Loto Édition

19 novembre 2017

Un homme est mort

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René Pujol est un auteur dont j’ai déjà parlé, notamment pour ses romans « Le détective bizarre », « Amédée Pifle reporter » et « la résurrection de M. Corme ».

Mais René Pujol ne s’est pas contenté d’écrire d’excellents romans, il a également écrit de courtes nouvelles comme celles que vous pouvez trouver dans la collection « KatreCar » dans le catalogue d’OXYMORON Éditions.

Entre les romans et les nouvelles, l’auteur écrivait également d’autres genres de textes, comme, par exemple, des romans-feuilletons pour les journaux de l’époque.

C’est le sujet de cette chronique puisqu’elle concerne un court roman-feuilleton paru en 1932 dans le magazine « Ric et Rac ».

Un homme est mort : Le docteur Le Tinguier est mort dans un tragique accident, écrasé par une automobile à la sortie de sa clinique. Quelques semaines plus tard, la femme et la fille de la victime partent en cure à Deauville, la première pour soigner son veuvage et par hypocondrie, la seconde pour tenir compagnie à sa mère. Très vite, deux hommes charmants gravitent autour d’elles, mais leur attirance relative semble cacher des intentions bien plus troubles d’autant que feu le docteur est le dernier à avoir vu vivant, en tentant de le soigner, un espion en possession de documents d’une importance capitale… 

Ce court roman, puisqu’il s’agit avant tout d’un roman d’environ trois heures de lecture, condense toutes les qualités d’auteur de René Pujol et des éléments à la mode à l’époque.

Le genre, tout d’abord. René Pujol mélange une dose de policier, une dose d’espionnage, une dose de roman sentimental, une dose d’action et une bonne dose d’humour et de second degré.

Les personnages, ensuite. Ce fut, bien souvent, la grande qualité de l’auteur, savoir proposer des personnages du commun qui se démarquent pourtant quelque peu.

Si tout semble partir sur un canevas classique, un trio amoureux entre les deux hommes et la fille de la veuve, les choses sont en réalité bien plus compliquées. Le personnage décalé et drôle et joué, cette fois-ci, par la veuve, l’inconsolable veuve qui ne cesse de clamer son malheur, sa douleur, mais qui n’a qu’une envie : se retrouver très vite un mari.

Certes, le genre principal du texte est le roman d’espionnage, mais, pour autant, René Pujol ne fait que se servir du genre pour faire avancer son intrigue et ses personnages. 

Question narration, l’ensemble tient très bien la route et l’auteur n’hésite pas à nous proposer des rebondissements qui rythment le final de cette histoire.

Pour ce qui est de la plume, malgré un texte destiné pour les journaux, l’auteur ne sacrifie pas pour autant à la qualité qui était présente dans ses romans.

Au final, « Un homme est mort » est un très bon roman de René Pujol, qui confirme qu’il était un très bon écrivain populaire et qu’il mérite d’être bien moins anonyme qu’il ne l’est encore actuellement.


12 novembre 2017

La vieille dame qui se défend

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Stanislas-André Steeman est le deuxième grand nom, après Georges Simenon, de la littérature populaire policière belge.

Moins connu que son compère, il est tout de même un pilier de la littérature belge francophone et est surtout connu pour être l’auteur du roman qui fut adapté par Henri-Georges Clouzot : « L’assassin habite au 21 ».

Mais, ce que les gens ne savent pas forcément c’est que l’auteur a aussi œuvré en tant que maître de collection au sein d’une des rares collections policières belges : la collection « Le Jury » aux éditions A. Beirnaerdt.

Pour ce faire, il réunit diverses plumes belges, des écrivains avérés, des journalistes, des musiciens, professeurs, avocats...

Mais, comme une collection se doit de débuter par un premier opus, le maître s’occupe de cette tâche et nous livre une nouvelle enquête d’un de ses personnages récurrents : M. Wens, avec le titre « La vieille dame qui se défend ».

La vieille dame qui se défend : Wenceslas Vorobeïtchik, est un ancien policier devenu détective. Il reçoit la visite de Mme Effront de Montavendre, une vieille dame qui veut l’embaucher, car elle se sent en danger. Effectivement, elle a surpris une conversation de ses héritiers qui envisageaient une façon de se débarrasser d’elle pour toucher l’héritage. Depuis, selon elle, un des héritiers élimine ses rivaux avant de s’occuper d’elle pour toucher le pactole à lui tout seul. Effectivement, deux héritiers sont déjà morts dans des circonstances étranges...

Voilà un petit roman qui vous prendra un peu moins de deux heures de votre temps (comme tous ceux de la collection). Steeman utilise un personnage qu’il maîtrise alors depuis presque dix ans. Quoi de mieux pour débuter rapidement et de façon qualitative, une collection, que d’utiliser un personnage que l’on connaît bien ? L’auteur met en place rapidement une situation (une petite vieille qui pense que ses héritiers veulent sa mort), met en place une double quête (celle de protéger la cliente et celle de trouver le meurtrier des autres héritiers) puis il résout l’ensemble avec la concision exigée par le format 32 pages, doubles colonnes de la collection.

Certes, Steeman ne nous lire pas là son meilleur cru, le format court l’empêchant de développer les intrigues, mais livre tout de même un premier titre agréable à lire malgré une fin que l’on sentait venir.

Au final, il ne faut pas bouder une des rares collections de la littérature populaire policière belge, d’autant plus quand elle est mise en place et débutée par un auteur du talent de Stanislas-André Steeman.

05 novembre 2017

Le septième juré

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« Le Septième juré »... Peut-être vous souvenez-vous de ce chef-d’œuvre oublié de Georges Lautner, un film datant, me semble-t-il, de 1962 et dont l’interprète principal n’est autre que l’immense Bernard Blier ? Non ! Aussi vous sera-t-il difficile de vous souvenir que ce film est adapté d’un roman éponyme de Francis Didelot.

Francis Didelot, vous connaissez ? Non ? Alors, sachez que Roger-Francis Didelot est né à Madagascar en 1902, mort en 1985. Qu’il eut une courte carrière d’avocat, se lança dans l’écriture, signa des dialogues (parfois adaptés, de ses romans) pour le cinéma et, d’après les spécialistes, a consacré la meilleure part de sa production au genre policier.

Policier ? « Le septième juré », écrit en 1958, l’est sans l’être tout en l’étant.

Le septième juré : Tout, il avait tout organisé, fignolé afin d’échapper à l’abîme : il ne pouvait pas être le juge de Sautral. Il était le seul qui, sans discussion possible, ne devait pas siéger sur cette estrade... Il ne pouvait pas, il ne devait pas juger : n’était-ce pas lui qui avait tué ! Lui, Grégoire Duval, l’assassin !

Un meurtre, un assassin, tout désigne que le roman va naviguer dans les eaux du « polar ». Un procès, une plaidoirie, et l’on se dit que l’ouvrage va se consacrer à un sous-genre du « policier juridique ».

Oui ! Oui, mais non ! Car, si tous les éléments sont mis en place par l’auteur pour faire de son œuvre un roman policier, et si le passé de Didelot le destinait à écrire des « polars juridiques », celui-ci parvient à surprendre son monde en proposant un roman sociétal, une critique de la bonne bourgeoisie, et du rapport de celle-ci avec une jeunesse dévoyée.

Grégoire Duval est un pharmacien marié avec une femme castratrice. Celle-ci dirige tout dans sa vie, jusque dans son métier, et ne laisse, à son mari, pour seule latitude, une partie de belote quotidienne. Mais, même cette « liberté » n’est qu’une autre barrière posée par la mégère pour enfermer son homme. Plus qu’une bulle d’air dans sa vie étouffante, cette soirée est encouragée par madame pour tenter de cacher le joug sous lequel elle maintient monsieur. Elle ne rêve que de reconnaissance et, sachant qu’elle ne pourra l’obtenir qu’à travers lui, elle dirige tout d’une main de fer, mais avec suffisamment de psychologie pour que personne ne s’en rende compte, pas même son mari... 

La liberté, lui, il ne l’a connu qu’une seule fois, jadis. Quand il eut une aventure avec Nadia, pendant quelques jours. Il aurait pu tout plaquer pour elle, mais, déjà castré, effrayé à l’idée de bouleverser sa vie dirigée par son épouse, de peur d’avoir enfin la liberté, de prendre des décisions, il préféra s’enfuir sans explication et retourner, la queue entre les jambes, dans le jupon de sa femme.

Depuis, seul le souvenir de ces jours de liberté lui permettent de supporter son épouse... ses trois enfants... son métier... son statut de notable... ses parties de belotes... sa vie !

Et puis, Lola apparaît. Lola, une fraîche jeune femme issue des « bas-fonds », ces quartiers dévoyés dans lesquels une jeunesse perdue se livre à tous les excès... Qu’elle est belle, Lola, qu’elle est libre, libre au point de choisir d’avoir pour petit ami, A. S. alias Alain Sautral, un jeune homme asocial que toute la bonne bourgeoisie méprise au point de ne l’appeler que par ses initiales pour le dépersonnaliser. Cet homme effraie les bien-pensants parce qu’il refuse d’avoir la même vie bien réglée que ceux-ci. Lola aussi est méprisée, par les femmes de notables parce qu’elle est trop belle, trop jeune, trop délurée et que toutes savent que leurs hommes n’ont d’yeux que pour elle.

Un jour, Grégoire dîne à l’auberge du père Sosthène. Le restaurant est un lieu de rencontre uniquement fréquenté par les notables du coin, une façon de se dépayser tout en fréquentant les mêmes gens que les autres jours de la semaine. Placée sur une rive d’un cours d’eau, l’ambiance bucolique et reposante permet aux clients de se divertir alors qu’ils ne font que resserrer les liens qui les maintiennent dans une vie écrite à l’avance.

Le père Sosthène déboule, carte à la main, l’heure du choix à sonner, que va bien pouvoir choisir Grégoire ? Rien ! Sa femme se jette sur la carte et d’un « Nous », pour désigner la décision qu’elle prendra pour tout le monde et, surtout, pour son mari, l’émascule de sa tyrannie comme si le pauvre homme avait encore besoin de ça pour ne plus se sentir homme. Le repas se déroule, les uns s’endorment sous l’effet de l’alcool, les autres vont danser. Grégoire se réveille et décide d’aller marcher le long de la berge pour prendre l’air, pour repenser à ces moments de Liberté passés qu’il regrette et redoute en même temps.

Et là ! c’est l’apparition. La femme de son passé ressurgit, nue, sortant de l’eau ! Non, ce n’est pas elle, c’est Lola ! Lola ! Nadia ! Nadia ! Lola ! les deux corps, les deux visages se superposent. Le bonheur passé lui donne la force de s’approcher. Nadia l’aperçoit ! Nadia a peur ! Lola hurle ! Le visage d’antan fait place aux stigmates de la peur de la jeune femme d’aujourd’hui ! Lola hurle ! a peur de lui ! Il faut qu’elle se taise, que personne ne sache que lui, Grégoire Duval, s’est approché de cette jeune femme nue. Et s’il passait pour un pervers aux yeux de ses fréquentations... aux yeux de sa femme... Sans réfléchir, il se jette sur Lola et l’étrangle pour la faire taire...

Morte ! Lola n’est plus ! Nadia a disparu ! Absence de remords ! Quoi ? Après tout, il a juste fait taire la jeune femme. Lola, une dévoyée, une femme de peu de vertu que personne ne regrettera. Et puis, après tout, pourquoi Lola a-t-elle hurlé ? Il n’est pas dangereux ! Il ne lui aurait rien fait ! Tout est de sa faute !

Sûr de son innocence, il retourne à l’auberge où personne ne s’est aperçu de son absence. La chance est avec lui ; normal, il n’a rien à se reprocher.

Bientôt, le corps est découvert, le coupable pointé du doigt : ce ne peut-être que A.S., l’ignoble A.S., le type qui frappait Lola, qui heurtait la bien-pensance de la ville, l’irrécupérable A.S.

Grégoire retourne à sa vie... la ville s’apprête à vivre le procès de A.S., la ville espère la condamnation de ce fléau. Pour cela il faut un jury, Grégoire est sur la liste dans laquelle on sélectionne les jurés, mais il y a peu de chance que cela tombe sur lui. Oui, mais sa femme fait tout pour influencer la sélection et le destin... ce fichu destin... va pousser Grégoire Duval, le coupable, à faire face à Alain Sautral, l’innocent. Mais Grégoire, lui aussi est innocent, à ses propres yeux, mais il ne se voit pas condamner Alain Sautral qu’il sait innocent... car il ne peut être coupable. Oui, mais, comment prouver l’innocence de Sautral sans avouer sa culpabilité ???

Et c’est tout le dilemme du roman, les histoires de conscience de Grégoire Duval qui, s’il est bien l’assassin de Lola, n’est pas un coupable, pas un méchant... et, parce que c’est un homme bon, il ne peut laisser condamner Alain Sautral...

C’est donc avec toute la fougue de l’homme de cœur se souciant de son prochain et refusant que quelqu’un soit victime d’une erreur judiciaire que le pharmacien va s’improviser avocat de la défense en potassant le code et en profitant des droits et des devoirs qui régissent le statut de juré afin de permettre au doute de s’insinuer dans l’esprit de ses confrères...

À savoir s’il réussira, il vous faudra lire le roman pour le savoir.

Francis Didelot est un écrivain. Cela, je ne vous l’apprends pas puisqu’il a écrit des livres. Mais, le lecteur peut s’en rendre compte à la lecture du début du livre. Effectivement, l’homme sait incontestablement mener une histoire, mais, dès les premières lignes, on sent qu’il possède une réelle plume et qu’il n’hésite pas à s’en servir, mais sans trop en faire. Pas question d’emphases, pas plus qu’un style ampoulé, mais une maîtrise de la langue et un désir de ne pas affadir sa plume comme bien trop d’auteurs de romans policiers ont tendance à le faire de nos jours.

Et ce sont là les principales forces de l’auteur, de proposer un réel style et de mettre en place une ambiance, un contexte qui vont sceller les barreaux de la prison mentale de son personnage principal. À partir de cette claustration mentale, la réaction de Grégoire est guidée par la logique imposée par la situation mise en place par Francis Didelot.

Au final, même si le genre policier est plus une excuse qu’une réalité, Francis Didelot, grâce à son talent, sa plume, sa capacité à imposer une situation à ses personnages nous livre là un excellent roman où l’on suit le cheminement de pensée du héros (ou antihéros) sans jamais réussir à avoir un avis tranché sur son comportement, emprisonné entre l’acte horrible du personnage et la sincérité de son sentiment d’innocence.

29 octobre 2017

Fais gaffe à tes os

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San Antonio approche de sa 20e aventure et son désormais fidèle Bérurier prend une part active à celle-ci.

Fais gaffe à tes os : Frank Luebig est dans la soupe. L’ancien bras droit D’Himmler que tout le monde croyait mort vient d’être reconnu par un spectateur lors de la diffusion au cinéma, avant le film, d’une bande d’actualité à propos d’un meeting aérien au Bourget. San Antonio reçoit l’ordre par « le vieux » son chef, de retrouver Luebig et de l’abattre. Avec pour seul indice le bout de film, San Antonio et Bérurier remontent jusqu’à un homme qui vient de passer sous un train. Chez lui, il semblait héberger quelqu’un, les indices récoltés mènent à Barcelone en Espagne. Ni une ni deux, le duo s’envole vers la capitale catalane et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils vont donner de leurs personnes...

Frédéric Dard prend lentement de l’assurance et du plaisir à faire vivre Bérurier en parallèle avec son Commissaire. Toujours dans l’espionnage, les deux hommes ont pour charge de retrouver un criminel de guerre et de l’abattre.

L’auteur s’amuse avec ses personnages, notamment dans les dialogues entre les deux héros et, par la même occasion, amuse le lecteur. De l’action, du suspens, des rebondissements, des dialogues savoureux, une fin de haute volée, cette aventure de San Antonio offre tout ce que l’on peut attendre d’un roman de Frédéric Dard.

Pour l’une des premières fois, si ce n’est la première, Bérurier n’est pas relégué au second voire troisième plan. Il devient un personnage à part entière, un partenaire sans équivoque du commissaire et apporte ses qualités (et ses défauts) à l’aventure.

Si les dialogues sont savoureux, l’auteur n’oublie pas d’émailler sa narration de quelques bons mots qui augmentent encore le plaisir du lecteur.

Le tout est bien mené jusqu’à un final surprenant.

Au final, si les aventures de San Antonio se révèlent à chaque fois, un refuge sûr pour un lecteur à la recherche d’un bon petit roman, ce « Fais gaffe à tes os » se situe dans le haut du panier de la première tranche des enquêtes du célèbre commissaire.

22 octobre 2017

Toxique

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Dis-moi ce que tu lis, je te dirais quel auteur tu es, voilà un aphorisme qui pourrait probablement être vérifiable pour peu que quelqu’un fasse un sondage sur la question.

Toujours est-il que, plus on lit les auteurs de romans policiers actuels, plus on a l’impression de sans cesse retrouver les mêmes personnages, les mêmes clichés, les mêmes stéréotypes, les mêmes enjeux, les mêmes narrations. Phénomène de mode ou bien auteurs qui nourrissent d’autres auteurs ou, encore, cahier des charges imposé par les éditeurs pour espérer trouver le succès ???

À vrai dire, je ne sais pas trop, mais j’aurais tendance à dire : « un peu des trois, mon colonel ! »

Effectivement, en tant qu’éditeur, fût un temps, j’avais ouvert la réception des manuscrits à des auteurs vivants (les morts avaient moins tendance à m’envoyer leurs manuscrits). Si, depuis, je me suis focalisé sur les auteurs morts (ils sont moins chiants et moins exigeants que les vivants), demeurant le seul auteur vivant de mon catalogue, la raison est, pour beaucoup, que les manuscrits que je recevais se calquaient, dans le genre et les personnages (beaucoup moins dans la qualité littéraire), sur les livres à succès de l’époque (en clair, de mauvais clones de « Harry Potter » ou « Le seigneur des anneaux » et compagnie [alors que ma maison d’édition était déjà spécialisée dans le polar].

Alors, si les mauvais auteurs s’inspirent des auteurs à succès, on peut très bien penser que les moyens et bons auteurs en fassent autant, du moins, pour la plupart. Si on rajoute que les éditeurs recherchent ce genre de manuscrits parce qu’ils ont déjà un certain public, on comprendra que l’on retrouve les mêmes personnages, les mêmes styles et les mêmes clichés d’un roman à l’autre.

Tout ça pour dire que l’originalité ne sera pas la qualité première du roman « Toxique », pas plus que la narration, ou les personnages.

Car, une fois de plus, un auteur de polar nous sert un héros dur à cuire, mais au passé tortueux, cabossé par la vie, qui abuse de la violence pour faire justice et défendre les faibles...

Forcément, ce héros a une vie difficile, l’amour de sa vie l’a plaqué, il est traumatisé par un passé trouble qui va vite le rattraper, et, allons jusqu’au bout, va avoir une relation poussée avec une collègue de travail.

Niko Tackian, l’auteur, enfile les poncifs comme un Casanova les conquêtes, avec pour seule excuse, de pousser le curseur d’un cran par rapport à la majorité de ses rivaux. L’histoire n’est pas originale, mais elle l’est un poil plus que la production usuelle du genre. Le style n’est pas exceptionnel, mais il est moins insipide que la production usuelle du genre. Les personnages ne sont pas atypiques, mais ils le sont un brin plus que ceux de la production usuelle du genre. Les rebondissements ne sont pas surprenants, mais ils le sont un chouya plus que ceux de la production usuelle du genre. Bref, « Toxique » n’est pas un roman remarquable, mais il se situe légèrement au-dessus du tout-venant habituel.

Au final, un roman policier qui se lit jusqu’au bout, parce qu’il n’est pas excessivement long et qu’il bénéficie d’une qualité légèrement supérieure à ce que l’on a l’habitude de trouver en librairie.


18 octobre 2017

Le travail de bureau est dangereux

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15 octobre 2017

L'horrible mort de Miss Gildchrist

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Jean-Toussaint Samat est un auteur qui, en son temps, eut un certain succès et obtint même des récompenses pour ses ouvrages et depuis 2003 un prix à son nom est désormais décerné. Cependant, aujourd’hui, qui connaît l’auteur et sa production ?

Jean-Toussaint Samat est né en Camargue en 1891. La Première Guerre le voit servir dans l’aviation, et, ensuite, son métier l’amène à voyager à travers le monde (notamment la Guyane et Madagascar).

Ses origines provençales, son service durant la guerre et ses voyages lui apportent du carburant pour ses écrits qu’il commence dès les années 20.

Signés principalement « Jean-Toussaint Samat » ou « Jean-Marie Lecoudrier », ses romans abordent les genres « Terroir », « Aventures », « Voyages », « Espionnage » et, surtout, « Policier ».

Dans certains ouvrages, l’auteur n’hésite pas à mélanger les genres et c’est notamment le cas dans celui qui nous intéresse aujourd’hui :

L’horrible mort de Miss Gildchrist : Martigues, commune bordée par l’étang de Berre, surnommée « La Venise provençale », est un lieu où il fait bon vivre, un sanctuaire accueillant les peintres de tous horizons, avides du calme, de la lumière et du paysage local. Mais l’horrible mort de Miss Gildchrist, une Anglaise excentrique et généreuse, dévorée, dans sa demeure, par ses deux gros chiens, a tôt fait de troubler la nonchalance usuelle des Martégaux. Le commissaire Levert, chargé de l’affaire s’empresse volontiers de conclure à un accident même si un jeune touriste, bien trop curieux et étrangement malin, se met à fureter sur la scène de crime et à pointer des éléments discordants dans l’hypothèse mise en place par l’officier. Et si l’accident n’en était pas un ? Et si le touriste se révélait bien plus qu’un simple badaud ? Et si toute l’affaire cachait un mystère et des risques qu’aucun fonctionnaire de police n’est préparé à surmonter ??? 

Le roman débute comme un roman policier pour se mâtiner de roman d’espionnage en court de route.

La première scène du roman nous présente une certaine « quotidienneté » d’un village de Provence (qui, depuis, s’est bien étendu), empreint de calme, de douceur et d’habitudes. L’auteur nous décrit le calme avant la tempête, la vie sereine d’un village qui n’est dérangée que par les arrivées fréquentes d’artistes peintres qui prennent racine pour profiter de la beauté et la lumière des lieux.

Miss Gildchrist fait partie de ces artistes-là. Arrivée depuis quelques années, la vieille fille dont l’excentricité est reconnue par tout le monde est appréciée pour sa gentillesse et sa générosité et sa discrétion. Cependant, sa peinture laisse perplexes les habitants du coin.

Puis, un matin, la tempête arrive en l’espèce de la mort de Miss Gildchrist, dévoré par ses chiens adorés, des molosses. Le corps est découvert par le chauffeur de car qui dépose, chaque mardi, un panier d’œufs à la vieille dame. Mais, ce jour-là, elle n’est pas là pour réceptionner le panier. Le chauffeur décide alors d’aller voir dans la maison et aperçoit, à travers la vitre, le corps déchiqueté de Miss Gildchrist.

Branle-bas de combat, le chauffeur fonce au village prévenir la police et c’est toute une foule de curieux qui se presse pour en savoir plus.

Alors que le commissaire Levert demande au chauffeur de le conduire sur place, avec tous les voyageurs qu’il désire pouvoir interroger après s’être rendu compte de la scène, un jeune homme débonnaire, un touriste qui pêchait non loin, monte dans le car.

Sur place, le policier commence son inspection et trouve, sur son chemin, le même jeune homme, placide, curieux, ingénieux et observateur. L’homme parvient à capturer les chiens qui empêchaient le policier d’entrer et trouver quelques indices qui avaient échappés au commissaire et à ses hommes. Mais qui est donc cet étrange personnage ???

Le suspens sur l’étranger ne durera pas très longtemps, et c’est un regret que l’on peut avoir tant cet énigmatique bonhomme était fort intéressant et donnait de la rondeur à l’histoire.

Jean-Toussaint Samat aurait probablement gagné à conserver son identité secrète plus longtemps (au moins sur la première moitié du roman) tant ce personnage apportait à la fois une touche d’intrigue, d’humour et de décalage à l’histoire.

Cependant, l’auteur, décidé à mener sa barque sur les eaux peuplées et attirantes (pour l’époque) de l’espionnage, dévoile un peu trop rapidement son parti-pris.

Pour autant, ne boudons pas notre plaisir (du moins, le mien, puisque je suis attiré par le genre « policier » que par celui « espionnage ») car l’ensemble est bien mené et que le roman se lit avec un grand plaisir même si l’aspect « polar » cède sa place à l’aventure et à l’espionnage.

Du coup, le commissaire Levert revêt la parure du personnage secondaire, laissant sa première place (qu’il retrouvera dans les romans suivants), au jeune espion.

L’intrigue navigue, comme je le disais, dans les eaux usuelles du roman d’espionnage, mêlant les nations qui s’affrontaient à l’époque. Les rebondissements sont présents même si l’intrigue, du fait du passage au second plan de l’aspect policier, s’affaiblit, les tenants et les aboutissants du crime, puisque crime il y a, dépassant les simples contours d’un crime crapuleux ou d’un crime passionnel.

Sachant que Jean-Toussaint Samat reprendra son personnage du Commissaire Levert dans d’autres romans, purement « policier » cette fois-ci (« Le mort à la fenêtre », « Le mort de la Canebière », « Le mort du vieux chemin », « Le mort trop tôt », « Le mort du Vendredi saint », « Le mort et sa fille » - Oui, il doit y avoir un mort à chaque fois), il me tarde de découvrir réellement le commissaire dans son vrai rôle, au sein de son vrai métier.

Car, il faut reconnaître à Jean-Toussaint Samat une grande qualité de plume et de narration.

Le premier chapitre, en ce sens, est un exemple parfait de la volonté de l’auteur de prendre son temps, de poser ses bases, de planter un décor, une ambiance, une nonchalance, pour pointer l’élément discordant qui va tout faire exploser.

L’auteur sait également manier le suspense, développer son intrigue, proposer des personnages intéressants, user un peu d’humour, et l’on sent également sa propension à maîtriser la plume du roman d’aventures (d’ailleurs, le roman a été récompensé par le « prix du roman d’aventures » en 1932).

Il reste à noter que le roman « Circuit-fermé » fait suite à « L'horrible mort de Miss Gildchrist » et que le personnage de l’espion revient, mais que celui du policier semble avoir disparu.

En parallèle des nombreux romans d’espionnage ou d’aventures ainsi que ceux de la série du Commissaire Levert, Jean-Toussaint Samat a également participé à la littérature fasciculaire à travers quelques titres dans les collections « Crime et Police » et « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, entre autres.

« Le mort et sa fille » sera le dernier roman de Jean-Toussaint Samat, un roman qu’il laissera, d’ailleurs, inachevé à sa mort et qui sera terminé par sa fille, Maguelonne Samat.

Au final, « L’horrible mort de miss Gildchrist » est un bon roman mélangeant policier et espionnage, un roman maîtrisé de bout en bout, et qui offre, pour un amateur tel que moi de romans policiers, de belles promesses quant aux romans purement policiers de l’auteur.

12 octobre 2017

Boxing Clever

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Boxing Clever est un petit jeu de cartes à deux joueurs de Todd Sanders dont le but est de simuler un combat de boxe.

Le jeu est téléchargeable dans une version « Print N Play » sur le site Boardgameseek.com. Pour un confort personnel, j’ai traduit les cartes et les termes.

Le matériel consiste en 48 cartes de jeu plus 4 cartons de joueurs.

Sur chaque carton, un boxeur avec des compétences spécifiques : Direct/ Esquive/ Frappe/ Contre. Le total de ces compétences donne le chiffre 20, le nombre de cartes que chaque joueur recevra (autant de cartes de chaque compétence que le chiffre inscrit sur les cartons).

Sur le carton, la piste d’endurance allant de 10 (au départ du combat) jusqu’à 0 (le joueur qui atteint ce score perd le combat).

Les joueurs reçoivent donc 20 cartes puis une carte au hasard du tas de cartes restant.

Chacun des deux joueurs positionne, faces cachées, 10 cartes qu’il a sélectionnées en fonction de sa tactique, des cartes qu’il pense que l’autre joueur va positionner.

Puis, chaque joueur met de côté une onzième carte et laisse les 10 autres pour un second tour.

Le combat peut alors commencer. Chaque joueur retourne sa première carte. Sur les cartes, plusieurs indications possibles. En bas, un chiffre rouge indique les points d’attaque (parfois, deux chiffres accolés, un pour une frappe du droit, l’autre pour le gauche. Il faut alors comptabiliser le chiffre correspondant au bras dominant du joueur indiqué sur son carton). Un chiffre bleu de défense. Sur les cartes « Direct », en bas à droite, un autre chiffre rouge d’attaque.

Si deux joueurs esquivent en même temps, aucun ne perd d’endurance. Si les deux joueurs contrent en même temps, idem.

Pour savoir qui perd la joute, il suffit de faire la différence entre le chiffre d’attaque le plus haut et celui le plus bas (en cas où les deux joueurs auraient été offensifs) ou bien entre le chiffre d’attaque et celui de défense. On fait la différence et celle-ci représente le nombre d’endurances qu’il perd. Si un joueur a posé une carte « Direct », le chiffre en bas à droite sera ajouté à l’attaque suivante du joueur si celui-ci a placé une « Frappe ». Autant dire qu’il vaut mieux frapper juste après un direct pour profiter de cet avantage.

Une fois les 10 premières cartes jouées, si aucun des joueurs n’a encore perdu alors, chacun retourne sa 11e carte et augmente son endurance du chiffre indiqué en haut à droite de la carte. Ce sera le seul moment où un boxeur peut récupérer de l’endurance.

Le deuxième round peut alors se dérouler avec la seconde série de cartes.

En cas d’égalité, à la fin du second round, un troisième peut avoir lieu. Chaque joueur sélectionne 10 cartes dans son lot de 21 cartes et c’est reparti. Si à la fin de ce round, les boxeurs ne se sont pas départagés, il y a alors match nul.

Voilà, un petit jeu facile à faire, facile à expliquer, facile à mettre en place, mais, également, facile à ranger dans un coin. En clair, ce n’est pas un jeu addictif ni un jeu ultra passionnant, mais, pour jouer une fois de temps en temps et passer quelques minutes, il remplit son job.

11 octobre 2017

René Pujol

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Il est parfois des auteurs cultes qui sont méconnus par le grand public. Je serais presque tenté de dire que les auteurs cultes sont rarement connus du grand public.

Amédée Ferdinand Pujol, alias René Pujol, fait partie de cette catégorie.

Il est d’autant plus surprenant de considérer comme « culte » un auteur après n’avoir lu que quelques-uns de ses ouvrages, mais, quand on a affaire à un tel artiste, écrivain, réalisateur, scénariste, dialoguiste, parolier, librettiste, journaliste et j’en passe sûrement, il n’y a pas besoin de consommer toute l’œuvre pour savoir que l’artiste devient incontournable.

Aussi, quand on se retrouve face à un bonhomme qui a écrit « Le détective bizarre » et qui, en tant que réalisateur, a fait débuter Jean Gabin dans « Chacun sa chance », il n’y a pas de doute qu’il faille le transférer dans la catégorie « culte ».

Amédée Ferdinand Pujol est né le 18 août 1878 à Bordeaux et mort le 21 janvier 1942 à Paris.

Tout d’abord journaliste, il se lance, dans les années 1920, en tant qu’auteur, dans la littérature populaire, dans divers genres : Roman sentimental, fantastique, policier...

Auteur de nouvelles, il s’est aussi et surtout illustré sous le format roman avec des réussites comme :

– Le détective bizarre,

– La résurrection de M. Corme

– Le Mystère de la flèche d’argent

Si « La résurrection de M. Corme » est un excellent roman policier et que « Le mystère de la flèche d’argent » est un gentil roman mêlant aventures et sentiments, la grande réussite littéraire de René Pujol réside dans le roman « Le détective bizarre ». À travers ce roman assez exceptionnel, René Pujol parvient à nous faire rire et à nous proposer un personnage à la fois original et intéressant, le fameux détective bizarre, qui pendant les trois premiers quarts du livre tient la dragée haute à ses confrères littéraires (malheureusement, on peut regretter le retournement final qui dessert l’ouvrage). 

Pour en savoir plus sur sa carrière cinématographique, c’est ici.

Pour en savoir plus sur sa carrière au théâtre, c’est .

Mais l’auteur s’est aussi illustré dans les journaux et magazines de son époque, proposant des nouvelles et des romans-feuilletons (« La sapèque rouge », « Un homme est mort », « L’île des ombres »...).

Au final, René Pujol est un auteur à redécouvrir d’urgence, par l’intermédiaire de ses films, probablement, mais surtout par celui de ses romans et nouvelles.

08 octobre 2017

O'Byron s'est évadé

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Paul Max est un auteur belge né à Alger en 1884. Il était journaliste et il est auteur de plusieurs romans d’aventures et policiers.

La littérature populaire belge n’a pas eu l’essor de la nôtre et les collections regroupant des auteurs autour de textes courts sont loin d’être aussi nombreuses qu’en France. Cependant, à son époque, Stanislas-André Steeman, l’auteur belge vivant dans l’ombre de Georges Simenon, mais qui a eu un succès considérable et a été adapté de nombreuses fois au cinéma, a tenté de lancer une collection regroupant des nouvelles d’auteurs belges.

C’est aux Éditions A. Beirnaerdt, que la collection « Le Jury » est née en 1940.

En l’espace de 4 ans, ce sont 66 titres qui seront édités, provenant de plumes aussi diverses que de celles d’auteurs réputés (Steeman, Simenon, Louis-Thomas Jurdant, Jean Marsus, Thomas Owen...) que des professeurs, avocats, musiciens, journalistes... en tout, pas moins de 35 auteurs.

Les nouvelles sont imprimées sur 32 pages, en double colonne, Couverture couleur, avec une photo noir et blanc. Chaque texte fait environ 20 000 mots.

Paul Max participe à cette collection à deux reprises. La seconde est une aventure de Billy Mac Tiddle, le détective vendeur de chaussettes que l’on a pu découvrir dans « Début dans la police » avec le titre « l’assassinat du torero » (la nouvelle sera développée en un roman et publiée de façon posthume sous le titre « Mexico »). Le premier des deux titres, quant à lui, est « O’Byron s’est évadé ».

O’Byron s’est évadé : L’inspecteur Smyth est retrouvé mort, chez lui, une balle tirée dans la tête. Pour le Capitaine BROWN, le meurtre est à attribuer à « Big-Boy », un gangster cruel qui a juré de venger son chef, O’Byron, écroué par le défunt policier. Mettant tout en œuvre pour que l’assassin soit condamné à mort, le Capitaine BROWN se heurte à la circonspection de l’inspecteur Davis, qui considère que son supérieur s’est laissé aveugler par sa soif de représailles. D’abord si confiant en sa détermination et ses déductions, le Capitaine BROWN ne tarde pas à douter de la culpabilité de « Big-Boy », d’autant plus quand l’un des témoins à charge le supplie de le protéger après qu’on ait tenté de le tuer. Il lui avoue alors qu’il a fait un faux témoignage et qu’il est persuadé d’être la cible de O’Byron, lui-même. Or, ce dernier est censé être en prison sous bonne garde ! Mais, l’est-il vraiment ?... 

Cette nouvelle de Paul Max possède la narration de nouvelle (contrairement à des collections françaises de titres courts dont les textes sont structurés comme de courts romans). La fin est à ce sens est un exemple flagrant du final abrupte d’une nouvelle.

L’histoire nous conte la terrible envie de vengeance d’un policier suite à l’assassinat de son collègue. Aveuglé par cette haine, le policier se brusque et s’entête, au risque de se mettre à dos des confrères. Cependant, le coupable semble tellement évident qu’au final, tout le monde, ou presque, se range derrière lui et que l’assassin présumé est condamné. Mais dès lors, le doute assaille le policier et les indices discordants commencent à s’accumuler. Et si l’évidence de l’affaire n’était qu’un trompe-l’œil ?

L’auteur mène son histoire agréablement et démontre qu’il ne s’épanouit pas que dans l’humour et le polar décalé. Mieux, l’homme maîtrise la narration si particulière de la nouvelle et nous livre un climax surprenant.

Assurance, questionnement, tension, suspens et révélation, « O’Byron s’est évadé » déroule son histoire et met la peau du lecteur un peu dans celle du policier même si l’on devine, dès le début, que l’homme s’est trompé... mais à quel point ?

Au final, une nouvelle agréable à lire et qui, si elle ne possède pas l’humour et l’attrait de la série des « Mac Tiddle », n’en est pas moins plaisante à lire.

01 octobre 2017

Paris va mourir

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Francis Ryck, je ne connaissais pas avant de tomber sur ce roman. Pourtant, auteur faisant partie de la vague du néo-Polar, dont plusieurs romans ont été adaptés au cinéma, ayant nourri la fameuse « Série Noire » de 18 titres, j’aurais dû connaître.

Voilà chose faite, désormais, avec « Paris va mourir ».

Paris va mourir : Paris en proie à une vague d’attentats terroristes ! Dans un Paris où la population sombre lentement dans la psychose, les services secrets sont sur les dents : il leur faut à tout prix arrêter une série d’attentats qui transforme la ville lumière en ville morte. Pourtant, infiltré au cœur d’une cellule terroriste, Roc se retrouve face à un dilemme moral : que faire de tous ces jeunes endoctrinés qu’il trouve sur son chemin ? Les livrer à la justice pour satisfaire ses supérieurs ? Ou les protéger au maximum d’eux-mêmes, et remonter, lentement, la tête du réseau, au risque de se retrouver face à des réponses désagréables ?

À la lecture de ce roman, ce qui frappe, en premier lieu, c’est la résonance immédiate avec les événements récents. Des attentats, à Paris, des explosions, des morts, une cellule terroriste...

On pourrait imaginer que l’auteur vient d’écrire ce roman, mais il n’en est rien. Francis Ryck est mort en 2007 et « Paris va mourir » a été publié en 1969...

Ce n’est donc pas à des terroristes islamistes que l’auteur va avoir à faire, mais bien à des terroristes rouges.

Francis Ryck nous conte donc l’infiltration de Roc, un agent secret qui va prendre la place d’un homme chargé par une organisation terroriste de faire un rapport sur leur cellule française. Celle-ci est composée de 4 jeunes gens, deux hommes et deux femmes et du chef de la cellule.

À aucun moment, ni le personnage principal, ni l’auteur, ne condamnent réellement les agissements de ces terroristes qui, sous couvert de défendre des idées, assassinent lâchement des innocents à l’aide d’engins explosifs.

Plus encore, Roc semble se prendre d’affection pour ce quatuor que l’auteur présente comme des personnes volontaires qui se sont juste trompés de méthode (pas forcément de combat). L’attitude de Roc à leur égard n’est d’ailleurs aucunement équivoque. Cependant, il fera tout pour dissoudre la cellule et punir les vrais responsables.

Au final, un roman qui entre en résonnance d’une terrible façon avec une actualité omniprésente, mais qui, à mon sens, n’offre pas des personnages forts et ne possède pas une qualité de plume ou de narration suffisante pour en faire un bon roman. Cependant, il se lit rapidement et sans déplaisir et les images que la première scène fait renaître en nous et les mauvais souvenirs qu’elle évoque le rendent tout de même marquant.

N.B. Il est à noter le travail des éditions French Pulp qui rééditent des romans de la littérature populaire. La seule chose que l’on pourrait leur reprocher, c’est de prendre un nom anglo-saxon pour défendre la littérature française, mais ils s’en expliquent sur leur site.

28 septembre 2017

Jaipur

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« Jaipur » est un petit jeu, à deux, créé par Sébastien Pauchon.

Chaque joueur représente un vendeur dont le but est de se faire remarquer de Maharadja. Pour ce faire, vous devez remporter par deux fois la médaille du meilleur vendeur.

Le matériel se compose de cartes de sept genres de marchandises (cuirs, épices, tissus, argents, ors, diamants et chameaux) et de jetons représentant ces mêmes marchandises (plus la médaille du meilleur vendeur).

Au départ, chaque joueur reçoit cinq cartes, trois cartes chameaux et deux autres cartes sont retournés entre les joueurs, les jetons sont regroupés par marchandises et classés dans l’ordre décroissant des chiffres indiqués dessus.

À son tour, le joueur aura deux choix, échanger des marchandises ou vendre des marchandises. Si vous prenez des chameaux, qui vous serviront de monnaie d’échange par la suite, vous les remplacez dans la file par des cartes de la pioche. Si vous prenez une carte d’une autre marchandise, vous la remplacez par une carte de la pioche. Si vous voulez plus d’une carte de marchandises (autres que des chameaux), alors, vous devez les remplacer par des cartes de votre main (d’où l’intérêt de posséder des chameaux).

Pour vendre des marchandises, il vous faut posséder au moins deux cartes de la même marchandise. Vous récoltez alors un jeton de cette marchandise d’une valeur qui augmente avec le nombre de marchandise vendue. Le but, vendre un maximum de marchandises en même temps pour gagner plus de points.

À la fin de la manche, le vendeur ayant le plus de chameaux en sa possession gagne un peu d’argent et celui qui possède le plus d’argent gagne la médaille du meilleur vendeur. Celui qui remporte deux fois cette médaille est déclaré vainqueur.

Un jeu à deux plutôt agréable où, si le hasard à sa place, n’est pas pour autant dénué de stratégie. Effectivement, si vous prenez plusieurs chameaux, en les remplaçant, vous risquez de proposer à votre adversaire des marchandises intéressantes (sachant que les diamants ont plus de valeur que l’or qui a plus de valeur que l’argent qui a plus de valeur que les tissus... que les épices... que les cuirs). Mais, s’il est, bien sûr, plus intéressant de prendre des bijoux que des cuirs, vendre d’un coup 5 marchandises (même s’il s’agit de cuirs) peut rapporter gros. De plus, on peut parfois décider de prendre une marchandise qui ne nous intéresse pas forcément, juste pour empêcher l’adversaire d’en profiter.

Au final, un petit jeu bien sympathique qui demande un peu de chance et un peu de stratégie et qui se met en place très rapidement. Les parties sont relativement rapides et les règles assez vite maîtrisées.

24 septembre 2017

Le meurtre d'Hilldrop Crescent

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Paul Max est un auteur dont je vous ai déjà parlé pour « Début dans la police » et « O’Byron s’est évadé ».

Dans le premier des deux titres, le lecteur faisait la connaissance de Billy Mac Tiddle, un jeune vendeur de chaussettes qui devenait, par hasard, un fameux détective, en résolvant le « Mystère de Myron Castle ».

Fort de ce succès, tout le monde, dont le lecteur, pensait que Billy allait se reconvertir dans le métier de détective privé.

Oui, mais c’était sans compter sur la ténacité du personnage et la subtilité de son auteur. Car, au lieu de profiter de son succès et de la publicité faite par les journaux pour son talent d’enquêteur, Billy Mac Tiddle revient à ses premiers amours et profite de sa notoriété pour monter une chaîne de magasins de bonneteries.

Les clients se précipitent pour acheter des chaussettes à cet « As des détectives » et les affaires vont tellement bien que Billy devient vite riche.

Pour s’assurer une rente, le jeune homme s’est acheté une maison qu’il loue en attendant d’en profiter pendant sa vieillesse.

Le meurtre d’Hilldrop Crescent : Malgré la célébrité que lui a conférée la résolution de l’énigme de Myron Castle, Billy Mac Tiddle, le dénommé « Détective aux chaussettes », plutôt que de continuer dans le métier de « policier privé », préfère retourner à ses premières amours : les chaussettes. La publicité des journaux vantant ses talents d’enquêteur fait que son magasin ne désemplit pas et, la fortune venant, il acquiert une petite propriété qu’il loue pour obtenir une rente supplémentaire. Les locataires actuels s’en sont allés. Durant une visite effectuée par une personne de confiance dans le but de trouver de nouveaux preneurs, celle-ci fait une macabre découverte : un corps démembré a été enterré dans la cave… Alors que l’inspecteur Day est chargé du dossier, Billy Mac Tiddle reprend du service, mais, très vite, disparaît mystérieusement ! Et si l’affaire était plus complexe qu’elle n’y paraît au premier abord ?

Le destin, ou le hasard, qui avait mené, jadis, Billy Mac Tiddle, à exercer le métier d’enquêteur, s’en mêle à nouveau, pour le plus grand plaisir du lecteur, et pousse le vendeur de chaussettes à revêtir son costume de détective.

C’est un réel plaisir de retrouver « le Roi de la Chaussette » dans la peau de « l’As des détectives ». Paul Max mène son affaire avec talent, nous proposant à la fois une histoire avec rebondissements, des personnages intéressants, et des dialogues savoureux le tout, non dénué d’humour, et usant, parfois, d’un léger comique de répétition de bon augure.

Car, si Billy Mac Tiddle est le héros de l’histoire, il n’en est pas, pour autant, un personnage omniscient et omniprésent. L’inspecteur Day, que l’on retrouvera par la suite, participe également à l’enquête, même, fait son enquête de son côté. Du coup, c’est plutôt Day que Tiddle que l’on suit même si l’ombre du vendeur de chaussettes plane toujours sur le roman.

L’étau se resserre petit à petit et Tiddle finira par nous livrer le meurtrier, bien évidemment.

Au final, un excellent roman empreint d’humour, mené à un bon rythme, avec des personnages intéressants et des dialogues savoureux. Que du bonheur pour un lecteur. 

17 septembre 2017

Larchmütz 5632

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Jean-Bernard Pouy est un génie, un génie qui n’écrit pas que des choses géniales. Je ne vais pas redire ce que j’ai déjà dit dans d’autres chroniques sur d’autres livres de J.B.P., contentez-vous alors de cet aphorisme ou bien, plongez-vous, si vous n’avez rien d’autre à faire, dans mes autres critiques des romans de l’auteur.

Passons sur le postulat que J.B. Pouy est un génie et intéressons-nous à son roman :

Larchmütz 5632Benno et Adrien sont deux anciens combattants révolutionnaires, en sommeil depuis vingt-cinq ans. Lorsque l’Organisation les réactive, ils quittent à contrecœur leur ferme de Bretagne et abandonnent Momone sans savoir qu’elle est la seule vache télépathe au monde. Ils rejoignent Paris par des chemins détournés pour se lancer dans un nouveau combat : « redonner un sens à l’Histoire en organisant un contre-pouvoir moral doté d’une justice armée ». Mais les temps ont changé, et lorsqu’on leur demande de se transformer en tueurs internationaux, ils abandonnent la sacro-sainte discipline pour tenter de savoir qui les manipule. 

L’avantage de J.B. Pouy, outre le fait qu’il soit un génie (oui, je me répète, mais j’ai bien l’espoir qu’à force de crier sur les toits que J.B. Pouy est un génie, celui-ci, un jour, découvre toute l’admiration que je lui porte et qu’il cherche à me rencontrer afin de discuter de littérature générale, cinéma, littérature populaire, musique... et du métier d’écrivain) c’est que, quel que soit le roman qu’il nous propose, le lecteur trouvera toujours de quoi se délecter. Parfois, c’est l’idée de départ (« Pierre de Gondole »), ou le projet (« Le poulpe »), d’autres fois le style (la plupart des romans), l’histoire et, quasiment à chaque fois, ce sont les personnages.

Car, la grande force de J.B. Pouy, c’est de nous proposer des personnages attachants, souvent touchants et qui se démarquent de la production habituelle.

Ici encore, l’auteur nous propose un duo (trio, avec Momone la vache), assez particulier. Certes, Pouy nous a habitués à ses personnages contestataires et anarchistes, c’est même une constante, chez lui, quasi une obsession. Bien sûr, les personnages sur le retour sont assez nombreux dans le vestiaire de Pouy. Aussi, rien d’étonnant de retrouver ces deux caractéristiques dans « Larchmütz 5632 ». Pour autant, si les personnages sont typiquement pouyesques, ils n’en demeurent pas moins atypiques et attachants.

Atypiques, car, Adrien et Benno sont des « agents dormants » en plein sommeil, dans la campagne bretonne, qui, depuis 25 ans, attendent qu’on les réveille tout en profitant de la vie.

Quand le jour est venu, le réveil est à la fois salvateur, régénérateur, mais également source de craintes, de doutes et de regrets...

Car, s’ils sont heureux de se réveiller, leur sommeil était peuplé d’un rêve plutôt agréable.

25 ans plus tard, ils se sentent un peu comme des dinosaures dans un magasin de haute technologie. Plus vraiment à leur place, ils agissent avec la fougue et la volonté d’enfants engagés dans un jeu de rôle. Mais ces rôles-ci risquent bien d’être leurs derniers.

Pour autant, petit à petit, les deux retrouvent leurs marques et se prennent au jeu sans que leur passé « dormant » et la vache Momone leur manquent.

Mais les choses ne vont pas se passer comme ils le voudraient.

« Larchmütz 5632 » est un petit roman dans la pure veine de ceux que J.B. Pouy nous propose régulièrement, avec des personnages et un style qui ne dénotent pas des habitudes de l’auteur.

On pourra noter la narration à deux voix, un narrateur omniscient pour conter les mésaventures du duo et la vache Momone qui permet d’avoir un avis distancié sur l’ensemble.

Au final, « Larchmütz 5632 » est un petit roman sympathique proposant deux personnages attachants. Le tout se lit sans déplaisir sans, pour autant, flirter avec l’exceptionnel. La fin est à la fois abrupte et surprenante. Un livre à réserver aux fans de Pouy ? Peut-être, mais pas sûr !

14 septembre 2017

Combat de Maîtres

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Version toute personnelle du jeu « Kung Fu Fighting » de Cliff Bohm dans sa version « Print N' Play » trouvée sur le site Kickstarter.com (un site de financement participatif) lors de la recherche de budget pour un rajeunissement du jeu de base.

À partir, donc, de la version PNP de base tout en anglais et sans illustration, je me suis lancé dans une traduction, d’abord approximative (mon anglais est lui aussi très approximatif), des règles et du contenu des cartes que j’ai ensuite amélioré en testant le jeu.

J’ai posé des illustrations trouvées sur Internet (je n’aime pas les cartes blanches), illustré les cartons de scores avec des caricatures de mes artistes martiaux préférés puis ajouté des cartes inventées de toute part.

Mais, peu importe la personnalisation que j’ai apportée au jeu pour mon propre plaisir et ma propre utilisation, revenons-en au jeu de base.

« Kung Fu Fighting » est un jeu de cartes pour 2 à 6 joueurs dont le but est de se « Tataner la gueule » !

Pour ce faire, une piste de score contenant votre niveau de Chi (énergie). Vous démarrez à 20. Si vous descendez en dessous de 1, vous êtes mort ! Quand un seul combattant est encore vivant, il est forcément le vainqueur.

Pour vous battre, vous possédez une main de cartes (7, généralement, mais parfois moins, parfois plus, en fonction des aléas du jeu).

Les cartes représentent des coups de pieds, de poings, des armes, des blocages, des styles de combats... Toutes les cartes peuvent être regroupées en 4 genres. Des cartes « Base » qui servent à définir le genre de votre attaque. Des cartes « Bonus » qui vont renforcer votre attaque. Des cartes « Finition » qui vont conclure votre attaque et des cartes « Style » qui vont interagir avec certaines attaques et apporter des avantages. Les cartes « Bases », « Bonus »  et « Style » sont aussi bien utilisées pour attaquer ou pour se défendre alors que les cartes « Finition » ne peuvent être utilisées que pour une attaque.

Pour attaquer, il vous faut obligatoirement une carte « Base » (attaque au pied, au poing ou avec une arme) et une carte « Finition ». Les cartes « Bonus » et « Style » sont bienvenues, mais pas nécessaires. Si vous ne possédez pas, dans votre main ou sur votre plateau, une carte « Base », trois cartes « Poing » sont disponibles pour tous les joueurs. Ces cartes vous permettent de mener une attaque ou une défense, mais, avec le strict minimum de puissance.

Chaque carte de votre attaque apporte des points d’attaque (le chiffre est indiqué dans les taches rouges). Parfois, ces points sont bonifiés si certaines cartes sont combinées avec un style adéquat. De même, certaines cartes possèdent des points de défense (le chiffre est indiqué dans les boucliers bleus). De même, ces points peuvent être bonifiés si certaines cartes sont combinées avec un style adéquat.

L’attaquant mène son attaque, compte ses points d’attaque et désigne le ou les joueurs qu’il attaque (certaines cartes permettent d’attaquer plusieurs joueurs). C’est alors au joueur attaqué (ou aux joueurs) de mettre en place sa défense et de compter ses points de défense. La différence représente le nombre de Chi que le défenseur perdra si le chiffre est positif. Si les points de défense sont supérieurs ou égaux aux points d’attaque, le défenseur n’est pas touché, il ne perd pas de Chi.

Quand les points sont comptés, il faut survoler les cartes. Car, sur certaines des indications précisent des évènements spécifiques. La plupart des cartes sont à jeter à la défausse, d’autres peuvent être conservées, des points de Chi peuvent être gagnés ou perdus...

Chaque joueur à son tour peut donc attaquer, mais, s’il n’attaque pas, il peut renforcer sa main en jetant celles en sa possession qu’il n’aime pas ou en plaçant un style ou une arme sur son plateau de score afin de libérer sa main d’un maximum de cartes, car, à la fin de son tour, s’il n’a pas attaqué, il peut remplir sa main en piochant. S’il lui reste plus d’une carte en main à la fin de son tour, il pioche de façon à avoir 7 cartes en main ensuite. S’il avait une carte ou moins en main, il pioche jusqu’à en avoir 8.

Et c’est là toute la subtilité du jeu : on ne renforce sa main qu’à son tour en n’attaquant pas et non pas en fin de tour après avoir attaqué. Car, comme dans un vrai combat, une attaque, même réussie, épuise et donc rend le joueur plus faible et donc en fait une cible plus facile. Donc, quand vous jouez à plusieurs, attaquer une adversaire vous met dans une position de faiblesse vis-à-vis des autres. Mais, si l’un de ceux-ci vous attaque, il s’affaiblit à son tour...

Si vous jouez à deux. Lorsque vous attaquez votre adversaire, vous vous affaiblissez également. Du coup, si votre adversaire s’est peu défendu alors que vous avez beaucoup attaqué, il se retrouve alors avec beaucoup de cartes en main et vous, peu, ce qui lui permet, à son tour, de vous attaquer et, sans doute, de vous infliger plus de dégâts que ce que vous lui en avez infligé.

La tactique sera donc de savoir à quel moment attaquer, qui attaquer et comment attaquer. Car, parfois, vous pourrez avoir une attaque forte avec peu de cartes, mais, la plupart du temps, pour attaquer en force, vous allez multiplier les cartes et vous affaiblir à excès.

L’autre tactique, parfois, sera de se défendre avec peu de cartes pour conserver suffisamment de cartes pour attaquer à votre tour et profiter de l’état de faiblesse de celui qui vient de vous attaquer.

Les coups et les styles sont inspirés du Kung Fu (Style du Singe, de la Grue, du Tigre, de l’Homme ivre, du Dragon ou Serpent et, dans l’extension, de la Mante religieuse et du Panda [que j’ai remplacé par celui de l’Ours, car le style du Panda n’existe que dans le dessin animé]).

À savoir que la règle spécifie que, si suite à une attaque, votre Chi doit descendre en dessous de 0, il reste à 1 le temps d’arriver à la phase de résolution qui suit la phase d’attaque, de contre et, éventuellement, de contre-attaque. Ce qui fait qu’un joueur potentiellement mort peut, s’il a les cartes adéquates, refuser de se défendre pour opérer une contre-attaque. Lors de cette contre-attaque, il pourra laminer l’adversaire qui vient de l’attaquer et qui est affaiblit (voire le tuer si sa contre-attaque est assez puissante) ou, par l’effet de certaines cartes, regagner un peu de Chi et survivre...

Voilà, un jeu très sympathique, du moins, pour ceux qui, comme moi, aiment les films de Kung Fu.

10 septembre 2017

Début dans la police

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« Début dans la police » de A.M. Hychx est un roman intéressant à plus d’un titre.

D’abord, parce qu’il s’agit là d’un bon roman policier (très bon, même), qui met en scène un détective atypique dans une histoire à la fois simple et rocambolesque.

Ensuite, parce que le roman d’A.M. Hychx a été traduit en français par l’auteur Paul Max.

Enfin, parce que Paul Max et A.M. Hychx ne formaient qu’une seule et même personne.

Car, si, d’après Wikipédia (dont il faut toujours se méfier, la preuve en est que, la fiche même de Paul Max comporte une grosse et une petite erreur dans la partie bibliographie), le roman est issu d’une courte nouvelle publiée, à la base, en anglais, il y a fort à parier que le stratagème consistant, pour un auteur, à se faire passer pour le traducteur du roman écrit par lui-même sous pseudonyme anglais, n’a d’autre but que de séduire les lecteurs de l’époque plus avides de romans policiers anglo-saxons que de ceux issus de la plume d’auteurs français (ce stratagème a été plus ou moins utilisé par des auteurs tels que Rodolphe Bringer, Frédéric Dard, Léo Malet et consorts...).

Mais, peu m’importe l’astuce, l’important, pour moi, est de savoir que les mots imprimés sont issus directement de l’esprit de l’auteur du texte. Et c’est le cas avec « Début dans la police » de Paul Max (exit, donc, A.M. Hychx).

Paul Max est un journaliste né en Algérie et naturalisé Belge qui se lancera dans l’écriture de romans, notamment, à travers d’un personnage atypique : Billy Mac Tiddle, le détective à la chaussette, un marchand de chaussettes Écossais (le marchand, pas les chaussettes), qui débutera, par hasard et par défi, dans le métier de détective. 

Et c’est dans « Début dans la police » que le fameux Billy Mac Tiddle va se lancer dans « la police » au sens large, dans le métier de détective, au sens plus strict.

Début dans la police :  Billy Mac Tiddle, un jeune marchand de chaussettes Écossais, débarque à Londres dans l’espoir d’y ouvrir un commerce et de faire fortune.  Dans la chambre qu’il a loué dans un bouge infâme, sa quiétude est dérangée par les cris d’une femme violentée dans la pièce voisine.  La police arrive et embarque la victime et ses agresseurs alors qu’un rougeaud locataire assure à l’assistance curieuse qu’il connaît la martyre et qu’elle est au cœur d’un mystère insoluble qui s’est déroulé au Myron Castle et sur lequel la justice s’est cassé les dents. Même un détective Écossais aurait abandonné l’enquête au bout d’une journée d’après lui.  Le vendeur de chaussettes, ne pouvant croire qu’un compatriote puisse jeter l’éponge pour quelques raisons que ce soient, assure que si la personne avait réellement été Écossaise, elle n’aurait jamais baissé les bras.  Devant tant de chauvinisme déplacé, le bonhomme le met au défi de résoudre l’affaire.  Poussé à bout, ne voulant reculer et déshonorer sa patrie, le vendeur de chaussettes va se lancer dans le métier de détective sans se douter que ce nouveau métier va être bien plus dangereux et éprouvant que celui du commerce… 

C’est donc par pur hasard et par bravade et fierté que le jeune Billy Mac Tiddle va s’essayer au métier d’enquêteur. Pour cela, il va se faire embaucher comme aide-jardinier à Myron Castle (car le rougeaud qui le pousse est jardinier là-bas) afin d’y mener son enquête.

Mais, comment résoudre une affaire sur laquelle même des professionnels se sont cassé les dents quand on ne sait pas comment s’y prendre ? C’est tout le problème auquel va devoir se confronter Billy.

Billy ne sait pas comment s’y prendre, il tâtonne, il piétine, prend de notes, fait des listes de suspects, met des croix devant celui qui est louche à ses yeux, les efface quand il pense s’être trompé, les remets... bref, pédale dans la semoule.

Mais l’homme est plein de bonne volonté, aidé par une certaine chance, et va, petit à petit, progresser.

Paul Max nous propose un personnage sympathique et attachant que ce jeune vendeur de chaussettes écossais, trop têtu, trop fier, trop inconscient, qui, parce qu’il s’est trop avancé, ne veut plus faire demi-tour et va risquer sa vie pour une histoire qui ne le regarde pas.

L’auteur sait indéniablement manier sa plume sans en faire trop, préférant mettre en avant ses personnages et son histoire. Ainsi, si on ne criera pas au génie de la plume (mais le style et l’histoire ne le demandent pas), on se prendra, parfois, à apprécier l’humour sous-jacent de l’auteur. Un humour léger, qui n’est pas sans rappeler celui de Maurice Boué, un autre auteur belge, lorsqu’il nous conte les enquêtes du détective Lautrec.

L’ensemble se lit avec un grand plaisir et les pages défilent sans que le lecteur s’en rende compte. 

Au final, si l’histoire est moins complexe qu’elle ne semble l’être, et si le suspens n’est pas magistral (mais là encore, ce n’est pas le but de ce roman), Paul Max nous démontre sa grande capacité à conter une enquête, à faire vivre un personnage attachant et à lui faire prendre une place certaine, juste avec quelques traits de caractère, nous faire sourire et, plus que tout, à nous faire prendre du plaisir à la lecture de cette première enquête de Billy Mac Tiddle puisque celui-ci reviendra dans quelques autres romans.

08 septembre 2017

Fête du Livre et des Éditeurs de Céret 2017

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Situé dans le Vallespir, au creux de la vallée du Tech dont les eaux rafraîchissent les pieds du Pont du Diable, arche de pierres datant du moyen-âge, Céret est une ville magnifique ayant connu les constructions romaines, les Comtes d’Empúries, l’annexion du Roussillon à la France...

Mais Céret est surtout connue pour sa Fête de la Cerise, sa Féria, son Musée d’Art Moderne, et, depuis 10 ans, pour son salon littéraire : La Fête du Livre et des Éditeurs.

Depuis dix ans, les rues de la vieille ville, protégées du soleil par de magnifiques platanes, abritent chaque année l’un des salons littéraires les plus attractifs de la région et, probablement, mon préféré de tous.

Effectivement, ce salon brille de par l’investissement dans l’organisation, mais aussi dans son déroulement, d’une association de lecteurs motivés et curieux.

Ainsi, si l’on y retrouve les badauds usuels de ce genre de manifestations (le passant qui passe, le passant un peu curieux, le lecteur lambda qui profite de sa proximité pour venir, le lecteur avide qui se déplace exprès pour l’évènement...), à Céret, l’on peut trouver une autre catégorie de personnes, les membres de l’association de lecteurs qui, curieux et gourmands, viennent faire des découvertes et ses emplettes pour remplir ses prochaines soirées de lecture (ou matinées, ou autres moments).

Cette année, encore, ce dimanche 10 septembre 2017, à partir de 9 hOXYMORON Éditions et toute son équipe (petite équipe, mais dynamique et passionnée) seront présents à Céret afin de faire connaître leur travail aux lecteurs de tous bords et de tous âges.

Car, si OXYMORON Éditions est spécialisé dans le roman policier, sa politique éditoriale a l’intelligence et le bon goût de proposer aux lecteurs des romans qui plairont aux amateurs du genre, mais qui pourront également réconcilier avec ce large genre, les lecteurs qui ne sont pas férus de polars.

Effectivement, dans le catalogue d’OXYMORON Éditions, point de « Thriller » à l’américaine surfant sur le succès d’un genre fait de surenchère de violence, de sang, de perversion, de sexe et de personnages dépressifs et suicidaires cassés par la vie et par le métier. Non, nous avons pour ambition de parvenir à faire sourire le lecteur à travers le « polar » en proposant des œuvres décalées, drôles, tendres, que ce soit avec des œuvres d’aujourd’hui, comme les séries « Wan & Ted » ou « Marc-Antoine DECOME » ou « Le Psychopathe, le Dément et le Trisomique » de KAMASH, ou des récits d’hier par l’intermédiaire de rééditions judicieuses de romans ou de séries tombés dans l’oubli ou introuvables jusqu’alors comme les séries « Toto Fouinard » de Jules Lermina, « Marius Pégomas » de Pierre Yrondy, « Maximilien Heller » d’Henry Cauvain, « Le petit vieux des Batignolles » d’Émile Gaboriau, « Le coup d’œil de M. Piédouche » de Fortuné du Boisgobey, « Les enquêtes du Détective Lautrec » de Maurice Boué, « Les enquêtes de l’inspecteur Pinson » de Jacques Bellême, « Les aventures d’un détective amateur », et une collection tentant de remettre au goût du jour les fascicules d’antan avec la « Collection Les Cadennes » et ses premiers titres « Devant le coffre-fort » de Gustave Gailhard et « Le Troisième Trèfle » de Rodolphe Bringer.

À ces quelques œuvres, cette année, viennent s’ajouter des livres tout aussi passionnants comme les enquêtes du Commissaire Rosic avec « Le poignard de cristal » de Rodolphe Bringer ou celles de Serge Vorgan avec « La police est en alerte » de Gustave Gailhard...

Bien sûr et heureusement pour le public, nous ne serons pas les seuls présents à Céret et de nombreux autres auteurs et éditeurs vous proposeront leurs ouvrages. La plupart d’entre eux sont du département, la volonté des organisateurs de la manifestation étant, avant tout, de permettre aux lecteurs de découvrir les petits éditeurs et les auteurs trop méconnus des Pyrénées-Orientales. Mais, cette année, pour la dixième édition du salon, deux invités de marque seront présents pour dédicacer leur dernier livre :

– Mazarine Pingeot pour son roman « Théa »

– Didier le Bret pour « L’homme au défi des crises »

Si l’on ne présente plus Mazarine Pingeot, si vous ne connaissez pas Didier le Bret (honte à vous), faites comme moi, aller voir sur Wikipédia (honte à moi).

Bref, n’hésitez pas à venir à Céret ce dimanche 10 septembre entre 9 h et 18 h afin de découvrir les auteurs locaux, et surtout KAMASH qui dédicacera ses ouvrages.

OXYMORON Éditions vous parlera de sa passion pour la littérature populaire et son engagement et son investissement pour proposer aux lecteurs une sélection judicieuse de rééditions de productions policières du début du XXème siècle.

OXYMORON Éditions vous annonce que, pour tout livre papier acheté, l’équivalent en numérique du livre (aux formats ePub, Mobi et Pdf) sera offert au lecteur sur simple présentation d’une adresse mail.

Parce qu’un livre est fait pour être lu, en format papier ou en format numérique, OXYMORON Éditions et KAMASH ont décidé de faire de cette promotion une généralité depuis maintenant deux ans.  

Rares sont déjà les éditeurs du département à proposer l’intégralité de leur catalogue papier en format numérique, mais OXYMORON Éditions doit être la seule maison d’édition à offrir le format numérique pour l’achat du format papier et à proposer, en plus des équivalents numériques de tous ses livres papiers, d’autres livres édités uniquement en numérique.

Car, si vous trouvez le catalogue papier d’OXYMORON Éditions alléchant, vous vous délecterez de son catalogue numérique qui reprend les séries et les romans déjà publiés en papier, mais également bien d’autres séries et romans que vous ne trouverez qu’en numérique, toujours à des prix défiant toute concurrence.

Aussi, que vous aimiez le livre papier, que vous préfériez le format numérique, que vous aimiez les deux formats, que vous appréciez les romans policiers d’aujourd’hui, que vous ne consommiez que les romans policiers d’antan, que vous adoriez les personnages originaux et drôles, que vous ne conceviez les personnages de romans policiers que comme des héros classiques et sérieux, venez nous voir, nous avons le livre qu’il vous faut, les livres que vous allez dévorer, les collections dont vous deviendrez accros.

En plus de découvrir un auteur, des romans, une saga, de redécouvrir des auteurs d’antan, vous pourrez visiter un beau village des Pyrénées-Orientales, alors, venez nombreux.

03 septembre 2017

Les traces du vampire

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« Les traces du vampire » est un court roman de Gustave Gailhard qui reprend le personnage du policier Serge Vorgan.

Ce titre s’inscrit donc dans la collection « Serge Vorgan », dont « La police est en alerte » est la première enquête et « Les traces du vampire », la quatrième.

Les traces du vampire : Le brigadier-chef de la Sûreté Générale, Serge Vorgan, est chargé d’une bien délicate affaire. Une série de crimes horribles a lieu dans les trains en partance de la Capitale. Le policier ne tarde pas, avec les maigres éléments en sa possession, à soupçonner Marc Faran, alias « L’Étudiant », alias « L’Anguille », d’être derrière tous ces crimes. L’homme est d’autant plus redoutable qu’il n’hésite pas à se déguiser pour approcher et se jouer de ses pourchasseurs, allant jusqu’à glisser un mot de menace dans la poche de Bertillon, le bras droit de Vorgan. Quand la Grande Irma, la maîtresse de Marc Faran, débarque pour livrer son amant aux forces de l’ordre, Bertillon se réjouit de pouvoir mettre la main sur l’homme qui l’a berné. Mais, Serge Vorgan, par expérience, se méfie des femmes trop belles et trop intelligentes… 

Un crime atroce a eu lieu dans un train. Un homme a été retrouvé égorgé, ses biens ont disparu. Le tueur semble avoir quitté le wagon en marche. Tous les indices indiquent que le coupable est jeune et svelte.

Serge Vorgan, Brigadier-chef à la Sûreté, soupçonne Marc Faran, un criminel redoutable et introuvable.

Un indic lui apprend que le fameux Faran, dit « L’Étudiant », a rendez-vous avec une blonde dans un bar. Le policier met une surveillance en place. Des hommes de Vorgan planquent dans un troquet faisant face au lieu de rendez-vous. Mais tout ne se déroule pas comme prévu. Faran a éventé le piège et s’est enfui non sans poignarder l’indic de la police.

Alors que tout semble compromis, la maîtresse de Faran prend contact avec Vorgan et Bertillon et veut leur balancer son amant.

Dès lors, Vorgan et ses hommes vont naviguer entre espoir de mettre la main sur le criminel et méfiance envers cette offrande un petit peu trop bienvenue.

Gustave Gailhard fait évoluer son personnage, exit la romance présente dans le premier opus, Vorgan n’est pas encore commissaire, mais dirige déjà son équipe d’une main ferme.

Le style et l’ambiance se popularisent, se dirigeant lentement vers un tout plus « argotique » qui prendra toute son ampleur dans « Un cadavre sur une route ».

Pour autant, l’auteur ne se départit pas de son goût pour le « travestissement » fort à la mode dans les textes policiers de la première moitié du XXe siècle et qu’il avait déjà mis en avant dans « La Police est en alerte ». D’ailleurs, l’influence de ce tout premier opus est permanente tout au long de l’histoire : la présence systématique des taxis dans l’histoire, le tueur qui se joue de la police au risque de se brûler les ailes, les déguisements... jusqu’à un extrême un peu plus « discutable » qui est l’autoplagiat.

Effectivement, pour gagner du temps (de l’argent ?) ou pour toute autre raison, Gustave Gailhard, à l’exception des noms des deux protagonistes, réutilise, mot pour mot, dans « Les traces du vampire », une scène écrite pour « La Police est en alerte ». Certes, il ne s’agit que d’une scène subsidiaire, dont l’intérêt ne demeure pas crucial et qui aurait pu, sans aucun problème, se dérouler totalement autrement, mais cela démontre une certaine malice de l’auteur (ou le manque de scrupules) et certaines dérives induites par la façon dont les émoluments des auteurs sont calculés. 

Car, il n’y a pas à douter que, lorsque les auteurs étaient payés au mot ou à la ligne, le fait de répéter ad nauseam, « Monsieur le directeur de la société MachinTruc » ou « Madame la Comtesse de BiduleMachinChose » au lieu d’utilisé un simple « il », « celui-ci », ou « elle », « la Comtesse » ou « Celle-ci » ne soit fait dans le simple but de gagner quelques centimes sans effort. 

Mais, dans un même temps, à une époque où la chasse aux répétitions est systématique, voire maladive, cette ancienne pratique (de la répétition volontaire) confère aux textes de l’époque une certaine aura, une « patte ».

Il est à noter, enfin, à condition que cette coïncidence n’en soit pas une, mais en est-elle ? que le début du roman fait indéniablement penser à celui de « Le poignard de cristal » de Rodolphe Bringer, qui, alors, vient d’être réédité chez Rouff sous le titre du « Le mystère du B-14 » seulement 5 ans auparavant.

Ne nous attardons donc pas sur cet accroc et concentrons-nous sur le texte dans son intégralité :

Gustave Gailhard maîtrise sa narration, comme il nous l’a déjà démontré par le passé, mais reste encore flou sur ses personnages. Flous, car ils ne sont pas, volontairement ou involontairement, cernés par l’auteur. Ceux-ci ne sont même pas réellement esquissés, ce qui ne dérange en rien la lecture, mais qui tranche, par exemple, avec le personnage d’Odilon Quentin de Charles Richebourg qui, quelques années plus tard et sur un texte bien moins étendu, est dessiné précisément par son auteur en quelques mots. 

Cette présentation, même succincte, n’a pas réellement lieu dans le texte de Gailhard et cela est une constante dans sa série (même si, d’opus en opus, les contours se feront plus nets).

Encore une fois, cela n’apporte pas de désagrément et, le fait de laisser le lecteur se faire une image par sa propre imagination, n’est pas une tare. Mais là, ce qui frappe le plus est que les personnages semblent ne pas avoir de trait de caractère ou de trait physique qui les démarquent les uns des autres. Chez d’autres auteurs, pour d’autres personnages, on notera que l’un est plutôt âgé, souffre d’embonpoint, aime fumer la pipe ou le cigare, se gave de sandwiches au bureau ou aime prendre des calvas au bistrot, porte un chapeau, ou une canne, parle comme un bourgeois ou comme un apache... là, il serait bien difficile, pour le lecteur, de différencier les protagonistes « bons », autrement que par leur rang dans la police ou bien par leur nom.

Une exception se fera pour l’indic, d’abord parce qu’il n’est pas réellement de la police, ensuite parce qu’il n’est qu’un personnage secondaire et, enfin, parce qu’il est japonais et, admettons, qu’un Japonais se différencie plus facilement d’un Caucasien qu’un autre Caucasien.

Mais, il est important de noter que ces informations ne sont en rien des critiques, puisqu’elles ne nuisent pas à la lecture, mais juste des constatations qui peuvent surprendre dans un monde littéraire ou l’auteur cherche, la plupart du temps, à « spécifier » son héros afin qu’il se démarque, qu’il soit remarquable et remarqué par le lecteur afin de renforcer l’attachement que ce dernier peut avoir envers lui.

De plus, tout ce que je viens d’énoncer peut être contrasté par le fait que, si l’on cherche bien, Serge Vorgan se démarque par une expression : « Mon vieux ! » qu’il lance sans cesse à son adjoint Bertillon.

Les personnages, s’ils sont identifiés et identifiables, notamment et presque exclusivement, par leur identité propre et leur position hiérarchique, forment donc plutôt un tout qu’une somme d’individualité et c’est peut-être là que veut en venir l’auteur.

Car, si Serge Vorgan est indéniablement le héros de l’histoire, ce n’est pas un héros omniscient, omnipotent... omniprésent... mais juste un homme, avec un petit « h ».

Un homme avant tout, un homme qui se repose sur ses hommes, mais qui sait également prendre les risques et devenir un chef, un guide. Mais, comme le policier est un homme de son époque (du moins, de l’époque de son auteur), c’est également un homme un brin machiste, voire misogyne, puisqu’il porte un regard méfiant sur les femmes, surtout si elles sont belles.

Cependant, même mis en retrait par rapport à d’autres confrères, d’autres auteurs, Serge Vorgan n’en demeure pas moins un bon policier et ses aventures n’en sont pas moins plaisantes à lire. 

Le petit plus, indéniablement, par rapport à d’autres pairs immuables, gravés dans le marbre de leur célébrité, Serge Vorgan, lui, peut évoluer, changer, et il ne s’en privera pas au cours de sa carrière et pas uniquement en montant dans la hiérarchie.

Au final, « Les traces du vampire » est une histoire qui s’inscrit dans le style et dans l’ambiance qui commence à poindre à l’époque avec des auteurs comme Georges Simenon et son Commissaire Maigret (qui est né trois ans auparavant), et qui prendra, quelques années plus tard, une ampleur grandissante avec « Nestor Burma » de Léo Malet pour s’envoler vers des Albert Simonin, Alphonse Boudard et consorts...

31 août 2017

ShootOut

Plateau

Reiner Knizia est un créateur de jeux de société allemand considéré comme un des plus prolifiques avec plus de 500 jeux au compteur.

Après vous avoir parlé de « En garde ! » nouvelle mouture de « Duell », du même auteur, je viens maintenant vous parler d’un jeu qui fonctionne sur le même principe (remplacez des bretteurs par des cow-boys, les épées par des colts et les cartes par un dé).

ShootOut est donc, également, un jeu qui se joue à deux, un duel, donc ! Mais un duel au pistolet et non plus à l’épée.

ShootOut : Il est midi à Silver City, au Texas. Le soleil brûle sans relâche. Un peu de bruit dans un salon, un argument, et ensuite la fusillade éclate. Votre adversaire vous fait face de l’autre côté de la rue. Silence mortel. Pas à pas, vous vous rapprochez de votre ennemi. Votre main se dirige vers le pistolet rivé à votre ceinture. Face à face, les yeux dans les yeux. Une goutte de sueur coule dans votre cou. Soudain, la main de votre adversaire dégaine son colt de son étui en un éclair, puis un flash ! Mais qui a tiré en premier ? 

 Matériel requis :

– Plateau de jeu et 2 pions

– 5 cartes à jouer avec les valeurs de 2 à 7

– 24 balles noires (compteurs) et 12 balles rouges (compteurs)

– Une piste de duel.

Une piste de duel sur laquelle chaque joueur pose son pion sur la case 17 (sur 20).

Chaque joueur reçoit 12 balles noires (des balles de colt) et 6 balles rouges (des balles de winchester).

Les cartes (numérotées de 1 à 7) sont mélangées puis placées en tas sur le bord de la piste. La première carte est retournée.

Le premier joueur est désigné comme bon vous semble (à moins que vous choisissiez le plus moche, car, dans les westerns, c’est souvent le plus moche qui lance les duels, ou le plus méchant, qui, bien souvent, est également le plus moche).

Donc, le plus moche commence la fusillade, une fusillade qui sera une succession de duels. Les duels suivants seront entamés par le perdant du duel précédent.

Le joueur aura alors deux choix. 

Avancer : il avance son pion d’une case.

Tirer : il décide de dégainer son colt ou sa winchester.

S’il dégaine son colt, il jette une balle noire puis lance le dé à 20 faces. Si le score du jet est égal ou supérieur au nombre de cases le séparant de son adversaire, il réussit son tir et touche son adversaire qui recule de 3 cases (sachant qu’il ne peut sortir de la piste).

S’il dégaine sa winchester, il jette une balle rouge puis lance le dé à 20 faces. Le principe est le même que pour un tir de colt sauf que le jet de dé est bonifié de 3, car une winchester est plus précise d’un colt. 

Il ne sert donc à rien de tirer à plus de 23 cases de distance, car le tir sera forcément raté.

Si le joueur réussit son tir, c’est à nouveau à lui de jouer et de choisir s’il tire à nouveau ou s’il avance.

S’il décide de tirer à nouveau, il choisit son arme, jette une balle correspondante, puis lance le dé...

Il joue jusqu’à ce qu’il rate son tir ou bien qu’il décide d’avancer.

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Le duel se termine de deux façons possibles :

– 1 joueur décide de mettre un terme au duel. À son tour, il recule, il perd le duel. Si son adversaire était sur la case 6 ou au-delà, il peut se réapprovisionner de deux balles. Sinon, il perd le duel sans compensation.

– 1 joueur atteint la case centrale. Il remporte alors automatiquement le duel.

Le joueur qui remporte le duel empoche la carte retournée.

On retourne alors la carte du dessus de la pioche, on remplace les pions sur les cases 17 et on commence un nouveau duel.

Le perdant du précédent duel devient alors le premier joueur.

Le vainqueur de la fusillade est le joueur dont la somme des cartes qu’il a remportées dépasse 14 points.

Pour un jeu plus long, on place une carte 8 dans la pioche et le but est de dépasser 18 points.

Il ne vous reste plus qu’à vous battre en duel en économisant vos balles, car, vous le constaterez rapidement, les munitions se font rares.

ShootOut est un petit jeu bien sympathique, qui ne vous permettra pas de passer des soirées entières, mais qui vous fera passer quelques bonnes minutes.

Le seul problème de ShootOut c’est qu’il n’est pas distribué en France, mais, qu’importe, tout comme « En garde ! » le jeu est assez facile à fabriquer soi-même. Alors, pourquoi ne pas se laisser tenter ?

27 août 2017

Le bal rouge

Le bal rouge

Rodolphe Bringer, j'aimerais dire de lui que c'est un auteur que l'on ne présente plus mais, si OXYMORON Éditions lui a fait une belle place dans son catalogue, notamment avec sa collection « Commissaire Rosic », vous n'êtes pas encore assez nombreux à vous être délectés de ses textes et de sa plume même si le nombre de ses lecteurs croît lentement de mois en mois.

Rodolphe Bringer, pour vous rafraichir la mémoire, il vous suffit de lire l'article sur la sortie de « Le poignard de cristal », première enquête du Commissaire Rosic (si l'on excepte « Le premier crime de Rosic » une courte nouvelle écrite bien après, pour rallonger une réédition du 1er roman).

Après avoir lu la chronique sus-mentionnée, vous aurez compris que « Le bal rouge » est la 7ème enquête du Commissaire Rosic.

Le bal rouge :

 

Jacques Vix, joyeux rentier, ancien professeur de philosophie et, accessoirement, détective émérite et méconnu, croise, par hasard, à Orange, un camarade de guerre avec qui il a partagé les tranchées de Verdun et les éclats d’un même obus.

 

Heureux de cette rencontre, il accepte l’invitation de son frère d’armes qui, en plus de partager du bon temps avec son ami, veut lui présenter sa femme et lui faire visiter sa propriété composée d’un château, d’une ferme et de terres. Si l’on ajoute qu’un bal et des festivités sont prévues pour le lendemain soir, le destin a tout prévu pour le distraire…

 

La soirée se déroule sous les meilleurs auspices jusqu’à ce que, au petit matin, le valet de ferme soit retrouvé assassiné d’une balle dans la tête.

 

C’est le commissaire Rosic qui est chargé de l’affaire, un policier qu’il a déjà côtoyé et ridiculisé lors de précédentes enquêtes…

 

Le commissaire Rosic ne tarde pas à se faire une idée du coupable idéal, au grand dam de Jacques Vix qui, pourtant, décide de ne pas se mêler de cette histoire.

 

Mais, chassez le naturel et il revient au galop, un indice passé inaperçu aux yeux du représentant de la justice va émailler la volonté du pédagogue dont l’envie de connaitre le fin mot du mystère sera le plus puissant des carburants… 

 

Encore une fois, Jacques Vix, ancien professeur de philosophie et rentier, va être opposé au commissaire Rosic. Jacques Vix pour qui, réfléchir et analyser, peuvent suffire à résoudre une enquête, va donc se confronter avec le Commissaire Rosic qui, malgré une bonne volonté et un bon esprit, a, généralement, tendance à se contenter des évidences.

Autant le dire tout de suite, l'auteur s'y est déjà amusé dans sa bibliographie, il n'a pas fait du policier le personnage principal de son roman. Loin de là puisque Rosic n'a qu'un rôle très subalterne et dans le roman et dans l'enquête. Jacques Vix va donc être une nouvelle fois en avant d'un roman de la série (même si celle-ci se nomme « Commissaire Rosic ») car, même si l'auteur relègué au second voire troisième plan, son antagonisme avec l'ancien professeur va être, également, une motivation pour ce dernier.

Jacques Vix est en visite à Orange et y croise un ancien frère d'armes à qui il porte une réelle affection et la réciproque est encore plus vraie même si la vie, à la fin de la guerre, a séparée les deux amis.

Retrouvés, ils ne veulent plus se quitter et Vix accepte l'invitation de son camarade à venir s'installer dans son château et faire la connaissance de sa ravissante femme.

Tout se déroule au mieux, jusqu'à une fête mémorable à tout point de vue puisque, au petit matin, le corps du valet de ferme de la propriété est retrouvé avec une balle dans la tête.

Le coupable est tout désigné : le fermier. Celui-ci n'a pas d'alibi, le défunt semblait tourner autour de sa ravissante et jeune épouse et, surtout, l'arme du crime est un fusil qui lui appartient.

Oui mais voilà, si les évidences suffisent au Commissaire Rosic, elles ne convainquent pas Jacques Vix d'autant que, très vite, il découvre un indice qui relie la femme de son meilleur ami à l'arme du crime. Et si le valet avait été tué par celle-ci ? Oui, mais, pourquoi ?

Jacques Vix va donc s'attacher à mener son enquête sans causer de tort à son frère d'armes. Oui, mais, comment faire ? Comment enquêter sur sa femme sans que personne ne soit au courant ? Et, pire ? Si ses doutes se retrouvaient avérés ? Que faire ? Détruire le bonheur de son ami ? Mais si sa femme est une tueuse ? Ne devrait-il pas être au courant ? Ne courerait-il pas un risque ?

C'est tout le dilemne qui va animer Jacques Vix d'un bout à l'autre du roman. Effectivement, en plus de suivre l'enquête, d'accumuler les indices et les soupçons, le lecteur va s'infiltrer dans l'esprit de l'enquêteur. Que faire ? Ne rien faire et laisser condamner un innocent ? Parler et faire souffrir son camarade ?

Mais, plus les doutes s'aggravent et plus l'évidence de ne pouvoir se taire devient tortueuse. D'autant que des soupçons n'ont jamais forgés des preuves. Et puis, les indices concordant entrent en contradictions avec d'autres éléments. Quelle piste suivre ?

Rodolphe Bringer nous offre là un bien bon petit roman policier, un brin psychologique, mais, surtout, très agréable à lire. Le lecteur suit les pistes découvertes par Jacques Vix et se pose les mêmes questions, est épris pas les mêmes doutes, jusqu'à une fin qui peut laisser des regrets ou des remords.

Au final, voilà encore un très bon roman de Rodolphe Bringer qui, comme je le disais en préambule, mériterait d'être bien plus connu des lecteurs..