Loto Édition

05 avril 2020

La bande Keminoff

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Pour certains, les moins aguerris avec le genre, la littérature populaire policière française débute avec les romans d’Émile Gaboriau voire Eugène Sue avec « Les Mystères de Paris », et s’achève avec ceux de Georges Simenon (quoique l’auteur soit extrait de la gangue par son statut devenu culte).

Entre les deux naviguent des auteurs dont le nom des personnages a laissé plus de traces dans les esprits que les leurs propres : Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur qui cache l’écrivain Maurice Leblanc ; Rouletabille prenant vie sous la plume de Gaston Leroux ; Fantomas, le maître du crime masqué qui mobilisa les deux auteurs Marcel Allain et Pierre Souvestre...

Mais les mêmes lecteurs ne savent pas, ou bien ont oublié, l’immensité de la forêt de textes cachée par ces quelques arbres de la littérature populaire.

Peut-être ignorent-ils, d’ailleurs, que cette littérature populaire revêtait différents costumes, et non uniquement celui du roman qui fit entrer les auteurs précités dans la postérité.

Leur mémoire n’a-t-elle point retenu que durant plus d’un demi-siècle, les oripeaux recueillant les proses d’écrivains aussi prolifiques que mystérieux se composaient également de romans-feuilletons dans les journaux ou les magazines, de nouvelles, de contes... mais également et, peut-être, surtout, de fascicules.

Ces fascicules si chers à mon cœur de lecteur à qui je ne cesse de dire combien je les aime.

Dans cet océan de mots, de phrases, de paragraphes, on découvre des histoires, des personnages, qui enchantèrent des générations, des jeunes jusqu’aux moins jeunes, grâce à la production de masse d’auteurs dévoués corps et surtout âmes à cette tâche ingrate consistant à écrire et écrire encore plus pour satisfaire une partie du public tout en étant méprisés par l’autre partie.

Car, il n’existe pas de plus grand mépris que d’ignorer l’autre, son travail, son œuvre, sa vie.

Et c’est la raison pour laquelle, moi, avec mes petits doigts, ma petite tête, je tâche, chaque jour, de faire revivre ces auteurs, ces textes, ces personnages, à travers mes lectures et mes chroniques.

En voilà une belle entrée en matière aussi émouvante et glorieuse qu’inutile, me direz-vous ?

Certes, mais comme tout excès, elle a pour but de cacher une carence.

Celle d’aujourd’hui réside dans la personnalité de Harry Sampson, l’auteur de la série de fascicules de 16 pages, double colonne contenant des récits indépendants de 10 000 mots contant aux lecteurs les aventures de « L’Agence Walton », une agence de détectives new-yorkaise.

Cette série, vous l’aurez compris, est née de la plume de Harry Sampson.

Mais qui est Harry Sampson ? Nul ne le sait désormais (ou si quelqu’un le sait, qu’il se lève ou bien se taise à jamais).

Quoi ? Tout ça pour ça ? Je me plains que les gens ignorent certains auteurs et voilà que, moi-même, je suis dans cette ignorance ? Pas tout à fait puisque si je n’ai aucune bille à fournir sur l’auteur, j’en sais un peu plus sur la série pour l’avoir dévorée, du moins, jusqu’au 4e épisode, « La bande Keminoff », qui nous intéresse aujourd’hui (mais rassurez-vous, je ne tarderai pas à sauter sur la suite).

Pour information, cette série de 8 fascicules a été publiée en 1945 par les éditions Nicea et magnifiquement illustrée par Hugues Ghiglia.

LA BANDE KEMINOFF

Quand le fils du millionnaire J. J. Woolrich est retrouvé mort d’une overdose sur les bords de l’Hudson, le père éploré, criant vengeance et redoutant le scandale, embauche l’Agence WALTON afin de débarrasser la ville d’un caïd de la drogue.

Teddy WALTON et sa fine équipe vont avoir fort à faire puisque la bande qui revend la coco à la jeunesse dorée s’occupe également d’un trafic de machines à sous très lucratif.

Bien décidé à libérer New York du joug de ces gangsters, Teddy WALTON n’hésite pas à utiliser sa méthode favorite, celle frontale, consistant à donner un coup de pied dans la fourmilière en espérant forcer l’énigmatique gros bonnet à se découvrir.

Mais si cette tactique a déjà démontré son efficacité, elle comporte un inconvénient de taille : s’exposer aux représailles d’ennemis nombreux et armés…

Alors que J. J. Woolrich, un millionnaire en vue, donne une immense fête pour l’anniversaire de sa fille Ann, la police débarque pour lui annoncer la mort de son fils, par overdose. Le corps a été découvert sur les rives de l’Hudson.

Fou de rage, l’homme fait appel à l’Agence Walton pour éradiquer la ville des trafiquants responsables de la mort de son enfant. Mais ceux-ci sont également responsables d’un trafic fructueux de machines à sous et le nom du chef est inconnu de tous.

Aussi, Ted Walton, Ben Spirtz et Bill Courant vont tout faire pour s’attirer les foudres du big boss afin de le forcer à se découvrir...

J’évoquai dans un précédent épisode le fait que Harry Sampson s’amusait à parodier le genre « Hard Boiled », ces petits polars américains mettant en scène des détectives ou des policiers durs à cuire.

Pour autant, jusqu’ici, et même si les membres de l’Agence s’en plaignaient, ils n’avaient pas trop à démontrer leur coriacité.

L’auteur remédie à ce regret avec cet épisode puisque Ted, Bill et Ben vont devoir jouer des poings, mais surtout du Colt et essuyer les tirs ennemis, mettant leurs vies en péril afin de remplir leur mission.

Et cette mission ne sera pas de tout repos puisqu’ils ne vont pas devoir se contenter de démanteler la bande et faire fuir le chef de celle-ci.

En plus, cet épisode devient mémorable (oui, j’abuse un peu des mots, je grossis le trait. Certes, il n’y a rien de mémorable, mettons « notable ») puisque c’est l’occasion pour l’imperturbable Ben Spirtz, « L’homme privé de réaction » comme aime à le nommer Babe Gilmore, l’atout charme de l’Agence, de péter les plombs. Et quand Ben Spirtz, l’homme imperturbable, s’émotionne, croyez-moi, que cela barde.

Tout cela, l’histoire, l’intrigue, la « mémoration » est bien entendue est à mesurer en fonction du format court, bien évidemment.

Du coup, plus d’actions, plus de réactions, moins d’humour, mais l’on pardonnera l’auteur tant le récit respecte le genre et offre un moment de lecture très agréable du fait de la plume alerte, de la maîtrise du genre et de la narration linéaire et d’une histoire rocambolesque et intéressante.

Au final, Harry Sampson fait carton plein dans la première moitié de sa série puisque les 4 premiers épisodes de celle-ci s’avèrent de qualités.


Le huitième pendu

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Ceux et celles qui lisent mes chroniques (en espérant qu’il y en ait et que je n’écrive pas dans le vide), ne sont pas savoir que je suis un fervent amateur de littérature populaire.

Les mêmes savent que, dans cette littérature populaire, mon goût ne se dirige que vers le genre policier.

Enfin, ces quelques lecteurs de bon goût n’ignorent pas mon appétence pour les séries fasciculaires.

Aussi, comme en plus d’être doués de qualités de jugement, je les crois également dotés d’une intelligence rare, je suis persuadé qu’en associant les trois informations précédentes, ils en concluront que je suis friand de séries policières fasciculaires de la littérature populaire.

Pourquoi une telle entrée en matière aussi dont la longueur n’a d’égal que la futilité ?

Tout simplement pour compenser le fait que je n’ai rien à dire sur Harry Sampson !

Ah ouais ? Et alors ? Se demanderont les mêmes personnes ?

Quoi ? Vous ignorez qui est Harry Sampson cet auteur de série fasciculaire policière ?

Bin, pour votre gouverne, je dois vous avouer que je suis dans le même cas.

Car, Harry Sampson ne semble connu que pour la paternité d’une série de fascicules 16 pages, double colonne contenant des récits indépendants d’environ 10 000 mots contant les enquêtes de l’Agence Walton, parue à partir de 1945 aux éditions Nicéa et ne comptant que 8 épisodes (même si un 9e avait été annoncé).

Voilà comment en une seule phrase, je vous livre l’intégralité de mes informations sur l’auteur et son œuvre !

« Les enquêtes de l’Agence Walton » est une série de 8 courts romans (10 000 mots) mettant en scène les membres d’une Agence de détectives : Teddy Walton, le chef, jeune, charismatique, intelligent, courageux, charmeur ; Babe Gilmore, la secrétaire belle et sexy amoureuse de son patron ; Bill Courant, la fouine de l’équipe et Ben Spirtz, l’homme imperturbable.

Ainsi décrits, il n’y aurait pas grand-chose à rajouter à cette série puisque vous aurez compris qu’elle singe parfaitement le genre de « roman noir à l’américaine » des années 1940, 1950 dont il est difficile, désormais, de savoir si l’image d’Épinal tient plus, réellement, de la production américaine (Dashiell Hammet, Raymond Chandler) ou bien des auteurs français inspirés ou influencés par leurs homologues d’outre-Atlantique (Léo Malet, par exemple). Ma culture en littérature américaine est bien trop faible pour répondre à cette question.

Mais, bref, passons au titre du jour « Le huitième pendu » du fameux Harry Sampson (indéniablement un pseudonyme derrière lequel se cachait un auteur français), la 3e enquête de l’Agence Walton :

 

LE HUITIÈME PENDU

 

Un meurtre a été commis dans un studio de cinéma.

 

Durant la pause d’un tournage nocturne, le jeune premier est assassiné d’une balle en plein cœur puis est pendu, sur le plateau voisin, à une potence à côté de sept mannequins de cire sur le décor d’un film de vampires.

 

La police, prévenue rapidement, a bouclé le bâtiment et se fait fort de découvrir le responsable.

 

Mais le patron de la Compagnie cinématographique, ayant une confiance limitée dans la rapidité des forces de l’ordre, embauche l’Agence WALTON pour éclaircir le mystère au plus vite et minimiser le scandale.

 

Teddy WALTON ne tarde pas à débarquer sur les lieux avec son équipe afin d’identifier, parmi les acteurs et les ouvriers confinés dans l’édifice, le coupable.

 

Un problème va se poser aux détectives, le comédien était haï d’à peu près tout le monde et les suspects sont aussi nombreux que les mobiles…

Ted Walton est appelé en pleine nuit par le patron de la Compagnie de cinéma « Stella », qu’il a rencontré dans la journée et à qui il a refusé de vendre ses histoires de détectives pour en faire des films.

Mais là, il ne s’agit plus de cinéma, un meurtre a été commis, un vrai, même s’il a eu lieu sur un plateau de tournage.

Le corps a été découvert pendu à l'une des potences du décor d’un film de vampires, en compagnie de 7 autres cadavres, faux, eux.

Comme le meurtre a été rapidement découvert, la police a eu le temps de boucler le bâtiment avec toute l’équipe de tournage dedans. Le meurtrier se trouve probablement dans le lot. Malheureusement, les suspects sont nombreux, la victime, un jeune premier à la grosse tête, au fort ego et au caractère exécrable était détesté de tout le monde...

Harry Sampson nous livre donc un crime dans un studio de cinéma, ce qui n’est pas rare dans le monde de la littérature en général (encore tout récemment on notera « Meurtre en direct » de Batya Gour, « La mort muette » de Volker Kutscher...) ni dans celui de la littérature populaire de l’époque (« Le drame du studio 5 » de René Duchesne ou « Meurtre au studio » de Léon Groc).

L’auteur, qui qu’il soit, se joue du genre, des genres, en multipliant les références à ces mêmes genres.

À partir d’une série parodiant les romans « Hard boiled », terme signifiant « dur à cuire » et désignant les romans noirs à l’américaine, Harry Sampson revisite les autres sous-genres avec une intrigue démarrant en « meurtre en chambre close » avec ce crime commis dans un lieu restreint auquel seules quelques personnes ont pu avoir accès et en terminant son récit sous la forme d’un « whodunit » (signifiant « Qui l’a fait ») si cher à Agatha Christie.

D’ailleurs, l’hommage à Agatha Christie ne s’arrête pas là, car même le rebondissement n’est pas sans s’inspirer d’un célèbre roman de l’écrivain (ne comptez pas sur moi pour dire « écrivaine ») que je ne citerai pas pour ne pas spoiler (ne comptez pas plus sur moi pour utiliser le mot « divulgâcher » même si j’avais pu user du terme « déflorer ») le récit.

Car Harry Sampson, l’écrivain (que ce soit un homme ou une femme qui se cachait sous ce pseudo) maîtrisait à la fois le format et le genre.

Le genre, policier, comme je viens si brillamment de le démontrer.

Le format : récit court de 10 000 mots ou le fascicule de 32 pages (ou 16 pages, double colonne).

Car, je ne cesse de clamer qu’il faut un certain talent pour performer dans ce format si contraignant qui empêche de s’appuyer sur des digressions pour faire avancer les intrigues ou étoffer les personnages.

Il faut savoir être à la fois concis, direct, manier sa narration, son intrigue, sa plume.

Et quand l’auteur parvient à faire tout cela tout en sachant ne pas être trop ambitieux, mais en réussissant pourtant à apporter un petit plus, alors, c’est Byzance.

Et c’est le cas ici, du moins, dans les premiers épisodes de la série que j’ai lus.

Je rajouterai que l’auteur n’hésite pas à user d’un brin d’humour, renforçant le ton de la parodie sans dénaturer le genre original.

Au final, un bon épisode qui démontre que cette série avait bien commencé et on se demande dès lors pourquoi elle n’a pas dépassé les 8 titres...

Miss Bennett mourut à l'aube

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Harry Sampson est un auteur énigmatique de la littérature populaire.

Harry Sampson est à ce point un auteur énigmatique de la littérature populaire qu’il doit probablement s’agir d’un auteur français se cachant derrière un nom américain pour satisfaire le goût des lecteurs pour les auteurs d’outre-Atlantique.

Toujours est-il que Harry Sampson est l’auteur de la série « Les enquêtes de l’Agence Walton », une collection de 8 fascicules de 16 pages, double-colonne contenant des récits indépendants d’environ 10 000 mots et publiés en 1945 aux éditions Nicéa.

On notera deux choses :

1) L’excellence des illustrations de couverture de Hughes Ghiglia.

2) Le fait que la série aurait mérité de durer plus longtemps, mais qu’elle fut, comme beaucoup, soit par manque de succès, décès de l’auteur, ou autre, avortée bien trop tôt.

MRS BENNET MOURUT À L’AUBE

Mr Bennett, un riche industriel, fait appel à l’Agence WALTON pour prouver l’infidélité de sa jeune femme volage.

Teddy WALTON charge les « deux B », Bill Courant et Ben Spirtz, ses fidèles lieutenants, de la filature.

Une nuit, alors que « la cliente » est censée rejoindre son amant, elle se rend, à la place, dans une fumerie d’opium clandestine de Chinatown.

À l’aube, celle-ci sort de l’immeuble, sous le regard des détectives prêts à la suivre de nouveau.

Soudain, des coups de feu éclatent, Mrs Bennett porte les mains à sa poitrine et s’écroule…

Les 2 B, Ben et Bill, de l’Agence Walton, dont le patron est le charismatique Teddy Walton, sont chargés de filer le train à Miss Bennett dont le mari veut des preuves de son infidélité afin d’obtenir le divorce aux torts de son épouse.

Les deux gus suivent la « cliente », la nuit, jusque dans une fumerie d’opium de Chinatown, à New York et la prennent en photo allongée sur une natte en train de comater.

Ils l’attendent, ensuite, à la sortie, pour continuer la filature, mais, au moment où Miss Bennett quitte l’établissement, deux coups de feu retentissent, la femme s’écroule, abattue de deux balles...

Voilà du pain sur la planche pour Teddy Walton et ses hommes. Quand un client vous embauche pour suivre sa femme et que celle-ci se fait buter devant vos yeux, voilà qui ne représente pas une bonne publicité.

Pour autant, si le mari n’a plus besoin des détectives, le solicitor et ami de la victime décide d’embaucher Teddy Walton pour retrouver l’assassin...

Devant la difficulté à se procurer les originaux de cette série parue en 1945 aux éditions Nicéa, je n’avais pu lire, en premier lieu que « L’affaire de la City Bank », le second épisode.

Ayant apprécié cette lecture, j’avais hâte, un jour de pouvoir me plonger dans l’intégralité de cette courte série, activité à laquelle je peux enfin me consacrer aujourd’hui.

Et, pour ce faire, quoi de mieux que de débuter par le premier épisode.

S’il est à noter que cet épisode liminaire ne présente pas plus le contexte et les personnages et, mieux, les propose déjà comme des détectives aguerris et renommés, on ne s’en étonnera nullement.

En effet, dans un format obligeant à une telle concision, il est assez rare qu’un auteur se soit essayé à offrir un réel passé à ses personnages, à conter la mise en place de l’agence, les débuts du ou des détectives...

Il est d’autant plus facile de commencer une série en considérant ses personnages comme déjà ancrés dans le métier que le lecteur est habitué à ce postulat de départ et ne s’en émeut pas (même si, parfois, il apprécierait une certaine mise en place).

Ainsi, l’Agence Walton, dans ce tout premier épisode, est déjà une Agence renommée qui fait de l’ombre à la police et qui attise la curiosité des journalistes.

On ne trouvera rien de très original ni dans la série ni dans les personnages puisqu’ils s’inspirent des romans noirs à l’américaine, mais on leur reconnaîtra un certain charisme et le fait de respecter les codes du genre.

Ainsi, Ted Walton, le boss, charismatique, intelligent, courageux, sûrement beau (ce n’est pas dit ici) n’est pas sans rappeler d’autres personnages comme, par exemple, Georges Garnier, de l’Agence Garnier de J.A. Flanigham ou même Dick Reutel, du même auteur.

Babe Gilmore, la secrétaire vamp.

Bill Courant, la fouine.

Ben Spitz, le gros bras imperturbable.

Mais il est vrai qu’en s’appuyant sur des personnages qui résonnent déjà dans l’esprit des lecteurs, l’auteur a moins besoin de les développer, ce qui lui permet de consacrer son texte à son histoire (sachant que, de toute façon, l’intrigue ne volera pas très haut du fait du peu d’espace qui lui sera consacré).

Et, en ce qui concerne l’intrigue, si l’auteur cherche bien à proposer un rebondissement, celui-ci, malheureusement, fonctionne sur une révélation déjà usitée par le passé et encore plus dans l’avenir, mais que l’on pardonnera ici pour plusieurs raisons.

La première c’est que dans un roman de 10 000 mots (10 800 dans le cas qui nous concerne), on pardonnera une certaine facilité.

Ensuite, parce que la révélation est en partie justifiée par l’auteur.

Avec des personnages plus attachants qu’à l’accoutumée, une intrigue relativement intéressante, il ne manquait plus qu’une plume agréable pour parfaire le tout.

Et, bonne nouvelle, c’est le cas puisque l’auteur qui se cache derrière le pseudonyme de Harry Sampson (car, soyons assuré que c’est un pseudonyme d’un auteur français) propose une plume plutôt sympathique qui, sans faire trop de fioritures, n’hésite pas à se parer d’un léger humour qui ajoute une plus-value.

Au final, une série agréable à suivre à défaut d’être très originale, mais comment peut-on être original dans un format aussi contraignant. 

29 mars 2020

Un corps dans la Tamise

 

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Bill Disley, si vous ne le connaissez pas encore, est le héros d’une série de fascicules policiers de 16 à 128 pages, parus à partir de 1945, tout d’abord mélangés dans des collections plus généralistes (« Murmure d’amour » des Éditions du Moulin Vert puis réédités à partir de 1949 au sein de la collection « Police-Roman » des Éditions Lutèce, en ce qui concerne les fascicules 16 et 32 pages) avant que les mêmes Éditions Lutèce n’offre, au début des années 1950 une collection éponymes aux aventures de Bill Disley sous la forme de nouveaux récits formatés en fascicules de 128 pages puis que les récits plus courts soient à nouveau réédités avec de nouvelles illustrations de couvertures.

En clair, excepté la collection « Les aventures de Bill Disley » qui, pour certaines, sont des réécritures allongées des premiers épisodes, la plupart des autres récits vécurent trois éditions différentes.

Autant vous dire que la série originale « Bill Disley » est un véritable capharnaüm.

Si j’ajoute que l’auteur, J.A. Flanigham, est un écrivain mystérieux. Que sous ce pseudonyme se cache un auteur bien français et bien talentueux (certains disent même « un collectif d’auteur ») dont on ne connaît qu’un autre pseudonyme (Raymond Gauthier) et que ce fameux J.A. Flanigham, en plus des aventures de Bill Disley et quelques romans écrits pour les collections policières des éditions Ferenczi, développa deux autres courtes séries, l’une assez bordélique à lister (« Dick et Betty, aventuriers modernes) et l’autre regroupée au sein d’un magazine qui ne dura que 6 numéros : « Les dessous de l’Agence Garnier)... j’aurai à peu près tout dit de ce que je sais sur l’auteur et sa production.

Pour être totalement exhaustif, “Un corps dans la Tamise” est la 17e aventure éditée de Bill Disley, dont la première parution date de 1946 (collection “Murmure d’amour”), la seconde, en 1950 (collection “Police-Roman”) et la 3e, sous le titre de “Drame in England” en 1957 (toujours dans la collection “Police-Roman”).

 

UN CORPS DANS LA TAMISE

 

Bill DISLEY, le plus célèbre journaliste d’Angleterre, à la recherche d’aventures, se rend dans un bouge crasseux où son regard est attiré par une jeune femme, parfait sosie de l’adulée chanteuse de jazz Kitty Prenty.

 

L’heureux hasard fait que, le lendemain, la véritable artiste lui donne rendez-vous pour lui demander de trouver l’auteur de lettres de menaces qu’elle reçoit chaque matin, sous forme de décompte macabre.

 

Cependant, le compte à rebours fatal s’achève sans qu’il ne soit rien arrivé au rossignol des cabarets.

 

Quelques jours plus tard, Bill DISLEY décide d’assister au grand retour sur scène de Kitty Prenty, mais à l’heure venue de son passage, personne n’apparaît sur les planches…

 

Bill Disley s’ennuie. Il veut de l’aventure. Pour cela, il décide d’amener son amie Dora et son pote Jeff dans une taverne mal famée dans l’espoir d’y trouver quelque chose à se mettre sous la dent. Ce quelque chose se matérialise sous la forme d’un sosie d’une chanteuse de jazz à succès de la capitale.

Chose étrange, le lendemain matin, Bill Disley est appelé par la vedette originale afin de l’aider à découvrir qui lui envoie des lettres de menaces chaque jour, lui lançant un décompte fatal de jour en jour.

Bill Disley met la chanteuse sous la protection de Jeff, mais rien ne se passe, une fois arrivé au terme du décompte.

Quelques jours plus tard, voyant une affiche annonçant le retour sur scène de la chanteuse, Bill Disley, titillé par son 6e sens, décide de se rendre dans le cabaret en question. Mais au moment où la chanteuse aurait dû monter sur scène : personne. Elle semble avoir disparu.

Quand le lendemain, le corps de la chanteuse est repêché dans la Tamise avec une balle dans le corps, Bill Disley est bien décidé à comprendre ce qu’il s’est passé.

Ceux qui lisent mes chroniques régulièrement ne peuvent ignorer que j’adore les récits de J.A. Flanigham, que j’aime son style, notamment son art de l’incise et sa maîtrise du format court et que j’aime tout particulièrement la série des “Bill Disley”, pour ce style, mais également pour les personnages et l’humour toujours présent (notamment dans les dialogues entre Bill et Jeff).

Certes, commençant la série par les formats courts, je sais que je n’y trouverais pas une intrigue digne de ce nom. Que l’ambiance ne pourra être très développée et que les personnages doivent forcément être un brin caricaturaux pour éviter d’avoir à trop les décrire.

Ainsi, Bill Disley est l’image typique du détective des romans “Hard Boiled” à l’américaine (même s’il est un journaliste anglais), personnage beau, jeune, charmeur, intrépide, dur à cuir (d’où le terme “Hard Boiled”) qui aime 4 choses dans la vie : l’alcool, les femmes, les cigarettes et l’aventure (pas forcément dans cet ordre-là).

Jeff, lui, colle à l’image du gros bras un peu bas du front, mais fidèle jusqu’à la mort, courageux et très costaud (c’est un ancien boxeur, ancien pickpocket et toujours un peu malfrat et beaucoup alcoolique).

Les femmes qui papillonnent autour du héros correspondent, elles aussi, aux stéréotypes de la femme dans l’univers du roman noir à l’américaine (que l’on retrouvera également dans les polars français des années 50 - 60) : soit la vamp vénéneuse, soit la femme aimante douce et soumise (potiche, quoi).

Quant aux intrigues, elles sont plutôt prétextes à faire intervenir les personnages, mais sont tout de même très ancrées dans leur époque et donc, pour beaucoup, teintées d’espionnage (ce qui est une nouvelle fois le cas ici).

J.A. Flanigham, quel qu’il soit, avait donc un réel talent d’écriture, une maîtrise des incises et des dialogues qui lui conférait l’art de tenir parfaitement son récit dans des formats courts.

Sans en faire trop, il savait en faire assez pour proposer un style (pas apprécié par tout le monde, apparemment) ce qui lui permettait de se différencier du tout-venant.

Avec ses personnages sympathiques, bien que caricaturaux, l’auteur avait trouvé, également, le bon ingrédient pour produire des récits agréables à lire.

Il ne lui manquait plus, alors, qu’à trouver des intrigues suffisamment intéressantes pour faire carton plein.

Si c’est souvent le cas, même si ces intrigues s’appuient parfois sur des grosses ficelles (là aussi, concision oblige), il faut reconnaître que dans le cas présent, J.A. Flanigham a emmêlé un peu trop de ces grosses ficelles pour totalement convaincre.

Même si j’excuse souvent les auteurs de fascicules de se laisser aller à des simplicités, des raccourcis ou des rebondissements un peu trop usités, il me faut bien, parfois, leur faire la leçon, d’autant que J.A. Flanigham doit totalement s’en moquer pour raison de décès (ou alors, il serait trop gâteux pour comprendre mes griefs).

Je suis donc obligé de divulguer un peu du récit afin de me faire comprendre. Aussi, ceux et celles qui seraient tentés de lire cet ouvrage sont priés de sauter le passage qui suit :

*** Je reproche souvent plusieurs rebondissements aux auteurs de romans policiers : le coup du frère jumeau ou du sosie, soit du côté de la victime, soit du coupable et parfois des deux ; le coup du, c’est le coupable qui embauche le détective pour trouver le coupable pensant que celui-ci se laissera berner alors qu’il choisit le meilleur détective qui soit ; le coup de la chance immense qui fait que le détective tombe avant ou après sur l’élément qui va lui permettre de tout comprendre.

Ici, J.A. Flanigham nous fait un triplé gagnant en réussissant même le coup double sur le coupable qui embauche le détective.

Effectivement, que Bill Disley découvre un sosie de la chanteuse, la veille où ladite chanteuse va lui demander de trouver qui lui envoie des lettres de menaces, voilà qui est un sacré coup de bol (il pourrait jouer à la roulette russe avec un automatique qu’il serait encore capable de gagner).

Que ce soit cette même chanteuse qui s’envoie des lettres de menaces, voilà qui est prendre Bill Disley pour un con en pensant qu’il ne s’en rendra pas compte (et Bill Disley est tout sauf un con).

Quand l’impresario de la chanteuse va embaucher Bill Disley pour retrouver l’assassin de cette chanteuse, alors que c’est lui, l’assassin, cela commence à faire un peu beaucoup.

Et, enfin, quand on découvre (mais le lecteur l’avait déjà compris) que la mort n’était pas la chanteuse, mais son sosie, on a terminé le tour des grosses ficelles indigestes. ***

Mis à part ces quelques éléments que vous avez peut-être sautés, on retrouve Bill Disley fidèle à ses habitudes, la plume usuelle de l’auteur, mais on peut tout de même reprocher la quasi-absence de Jeff, le personnage qui apporte le plus de moments d’humour dans la série.

Reste donc à lire un récit agréable (si on passe à côté des ficelles) à défaut d’être original.

Au final, pas le meilleur épisode de la série, notamment à cause des facilités bien trop grosses de l’intrigue.

Meurtre à Carmen Street

BD-MACS

Décidément, je ne cesserai de m’émerveiller des sensations diverses que peuvent me procurer les récits de la littérature policière.

Car, il faut bien l’avouer, il n’y a pas que les intrigues qui recèlent des mystères, les auteurs, mais également le comportement des lecteurs sont empreints de curiosités et de ténèbres.

Le meilleur exemple, en ce qui me concerne, pour démontrer mon assertion, est la série des « Bill Disley » une (deux, en fait... même plus, avec les rééditions) de fascicules de 16 ou 32 ou 48 ou 128 pages, qui content les aventures d’un détective reporter, le fameux Bill Disley, aventures contées par la plume de J.A. Flanigham.

Le premier mystère de ces textes réside dans l’identité de l’auteur.

Effectivement, nul doute que J.A. Flanigham n’est qu’un nom d’emprunt utilisé pour faire plus « anglo-saxon », coutume à l’époque pour charmer le lecteur avide de récits provenant de chez l’Oncle Sam ou de la perfide Albion.

Qui se cache derrière ce pseudonyme ? Nul ne le sait pour l’heure. Tout juste a-t-on identifié un autre pseudonyme du même auteur : Raymond Gauthier.

Certains pensent qu’il s’agit en fait d’un pseudonyme d’un collectif d’auteur (je ne le crois pas) et que d’autres pseudonymes sont à lui accorder (ce dont je ne suis pas certain également).

La seconde énigme provient dès que l’on cherche à établir une liste exhaustive des aventures de Bill Disley.

Pour cela, pas d’autre moyen que de lire tous les titres écrits de la plume de l’auteur (portant, ou non, mention en couverture du héros) afin de ne pas être trompé par les multiples rééditions chez divers éditeurs ou même les coquilles des éditeurs qui, parfois, annonçait en couverture une série alors qu’il s’agissait d’une autre (notamment entre « Bill Disley » et « Dick et Betty » du même auteur).

La troisième étrangeté, et celle-ci est plus récente, c’est le ressenti des lecteurs face à ces courts récits de Flanigham. 

Je dis « récente », car je ne connais pas l’avis des lecteurs de l’époque (entre 1945 et 1957).

Par contre, je suis bien placé pour voir que les lecteurs d’aujourd’hui boudent les rééditions numériques récentes.

Mieux, on peut constater, à travers certains commentaires sur les librairies virtuelles, qu’une partie des lecteurs ayant tentés l’expérience n’ont pas vu dans ces textes, le même potentiel que j’y ai découvert, n’ont pas été touchés par les qualités que j’y ai trouvé.

Ainsi, face à mon grand enthousiasme, certains lecteurs ne ressentent qu’ennui ou lassitude.

Mais revenons-en au titre du jour.

« Meurtre à Carmen Street » est paru pour la première fois sous le titre « Quatuor macabre » sous la forme d’un fascicule de 16 pages en 1946 dans la collection « Murmure d’amour » des éditions du Moulin Vert, avant d’être réédité en 1949 sous le même titre en 1949 dans la collection « Police-Roman » puis, enfin en 1955 sous le titre « Meurtre à Carmen Street » dans la collection « Police-Roman ».

Bill Disley, journaliste au « Star Express », se lance souvent dans des enquêtes et est secondé par un ancien boxeur pickpocket, le gaillard Jeff et de son ami Martin, inspecteur à Scotland-Yard. 

MEURTRE À CARMEN STREET 

Alors que Bill DISLEY, le célèbre détective-journaliste, attend son amie dans un bar de Carmen Street, un homme quitte la taverne puis s’écroule dans la rue, une balle dans le cœur. 

La Providence ayant placé le reporter sur les lieux, la curiosité de celui-ci en est démultipliée au point de devenir obsession. 

Il ressort deux éléments de la rapide investigation menée par l’inspecteur Martin : le défunt a récemment séjourné en Australie et, avant de mourir, a passé un coup de téléphone depuis le troquet. 

Or, à cette heure, trois appels sont répertoriés dont un à Remy Crody, un industriel qui a fait fortune en Australie… 

Bill Disley attend sa copine Dora dans un troquet de Carmen Street, quand un homme ayant quitté le bar s’écroule dans la rue, une balle en plein cœur.

Bill Disley s’intéresse à cet étrange crime, d’autant que l’apparence moribonde de la victime ne prête pas à un tel meurtre.

L’enquête menée par l’inspecteur Martin démontre que le défunt a passé une partie de sa vie en Australie et a passé un coup de téléphone du bistrot avant de mourir.

Or, trois coups de fil ont été passés de l’établissement à la même heure, dont un à un magnat du minerai ayant fait fortune en Australie. 

Quel plaisir de retrouver Bill Disley après un si long moment d’abstinence !

Dans ce court roman de 10 000 mots, J.A. Flanigham nous propose une intrigue liée à l’immigration australienne, sujet à la mode du fait des multiples vagues d’immigration dans le pays voulues par les dirigeants à la suite de la Seconde Guerre mondiale.

Comme à chaque époque, chaque vague migratoire, la littérature populaire s’en nourrit pour abreuver la soif d’exotisme du lecteur (Indes puis Afrique, Australie...)

Autant le dire immédiatement, cet épisode souffre, par rapport aux meilleurs de la série, de quelques défauts : quasi absence de Jeff, réparties moins cinglantes ou moins drôles, intrigue simple (mais c’est là le lot de tous les récits de cette taille) dont on devine le principal ressort et incises plus faibles (alors que c’est vraiment le grand point fort de la plume de J.A. Flanigham).

Cependant, l’ensemble se lit rapidement et plaisamment, ce qui n’est déjà pas donné à tous les textes de la littérature fasciculaire.

On notera un Bill Disley moins charmeur, probablement du fait qu’il est avec Dora, mais tout aussi attiré par la cigarette et l’alcool, ce qui est le lot de tout bon détective, même reporter, de son époque.

Au final, pas le meilleur épisode de la série, mais le plaisir de retrouver Bill Disley est cependant intact.


Le mystère de la chambre mauve

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« Le mystère de la chambre mauve » est le 18e épisode de la série de fascicules 32 pages, double colonne contenant des récits indépendants d’environ 20 000 mots : « Marc Jordan, exploits surprenants du plus grand détective français », que je nommerai désormais simplement « Marc Jordan ».

Publiée dès 1907, par les éditions Ferenczi, pour surfer sur le succès des récentes traductions ayant débarquées dans l’hexagone des aventures du détective américain Nick Carter (qui gagnait en succès dans son pays depuis près de 20 ans et qui continuera pendant encore près d’un demi-siècle), cette série comporte 62 épisodes dont l’auteur ou les auteurs sont demeurés inconnus à ce jour.

Si « Marc Jordan » se révèle un plaisant clone de Nick Carter naviguant, lui, dans des milieux plus francophones, entourés de fidèles lieutenants aux noms plus français (Fil-en-Quatre, l’Assomoir, Lagingeole, Léonnec, Ferréol, Cœur d’Ours – qui n’a pas duré, le pauvre), c’est avant tout par son statut de première double incursion des éditions Ferenczi dans le monde du fascicule et du genre policier que la série se doit d’être connue et reconnue.

Effectivement, tout amateur de littérature populaire policière ne peut ignorer toute l’importance des éditions Ferenczi dans ce domaine, depuis cette série jusqu’au milieu des années 50, abreuvant les lecteurs assoiffés d’aventures trépidantes de milliers de titres disséminés dans diverses collections.

Des auteurs depuis renommés ont d’ailleurs signé quelques-uns de ces titres comme, par exemple, Georges Simenon, sous divers pseudonymes, ou bien Léo Malet.

Mais revenons au titre du jour.

LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE MAUVE

Le Tout-Paris est en émoi à l’annonce du suicide de la belle et jeune comtesse Dolorès à qui tout semblait sourire.

Pourtant, elle a été retrouvée, pendue, dans sa chambre.

Le verrou de la porte tiré de l’intérieur et bloquant l’accès à la pièce annihile toute hypothèse d’un crime.

Au moment d’enterrer la défunte, son frère surgit et s’oppose à l’inhumation, réclamant une autopsie et accusant l’époux de l’avoir assassinée.

Bien déterminé à prouver ses dires, l’homme fait appel à Marc JORDAN, le célèbre détective. Il lui présente, comme preuve, une lettre de sa sœur l’appelant à son secours et craignant que son mari ne se débarrasse d’elle pour hériter de sa fortune afin d’entretenir sa machiavélique maîtresse…

Une jeune belle et riche comtesse est retrouvée pendue dans sa chambre, chambre fermée de l’intérieur par un verrou.

La justice conclut logiquement au suicide et le permis d’inhumer est accordé au mari, mais, le jour de l’enterrement, le frère de la victime débarque en accusant son beau-frère du meurtre et en réclamant une autopsie.

Pour prouver ses accusations, il fait appel à Marc Jordan qui va devoir découvrir s’il y a bien eu meurtre et comment !

Meurtre ? Suicide ? Telle est la question... telle serait la question si l’auteur ne donnait pas la réponse très vite, trop vite et si, en plus il ne laissait guère de doute sur l’identité du coupable, nous privant ainsi d’un suspense, certes, illusoire, mais sûrement plus agréable que la certitude affichée.

Heureusement, si l’identité du meurtrier (puisque meurtre il y a) est connue, ainsi que le mobile, encore reste-t-il à Marc Jordan, l’extraordinaire détective, à trouver comment le criminel a agi pour perpétrer son meurtre en chambre close.

Et c’est là que peut être l’intérêt du récit avec cette incursion dans un sous-genre du roman policier : le crime en vase clos.

On sait que tous les grands et moins grands écrivains (ou presque) de romans policiers se sont essayés à ce sous-genre particulier. 

Depuis Edgar Poe et son « Double assassinat dans la rue Morgue » on ne compte plus les tentatives, qu’elles proviennent de la part de Conan Doyle (« Le signe des quatre » le premier et non le seul de l’auteur), Edgar Wallace, John Dickson, Car, Agatha Christie, ou encore Gaston Leroux avec le mythique « Le mystère de la chambre jaune » (paru probablement juste avant cette enquête de Marc Jordan).

Mais si, pour les auteurs de romans policiers, le « Meurtre en chambre close » est un incontournable, ceux parodiant les « polars » n’hésitent pas, également, à s’y essayer : Alphonse Allais (même si je ne retrouve pas le titre), Alfred Mortier dans « Le Complice », une enquête de l’Inspecteur Mic, Léon Groc, « Le drame de la chambre noire », une enquête de Stan Kipper...

On pouvait donc espérer que Marc Jordan déploierait toute son ingéniosité pour découvrir la façon dont avait procédé le meurtrier et toute son adresse pour apporter les indices permettant de le faire condamner.

Il n’en sera malheureusement rien puisque, tout comme pour le crime et l’identité du criminel, en ce qui concerne la façon de procéder, l’auteur fait tourner court le système, rendant son détective un peu trop clairvoyant, celui-ci devinant immédiatement le procédé et découvrant presque aussi rapidement les indices...

Il ne reste plus qu’au lecteur à suivre cette enquête sans déplaisir, mais avec un certain détachement puisque se sentant un peu floué sur un contenu prometteur.

Effectivement, le titre évocateur laissant présager d’un crime en vase clos, le lecteur amateur de ce sous-genre pouvait se lécher les babines avant même de débuter sa lecture. 

Pour le coup, il sera déçu. Dommage.

Dommage d’autant que, même sans lire cette enquête sous le prisme du meurtre en vase clos, force est de constater que l’intrigue simpliste n’est pas aidée par une écriture un peu en deçà d’ordinaire.

Je n’oserai pas dire que les autres aventures de Marc Jordan sont suprêmement écrites, mais celle-ci souffre de nombreuses répétitions facilement évitables qui nuisent à la bonne lecture.

Que reste-t-il alors ? 

Bah, comme pour les précédentes enquêtes, à espérer que le comte Cazalès et Pépita la Rouge reviennent très rapidement en France pour relancer l’intérêt de la série, car, décidément, les petits crimes et les petits assassins font les petits épisodes de Marc Jordan.

Au final, un épisode décevant tant par le fait que l’auteur base son intrigue sur un meurtre en vase clos sans profiter de tous les avantages de suspens du genre que par le style un peu faiblard.

L'amour, le mystère et la mort

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Marc Jordan, malgré le quasi-anonymat dans lequel il est tombé depuis sa création, fut le premier détective de la littérature populaire fasciculaire française.

Créée en 1907, la série de fascicules de 32 pages, double colonne contenant des récits indépendants d’environ 20 000 mots, permet aux éditions Ferenczi, de par sa volonté de surfer sur le succès très récent (quelques mois à peine) des traductions de la série américaine « Nick Carter » d’entrer de pleins pieds dans le monde de la littérature populaire fasciculaire policière.

En effet, c’est la première fois que Ferenczi propose des récits policiers ainsi que de la littérature fasciculaire, le double genre qui fera son succès par la suite pendant des décennies durant lesquelles elle publiera des milliers de fascicules policiers pour le plus grand plaisir des lecteurs à travers de nombreuses collections (« Le Roman Policier », « Le Petit Roman Policier », « Mon Roman Policier », « Police et Mystère », « Police »...)

Quant à l’auteur ou les auteurs de la série, ils nous sont inconnus même si certains y voient la plume de l’écrivain Jules de Gastyne. Sur quels indices s’appuient-ils pour émettre cette hypothèse ?...

L’AMOUR, LE MYSTÈRE ET LA MORT

L’Énigme de Seine-et-Oise attise la curiosité de la presse et du public, du fait du statut de la victime, le fils d’un châtelain, ainsi que les circonstances de cette mort mystérieuse : le jeune homme a été retrouvé, au petit matin, dans la campagne, vêtu d’une tenue de valet, la tempe trouée par une balle de fusil…

Pour autant, le célèbre détective Marc JORDAN se désintéresse totalement de cette affaire qui, pour lui, est forcément liée à une intrigue amoureuse.

Mais, quand le père du défunt vient le supplier de trouver l’assassin, afin de soulager sa peine et, surtout, celle de sa femme, Marc JORDAN, devant cette douleur et ce désespoir qui le touchent, finit par accepter d’enquêter…

Au petit matin, dans la campagne de Seine-et-Oise, des gendarmes découvrent le cadavre du fils du châtelain local, vêtu d’habits de valet et la tempe trouée d’une balle de fusil. Pas d’arme à ses côtés, le crime ne fait aucun doute.

Marc Jordan se désintéresse de ce meurtre somme toute banal à ses yeux jusqu’à ce que le père éploré de la victime vienne le supplier de trouver le coupable.

Devant la douleur du père, Marc Jordan accepte d’enquêter...

Les petits crimes font les petites enquêtes de Marc Jordan...

Cet axiome inventé pour l’occasion fonctionne parfaitement avec la série puisque celle-ci, depuis que Marc Jordan n’a plus à combattre le génie du crime qu’est le comte de Cazalès, a nettement perdu de l’intérêt, du moins, a changé un peu de style.

Là où, avant, le rythme et l’action étaient les principaux composants des récits, depuis lors, ils ont été remplacés en partie par un certain sentimentalisme.

Certes, ce sentimentalisme est en accord avec la littérature de l’époque dont la plupart des récits policiers n’échappent pas à cette « sensibilité » voire à ce côté « fleur bleue » qui fait le charme de ces textes.

Mais encore faut-il que cela ne prenne pas le pas sur les points habituellement forts d’une série, ici : rythme et action.

Or, c’est exactement ce qui se produit dans la plupart des épisodes depuis la disparition du Comte Cazaès et de Pépita le Rouge.

Et c’est ici encore accru par le fait que l’intrigue repose entièrement sur ce « sentimentalisme » exacerbé.

Alors, oui, cela apporte quelques moments d’émotions pour ceux qui auraient l’âme romanesque, mais ce n’est pas vraiment ce que l’on cherche quand on se plonge dans un tel récit.

D’autant que l’intrigue est simpliste, résolue par Marc Jordan avant même de s’intéresser à l’affaire, en évoquant l’axiome « Il faut rechercher la femme » et que l’enquête, elle-même, est réduite à sa portion congrue puisque le coupable est apporté à Marc Jordan sur un plateau par un ami policier présent sur place...

On se dirige alors vers une fin larmoyante, débordante d’émotions et de bons sentiments, qui, comme un gâteau trop sucré, fait plaisir à la première bouchée, mais finit par devenir indigeste.

Au final, vivement le retour du comte Cazalès que Marc Jordan ait enfin une affaire digne de lui à s’occuper.

Un chantage infame

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Dans tout art, il existe, à un moment ou un autre, des œuvres charnières.

Dans la littérature populaire policière, l’un de ces pivots est incontestablement la série fasciculaire « Marc Jordan, exploits surprenants du plus grand détective français », un titre un peu long que je résumerai en « Marc Jordan ».

Cette série de 62 fascicules de 32 pages, double-colonne, contenant des récits indépendants d’environ 20 000 mots, a été publiée aux éditions Ferenczi à partir de 1907 soit quelques mois après l’arrivée et le succès dans l’hexagone des traductions d’une série policière, américaine, celle-ci, « Nick Carter », que l’on ne présente plus.

Pour surfer sur ce succès et l’appétence des lecteurs pour ce personnage de détective privilégiant l’action à la réflexion, que l’éditeur se lança dans l’aventure à travers des personnages et des lieux plus français.

L’auteur ? Il est demeuré inconnu bien que certains estiment qu’il s’agirait de l’écrivain Jules de Gastyne.

L’éditeur ? Ferenczi, comme je l’ai déjà dit. Mais c’est là le second point qui fait de cette série, la fameuse « charnière » que j’évoquais.

Effectivement, Ferenczi signe ici sa première incursion dans le genre policier ainsi que dans le monde du fascicule, et quand l’on sait l’importance que les séries policières fasciculaires des éditions Ferenczi prendront par la suite, tant au niveau de la quantité (des milliers de titres) du succès que des écrivains y aillant pris part...

Marc Jordan s’avère donc être le pendant français de Nick Carter et partage avec lui un même format (fascicule 32 pages double-colonne avec le même genre d’illustrations de couverture), un même genre (policier d’actions et d’aventures) et des personnages similaires (un maître détective intelligent, courageux, fort, honnête, droit, qui œuvre pour la justice, aidé par de fidèles lieutenants qui donneraient leur vie pour lui).

« Un chantage infâme » est le 16e épisode de la série.

UN CHANTAGE INFÂME 

Le comte de Trémor est victime d’un affreux chantage. Il a appris par une lettre anonyme que sa femme l’a jadis trompé et que Herbert, son fils qu’il chérit depuis une trentaine d’années est né de cette relation adultérine. S’il ne paye pas une forte somme, les courriers échangés à l’époque entre son épouse et son amant seront exposés sur la place publique. 

Le marquis Herbert de Trémor, attaché d’ambassade, s’apprête à épouser une jeune fille de bonne famille. 

La révélation de ce secret ternirait la vie du comte et davantage encore celle de cet enfant illégitime qu’il aime pourtant plus que tout au monde. 

Le comte de Trémor refusant de céder aux menaces, redoute que la vérité soit dévoilée au grand jour et fait appel au détective Marc JORDAN, le seul capable de l’aider. 

Marc JORDAN, pour le bonheur de ce père et celui de « son » fils, va mettre tout en œuvre pour découvrir l’identité du maître chanteur et entrer en possession de la correspondance incriminante…

Le comte reçoit un triple coup au moral. Non seulement il apprend que sa femme l’a trompé il y a longtemps, mais également que son fils n’est pas son fils, mais celui de l’amant de son épouse. En plus, on lui réclame de l’argent pour ne pas que tout ça soit révélé.

S’il tient à sa réputation et à son honneur, c’est surtout au bonheur de ce fils qui n’est finalement pas le sien, mais qu’il aime profondément, qu’il pense. En effet, ce dernier, doté d’une belle situation, s’apprête à épouser une jeune fille de bonne famille. Et s’il venait à apprendre qu’il est un fils adultérin, cela le détruirait et briserait son futur mariage.

Pourtant, il lui répugne de céder au chantage.

Il fait alors appel à Marc Jordan, le célèbre détective.

Devant la dignité, la douleur, mais également l’amour de ce père envers un fils qui n’est pas le sien, Marc Jordan jure de faire plus que possible pour découvrir le maître chanteur et récupérer les correspondances entre épouse et amant que celui-ci menace de rendre publiques...

Comme je l’ai déjà dit dans les précédents épisodes de la série, Marc Jordan, tout comme Nick Carter, d’ailleurs, n’est jamais aussi performant que lorsqu’il a affaire à un génie du crime.

Ainsi, si les aventures de Nick Carter sont bien plus passionnantes quand il est confronté, par exemple, au terrible Docteur Quartz et à sa pupille Zanoni, celles de Marc Jordan, le sont également plus quand celui-ci est lancé à la poursuite du Comte Cazalès ou de Pépita la Rouge.

Malheureusement, après le 9e épisode, les deux Némésis de Marc Jordan ont disparu, probablement à l’étranger.

Depuis, les épisodes sont moins prenants, moins rythmés, moins passionnants.

Bien sûr, la plupart demeurent agréables à lire, mais on sent bien qu’il manque un petit quelque chose.

En fait, Marc Jordan est comme tout bon lutteur, il lui faut un adversaire à sa taille pour briller.

Et force est de reconnaître que le charisme des ennemis, depuis la fuite du Comte Cazalès, laisse à désirer.

Il faut regretter que ce ne soit pas dans cette nouvelle aventure que Marc Jordan va trouver un combattant à sa hauteur.

Bien sûr, il va une nouvelle fois risquer sa vie, mais la lutte sera uniquement physique et trop courte pour vraiment passionner le lecteur.

N’ayant pas beaucoup d’action à se mettre sous la dent, le personnage principal va devoir se contenter d’émotions. L’émotion de ce père qui apprend que le fils qu’il adore n’est pas de lui. L’émotion d’un fils aimant son père et s’apprêtant à épouser la femme qu’il aime. Sa propre émotion devant celles des autres... et même l’émotion du vrai père du fils du faux père... c’est dire.

Et si l’émotion des personnages parvient à perler jusqu’au lecteur, cela ne suffit pas à remplir la mission que tout épisode de « Marc Jordan » doit remplir : action, rythme, dangers...

D’autant qu’avec le rythme un peu en berne, le lecteur a tout le temps de s’épancher sur la plume et, alors, de constater que celle-ci ne brille pas par son génie. C’est un peu le souci de ce genre de récit où l’action, les réactions et les retournements de situation sont privilégiés aux qualités purement littéraires : quand on est moins pris par le texte on n’a pas grand-chose à quoi se raccrocher.

Pour autant l’épisode n’est pas désagréable à lire, mais j’espère vraiment que le comte Cazalès ne va pas tarder à faire son retour en France, pour le plus grand bien de la série.

Au final, un épisode qui pèche par un manque d’action et de rythme mal compensés par une recrudescence d’émotions.

25 mars 2020

Avé Czur, scanituri te salutant

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Quand vous êtes passionné de littérature populaire et que vous ne lisez plus que sur liseuse numérique ou bien si vous êtes éditeur et que vous rééditez des livres de la littérature populaire, vous passez obligatoirement, à un moment ou un autre, par une tâche obligatoire : scannez les livres.

Quiconque s’est déjà essayé à scanner des livres de la littérature populaire saura que vous pouvez être confrontés à quatre genres d’ouvrages :

1) Des petits fascicules de 32 pages, de taille petite à moyenne, agrafés sur la tranche.

Ce genre d’ouvrage, du fait de l’agrafage à la tranche, s’ouvre facilement. Ce format, de plus, est guère et épais (contrairement à « Guerre et Paix ») et se scanne plutôt facilement avec un traditionnel scanner à plat.

2) Des fascicules de 64 pages ou 96 pages, de taille moyenne, agrafés à travers la marge.

Ce genre d’ouvrage ne peut s’ouvrir à plat du fait de l’agrafe. Pis, quand on tente de l’aplatir avec le capot du scanneur à plat, les pages gondolent, ce qui produit des scans de mauvaise qualité puisque dès que la page n’est pas collée à la vitre, cela produit des flous qui empêchent les logiciels de reconnaissance de caractères (OCR) de bien faire leur travail.

Seule solution, alors, retirer l’agrafe afin de séparer les cahiers et de les scanner un à un.

Cette solution produit des scans plutôt bons, mais oblige à des manipulations supplémentaires allongeant la durée de la tâche, d’autant que les pages ne sont plus scannées dans l’ordre, à moins de reformer l’ouvrage, sans l’agrafe.

Mais le plus problématique est qu’avec des ouvrages de cet âge, l’agrafe est souvent rouillée et fragile, érodée par le temps, et le simple fait de la défaire suffit à la détruire. Du coup, impossible, par la suite, de reformer l’ouvrage à l’identique ce qui, pour un collectionneur ou pour une personne désireuse de revendre l’ouvrage par la suite est un grand problème.

3) Des romans aux cahiers collés.

Impossible à ouvrir à plat, cela implique que les scans produiront des ombres à la marge, ombre recouvrant parfois le bord du texte, rendant impossible la reconnaissance de caractères à ces endroits.

De plus, du fait que les pages ne seront pas aplaties, la distorsion des lignes à la marge compliquera déjà la reconnaissance de caractères.

4) Des romans aux cahiers cousus.

C’est le cas, par exemple, des premiers ouvrages de la collection « Le Masque ».

Ces ouvrages s’ouvrent parfaitement et les pages peuvent être mises à plat sur la vitre d’un scanneur classique.

Le seul souci demeure alors la différence d’épaisseur d’un côté et de l’autre de l’ouvrage ouvert à plat (selon si l’on scanne le début ou la fin du livre) ce qui rend plus difficile de maintenir les pages bien à plat.

Le principal souci devient alors le temps nécessaire à scanner un ouvrage de plusieurs centaines de pages : ouvrir le capot du scanneur, ouvrir l’ouvrage, placer l’ouvrage contre la vitre, refermer le capot du scanneur, appuyer sur le bouton pour lancer le scan, attendre le double passage des capteurs, ouvrir le capot du scanneur, reprendre le livre, le retourner, tourner la page, retourner le livre, le placer contre la vitre, fermer le capot du scanneur, appuyer sur le bouton pour lancer le scan, attendre le double passage des capteurs...

Vous comprendez alors que dans des conditions idéales (des ouvrages en bon état), scanner des fascicules 32 pages ou des romans aux cahiers cousus, produit des résultats de bonne qualité permettant de travailler correctement les textes par la suite.

Le seul souci réside dans le temps nécessaire à la manœuvre, un temps et une répétition de mouvements qui sont rébarbatifs et empêchent de scanner de nombreux ouvrages à la suite.

Pour les deux autres styles d’ouvrages, la répétition de mouvements est toujours présente, et le temps s’allonge du fait de chercher à aplatir au mieux les ouvrages pour assurer le meilleur scan possible.

Malheureusement, les scans obtenus sont bien souvent de piètres qualités ce qui rend la reconnaissance de caractères très difficiles et oblige, lors de cette phase, à retaper à la main toutes les parties du texte qui ne sont pas reconnues par le logiciel.

Ce travail supplémentaire, outre être chronophage, empêche de prendre du plaisir au travail du texte et à profiter pleinement de la lecture nécessaire à la correction des coquilles d’OCRisation.

Si vous rajoutez à ces soucis que, bien souvent, vous avez affaire à des ouvrages en mauvais état, des pages gondolées par le temps, l’humidité, froissées... vous vous trouvez alors face à un travail dantesque pour convertir l’ouvrage papier en ouvrage numérique.

Heureusement, Czur est né.

Czur est un scanneur destiné à la numérisation d’ouvrages et de documents.

Je vous parlerai ici du produit en ma possession, le Czur 16 plus (18, même, maintenant, pour une version en 18 Mpixels fonctionnant en Wifi).

Czur est une entreprise chinoise fondée en 2013 axée sur les solutions de numérisation et d’archivage de documents.

Fin 2017, l’entreprise annonce la sortie d’un nouveau modèle de scanner : le Czur 16 plus.

Le système consiste en une caméra 16 MPixels positionnée en haut d’un support vertical et suspendue au-dessus d’un tapis. Des éclairages par le dessus et par le côté permettent de mettre en lumière le texte à scanner et d’éviter ainsi les zones d’ombres.

Pour faciliter le travail de numérisation, le Czur 16 plus est fourni avec, en plus d’un tapis noir pour y déposer le texte et servir de « fond noir » à l’ouvrage à scanner, d’une pédale permettant de déclencher le scan avec le pied, d’un bouton filaire, pour faire la même chose avec la main, de deux doigtiers pour maintenir le livre bien ouvert et d’un logiciel permettant de gérer le tout et de vous proposer plusieurs modes de scannage.

Car, Czur 16 plus n’est pas que matériel, il est aussi logiciel.

Grâce à cet ensemble d’outils, je peux donc désormais scanner rapidement et facilement tous les genres de textes, du petit fascicule de quelques pages jusqu’au gros recueil qui m’était impossible à scanner avec un scanneur à plat du fait de sa taille et de l’impossibilité de poser bien à plat le texte à scanner.

Mais, en plus, la partie logiciel offre de multiples atouts.

Vous pouvez, grâce à lui, scanner un ouvrage ouvert et attendre du logiciel qu’il détecte le document, sépare les deux pages en vis à vis et, qu’en plus, il redresse les lignes de textes courbées vers la gouttière.

Si cette option est fort pratique, elle nécessite du temps et un bon éclairage naturel pour permettre au logiciel de fonctionner aux mieux. Avec l’expérience, on se rendra compte qu’on peut faire quasi aussi bien, mais beaucoup plus rapidement.

Car, grâce au logiciel, on peut multiplier les zones de scans en une seule prise.

Effectivement, grâce à la souris, vous pouvez définir plusieurs cadres qui correspondront aux prises de vues que vous voulez.

Ainsi, non seulement vous n’êtes pas obligé de « photographier » tout le document, mais vous pouvez en prendre des prises de plusieurs morceaux de ce document à la fois.

Du coup, pour obtenir le même résultat que précédemment (une séparation automatique des pages en vis-à-vis) il vous suffira de créer deux cadres, le premier au-dessus de la page de gauche, le second, sur celle de droite, en faisant bien en sorte que les deux cadres se chevauchement légèrement sur la gouttière afin d’éviter les problèmes avec certains ouvrages.

De cette façon, sans temps de traitement, ou presque, vous avez vos deux pages de séparées, sans avoir besoin d’un bon éclairage, là où, précédemment, il vous fallait quelques secondes et une bonne lumière.

Une seconde ou deux de gagnée, ce n’est pas grand-chose, mais quand vous vous rendrez compte que vous pouvez scanner très rapidement, avec la seconde solution, des documents de plusieurs centaines de pages, vous constaterez que, au final, le gain de temps peut être énorme.

Car, un des grands atouts de Czur est sa pédale (j’avoue que je n’utilise même pas le bouton filaire).

Avec cette pédale, d’une pression du pied, vous déclenchez le scan, ce qui vous laisse les deux mains libres pour tourner la page et maintenir le livre.

Le temps d’appuyer avec le pied, vous voyez apparaître sur votre document trois lignes rouges émanant du capteur, signe qu’il a pris la photo, vous pouvez ainsi tourner la page et appuyer de nouveau.

Avec une telle rapidité d’exécution, scanner un roman devient un jeu d’enfants.

Ajoutez à la panoplie des options la possibilité de scanner en noir et blanc ou en couleur, d’effacer une page, de transférer les documents scannés en autant d’images que de pages scannées ou bien en un seul pdf... qu’en plus, un logiciel OCR est fourni, vous permettant de transformer immédiatement votre document papier en un fichier texte (avec quelques erreurs d’OCRisation, tout de même), voilà qui rend l’ensemble assez complet.

Au final, après plus d’un an d’utilisation, scanner des livres est quasiment devenu un plaisir là où c’était, avec un scanneur à plat, une contrainte. 

De plus, j’ai pu scanner avec Czur des ouvrages que je ne pouvais pas scanner avant, et ce, en un temps record.

Ajoutez à cela qu’il est livré avec une belle boîte de rangement (grosse boîte, il s’agit tout de même d’un matériel imposant même si, au final, la boîte n’est guère plus grande qu’un scanneur à plat) dans laquelle le matériel est bien protégé et Czur n’aura désormais, pour vous, plus qu’un défaut, son prix, plus de 400 euros même s’il est trouvable, en période de soldes vers les 350 euros. 

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22 mars 2020

Les bandits du rail

CouvLBDR

Georges Spitzmuller né en 1866 et mort en 1926 fut un écrivain, journaliste et dramaturge.

Bien que sa carrière littéraire débuta à la fin du XIXe siècle par l’écriture de romans, c’est après la Première Guerre mondiale que sa carrière bascula dans la littérature populaire.

Se confrontant aux genres à la mode à l’époque (sentimental, aventures, policier, cape et épée), Georges Spitzmuller signa de nombreux titres pour les collections des éditions Tallandier, Rouff et Ferenczi, entre autres.

Georges Spitzmuller produisit également 24 romans patriotiques pour la collection « Patrie » des éditions Rouff.

Plusieurs de ses récits destinés aux journaux ont été édités en romans après sa mort.

Dans sa production policière, on notera deux titres assez énigmatiques pour les éditions Ferenczi (« Kaï Nix » et « Dzeu Roum ») ainsi qu’une série fasciculaire très difficile à se procurer et sur laquelle on ne savait pas grand-chose : « Les bandits du rail ». 

« Les bandits du rail » semble être, à l’origine, une série fasciculaire de 24 titres de 12 pages (environ 7000 mots par fascicule) parus aux éditions « Renaissance du livre » vers 1920.

Si je demeure assez vague sur un texte sur lequel pourtant j’écris une chronique, donc que j’ai lu, c’est pour la simple et bonne raison que le texte en ma possession est un recueil éditeur de la série, sans date et sans couverture. Mais les publicités au dos de l’ouvrage, selon certains, indiqueraient, du moins pour le recueil, que la date de parution correspond à 1921.

Les bandits du rail : 

 

La duchesse Charlotte-Adélaïde de Maubois, qui va se marier aux Indes, a pris place dans le rapide de Marseille. Elle emporte de merveilleux bijoux sur le sort desquels veille le policier Mirabel.

 

Ce dernier, après avoir causé au moment du départ avec un riche américain, Harry Gedworth, remarque dans le wagon un individu qu’il croit reconnaître ; mais il ne peut préciser ses souvenirs.

 

L’inconnu suspect s’est retiré de très bonne heure dans son compartiment. Le policier attend vainement son retour : lorsqu’il rentre enfin dans le sleeping, l’homme a disparu.

« Les bandits du rail » nous conte donc les aventures du policier Luc Mirabel, mais pas que, qui, embauché pour protéger une jeune duchesse lors de son voyage vers les Indes où elle doit épouser un riche Radjah rencontré à Londres, se retrouve aux prises avec des bandits ayant dévalisé le train dans lequel il se trouvait, subtilisant les bijoux de la duchesse et assassinant un opulent américain.

La bataille du rail et duraille, ne va pas se contenter du train comme théâtre, et va se poursuivre très rapidement dans la nature et dans les villes, et ce durant 24 fascicules formant des parties assez disparates.

C’est ainsi sur 12 fois 15 000 mots (180 000 mots, donc) que va s’étendre la quête du détective.

On ne doute pas que cela lui sera suffisant pour vivre moult aventures, comme il en était de coutume avec des séries du genre.

Car, indéniablement, le genre se tourne plus vers l’aventure que vers le policier, mais c’est le lot à la fois des textes courts de l’époque (fascicules 32 ou 64 pages) ainsi que des longues séries du début du XXe siècle (« Martin Numa », « Le petit détective »...)

Sur l’ensemble du texte, le premier fascicule met en place la situation de départ :

Charlotte-Adélaïde de Maubois, duchesse trentenaire et jeune veuve, rencontre, à Londres, chez sa cousine, un riche radjah indien. C’est un coup de foudre réciproque entre les deux personnes et, le radjah devant retourner dans son pays du fait de sa fonction, il demande à la duchesse de le rejoindre afin de l’épouser avec tout le faste inhérent à son statut et à sa culture.

Pour ce faire, la duchesse décide de prendre le train jusqu’à Marseille avant de s’embarquer jusqu’aux Indes. Mais, comme le Radjah lui a offert de nombreux et précieux bijoux, et que la presse en a fait ses gorges chaudes, de peur de se faire attaquer par des bandits, elle s’alloue les services de Luc Mirabel, un détective consciencieux et expérimenté.

Dans le train, alors que Luc Mirabel est grimé, son attention est attirée par un jeune homme dont l’allure lui rappelle quelqu’un sans qu’il parvienne à savoir qui. 

Intrigué, il décide de pénétrer dans le compartiment de celui-ci, en faisant semblant de s’être trompé, en espérant entendre la voix du type et ainsi avoir un indice supplémentaire pour titiller sa mémoire. Mais, le compartiment dans lequel s’est enfermé le jeune homme se révèle vide.

Luc Mirabel retourne alors dans son wagon et commence à s’assoupir quand un étrange individu pénètre dans le compartiment...

Ce premier épisode prend son temps pour placer l’intrigue, les personnages (du moins, certains), les enjeux.

Les choses sérieuses vont, elles, débuter dans le second fascicule, quand les bandits vont entrer en action. De ce fait, le rythme va alors s’accélérer et prendre les allures du roman policier d’aventures auquel on s’attendait alors qu’avant, l’auteur trempait plutôt sa plume dans le genre sentimental.

Avec l’arrivée des fameux bandits du rail, l’action démarre réellement, et, au vu de ce second épisode, on prend conscience que l’on va avoir affaire à une aventure mouvementée et rocambolesque dans laquelle le gentil détective intelligent, courageux et chanceux va faire la chasse aux méchants bandits, dont le chef est probablement intelligent également.

C’est dire que dans le thème, on se rapproche de plusieurs aventures du même genre que ce soit celles de Nick Carter, outre-Atlantique, ou Marc Jordan, en ce qui concerne l’hexagone.

Mais le genre est également à rapprocher de ce qui se fera par la suite, comme « Le petit détective » d’Arnould Galopin.

Si l’attrait principal de ce genre de littérature ne réside pas dans le style de l’auteur, mais plutôt dans le rythme du récit voire dans le dépaysement ou les moyens techniques et modernes déployés (en fonction des séries), Georges Spitzmuller s’avère pourtant plutôt à l’aise dans sa démarche, que ce soit dans la première partie totalement sentimentale (heureusement, pour moi, très courte) que dans la suite, bien plus aventureuse et policière.

Il sait prendre son temps, sans pour autant lasser, puis accélérer les choses et user des ficelles inhérentes au genre auquel il se confronte.

Mais comme l’auteur sait aussi tenir la distance, il multiplie les aventures dans l’Aventure, en mettant en lumière des personnages subalternes qui, l’espace d’un temps, vont voler la vedette à Mirabel.

Il en est ainsi d’un employé des Wagons-Lits qui, passionné par les romans policiers, désireux de devenir détective et ayant trouvé un indice substantiel sur les lieux du crime, va finir par proposer ses services à la Duchesse et à Luc Mirabel.

Ce dernier va très vite prendre le béjaune sous son aile et l’utiliser comme homme de main.

Cette passation de pouvoir, plus ou moins longue, permet à l’auteur de faire durer l’histoire sans lasser puisque chaque personnage a sa fonction, sa particularité, sa façon d’agir et de réagir.

D’ailleurs, pour embrouiller l’histoire ou pour la faire durer plus longtemps, Georges Spitzmuller n’hésite pas à multiplier les personnages et les sous-intrigues sans pour autant lasser ou perdre le lecteur ce qui était pourtant un grand risque.

Car, si la plupart des romans policiers se cantonnent à développer quelques personnages : le héros, ses deux ou trois lieutenants, le grand méchant, un ou deux comparses plus importants... il est assez rare qu’autant de protagonistes soient ainsi mis en avant (il est vrai que la longueur du texte explique et permet un tel choix).

Ainsi, en plus de Luc Mirabel, le héros, le détective sans peur et sans reproche, la comtesse de Maubois, sa riche et jeune cliente, le lecteur pourra également s’intéresser à Martin Major, un employé de la Compagnie des Wagon-Lits qui, désireux de devenir détective, profite d’avoir trouvé un indice important dans le compartiment du crime pour proposer ses services à la comtesse puis à Luc Mirabel ; Estelle Servais, la femme de chambre de la comtesse qui va se retrouver au centre d’une intrigue ; Yvonne, la jeune fille du fourgue des bijoux de la comtesse ; Thomas, le fameux fourgue ; Bébert et Carbon, deux hommes de main du chef des bandits ; Sophronyme, le terrible Docteur Noir, un être aussi vil, machiavélique que dangereux ; Simone, sa pauvre et naïve maîtresse ; Escamillo et Pastora, comte et comtesse mais surtout bandits ; Pharog, leur dangereux homme de main ; Mme Fernande ; Mécisclas Jarrier ; Jacques Leverdier, commis du fourgue ; Maître Doronthal, un avocat véreux ; l’inspecteur Beaudouin, ami de Luc Mirabel ; Mme Valérie, la manucure ; Gouvieux, détective aidant Luc Mirabel... et bien d’autres encore.

Et c’est la force de Georges Spitzmuller de parvenir de faire intervenir chaque personnage à son tour ou en même temps sans jamais s’embrouiller (ou presque), mais surtout sans embrouiller le lecteur.

Car l’auteur maîtrise parfaitement sa plume, son histoire et sa narration, rendant l’ensemble fluide et digeste.

Et le lecteur est pris par le jeu, les enjeux et, surtout, par l’histoire, au point de passer outres certaines grosses ficelles qu’utilisent encore les auteurs d’aujourd’hui comme la chance du héros de toujours s’en sortir et le hasard qui lui permet toujours de trouver le bon chemin, le bon indice, le bon témoin.

Mais il faut en plus reconnaître à Georges Spitzmuller, qu’il ne se contente pas juste de tirer, d’étirer, son histoire, de la conter dans le simple but de noirci des pages...

Non, l’auteur nous offre en plus de bons, vrais, moments de littérature avec des descriptions de lieux ou de personnages soignés, ce qui est suffisamment rare dans ce genre de textes pour le signaler.

Et l’aventure se poursuit sur 22 fascicules, près de 170 000 mots pour terminer comme elle a débuté dans une envolée sentimentale.

Entre temps, Georges Spitzmuller aura permis à ses héros de résoudre l’affaire, d’arrêter les méchants, mais, comme bien souvent à l’époque dans ce genre de longs textes (mais également encore, dans des romans pavés), l’auteur aura omis de répondre à toutes les questions que le lecteur a pu se poser en cours de route. Dommage, même si voilà un petit péché qui ne remettra pas en cause la qualité de l’ensemble.

Au final, un long roman, longue série, long feuilleton, au choix, parfaitement maîtrisé par un auteur pas assez estimé et reconnu et qui offre une lecture très agréable et haletante comme on n’en fait plus de nos jours.

Les enquêtes de Mélanie - T1 - Les mystères de Levens

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Dans ma quête de récits policiers en tous genres, je ne pensais pas, un jour, m’arrêter et, surtout, terminer un ouvrage de ce genre.

Je parle d’ouvrage et non de roman, car il s’agit ici d’un premier recueil (il y en a trois, je crois) de courtes enquêtes dont la lecture prend environ une demi-heure.

Les enquêtes de Mélanie nous content donc, dans le cas de ce premier tome, 6 courtes enquêtes de Mélanie Planchet, une gentille septuagénaire catholique quittant sa Normandie natale pour aller dans le midi, dans une maison de retraite tenue par les bonnes sœurs, afin de se rapprocher de son fils.

Je ne vous dirai pas beaucoup de choses sur l’auteur, Françoise Casas, qui n’a même pas sa page Wikipédia alors qu’elle semble avoir écrit plusieurs romans, dont le premier publié chez Tallandier, un éditeur expérimenté.

Cette dame est morte en 2012 à 80 ans, laissant derrière elle quelques écrits assez difficiles à trouver.

Les enquêtes de Mélanie – T1 – Les mystères de Levens :

Une maison de retraite tenue par des sœurs, des pensionnaires tout ce qu’il y a de plus normal... et une nouvelle arrivante, du nom de Mélanie Planchet...

Qui a dit que rien ne pouvait se passer dans me maison de retraite ? Ce petit microcosme connaît lui aussi des imprévus, et Mélanie, qui craignait de s’ennuyer, va pouvoir agir, avec son énergie, sa perspicacité et sa jeunesse d’esprit... Car il se passe des choses étranges à Levens...

Mélanie Planchet, jeune retraitée septuagénaire, va jouer les détectives, une enjouée et sagace Miss Marple à la sauce normande, dans une région méridionale qu’elle va apprendre à aimer. Rien ne lui échappe, et l’on va bientôt avoir recours à elle pour retrouver un enfant disparu, arrêter un voleur de bijoux, mais surtout, redonner la paix à ce petit monde de retraités qui ont tous, ou presque, besoin des lumières, de la mémoire et de la jugeote de Madame Planchet.

Six épisodes, six enquêtes rudement menées par une pensionnaire de maison de retraite qui refuse de se laisser aller à la morosité et à la nonchalance. De façon vive, avec de l’humour, de la sagacité, Mélanie mène ses enquêtes avec tact, discrétion, pour le bonheur de son entourage...

Mélanie Planchet, une gentille et croyante septuagénaire, quitte sa Normandie pour aller dans une maison de retraite dans le midi afin de se rapprocher de son fils.

Là, elle va, par volonté d’aider son prochain, d’abord, par goût de l’enquête, ensuite, se lancer dans quelques menues investigations afin de rendre service aux pensionnaires de la maison de retraite.

Le lecteur suivra donc 6 courtes enquêtes dans lesquelles Mélanie va résoudre de petits mystères, grâce à sa mémoire et son sens de l’observation.

Pourquoi Madame Joubert a perdu son sourire ?

Où est passé Jean-Baptiste ?

Pourquoi des objets disparaissent dans la maison du frère de la pensionnaire aveugle ?

Le nouveau pensionnaire est-il un mythomane ?

Qui envoie des lettres à la belle-sœur du fils de Madame Planchet ?

Où est passée la boîte de l’ancien pensionnaire ?

Voici donc 6 petites questions auxquelles la gentille vieille dame va trouver la réponse assez facilement.

Que dire sur le contenu de ce recueil ?

Je pourrai me contenter d’étaler des adjectifs du genre « petit », « gentillet », « mignon ».

Car, oui, l’ensemble est gentillet, que ce soit les personnages, les intrigues, les investigations...

Amoureux des scènes gores et des dialogues crus, passez votre chemin, vous ne trouverez pas ici de quoi satisfaire vos attentes.

D’ailleurs, moi-même, qui apprécie beaucoup la littérature populaire du début du XXe siècle, qui n’est pas réputée pour son côté vulgaire, sanglant, violent... j’aurai pu être assez déçu de ces histoires... et pourtant.

Évidemment, je ne dirai pas que j’ai adoré ma lecture, qu’elle m’a enthousiasmé, mais je ne dirai pas plus que j’ai détesté (la preuve, j’ai n’ai pas abandonné ma lecture en cours de route contrairement aux nombreux romans récents qui ont fini par m’échapper des mains et il n’est pas dit que je ne me lance par un jour dans la lecture du second tome).

Il faut dire que ce recueil comporte quelques points positifs : il est court, et ses histoires se lisent en à peu près 30 minutes, ce qui est le temps que je peux consacrer à ma lecture ces derniers temps, juste avant de m’endormir, que les textes ne sont pas trop mal écrits et que les histoires sont empreintes d’un certain humanisme.

Pas besoin de se prendre la tête, donc, et si l’héroïne peut, quelque peu, agacer un athéiste convaincu comme je le suis, de par son côté cul-bénit, ce n’est en rien rédhibitoire et largement compensé par les points positifs énumérés au-dessus.

Pour finir, question style, passé les quelques répétitions (voulues ou non) qui ont tendance à retenir mon attention, il faut bien avouer que je n’ai rien trouvé d’autre à reprocher alors que j’étais pourtant parti sur un léger a priori négatif, redoutant de m’ennuyer du fait d’aventures polissées.

Au final, un recueil de petites enquêtes gentillettes, mignonettes, à déguster avec parcimonie.

Les bruines de Lanester

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Ceux qui lisent régulièrement mes chroniques (qui ne sont pas assez nombreux, je tiens à le signaler) ne sont pas sans savoir que je n’aime lire que du roman policier de langue française (avec quelques rares exceptions dont la principale est dédiée à Conan Doyle et son Sherlock Holmes) et que j’apprécie tout particulièrement les personnages récurrents.

De plus, je goûte assez peu les pavés, étant toujours impatient de connaître la fin d’un roman.

Il semblait alors tout naturel que je me sois déjà penché sur la série « Mary Lester » de Jean Failler.

Eh oui, mais le naturel et moi...

Aussi, je décidais de remédier à ce manque en lisant la première aventure de cette jeune policière française née de la plume de Jean Failler : Mary Lester.

Jean Failler est un auteur de 80 ans, Breton, né à Quimper qui aime parler de la Bretagne.

Les aventures de Mary Lester comptent plus d’une cinquantaine de titres.

Les bruines de Lanester :

La découverte d’un clochard noyé dans le Scorff, entre Lanester et Lorient, quoi de plus banal ? La disparition d’un directeur de société, ça arrive tous les jours ! Des loubards qui volent une voiture, cambriolent une maison… Routine que tout cela pour l’inspecteur Amadéo. La vie s’écoule, simple et tranquille, au commissariat de Lorient. Ou plutôt s’écoulerait, si une jeune femme, inspecteur stagiaire, ne s’avisait de vouloir contre toute logique relier ces faits pour en tirer des conclusions pour le moins surprenantes. Mary Lester parviendra-t-elle, dans cet univers d’hommes, à mener son enquête jusqu’au bout ? Vous le saurez en marchant sur ces traces, dans « Les bruines de Lanester ».

Mary Lester, jeune policière qui débute à son poste s’ennuie. Elle n’est pas entrée dans la police pour faire de la paperasserie et son supérieur, un policier aguerri et condescendant, la cantonne à des tâches subalternes en lui prodiguant des « mon petit » agaçants.

Aussi, quand Mary sent que la mort d’un clochard et la disparition d’un homme sont liées, elle se heurte à la raillerie de son supérieur, mais décide tout de même d’enquêter de son côté...

Découvrir un nouveau personnage récurrent n’est pas toujours signe d’une affection ou d’une répulsion immédiate.

Parfois, comme pour les êtres de chair et de sang, ceux de papier (ou d’octets) peuvent vous charmer dès la première rencontre... dès les premiers mots. D’autres fois, l’effet est tout contraire, mais tout aussi impulsif.

Puis il est des gens et des héros qui demande un peu plus de temps pour être jugés à leur juste valeur, parce qu’ils sont plus complexes que d’apparence ou plus simplistes ou, tout simplement, parce qu’ils prennent leur temps, démontrent leurs qualités avec parcimonie, ne cherchent pas à tout prix à vous séduire quitte à en faire beaucoup... trop.

C’est le cas de la jeune Mary Lester. C’est surtout le cas de la plume de Jean Failler.

Avant d’aborder la série de Jean Failler, il faut soit être ouvert à tous les sous-genres du roman policier, sans aucun a priori, soit savoir à quoi il faut s’attendre.

Il est clair que ceux qui ne cherchent que Thrillers sanglants avec force violence, moult meurtres plus pervers les uns que les autres seront forcément déçus.

Pour les autres, il faudra encore passer sur quelques détails qui n’en sont pas forcément.

Tout d’abord la plume de l’auteur. Là également, celle-ci ne charme pas immédiatement par sa flamboyance. Je dois même avouer que certaines répétitions m’ont quelque peu heurté. Pour le reste, rien de précis à reprocher, rien de précis, non plus, à louer.

Les personnages, Mary Lester en tête, sont à la fois marqués et caricaturaux, dans le bon sens du terme.

En clair, chaque personnage a son caractère, un peu marqué, assez pour créer une homogénéité de caractères, pas trop pour ne pas sombrer excessivement dans la caricature.

Reste l’intrigue.

On sait, du moins doit-on se douter que ce ne sera pas le point fort de la série.

Là n’est pas un reproche puisque l’auteur ne cherche clairement pas à faire du thriller ni même à proposer une intrigue exaltante.

Du coup, on pourrait penser que Jean Failler va mettre en place un roman policier à ambiance.

Et là encore, ce n’est pas vraiment le cas.

En fait, Jean Failler prend son temps, ce qui est un peu contradictoire avec le format assez court de ce roman.

Ce parti pris ne fonctionne pas parfaitement dans ce premier roman, probablement du fait d’un dosage imparfait, mais l’on sent que l’auteur et ses personnages dont du genre à conquérir le lecteur si ce n’est à l’usure, du moins, sur du plus long terme qu’un seul épisode.

Cette impression se confirmera à la lecture du second épisode...

On notera que, même si l’auteur ne cherche pas à s’appuyer sur une intrigue de haute volée, il propose cependant une intrigue à tiroir avec son petit lot de rebondissements, dont l’ultime peut s’avérer surprenant tout en parvenant à épaissir le personnage de l’héroïne.

Au final, sans que cette lecture soit enthousiasmante, elle laisse supputer que la série Mary Lester est une série qui vous captivera (le terme est peut-être excessif) après deux ou trois épisodes.

15 mars 2020

Le Soliton de Peregrine

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« Le Soliton de Peregrine » est un roman de Jean-François Huet publié en auto-édition chez Publishroom.

Jean-François Huet est un auteur de 50 ans, né et ayant passé sa vie en Bretagne (si j’ai bien compris) et qui est enseignant depuis 20 ans.

Le soliton de Peregrine :

L’enquête secrète d’un étudiant en philosophie... Étudiant en philosophie, Alexandre Mestrallet postule pour une vacation à l’Académie d’Avalenn, établissement pour jeunes filles situé sur une île au large du Finistère. Sous couvert de ce travail, il est secrètement missionné pour enquêter sur la mort étrange de celle qu’il vient remplacer. Cependant, dès son arrivée, sa tâche s’annonce difficile. Entre direction dysfonctionnelle, collègues dépressifs et lycéennes provocantes, Alexandre va devoir composer pour se faire accepter au sein d’une communauté insulaire haute en couleur. Sans le savoir, il va déclencher un compte à rebours fatal. Parviendra-t-il assez vite à comprendre les enjeux de pouvoir à l’œuvre et à lever le voile sur certains lourds secrets ? Ou sera-t-il rattrapé par ses propres démons ? En suivant pas à pas l’enquête d’Alexandre, plongez dans l’atmosphère d’une île au large du Finistère, et découvrez une communauté haute en couleur !

Voilà un ouvrage que je n’aurai pas ouvert si ce n’était son titre.

Ouvrage autoédité, auteur qui m’était inconnu, un bandeau (« un polar très à l’Ouest ») que je ne comprenais pas, une 1re de couverture pas très attirante, une 4e de couverture guère plus intéressante...

Mais voilà, il y avait le titre : « Le Soliton de Peregrine » !

Il faut dire que j’aime beaucoup les mathématiques (même si je ne m’y penche plus depuis fort longtemps et que je ne m’y suis jamais suffisamment penché) et que j’apprécie les films ou les romans qui se basent sur une notion de mathématique.

Cela me permet d’aborder, quelques fois, des œuvres que j’aurai, sinon, boudées (exemple lointain, le film « Pi » de Darenn Aronofsky, un film psychologique à petit budget en noir et blanc...)

Ce n’est donc que pour ce titre que je me suis penché sur cet ouvrage.

Bien m’en prit ? Je n’irai pas jusque-là, mais je dois confesser que, d’une, je suis allé au bout de ma lecture (certes, courte, puisque le roman fait 105 pages) et, en plus, celle-ci ne m’a pas déplu même si je ne peux dire que je fus enthousiasmé.

La première surprise vient de la qualité littéraire de l’ouvrage.

Il est vrai que l’on a souvent des préjugés sur les romans autoédités dont, notamment, la qualité stylistique et orthographique de l’auteur, étant donné que nul éditeur n’est censé avoir travaillé les textes pour les améliorer (même si certains éditeurs font du travail pitoyable).

Mais là, dès les premières lignes, je fus rassuré.

L’avantage de l’autoédition, c’est que la plume de l’auteur n’est pas formatée par l’éditeur dans le but de plaire au plus grand nombre et que, si l’auteur a un certain talent, cela permet de profiter d’une plume moins lisse que celle des écrivains de romans à succès actuels.

Car, oui, certains auteurs amoureux des mots inusités dont ils saupoudrent leurs écrits, à la fois par plaisir de dépoussiérer le vocable d’antan et de sortir du carcan contraignant des 300 mots de vocabulaire que l’on conseille à tout auteur désireux d’être apprécié par le plus grand nombre, peuvent être critiqués, se voir reprocher de se prendre pour Victor Hugo (ce qui est d’autant plus stupide que Victor Hugo était un écrivain populaire, écrivant pour le peuple et même l’un des premiers à user de l’argot dans ses récits et non pas un écrivain de romans d’auteurs avec un style élitiste... mais bon, les critiques les plus virulentes ne sont pas forcément produites par les gens les plus pertinents...).

Étant rassuré sur la plume, encore me fallait-il être exalté par l’histoire... et c’est là que le bât blesse...

Difficile d’expliquer les soucis que pose ce roman, car il est délicat d’en estimer leurs sources : manque de maîtrise de la narration et du scénario ? Problème de concision ? Indécision de l’auteur quant aux sujets à aborder ou à la direction à donner à son roman ??? Volonté, d’en mettre trop ???

Toujours est-il que l’histoire, du moins sa narration, n’est pas suffisamment maîtrisée et que la multiplicité des sujets abordée n’arrange rien.

En effet, avec cette histoire d’un jeune étudiant en philosophie et mathématique qui, pour enquêter, à la demande d’un ami, sur la mort d’une prof dans un établissement pour jeunes filles sur une île au large du Finistère, on s’attend donc à une pure enquête policière.

L’Académie et le personnage sulfureux de cette directrice omnipotente qui se sert du succès de sa Faculté pour s’imposer en politique, on peut envisager que l’auteur cherche à faire une critique du milieu politique en général.

Quant aux personnages des trois Grâces, ces trois étudiantes boursières, on se dit que l’auteur veut faire prendre un virage à son récit.

Puis viennent les personnages aux réactions étranges, les dangers, les trois pistes qui découlent d’un message codé, les funestes coïncidences... puis un rebondissement qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, du moins, trop peu développé en comparaison au bouleversement qu’il implique... puis ce final qui sent la facilité dans la concision...

Et tout cela est dommage, car l’ensemble est plutôt plaisant à lire, mais il aurait fallu que l’auteur choisisse quelle piste il voulait suivre : la directrice ? Les collègues ? Les trois Grâces ? La politique ? Le héros ???

Ou bien, pour suivre toutes ses pistes à la fois, il aurait fallu à l’auteur un sens de la narration très développé afin de parvenir à distiller les informations tour à tour afin de rendre l’ensemble digeste et, surtout, ne pas se contenter des 105 petites pages de son roman, mais noircir plus de 300 pages au minimum afin de parvenir à tout gérer correctement.

Enfin, les références incessantes au roman précédent « Votez Kalisto ! » sans que l’on parvienne à saisir quelle référence il peut y avoir sont un peu déconcertantes.

Au final, un roman qui aurait mérité de moins partir dans tous les sens, de réduire les pistes survolées afin de renforcer l’intérêt de l’ensemble.  

Le fil de l'araignée

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« Le fil de l’araignée » est un court roman de Maxime Audouin.

Maxime Audouin est un nouvelliste de la fin du XIXe et du début du XXe siècle par trop oublié à notre époque.

Né en 1858 sous le nom difficile à porter de Eugène Delacroix, il fut principal de collège et écrivit un grand nombre de nouvelles, romans et contes, pour les divers journaux de son époque.

Il mourut en 1925 laissant la grande partie de sa production disparaître avec les journaux et les magazines.

« Le fil de l’araignée » fut publié au début du XXe siècle dans le supplément « Le Petit Journal Illustré » ainsi que dans la revue canadienne « La revue populaire » en 1908.

 

LE FIL DE L’ARAIGNÉE

 

Madame de Roche-Avon est découverte sans vie, au matin, dans son lit, victime d’une piqûre d’araignée. L’horrible bête est retrouvée près de l’oreiller.

 

Le docteur Chaîgnebrun, futur gendre de la défunte, ne tarde pas à émettre des doutes quant à l’aspect accidentel du décès. En effet, l’abdomen de l’insecte incriminé est ceint d’une fine cordelette de soie rouge et semble mort depuis quelques jours…

 

Tout indique une mise en scène destinée à cacher un machiavélique empoisonnement…

 

Mme de Roche-Avon est retrouvée morte dans son lit au petit matin. Vite, le domestique de la défunte va chercher le docteur Chaîgnebrun, médecin de la victime, mais surtout fiancé, de la veille, avec la fille de la défunte.

Sur place, les deux hommes découvrent une grosse araignée au côté de la vieille dame et le médecin retient de justesse le valet de l’écraser. Réflexe salutaire puisqu’il lui permet de constater deux faits étonnants : l’insecte est mort depuis plusieurs jours et son corps est ceint d’une fine cordelette de soie.

Il décide donc d’analyser la substance sortant de la piqûre faite au visage de la morte et constate qu’il s’agit de curare. Ce produit et l’endroit de la blessure lui laissent penser que celle-ci a été faite par un crochet en remontant.

Le médecin fait alors appel au fils d’une patiente qu’il a sauvé de la maladie, parce que celui-ci cherche depuis longtemps à payer sa dette, mais surtout parce qu’il est policier.

Les deux hommes vont alors chercher à comprendre comment le meurtre a été commis et, surtout, par qui...

Court roman, donc, pas tout à fait 20 000 mots (environ 2 heures de lecture) qui, de par sa concision, ne va pas laisser la latitude à son auteur de développer une intrigue haletante.

Et cela peut être considéré comme fort dommage puisque l’histoire débute sur un fait intriguant, mystérieux et prometteur. Promesse qui ne sera pas pleinement tenue, comme on va le voir.

Maxime Audouin est un nouvelliste et un feuilletoniste dont les récits, parfois, furent réédités sous la forme de romans pérennes. Pour autant, son nom et son œuvre sont depuis des décennies tombés dans l’oubli, si ce n’est le court roman « La bande mystérieuse » réédité il y a quelques années en numérique.

L’auteur s’est essayé à plusieurs genres littéraires, se confrontant rarement au genre policier pur. Ses rares incursions dans le domaine policier (encore balbutiant à l’époque de l’apogée de sa carrière) sont d’ailleurs souvent des œuvres hybrides, comme l’est, ce « Le fil de l’araignée ».

Car, si le tout début du roman laisse espérer un véritable roman policier à suspens, celui-ci tourne plutôt assez court et l’auteur préfère se concentrer sur l’aspect aventure, teinté d’un peu de sentiments.

En effet, une fois le meurtre mystérieux avéré, le côté « enquête » de l’histoire est plutôt mis de côté au profit d’un autre pan du récit, autre pan qui, on s’en doute, va vite éclairer le crime.

Pourtant, dans cette seconde partie du roman, l’auteur laisse, volontairement, ou par naïveté, ou parce que le lecteur d’alors était moins aguerri aux codes du roman policier pour être aussi perspicace, deviner très rapidement le meurtrier.

Et l’on peut être déçu par ce choix, peut-être commandé par une concision exigée, tant la promesse pouvait être alléchante.

Cependant, l’ensemble se lit très agréablement, Maxime Audouin étant un bon conteur.

J’aurais, pour ma part, un tout petit bémol du fait de la progression pour partie de l’intrigue via un procédé auquel j’adhère difficilement : la narration épistolaire, via des courriers échangés.

Certes, à l’époque, le procédé était usuel et par encore usé jusqu’à la corde, mais désormais...

On notera également les changements de temps, avec des transitions courtes narrées au présent afin de dynamiser le récit, procédé utilisé encore quelques décennies plus tard par d’autres auteurs de la littérature populaire.

Au final, si « Le fil de l’araignée » n’est pas le roman policier intrigant et mystérieux que son prologue laisse deviner, il n’en est pas moins un petit roman très agréable à lire, dans la veine et dans le style de son époque.

Infernal City

CouvIF

Marcel Priollet est un auteur qui, pendant près d’un demi-siècle, et ce dès 1910, inonda la littérature populaire de ses textes policiers, d’aventures, fantastiques, sentimentaux...

Pour la part policière qui m’importe le plus, on notera deux séries : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs », mais également des personnages récurrents dont les aventures se perdirent au sein de collections policières. Par exemple, Claude Prince, le détective radiesthésiste développé sous le pseudonyme Marcelle-Renée Noll, dans la collection « Les Grands Détectives » des Éditions du Livre Moderne.

Mais Marcel Priollet, que ce soit sous son nom ou sous divers pseudonymes (Marcelle-Renée Noll, donc, mais également R. M. de Nizerolles, Henry de Trémières, René Valbreuse) écrivit un grand nombre de textes pour les collections « Le Roman Policier », « Le Petit Roman Policier », « Police et Mystère » ou « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi.

La version lue de « Les Chevaliers de la Terreur » a été publiée sous la forme d’un fascicule de 64 pages dans la collection « Police et Mystère » en 1941.

INFERNAL CITY

Le détective Sherman BLACK est bloqué par une tempête de neige dans une petite ville des montagnes du Colorado.

Le matin, on découvre, devant l’hôtel où il loge, un homme mort de froid, certes, mais surtout, d’une balle dans le corps.

Sherman BLACK trouve, sur le cadavre, un mot qui lui est adressé et, si celui-ci a été en partie déchiqueté par le projectile, le détective décode qu’il s’agit d’un appel à l’aide émanant d’un ancien professeur habitant non loin, chez qui il est allé récemment.

Si la missive fait état d’une menace, les lacunes empêchent Sherman BLACK d’en connaître la teneur.

Pourtant, il décide, malgré les conditions climatiques, de se rendre chez son vieil ami pour lui porter secours sans se douter des risques et des dangers que tout cela implique…

Bloqué par une tempête de neige à Colorado Springs, le détective Sherman Black découvre, au petit matin, le cadavre d’un homme, mort des suites du froid et d’une blessure par balle. L’homme porte sur lui un message que la balle rend en partie illisible.

Mais le détective comprend qu’il s’agit d’un appel au secours d’un ancien professeur à qui il a récemment rendu visite et dont la petite-fille, une belle jeune femme, ne l’a pas laissé indifférent.

Faisant fi de la neige et du danger, Sherman Black décide de se rendre en ski dans le village de Clellan où vit celui dont émane la missive, prêt à braver tous les dangers pour le sauver lui... et sa petite-fille.

Mais même en imaginant les pires dangers, il n’aurait pu prévoir ceux auxquels ils seraient confrontés.

« Les Chevaliers de la Terreur », comme déjà dis, est un fascicule de 64 pages publié dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi en 1941, sous le pseudonyme de R.M. de Nizerolles, contenant un récit de 16 500 mots.

Si, comme on le sait, Marcel Priollet s’essayait souvent aux genres aventure, policier ou sentimental, il n’hésitait pas non plus à mélanger ces genres (et d’autres).

C’est ici un peu le cas avec cette aventure qui se déroule dans les montagnes neigeuses du Colorado dans laquelle un détective, par amitié, mais surtout par amour, est prêt à braver tous les dangers pour éliminer une bande de dangereux malfrats qui terrorise un petit village.

Mais les diables ont une arme redoutable, un tank, qui détruit tout et terrifie la population...

Sherman Black va devoir rivaliser de courage et d’inventivité pour venir à bout, à lui tout seul, des bandits et de leur monstrueux engin...

D’une conception relativement classique, le récit est empreint d’un idem classicisme au niveau de son style, de son écriture.

Ce constat renforce, connaissant l’auteur (et l’éditeur), la sensation que le texte a été écrit bien avant 1941 et qu’il puisse être en fait une réédition. Après une petite vérification on constatera, qu’effectivement, « Les Chevaliers de la Terreur », comme beaucoup de titres de la collection « Police et Mystère » est une réédition (parfois celle-ci sont quelque peu rallongées) du titre « Infernal City », signé Marcel Priollet, paru dans la collection « Le Roman Policier » des mêmes éditions Ferenczi en 1920.

À cette seconde date (qui est donc plus ancienne), on comprend ce « classicisme » qui n’avait normalement plus cours dans le style de Marcel Priollet dans les années 1940.

Mais revenons-en au récit.

Récit classique d’aventures, d’action, teinté d’un brin de fantastique (du moins, jusqu’à ce que le héros constate que le monstre auquel il est confronté, est en fait un char) et de sentiments, dont le théâtre se situe, comme souvent à l’époque, dans les plaines américaines.

Le détective, le policier, souvent, était américain, quand l’auteur, lui-même, ne se cachait pas derrière un pseudonyme à consonance anglo-saxonne pour charmer le lecteur par un certain exotisme.

Mais classique ne veut pas dire pour autant indigeste et le lecteur dévore agréablement cette aventure dont l’intrigue simpliste et la linéarité du récit renforcent le rythme qui a été privilégié au suspens.

Sans parler d’effet « Nick Carter », cette série américaine à succès qui influença les auteurs de tous les pays, on considérera que ce récit suit les recettes d’un roman où se confrontent le héros sans peur et sans reproche et une belle bande de malfrats sans scrupules.

Rien de novateur, certes, rien de mémorable, mais un office bien rempli : offrir un agréable moment de lecture.

Au final, classique, pour l’époque d’écriture, si on considère la date de première édition, dans la veine d’autres titres de l’auteur de la même époque, s’appuyant sur des thèmes usités du début du XXe siècle (voire, par exemple : « La Maison des Hommes sans Mains ». Agréable à défaut d’être inoubliable ou original.

L'énigme du « Mexico »

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Et me voilà déjà à devoir à nouveau présenter un auteur que l’on ne devrait pourtant plus avoir à faire connaître au lecteur lambda : Marcel Priollet.

Marcel Priollet est un auteur de la littérature populaire dont l’immense production fut signée sous différents pseudonymes dont les plus répandus furent, en plus de Marcel Priollet : Marcelle-Renée Noll, R.M. de Nizerolles, Henry de Trémières et René Valbreuse.

Actif dès 1910, et ce jusqu’au milieu des années 50, l’écrivain s’exerça dans les différents genres littéraires à la mode à son époque afin d’aliment les diverses collections fasciculaires de plusieurs éditeurs au point d’abreuver quasi à lui seul, des collections de plusieurs dizaines de titres.

Pourtant, si ses productions fantastiques et aventures ne sont pas à bouder, c’est avant tout dans les domaines du roman policier et du roman sentimental qu’il s’épanouit.

Si ses séries fasciculaires sentimentales sont nombreuses (« Mère à quinze ans », « Les amours d’une femme mariée »...), celles, policières, le sont moins puisqu’on ne compte, officiellement, que deux séries policières fasciculaires parues à la fin des années 1940 aux éditions Tallandier : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs ».

Certes, certains lui incombent, dès 1910, la paternité de la série « Tip Walter, le prince des détectives », une série fasciculaire de 16 pages contenant 55 titres.

Cependant, je doute fort de la véracité de cette assertion.

Mais, il faut tout de même noter que, plongés dans les abîmes de collections plus généralistes, des personnages de l’auteur se débattent comme « Claude Prince, le détective radiesthésiste » au sein de la collection « Les Grands Détectives » des Éditions du Livre Moderne.

Dans cette même collection, et parfois en compagnie du même personnage, l’on retrouve l’inspecteur Bob Rex, de la Mondaine et plus souvent l’inspecteur François Pessart.

Deux personnages que l’on retrouve dans le titre du jour, « L’énigme du “Mexico” » ou presque puisque, à défaut de François Pessart, dans le texte original, on trouve un François Pressart.

Mais quand l’on connaît le piètre travail éditorial des Éditions du Livre Moderne pour la collection en question, on peut fort penser à une coquille de l’éditeur (à moins d’une petite erreur de l’auteur).

 

L’ÉNIGME DU « MEXICO »

 

Marino le Corse, un souteneur, en pince drôlement pour Chiquita, « allumeuse » dans la boîte le « Mexico ».

 

Qu’elle fasse du gringue aux clients pour les pousser à la consommation, rien à dire, ce sont les affaires. Mais qu’elle le délaisse pour un jeune pommadé quelque peu efféminé, voilà qui lui retourne les sangs.

 

Il a d’ailleurs juré de trouer la peau à ce minet ; et c’est avec détermination, et un couteau dans la poche, qu’il se rend sur le lieu de travail de la jeune femme.

 

Malheureusement pour lui, les inspecteurs Bob Rex et François Pessart ont décidé de passer la soirée au « Mexico »…

 

Un sombre petit maquereau, faisant, en plus, la traite des blanches avec l’Amérique du Sud, qui s’entiche d’être de ses poules. La dite poule qui lui préfère un petit minet et c’est la promesse d’un bain de sang qui ne manque pas d’arriver dans la boîte dans laquelle travaille la jeune femme.

Mais, pas de chance pour le souteneur, deux policiers sont en train de faire la bombe dans la boîte en question et l’arrêtent après le meurtre.

Et comme le destin est un fichu partenaire, et que les coups du sort s’enchaînent, le maquereau est à son tour dégommé à la sortie de la boîte entre deux policiers...

« L’énigme du “Mexico” » est un fascicule de 24 pages paru probablement vers la fin des années 30 (les titres de cette collection ne sont pas datés) et qui contient un récit de même pas 7 500 mots ce qui, même pour la collection, est fort peu.

Et c’est bien là le principal défaut de ce roman.

Car, celui-ci commence de fort belle manière avec un style un peu plus moderne (pour l’époque), mêlant quelque peu l’argot prisé dans les milieux louches.

L’histoire, elle aussi, est bien moins surannée qu’à l’accoutumée puisqu’il est question de traite des blanches et des amourettes et de la vengeance d’un maquereau de bas-étage.

En analysant l’histoire, on peut encore plus regretter l’extrême concision du texte puisque le titre du récit aurait mérité d’être « La double énigme du “Mexico” » et non « L’énigme » puisqu’il y a, en fait, deux mystères, dans cette histoire.

Et si le premier, le double meurtre, est vite, trop vite, résolu (à ce point rapidement qu’il n’y a pas d’enquête, le meurtrier se livrant immédiatement à la justice), le second, que je tairais, demeure, lui, irrésolu quand le mot « FIN » tomber.

De l’aveu même du narrateur, ce mystère en demeure un.

Fichu mystère puisque, des deux, c’est probablement le plus intéressant qui est tu et celui qui aurait pu offrir un grand nombre de rebondissements. Le lecteur que je suis, ne s’est d’ailleurs pas dispensé d’en imaginer un qui offrait plein de possibilités et qui est probablement celui imaginé par l’auteur.

D’ailleurs, pour être familier, à force de m’y plonger, avec la littérature populaire et les façons dont les auteurs travaillaient, et pour avoir déjà été confronté à cette situation avec des textes de Marcel Priollet, je ne doute pas un instant que cette histoire utilisée pour le titre en question, fut déjà écrite pour un autre titre, d’une façon moins concise, ce qui expliquerait que pour entrer dans les clous, l’auteur ait fait sauter volontairement la seconde énigme.

Malheureusement, pour s’en assurer, il faudrait lire toute la production de Marcel Priollet, une tâche incommensurable d’autant moins facilitée que certains de ceux-ci sont très difficiles à trouver de nos jours et que rien n’exclut le fait que ce fameux texte, s’il existe, soit signé d’un pseudonyme qui nous est désormais inconnu.

Cependant, mise à part cette fâcheuse concision qui nous gâche le plaisir en simplifiant une double énigme qui aurait pu tenir le lecteur en haleine sur le long terme, en simple énigme bâclée, il faut reconnaître que ce récit est fichtrement plaisant à lire.

De par la maîtrise de l’auteur, certes, mais surtout parce que Marcel Priollet n’a jamais été aussi bon que lorsqu’il se laisse quelque peu aller à son côté « argotique ».

C’est donc avec une double frustration que l’on termine la lecture. Dommage.

Au final, un très court récit qui débute de la meilleure manière, mais qui se termine de façon très frustrante de par la concision exigée par le format.

08 mars 2020

La faute de Charly Brixton

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Chaque fois que je parle de Marcel Priollet, je ne peux me retenir de préciser qu’il ne devrait pas être nécessaire de présenter l’auteur, tout en m’empressant de le faire tout de même.

Car, soyons franc, combien d’entre vous connaît Marcel Priollet ou Marcelle-Renée Noll, ou René Valbreuse ou R.M. de Nizerolles (tous des pseudonymes de l’auteur) ???

Pas grand monde, malheureusement !

Malheureusement, car cet auteur inonda la littérature populaire fasciculaire pendant près d’un demi-siècle de ses très nombreux récits.

Malheureusement, car l’auteur écrivit dans des genres majeurs de son époque (policier, aventures, sentimental, fantastique).

Malheureusement, enfin, parce que sa production, dans l’ensemble, s’élève au-dessus du lot de celles de ses confrères.

Bien sûr, je ne m’intéresse qu’à la part policière de l’auteur. Mais celle-ci est suffisamment imposante et qualitative pour satisfaire le lecteur que je suis.

Si Marcel Priollet est l’auteur de deux séries policières fasciculaires (« Old Jeep & Marcassin » et « Monseigneur et son clebs »), il a également et surtout écrit de très nombreux récits policiers indépendants [parfois, faussement indépendants puisque certains titres, disséminés au sein d’une collection généraliste, peuvent conter les aventures d’un même personnage comme, par exemple, Claude Prince, le détective radiesthésiste] que l’on retrouve principalement dans les collections Ferenczi et des « Éditions du Livre Moderne » [derrière lesquelles se cachait également Ferenczi], dans les collections « Le Roman Policier » et « Police et Mystère » pour les premières et « Les Grands Détectives » pour les secondes.

« La faute de Charly Brixton » un fascicule de 32 pages contenant un récit qui n’atteint pas les 9 500 mots, est issu de cette dernière collection.

 

LA FAUTE DE CHARLY BRIXTON

 

Le détective Sébastien RENARD reçoit la visite d’une demoiselle attendant de lui qu’il enquête sur le mystérieux meurtre de son père.

 

Celui-ci, alors qu’il s’apprêtait à lui faire une révélation sur le frère né d’une précédente union qu’elle ne connaît pas et qui a été répudié pour une faute horrible, s’écroule soudainement.

 

Le vieil homme étant malade de longue date, la jeune fille imagine qu’il a succombé à une crise cardiaque. Mais le médecin appelé sur place découvre que la mort est due à un projectile reçu en plein cœur, probablement tiré avec une sarbacane.

 

Elle demande donc à Sébastien RENARD de retrouver son demi-frère et l’assassin, au cas où le premier ne serait pas le second…

 

Quelle bien étrange affaire incombe au détective Sébastien Renard.

Il y a 20 ans, lord Brixton répudiait son jeune fils Charly pour avoir étranglé sa mère afin de lui voler ses bijoux pour payer des dettes après que ses parents lui aient coupé les vivres.

Aujourd’hui, alors que lord Brixton s’est remarié, qu’il a une fille de 18 ans et qu’il s’apprête à lui révéler la vérité sur ce demi-frère, il s’écroule en recevant un projectile tiré d’une sarbacane en plein cœur.

Et quand Sébastien Renard commence à enquêter, il se rend compte de la défiance d’un domestique de la jeune femme et de celle-ci, également.

Heureusement, Sébastien Renard n’est pas du genre à baisser les bras pour si peu...

Court roman de presque 9 500 mots qui, sans sa première édition, ne fut pas gâté par le travail éditorial (comme beaucoup de titres de la collection « Les Grands Détectives » des Éditions du Livre Moderne.

En effet, si les coquilles et les fautes d’orthographe ne sont pas rares (on pourrait même dire qu’elles sont légion) dans la littérature fasciculaire de l’époque, cette collection emporte largement le pompon, réussissant l’exploit de parfois réunir plusieurs fautes grossières et plusieurs coquilles dans la même phrase sans se soucier que cette dite phrase ne comporte que trois mots.

Le lecteur de l’époque, s’il pouvait dévorer d’innombrables textes courts d’un genre et d’un format qui n’ont plus cours, devait pourtant, parfois, se montrer peu regardant quant aux textes qu’on lui proposait.

Sans dire que la succession ininterrompue de fautes et de coquilles puisse être rédhibitoire, il faut bien avouer qu’elle gâche sensiblement le plaisir de lecture.

Heureusement, la réédition récente résout ce souci pour le bien-être du lecteur moderne.

Qui connaît le travail de Marcel Priollet, sait que l’auteur a évolué avec le temps. Ce qui semble normal en 40 ans de temps. D’une écriture un peu désuète dans les années 1920, à l’image des sujets traités, celle-ci s’affirme plus à partir des années 1940.

Si les textes, signés Marcelle-Renée Noll, qui composent la majeure partie de la collection « Les Grands Détectives » semblent dater de la fin des années 1930 (difficile à affirmer était donné qu’ils ne sont pas datés), ils peuvent pourtant être considérés comme une production mineure de l’auteur.

Effectivement, Marcel Priollet s’épanouissait mieux dans un format un peu plus conséquent, du moins, dans les textes d’au moins 15 000 à 20 000 mots.

Cependant, pour certains, le charme opère, malgré la concision inhérente au format fasciculaire 32 pages.

Je n’irai pas jusqu’à dire que « La faute de Charly Brixton » est un roman de qualité et que sa lecture est extrêmement plaisante, mais, cependant, il n’y a pas de réelle raison de le bouder.

Certes, le personnage principal est flou, parce que pas présenté ni mis en place.

Effectivement, l’intrigue est légère et l’on devine le coupable rapidement (d’ailleurs, l’auteur nous y aide beaucoup) même si, à un moment, on se prend à penser que, peut-être, Marcel Priollet nous réserve une surprise dans sa révélation finale.

Bien sûr, les sujets abordés sont assez classiques pour l’époque.

Il est clair que le texte ne possède pas d’immenses qualités littéraires.

Pourtant, il n’en demeure pas moins plaisant à lire. Vite lu, bien lu, vite oublié... Ce serait un peu le leitmotiv de la série d’origine, peut-être pour cela que l’éditeur ne s’est pas trop cassé la tête, à l’époque, pour faire son travail.

Au final, un petit récit policier classique, trop, de la part d’un Marcel Priollet pas au sommet de son art.

Fred le Rouge

CouvSK7

Léon Groc (1882 - 1956) est un journaliste et écrivain qui fit les beaux jours de la littérature populaire pendant quasiment toute la première moitié du XXe siècle.

À partir de 1910, l’auteur alimenta les différents genres à la mode (policier, sentimental, historique, patriotique, aventures, fantastique) pour les journaux et magazines, les collections fasciculaires et les collections de romans de forme plus classique.

Ainsi, si Léon Groc est encore reconnu, par les amateurs de paralittérature, pour sa production fantastique, il ne faut pas pour autant occulter toute la part policière de l’auteur, tant par son nombre que par sa qualité.

Si certains de ses romans policiers sont depuis peu de nouveau accessibles grâce à des rééditions modernes, il est une œuvre de l’auteur qui est toute aussi oublié que quasiment introuvable, une (la seule ?) série fasciculaire policière de Léon Groc : « Stan Kipper, le roi des détectives ».

Stan Kipper, un détective américain installé à Paris, a vécu 8 aventures (10 annoncées, mais les 2 dernières ne sont probablement jamais parues) sous la forme de fascicule de 24 pages, double colonne contenant des récits plus ou moins indépendants de moins de 10 000 mots (ici, à peine plus de 8 000).

Je dis « des récits plus ou moins indépendants », car, si le premier, « Le champion escamoté » présente une enquête complète, on constate que le second épisode, « La vengeance des Mains Brunes » s’avère être la suite directe puisque la vengeance de la bande est combattue par le détective dans le précédent opus.

Il en est de même, ici, avec « Fred le Rouge » qui conte la suite du combat débuté dans « L’île de la peur », épisode précédent, entre Stan Kipper et Fred le Rouge, le chef d’une bande de crapules.

FRED LE ROUGE

Stan KIPPER, le célèbre « roi des détectives » américain installé en France, a vécu des émotions de tous genres en revenant dans sa contrée natale : revoir sa sœur, son neveu, sa nièce, mais également lutter contre le terrible Fred-le-Rouge, un dangereux gangster dont la bande martyrisait la population locale.

Stan KIPPER est parvenu à démanteler le réseau criminel, même si Fred-le-Rouge s’est échappé.

Peu importe, il est temps pour le détective de retourner à Paris où d’autres affaires l’attendent.

Alors que Stan KIPPER s’apprête à rentrer en France, le chef de la police le prie de repousser son départ : Fred-le-Rouge a fait à nouveau parler de lui et semble bien décidé à se venger…

Stan Kipper, après avoir démantelé la bande de Fred le Rouge, même si ce dernier est parvenu à s’échapper, s’apprête à rentrer enfin chez lui, à Paris, pour reprendre le cours normal de ses activités.

Mais le chef de la police locale vient demander au détective de bien vouloir rester encore, car Fred le Rouge a monté une nouvelle bande et n’hésite pas à descendre ceux qui lui mettent des bâtons dans les roues.

Pis encore, alors qu’il a été arrêté par deux fois, il a réussi à s’échapper de façon mystérieuse.

Stan Kipper accepte d’aider la police et se relance à la chasse de Fred le Rouge sans se douter que celui-ci va s’en prendre à sa famille pour lui passer le goût du combat...

Difficile de juger une série si courte, surtout quand elle semble avoir été avortée faute de succès.

Cependant, à la lecture des 5 premiers épisodes, je n’hésitais pas à dire combien, dans ce format particulier du récit à moins de 10 000 mots, elle faisait pourtant preuve de qualités, de par la plume de son auteur, de sa parfaite maîtrise du format court et également de celui du genre policier.

Effectivement, Léon Groc parvenait à se sortir de la plupart des écueils inhérents à la grande concision nécessaire pour respecter le format et réussissait également l’exploit de conférer une aura, un passé à son héros tout en jouant avec le genre policier.

Cependant, force m’était de constater qu’avec ce retour aux sources du détective (puisque revenu dans son pays natal, la ville où il vécut jeune, dans sa famille) lui seyait finalement assez peu, du moins, tant dans le genre que dans le style adopté par l’auteur.

En devenant plus classique, de par sa plume, en adoptant une histoire qui s’ancrait plus, dans la forme et dans le genre, avec la littérature américaine de l’époque (ou celle des auteurs français singeant leurs homologues américains), et permettait moins à Léon Groc de jouer avec le roman policier.

C’est une nouvelle fois le cas dans l’épisode d’aujourd’hui. Normal, me direz-vous, puisque le contexte demeure le même, que le résultat ne change pas.

Je suis entièrement d’accord avec ce constat (en même temps, si je vous l’attribue, il est quand même mien à la base).

Moins enjoué, le personnage, moins joueur, l’auteur : le texte en devient moins intéressant, du moins, sort moins des sentiers battus et des normes proposées par les homologues de Léon Groc.

Cependant, il n’en reste pas moins appréciable à lire, bien qu’un peu court, mais fait naître la nostalgie des épisodes précédents et fait que le lecteur espère très vite un retour à Paris du personnage.

Malheureusement, après la bataille contre Fred le Rouge, il ne reste qu’une aventure publiée à l’époque, et même si on peut espérer que celle-ci retrouve les qualités des premiers épisodes, elle n’en demeurera pas moins la dernière à lire.

Au final, sans être désagréable, cet épisode possède les mêmes défauts que le précédent en mettant une nouvelle fois de côté les atouts qui faisaient le charme du début de la série.

L'île de la peur

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Au sein des innombrables auteurs de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle, il est quelques noms qui surnagent.

Si certains sont passé depuis à la postérité sans que le lecteur lambda soupçonne leurs participations à cette littérature souvent jugée bas de gamme (Georges Simenon, Frédéric Dard, Léo Malet...), d’autres demeurent dans les esprits des plus férus de cette paralittérature pour les qualités dont ils firent montre, soit dans leur production en général, soit dans un genre particulier (S.F., policier, aventures...).

Léon Groc (1882 - 1956) est de ces derniers.

Pas anonyme pour les amateurs de ces textes destinés au grand public, inconnu du lecteur béotien (contresens volontaire pour exprimer tout le bien que je pense de ces auteurs et de cette littérature aussi mal jugés par ceux qui se considèrent comme des esthètes).

Léon Groc, qui fit ses armes en tant que journaliste (comme beaucoup de ses confrères de l’époque), démontra durant sa carrière qu’il maîtrisait certains genres (S.F., Policier, patriotique) tout en domptant les différents formats de la littérature populaire, dont le plus ardu : le petit fascicule.

Si l’on peut se délecter de ses romans aussi bien fantastiques que policiers, en ce qui concerne sa production fasciculaire, elle semble bien plus réduite.

Alliant mon format (le fascicule) et mon genre (policier) de prédilection, il est à noter dans la bibliographie de l’auteur la série de fascicules de 24 pages, double-colonne contenant des récits indépendants d’un peu moins de 10 000 mots : « Stan Kipper, le roi des détectives », paru à la fin de la Seconde Guerre mondiale et qui ne compte malheureusement que 8 épisodes.

« L’île de la peur » en est le 6e épisode.

L’ÎLE DE LA PEUR

Stan KIPPER, le célèbre « roi des détectives » américain installé en France, profite d’une succession pour retrouver son village natal, à Shelton City, dans le Tennessee.

Assis sur la terrasse de la maison familiale située au bord du Mississippi, il fume des cigares en observant Fear’s Island, l’île de la peur, un îlot maudit à la suite du massacre au siècle précédent d’une communauté de Visages-Pâles par les Peaux-Rouges.

Depuis ce drame, les lieux sont demeurés déserts et nul autochtone ne se risquerait à y déposer les pieds, encore moins à y passer la nuit.

C’est pourtant ce que fait une actrice française, le soir anniversaire du terrible événement, pour relever un défi.

Stan KIPPER, connaissant la comédienne, est ravi de la revoir, mais celle-ci lui demande de trouver la raison pour laquelle l’homme qui a engagé le pari s’est mystérieusement volatilisé et que la somme laissée en gage dans le coffre-fort de son hôtel était composée d’un faux billet.

Stan KIPPER accepte l’enquête, en apparence pas très sérieuse, sans se douter des risques que lui et sa cliente vont encourir pour la résoudre...

Stan Kipper est de retour chez lui, dans son Tennessee natal, à l’occasion d’une histoire de succession.

Il profite de ce repos loin des affaires policières et de la France pour se délasser sur la terrasse de la maison familiale habitée par sa sœur, son beau-frère, ses jeunes neveu et nièce.

Ainsi, au bord du Mississippi, il contemple une île nommée Fear’s Island (l’île de la peur), qui tient son nom d’un massacre de blancs y ayant été perpétré le siècle précédent par des Indiens.

Depuis, elle est considérée comme maudite et personne n’ose y mettre les pieds, surtout pas la nuit.

L’île a hanté l’enfance de Stan Kipper et, même maintenant, il n’irait pas y mettre les pieds à moins d’une bonne raison.

Mais cette bonne raison va bientôt s’annoncer sous la forme d’une actrice française qu’il connaît et qui, le soir anniversaire du massacre, va se rendre sur l’île afin d’honorer un pari dont l’enjeu est un billet de 1000 $.

Au petit matin, alors que celui qui a lancé le pari était censé venir la chercher, elle attend en vain. Rentré grâce à un badaud passant en barque, une fois à l’hôtel, quand elle réclame après le joueur, il a disparu. Mieux, quand elle récupère l’enjeu placé dans le coffre de l’hôtel, elle constate que le billet est faux.

Mais alors, pourquoi ce pari ? Pourquoi l’honorer avec un faux billet et, surtout, pourquoi a-t-elle la sensation qu’on a profité de son absence nocturne pour pénétrer dans sa chambre d’hôtel ? C’est ce qu’elle demande à Stan de trouver.

Ni l’un ni l’autre ne se doute des risques qu’ils vont encourir pour répondre à ces questions.

J’avais vanté, jusqu’à présent, les qualités des épisodes de cette série, expliquant à quel point Léon Groc maîtrisait le genre et le format au point de jouer avec l’un et avec l’autre pour le plus grand plaisir du lecteur.

Je me questionnais également sur les raisons de l’insuccès à l’époque de cette série et le fait qu’elle ait été stoppée au bout de seulement 8 épisodes.

Aurais-je les réponses avec « L’île de la peur » ? Peut-être bien.

Toujours est-il qu’il est curieux de se rendre compte que Stan Kipper, le détective américain exilé en France n’a jamais été si mal à l’aise (littérairement parlant) que dans son milieu naturel, c’est-à-dire, sur son lieu de naissance et de jeunesse.

On aurait pu s’attendre à ce qu’au contraire il s’y trouve à l’aise et que ces retrouvailles avec ses terres et sa famille soient l’objet d’un récit pittoresque mêlant à la fois action, aventure, mystère et plaisir.

Malheureusement, la quatrième part de cette attente manque quelque peu, du moins est-elle réduite par rapport aux aventures françaises de ce personnage américain.

Mais si le détective semble un peu contraint par ce retour aux sources, l’auteur, lui, semble gêné par les grands espaces qu’il déploie face à son personnage qu’il n’avait, jusqu’alors, fait vivre que dans des milieux plus urbains et plus clos.

Ainsi, sans être indigeste, on ne trouve pas dans le récit cet humour ou cette propension que l’auteur avait de jouer avec le genre policier.

De même, sa plume semble s’être quelque peu empâtée, comme prise par les eaux fangeuses du Mississippi.

L’intrigue elle-même semble ne pas coller au personnage, de la même façon que celui-ci se détache de l’affaire du vol de la banque qui constitue pourtant une tâche plus à sa mesure.

Il y a un je-ne-sais-quoi qui ne va pas sans qu’il soit possible de réellement le pointer du doigt.

Un peu comme quand le charme est rompu et que l’on est incapable de dire précisément ce qui plaisait avant et ce qui déplaît maintenant.

Mais ne soyons pas trop durs avec l’auteur et avec la série. Même si cet épisode est en deçà des précédents, il n’en demeure pas moins agréable à lire et, tout comme les deux premiers (« Le champion escamoté » et « La vengeance des Mains Brunes ») il semble que « L’île de la peur » et « Fred le Rouge » forment les deux pans d’une même lutte puisque l’aventure de Fear’s Island va faire se confronter, à distance, Stan Kipper et Fred le Rouge.

Notons qu’ensuite il ne restera plus que l’épisode « L’assassin est à bord » puisque les deux autres annoncés à l’époque (« L’homme sans tête » et « Deux morts sur le tapis ») semblent n’avoir jamais été publiés.

Au final, un épisode un peu décevant, mais bien au-dessus de la majorité de la production du genre.

Meurtre au studio

CouvSK5

« Meurtre au studio » est le 5e épisode sur 8 de la série « Stan Kipper, roi des détectives » de Léon Groc, parue vers la fin de la Seconde Guerre mondiale sous la forme de fascicules de 24 pages double-colonne contenant des récits indépendants d’environ 10 000 mots.

Léon Groc (1882 - 1956), si le nom de l’auteur ne vous dit pas grand-chose, fut un journaliste et un écrivain de la littérature populaire.

Si sa production fut un temps dirigée vers les récits patriotiques, à partir de la fin de la Première Guerre mondiale, pour la collection « Patrie » des éditions Rouff, l’auteur a également beaucoup versé dans les genres policiers et fantastiques (c’est probablement pour ce second pan de sa littérature qu’il est aujourd’hui encore apprécié par certains).

S’il écrivit beaucoup pour les journaux (en dehors des enquêtes de fond), ses romans-feuilletons furent bien souvent, par la suite, réédités sous la forme de romans plus classiques.

Ses récits courts, eux, sont plus généralement demeurés perdus dans les tréfonds des pages des quotidiens de l’époque.

Mais, dans le genre policier, il est une série de courts récits ayant pour héros un même personnage : « Stan Kipper, roi des détectives ».

Malheureusement, si cette série était empreinte de qualités indéniables, le manque de succès fit qu’elle fut interrompue au bout de seulement 8 épisodes.

MEURTRE AU STUDIO

Stan KIPPER, le célèbre « roi des détectives » américain, installé en France, a bien mérité de prendre du repos. Il a d’ailleurs bouclé ses valises et s’apprête à partir loin des tracas de la vie quotidienne.

Mais c’est sans compter sur son ami le journaliste Nérac qui débarque à l’improviste pour lui demander de l’aider à tenir une promesse qu’il a faite à une jeune actrice : prouver l’innocence de l’homme qu’elle aime, accusé du meurtre d’une comédienne, lors d’une scène d’un film : une sombre histoire de balle à blanc remplacée par un vrai projectile.

Rien ne plaide en faveur du suspect : il est le seul à avoir pu échanger les cartouches ; c’est l’ancien amant de la défunte ; il s’est violemment disputé avec elle il y a peu, n’hésitant pas à la menacer de mort.

Stan KIPPER écoute les discours de sa « cliente », du reporter, ainsi que de l’inspecteur Bézut, le policier chargé de l’enquête, accepte l’affaire d’autant qu’elle ne l’occupera pas longtemps puisqu’il prétend connaître déjà le coupable. La preuve, il écrit un nom sur un papier et l’enferme dans une enveloppe cachetée qu’il confie à Bézut.

Stan KIPPER est-il réellement assez fort pour avoir résolu le crime de chez lui après seulement quelques minutes d’entretien ?

Le policier, le journaliste et la fiancée éplorée vont devoir attendre la fin des investigations pour le savoir…

Décidément, il est dit que Stan Kipper n’arrivera pas à prendre du repos.

Chaque fois qu’il décide de se mettre au vert, un crime est commis et on lui demande de le résoudre.

Cette fois, c’est lors du tournage d’un film que le meurtre a eu lieu.

Une sombre histoire de vraie et fausse balle échangée afin de se débarrasser de sa partenaire et ancienne amante.

Mais la fiancée du suspect est formelle. L’homme qu’elle aime est innocent. D’ailleurs, elle pense même que c’est la victime, par vengeance et instinct suicidaire, qui aurait pu échanger les projectiles.

Au bout de 50 minutes d’entretien avec le journaliste, la comédienne et l’inspecteur Bézut, le policier chargé de l’enquête, Stan Kipper, convaincu de connaître le coupable, accepte de reporter ses vacances d’un jour ou deux, le temps d’apporter des preuves à la justice.

Devant l’incrédulité du policier, il s’amuse à écrire le nom du coupable sur un papier qu’il enferme dans une enveloppe cachetée et qu’il confie à Bézut.

Quand il aura apporté les preuves nécessaires, celui-ci aura le droit de lire le nom du coupable pour vérifier la véracité de l’accusation...

Raaa, qu’il est fort Stan Kipper. Résoudre un crime de chez lui, en quelques minutes, il n’y avait vraiment que lui pour ça (bon, si l’on excepte Sherlock Holmes et quelques autres).

D’ailleurs, le détective est joueur... très joueur, on le constatera tout au long de ce court roman.

Mais il faut avouer que Léon Groc n’est pas mal sans son domaine non plus.

Effectivement, on a déjà constaté que l’auteur aimait jouer avec le genre et maîtrisait ce format court.

Ce récit confortera le lecteur dans ces deux allégations.

On regrettera uniquement que Stan Kipper ne s’en tienne pas à ce qu’il avait dit : avoir deux heures à consacrer à son ami journaliste.

Car cela aurait été la cerise sur le gâteau, que le détective boucle son enquête en moins de cent vingt minutes et parte en vacances à l’heure dite.

Mais Léon Groc n’a pas osé, ou bien ne sentait-il pas avoir assez de latitude dans ce format court pour y parvenir ou, encore, s’est-il dit que les contraintes étaient déjà suffisantes sans en rajouter.

Aussi, le détective, même s’il résout le meurtre en 50 minutes, prendra une journée de plus pour trouver les preuves de ses accusations.

Cependant, là où Léon Groc est encore plus fort, c’est qu’il parvient à justifier un rebondissement usé jusqu’à la corde et que je condamne bien souvent pour rendre à chaque fois l’histoire invraisemblable à l’aulne de la révélation finale.

Et, d’ailleurs, j’étais prêt à fustiger Léon Groc (qui s’en fout royalement du fond de sa tombe) de s’être abaissé à cette grossière ficelle.

Et, pourtant, sur quelques mots, l’écrivain parvient à retomber sur ses pattes et à me faire taire (exploit s’il en est). Bravo, monsieur Groc, de parvenir à cette prouesse en même pas 8 000 mots (oui, l’épisode est encore plus court que les précédents).

D’ailleurs, cette concision est probablement due à des passages coupés (même si cela ne se ressent pas à la lecture), c’est du moins ce que mon instinct et le fait qu’un personnage soit nommé sans apparaître auparavant me laissent penser.

Pour ce qui est du reste, on notera que si l’auteur aime s’amuser avec le genre, ici, il le fait également avec la narration qui, d’une narration classique au passé, se transforme en narration au présent pour dynamiser un texte peut-être un peu moins rythmé du fait de sa grande concision.

Pour l’intrigue, l’auteur utilise une base assez répandue dans la littérature, le cinéma, la télévision, l’échange d’une balle à blanc par un vrai projectile, lors d’une scène de film (« Le drame du studio 5 » de René Duchesne, par exemple) ou dans la véritable vie (la mort de Brandon Lee sur le tournage de « The Crow » même si celle-ci fut accidentelle).

Léon Groc s’amuse donc en amusant le lecteur en proposant un récit agréable à lire même si l’on peut regretter la quasi-absence de son lieutenant Clément.

Au final, un sans-faute pour cette série alors que l’on aborde déjà, malheureusement, la pente descendante, puisqu’il ne reste plus que trois épisodes à lire.