à eux ? Comment m’attacher à eux ? Car je ne suis pas stupide (oui, je sais, je l’ai déjà dit, mais il est important que vous en ayez bien conscience), je sais très bien, au départ, que tout ce que je vais lire n’a jamais existé. Il n’est pas utile et, surtout, pas nécessaire de me le préciser. Mais, quand l’auteur, lui-même, vous dit, d’entrée de jeu : « Hey, t’attache pas à ces personnages, ils ne craignent rien, ils sont fictifs, ils ne peuvent pas réellement mourir puisqu’ils ne sont pas vraiment vivants !! » alors, pourquoi perdre du temps à suivre ces aventures ???

Je dois vous avouer que si un autre que vous (ou quelques auteurs que j’estime) m’avait fait ce coup-là, j’aurais refermé l’ouvrage illico presto. Mais voilà, si j’étais déçu dès les premières lignes, je comptais sur vous pour me subjuguer par la suite et, surtout, pour finir de me convaincre avec une fin ciselée, chiadée, travaillée, originale, surprenante... et mince !!! Mais, sérieusement ? Avouez que vous l’avez fait exprès pour me décevoir ? Mais dans quel intérêt ? 

Car, si le début de votre roman ne me donnait pas envie d’aller plus loin, la fin, elle, m’a convaincu de la supercherie à laquelle vous m’avez convié.

Parce que, vous ne me ferez pas croire que votre fin n’est pas la résultante d’une supercherie inhérente à un laxisme évident, une fainéantise assurée ou, pire, un cruel manque d’imagination.

Non, mais !!! Comment, à notre époque, après 130 ans de romans policiers, près de 100 ans de films policiers, plus de cinquante ans de séries policières, peut-on encore oser utiliser l’astuce que vous avez utilisée pour expliquer toute votre intrigue ?

Non et re non !! C’est une astuce que, déjà, j’avais reprochée à un épisode de la série française « crime en série » avec Pascal Légitimus, en 1998. C’est une révélation usée jusqu’à la corde à laquelle d’autres que vous se sont déjà abaissés par le passé : Jean-Christophe Grangé, Danielle Thiéry, Peter James, et bien d’autres. Certains étaient excusables, car moins talentueux que vous, avec moins d’inspiration.

Mais, vous ! Vous dont la qualité première (oserais-je dire l’unique qualité ? Oui, j’ose, car vous m’avez fortement déçu) est, justement, cette inspiration que tout le monde vous reconnaît. Vous qui avez construit votre succès à force de fertilité et de créativité ! Vous ! Comment avez-vous pu faire preuve d’une telle agénésie ? Pire ! Ayant pris conscience de votre infertilité, pourquoi n’avez-vous pas, à défaut de faire montre d’originalité, au moins tenté une fin bien moins convenue et décevante ?

Car vous ne me ferez pas croire que vous n’aviez pas conscience de ce que vous faisiez. Je n’y croirais pas un seul instant. Je suis même persuadé que c’est parce que vous aviez honte de votre fin que vous vous en êtes désolidarisé en la faisant écrire, non pas par l’auteur du roman, mais par son fils.

Mais, si tel est le cas, pourquoi avoir persisté dans votre faiblesse ?

Car, avec une piteuse entrée en matière, et un immonde final, comment penser parvenir à subjuguer le lecteur ? Par le récit intermédiaire ?

Certes, le récit avait matière à passionner le lecteur si ce n’est plusieurs défauts. 

Le premier, je l’ai déjà évoqué : de faire prendre conscience au lecteur que ce qu’il va lire est de la fiction.

Le second est plus ou moins subtil : la volonté de faire une mise en abîme en écrivant un roman policier à suspens sur un auteur écrivant un roman policier à suspens.

Le troisième est pour le moins redondant : la volonté de faire une mise en abîme en écrivant un roman policier à suspens sur un auteur écrivant un roman policier à suspens à propos d’un auteur écrivant un roman policier à suspens...

Le quatrième est tout aussi répétitif que le précédent : user des sujets qui ont déjà jalonné vos romans précédents et, notamment, la notion de mémoire et la confrontation de l’humain avec la violence.

Car, je veux bien admettre et accepter une mise en abîme en tant que contrainte littéraire intéressante et motivante. Mais la mise en abîme de la mise en abîme est, non seulement contre-productive, mais fait également montre d’un orgueil paresseux. Penser prouver son génie littéraire en usant d’un stratagème aussi convenu que peu efficace, c’est réellement se contenter de peu et c’est ce que vous fîtes du début jusqu’à la fin.

Tout cela est d’autant plus dommage qu’en supprimant votre introduction, vous évitiez l’écueil de faire sortir le lecteur de l’histoire tout en supprimant la duplicité de la mise en abîme. Par ce seul fait, vous rendiez tout votre ouvrage, à l’exception de la révélation finale, des plus intéressant.

Vous auriez été, dès lors, non pas excusé d’une fin calamiteuse, mais au moins félicité de tout le reste du roman qui était à la hauteur des attentes de vos lecteurs et de votre talent de conteur.

Mais non ! Il était dit que vous feriez tout pour courir à la catastrophe, pour plonger vos lecteurs, du moins, moi, dans une rage folle, dans une incompréhension déprimante, dans une déception incontournable, définitive, de laquelle je ne pourrais jamais me remettre.

Lire « Le manuscrit inachevé » est un peu comme assister à la défaite de l’invincible super héros face à un adversaire loin d’être à sa hauteur. Ce serait comme acheter à prix d’or, une place pour un match de football Brésil – Andorre se terminant sur la victoire 7 à 0 de la principauté indépendante avec un Neymar s’écroulant au sol sans être touché, ratant une occasion face au but vide et favorisant un but adverse en s’écroulant dans une pantomime sur son propre gardien. Ce serait comme lire une lettre de Bernard Pivot et y découvrir 112 fautes en l’espace de 15 lignes. Comme voir The Rock se faire battre au bras de fer par Lorant Deutsch. Comme voir Ussain Bolt se faire dépasser par un papy grabataire, Mère Teresa cracher sur un pauvre lépreux, entendre Martin Luther King prôner la suprématie de la race blanche...

Lire « Le manuscrit inachevé », c’est lutter pendant des mois contre une maladie, souffrir, mais s’accrocher, souffrir encore plus, mais espérer, souffrir bien plus encore et finir par mourir. Mourir, oui, mais pas après un long combat. Le combat, pour être beau, ne peut que s’achever sur une victoire. Mais vous, vous avez conduit vos lecteurs à travers un long calvaire pour les mener vers l’anéantissement.

Comment avez-vous pu faire preuve d’autant de sadisme ? Seriez-vous tout aussi cruel que les tueurs en série que vous inventez pour vos intrigues ? Vos romans précédents ne seraient-ils alors qu’une façon de canaliser votre barbarie ? Faisiez-vous souffrir vos personnages jusqu’à présent pour tenter d’endiguer votre envie de torturer votre prochain ?

Cela expliquerait que, le traitement ayant de moins en moins d’effet, vous ayez fini par passer à l’acte. À défaut de faire souffrir avec une lame de rasoir, un fouet ou tout autre objet usuel dont la fonction première ou détournée est, justement, celle de créer la douleur, vous usâtes d’un roman.

Plus pervers encore que le plus démoniaque des bourreaux, loin de contraindre votre proie à la géhenne, vous le laissez y plonger de son propre gré, ainsi, le martyr est encore plus grand pour lui, plus jouissif, pour vous.

Si tel est le cas, quelle sera alors la prochaine étape de votre parcours d’être dépravé ? Je n’ose l’imaginer.

Quoi, que dites-vous ? Vous m’accusez d’exagérer les choses ? De faire d’une simple faiblesse passagère un psychodrame ? Que je dois être bien perturbé pour imaginer derrière l’auteur que vous étiez le psychopathe que vous êtes devenu ??? 

Peut-être ! Mais j’ai une excuse. J’ai lu votre roman « Le manuscrit inachevé » !!!

La douleur et la déception que cette lecture a provoquée en moi participent probablement au trouble qui m’envahit et qui perturbe mon raisonnement.

Dans tous les cas, si vous n’êtes pas devenu un déséquilibré, vous n’en êtes pas moins un martyriseur, même de manière involontaire, mais inconsciemment même si j’ai du mal à croire que vous n’ayez jamais eu conscience de ce que vous faisiez. Difficile de penser qu’on ne puisse imaginer faire du mal en jetant quelqu’un dans le feu. Difficile de croire que l’on n’ait pas conscience de la douleur que l’on provoque en jetant à la face de l’autre du vitriol. Difficile... Oui, je sais, je m’emporte encore et encore, mais, que voulez-vous, je suis tel l’animal blessé qui se retourne vers son bourreau et qui se jette dans une bataille perdue d’avance avec la fougue que seul le désespoir peut insuffler.

Car je me meurs (oui, j’exagère encore et toujours, mais cette disproportion est à la hauteur de la déception que vous m’infligeâtes et quand je suis déçu, j’ai tendance à abuser d’un passé simple pédant). Du moins, une part de mon âme de lecteur s’est éteinte à la fermeture de votre ouvrage. Si votre manuscrit est inachevé, moi, vous m’avez achevé !!!

Vous remarquerez, au passage, que, malgré toute l’animosité qui m’anime, à aucun moment je n’ai éventé votre stratagème, non pas dans le but de vous préserver quelque peu, mais seulement pour ne pas gâcher la lecture de votre roman par mes confrères et consœurs bibliophages qui seraient tentés, malgré les effets indésirables que votre roman ont eus sur moi, de lire « Le manuscrit inachevé », même s’il était probablement préférable, pour une question de sécurité publique, d’empêcher les gens de se plonger dans la gueule du volcan.

Adieu, monsieur Thilliez, monsieur mon bourreau. 

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Le secret de la nuit

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Henry Musnik est l’un des piliers de la littérature populaire française de la première moitié du XXe siècle, bien que né au Chili. Sous son nom ou sous divers pseudonymes (Claude Ascain, Pierre Olasson, Alain Martial, Jean Daye, Gérard Dixe, Florent Manuel), il a écrit un nombre incalculable de textes, principalement policiers, qui ont abreuvés les diverses collections des éditeurs de l’époque, notamment Ferenczi & fils.

Dans cette production, des personnages reviennent régulièrement, c’est le cas de Robert Lacelles, un gentleman-cambrioleur très inspiré de son homologue Arsène Lupin.

LE SECRET DE LA NUIT : La nuit ! Dans un parc ! Dans un arbre perché ! Robert LACELLES, le gentleman-cambrioleur au grand cœur, s’apprête à pénétrer dans le château d’une connaissance afin d’y dérober une collection d’ivoires anciens quand il surprend, dans le salon, une étrange scène entre deux inconnus. Il aperçoit l’un d’eux en train de verser le contenu d’une fiole dans le verre de l’autre qui s’écroule après l’avoir bu. Bientôt, le fourbe rejoint un troisième homme à l’extérieur et Robert LACELLES entend leur conversation ayant trait à certains documents et à la volonté de se débarrasser définitivement du type endormi…

Une fois n’est pas coutume, c’est alors qu’il s’apprête à commettre un cambriolage que Robert Lacelles surprend une scène qui va bouleverser ses projets et le pousser à aider son prochain.

Ici, le prochain a figure d’un anglais dont on cherche à se débarrasser à cause de certains documents.

Robert Lacelles, qui déteste les injustices et les fourbes, se prend alors de sympathie pour cet homme trahi et à qui on a versé un narcotique dans son verre à son insu.

Sa droiture et sa curiosité vont le pousser à aider cet homme et à découvrir les raisons pour lesquelles on veut s’en débarrasser.

Encore une fois l’intrigue est légère, la faute au format (fascicule 32 pages de 8600 mots), mais le lecteur sait à quoi s’attendre en lisant un titre de la collection d’origine (Mon Roman Policier, 2e série, des éditions Ferenczi & fils).

Quand on a en main un de ces fascicules, ou une réédition numérique grâce au travail d’OXYMORON Éditions, ce n’est pas pour dévorer une intrigue échevelée qui s’étire sur des heures et des heures de lecture, mais pour déguster un roman très court, vite lu, afin de combler un petit moment de lecture.

Alors, la seule question qui vaille est de savoir si l’auteur va réussir à se dépêtrer des contraintes inhérentes au format, sachant que tous, malgré leurs talents, leurs métiers, leurs expériences, ne sont pas toujours parvenu à surmonter les écueils du fascicule 32 pages, n’étant pas capable de faire cohabiter concision et fluidité (ce fût d’ailleurs le cas de l’auteur, sous le pseudonyme de Florent Manuel, avec une autre série). D’autres, au contraire, ont franchi l’obstacle avec brio (Charles Richebourg avec la série des « Odilon Quentin », Léo Frachet avec la courte série « Père Le bœuf » ou, encore, René Thomas et la série des « Inspecteur Lémoz », toutes trois éditées, à l’origine, pêle-mêle, dans la collection « Mon Roman Policier », 2e série, des éditions Ferenczi & fils.

La réponse est oui ! Oui, avec ce titre, tout comme les précédents mettant en scène Robert Lacelles, Claude Ascain [les aventures sont signées de ce pseudonyme de l’auteur] parvient à proposer aux lecteurs de très courts romans agréables à lire avec, en son centre, un personnage bien sympathique, quoique pas très original.

Les aventures sont concises, fluides, dénuées de temps morts, de circonvolutions littéraires ou de scènes qui s’étirent. Elles vont droit à l’essentiel et assure un petit moment de lecture idéal pour ceux qui n’aiment pas attendre des heures avant de connaître la fin de l’histoire ou bien pour dévorer un titre en une seule fois avant de s’endormir ou lors de moments d’attentes, dans les transports ou autres.

Au final, encore une aventure de Robert Lacelles plaisante à lire. Que demander de plus ?

La chambre au clair de lune

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Henry Musnik, auteur d’origine chilienne de langue française est un des piliers de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle. Effectivement, sous son nom ou sous de nombreux pseudonymes (Claude Ascain, Alain Martial, Pierre Olasson, Jean Daye, Gérard Dixe...) il a écrit de très nombreux titres qui ont abreuvé les diverses collections de l’époque des éditions Ferenczi & fils, mais aussi de leurs confrères.

Dans cette immense production, des personnages reviennent fréquemment, ce que l’on appellera donc des personnages récurrents. Robert Lacelles, un gentleman cambrioleur, est l’un d’eux. Hommage ou inspiration, le personnage est indéniablement un clone de Arsène Lupin (mais la littérature populaire pullulent de personnages très fortement inspirés de leurs confrères plus connus.

LA CHAMBRE AU CLAIR DE LUNE : Sur la route allant à La Baule, Robert LACELLES, le gentleman-cambrioleur au grand cœur, est bloqué, pour le week-end, dans un petit village, à la suite d’une panne de voiture. Dans l’auberge où il a trouvé refuge, il fait la connaissance d’un père et de sa fille avec qui il lie rapidement amitié. Alors qu’il commence à s’intéresser à un château inhabité proche de l’hôtellerie et susceptible d’abriter des objets précieux, Robert LACELLES est intrigué par le comportement étrange de ses nouveaux amis…

La voiture de Robert Lacelles tombe en panne alors qu’il se rend à la Baule pour raisons « professionnelles ».

On est vendredi en fin de journée, le mécano du village proche ne peut rien faire avant le lundi après-midi. Robert est obligé de passer le week-end dans le village et va trouver refuge à « La Tanche Royale ». Le restaurant étant plein pour cette fin de semaine, il est contraint à dîner à la même table qu’une jeune femme et son père. Il se lie très rapidement d’amitié avec la jeune femme et, comme le père est parti précipitamment pour affaires, il se retrouve à passer ses journées à la fille.

Mais, Robert Lacelles apprend l’existence d’un château inhabité proche et sent qu’il y a de quoi l’intéresser dedans.

Alors qu’il se rend sur place pour envisager les moyens de pénétrer les lieux, il remarque que la fille l’a suivi...

On ne se refait pas, Claude Ascain ne refait pas son personnage non plus. Robert Lacelles a trois principaux défauts : il est curieux, c’est un voleur et il a un grand cœur.

L’un ou l’autre de ses travers le perdra un jour, mais, en attendant, ils font tout le charme et la sympathie du héros.

Quand il a face à lui deux énigmes, un mystérieux château inhabité que la rumeur prétend piéger à la dynamite pour dissuader les « visiteurs » et le comportement étrange de la jeune femme qui semble surveiller ses agissements, Robert Lacelles va tenter de les résoudre tous les deux sans se douter qu’il va être confronté à un troisième, bien plus important.

Dans une forme tout aussi concise que les autres épisodes [un peu moins de 9 000 mots], Henry Musnik, sous le pseudonyme de Claude Ascain, nous propose une petite aventure de son cambrioleur préféré qui demeure dans la veine des autres. Effectivement Robert Lacelles y fait preuve de curiosité, de générosité et d’humanité et va une nouvelle fois apporter son aide sans rien demander en retour.

Si l’intrigue est réduite du fait de la concision du texte, l’ensemble demeure fluide [ce qui n’est pas toujours le cas dans ce format contraignant du fascicule 32 pages], agréable à lire sans dénoter ni par le sujet ni par l’attitude de son héros avec les autres titres de la série.

Au final, les épisodes de Robert Lacelles s’enchaînent et se révèlent homogènes dans leurs qualités. Courts, agréables à lire, avec un personnage, certes, pas très original, puisque très inspiré d’Arsène Lupin [avec un côté un tout petit peu moins guindé], mais suffisamment attachant pour que le lecteur ait envie de passer à l’épisode suivant.

19 août 2018

Le fantôme noir

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5e aventure de Robert Lacelles, le gentleman-cambrioleur au grand cœur né de la plume de Claude Ascain, alias Henry Musnik, un pilier de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle.

Pour en savoir plus sur Claude Ascain, je vous invite à lire mes autres chroniques ou à faire des recherches sur Internet.

Pour en savoir plus sur Robert Lacelles, on peut dire que c’est un clone un peu plus moderne (à peine) d’Arsène Lupin.

LE FANTÔME NOIR : Le fantôme noir du prieuré de Graude existe, Jacques Delmont en est sûr, il l’a vu, mieux, il l’a imprimé sur pellicule en prenant un cliché d’un couple d’amis, près du couvent. Mais le spectre n’apparaîtrait que pour désigner une personne qui va bientôt mourir. Aussi, quand l’homme photographié périt au volant de sa voiture, tout semble présager que la superstition n’en est pas une. Témoin de l’accident par un malencontreux hasard, Robert LACELLES ne va pas résister à la curiosité de confronter son esprit cartésien à la légende du « fantôme noir ».

Alors qu’il est en balade en voiture, Robert Lacelles décide de faire un petit détour pour voir son ami Vauxier. Sur la petite route le conduisant au château de ce dernier (oui, Robert Lacelles a des amis fortunés, c’est le moins pour un gentleman-cambrioleur), il est doublé par une voiture qui roule à tombeau ouvert. Quelques lacets plus loin, un paysan l’arrête, car il vient d’y avoir un accident. La fameuse voiture a loupé un virage, le chauffeur est mort. Robert Lacelles apprend du paysan que le défunt logeait au château de Vauxier et décide donc d’amener le corps là-bas. 

Sur place, il apprend que la veille, Vauxier et des amis sont allés se promener au prieuré de Graude, réputé pour son fantôme noir dont l’apparition signerait la mort de celui à qui il apparaît. Delmont, un autre ami de Vauxier, y aurait fait une photo du chauffeur décédé et sur la photo, on y distingue le fameux fantôme.

Mais Robert Lacelles a un esprit très cartésien et il ne croit pas aux fantômes, aussi, va-t-il faire en sorte de découvrir ce qui s’est réellement passé.

Petite aventure pour Robert Lacelles dans laquelle, une fois n’est pas coutume, le cambrioleur ne cambriole pas, mais se contente de rendre la justice.

Petite aventure, car, comme les autres de la série, elle a été éditée, en tout premier lieu, dans une collection de fascicules de 32 pages (« Mon Roman Policier », aux éditions Ferenczi, dans les années 1950). L’histoire ne s’étale guère sur 9000 mots, une taille insuffisante pour poser une intrigue haletante et des personnages recherchés. Ce n’est donc pas ce que l’on attend quand on entame la lecture d’un tel texte. Non, ce que l’on en attend, c’est un court et bon moment de lecture pour une fringale littéraire ou quand on n’a pas beaucoup de temps à consacrer à sa lecture et que l’on ne veut pas rester en suspens dans une histoire en cours.

Les aventures de Robert Lacelles remplissent correctement leurs offices sans pour autant révolutionner le genre. Il faut avouer que le format court, notamment celui des fascicules 32 pages qui dépassaient rarement les 10 000 mots, est un format contraignant qui permet difficilement de briller. Beaucoup d’auteurs, mêmes des réputés, s’y sont essayés, beaucoup ont échoués, quelques-uns s’en sont sortis sans heurts et très peu sont parvenus à exceller.

Claude Ascain, lui, sans atteindre les sommets de la série de même taille, « Odilon Quentin » de Charles Richebourg, parvient tout de même à tenir la barre et à proposer un court roman agréable à lire et fluide (ce qu’il n’était pas parvenu à faire sous un autre pseudonyme, Florent Manuel, et avec un autre personnage, Yves Michelot).

Au final, un texte idéal pour une courte lecture qui sans vous laisser béât d’admiration, vous fera passer un bon petit moment. 

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Un scandale mondain

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Nouvelle aventure de Robert Lacelles, le gentleman cambrioleur au grand cœur né de la plume de Claude Ascain, alias Henry Musnik, l’un des piliers de la littérature populaire de langue française de la première moitié du XXe siècle.

Claude Ascain, auteur né au Chili, mais écrivant en français, a eut une production immense, sous ce pseudonyme ou d’autres (Pierre Olasson, Florent Manuel, Alain Martial, Gérad Dixe, Jean Daye...) et est le créateur de quelques héros récurrents dont Robert Lacelles, un clone, un peu plus moderne, d’Arsène Lupin.

Robert Lacelles a vécu près d’une vingtaine d’aventures principalement publiée, à l’origine, dans une collection de fascicules policiers de 32 pages des éditions Ferenczi & fils.

UN SCANDALE MONDAIN : Robert LACELLES, le gentleman-cambrioleur au grand cœur, a la surprise de trouver une jeune femme évanouie, à l’arrière de sa voiture, après s’être arrêté acheter des cigarettes. Une fois chez lui, son invitée qui malgré une vêture très modeste démontre une certaine éducation lui explique qu’elle est victime d’un terrible complot qui vise à la faire passer pour folle afin de la spolier de sa fortune. Robert LACELLES va alors s’employer à l’aider pour rétablir la vérité…

Une fois n’est pas coutume, Robert Lacelles ne va pas se contenter, dans cet épisode, de voler son prochain, mais plutôt de voler au secours de sa prochaine.

Alors qu’il s’arrête pour acheter des cigarettes, une jeune femme en profite pour se cacher à l’arrière de sa voiture afin d’échapper à des poursuivants.

N’écoutant que son grand cœur, au lieu de déloger l’intruse, Robert Lacelles la conduit chez lui afin d’écouter son histoire. 

Celle-ci prétend que suite à un accident de voiture en compagnie de sa cousine, son mari a profité de la mort de cette dernière pour la faire passer pour sa femme, afin de mettre la main sur se fortune. Pour ce faire, il a fait passer auprès de tout le monde son épouse pour sa cousine et l’a gardé enfermé chez lui afin qu’elle ne dévoile rien. Heureusement, elle est parvenue à s’échapper, mais, poursuivie par des hommes de main de son mari, elle a trouvé refuge dans la voiture de Robert Lacelles.

Ce dernier, croyant à la sincérité de la jeune femme, lui apporte son aide et décide de faire rétablir la vérité.

Robert Lacelles va donc devoir prouver les dires de son invité alors que personne, à part le mari, ne peut confirmer ses dires. Peu importe, le cambrioleur sait y faire et va monter un plan machiavélique pour obtenir gain de cause.

Roman très court (pas tout à fait 8500 mots) durant lequel Robert Lacelles et son créateur ne vont pas avoir de temps à perdre. C’est dire que l’intrigue va être légère et que les choses vont très rapidement se décanter, mais c’est le lot de tous les textes des fascicules de 32 pages de l’époque, aussi n’en est-on pas surpris. On lit ce genre de romans en connaissance de cause. Autant dire que la lecture d’un fascicule 32 pages ne remplit pas le même office que celle d’un roman de 700 pages.

Pour autant, l’aventure est agréable à lire et la générosité de Robert Lacelles fait plaisir à lire. Et puis, c’est toujours drôle de repenser à tous ces gadgets de l’époque qui, volumineux et chers, sont, désormais en possession de tout le monde pour une somme modique.

Au final, encore une bonne aventure de Robert Lacelles. L’auteur gère correctement les contraintes du fascicule 32 pages et nous livre une histoire fluide et correcte.

12 août 2018

Le maître de la cambriole

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Claude Ascain, de son vrai nom Henry Musnik, est un des auteurs les plus prolifiques de la littérature populaire française bien qu’il soit né au Chili.

D’abord journaliste sportif (il écrira notamment plusieurs courts romans policiers se situant dans le monde du sport sous le pseudonyme de Jean Daye), il devient écrivain et abreuve les collections (principalement des éditions Ferenczi) sous de nombreux pseudonymes : Claude Ascain, Jean Daye, Alain Martial, Gérard Dixe, Pierre Olasso, Florent Manuel, Paul Braydunes, etc.

Il a principalement œuvré dans les genres « Policier », « Aventures » et « Science-Fiction ».

Sa production est immense et parvenir à en faire une liste exhaustive relève de l’impossible.

Comme de nombreux auteurs de littérature populaire de l’époque qui produisaient énormément, Henry Musnik crée des personnages récurrents, la différence étant le nombre assez imposant de ces personnages que l’auteur utilise régulièrement.

Parmi ceux-ci : Robert Lacelles, le gentleman-cambrioleur, le Cambrioleur Invisible, le cambrioleur au grand cœur.

LE MAÎTRE DE LA CAMBRIOLE : Robert LACELLES, alias le « Cambrioleur Invisible », lors d’une de ses équipées nocturnes chez un riche et vieux célibataire, met la main sur un lot de diamants et une étrange pièce ancienne. Quand le neveu de la victime est accusé du vol et arrêté par la police, Robert LACELLES n’écoute que son bon cœur et va se charger de faire libérer le malheureux sans se douter qu’il se mêle à une bien dangereuse affaire…

En littérature populaire, comme en chimie (ainsi que le disait Antoine Lavoisier), rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

Ainsi, les personnages de la littérature populaire d’hier inspirent les personnages de la littérature d’aujourd’hui.

Robert Lacelles, le cambrioleur au grand cœur, n’échappe pas à cette règle et c’est bien évidemment un peu d’Arsène Lupin que l’on retrouve en lui. Mais c’est également le cas de la plupart des personnages de cambrioleurs de la littérature de l’époque (John Strobbins de José Moselli, Géo Nox de Paul Maraudy, l’Homme au stylo de Marcel Idiers...).

Robert Lacelles est un trentenaire athlétique, mais svelte, élégant, intelligent, sachant se grimer, chimiste à ses heures, et doté d’un cœur généreux.

Claude Ascain nous livre une histoire de cambriolage et d’espionnage dans la veine de ce qui se faisait, mais de façon assez concise puisque le texte s’étale sur un peu moins de 9 000 mots.

Alors, bien sûr, la taille ne permet pas de proposer une histoire développée avec une intrigue de haute volée, mais l’ensemble se lit plutôt agréablement et le personnage, à défaut d’être super original, est sympathique.

Au final, Claude Ascain nous propose une petite histoire autour d’un cambrioleur sympathique qui remplit bien son office : divertir le lecteur.