Loto Édition

17 mars 2019

Qui est le mort

QELM

« Qui est le mort » est un titre de la série « Dick et Betty, aventuriers modernes », écrite par l’énigmatique J.A. Flanigham, dont il est difficile de définir la position exacte dans la chronologie, mais qui devrait se situer un peu plus vers le début que vers la fin.

Je ne m’étalerai pas sur l’auteur, J.A. Flanigham, pour vous en avoir déjà parlé dans d’autres chroniques sur d’autres titres de la série ou bien ceux de son autre série, « Bill Disley, reporter-détective », mais, surtout, pour ne rien savoir sur la personne se cachant derrière ce pseudonyme si ce n’est qu’elle était indéniablement talentueuse et maîtrisait parfaitement le format très court du fascicule 32 pages.

Les titres de la série « Dick et Betty » sont difficiles à lister tant ceux-ci ont été, à l’époque, édités ou réédités dans d’autres collections, sans forcément spécifier de lien entre eux et tant l’éditeur (les éditions Lutèce, la plupart du temps) a tout mélangé au point de mettre, au dos d’un titre de « Dick et Betty » une liste d’autres titres mettant en scène ce duo de personnages alors, qu’à la lecture, on se rend vite compte que certains concernent Bill Disley (ceci dit, certains titres sont annoncés, en couverture, comme mettant en scène Bill Disley, alors, qu’à l’intérieur, on se rend compte que ce sont Dick et Betty qui sont à l’œuvre). Bref, merci au laxisme ou à l’incompétence des éditions Lutèce d’avoir édité de si bons titres de si mauvaises façons.

Dick Reutel est le premier détective d’Angleterre et Betty, sa magnifique et tendre femme. L’amour qui lie ces deux êtres est le point fort de la série, offrant un côté très romanesque à cette série Action-Policier.

C’est à la fois désuet, voire, suranné et pourtant tellement charmant et touchant même si, en y réfléchissant bien, l’homme et la femme (à part dans le couple éponyme) sont souvent élevés (ou plutôt abaissés) à des êtres peu recommandables.

Qui est le mort :

 

Le premier détective d’Angleterre, le célèbre Dick Reutel, s’ennuie de sa vie tranquille que l’aventure fuit depuis des mois. 

Un article de journal annonçant qu’une prime est offerte pour la capture de Diamond Rob, un dangereux et audacieux cambrioleur spécialisé dans les bijoux lui offre l’espoir de rompre la monotonie quotidienne. D’autant que le matin même, une lettre d’un ami inspecteur de police du sud de la France lui apprend que la présence du fameux bandit a été confirmée aux alentours de Nice…

 

Si dans les précédents épisodes chroniqués, je notais que le rôle de la femme, dans les textes de J.A. Flanigham, n’est guère valorisant : la sainte ou la garce (la femme a, pour le mieux, le rôle d’épouse aimante et fidèle qui attend son valeureux mari, pour le pire, celui de la femme vénéneuse qui séduit pour mieux trahir), en y réfléchissant un peu plus, je peux conclure que l’homme n’a pas grand-chose à envier à sa collègue. Effectivement, à part le héros beau et valeureux, l’homme est, au mieux, un faire valoir qui aide le détective, au pire, un être vil ou machiavélique, mais dans tous les cas, il a la faiblesse d’avoir le cerveau anémié par son désir. La femme est vénéneuse, certes, mais l’homme est si faible qu’il ne peut y résister.

En clair, J.A. Flanigham a une vision quelque peu désenchantée du genre humain dans son ensemble et, hormis ses héros, tous les autres personnages sont réduits à des portions congrues de l’humanité.

Mais ici Dick s’ennuie. Enfin, le détective ne s’ennuie pas réellement, mais il a tellement peur de s’ennuyer, même auprès de sa belle épouse, qu’il finit par souhaiter vivre des aventures pour ne pas risquer d’émousser la relation qui l’unit à la femme de sa vie. C’est beau, on croirait du veau. En réalité, même pour un cœur de pierre, cette union est touchante, et ce, malgré les personnages très stéréotypés (ou grâce, je ne sais pas). La belle et le beau, sont dans un bateau, la belle tombe à l’eau, le beau se jette à la baille pour enserrer sa caille.

Bon, mais heureusement, l’aventure frappe à la porte par l’intermédiaire d’un article de journal, annonçant qu’une prime est mise sur la tête du plus grand cambrioleur du siècle et par l’entremise d’un policier français que Dick connaît, et qui lui annonce que ce voleur se trouve dans les alentours de Nice.

Dick et Betty se rendent sur place avec pour but, Betty, de ne rien faire et Dick, de mettre la main sur le cambrioleur avant que celui-ci ne vole les bijoux du Maharadjah d’Angkor qui doivent bientôt être exposés à Londres.

Mais l’auteur est facétieux et, alors que Dick devait agir, il finira par devenir inactif pendant que Betty, qui devait attendre, va se lancer dans l’aventure.

Car, pour une fois, c’est Betty qui va être au centre de l’aventure et, même si elle est poussée par un orgueil mal placé, c’est elle qui va peut être permettre l’arrestation du bandit, non en jouant du poing ou de stratégie, comme l’aurait fait son mari, mais en utilisant son charme, sa candeur et la faiblesse de l’homme dans toute son impuissance.

Oui, J.A. Flanigham, homme de peu de foi, ne croit pas en l’humanité en général et en la femme en particulier et je le soupçonne de faire sciemment intervenir un méchant pour faire passer son message quand celui-ci clame qu’il fait confiance à une femme pour la première fois de sa vie et se demande, dans la foulée, s’il ne le regrettera pas. La réponse, vous vous en doutez.

D’ailleurs, le malheur de chacun des personnages subsidiaires viendra d’une femme... 

L’édition liminaire était au format fascicule 16 pages double colonne (un petit peu plus de 12 000 mots) qui est donc un format court auquel vous devez désormais être habitués si vous lisez mes chroniques et qui, vous le savez donc, ne permet pas de développer une intrigue échevelée.

Malgré tout et encore une fois, l’auteur parvient à nous livrer une histoire complète, sans sensation de manque si ce n’est l’ellipse finale qui semble être un des éléments de la série qui permet de gagner du temps en ne décrivant pas la conséquence de l’enquête ou des actions que tout le monde devine.

Au final, encore un agréable titre né de la plume de J.A. Flanigham qui, s’il perd beaucoup en humour par rapport à la série Bill Disley, gagne en romantisme et en douceur...


Le crime rôde...

LCR

J.A. Flanigham est un mystérieux auteur du milieu du XXe siècle qui est principalement connu pour sa série policière : « Bill Disley ». Mais l’auteur livra également deux autres séries : « Les dessous de l’Agence Garnier » et « Dick et Betty, aventuriers modernes ».

C’est de cette dernière série qu’est issu le titre « Le crime rôde ».

Seule la série « Les dessous de l’Agence Garnier » est facilement identifiable est listable, puisqu’elle ne comporte que 6 titres regroupés au sein d’une série de 6 magazines éponymes.

Pour les « Bill Disley », les titres étant édités ou réédités au sein de diverses collections, parfois sous des titres différents, dans des formats allant du fascicule 16 pages denses au fascicule 48 pages, établir une liste exhaustive s’avère assez compliqué. Sans compter qu’il existe aussi une série de petits livres de 128 pages nommée « Les nouvelles aventures de Bill Disley ».

Mais la série la plus difficile à quantifier est à coup sûr « Dick et Betty ». Déjà parce que les titres sont bien moins nombreux que ceux de « Bill Disley ». Ensuite, parce que les titres de « Dick et Betty » se perdent parmi ceux des « Bill Disley » et des écrits hors série de l’auteur. Enfin, parce que des titres annoncés comme faisant partie de la série « Dick et Betty » s’avèrent en fait faire partie de la série « Bill Disley ».

Toujours est-il que, d’une série ou d’une autre, ou même hors série, la plume de J.A. Flanigham est très reconnaissable et son talent indéniable au point d’être persuadé que derrière ce mystérieux pseudonyme se cache un écrivain de talent. Et si cet écrivain est méconnu (ce dont je ne suis pas certain), il n’en est pas moins talentueux.

La BNF semble rapprocher J.A. Flanigham de Raymond Gauthier, ce qui semble assez légitime vu que les deux pseudonymes se côtoient très souvent dans la quinzaine d’années d’utilisation du pseudonyme de J.A. Flanigham. Mais cela ne nous dit pas qui se cache derrière Raymond Gauthier même si j’émettais l’hypothèse, sur une autre chronique consacrée à Flanigham, que planait sur sa plume celle de Boris Vian... L’avenir nous le confirmera ou l’infirmera peut-être. En attendant, soyez persuadé que, dans un cas comme dans l’autre, J.A. Flanigham était un très bon écrivain.

Le crime rôde :

Dick Reutel, le premier détective d’Angleterre, est convié par les Services Secrets à assurer la protection des « Six », des diplomates de différents pays devant participer à une conférence internationale.

Leurs vies sont menacées par une secte asiatique nommée « Les Mains Jaunes ».

Arrivés à l’hôtel devant abriter les personnalités Dick et sa femme Betty font la connaissance de Melvyn Roberts, un riche homme d’affaires et sa maîtresse la magnétique Vera Brood…

Dick Reutel, premier détective d’Angleterre, est convié par un éminent personnage des Services Secrets, à participer à la protection de six personnalités de six pays qui doivent se regrouper à Londres en vue de discussion. Ces éminents personnages sont menacés par une terrible organisation asiatique : « Les Mains Jaunes ».

Pour ce faire, Dick et Betty vont emménager dans l’hôtel qui abritera les six hommes.

Dans ledit hôtel, le couple va faire la connaissance d’un étrange riche homme d’affaires et de sa sublime femme.

Dans un précédent titre de la série, je disais que, chez Flanigham, la femme ne peut avoir que deux rôles : l’ange ou la garce. Mais, dans un cas comme dans l’autre, la femme est forcément belle et magnétique.

C’est une nouvelle fois le cas dans ce titre puisque Betty, magnifique femme du très beau Dick Reutel, va jouer le rôle de la femme aimante et protectrice. Alors que Vera Brood, la femme du riche homme d’affaires, va indéniablement tenir le rôle de la femme vénéneuse.

Car, pire encore que le rôle de la simple garce, chez Flanigham, la garce est forcément vénéneuse. Sa beauté troublante attire même l’homme le plus suspicieux dans ses filets comme le papillon de nuit va se griller sur la lumière aveuglante d’une ampoule allumée.

Le lecteur averti ne sera donc pas étonné du déroulement de l’histoire, à la même manière que l’amateur éclairé de films américains saura découvrir à l’avance que l’acteur gros et moche jouera le comique de service dans une comédie ou l’assassin dans un film noir.

Mais qu’importe. Dans un tel format court (des textes avoisinants les 10 000 mots) le lecteur sait qu’il ne pourra être surpris par l’intrigue et ce n’est pas cela qu’il vient chercher dans ces textes. Non, l’atout principal devrait être de pouvoir, en une seule bouchée, dévorer une histoire depuis son premier mot jusqu’au point final, sans avoir à attendre des heures et des heures de lecture s’étalant sur plusieurs journées... 

Mais, avec J.A. Flanigham, le lecteur, grand chanceux qu’il est, ne trouve pas que cette concision chère aux lecteurs impatients. Non ! Le lecteur découvre aussi une plume de qualité (ce qui est assez rare dans ce format), une plume identifiable (ce qui est encore plus rare) et une plume exceptionnelle, rapportée au format, bien sûr (ce qui est inimaginable). Sans compter une parfaite maîtrise de la narration qui permet à l’auteur de proposer une histoire, si courte soit-elle, sans que jamais le lecteur n’ait l’impression d’avoir été devant récit si concis. 

Ces qualités sont à ce point rares, que je ne les ai toutes trouvées en même temps que chez un auteur : J.A. Flanigham.

Mais revenons-en au texte. Dick va donc se concentrer sur le couple formé par Melvyn Roberts et sa maitresse Vera Brood. Il est autant attiré par l’un que par l’autre (pas pour les mêmes raisons) et il sait que le dénouement de l’histoire passera par sa compréhension de ce qui se cache derrière ce couple étrange.

L’auteur va nous délivrer quelques rebondissements avec, pour centre, un sujet pourtant bien plus utilisé dans les décennies précédentes.

Cette fois-ci, Betty va prendre un rôle actif et sortir de son statut de « repos du guerrier » ou de belle potiche.

Pour le reste, contrairement à la série « Bill Disley » qui sur laquelle flâne un humour latent, mais omniprésent, dans la série « Dick et Betty » l’auteur fait planer une brume romanesque et sentimentale qui enveloppe tous les personnages, mais principalement, bien sûr, les deux principaux héros.

Bien que légèrement volage, dans l’esprit plus que dans le physique, Dick est éperdument amoureux de Betty. Et bien que légèrement jalouse, plus par minauderie que par trait de caractère, Betty est magnifiquement éprise de Dick.

En clair, une belle série romanesque ou l’amour est aussi fort que les dangers sont présents.

Au final, bien moins drôle que la série « Bill Disley », la série « Dick et Betty » s’avère être d’un romanesque attachant épicé d’une noirceur et d’une défiance envers l’être humain, le tout mijoté par une plume d’une qualité exceptionnelle pour ce genre de format très court.

Sorcellerie à Covent Square

SACS

J.A. Flanigham est un auteur énigmatique de la littérature populaire du milieu du XXe siècle pour lequel je me passionne depuis que j’ai découvert sa plume à travers les enquêtes de Bill Disley, le reporter-détective.

L’auteur a sévi en 1945 et 1959, dans diverses collections, principalement chez deux éditeurs : Les Éditions Lutèce et les Éditions Ferenczi.

Pour les seconds, tous les titres, ou presque, sont regroupés dans la collection « Le Verrou ».

Pour les premiers, J.A. Flanigham a proposé au moins trois séries policières : « Les aventures de Bill Disley », « Dick et Betty, aventuriers modernes » et « Les dessous de l’Agence Garnier ».

Si la dernière série semble plus facile à cerner (six épisodes distincts regroupés au sein d’un magazine éponyme), les deux premières sont beaucoup plus floues.

« Bill Disley » comprend indéniablement le plus d’épisodes, que ce soit en fascicules 16 pages denses, 32 pages ou 128 pages, même si les éditions, rééditions, réécritures, complexifient la création d’une liste exhaustive.

Mais, au final, c’est bel et bien la série « Dick et Betty » qui semble la plus complexe à lister. Pourquoi ? Parce que, pour les mêmes raisons que sa consœur, les différentes rééditions dans d’autres collections, sous d’autres formes, ne facilitent pas les choses. Mais plus encore le fait que des titres annoncés faisant partie de la série, au dos même d’un des épisodes de ladite série, se retrouvent être des épisodes des aventures de Bill Disley alors que certains épisodes annoncés, sur la couverture, comme un épisode de Bill Disley, se trouvent être un épisode de Dick et Betty !!! Merci les Éditions Lutèce.

La seule et l’unique solution pour établir une liste définitive serait de se procurer l’intégralité des titres écrits par l’auteur et de les lire, afin de différencier les deux séries des autres titres indépendants.

Ne pouvant mettre en place une telle solution, de par le coût inhérent à de tels achats, mais plus encore, par la difficulté de trouver tous les titres (et peut-être même de les connaître), je me contenterai donc de juste parler de ceux que je possède, dont :

Sorcellerie à Covent Square :

 

Dick Reutel, détective, et sa tendre femme Betty, apprennent par le journal qu’Elsie, la femme du peintre Ronald Smith, a été retrouvée morte, chez elle, empoisonnée.

 

L’artiste étant de leurs amis, Dick et Betty se rendent sur place, à Covent Square, afin d’apporter un réconfort à Ronald et Grace, sa troublante belle-sœur qui vit sous le même toit.

 

S’agit-il d’un crime ou d’un suicide, se demandent les médias ?

 

Si la justice conclut rapidement à la deuxième solution, Dick, lui, semble pencher plutôt vers la première…

 

Ce titre n’est indéniablement pas le premier de la série, ou alors l’auteur ne s’est vraiment pas fait braire pour présenter ses personnages.

On ne sait donc que très peu de choses sur Dick et Betty, si ce n’est que lui a 34 ans, elle, 25. Que lui est beau et elle, belle. Qu’il aime le porto et les femmes. Qu’elle aime Dick et Dick. Qu’il est détective. Qu’elle est le repos du guerrier.

Car oui, la série se nomme « Dick et Betty », mais si tous les épisodes sont de la trempe de celui-ci, et connaissant un peu la place qu’on les femmes dans les histoires de J.A. Flanigham, Betty n’endosse qu’un rôle très très subalterne de femme aimante et attendant le retour de son homme tandis que Dick, lui, est le mâle dans toute sa splendeur : beau, jeune, fort, intelligent, ironique, perspicace, drôle... ayant pour uniques défauts de trop aimer le porto et... peut-être, d’être trop attiré par les femmes ou de trop les attirer.

Rien d’original donc, dans cette posture adoptée par l’auteur, qui est, d’ailleurs, une posture très longtemps partagée par une majorité d’auteurs de romans policiers (on notera le peu de femmes héroïnes de ce genre de romans à l’époque : Miss Boston, Ethel King, Thérèse Arnaud, Elsa Van Laëghels... et encore, elles datent toutes de la première moitié du XXe siècle voire du premier quart.

Mais chez J.A. Flanigham, de par un esprit ou une plume ou les deux, trop inspirés par les romans noirs américains, la femme ne peut avoir que deux rôles : la femme soumise ou la femme vénéneuse. La sainte ou la salope. L’épouse ou la putain. Avec une prédilection pour le second choix. Mais, toujours, la femme est belle et attrayante, souvent la cause des problèmes, soit par son action personnelle, soit par les actions qu’elle inspire aux hommes. Bref, la femme est bien souvent l’Ève responsable de la déchéance de l’Adam.

Rien de nouveau donc, dans ce monde et s’il n’y avait que cela chez J.A. Flanigham, je le bouderais tout autant que ses confrères qui ont pris pour dogme ce manichéisme misogyne qui, contrairement à ce que certains [taines] pensent, ne fait aucunement partie de mes sentiments profonds.

Oui, mais voilà. J.A Flanigham, malgré [grâce ?] à ses travers, a également du génie. Le génie consistant à avoir une plume totalement identifiable dans le monde de la littérature populaire où la plupart des auteurs cherchent à passer inaperçus, soit pour se cacher derrière un pseudonyme afin de ne pas entacher une carrière plus glorieuse ailleurs, soit pour multiplier les pseudonymes et les écrits afin d’être présents ou omniprésents, soit, plus sûrement, pour être plus fédérateurs et ne pas risquer de déplaire à certains lecteurs en tentant de leur proposer plus qu’ils ne demandent.

Car, que l’auteur œuvre dans le policier à tendance humoristique comme avec les « Bill Disley », le policier plus aventureux et plus romanesque comme avec les « Dick et Betty » ou dans le roman noir, très noir, limite désenchanté, comme « Meurtres pour zéro », il a une qualité qui fait sa force : les dialogues.

Et quand je dis « Les dialogues », je ne me contente pas de mettre en avant les réparties et les joutes verbales que peuvent se jeter à la face les protagonistes de ses romans. Non, si ces échanges sont par trop savoureux, soit par leur humour, soit par leur ironie, c’est aussi, avant tout, surtout, par les indications scéniques.

Car, tout auteur ayant déjà auter [oui, je sais, cela ne se dit pas, mais je le dis quand même], sait qu’il doit ponctuer ses dialogues d’incises.

Un dialogue sans incise, c’est comme une passe en retrait, au football, quand on est gardien de but : c’est assez risqué.

Risqué, car les dialogues manquent de reliefs. Risqué, car le lecteur peut s’y perdre et ne plus savoir qui parle. Risqué, enfin, car cela devient vite chiant à lire.

- Mais qui parle ? demanda le lecteur un peu perdu.

- C’est le héros ! répondit l’auteur abasourdi que son lecteur suive si peu son histoire.

– Ha bon, je croyais que c’était le méchant ! s’étonna celui qui lisait.

– Mais, voyons, le méchant, c’est le héros de l’histoire !!! s’exclama l’écrivain en pensant, tout au fond de lui : « abruti ! ».

Oui, donc, ces incises sont utilisées [trop ?] par tous les auteurs. C’est facile, ce n’est pas cher et ça peut permettre au lecteur de suivre de longs dialogues.

Mais, ce qui est plus difficile, et moins usité, puisque plus difficile, c’est d’incorporer, dans les dialogues, des indications scéniques qui servent le dialogue et le rythme.

Car, dit-il en tapant du poing sur la table :

– C’en est trop ! je me décarcasse à écrire un bon dialogue et toi, tu ne suis pas.

L’autre baissa le regard, gêné et, les lèvres tremblantes, répondit :

– Je suis désolé, je suis un peu con.

- Con ? s’exclama l’auteur en se redressant de toute sa hauteur pour montrer son courroux et impressionner son interlocuteur de son mètre quatre-vingt-quinze [c’est un grand auteur]. Mais c’est un doux euphémisme, mon ami.

Sourire aux lèvres le papivore lui répondit :

– « Doux euphémisme » ? Voilà qui est, me semble-t-il, un pléonasme.

L’écrivain jeta sa plume et son encrier à la face de l’anagnoste en s’écriant :

– Connard !!!

Bon, mes indications scéniques sont à la fois dénuées de talent et d’à-propos, mais je ne vais tout de même pas me casser le tronc pour un simple exemple et puis je n’ai aucune prétention d’égaler en la matière le génie de J.A. Flanigham que je tente, de si triste façon de mettre en avant.

Mais vous m’aurez compris, J.A. Flanigham offre une rare qualité en la matière ce qui a le triple avantage de rendre sa plume identifiable, de rythmer son récit et de cerner ses personnages sans avoir à utiliser une trop longue introduction.

Si ces avantages offrent une somme d’intérêts non négligeable dans le cadre d’un roman classique, ils deviennent une preuve totale de génie dans un texte très court comme le sont les fascicules de l’époque.

Et c’est là que réside le génie de J.A. Flanigham, c’est de parvenir à faire d’une contrainte si cloisonnante que la taille d’un roman ultra court, une véritable force.

Car ces indications scéniques, ajoutées à des incises pertinentes permettent non seulement de rythmer les scènes en multipliant les informations, informations que l’auteur n’aurait pas la place de fournir d’une autre manière.

Car, en deux ou trois mots, l’auteur parvient ainsi à mettre en avant un trait de caractère, une qualité, un défaut, un trouble, qu’il lui faudrait, d’une façon classique, plusieurs lignes pour mettre en place.

Et, multipliant ces plusieurs lignes, par le nombre d’informations, l’ensemble deviendrait rapidement indigeste.

Alors que là, maniée de façon pertinente, cette utilisation des incises et des indications scéniques confère au pur génie.

Bref, tout cela pour vous dire que J.A. Flanigham ou tout auteur qui se cachait derrière ce pseudonyme était donc un génie de la littérature populaire qui maîtrisait à la perfection la narration et le style adéquats qui magnifient la littérature fasciculaire, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

Mais revenons-en au titre en question.

La femme d’un célèbre peintre meurt empoisonnée. La justice conclut au suicide, mais le détective perçoit autre chose, serait-ce à cause de la beauté vénéneuse de la sœur de la défunte ou parce que celle-ci avoue ne pouvoir être amoureuse que de deux hommes : le détective et son propre beau-frère ? Ou bien, tout simplement, parce que s’il s’agissait d’un suicide, il n’aurait plus rien à faire et que le roman se terminerait en quelques lignes, ce qui empêcherait le détective de travailler et l’auteur de nous prouver son talent ?

Toujours est-il que Dick Reutel [dont on sait qu’il s’appelle Reutel que dans un autre roman, car ici seul son prénom est cité] va se lancer dans l’enquête avec emphase, brio et une certaine ironie.

Certes, l’histoire est courte [moins de 9 000 mots] et l’intrigue sera donc assez réduite. Mais de par les qualités de l’auteur que j’ai tenté de vous vanter, le lecteur, encore une fois face à un court texte de J.A. Flanigham, n’a jamais l’impression de se trouver devant une enquête aussi concise tans les informations fournies sont nombreuses et que le rythme est permanent.

La seule chose qu’on pourra reprocher à l’ouvrage, c’est la place assez secondaire ou détestable des femmes et là encore plus, étant donné que la série s’appelle tout de même « Dick et Betty » alors que de Betty, il n’y a point... ou pas beaucoup, tout du moins.

Au final, J.A. Flanigham n’a de cesse de m’enthousiasmer de par son style et si les personnages sont moins attachants que ceux de la série « Bill Disley » l’ensemble se lit pourtant de façon très agréable. Il me tarde de découvrir l’auteur à travers un texte plus long...

La dame est une traînée

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Quatrième incursion personnelle dans le monde littéraire de Marc Villard, 4e plaisir de lecture ! C’est un carton plein.

Je savais, par ses précédents ouvrages, que l’auteur était fan de Rock N’ Roll, je le sais désormais également fan de Jazz. Décidément, la musique rythme ses textes et comme ceux-ci sont bien souvent rédigés comme des poèmes mélancoliques, il n’est pas étonnant que des notes de Jazz en soient les pulsations cardiaques.

La dame est une traînée :

Ray Thompson croyait avoir rompu les ponts avec le passé en débarquant à Paris armé de son seul saxophone. Mais la mort donne parfois ses rendez-vous sur un quai de métro.

Dans le même temps, un flic au cœur pur se range des voitures et se met à dos toute la police parisienne. Les deux hommes parviendront-ils à se rencontrer ?

« La dame est une traînée » est un très court roman (probablement à peine plus de 20 000 mots) publié au sein de la cultissime Série Noire de chez Gallimard en 1989.

Le titre du roman vient d’un morceau de Jazz, probablement le même que la chanson éponyme chantée par Franck Sinatra ou Ella Fitzgerald (ma culture jazzy est pitoyable), que Ray Thompson interprète à un moment clé du roman.

Pradal est un flic paria, car il vient de dénoncer des collègues à l’IGS pour corruption et autres malversations.

Mis au placard, pour ne pas qu’il fréquente ses collègues, on lui confie des affaires non élucidées et, en tant que fan de Jazz, il choisit tout d’abord de s’intéresser à la mort d’un saxophoniste américain qui fut célèbre en son temps et qui est passé sous les roues du métro parisien.

Est-ce un accident banal ? Un crime ? Un suicide ? Le policier est très vite convaincu de la piste criminelle, mais celle-ci mène à une personnalité médiatique internationale, ce qui ne va pas faciliter sa résolution...

Narration à la première personne pour cette très courte enquête qui mêle jazz et polar.

Marc Villard est un habitué des polars très courts parsemés de musique.

Généralement, ces ouvrages sont emprunts d’une mélancolie certaine, mais surtout d’une nostalgie qui est bien moins présente dans celui-ci. Certes, le jazz se prête volontiers au premier sentiment, peut-être moins au second. Cependant on sent un certain désabusement chez son policier.

L’écriture de Villard est comme une poésie désenchantée apposée sur une partition de musique. Les portées guident les mots, les notes ponctuent les phrases, et au lieu de prendre la Clé de Sol, le lecteur prend la Clé des Champs pour un voyage littéraire.

Là encore, Villard ne privilégie pas l’intrigue (la concision du roman le démontre), ni même un final dantesque, il compose son roman comme une belle bal(l)ade ; avec un et deux « l », un voyage en douce musique, dont le rythme ne sera pas perturbé par un quelconque climax ou déchaînement.

Au final, qu’il est difficile de parler de ce roman, le plus facile (presque le plus rapide), c’est de le lire pour se rendre compte de ses qualités.

Le casse-tête malais

CouLCTM

Horace van Offel est un écrivain belge né à Anvers en 1876, auteur de pièces de théâtre, rédacteur de journaux et auteurs de romans.

Dans sa carrière, il s’essaye par deux fois au genre policier, « Les chevaliers de Batavia » et « Le casse-tête malais ».

Le casse-tête malais :

Un conte du Pacifique raconte que dans les îles de l’Océanie, quand un homme devient vieux, les jeunes l’obligent à monter dans un arbre. Ils secouent l’arbre tant qu’ils peuvent. Si le vieillard tient bon, il a la vie sauve. S’il tombe, on lui brise le crâne avec un casse-tête…

Un casse-tête comme en possède Raphaël Lair, artiste peintre sans le sou, dont la porte de l’appartement est ouverte aux quatre vents, et qui abrite, cette triste nuit, Frédéric Lecorbu, jeune souffreteux venu supplier son vieux père, le riche et avare propriétaire de l’immeuble.

Ce soir, les cafés de Montparnasse seront peuplés de Papous, car est donné le grand Bal de la Tribu où il sera de bon ton de venir déguisé en « sauvage ». La fête se terminera par l’exécution du vieillard, comme dans le conte…

Le vieillard sera bien assassiné… pour de vrai, dans l’immeuble, avec le casse-tête et les suspects seront nombreux…

 

Horace van Offel nous livre-là un roman d’un classicisme assumé, tant dans la construction de l’intrigue, dans sa narration que dans le thème et dans le style d’écriture.

Le thème s’inscrit dans « l’exotisme » à la mode à l’époque où les auteurs utilisaient souvent des ingrédients venant des colonies (des Indes, et des colonies orientales), afin de satisfaire leurs lecteurs.

Ici, cette inspiration transpire par l’arme du crime, un casse-tête malais, ainsi que par une fête « tribale » donnant l’occasion à l’auteur de multiplier les fausses pistes et les suspects.

Le vieux propriétaire d’un immeuble dans lequel il habite lui-même un vieil appartement est tellement radin qu’il ne fait aucune réparation dans son bien et qu’il vit à longueur de temps couché dans son lit sous les couvertures pour ne pas avoir à chauffer ses murs.

Une telle avarice démontre que le bonhomme met beaucoup d’argent de côté, dans son matelas, affirment les rumeurs, ce qui fait beaucoup d’envieux.

Aussi, quand un matin, le vieil homme est retrouvé mort, le crâne fracassé et que son matelas est éventré, personne n’est surpris, mais tout le monde, ou presque, est suspect. Que ce soit le fils, venu la veille au soir supplier son père de lui donner de l’argent pour se soigner ; ou l’artiste peintre sans le sou pour régler son loyer le lendemain ; le fils de la concierge, soldat en perm chez sa mère ; la femme du peintre ; le voisin du peintre, l’énigmatique Mr Lhoir ; la fleuriste du 5e étage...

Et Horace van Offel s’amuse à ouvrir des portes et à les refermer, les unes derrière les autres, pour les rouvrir ensuite. Car l’artiste peintre est possesseur du casse-tête, mais sa porte est toujours ouverte aux quatre vents et tous les locataires le savent. Le fils a dormi chez le peintre, le casse-tête dans les mains, mais le peintre est retrouvé saoul dans l’immeuble au petit matin, le casse-tête à côté de lui. L’étrange voisin l’a vu, tout comme il a vu le fils de la concierge rôder dans l’immeuble à l’heure du crime. Mais ce voisin, Mr Lhoir, n’est-il pas suspect également ???

D’autant que la fête tribale qui remue le tout paris fait fureur et qu’il est de bon ton de s’afficher en « sauvage » pour faire la fête, pagnes sur les fesses et plumes sur la tête afin de se divertir comme des petits fous. Et l’apothéose de cette fiesta n’est-elle pas de « Tuer le vieillard », d’après une tradition venue d’Océanie où, paraît-il, on fait monter les vieux dans un arbre que l’on secoue et où l’on achève ceux qui tombent et laisse en vie ceux qui restent accrochés ?

Cette tradition, liée au casse-tête, dont le terme va prêter à confusion puisque l’avare est une espèce de vieillard, semant le doute dans l’esprit du lecteur et des protagonistes d’autant que ce terme-là va revêtir, au fur et à mesure de l’histoire, une troisième signification...

Ainsi l’auteur et le lecteur pointent du doigt un suspect puis un autre, jusqu’à ce que l’un avoue son crime, mais que le juge ne le croit pas...

Le policier chargé de l’affaire et ami de M. Lhoir, va se lancer dans l’enquête, tandis que ce dernier va prendre une part non négligeable dans celle-ci et dans tous les sens du terme.

Si le style de l’auteur ne déborde pas du cadre, excepté lors de l’aventure, bien trop courte, en Belgique, l’histoire, elle, est plus que correctement construite pour séduire le lecteur, d’autant que le personnage de M. Lhoir va s’avérer important à plus d’un titre, tant dans l’intrigue, elle-même, et là encore, à plusieurs niveaux, que dans l’aspect émotionnel, de par la tendresse que le lecteur va porter à cet être « sauvage ».

On pourra regretter la trop faible utilisation d’un personnage subalterne, le policier anversois Léopold-Casimir Joly, qui, l’espace d’une courte scène va conquérir le lecteur par son côté décalé au point que l’on aurait espéré revoir celui-ci dans un autre récit, ce qui a peu de chance d’arriver.

Au final, bien que d’aspect classique, ce court roman de Horace van Offel (pas tout à fait 34 000 mots), s’avère une bonne surprise, d’autant meilleur que le récit progresse avec un supplément d’émotion vers la fin.


La conspiration du turf

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« La conspiration du turf » est un titre de l’énigmatique série « Le commissaire Lenormand ».

Énigmatique parce qu’elle est entourée de flou étant donné qu’elle semble avoir vécu sous la forme de deux collections distinctes, « Les enquêtes du commissaire Lenormand » et « Les aventures du commissaire Lenormand » sous plusieurs plumes, mais des plumes communes aux deux séries.

La principale différence entre les deux séries réside dans leur format (la première, très court en fascicules d’une vingtaine de pages, l’autre, plus longue en fascicules de 64 pages).

Quant à l’auteur principal, il se cache sous l’un de ses nombreux pseudonymes, Gérard Dixe et n’est autre que l’auteur français d’origine chilienne, Henry Musnik.

Henry Musnik avait l’habitude presque immuable d’utiliser un pseudonyme et un personnage récurrent par collection (même si c’étaient des collections chez un même éditeur).

Cette fois-ci, le lecteur a donc affaire au diptyque « Gérard Dixe/Commissaire Lenormand ».

Le commissaire Lenormand semble assez différent dans les deux séries, mais au sein d’une même série « Les enquêtes du Commissaire Lenormand », il diffère d’un épisode à l’autre ?!?!

Car, j’avais quitté, dans « L’énigmatique Madame Sarton », Lenormand, commissaire de Police en France, pour le retrouver, dans « La conspiration du turf », détective en Angleterre... allez comprendre. Heureusement, dans les deux cas, il est toujours épaulé par son jeune second Séguin...

Mais, peu importe si la filiation est légitime ou juste prétexte d’un titre à l’autre, puisque, de toute façon, le format très court (moins de 6000 mots dans le premier titre, moins de 9 000 dans le second) ne se prête pas à un contour bien défini des personnages. Ce flou sert donc la série autant que la série impose le flou...

La conspiration du turf :

Jerry Kent, un jockey dans une mauvaise passe, se rend chez son ancien employeur, Mrs. Harkness, espérant que cette dernière accepte de le reprendre à son service pour monter l’intraitable étalon « Fantôme Gris »…

Connaissant les habitudes de la dame, il se rend très tôt à son écurie où elle a l’habitude de venir seule, à cette heure. 

Il trouve Mrs Harkness, dans un box, mais elle est morte d’un coup de barre de fer à la tête. 

Sachant que sa présence sur les lieux du crime et la dispute qui a abouti à son licenciement, en font le suspect idéal, Jerry Kent s’enfuit, non pas pour échapper à la justice, mais pour trouver le « commissaire Lenormand », un ancien policier français devenu détective en Angleterre et qui est probablement le seul à pouvoir l’innocenter…

Autant l’avouer tout de suite, comme je le confesse, d’ailleurs, sur tous les textes courts ou presque de l’auteur, Henry Musnik ne s’est jamais révélé être un grand écrivain. Jamais on ne s’extasiera face à sa plume comme on pourrait le faire devant celles de certains de ses confrères, qui ne sont pas si nombreux que ça non plus. Pas plus on ne s’émerveillera de sa maîtrise de la narration des formats courts comme on eut pu le faire avec les textes de Charles Richebourg, par exemple.

Par volonté, par défaut ou par essence, Henry Musnik n’a jamais démontré un génie dans l’écriture. Peut-être en était-il capable sous un format moins contraignant. Peut-être aurait-il pu l’être avec plus d’espace, plus de temps... Peut-être que l’écriture n’était pour lui qu’un gagne-pain qu’il pratiquait sans réel plaisir... allez savoir ??? Dans tous les arts il est des passionnés sans talent (Ed Wood au cinéma, par exemple), des talents sans passion (je n’ai aucun exemple en la matière à fournir), mais il y a surtout, et je pense que c’est une majorité, des artistes qui sont ce que l’on appelle de « bons faiseurs » et qui, à défaut de livrer des œuvres majeures, produisent des œuvres correctes, parfois même bonnes, mais sans l’once de génie et de créativité que certains rares élus peuvent offrir.

C’était donc le cas de Henry Musnik et ce quelque soit le pseudo qu’il utilisait.

Sans jamais sombrer dans l’indigence et l’indigeste, l’auteur ne s’est non plus jamais élevé jusqu’au sommet de son art.

Cependant, la littérature populaire appelait rarement à cette excellence et si certains y sont parvenus, c’est avant tout grâce à un talent inné, mais surtout un talent qui s’épanouissait dans la contrainte et dans l’écriture automatique (Jean Ray, par exemple). Car, les textes devaient être vite écrits, donc pas relus, et comme le travail d’édition était fait par-dessus la jambe, les textes pâtissaient, en plus des répétitions ou des variations de noms relatives à une écriture automatique, sans relectures, des coquilles et des fautes inhérentes à un travail éditorial bâclé.

C’est dire s’il fallait, au départ, avoir un immense talent pour qu’au final les textes soient juste bons. Lorsque l’on s’avérait bon, le résultat devait être pas trop mal... etc., etc.

Henry Musnik, malgré son manque de génie, livra des centaines de titres à des dizaines de collections pour de nombreux éditeurs et si son travail ne doit pas être reconnu pour son talent pur, il doit tout de même être loué pour son ampleur.

Mais, rassurez-vous, ce n’est pas parce que l’homme manquait de génie qu’il ne faut pas lire ses textes (d’ailleurs, si on ne devait lire que des auteurs géniaux, certains auteurs à succès se retrouveraient dans la misère), car, l’auteur avait tout de même du métier.

D’ailleurs, on lui reconnaîtra que, dans des formats aussi courts, il est vraiment malaisé d’avoir une production d’une grande qualité. Pas le temps de placer une bonne intrigue ni de cerner les contours de ses personnages. Pas vraiment l’occasion d’imposer un style original, restait juste à offrir une petite histoire qui se lit sans déplaisir et ça, Henry Musnik savait faire (voir, par exemple, la série « Robert Lacelles, détective-cambrioleur » sous le pseudonyme de Claude Ascain).

Ici, le commissaire Lenormand, devenu détective en Angleterre, est prié par un jockey de l’innocenter du crime de la propriétaire d’écurie contre qui il avait un grief, puisqu’elle l’avait licencié.

Lenormand va donc se lancer dans l’enquête, aidé par le jeune Séguin. Les morts vont dangereusement s’accumuler autour de lui et il va se rendre compte que ce meurtre liminaire cache quelque chose de bien plus machiavélique...

Je n’en dirai pas plus sur le titre ni sur l’intrigue, de peur d’écrire plus de mots dans ma chronique qu’il n’y en a dans le roman.

Au final, « Les enquêtes du commissaire Lenormand » sont développées dans un format très très court dans lequel très peu d’auteurs se sont engouffrés (le format minimaliste le plus courant étant le fascicule 32 pages d’à peu près 10 000 mots) ce qui, en soit, suffirait à justifier sa lecture. Mais, au surplus, comme ils disaient d’antan, l’ensemble est plutôt agréable à lire et conviendra à ceux et celles qui n’ont pas beaucoup de temps à offrir à leur lecture (dans les transports, par exemple), ou à ceux aimant enchaîner plusieurs textes courts à la place d’un texte long.

10 mars 2019

Maurice Gillar, détective

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Marcel Idiers est un auteur belge de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle à la biographie assez floue puisque l’on connaît sa date de naissance (1886), mais pas celle de sa mort qui se situe dans le courant des années 1950. 

L’auteur usa de plusieurs pseudonymes comme « Jean Fabien », « SREIDI » ou encore « Robert Pédro ».

Il écrivit dans les genres « romance », « aventures » et « policier » et il n’est pas impossible qu’il ait également écrit en collaboration avec sa femme, Jeanne Philbert, écrivain également, sous le pseudonyme de Magali.

Marcel Idiers est principalement connu pour sa série autour d’un cambrioleur, « L’Homme au stylo » écrit en 6 fascicules de 16 pages, doubles colonnes, sous le pseudonyme de Jean Fabien.

Mais l’auteur a également contribué à la fameuse « Collection d’Aventures » des éditions Offenstadt, notamment avec deux titres autour d’un jeune détective amateur : Maurice Gillar :

– Maurice Gillar, détective.

– L’homme à la tête de chien.

Car, les deux titres qui se suivent dans la collection (n° 42 et n° 43, publiés en 1917), ne forment, en fait, qu’un seul et même roman d’environ 80 000 mots.

Maurice Gillar, détective :

Maurice Gillar, jeune ouvrier bijoutier, se fait voler un coffret, au contenu aussi mystérieux que précieux, appartenant au Marquis de Rigny et qu’il avait amené chez lui pour travailler dessus le soir. 

Menacé de renvoi par son patron qui lui accorde 48 heures avant de déposer plainte auprès de la police, le jeune homme n’hésite pas à se lancer lui-même à la poursuite du voleur qui se trouve, par une bizarre coïncidence, lui ressembler trait pour trait. 

Cette ressemblance entre le jeune détective amateur et « R », son mystérieux adversaire, est la cause de multiples aventures durant laquelle les deux hommes vont se livrer à une lutte acharnée qui ne laissera ni l’un ni l’autre indemne…

Autant le dire tout de suite, si j’avais bien apprécié la série « L’Homme au stylo » de l’auteur, bien que, là aussi, les épisodes formaient en fait un tout, j’ai été moins séduit par les aventures de Maurice Gillar, pour cette raison-là, mais pas que.

Car, oui, je déteste terminer ma lecture sur un point d’interrogation, surtout lorsque je ne m’y attends pas. D’ailleurs, quand je m’y attends, il est rare que je me lance dans une telle lecture.

Mais, la déception est moins grande quand je suis emballé par le texte que je lis...

Vous comprendrez que ce n’est pas tout à fait le cas dans ce roman-ci.

Pourtant, le récit commence plutôt de façon agréable, sans planer dans les hautes sphères de la littérature, Marcel Idiers nous présente un jeune personnage (de dix-huit ans environ), apprenti bijoutier qui, voulant bien faire, amène chez lui un coffret en apparence anodin, qu’un client a apporté pour le faire ouvrir, car il est scellé. Le jeune homme a l’intention de faire des heures supplémentaires à la maison pour rendre l’objet au plus vite. Mais le soir, quand il rentre chez lui, le concierge s’étonne de le revoir alors qu’il vient juste de sortir de chez lui, ce qui n’est pas le cas. Déjà, dans la journée, son patron l’avait admonesté pour ne pas lui avoir dit bonsoir la veille, quand il l’avait croisé au théâtre, alors qu’il ne s’était pas rendu au théâtre depuis fort longtemps.

Rentré chez lui, il ne trouve pas l’objet : on a volé le coffret. Rapprochant les deux dires de son concierge et de son patron, Maurice Gillar imagine que le voleur lui ressemble et il ne croit pas si bien dire. D’autant que le voleur est réputé, il s’agit du fameux « R », son pseudonyme, est imprimé dans tous les journaux pour les cambriolages audacieux auxquels il s’est adonné dernièrement.

Menacé par son patron d’être dénoncé comme le voleur s’il ne retrouve pas le coffret dans les 48 heures, Maurice Gillar va se lancer sur la piste du mystérieux « R » tant pour retrouver le coffret par excès de professionnalisme que pour laver son honneur...

Il faut bien l’avouer, l’ensemble du récit a fortement vieilli, non pas tant par le style d’écriture que par la naïveté de l’intrigue et des rebondissements fortuits qui ne seraient pas sans rappeler « Candide » de Voltaire, un texte qui avait déjà presque 200 ans dans les dents à l’époque, c’est peu dire en termes de surannation.

Car, si l’on passe sur le fait que les deux personnages principaux se ressemblent comme deux gouttes d’eau sans que cela surprenne qui que ce soit (pas même les principaux intéressés) et sans que cela soit expliqué d’une façon ou d’une autre (du moins dans le premier tome), le reste des évènements n’est pas fait pour arranger les choses.

« Autobus » (pour éviter de répéter la conjonction de coordination « Car », à chaque fois), à l’instar du monde de Candide, celui de Maurice Gillar est tout petit et ce, qu’il demeure dans l’hexagone ou qu’il s’exile en Angleterre. C’est dire si, quand deux êtres cherchent à s’éloigner l’un de l’autre (du moins, un de l’autre, alors que l’autre, non, puisqu’il le poursuit), ils finissent très vite pas tomber l’un sur l’autre et inversement (car ce n’est pas toujours le même qui poursuit l’autre, même si l’autre ressemble à ce point à l’un qu’on pourrait le croire).

« Bus à impériale » (oui, « car » l’action se situe en grande partie en Angleterre), les choses tombent souvent comme un poil de barbe dans un potage et de façon tellement répétitive que l’on se dit que l’auteur aurait pu avoir un peu plus d’imagination pour rythmer son récit. Maurice poursuit « R » et se fait arrêter à sa place par la police. Il continue à le poursuivre et tomber par hasard sur lui et récupère le coffret. « R » le poursuit à son tour et grâce à un rebondissement inattendu, récupère à son tour le coffret. Maurice poursuit à nouveau « R »... et récupère le coffret... etc., etc., etc.

Si la structure du récit est répétitive (course poursuite... rebondissement... nouvelle course poursuite... rebondissement... nouvelle course poursuite... rebondissement...) c’est surtout la nature des dits « rebondissement » qui laisse à désirer...

Et cela s’étire et s’étire de la même façon. À chaque fois que Maurice a récupéré le coffret ou son contenu, qu’il pense avoir réussi, il arrive une péripétie qui relance la machine...

Et, même à la fin de ce roman, la boucle est toujours en cours... et on n’en est qu’à la moitié, puisqu’il reste encore « L’homme à la tête de chien » à lire pour connaître le point final de cette histoire.

Au final, un récit qui commence de façon agréable et qui n’est pas sans rappeler les aventures du « Le petit détective » de Arnould Galopin, mais qui tourne un peu trop en rond et est trop répétitif pour réellement tenir le lecteur en haleine.

Hôtel du grand cerf

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Franz Bartelt est un auteur que, malgré une certaine notoriété et une longévité certaine, je ne connaissais toujours pas et, plus, dont je n’avais jamais entendu parler.

C’est désormais chose faite avec « Hôtel du grand cerf », un livre qui m’est tombé dans les bras à un moment où je ne savais pas quoi lire, le meilleur moment pour que je me laisse tenter sans me renseigner.

Découvrir un auteur par son dernier ouvrage n’est peut-être pas la meilleure façon de faire sa connaissance, mais admettons que cela est rarement le pire.

Effectivement, si avec l’expérience et l’âge (qui vont souvent de pair) un auteur ne parvient pas à vous captiver, il y a peu de chance qu’il l’eut pu avant. Quoique, je dis cela, mais j’ai souvenance d’avoir préféré les premiers ouvrages de quelques auteurs, plus que leurs suivants que je trouvais par trop formatés.

Hôtel du grand cerf :

Reugny, petit village au cœur des Ardennes, plane depuis cinquante ans le secret de la mort de Rosa Gulingen. La star mondiale de cinéma avait été découverte noyée dans la baignoire de sa chambre à l’Hôtel du Grand Cerf, qui accueillait l’équipe de son prochain film ; du bout des lèvres la police avait conclu à une mort accidentelle. Quand Nicolas Tèque, journaliste parisien désœuvré, décide de remonter le temps pour faire la lumière sur cette affaire, c’est bien logiquement à l’Hôtel du Grand Cerf qu’il pose ses valises. Mais à Reugny, la Faucheuse a repris du service, et dans le registre grandiose : le douanier du coin, haï de tous, est retrouvé somptueusement décapité. Puis tout s’enchaîne très vite : une jeune fille disparaît ; un autre homme est assassiné. N’en jetons plus : l’inspecteur Vertigo Kulbertus, qui s’est fait de l’obésité une spécialité, est dépêché sur place pour remettre de l’ordre dans ce chaos.

Que dire sur un tel ouvrage que j’ai grignoté dans de bien mauvaises conditions ?

Probablement qu’il a les défauts de ses qualités et les qualités de ses défauts, phrase bateau s’il en est que l’on sort lorsque l’on n’a rien à dire.

Et cela est fort étonnant, que je n’aie rien à dire, me rétorqueraient certains auteurs que j’eu égratignés par le passé s’ils n’étaient pas, pour une majorité, déjà morts, enterrés et grignotés par les vers depuis fort longtemps.

Bah ! Si t’as rien à dire, alors, ferme ta gueule, me conseilleraient avec véhémence d’autres personnages bien moins sereins que les précédents, mais ayant pour eux une qualité vitale : la vie.

Mais, après tout, si je devais me taire quand je n’ai rien à dire, finalement, je ne l’ouvrirais pas souvent, aussi, bah, je vais essayer d’expliquer un peu plus longuement ce que j’eus voulu dire par cet aphorisme qui partage le point commun avec un nain d’un mètre quatre-vingt d’être un peu trop long pour obtenir son qualificatif.

« Hôtel du grand cerf » est un roman qui mélange plusieurs histoires, sur plusieurs époques et dont le principal des nombreux personnages est drôle et très excentrique.

Voilà ! Je viens de vous fournir toutes les qualités de l’ouvrage.

Voilà ! Je viens de vous fournir tous les défauts de l’ouvrage.

Bon... j’explique, car j’en vois qui ont le regard aussi vide que l’assiette d’un obèse affamé à qui on vient de servir une assiette de frites.

Quoi ? Je me moque des obèses ? J’ai le droit, j’en suis un. Et paf ! car oui, on ne peut se moquer que d’une catégorie dans laquelle on se trouve et comme il se trouve que je suis un nain noir, moche, homosexuel, catholique et obèse, dont le père est un géant musulman et la mère une rousse juive... imaginez la palette d’humour que je peux manier !!!

Bref, soyons plus sérieux. Enfin, moi, car vous, je vous soupçonne de ne rire que tous les 31 avril des années bissextiles (ce qui complique encore les choses).

Le personnage principal s’appelle Vertigo Kulbertus ce qui, rien que pour le nom, vaut le détour. Il est obèse, mais un obèse gros, de niveau olympique et il l’assume et le revendique. Il mange, énormément. Il boit, encore plus, surtout de la bière. Et avec ça, il est taquin, acerbe, ironique et malin, le bougre. Il est inspecteur, proche de la retraite et ne pense qu’à une chose, sa retraire, justement... mais aussi à manger... et à boire. En clair, il pense à trois choses en continu.

Il enquête sur le meurtre d’un douanier, qui est bientôt suivi de la disparition d’une jeune fille, puis de l’assassinat d’un idiot...

Dans le même temps, un journaliste enquête sur la mort d’une actrice dans l’hôtel du même village, mais une mort qui remonte à 40 ans...

Et on va suivre ainsi les pérégrinations du policier, du journaliste... mais aussi d’une chauffeur de taxi, de son mari chauffeur routier à l’international, de la tenancière de l’hôtel, de sa mère acariâtre, de sa fille disparue... du directeur d’un centre de motivation proche... de son jeune protégé... de sa secrétaire... du douanier... de l’idiot... de l’actrice... de son amant et partenaire de cinéma...

Bref, vous l’aurez compris, c’est un beau foutoir.

L’ensemble est inutilement complexe (dans un premier temps, du moins) avec un peu trop de personnages, des chapitres trop courts qui alternent entre une histoire et une autre, des individus trop étranges pour être honnêtes, mais, surtout, pour être crédibles... notamment le plus loufoque d’entre eux, le policier.

Et c’est ce personnage central qui fait à la fois la force et la faiblesse de l’ouvrage. Car, j’ai lu le roman jusqu’au bout grâce à lui, mais j’ai eu du mal à entrer dans le livre à cause de lui. Car, trop d’excentricité tue l’excentricité (encore une phrase bateau) à moins qu’elle ne s’installe dans un univers tout aussi excentrique, ce qui n’est pas le cas ici.

Du coup, l’écart entre la noirceur et l’envie de réalisme de l’ensemble et l’excentricité du personnage est trop grand pour qu’on le comble sans effort et l’effort tue le réconfort (pagaie encore, mon petit).

Mais il faut dire également que j’ai dû lire le roman avec parcimonie (oui, ma chérie a un drôle de nom, mais ce n’est pas l’auteur qui va m’en faire le reproche avec son Vertigo Kulbertus, quand même). Et quand je grignote, j’ai plus de mal à apprécier que lorsque je dévore... que voulez-vous, je suis un gourmand (sinon, je ne serai pas obèse, je vous le rappelle... et nain... et noir... et homosexuel... ce qui ne cadre pas avec le fait d’avoir une chérie, je vous l’accorde, mais en même temps, je fais ce que je veux.).

Bref de chez bref, je n’ai tellement pas grand-chose d’autre à rajouter que ce que j’ai dit de façon aussi concise que liminaire, que je circonvolutionne et me perds dans des propos ineptes.

Je terminerais tout de même en disant que si j’ai été au bout, malgré les mauvaises conditions, c’est déjà un bon signe et que le roman est tout de même drôle et l’intrigue suffisamment dense pour que l’intérêt soit conservé jusqu’au bout.

Au final, un roman qui a les qualités de ses défauts et les défauts de ses qualités ;-)

L'enlèvement d'une vierge

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La série fasciculaire « Marc Jordan », le plus grand détective français, est une série charnière dans le monde de la littérature populaire française.

Charnière à plusieurs titres, d’ailleurs.

Tout d’abord parce qu’elle est l’une des premières séries fasciculaires policières d’origine française (si ce n’est la première), suite au succès de la série « Nick Carter », importée des É.-U. en France par les éditions allemandes Eichler.

Ensuite, et surtout, parce que c’est par cette série que les éditions Ferenczi se sont tournées par le fascicule en général et le fascicule policier, en particulier.

Effectivement, avant que Ferenczi décide d’éditer « Marc Jordan », la maison d’édition proposait plutôt des œuvres érotiques ou anticléricales. Comme cela lui produisait quelques soucis avec la justice, Ferenczi a tenté de changer de politique éditoriale et a lancé la série des « Marc Jordan » pour, ensuite, se spécialiser dans la littérature fasciculaire avec le succès que l’on sait (du moins que vous devriez savoir si vous suivez mes chroniques depuis le temps que je parle de l’éditeur et de son catalogue).

En clair, Marc Jordan n’est ni plus ni moins qu’une adaptation française des Nick Carter, que ce soit dans le style, dans le format ou dans la présentation.

L’enlèvement d’une vierge :

Le duc de la Riviera, grand et riche seigneur brésilien, est profondément par la mort de Carmen, sa jeune fille qu’il aimait plus que tout. D’autant que le corps de celle-ci s’est volatilisé du cercueil dans lequel elle avait été enterrée.

Persuadé que le mal inexplicable et subit qui a emporté son enfant est de la responsabilité du comte Cazalès, un étrange gentleman aux fréquentations douteuses dont sa Carmencita s’était éprise, il charge le célèbre détective Marc Jordan de faire la lumière sur toute cette affaire et de châtier le brigand.

Marc Jordan se lance alors sur la piste de Cazalès, assurant le duc de la Riviera que, non seulement il arrêtera le responsable de ses malheurs, mais, qu’en plus, il lui ramènera sa fille vivante…

« L’enlèvement d’une vierge » le premier fascicule de la série, a été édité en septembre 1907. Non signé par son auteur, tout comme le reste de la série, il est par contre illustré par un artiste reconnu : Édouard Yrondy (dont on ne sait pas s’il a un quelconque lien avec l’auteur de « Marius Pégomas » ou « Thérèse Arnaud », Pierre Yrondy).

Tout dans la présentation du fascicule est donc fait pour rappeler la série « Nick Carter ». De la même façon, les épisodes ne sont pas signés.

Malgré le fait que l’on ait affaire au tout premier épisode de la série, le personnage de Marc Jordan y est présenté comme un détective déjà aguerri et célèbre au point d’être reconnu dans la rue lorsqu’il poursuit un malfaiteur. Tout comme son homologue américain, Marc Jordan est courageux, déterminé, intelligent, agile, fort, maîtrise l’art de se grimer... Il est également entouré d’hommes de main (qui, contrairement à Nick Carter, ne font pas partie de sa famille) et que l’on découvre au fur et à mesure de l’histoire : Lagingeolle dit l’Andouille, Fil-en-Quatre, Cœur d’Ours, Léonnec, l’Assommoir, Féréol...

Dans ce premier épisode, Marc Jordan va avoir affaire à forte partie (y rencontrera-t-il sa Némésis ? Qui sait !) en la personne du comte Cazalès, un gentleman cinquantenaire aux activités et aux fréquentations louches. S’étant entiché de la fille d’un riche seigneur brésilien et étant parvenu à se faire aimer de cette dernière, le brigand s’est lancé dans une machination machiavélique dans le but d’épouser sa belle et de toucher le pactole.

Mais le détective Marc Jordan a déjà repéré le brigand qui se cache derrière l’homme du monde et voilà longtemps qu’il veut le mettre sous les verrous sans jamais trouver un moyen de le faire. Aussi, quand le Brésilien vient lui demander d’intervenir, il voit là l’occasion de faire d’une pierre deux coups, rendre le bonheur à un vieil homme et mettre en prison le terrible personnage.

Mais Marc Jordan ne se doute pas de tout ce qu’il va devoir endurer pour parvenir à ses fins (s’il y parvient !!!).

Les aventures de Marc Jordan baignent dans la même ambiance que celles de Nick Carter. Si le théâtre des opérations est déplacé dans l’hexagone, le reste est peu ou prou du même acabit, sans les bizarreries des traductions un peu aléatoires qu’a subies son homologue américain (voir mes chroniques sur les épisodes de Nick Carter).

Développées sur un même rythme, tout autant dénué de temps morts ou de circonvolutions littéraires, s’étendant sur la même taille (fascicule 32 pages, double colonne soit environ 20 000 mots), usant des mêmes rebondissements, les détectives utilisant les mêmes procédés, tout est fait pour que l’élève singe le maître afin de satisfaire les lecteurs férus de Nick Carter.

Et l’on peut dire que c’est plutôt réussi dans l’ensemble et même que la lecture des aventures de « Marc Jordan » s’avère un peu plus plaisante que celle des Nick Carter, probablement du fait des noms de personnages et de lieux un peu plus de chez nous ce qui renforce l’immersion dans l’histoire et l’attachement aux personnages.

Bien sûr, ni dans un cas ni dans l’autre, l’ambition des auteurs n’est de produire de la grande littérature, mais juste de tenir le lecteur en haleine pendant deux heures et c’est plutôt efficace en la matière.

Au final, « Marc Jordan » est une série créée pour séduire les lecteurs de Nick Carter, et il y a de fortes chances que si vous aimez le second, vous apprécierez le premier. En tout cas, voilà l’occasion de découvrir la naissance de tout un pan de la littérature populaire. 

Le mystère de la Maison Porquin

 

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La littérature populaire belge est assez boudée, voire très méconnue des lecteurs francophones en général et des lecteurs français en particulier, tant la littérature populaire française a vampirisé celle de ses voisins du plat pays, mais aussi de par la volonté des auteurs belges de vouloir incorporer les diverses collections des éditeurs français pour une question de prestige, de visibilité ou d’argent, ou des trois en même temps.

C’est ainsi que si tout le monde connaît Georges Simenon peu sont capables de citer d’autres auteurs belges de la littérature populaire. Et, pourtant, qui n’a jamais entendu parler de Jean Ray, auteur culte qui prit à son compte les aventures du détective Harry Dickson ?

Mais, si je dis « L’assassin habite au 21 », alors, tout le monde (de plus de 40 ans, peut-être) vous dira qu’il a déjà entendu ce titre, se contentant, probablement du film, sans se souvenir qu’il fût adapté d’un roman de Stanislas-André Steeman, un autre grand auteur belge de la littérature populaire policière à qui l’on doit nombre de romans dont plusieurs furent adaptés au grand écran.

Mais Steeman ne s’est pas contenté d’écrire, il fut également créateur et directeur de collection, d’une des rares collections populaires belges regroupant uniquement des auteurs belges, mais des auteurs issus de tous horizons.

Car, dans la collection « Le Jury » des éditions Beirnaerdt (car il s’agit bien d’elle), qui parut entre 1940 et 1944 (je ne parle pas de la seconde série de cette collection qui parut en 1946 et qui éditait principalement des auteurs anglo-saxons), les textes n’étaient pas tous issus de plumes d’auteurs confirmés, loin de là. Certes, Steeman, lui-même, livra plusieurs productions, tout comme d’autres écrivains confirmés tels J.J. Marine, Louis-Thomas Jurdant, Paul Kinnet, Thomas Owen, Max Servais, Max Paul (dont vous connaissez déjà les enquêtes de son détective vendeur de chaussettes, Billy Mac Tiddle)... et même Georges Simenon qui livra 3 textes à la collection.

Mais, à côté de cela, des auteurs amateurs dont la profession pouvait être : avocat, architecte, professeur... journaliste.

Et c’est un journaliste, Charles Bronne, qui nous intéresse aujourd’hui puisque, la présentation que la collection en fait le précise, « Le mystère de la Maison Porquin » est sa première (et probablement la dernière, puisqu’il est mort peu de temps après son écriture) incursion dans le monde du roman policier. Non pas que l’homme n’ait jamais écrit des fictions, mais il se contentait, jusque là, outre les reportages, à des contes ou des pièces de théâtre.

Le mystère de la Maison Porquin :

 

1900 – Liège, Belgique.

 

Le calme plat règne sur l’actualité. Les journalistes n’ont rien de bien intéressant à se mettre sous la dent quand, une nuit, un passant aperçoit une veste roulée en boule dans l’enclos de la Maison Porquin, dans le quartier d’Outremeuse. 

Pensant trouver un vêtement bien chaud, le pauvre hère s’empresse de se saisir de l’étoffe, mais celle-ci enveloppe un linge ensanglanté ainsi qu’une clé anglaise à laquelle adhèrent quelques cheveux. 

Le lendemain, la police, les journalistes et la population ne parlent que du « mystère de la Maison Porquin »…

 

La première chose à noter (que l’on ne note pas forcément en premier à la lecture, d’ailleurs), c’est que le format de ce roman ne respecte pas la taille habituelle de la collection.

Effectivement, si les premiers opus du Jury avoisinaient les 20 000 mots, « Le mystère de la Maison Porquin » peine à en dépasser la moitié (11 500).

La seconde chose qui frappe (mais pas fort), et c’est d’ailleurs, la première chose que l’on constate, c’est que le récit écrit en 1942 situe son histoire en 1900. Pourquoi ? Précisément pour nous parler de la Maison Porquin, un édifice ayant réellement existé, à Liège et qui fut détruit en 1904.

Peut-être l’auteur qui s’exerçait à un nouveau genre a-t-il voulu se rassurer en basant son intrigue sur un sujet qu’il connaissait bien pour y avoir assisté ou avoir fait un article, à l’époque, ou plus tard sur le sujet.

Toujours est-il que Charles Bronne ancre son récit dans l’histoire de sa ville, dans le quartier d’Outremeuse qui vit grandir Georges Simenon pendant que la Maison Porquin s’affaissait définitivement.

L’intrigue, assez basique, tourne donc autour de ce bâtiment et du monde des médias : théâtre, d’un côté, journalisme, de l’autre, bref, que des univers familiers à l’auteur. On comprendra donc que, même le style narratif et d’écriture de ce très court roman, soit lui aussi très « journalistique ». L’auteur chercha probablement à se rassurer à tous les niveaux ou bien se servit de toutes les inspirations possibles de son quotidien.

11 500 mots, voilà un récit très concis qui ne permet pas de développer une intrigue de haute volée et ce sera donc une intrigue très simple que l’auteur nous proposera là avec ce Mystère de la Maison Porquin, un double mystère, d’ailleurs, qui s’avérera, au final, assez commun.

On regrettera d’ailleurs que l’auteur ne se soit pas risqué à développer un peu plus son histoire, à étoffer ses personnages, à communiquer plus sur ce bâtiment que nombre de personnes tentèrent de sauver de la destruction... bref, d’en faire un peu plus pencher la balance d’un côté ou d’un autre plutôt que de conserver cette approche distanciée et un peu froide de tous les éléments de cette histoire.

Au final, sans être une lecture indigente, ce très court roman pèche un peu par sa concision, son style un peu trop journalistique, et, surtout, par une absence de parti pris ou de point de vue qui aurait pu renforcer l’ensemble. Dommage, mais un texte qui se lit agréablement tout de même.

La tête coupée

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Marc Jordan est un personnage charnière de la littérature populaire française pour plusieurs raisons. Premièrement, parce qu’il s’agit d’une des toutes premières séries policières fasciculaires françaises qui fait suite au succès de la série « Nick Carter », importée des États-Unis. Deuxièmement, parce qu’il s’agit de la toute première collection policière éditée par la future cultissime maison d’édition Ferenczi (la maison d’édition qui œuvra le plus dans la littérature populaire policière française en alimentant diverses collections avec des milliers de titres sur plusieurs décennies).

Une fois replacé le personnage dans son contexte, j’aimerais pouvoir en faire autant avec son auteur, malheureusement, encore à l’heure actuelle, tout le monde ne s’accorde pas sur l’auteur probable de la série. Certains avanceraient le nom de Jules Gastyne, mais, non seulement, le style ne concorde pas, et il semble qu’à une époque on avait tendance à accorder à Jules Gastyne, la paternité des collections policières dont l’auteur était mystérieux puisqu’on lui a accordé également celle des « Marius Pégomas », pourtant édités bien des années après sa mort.

Mais, comme je dis souvent, la seule chose qui m’intéresse chez un auteur, ce sont ses textes. Aussi, passons au texte.

LA TÊTE COUPÉE

Le célèbre détective Marc JORDAN, tout juste sorti des griffes de l’ignoble comte de Cazalès, n’a qu’une hâte, alpaguer ce terrible ennemi quand le chef de la Sûreté vient le solliciter pour une sanglante affaire.

La tête d’une femme a été retrouvée dans un panier qu’un triste individu tentait de jeter dans la Seine. L’homme est parvenu à s’échapper et la police ne sait que faire, n’ayant aucun indice à se mettre sous la dent…

Marc JORDAN refuse de courir plusieurs lièvres à la fois, mais parfois, toutes les traces mènent au même lièvre…

 « La tête coupée », 2e épisode de la série publiée, à l’origine, sous format 32 pages, double colonne (environ 20 000 mots), fait suite directe au premier épisode.

Effectivement, Marc Jordan vient juste de se tirer des griffes du comte Cazalès et n’a qu’une hâte, se lancer à sa poursuite pour se venger de ce que son infâme ennemi lui à fait endurer. 

Mais M. Étienne, le chef de la Sûreté, vient lui demander son aide dans une affaire délicate. Une nuit, deux policiers surprennent un individu louche qui tente de jeter un lourd panier dans la Seine. L’homme s’enfuit en laissant le panier. Les policiers ne parviennent pas à le rattraper, mais trouvent, dans le panier, la tête d’une jeune femme. Rien ne permet à la police d’identifier la victime, et encore moins d’en trouver l’assassin.

Mais Marc Jordan a besoin de repos et, ensuite, il veut se lancer à la chasse au comte. Pourtant, il finit par accepter la mission sans douter que son désir premier va se retrouver comblé.

Comme je l’ai déjà dit pour le premier épisode, la série des « Marc Jordan » est construite sur le même canevas que son homologue américain « Nick Carter ». Même format, même présentation, même narration, même héros, aventures similaires...

Il n’y a donc rien d’étonnant que l’on retrouve dans « Marc Jordan » les qualités qui firent le succès de « Nick Carter » : héros courageux, intelligent, fort, pugnace, aventures sans temps morts dans lesquelles l’action l’emporte sur la réflexion, histoires prenantes, des personnages secondaires récurrents comme les aides du détective ou bien les ennemis...

Mais, si les qualités sont les mêmes, les défauts sont ici moindres puisque ce que l’on pouvait reprocher à « Nick Carter » était la piètre qualité littéraire. Certes, « Marc Jordan » ne prétend pas au Goncourt (qui existait déjà depuis quelques années), mais l’ensemble ne souffre pas des grosses lacunes de son homologue qui, en plus de textes rapidement écrits, probablement très peu voire pas du tout relus, subissaient les affres d’une traduction très approximative.

Bien évidemment, quand on se lance dans la lecture de tels textes on ne s’attend pas à être confronté à une prose ultra stylisée, ce n’est pas le but, ni même à une intrigue ultra développée. Le lecteur prétend à être diverti et c’est un but que réussi amplement la série des « Marc Jordan » avec des histoires qui, pour l’époque, devaient faire frissonner le lecteur (imaginez : une jeune femme décapitée, démembrée, dépecée, brrr....) et qui, s’il a perdu un peu de son « impertinence » n’en demeure pas moins intéressant.

Quant au personnage, comme beaucoup de ses confrères, il est décrit comme jeune, fort, riche, désintéressé, courageux, perspicace, pugnace... 

Il est secondé par plusieurs personnages que l’on retrouve d’un épisode à l’autre.

– Yves Léonnec, un breton frère de lait au physique impressionnant et qui sert de cerbère à Marc Jordan.

– Fil-en-Quatre, mince et rusé.

– Lagingeole dit l’Andouille, doué pour faire le guet pendant des heures.

– Cœur d’Ours, une brute aveugle.

– L’Assommeur, un hercule à la force colossale qui était assommeur de bœufs à l’abattoir.

– Paul Ferréol, un camarade de collège, chimiste de génie, qui aide Marc Jordan par ses qualités scientifiques.

Alors, certes, dans ces deux premiers épisodes, l’intervention des personnages secondaires est un peu succincte, mais on se doute qu’à force des épisodes, chacun interviendra en fonction des besoins du détective.

Au final, si la série n’a rien de transcendant, en plus de l’intérêt « historique » qu’elle peut présenter, elle offre avant tout un intérêt de divertissement qui n’est pas négligeable. 

03 mars 2019

L'Auberge du Crime

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« L’Auberge du Crime » est le 4e épisode de la série « Marc Jordan » initialement éditée aux éditions Ferenczi en 1907.

Je ne reviens pas sur la série, les personnages et l’auteur, pour en savoir plus, il vous suffit de lire mes chroniques sur les trois précédents épisodes.

Tout ce qu’il vous faut savoir, c’est que cette série est très inspirée de la série américaine « Nick Carter » dont les traductions, à l’époque, avaient un vif succès dans toute l’Europe. Même format (32 pages, double colonne, soit environ 20000 mots par épisode), même présentation, même d’aventures, même genre de héros, mêmes types de méchants...

La série conta plus de 60 épisodes.

L’AUBERGE DU CRIME

Alors que le célèbre détective Marc JORDAN poursuit sa lutte contre le terrible comte Cazalès, son ennemi juré, il apprend par les journaux une bien triste nouvelle : le corps de Cœur d’Ours, un de ses lieutenant et ami, a été retrouvé mort, le long d’une voie ferrée.

Il venait juste de recevoir par courrier un rapport détaillé de son fidèle acolyte qui, étant à la poursuite des brigands, lui indiquait l’endroit où les trouver et un plan imparable pour leur mettre la main dessus, lui qui n’était pourtant pas réputé pour ses facultés de réflexion.

Bien qu’il ne doute pas que ce message soit un piège, Marc JORDAN décide de se jeter dans la gueule du loup, meilleure façon, selon lui, de lui arracher les crocs…

Dans les trois premiers épisodes, Marc Jordan était confronté au terrible comte de Cazalès, un brigand en col blanc à la tête d’une armée de criminels à qui le détective impute la plupart des crimes commis dans la capitale et ses environs.

Après avoir échappé à de multiples reprises aux représailles des hommes de son ennemi, il continue sa chasse, laissant ses fidèles alliés, sur les traces de Cazalès ou de Pépita la Rouge, une femme aussi belle que dangereuse et machiavélique et qui est le bras droit du comte.

Tandis que Marc Jordan reçoit la visite du docteur Jarris, un ami de jeunesse qui était parti à l’aventure à travers le monde, sa joie fait place à la tristesse et à la rage quand il apprend dans les journaux la mort de son fidèle Cœur-d’Ours, retrouvé mort le long d’une voie ferrée.

Marc Jordan était justement en train de préparer un plan pour mettre la main sur Cazalès et ses hommes après avoir reçu un message de Cœur-d’Ours, lui indiquant où trouver et comment arrêter Cazalès et Pépita la Rouge.

Si la clarté et l’intelligence du message contrastaient avec la personnalité de Cœur-d’Ours, un homme de poing et non de tête, son assassinat laisse penser au détective que ce message n’émanait, en fait, pas de son ami, ou, du moins, qu’il lui a été dicté par autrui, ce qui laisse présager qu’un piège lui est tendu à l’endroit précisé.

Mais qu’importe, bien décidé à venger son ami et à débarrasser la terre du grand criminel, il décide de partir en chasse, accompagné de son ami Jarris, qui s’ennuie de la vie trop calme en métropole et qui, en plus, a des comptes à régler avec Pépita la Rouge, qu’il connaît d’une autre vie.

On poursuit donc la chasse du comte de Cazalès (et non du comte Zaroff), où, cette fois-ci, le comte est la proie.

Même s’il est précisé que chaque fascicule contient un récit complet, on se rend en fait assez vite compte que chaque épisode contient une trame secondaire, qui se termine à la fin du fascicule, mais que la trame principale, la lutte entre Cazarès et Jordan, elle, se poursuit d’épisode en épisode. (comme quoi les scénaristes de séries télévisées actuelles n’ont rien inventé).

L’auteur (dont on ignore le nom, je le rappelle), nous livre donc un récit principalement fait d’action (c’est le principe de la série, tout comme de celle des « Nick Carter »), du roman policier d’aventures plus que du roman policier à suspens ou d’investigations comme pouvaient en proposer Sir Arthur Conan Doyle, à l’époque, avec son célèbre Sherlock Holmes.

La réflexion semblait réservée à la littérature policière « Haut de gamme » (Conan Doyle, Agatha Christie...) et l’action pour la littérature encore plus populaire (mais il faut bien avouer que le format court favorise l’action au détriment de la réflexion).

Cependant, cette recette du roman policier d’aventures sériel fit à ce point succès qu’on peut retrouver peu ou proue les mêmes ingrédients trente ans après dans la série « Le Petit Détective » d’Arnould Galopin.

Toujours est-il que les unes comme les autres n’ont pas pour ambition de proposer des intrigues élaborées, des styles identifiables et flamboyants, des personnages originaux (les conditions d’écriture et d’éditions ne le permettent pas) mais juste de divertir le lecteur et de le dépayser, selon les cas, et c’est ce que parvient à faire la série « Marc Jordan ».

Certes, les intrigues et le ne sont pas aussi fluides que pour « Le Petit Détective », mais il faut avouer qu’Arnould Galopin avait du métier et bien des pages noircies derrière lui. Évidemment, on aurait aimé que les personnages soient un peu mieux cernés. Mais enfin, il faut prendre la série pour ce qu’elle est, un « remake » de Nick Carter et, en soit, elle remplit plutôt bien son office, la « copie » étant plus digeste à lire que « l’originale ».

Au final, pas de la grande littérature, certes, mais une série qui se suit sans déplaisir et qui offre son lot d’actions au lecteur.

Crime à la Jonction

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Paul Max est un journaliste et auteur belge né à Alger qui œuvra pour la littérature populaire en livrant divers romans et nouvelles.

C’est à partir de 1937 et suite à l’écriture d’une nouvelle parue en Angleterre sous le titre de « A night in Greek Street » sous le pseudonyme de M. A. Hyckx que l’auteur va se consacrer plus largement au genre policier.

Effectivement, cette nouvelle deviendra un roman : « Début dans la police » mettant en scène le personnage de Billy Mac Tiddle, un jeune vendeur de chaussettes écossais qui devient détective par hasard et qui excelle dans cette profession. Mais le roman paraîtra également sous le pseudonyme de M. A. Hyckx et Paul Max se fera passer pour le traducteur de cet auteur comme d’autres l’ont fait avant et après lui (Boris Vian avec son pseudonyme Vernon Sullivan).

Par la suite, Paul Max, sans se cacher, proposera de nouvelles aventures de son vendeur de chaussettes.

Mais l’auteur livra également des romans policiers indépendants, sans personnage récurrent et c’est le cas de « Crime à la Jonction ».

Crime à la Jonction :

 

Un crime horrible a eu lieu sur le chantier de la Jonction.

 

Au petit matin, un corps, poignardé et ligoté, a été retrouvé suspendu en haut de la grue.

 

Une bande de gamins qui a, pour terrain de jeux, les lieux du meurtre, ayant aperçu, la veille au soir, une personne dans les parages, décide de mener l’enquête afin de trouver l’assassin…

 

« Crime à la Jonction » est un petit roman (39 200 mots) se déroulant à Bruxelles autour d’un étrange crime.

Au petit matin, on découvre en haut de la grue d’un chantier, le corps d’un homme poignardé et ligoté.

Des gamins qui jouaient aux « Peaux-Rouges » le soir du crime, dans l’enceinte du chantier et qui ont vu un homme en sortir, décident de changer de jeu et de jouer aux détectives sous la coupe de leur chef, le jeune Capestock surnommé ainsi à cause de son profil rappelant un portemanteau.

Pendant que les gamins recherchent l’individu, Nicolas Derache, un jeune détective, décide de s’occuper de l’affaire du « Crime de la Jonction » pour aider un de ses amis qui a été vu aux alentours du chantier, le soir du crime et qu’une lettre anonyme envoyée au juge dénonce comme le possible coupable.

Avec l’enquête des autorités, c’est donc une triple enquête à laquelle nous convie Paul Max avec son habituel humour léger que l’on avait déjà apprécié dans les aventures de son détective vendeur de chaussettes.

Mais, les enquêtes de Billy Mac Tiddle étaient empreintes d’une ambiance anglo-saxonne (origine du héros et lieux obligent) alors que là, l’auteur fait se dérouler son histoire dans sa si chère contrée belge, ce qui lui permet de livrer des expressions et des tournures de phrases qui sonnent si bien aux oreilles des Wallons, des Flamands et des Néerlandais.

Capestock et ses amis se lancent donc à la poursuite de celui qu’ils pensent être le criminel avec la fougue et la naïveté d’enfants de leurs âges tandis que, de son côté, le juge d’instruction se livre aux interrogatoires des différents suspects et témoins de l’histoire.

Mais bientôt, Nicolas Derache va entrer dans la course et y trouver bien plus que le succès d’un détective ou que le coupable...

Voilà un bon petit roman à la fois drôle, léger, attendrissant et touchant où se mêlent la fougue et la fraîcheur des enfants, la foi et la candeur de jeunes adultes, et la gravité et la noirceur de la misère sociale.

Le père de Capestock, au chômage, fait la tournée incessante des bars pendant que sa femme se lamente à la maison. Les ouvriers sont opprimés, déprimés, voire même, assassinés, et le chantier, sensé révolutionner la vie des gens, la bouleverse, mais pas dans le meilleur des sens.

Le lecteur se régalera des quelques expressions belges disséminées dans le récit et que l’on a si peu l’occasion de croiser tant, soit la littérature populaire purement identifiée belge a bien eu du mal à traverser notre pourtant si proche frontière, soit parce que les auteurs belges, pour mieux se fondre dans les collections de la littérature populaire française, émoussaient leurs plumes pour en ôter un maximum de « belgitude ».

Cette dernière remarque est d’autant plus vraie et regrettable que même certaines collections de romans policiers « belges » proposaient, comme la collection « Le Jury » des éditions Beirnaerdt, des textes singeant les romans à l’américaine au lieu de faire une force de leurs racines et leurs propres influences.

Heureusement, ce roman-ci rétablit la barre et permet de déguster un scénario un peu moins perverti par les obligations ou les préoccupations liées à trouver un contrat dans les collections françaises.

On y retrouve cependant l’humour et la plume habituelle de Paul Max même si l’ironie ou le léger cynisme des dialogues de Billy Mac Tiddle sont ici remplacés par la verve juvénile et zézayante des gamins du cru.

Mais Paul Max n’oublie pas, avant tout de raconter une histoire, d’y insuffler, en plus de l’humour, un petit peu de suspens (même si on devine, avant les protagonistes, l’identité du tueur), beaucoup de sentiments et quelques réflexions sociétales.

Au final, un bon petit roman qui se déguste rapidement et qui nous plonge au cœur de la littérature policière belge et nous démontre que celle-ci n’était pas que l’œuvre de Georges Simenon ou Stanislas-André Steeman...

Ned Pic, détective

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« Ned Pic, détective » est un roman initialement publié en 1933 aux éditions Baudinière et signé de la plume de Jean Petithuguenin.

Jean Petithuguenin est un auteur de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle (il est mort en 1939).

De son vrai nom J.A. de Saint Valry, il a énormément écrit pour des collections sentimentales, jeunesse, science-fiction, policière et patriotique (dont la fameuse collection « Patrie » aux éditions Rouff).

Il faut savoir que « Ned Pic, détective » est, en fait, une réédition de deux titres de la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi : « La tragédie du Gourmel » et « le crime d’un revenant » en 1919.

Ces deux titres mettaient en scène un personnage récurrent de l’auteur : Fred Cabosse, que l’on retrouve également dans les titres « Crime et sorcellerie », dans la même collection et « le visiteur invisible », dans la collection « Police et Mystère », des mêmes éditions Ferenczi (un éditeur culte dans le milieu de la littérature populaire en général et la littérature populaire policière fasciculaire, en particulier).

Mais alors, me direz-vous, si « Ned Pic, détective » est une réédition des aventures de Fred Cabosse, comment justifier ce titre ? Tout simplement parce que l’auteur, le petit malin, probablement pour des problèmes de droit, en proposant son œuvre à un autre éditeur (pour passer de chez Ferenczi à Baudinière), s’est contenté de changer les noms de tous les personnages ainsi que ceux des lieux.

Ainsi, Fred Cabosse devient Ned Pic ; Perrette France, Éva Pompadour ; Pierre Arnaud devient Jean Mortal ; le cap du Gourmel, le cap du Broquet ; le Gouffre Maudit, le Trou du Diable ; Jusserac, Daverot... etc., etc.

Dans les productions dantesques des uns et des autres, personne n’y voyait goutte ou n’y trouvait à redire (de toute façon, en matière d’éditions, Ferenczi n’était pas un doux agnelet).

 

NED PIC, DÉTECTIVE

René PICARD, alias Ned PIC, policier à la réputation sans faille, profite de ses vacances au bord de l’océan pour assister à une représentation théâtrale.

Alors qu’il retourne à son l’hôtel, la nuit, en passant par la lande, il aperçoit au loin un signal lumineux ne pouvant, selon lui, provenir que du château de Broquet occupé par la famille Jusserac.

Poursuivant son chemin, il entend, trente minutes plus tard, une détonation émanant de la même direction.

Aux abords d’un gouffre rocheux surnommé le Trou du Diable, il bute dans une masse molle et inerte : un corps sans vie…

Intrigué, Ned PIC se rend au château pour constater que celui-ci est entièrement vide, toutes portes ouvertes…

 

Intrigué, Ned Pic se rend au château pour constater que celui-ci est entièrement vide, toutes portes ouvertes…

Ned Pic est en vacances, au bord de l’océan, vers Marignes, proche du cap du Broquet et du Trou du Diable.

Un soir, il assiste à une représentation de « L’abbé Constantin » et, ensuite, il décide de flâner dans la campagne pour profiter de la douceur de la nuit.

Il aperçoit un signal lumineux étrange, mais, étant en vacances, il décide de ne pas s’en préoccuper même si son esprit est déjà en train d’analyser le phénomène. Une demi-heure après, il aperçoit une sorte d’éclair puis une détonation, provenant peu ou prou de la même direction. Il décide donc de se rendre sur place, un château habité par un couple et un jeune homme.

Sur la route, il bute dans un corps sans vie.

Arrivé au château, le portail n’est pas fermé à clef, la porte est ouverte (la serrure a été démontée de l’intérieur) et dans les chambres il n’y a personne. Ni chez l’homme, ni chez la femme, ni chez le neveu.

Ned Pic décide alors d’aller prévenir un douanier qui habite un peu plus loin et tombe sur le neveu qui prétend être sorti en pleine nuit pour se promener dans la nature...

Dans un style classique, Jean Petithuguenin nous délivre une enquête non moins classique menée par un policier somme toute classique. Bref, tout est classique dans cette petite histoire jusque dans les bases de l’intrigue que le lecteur découvre au fur et à mesure, grâce à l’enquête menée par Ned Pic.

Jean Petithuguenin avait cette facilité ou cette propension à faire du « classique », sans déborder de la ligne, sans non plus prendre de risques, ce qui assurait des textes qui, à défaut de révolutionner un genre, ou de surprendre le lecteur, leur offraient un bon moment de lecture, ce qui n’était pas donné à tous ses confrères de l’époque.

Aujourd’hui, on dirait que Jean Petithuguenin était un bon « faiseur », mais n’est-ce pas ainsi que l’on pourrait qualifier des auteurs de romans policiers à succès actuel comme Guillaume Musso ou Marc Lévy ? (bon, je ne sais pas, je n’ai toujours lu aucun roman de ces deux auteurs).

Toujours est-il que le lecteur suit sans déplaisir les actions et les réflexions du policier et parvient même, souvent, à avoir une petite longueur d’avance sur l’enquêteur jusqu’à ce que celui-ci explique l’entièreté de l’intrigue au juge d’instruction qui, comme souvent, s’était un peu empressé à considérer un innocent comme coupable.

Au final, un bon petit roman policier de facture classique écrit de la part d’un des piliers de la littérature populaire de son époque.

Le rouge est mis

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Fan de littérature populaire policière, de films policiers, et aimant déguster un style moins plat que ce que nous proposent les auteurs actuels, je me demande encore comment j’ai mis autant de temps à découvrir la plume d’Auguste le Breton.

Ce n’est pourtant pas faute de connaître l’univers de l’auteur en ayant déjà goûté aux multiples adaptations cinématographiques de ses romans comme « Razzia sur la chnouf » ou « Le clan des Siciliens ».

Oui, mais voilà, des rencontres pourtant évidentes sont parfois tardives, c’est le cas de celle-ci, de celle d’Auguste le Breton, auteur et de moi, lecteur.

Si je ne cesse de clamer que « chez un artiste, seule l’œuvre m’intéresse et non pas la biographie », je rajoute souvent « sauf si sa vie peut expliquer son œuvre »... et c’est exactement le cas d’Auguste Montfort, alias Auguste le Breton.

Effectivement, l’œuvre d’Auguste est totalement inspirée de sa vie. D’abord, son prénom d’Auguste, donné par son père Eugène, qui était clown (un Auguste). Père qu’il perdra avant ses deux ans et avant d’être abandonné par sa mère, puis de devenir pupille de la nation, d’être placé en orphelinat d’où il s’évadera plusieurs fois avant d’être envoyé en centre d’éducation surveillée.

De cette enfance tumultueuse, il en tirera deux romans, « Les hauts murs » et « La Loi des rues ».

Puis il fréquente la pègre où il nouera plusieurs amitiés et d’où il tirera son pseudonyme puisqu’on l’y appelle « le Breton ».

La guerre et l’occupation lui inspireront le roman « 2 sous d’amour ».

Juste après la guerre, à la naissance de sa fille, il décide, comme il se l’était promis durant ses moments de galère, à écrire sur son enfance pour qu’elle comprenne d’où il vient.

Mais c’est son roman « Du rififi chez les hommes » qui signe son premier succès et son arrivée dans le monde du polar. Rififi est d’ailleurs un mot qu’il a inventé et qu’il déposera.

S’en suivent alors de nombreux romans policiers dont plusieurs seront adaptés au cinéma.

Mais, n’entrons pas plus dans le vie d’Auguste le Breton, ces éléments suffisent à comprendre son œuvre, et passons au titre en question.

Le rouge est mis :

Paisible garagiste le jour, Louis Bertain, alias Louis Le Blond, se mue la nuit en redoutable gangster, spécialiste du hold-up. Avec ses complices, Pépito le Gitan, Raymond le Matelot et Frédo, il vient de réussir un gros coup et attend tranquillement que l’affaire se tasse. Mais le lendemain, au petit jour, Pierre, le frère cadet de Louis, est interpellé par la police alors qu’il quitte le domicile de sa petite amie, Hélène. S’il n’est en rien mêlé aux activités de son aîné, dont il n’a pas l’envergure, il s’est compromis voilà peu dans une vilaine combine. Au Quai des Orfèvres, on lui propose donc un marché : la liberté contre quelques révélations sur Louis et sa bande... 

Auguste le Breton évoque le milieu qu’il connaît bien avec une plume argotique, populaire, mais néanmoins parfaitement maîtrisée. Tout comme est maîtrisée une histoire plutôt simple, linéaire, mais très agréable à suivre.

Car c’est une portion congrue du monde de la pègre que nous propose l’auteur. L’action se déroule sur un temps assez court (tout comme l’est le roman) et nous présente un panel évocatif de la pègre de son époque. Louis Bertain, alias Le Blond, car il est blond, est un braqueur élégant, froid et dur comme l’acier, qui n’a de tendresse que pour sa vieille mère, mais qui a le code d’honneur du milieu ancré au plus profond de lui. Pépito, le gitan, défouraille plus vite que son ombre ; il mitraille comme d’autres se mouchent et, lui, sa vie n’est régie que par la vengeance. Frédo alias Quesquidi est un braqueur vieillissant dans tous les sens du terme. Braquer, tuer, cela le lasse, cela l’angoisse et s’il n’était pas aussi avide d’argent, il se serait depuis longtemps rangé des voitures. Et il y a Pierre Bertain, le jeune frère du Blond, un gamin, encore, tout juste sorti de l’adolescence, qui a voulu se frotter au milieu, pour faire comme son frère, montrer qu’il en avait, mais qui n’en a pas et qui sort juste de taule et qui n’a pas envie d’y retourner d’autant que ça l’éloignerait de la belle Hélène, la femme qu’il a dans la peau.

Puis il y a les femmes... deux femmes, les deux extrêmes, les deux visions différentes de la femme dans le monde de la pègre de l’époque. M’man, la vieille mère douce et aimante et Hélène, la jeune et attirante Hélène, l’autre versant de la femme, la garce, vénale, voire vénéneuse... La femme n’a pas grand place dans ce monde et, surtout, n’a pas grande estime.

Et Auguste le Breton nous convie à cet ultime braco qui va bouleverser toutes ces vies à jamais sans en faire des caisses, sans faire d’esbroufe, juste avec ce qu’il faut de gouaille pour rendre l’ensemble captivant.

Car on pourrait se désintéresser de tout ce monde, peu glorieux, au final, mais l’auteur rend certains personnages malgré tout attachants. Que ce soit Le Blond et sa tendresse extrême pour sa mère ou même Pierre et sa candeur et sa naïveté. Et c’est ce qui permet au lecteur d’avoir les sensations qu’il a à la lecture de cette histoire de malfrats.

Même le style est au diapason et si l’ensemble est porté par une verve argotique, c’est fait sans excès (à part, peut-être, pour le langage gitan), sans outrance, afin que la plume n’emporte pas le dessus sur l’histoire pas plus que l’histoire ne l’emporte sur le style.

Au final, une bien intéressante découverte qui tranche avec la lecture d’autres auteurs œuvrant dans un genre et une époque similaires, comme Albert Simonin, chez qui la plume prenait le pas sur l’histoire.

Cul sec !

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« Cul sec ! » est la première enquête du détective Enzo Bartoli écrite par Enzo Bartoli.

Mégalomanie rampante ou bien volonté de marcher sur les traces du Maître Frédéric Dard qui utilisa le pseudonyme de San Antonio pour écrire les aventures de San Antonio ? Un peu des deux serais-je tenté de dire.

Un peu des deux, car le bonhomme avoue de lui-même s’être beaucoup amusé à écrire ce roman en tentant de faire du « San Antonio ».

Mais il n’y a qu’un San Antonio, mort depuis quelques années, et même dans sa tombe, on a beau tenter de courir après son talent, on ne le rattrape jamais.

« Cul sec ! » est donc un histoire policière contée à la première personne mélangeant, on s’en doute, un certain penchant pour l’alcool, les femmes, l’argot et l’humour.

Cul sec ! :

Sur fond d’enquête policière, menée par le fantasque détective privé Enzo Bartoli, laissez-vous entraîner dans les coulisses de l’enseignement bistrotier. Véritable hommage (parfaitement assumé) à l’inoubliable commissaire San Antonio, « Cul Sec ! » est un hymne à l’hédonisme qui ravira ceux, bien nombreux, qui ont besoin d’une bouffée de liberté dans un monde envahi d’interdits. Parfaitement documenté, il vous étonnera aux détours de références historiques authentiques et bourrées... d’humour !

Forcément, quand on se lance dans une parodie-hommage, on ne peut échapper au risque d’être comparé à celui que l’on veut saluer. Et, quand tel est le cas, on en sort forcément perdant.

Pour éviter cela, il faut alors, non seulement proposer quelque chose en plus, ou de différent, mais, surtout, capter immédiatement le lecteur pour ne pas lui laisser le temps de se lancer dans la comparaison.

Force est de constater que, de ce côté, l’essai est totalement raté. Effectivement, le livre débute par une scène interminable entre un professeur de « bistrologie » déjanté et le fameux Enzo Bartoli. Si cette scène a probablement été écrite pour définir le côté « loufoque » de l’ensemble, elle a pour principal tort de s’étirer ad nauseam au point que, si j’avais déjà eu un autre livre que j’avais hâte de découvrir, j’aurais immédiatement refermé celui-là. Mais comme Enzo Bartoli avait un peu de chance (si tant est que cela soit une chance d’être lu et critiqué par moi, ce dont je suis loin d’être certain), j’avais trop la flemme de chercher ma prochaine lecture pour abandonner celle-là. Aussi, ai-je insisté plus que de raison.

Je ne dirais pas que j’ai eu raison, tant, au final, je n’ai pas été totalement enthousiasmé par cette lecture, mais, au moins, le roman, même s’il a tardé à le faire, à gagner suffisamment en intérêt pour que je termine ma lecture, ce qui est déjà pas mal étant donné le départ catastrophique.

Il faut avouer que l’histoire met un peu trop de temps pour démarrer, l’auteur se lançant dans des discours philosophico-alcooliques qui, pour ne pas être tous inintéressants, sont, au départ, trop nombreux et trop cumulés pour être totalement digestes. Heureusement, les choses s’améliorent quand l’enquête démarre réellement. Cependant, si l’ensemble comporte quelques bonnes idées comme celle d’une école de bistrotiers, la concurrence avec une école du même genre, mais plus élitiste, il n’en demeure pas moins plombé par une histoire trop loufoque ou pas assez maîtrisée et une intrigue bien trop légère pour combler le lecteur de polar que je suis.

Certes, Frédéric Dard se complaisait dans l’argot, l’humour, la truculence, des personnages loufoques, mais ceux qui ne connaissent pas correctement son travail oublient que l’auteur n’en négligeait pas pour autant son intrigue et que si, parfois, il pouvait livrer une enquête un peu faible, la plupart du temps, ses histoires tenaient suffisamment la route pour demeurer intéressantes même si on en retirait la moelle purement sanantonienne.

Ce n’est pas le cas dans « Cul sec ! » dont l’intrigue à elle seule n’offre aucun intérêt ou presque.

Du coup, le lecteur, pour obtenir un certain plaisir, est obligé de se reporter sur autre chose qui ne peut être que le style ou les personnages.

Malheureusement, le premier, s’il n’est pas indigent, n’en est pas pour autant exceptionnel et les seconds sont assez peu intéressants.

Mais alors, que reste-t-il dans tout cela ? Un brin de dérision et d’humour... un passage intéressant sur les jeux de bistrots... et voilà.

Au final, un livre qui souffre principalement de la volonté de l’auteur de proposer une parodie stylistique au détriment d’un véritable scénario et de personnages étoffés, mais dont le style, malheureusement, n’est pas à la hauteur de la volonté de l’auteur.

24 février 2019

Assassinat à l'Aréna

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Dans la famille Gignac, il n’y a pas que Dédé, le footballeur au sombrero de l’amer, mexicano-marseillais, avec l’accent qui chante à l’ombre des mariachis.

Non, il y a également Benoît qui a le double avantage de préférer jouer de la main que du panard, et avec une plume qui est bien moins lourde qu’un ballon. Son second atout est de n’avoir aucun rapport avec l’homonyme précité qui n’est pas de Nîmes, mais de Martigues et qui semble plutôt être hétéro.

Non, Benoît Gignac n’est pas marseillais, pas plus que mexicain, mais Québécois, ce qui rend sa plume exotique pour un lecteur peu habitué à la lecture de romans venant du pays de l’hiver permanent (clichés, quand tu nous tiens).

Cependant, marseillais, l’un de ses personnages l’est, lui, Henri Lugaz, le patron du héros de « Assassinat à l’Aréna », le Sergent-Détective Maurice Leblanc.

Maurice Leblanc a pour particularité de plus s’intéresser à ses boutures et à ses fleurs qu’aux enquêtes, ce qui ne l’empêche pas d’être compétent dans les deux domaines.

« Assassinat à l’Arena » est la 5e enquête du policier à la fleur (il a toujours une fleur à la boutonnière.

Assassinat à l’Aréna :

Mars 1993. Le sergent-détective Leblanc enquête sur une sordide affaire de meurtre commis devant de jeunes joueurs durant un match de hockey. Des entraîneurs jumeaux sont au cœur de cette nouvelle affaire traumatisante qui mènera le policier jardinier jusqu’en Californie.

Difficile pour moi d’avoir un avis tranché sur ce roman tant j’ai été obligé de le lire avec parcimonie du fait que je ne lis, pour le plaisir, qu’au lit et que, me couchant trop tard, ces derniers temps, mes tranches de lecture se trouvaient amoindries. Or, il me faut bien trente minutes de lecture, au moins, pour entrer dans l’histoire et conserver, le lendemain, un souvenir précis de ma lecture de la veille. Là, j’avais rarement la demi-heure à offrir à ma lecture. Du coup, j’eus beaucoup de mal à entrer dans l’histoire.

Pour autant, habituellement, cette mauvaise pratique me fait totalement sortir d’une histoire et me pousse à fermer un livre définitivement en cours de route, ce qui ne fût pas le cas avec celui-ci, ce qui est plutôt un bon signe.

Maurice Leblanc [un pote à Arsène Lupin ?] est sergent détective au Québec et est chargé de l’enquête sur l’assassinat d’un entraîneur de hockey lors d’un match de jeunes. Quand le frère jumeau du défunt, entraîneur également de la même équipe, avoue au policier qu’il pense que le tueur a confondu son frère avec lui et l’a tué à sa place, et qu’il pense qu’il a été envoyé par une personne avec qui il s’est embrouillé au sein de son boulot, le policier se voit contraint de mener une enquête conjointe entre le Québec et les É.-U..

Le roman se lit assez facilement du fait de sa courte taille et également du fait que les expressions québécoises fleurissent assez rarement le récit comme si l’auteur pensait aux lecteurs francophones non québécois.

Pour ce qui est du reste, le scénario est faussement complexe malgré une intrigue de base assez simple. Pour autant, sur une courte taille, l’ensemble tient la route et l’on ne peut que regretter que les personnages ne soient pas un peu mieux cernés que ce soit le policier passionné de fleurs et de sa relation quelque peu ambiguë avec sa partenaire [du moins, suffisamment ambiguë pour que la femme du policier et la fameuse partenaire se posent des questions] ou même de son rapport avec les plantes.

Au final, difficile pour moi d’être plus explicite tant je n’ai pas lu cet ouvrage dans de bonnes conditions, mais, pour autant, il ne m’a pas déplu, ce qui semble vouloir dire que dans de bonnes conditions, il m’aurait bien plu... ou pas !

Le château mystérieux

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Continuons notre progression dans la série des aventures de Thérèse Arnaud, la célèbre espionne française née de la plume de l’énigmatique auteur Pierre Yrondy auquel on doit également la série policière « Marius Pégomas ».

Les deux séries se rapprochent par le format (fascicule 32 pages double colonne/entre 13 et 15 000 mots), un style d’écriture, de l’humour, de l’action, ainsi qu’un personnage central fort, secondé par des personnages secondaires récurrents dont chacun a une fonction propre.

« Le château mystérieux » est le 12ème épisode de la série qui en compte 65.

C’est donc une série d’action et d’espionnage qui se déroule durant la première guerre mondiale en France et qui met en scène une femme espionne et ses hommes de mains. L’auteur mélange quelque peu fiction et histoire puisque le capitaine du 2ème Bureau de sa série se nomme le Capitaine Ladoux, qui est également le nom du réel commandant des services secrets de l’époque et que Thérèse Arnaud semble vaguement inspirée d’une véritable espionne française.

En parallèle, Pierre Yrondy n’hésite pas à mettre en scène des personnages ayant existés, comme l’espionne Mata Hari.

LE CHÂTEAU MYSTÉRIEUX

Première Guerre mondiale !

Le camp d’aviation de Luxeuil est régulièrement bombardé par la flotte ennemie quand l’escadrille française déserte complètement la base pour effectuer des vols à travers la région.

Le commandant Happe, malgré toutes les précautions prises afin que les ordres de mission ne soient divulgués qu’au dernier moment, ne comprend pas comment les espions allemands peuvent en prendre connaissance aussi rapidement.

Devant la répétition des drames, le Capitaine Ladoux du 2e Bureau envoie sur place Thérèse ARNAUD alias C. 25 et son fidèle Friquet qui vont tenter d’infiltrer les alentours en se faisant passer pour des civils en cure…

La base de Luxeuil est la cible de l’aviation allemande à chaque fois que l’ensemble de l’escadrille française est absente pour mission. Pourtant, le commandant prend toutes les précautions pour que les ordres de missions ne fuitent pas et même les aviateurs sont prévenus au dernier moment de leur décollage. Cependant, rien n’y fait, l’aviation allemande est au rendez-vous à chaque fois qu’elle est certaine de ne pas rencontrer de résistance.

Ne sachant plus quoi faire, le commandant de la base fait appel au Capitaine Ladoux dirigeant le 2ème Bureau qui va dépêcher sur place son meilleur homme... qui est une femme : l’Agent C. 25, alias Thérèse Arnaud. Celle-ci va se rendre sur place avec le titi parisien Friquet et tous deux vont se faire passer pour frère et sœur en cure dans les environs afin de pouvoir fureter.

Mais très vite l’un comme l’autre fait choux blanc, aussi, quand le propriétaire du château des Faucogney, qui n’est pas insensible au charme de la jeune femme, lui propose de devenir ses invités, elle et son frère, Thérèse Arnaud voit là un moyen de prendre de la hauteur et de poursuivre ses investigations en dehors de la vallée.

Court roman d’espionnage, donc (à peine plus de 14 000 mots), qui met en avant Thérèse Arnaud (quoi de plus normal, c’est l’héroïne de la série) ainsi que le gamin de Paris Friquet (qui est souvent à l’origine des moments d’humour de par ses réactions et ses réflexions). Le reste de la bande (Malabar, Languille et Marcel) reste très en retrait et chacaun n’aura qu’un rôle très subsidiaire dans la dernière partie de l’histoire.

Thérèse Arnaud est charmante, on le sait depuis longtemps, et c’est une nouvelle fois prouvé puisque même le propriétaire du château des Faucogney ne peut résister à ses charmes et pour se rapprocher d’elle, l’invite à passer quelques jours dans ses murs.

Cela tombe bien, l’espionne et son aide avaient déjà ratiboisés toute la région sans rien trouver. Le château, si mystérieux, se devait donc d’être la source des fuites.

Très vite, sur place, l’espionne se rend compte que, lors de la visite du château, le propriétaire a occulté de montrer quelques pièces. La nuit, avec Friquet, elle décide donc de visiter ces pièces qui se trouvent être très difficile à pénétrer. Mais, une fois sur place, elle découvre un labo et une T.S.F, ce qui ne veut pas dire que le propriétaire est un espion à la solde des allemands, mais le doute est fortement présent.

C’est donc presque un drame en huis clos auquel assiste le lecteur. Drame pas si dramatique puisque les héros s’en sortent toujours bien, mais, du moins, un théâtre des opérations. 

Des choses curieuses se déroulent dans ces murs et dans les sous-sols et Thérèse Arnaud et Friquet vont avoir de quoi faire.

Pas énormément de chose à dire sur cet épisode autre que ce que j’ai déjà dis sur les précédents.

Question histoire, c’est du classique.

Question style, on retrouve l’habitude de l’auteur de passer d’un coup d’une narration au passé à une narration au présent sur quelques phrases, sans doute pour rythmer son récit. Tout comme on retrouve également le fait qu’il assène quelques phrases à coup de verbes à l’infinitif, ou sans verbe conducteur, là aussi pour accélérer de façon factice le récit. 

Là encore, pas de temps mort (le format court à cela de bon) et l’ensemble se lit avec plaisir même si certains épisodes se sont montrés un brin plus drôles et plus diversifiés dans leurs actions et dans leurs décors.

Au final, pas l’épisode le plus hétérogène de la série, mais un épisode qui remplit son office d’offrir un bon moment de lecture en compagnies de personnages que l’on apprécie et que l’on commence à connaître.

Le masque de cire

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Arnould Galopin fut un des piliers de la littérature populaire en général et de la littérature populaire fasciculaire en particulier. Je sais, j’ai souvent l’habitude de vous dire cela à propos d’écrivains dont la plupart d’entre vous n’avaient jamais entendu parlé, mais, si je n’exagérais en rien, pour les autres, je serais tenté de dire que je minimise les faits dans le cas d’Arnould Galopin tant sa production fût immense et abordable pour tous les publics de son époque.

Que ce soit les romans policiers comme « La ténébreuse affaire de Green Park » qui est recensé comme un des premiers pastiches français de Sherlock Holmes (si l’on excepte les participations de Maurice Leblanc et Hector Fleischmann en la matière), les romans de brigands comme « Ténébras », les romans de voleurs comme les aventures d’Edgar Pipe, les nombreuses séries d’aventures mettant en scène de jeunes adolescents et s’étalant sur plusieurs dizaines de titres comme « Un aviateur de 15 ans », « Un poilu de 12 ans »... ou bien les romans d’anticipation comme « Le bacille », Arnould Galopin a noirci plus de pages que la plupart des lecteurs n’en auront jamais lues de leur vie.

« Le petit détective », une série fasciculaire de 83 épisodes est la dernière production de l’auteur et non la moindre.

83 épisodes de 16 grandes pages en double colonne le tout illustré en couverture et à l’intérieur par l’un des grands illustrateurs de son époque : Louis Maitrejean.

1328 pages d’aventures et de suspens. Plus de 800 000 mots (une fois et demi la taille de « Guerre et paix » de Léon Tolstoï, l’équivalent d’un roman de 3000 pages avec une mise en page classique), d’enquêtes et de combats contre le crime entre le célèbre détective Gaston Cervier, son jeune protégé Jean Tixier et les pires criminels que le pays puisse compter.

C’est dire l’ampleur de la série et de ces aventures qui, si elles passionnaient les lecteurs de l’époque a probablement effrayé les éditeurs d’aujourd’hui et qui fait que les aventures de « Le petit détective » n’avaient jamais été rééditées jusqu’à présent.

Mais c’était sans compter sur la passion de l’équipe d’OXYMORON Éditions qui ne rechigne devant aucun labeur quand il s’agit de sortir des pépites littéraires de l’anonymat dans lequel elles étaient malencontreusement tombées, de faire revivre des textes qui le méritent, de proposer aux lecteurs d’aujourd’hui de faire la connaissance avec des auteurs et des personnages d’hier.

Et s’il était un auteur, une série, un personnage littéraire qui méritaient de passionner à nouveau des lecteurs, c’était bien Jean Tixier, « Le petit détective » d’Arnould Galopin.

Mais 800 000 mots, 3000 pages à lire auraient de quoi rebuter les plus assidus lecteurs.

Oui, ce serait le cas si OXYMORON Éditions s’était contenté de rééditer les fascicules tels que. Mais voilà, le but étant tout de même de permettre à un maximum de lecteurs de découvrir la série, le personnage et l’auteur, l’éditeur a eu le bon goût de lire la série et de la découper de façon très naturelle en histoires indépendantes. Car, comme souvent dans ce genre de série éditée, à l’époque, sous les traits d’une seule et même histoire, en fait, les aventures de Jean Tixier regroupent plusieurs enquêtes indépendantes dont la transition se fait bien souvent en plein milieu d’un fascicule, obligeant la lecture de l’ensemble pour pouvoir identifier et séparer les différentes histoires.

« Le Masque de Cire » est donc la seconde enquête à laquelle va participer Jean Tixier après celle de « La bande des As de Carreau ».

Dans cette première aventure, Jean Tixier faisait la connaissance du célèbre détective Gaston Cervier qui le prenait sous son aile. Très vite, le jeune homme démontrait des qualités exceptionnelle pour ce métier et en profitait pour arrêter la bande des As de Carreau qui menaçait sa vie après qu’il ait fait arrêter l’un des membres dans un geste citoyen après avoir été témoin d’un cambriolage.

Désormais, Jean Tixier va confirmer sa prédisposition pour le travail d’enquêteur en se lançant sur les traces des Hommes aux Masques de Cire.

LE MASQUE DE CIRE

Le jeune Jean TIXIER, après avoir épaulé avec brio son patron, le célèbre détective Gaston CERVIER, sur l’affaire de la bande des « As de Carreau », est désormais persuadé qu’il est fait pour ce métier.

Cette vocation va d’ailleurs rapidement être confirmée quand il devra se lancer sur la piste des hommes aux « Masques de Cire », de dangereux bandits qui assassinent et volent des passants au hasard des rencontres…

Marcas, le chef de la bande des As de Carreau s’est échappé. Cervier et Jean vont se lancer sur sa piste et finir par l’arrêter à nouveau, mais, très vite, une autre affaire les appelle : des meurtres odieux sont perpétrés dans la ville afin de voler des passants. Sur la dernière victime, un curieux masque de cire est retrouvé, avec des cotons imbibés de chloroforme à l’intérieur, afin d’endormir, à tout jamais, la personne à qui l’on impose ce masque.

À force de recherches Gaston Cervier est persuadé que le chef de la bande n’est autre que l’ignoble Pessaron, un criminel qu’il cherche à coincer depuis longtemps...

Encore des aventures, encore des enquêtes, et l’on ne s’en lasse pas.

Les pérégrinations de Jean Tixier et Gaston Cervier se dévorent à une vitesse incroyable tant l’ensemble est d’une fluidité machiavélique. Arnould Galopin nous embarque dans ces aventures avec un talent rare en la matière, évitant tout temps mort que le format pourtant très long en apparence pourrait permettre et, plus, semblerait devoir imposer.

Mais il n’en est rien. À aucun moment le lecteur n’a le temps de s’ennuyer, car les deux détectives sont toujours en action et, lorsque, dans de rares moments, Jean Tixier n’est pas sur la piste des bandits, sa relation avec sa mère malade et inquiète et sa jeune sœur enthousiaste offre un petit côté touchant et renforce l’attachement que l’on peut avoir pour ce jeune héros.

Au final, « Le petit détective » est une grande série issue de la plume d’un auteur très prolifique que les lecteurs d’aujourd’hui vont enfin pouvoir redécouvrir.

L'homme au trench-coat

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Poursuivons les aventures de Jean Tixier, le « Petit Détective » de 15 ans et de son mentor, le célèbre détective Gaston Cervier, tous deux nés de la plume du cultissime Arnould Galopin, culte, car auteur d’une production impressionnante qui abreuva la littérature populaire du début du XXe siècle.

Pour en savoir plus sur l’auteur, je vous conseille de consulter les sites qui lui sont consacrés ou bien de lire mes autres chroniques à propos de ses textes.

« Le petit détective » est à l’origine une série-fleuve qui s’étale sur 83 épisodes publiés en grands fascicules de 16 pages, double colonne, illustrés par le génial Louis Maitrejean, en 1934.

Plus qu’une excellente série, c’est aussi et surtout l’ultime de son auteur.

Mais si la série se présente comme une très longue histoire développée sur plus de 800 000 mots, à sa lecture on se rend compte que celle-ci peut se découper en plusieurs histoires de tailles plus digestes, comme une véritable série, donc, ainsi que le démontre la toute récente réédition en numérique effectuée par OXYMORON Éditions.

Jean Tixier, un jeune homme sportif et courageux de 15 ans, après avoir permis, grâce à son courage et son sens de l’observation, l’arrestation d’un cambrioleur et d’avoir été enlevé par les autres membres de la bande, s’être évadé et avoir à nouveau permis l’arrestation de quelques bandits, il est repéré par Gaston Cervier, le célèbre détective qui décide de le prendre sous son aile et de lui apprendre le métier.

L’adolescent va alors démontrer qu’il a toutes les aptitudes pour épauler son mentor au fil d’aventures mouvementées et dangereuses.

L’HOMME AU TRENCH=COAT

Un homme est retrouvé assassiné dans un compartiment du train Paris-Vintimille. Les soupçons se portent sur un individu louche vêtu d’un trench-coat.

Le détective Gaston CERVIER, toujours épaulé par son jeune « secrétaire » Jean TIXIER, se lance sur la piste du suspect, mais l’arrestation ne va pas être aussi simple que prévu…

Dans ce troisième épisode de la série, Jean Tixier et Gaston Cervier vont vivre des aventures trépidantes et risquer plusieurs fois leurs vies.

D’abord à la poursuite d’un meurtrier, un mystérieux homme au trench-coat. Ils vont ensuite être à nouveau confrontés à la bande des « As de Carreau » qui a trouvé un nouveau chef et qui va chercher à se venger. 

De courses-poursuites en guet-apens, de combats en filatures, les deux hommes vont avoir fort affaire avec leurs ennemis qui se révèlent bien plus nombreux et plus déterminés que prévu.

Les coups de feu fusent, les coups de poing également et heureusement, Jean Tixier tait tout cela à sa pauvre mère qui se meurt déjà d’inquiétude pour son fils en le pensant juste assigné à la tâche de secrétaire.

Arnould Galopin passe la quatrième et, s’il ne laissait déjà aucun temps mort à ses héros dans les épisodes précédents, les essouffle dans des aventures échevelées dans lesquelles les risques sont grands tout comme est grand le plaisir de lecture.

Ces aventures se dévorent sans voir le temps passer et offrent un excellent moment aux lecteurs d’aujourd’hui tout comme elles ont dû en offrir aux lecteurs d’hier.

Difficile de comprendre, devant les nombreuses qualités de ces récits, pourquoi cette œuvre n’avait encore jamais été rééditée. Probablement est-ce dû au fait qu’à défaut de s’y être penché suffisamment chacun a cru à un roman à grande échelle impossible à rééditer et qui rebuterait les lecteurs. Ou bien est-ce la tâche incommensurable que représente la réédition de cette œuvre ? Toujours est-il que, découpé naturellement en épisodes indépendants, et le travail de réédition et la lecture, en deviennent non seulement plus accessibles, mais, surtout, excellemment agréables.

Les aventures de Jean Tixier et Gaston Cervier sont en effet un exemple de romans d’aventures policières. Arnould Galopin, que l’on savait de toute façon talentueux, démontre, à travers les textes de la série, qu’il maîtrisait ses personnages, sa narration, son histoire, ses intrigues, le rythme, en plus de mettre en exergue des sentiments positifs comme le courage, la morale, la fidélité, les liens familiaux, l’honnêteté...

Ces enquêtes sont alors trépidantes, non pas par l’intrigue, qui n’est pas le nœud de la série, mais par le rythme qui ne s’essouffle pas, par le manque total de temps morts, parce que l’auteur parvient à délasser sans lasser et que ses personnages répètent leurs actions, sans que cela devienne redondant.

De plus, l’écrivain use d’un fil rouge que tout bon scénariste de séries télévisées policières actuelles ne renierait pas en alternant de nouvelles enquêtes et en faisant de la bande des « As de Carreau » l’ennemi juré du duo qui, même quand on la croit anéantie, renaît de ses cendres et revient hanter les détectives.

Bref, du tout bon, à dévorer.

Au final, quoi dire de plus que : excellent ! Une série à redécouvrir d’urgence.