Loto Édition

27 novembre 2022

Rendez-vous avec la parque

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Je poursuis ma découverte de la collection de fascicules policiers de 32 pages : « Les Trois As », publiée à partir de 1941 par les éditions Chantal.

Après avoir découvert les trois premiers titres d’une collection difficile à cerner avec précision à cause des rééditions, des changements de numérotation voire d’illustration de couverture, voilà que je me plonge dans le 4e titre « Rendez-vous avec la parque ».

Un titre bien étrange, car s’il est signé Jacques Givet (1917 - 2003) un auteur né en Russie et mort en Suisse, il semble être le résultat d’une traduction d’un texte de R. Rogers (serait-ce Carl R. Rogers ? 1902-1987, le psychologue américain, mystère).

Étrange, donc, car ni Jacques Givet ni Carl R. Rogers ne semblent s’être adonnés aux récits policiers (ce titre excepté) et encore moins au récit fasciculaire policier.

Bref.

LE RENDEZ-VOUS AVEC LA PARQUE

Le jeu et la cupidité sont de vilains défauts.

William Costovain en a fait la cruelle expérience… cruelle pour son épouse qu’il assassinât pour hériter de sa fortune et se renflouer de ses pertes aux dés, aux cartes ou sur les champs de courses.

Mais si l’adage admet qu’un bien mal acquis ne profite jamais, il aurait dû ajouter que la vénalité est un danger, surtout, quand un être supérieur se charge de manipuler le hasard pour obtenir vengeance…

William Costovain est un salaud, c’est le moins que l’on puisse dire d’un homme qui, par avidité, a épousé une femme riche qu’il a ensuite assassinée, alors qu’elle était enceinte de lui, pour profiter de l’argent pour s’adonner à sa passion du jeu.

Mais le grand-père de la victime lui a promis que les chiffres lui porteraient malheur et il va se charger de faire en sorte que ce soit le cas.

Drôle de récit qui, en seulement 8 000 mots, mélange plusieurs genres avec une prédilection pendant les trois premiers quarts pour le roman noir à l’américaine avec ce personnage de Costovain, salaud notoire, mais charmeur et joueur qui est prêt à tout pour du pognon.

Mais, par la suite le récit se transforme en récit d’aventures avant de se conclure sur un plan machiavélique fomenté de longue date.

Bref, vous l’aurez compris, un peu trop de genres abordés pour seulement 8 000 mots, aussi chacun ne sera qu’effleuré, nuisant tout de même à l’ensemble.

Si la partie noire n’est pas inintéressante, l’auteur n’a pas le temps de plonger dans les tréfonds de l’âme humaine, dans la noirceur totale, pour séduire le lecteur avide de ce genre de lecture.

De même, la partie aventure est bâclée par manque de place et que dire à propos du plan machiavélique que le lecteur est presque obligé de reconstituer de lui-même puisque l’auteur n’en a pas pris la peine.

Pourtant, ce genre de fascicule peut contenir plus d’une dizaine de milliers de mots, voire 12 000, ce qui aurait permis de renforcer l’un ou l’autre des deux genres (le plan machiavélique si possible).

Dommage, donc, car, si l’idée n’était pas celle du siècle, elle était suffisamment intéressante pour proposer un texte plus abouti, plus profond, donc, plus long.

Ce n’était donc pas la bonne collection pour cela et on se demande donc pourquoi Jacques Givet a pris la peine de traduire ce texte à moins qu’il n’ait lui aussi succombé à l’astuce qui consistait, pour un auteur, à écrire un texte en français, mais à s’en proclamer le traducteur, inventant un auteur anglo-saxon qui aurait écrit le récit original. Boris Vian le fit avec Vernon Sullivan ; Max Paul en fit autant avec M. A. Hychx pour sa première aventure du Roi de la Chaussette…

Bon, nous ne le saurons probablement jamais.

Étrange, enfin, car le personnage principal n’est autre que William Costovain et donc loin d’être un héros auquel les lecteurs peuvent s’identifier. Difficile de trembler pour un tel salopard, mais heureusement, la concision du texte ne laisse de toute façon pas le temps à de telles effusions.

L’auteur aurait pu centrer son récit sur le personnage de l’avocat, en retravaillant un peu son schéma narratif… m’enfin.

Au final, un petit récit à l’idée de base intéressante, mais bien trop ambitieux pour être traité en seulement 8 000 mots..


Les flics ont toujours raison

 

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Je poursuis ma découverte de la bibliographie de l’auteur André Helena que j’avais découvert à travers ses séries fasciculaires un peu fadasses avant d’être subjugué par son tout premier roman écrit (publié pourtant après celui du jour) « Le Bon Dieu s’en fout »…

André Helena (1919 - 1972) est un auteur très prolifique qui, sous de nombreux pseudonymes, a alimenté les collections fasciculaires policières (et même érotiques) comme « L’Aristo » ou « Maître Valentin Roussel » sans jamais sortir du lot des « faiseurs » de cette littérature.

Pourtant, quand on se penche sur ses romans, du moins ses premiers et quelques rares autres, on peut se rendre compte de l’immense talent d’un écrivain détruit par le système éditorial de son époque et probablement aussi par l’alcool.

Narbonnais de naissance et Leucatois de vie et de mort, André Helena aurait pu avoir un destin à la Léo Malet (les premiers romans de chacun sont proches dans l’esprit), mais il n’eut que celui d’un petit auteur de fascicules : quel gâchis.

Bref, après avoir dévoré et plus qu’apprécié « Le Bon Dieu s’en fout », j’ai immédiatement plongé dans son second roman (premier publié) : « Les flics ont toujours raison ».

Écrit en 1948, publié en 1949, ce roman narré à la première personne (comme « Le Bon Dieu s’en fout ») nous parle des mésaventures d’un ancien taulard qui cherche à rentrer dans le rang, mais dont le passé va lui coller à la peau comme une chape de plomb et l’entraîner vers le fond.

Les flics ont toujours raison :

Premier roman publié en 1949 (le premier écrit étant le Bon Dieu s’en fout, en 1945), par World Press,
dans la collection Nuits Noires, les Flics ont toujours raison s’avère plus classique que l’œuvre précédente.
L’argument est simple : un pauvre bougre, tombé pour cambriolage, cherche vainement à se réinsérer dans la société. Trois mois de recherches infructueuses se passent alors après sa sortie de prison. Infructueuses, car son statut d’ancien détenu le rend interdit de séjour dans la capitale et la région parisienne.
Ce qui fait surtout la force du récit, c’est la dénonciation de la torture et de la prison qu’Helena considère comme une matrice criminelle. Dénonciation aussi de cette justice d’une époque qui n’était rien d’autre qu’une organisation répressive, une machine à punir, voire à broyer l’individu.
Bien sûr, André Helena se positionne d’autorité comme un écrivain révolté, mais déjà, ce roman policier de mœurs l’impose aussi comme le maître du polar français. Qu’importe qu’il soit resté longtemps un maître dans l’ombre. Aujourd’hui, plus d’un demi-siècle après ce premier titre, André Helena nous apparaît dans toute la plénitude de son talent de conteur dont la violence est toujours de mise.
Jean-Pierre Deloux

Bob Renard vient de sortir de prison pour un cambriolage. Interdit de séjour à la Capitale, il cherche du boulot en province, mais, chaque fois, quand il doit montrer son carnet de tricard, on lui claque la porte au nez.

Paris étant le seul endroit où il pense trouver du travail et, surtout, son environnement naturel, il décide de passer outre et d’y retourner. Là, il finit par trouver un boulot, une petite amie… avant que le destin et les flics le ramènent à son véritable statut et s’il n’est pas coupable, il est, du moins, « capable du fait ». Et les flics ont toujours raison…

Dans son second roman, André Helena nous propose un personnage assez proche de son premier, un ancien taulard, mais qui a payé sa dette à la Société et qui cherche à rentrer dans le rang.

Narré à la première personne, ce roman est une charge contre la Société, contre le manque d’aide à la réinsertion, contre la Justice, contre la police, contre les tortures morales et physiques, aussi bien lors des interrogatoires que durant les incarcérations…

Bob Renard est pourtant bien décidé à se ranger des voitures, quitte à bosser pour un salaire de misère. Mais tout et tous participeront à le repousser dans la fange à laquelle il cherche à échapper.

Moins nihiliste, moins noir, moins déprimant que « Le Bon Dieu s’en fout », ce roman s’intéresse plus aux problèmes sociétaux qu’à la Société, à dénoncer la façon dont on traite les taulards, aussi bien après que pendant leur incarcération, qu’à ceux d’un personnage.

Bob Renard n’est alors qu’un prétexte à cette dénonciation, à cette charge qui, pour n’être pas virulente en apparence n’en est pas moins inexorable et, finalement, insupportable.

Pour les flics, pour les employeurs, pour la Justice, un ancien taulard est un taulard à vie et rien de ce qu’il fait ne changera ce statut.

Dès lors, les anciens détenus n’ont plus qu’à se contenter de faire avec, de mourir en cherchant à s’en sortir honnêtement ou bien à replonger dans le crime et conforter leurs détracteurs dans leurs certitudes.

Et Bob Renard, comme bien d’autres, en fera les frais…

Alors, bien évidemment, ce roman est moins fort, moins puissant, moins poignant que le précédent, mais il n’en reste pas moins un très bon roman et un nouveau témoignage du talent d’André Helena et de ce qu’aurait pu être l’œuvre de l’auteur si les choses avaient été différentes…

« Les flics ont toujours raison » est un second roman, comme souvent, moins puissant, moins charismatique, moins chargé d’émotion et de la substantifique moelle de son auteur, mais un très bon roman noir et, qui plus est, une critique sur la société carcérale dans son ensemble.

Au final, un roman noir qui prouve que son auteur méritait mieux, bien mieux, énormément mieux que la carrière qu’il eut.

Un mort en visite

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Je poursuis ma découverte de la collection « Les Trois As » des éditions Chantal, une collection d’une vingtaine de fascicules de 32 pages débutée en 1941 puis reprise après la Seconde Guerre mondiale, en proposant à la fois des nouveaux titres et des rééditions, ce qui bouleverse un peu l’ensemble et laisse un flou quant à l’ordre réel des titres puisqu’ils ont la fâcheuse tendance à changer de numérotation voire d’illustration de couverture.

« Un mort en visite » est ce que le troisième titre de cette collection et il est signé Claude Odet.

Je ne vous dirais rien sur l’auteur, je n’ai trouvé aucune information le concernant.

UN MORT EN VISITE

Il y a des moyens plus joyeux, pour fêter son troisième anniversaire de mariage, que de poireauter au restaurant en attendant que son épouse arrive enfin.

Mais, surtout, pour cet événement spécial, il est meilleur cadeau que de retrouver, ensuite, dans le salon de son appartement, un inconnu… mort d’un coup de couteau dans la poitrine…

Qui aurait prédit qu’un macchabée pouvait à ce point embêter les habitants de tout un immeuble ?

Pierre Larçon attend désespérément sa femme au restaurant pour fêter leur troisième anniversaire de mariage. Celle-ci finit par arriver, un peu agitée, et la soirée se déroule sous les meilleurs auspices jusqu’à ce que, de retour du cinéma, le couple découvre, dans le salon de son appartement, un inconnu mort poignardé.

Pierre ne peut s’empêcher d’imaginer qu’il s’agit là de l’amant de sa femme, qu’elle l’a assassiné, raison pour laquelle est était en retard.

Et puis les ragots vont bon train dans l’immeuble. Pas de fumée sans feu… mais chacun, à sa manière, est affecté par ce crime…

Bon, que dire sur ce très court récit de 8 000 mots ?

D’une, que le style de l’auteur n’est pas flamboyant. Mais bon, dans le monde du fascicule de 32 pages, il ne faut pas trop en demander.

Ensuite que l’intrigue n’a d’intéressant que le côté non policier, surtout psychologique, de celle-ci.

Car, il faut bien reconnaître que d’un point de vue purement policier, l’intrigue est simple et le lecteur se doute rapidement de quel côté chercher le coupable. De plus, les fausses pistes sont à mettre, comme souvent du côté des coïncidences.

Non, ce qui est réellement intéressant dans l’histoire, c’est l’incidence psychologique du crime sur les habitants de l’immeuble et les idées que ces réactions font naître dans l’esprit des locataires et gardiens.

Dommage, donc, que le récit ne s’étale que sur 8 000 mots, car il est impossible, en si peu d’espace, de profiter pleinement de toutes les possibilités offertes.

Pour ce faire, il faudrait avoir le temps de poser une ambiance légère, chez chacun des protagonistes, avant de jeter le mort tel un chien dans un jeu de quilles puis de faire monter lentement la sauce, chez les uns et chez les autres, jusqu’à ce que la cocotte minute explose…

Mais non, seulement 8 000 mots alors, le lecteur doit se contenter d’imaginer lui-même ce que le récit aurait pu donner ou bien, pour les moins imaginatifs ou les plus fainéants, ou bien juste ceux qui se contentent de lire ce qui est écrit et rien de plus, d’assister à une petite enquête sans envergure et sans presque de surprise.

Dommage. Bien dommage, car, le roman que l’idée fait naître dans ma tête aurait pu être excellent, du moins aurait-il été plus agréable à lire que ce fascicule qui, sans être indigent, s’avère agréable sans plus à lire.

Au final, petit récit, petit plaisir, tout petit et grande frustration qu’un bon sujet ne soit qu’à peine abordé…

20 novembre 2022

On a tué une femme

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Je poursuis tranquillement ma découverte de la collection policière fasciculaire « Les Trois As » des Éditions Chantal, crée à Toulouse en 1940 ou 1941.

Après avoir lu le premier titre, « L’homme sans pied gauche », de cette collection qui compte presque une vingtaine de titres de 32 pages, je viens de déguster le second, « On a tué une femme », signé Jean Caubet.

Pour information, j’avais déjà lu ce titre il y a six ans, mais, depuis, mon avis semble s’être modifié, probablement par le fait que, entre temps, je me suis familiarisé avec le format fasciculaire et que j’en apprécie mieux les caractéristiques…

En ce qui concerne l’auteur, Jean Caubet, s’agit-il de l’historien et professeur né à Agen en 1905 ? Je ne sais. Cela est possible, celui-ci étant rentré d’Espagne en France, au début de la Guerre Civile, et à l’époque de la création des Éditions Chantal, il enseignait à Tonneins, à environ 150 km de Toulouse. Pourtant, certains sites plutôt renseignés annoncent que son premier roman date de 1949. Mais un fascicule n’est pas vraiment un roman…

« On a tué une femme » est le second titre de la collection « Les Trois As », il est paru en 1941.

ON A TUÉ UNE FEMME

Virou, jeune représentant de commerce, n’a guère de chance ces derniers temps.

La belle Juliette, son amour de toujours, est vénale. Ceci explique qu’elle l’ait trompé avec son riche paternel.

Père qui, après avoir fait faillite, s’est suicidé, l’obligeant à travailler.

La même Juliette s’est, entre-temps, entichée d’un autre vieux plein de sous.

Elle a menacé Virou de rompre définitivement.

Et, pour couronner le tout, voilà qu’elle a mystérieusement disparu après un ultime rencard et qu’il devient le principal suspect d’un probable meurtre, raison pour laquelle il a été embarqué par la police…

Virou est accusé du meurtre de Juliette alias « Casque d’Or » son grand amour qui n’a de cesse de courir après les vieux pleins de sous dont son père qui, par la suite, s’est suicidé à cause de sa faillite.

Virou, promis à une vie paresseuse et luxueuse, a donc dû trouver un boulot pour survivre.

Et comme il est pauvre, forcément, sa Juliette continue de courir après les vieux riches… jusqu’à ce qu’elle disparaisse juste après avoir passé la journée avec Virou dans le but de lui annoncer une rupture définitive…

Du coup, Virou est suspecté de meurtre et arrêté…

Donc, effectivement, même si je ne rappelais plus du tout de cette histoire, j’avais bien lu déjà ce texte il y a six ans environ.

À l’époque, moins habitué aux récits fasciculaires, je n’avais pas trop apprécié ce titre.

Mais, je me rends compte que, aujourd’hui, j’ai apprécié ce fascicule notamment pour certaines choses que je lui reprochais à l’époque.

Déjà, l’intrigue !

Forcément, depuis, j’ai bien assimilé que dans un fascicule de 32 pages (environ 10 000 mots en moyenne ; 10 300 pour celui-ci), l’auteur n’a pas la latitude de proposer une intrigue digne de ce nom. Du coup, il a trois choix : proposer aux lecteurs un bout d’histoire ; une histoire bâclée ; ou trouver un artifice pour contourner le problème.

Jean Caubet a opté pour la troisième solution.

Souvent, celle-ci s’applique à travers une confession.

Ici, à travers un interrogatoire.

Et il faut vient reconnaître, avec plus d’expérience du format, que ce choix était judicieux.

Effectivement, les deux premiers tiers du texte sont consacrés quasi exclusivement aux interrogatoires de Virou et de deux amants de la victime…

Ensuite, je reprochais à l’auteur de ne faire qu’esquisser les personnages, mais, bien évidemment, il ne peut guère faire autrement en si peu d’espace.

De même pour le style sans fioriture. Quoi que, ce qui m’avait dérangé à l’époque, les quelques passages aux présents alors que le reste est au passé simple, assurent un certain style à peu de frais.

Reste alors l’histoire en elle-même.

Et, si j’y réfléchis bien, en seulement 10 000 mots, Jean Caubet parvient tout de même à proposer plusieurs fausses pistes aux lecteurs, à les faire soupçonner plusieurs personnages avant de savoir qui est le coupable.

Alors, certes, le coupable avoue bien vite (il n’a pas le temps de tergiverser, le point final doit arriver vite) comme toujours ou presque dans les récits policiers fasciculaires. Pas le choix.

Pour le reste, j’ai depuis des années bien pris conscience qu’il ne faut pas trop demander à un récit fasciculaire et qu’il faut savoir le juger en le replaçant dans son contexte.

Et, en faisant cela, je me rends compte que ce titre que je n’avais pas trop aimé jadis n’est pas si déplaisant que cela à lire, voire même plutôt agréable.

Au final, un récit policier dont l’intrigue tient quasi exclusivement sur des interrogatoires, bonne astuce pour faire avancer rapidement une histoire dans un récit court. Agréable à lire.

Le Bon Dieu s'en fout

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Je pense que trop de lecteurs (dont je faisais récemment encore partie) sous-estiment bien trop fortement le talent d’André Helena (1919-1972) enfin, du moins ceux qui connaissent cet auteur.

Il faut dire que j’avais découvert cet auteur à travers ses petites séries policières sous pseudonymes et que je n’avais pourtant pas été charmé par la plume proposée.

Sont-ce les contraintes du format court et celles inhérentes à des publications rapides nécessitant d’écrire beaucoup et vite ? Toujours est-il qu’il me semble bien que l’auteur était bien plus à l’aise dans le format roman, comme me l’avait déjà prouvé la lecture de « Massacres à l’anisette » publié en 1955 et comme me le confirme la lecture de son premier roman « Le Bon Dieu s’en fout », publié en 1949, après « Les flics ont toujours raison », mais écrit en 1945.

Pour rappel, André Helena, sous de nombreux pseudonymes (Noël Vexin, Em Carry et bien d’autres), a abreuvé les collections fasciculaires policières durant les années 1950.

Le Bon Dieu s’en fout :

Un roman, noir, très noir, dans la lignée de la trilogie noire de Léo Malet ; même époque, même prolétariat miséreux, même fatalité. On y croise des dealers, des proxos, des flics avides, des filles vaincues, des proprios veules, des fermiers pourris, une handicapée tyrannique et cruelle, tout ce petit monde comme une représentation de l’Humanité selon Helena. C’est une œuvre fondatrice et caractéristique du Noir, tout en ombres, en chuchotements, en silence et en ténèbres. Yvan Audouard parlait justement à son propos de « roman gris ». Le gris de la vie renvoie à celui d’une époque en grisaille avec ses ruines, ses immeubles et jardins en déserrance ou ses bidonvilles. Le Bon Dieu s’en fout est un chef-d’œuvre, au même titre que Monsieur Ripois, Une si jolie petite plage ou Sombre Dimanche. Il y a du Pavese et du Bataille chez André Helena qui n’en a pas fini, de son grand nuage noir, de porter la Révolte dans le Bleu du Ciel.

Félix Froment, condamné pour le meurtre de sa compagne et de l’amant de celle-ci, parvient à s’évader de Cayenne et revient, sous une fausse identité, dans la ville de son enfance. Il redécouvre, sous la pluie et le froid les quartiers glauques qui le virent grandir. Mais il semblerait que, les pauvres et les miséreux, le Bon Dieu s’en foute.

La 4e de couverture proposée avec la réédition de 1986 (il me semble) fait un rapprochement entre ce roman et ceux de la « Trilogie noire » de Léo Malet.

On pourrait penser, ici, à une démarche commerciale rapprochant un auteur injustement méconnu d’un autre devenu culte avec sa série « Nestor Burma ».

À la lecture de ce roman et des autres, on se rend compte qu’il n’en est rien.

Effectivement, tant dans le style que dans l’ambiance ou dans l’histoire et le nihilisme, André Helena s’élève au niveau de son confrère et, il faut bien l’avouer, parvient même à le dépasser.

« Le Bon Dieu s’en fout » pourrait s’inscrire comme le maillon manquant entre « Il fait toujours nuit » et « Le soleil n’est pas pour nous », du moins dans l’attachement du personnage (j’occulte totalement « Sueur aux tripes » où il est impossible d’apprécier le héros et de trembler pour lui).

Car, Félix Froment, le héros de « Le Bon Dieu s’en fout », malgré le fait qu’il soit un assassin, est un personnage brisé, touchant, auquel le lecteur peut s’attacher, car, malgré son statut, il demeure humain, un humain qui cherche ce que tous les humains cherchent, le confort, l’amour, la sécurité…

Mais, le Bon Dieu s’en fout des types comme lui, contrairement aux lecteurs.

Si « Le Bon Dieu s’en fout » s’apparente donc à la passerelle entre les deux romans cités de Léo Malet dans sa forme, son ambiance et son personnage, on doit reconnaître qu’il s’élève au moins au niveau de « Le soleil n’est pas pour nous » en qualité de plume...

Ce roman, principalement narré à la première personne du point de vue du personnage principal (certaines rares scènes sont narrées à la troisième personne) démontre tout le talent gâché d’André Helena.

Parvenir à un tel niveau de qualité littéraire dès son premier roman est gage d’un grand auteur en devenir, presque déjà à maturité.

Mais alors, qu’est-il arrivé à l’écrivain ? Les postfaces de certaines rééditions sont éloquentes à ce sujet et je vous invite à les lire pour comprendre une partie de l’envers du décor de la littérature fasciculaire mais aussi de certains éditeurs, tous genres et styles confondus.

Un auteur, André Helena, poussé à polir sa plume, à écrire trop vite pour gagner des clopinettes qu’il n’était pas toujours certain de toucher, à voir ses textes parfois retoucher sans son accord… l’alcool, la dépression, la misère… bref, le côté obscur de la force.

Mais quel dommage ! car « Le Bon Dieu s’en fout » est l’œuvre d’un grand écrivain qui, à part quelques fulgurances, par la suite, ne travailla qu’à l’arrache, pour produire des textes, si ce n’est insipides, du moins loin de ce qu’il était capable de proposer.

« Le Bon Dieu s’en fout » est donc à la fois la première et quasiment la dernière pierre (j’abuse, mais pas loin) de la production d’André Helena. C’est, du moins, un roman noir, bien noir, désabusé, bien désabusé, nihiliste, bien nihiliste, et, surtout, un grand roman de la part d’un auteur demeuré petit malgré son immense talent…

Parce que la vie n’est pas toujours juste, les meilleurs auteurs ne sont pas toujours ceux qui atteignent la postérité ou du moins le succès.

Parce que la vie n’est pas toujours juste, il serait temps de redorer le blason de certains auteurs d’hier et d’avant-hier, dont, notamment et sûrement, celui d’André Helena, l’homme qui tutoya les anges dès son premier roman…

Bon, j’en fais beaucoup, mais vous aurez compris le principe.

Au final, s’il n’y avait qu’un récit d’André Helena à lire, c’est assurément son tout premier : « Le Bon Dieu s’en fout ».


13 novembre 2022

L'affaire du Chat-Huant

 

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Maurice Lambert est un auteur que j’apprécie tout particulièrement pour l’excellence rarement égalée de ses fascicules policiers.

Effectivement, cet auteur, de son vrai nom, Géo Duvic (1900-1968) œuvra beaucoup dans le domaine du fascicule policier et, en ce domaine, les récits mettant en scène l’ancien policier A.B.C. Mine, l’inspecteur Machard ou encore le Commissaire Mazère, au début des années 1940, constituent parmi les meilleurs que j’ai pu lire dans ce format, tant du point de vue du style, de la narration que des histoires…

Aussi, quand j’ai découvert que « L’affaire du Chat-Huant » mettait en scène le commissaire Mazère, je n’ai pas pu résister à l’envie de dévorer ce titre.

Pour information, alors que les autres enquêtes des personnages cités étaient parues dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot en 1943-1944, « L’affaire du Chat-Huant » est lui, paru aux éditions S.A.G.E. en 1945… 

L’AFFAIRE DU CHAT-HUANT

Suivre les gens est un vilain défaut, ce n’est pas Girard qui dira le contraire, d’autant que cette faiblesse le conduisit dans une boîte de nuit sordide, « Le Chat-Huant », où il fut proprement empoisonné à son insu…

Mais le meurtre de Girard ne restera pas impuni, foi de commissaire MAZÈRE, supérieur et ami du défunt inspecteur…

Un homme en suit un autre à la sortie du Palladium et pénètre, à sa suite, dans une sordire boîte de nuit, « Le Chat-Huant ». Là, l’inconnu suivi demande au patron de s’occuper de son suiveur.

Celui-ci, empoisonné à son insu, agonise après être rentré dans sa chambre d’hôtel et n’a que le temps de comprendre ce qu’il lui est arrivé et de graver, sur le plancher, à l’aide d’un morceau de verre cassé : « C H A T – H U… ».

Quand les policiers sont mandés sur place, ils constatent que la victime n’est autre que l’inspecteur Girard, un homme du commissaire Mazère. Ce dernier avait été dépêché dans un autre service pour enquêter sur une organisation criminelle de trafic de voitures.

Le commissaire Mazère décide de reprendre l’enquête de son affidé et ami afin de résoudre l’affaire, mais, surtout, de venger son inspecteur…

Je retrouve donc probablement le commissaire Mazère pour la dernière fois dans cette 8e enquête (sans compter les réécritures d’épisodes).

Une fois n’est pas coutume, le commissaire Mazère n’apparaît pas dès le début de l’histoire, puisque celui-ci est dévolu à l’assassinat de l’inspecteur Girard.

Maurice Lambert, d’ailleurs, s’évertue à retarder le plus longtemps possible la révélation sur le statut du « suiveur », laissant ainsi le lecteur dans le doute de savoir s’il a affaire à un gentil ou à un méchant.

D’ailleurs, l’auteur ne consacre pas l’entièreté des 126 000 mots de son texte pour développer son intrigue. Celle-ci demeure assez simple et n’est que prétexte à proposer des ambiances et quelques fausses pistes durant l’enquête de Mazère.

Maurice Lambert s’étant donc sur certains passages qui ne sont pas nécessaires à l’intrigue, mais qui permettent d’étoffer le texte et l’histoire et d’éviter l’impression que l’auteur se force à aller droit au but en raison de la concision de son texte.

C’est d’ailleurs une qualité que l’on retrouve dans presque tous les courts textes de Maurice Lambert, du moins ceux consacrés à des enquêtes policières.

Ce choix, s’il réduit le potentiel de l’intrigue, ne fait que renforcer la qualité de l’ensemble. De toute façon, Maurice Lambert sait que, même en consacrant un maximum de l’espace à l’intrigue, celle-ci ne pourra rivaliser avec celles de romans…

Pour autant, il n’oublie pas les passages obligés du roman policier en offrant, donc, de fausses pistes, plusieurs coupables, faisant alterner la suspicion du lecteur sur l’un ou sur l’autre tout en distillant des indices suffisamment vagues pour ne pas permettre au lecteur de se faire un avis tranché… quoi que.

Le commissaire Mazère est, une nouvelle fois, à peine esquissé (voire, pas du tout), un choix qui pousse le lecteur à calquer le personnage sur ceux qu’il connaît de la littérature policière et qui correspondrait au genre et à l’ambiance proposés. Inévitablement, tous ou presque ressortiront le commissaire Maigret.

Pour ce qui est du reste, bien évidemment, pour rentrer dans les clous du récit fasciculaire, le coupable ne va pas faire beaucoup de difficulté pour reconnaître les faits et même apporter des réponses aux nombreuses questions des enquêteurs (et des lecteurs) ce qui fait gagner beaucoup de place, il faut bien le reconnaître.

Cependant, comparé aux autres enquêtes du commissaire Mazère, il manque un petit quelque chose qui empêche cet épisode d’atteindre les sommets, mais, à défaut d’Everest, le lecteur se contentera d’Annapurna, ce qui est déjà pas mal, surtout dans le monde de la littérature fasciculaire policière.

Au final, un épisode légèrement en deçà des précédents, mais bien au-dessus de la plupart des récits policiers fasciculaires de l’époque.

L'homme sans pied gauche

 

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Yves Dermèze, de son vrai nom Paul Bérato (1915-1989) est un des auteurs les plus prolifiques de la littérature fasciculaire policière, aventures et S.F. (mais pas que) sous différents pseudonymes (Paul Mystère, Paul Béra, et bien d’autres).

Malgré tout, je redécouvre tardivement sa plume (j’ai déjà lu ce titre il y a 6 ans) en décidant de découvrir les titres de l’une des nombreuses collections fasciculaires policières éphémères, « Les Trois As » des éditions toulousaines Chantal, publiée à partir de 1941.

« L’homme sans pied gauche » est donc le premier titre de la collection ou du moins serait, étant donné que c’est un peu complexe d’établir une liste définitive à cause du fait que la collection a débuté avant-guerre, s’est poursuivie après guerre et que l’on découvre diverses rééditions.

L’HOMME SANS PIED GAUCHE

Lucien Cassagne est un irrépressible bavard qui ne laisse aucun répit aux voyageurs présents dans le même wagon du Toulouse-Marseille. Six personnes forcées de subir la logorrhée verbale du sieur Cassagne qui leur conte ses mésaventures en Inde durant lesquelles il s’est fait arracher le pied gauche par un tigre.

Mais Lucien Cassagne aime aussi les conversations autour de la mort, il n’est pas un fan de romans policiers pour rien.

D’ailleurs, il clame à qui veut l’entendre que ce compartiment où il se trouve constituerait une idéale scène de crime, d’autant que, dans quelques minutes, le train va passer sous un tunnel. Et Lucien Cassagne est un bon visionnaire, car, à la sortie du boyau, un cadavre gît dans son sang, un poignard planté dans le cœur… Lucien Cassagne lui-même.

Le commissaire Maughlin est chargé de l’enquête et auditionne chacun des suspects. Parmi eux, Claude Postel, un étudiant en médecine, décide de mener sa propre investigation pour découvrir le meurtrier de L’Homme sans pied gauche…

Dans un compartiment de train, 6 personnes sont présentes. L’une d’elles, Lucien Cassagne, évoque son goût pour les romans policiers, son long séjour en Inde, la chasse au tigre et la bête lui arrachant son pied gauche… Il ne cesse de parler de mort, assure que l’homme n’est rien, qu’il peut succomber à tous moments et que, même dans ce compartiment, un meurtre peut se produire. Un tunnel, le noir complet, et quand la lumière revient, Lucien Cassagne est mort, un couteau dans le cœur.

Le commissaire Maughlin est chargé de l’enquête dans laquelle le coupable se trouve forcément parmi les 5 personnes restantes. Chacune assure ne connaître aucune des autres, mais, bien vite, le policier va se rendre compte de l’inverse…

Pour ouvrir cette collection « Les Trois As » pour les éditions Chantal, Yves Dermèze décide de proposer aux lecteurs un court récit (pas tout à fait 8900 mots) débutant un peu comme un film d’horreur où, autour d’un feu, chacun raconte une histoire terrible avant que la main de la mort ne s’abatte sur l’un des protagonistes.

Ici, point de feu, mais un compartiment de train et un seul conteur : la victime.

Puis le récit tourne au policier avec l’enquête menée par le commissaire Maughlin, mais également par l’un des témoins et suspects potentiel, le jeune étudiant Claude Portel.

L’intrigue propose de multiples rebondissements, de fausses pistes, de suspects (4, puisque Portel, de par son activité durant l’enquête semble innocent), faisant alterner les soupçons sur chacun puisque tous mentent à un moment où à un autre…

Bien évidemment, la solution semble, du point de vue des yeux d’un lecteur d’aujourd’hui, un peu tirée par les cheveux, mais, pour l’époque ?... Et puis, en moins de 9 000 mots, il ne faut pas être trop exigeant à ce niveau-là.

Bien évidemment, les personnages sont à peine esquissés (on ne sait rien sur le policier, par exemple) et le style est sans fioriture.

Pourtant, pour un texte si court, l’auteur parvient à proposer un récit pas inintéressant et, surtout, plutôt agréable à lire, ce qui n’est pas si facile que l’on pourrait le croire.

Au finale, Yves Dermèze ouvre la collection avec un titre plutôt agréable à lire, et ce malgré sa concision et une intrigue manquant un peu de crédibilité (du moins 80 ans après son écriture).

06 novembre 2022

Le diamant qui tue

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« Le diamant qui tue » est un titre paru, initialement, sous la forme d’un fascicule de 32 pages dans la collection « Allo Police » des éditions A.B.C. en 1941…

Il est signé Géo Duvic.

Pour information, Géo Duvic (1900 - 1968) est un écrivain et parolier que les lecteurs de mes chroniques connaissent mieux sous un de ses pseudonymes : Maurice Lambert…

Pour rappel, Maurice Lambert est considéré par moi (ce qui est déjà pas mal) pour être l’un des auteurs ayant la meilleure double maîtrise du format fasciculaire, 32 pages, et du genre policier.

Parvenir à proposer, en seulement une dizaine de milliers de mots, à la fois une intrigue intéressante, des personnages suffisamment développés, des rebondissements, de fausses pistes et une solution acceptable à l’énigme n’est pas donné à tout le monde.

La preuve c’est que j’ai croisé très peu d’auteurs capables de cet exploit et Maurice Lambert, à travers les enquêtes du commissaire Mazère ou celles de l’inspecteur Machard ou, encore, d’A.B.C. Mine, en fait indéniablement parti.

C’est la raison pour laquelle, n’ayant plus d’épisodes de ces séries à me mettre sous la dent, je me suis penché vers ses récits indépendants.

C’est donc au « Le diamant qui tue » de passer sur le billard.

LE DIAMANT QUI TUE

L’Hôtel Drouot reçoit une foule hétéroclite de curieux, d’amateurs et de professionnels venus assister à la vente aux enchères de « L’Indomptable », le plus gros diamant du monde.

Jean Splitt, jeune inspecteur de police chargé d’assurer la protection du bijou, surprend une étrange conversation entre deux lapidaires.

L’un d’eux affirme à son confrère qu’il ne donnerait pas un sou pour le joyau, car il est maudit : tous ses propriétaires meurent les uns après les autres.

« L’Indomptable » trouve pourtant acquéreur en la personne d’un riche brésilien.

Curieux, Jean Splitt suit l’heureux acheteur quand celui-ci quitte le bâtiment et est témoin de son assassinat en pleine rue.

Commence alors une course poursuite…

Le jeune inspecteur Jean Splitt est chargé de surveiller le plus gros diamant du monde qui est mis aux enchères à l’Hôtel Drouot. En laissant traîner ses yeux et aussi ses oreilles, il surprend les propos d’un diamantaire hollandais qui assure à son collègue qu’il ne mettra pas un rond pour acquérir la pierre, car tous les précédents propriétaires sont brutalement décédés.

Jean Splitt ne croit pas à la thèse du diamant maudit ou du diamant qui tue, mais, pourtant, quand il suit, par curiosité, le nouvel acquéreur, un riche Brésilien, il assiste impuissant à son assassinat en pleine rue. Il parvient tout de même à se lancer à la poursuite du tueur, mais celui-ci prend la fuite dans une voiture…

Tout d’abord, il est utile de préciser que bien que le fascicule d’origine ne possède que 32 pages, il contient presque le double de texte que les fascicules du même format.

Effectivement, l’intrigue se déroule sur 18 000 mots, ce qui laisse la place pour développer un peu plus l’intrigue qu’ordinairement.

Je dois aussi rappeler que ce texte a été publié quelques années (2 ou 3) avant les séries de l’auteur que j’avais dégusté.

Je ne sais pas si ces deux infos expliquent mon sentiment un peu mitigé à ma lecture, mais probablement.

D’ailleurs, en y réfléchissant bien, ce texte daté de 1941 a des airs, dans le sujet et dans le style de textes écrits dans les années 1930.

Pourtant, il ne me semble pas qu’il y ait trace de textes de l’auteur datant d’avant 1939, mais sait-on jamais.

À moins qu’il ne s’agisse d’une œuvre de jeunesse non publiée à l’époque et retravaillée par la suite… je ne sais pas.

Toujours est-il que le centre du sujet (que je ne peux dévoiler) était souvent usité dans les petits récits policiers dans les années 1920-1930.

Le héros lui-même, Jean Splitt, me donne l’impression de sortir de la décennie précédente.

Bref, peu importe, il est des fascicules policiers des années 1930 d’excellente facture, là n’est pas la question.

Le problème se situe plus dans une sorte de naïveté dans l’intrigue, dans la narration et dans les relations entre les personnages que l’on ne retrouve pas dans les séries de l’auteur que j’ai tant aimé.

Cela ne veut pas dire que « Le diamant qui tue » est un mauvais récit policier, mais juste que, d’une part, l’auteur n’utilise pas à bon escient (c’est-à-dire pour son intrigue) les 18 000 mots de son texte et que, d’autre part, sa narration n’est pas à la hauteur de ce qu’il m’a habitué et je ne crois pas que ce soient les deux années sensées séparer ce texte des séries qui explique cela.

Je ne crois pas non plus que le fait soit dû à la signature (Géo Duvic et non Maurice Lambert) à moins que l’on ne parte sur l’hypothèse d’un « nègre » pour écrire les textes signés de son pseudonyme, ce à quoi j’ai dû mal à croire.

Donc, reste le texte de jeunesse ou un certain manque d’inspiration.

Rebref.

« Le diamant qui tue » n’est donc pas un mauvais récit policier bien qu’il soit, comme je l’ai déjà dit, très naïf sous bien des aspects.

Le principal résidant dans son intrigue qui peine à être crédible. Les motivations du tueur, bien que Géo Duvic les lui fasse expliquer, ne tiennent pas la route.

Ensuite vient le parti pris de l’utilisation de l’espace. Car, la plupart du texte est dévolu à mettre en place l’ambiance de la salle de vente et non à l’intrigue policière et à sa résolution, ce qui oblige l’auteur à faire des grandes ellipses pour arriver à l’arrestation de l’assassin, ce qui est quand même dommage sur 18 000 mots alors que l’auteur n’en avait pas besoin sur 10 000.

Alors, que reste-t-il ? Un récit policier un brin naïf, pas plus mauvais que ce qui se faisait à l’époque, mais, malheureusement, pas meilleur non plus et, surtout, loin d’atteindre les sommets auxquels Maurice Lambert m’avait habitué.

Au final, un récit policier en deçà des épisodes des diverses séries de l’auteur et qui pêche, peut-être, par un manque d’expérience.

Les murmures de l'apocalypse

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Depuis quelque temps, je me penche sur la plume d’Alexandre Léoty, un jeune auteur de romans policiers de la région Toulousaine.

Je l’ai découvert à travers sa série des enquêtes du journaliste Gabriel Hadour (3 romans lus sur les 4), mais j’étais curieux de savoir ce que l’auteur pouvait proposer avec d’autres personnages, aussi me suis-je plongé dans son dernier roman, « Les murmures de l’Apocalypse ».

Je dois avouer que si je me suis intéressé à cet auteur, c’est parce qu’il était publié chez TDO Éditions, un petit éditeur (qui grandit) de ma région et que j’étais curieux de lire ce qu’il publiait dans mon genre de prédilection : le roman policier.

Si j’ai continué ma découverte de l’auteur, c’est forcément parce que j’ai apprécié ses romans, et ce malgré des défauts, mais aussi grâce à un défaut.

Oui, les défauts d’Alexandre Léoty sont ceux usuels des auteurs qui suivent la méthode du « Le Polar pour les Nuls », c’est-à-dire qui font comme les écrivains à succès du genre en proposant aux lecteurs ce qu’ils attendent en lisant un Thriller…

Généralement, je n’insiste pas trop avec ce genre d’auteurs et même quand j’ai apprécié les premiers romans (Bernard Minier, Franck Thilliez, J.C. Grangé…)

Mais un défaut dans la plume d’Alexandre Léoty a fait que la lecture de ses romans est devenue, pour moi, ludique : l’utilisation excessive du « hochement de tête ».

Je m’explique.

Je loue souvent (toujours) la plume de J.A. Flanigham, notamment pour son excellente maîtrise des incises. Souvent intégrées dans les dialogues (mais pas que) ces indications scéniques, bien utilisées, permettent d’étoffer des personnages, de dépeindre des ambiances, et ce en quelques mots qui sont souvent plus éloquents que de grandes phrases.

La plupart des auteurs se contentent, dans les dialogues, de « dit-il », « répondit-elle », « affirma-t-il », « s’exclama-t-elle »…

Certains rajoutent des indications supplémentaires sur l’état d’esprit du personnage : « soupira-t-il en baissant les bras », « cria-t-il en tapant du poing sur la table »...

Bon, J.A. Flanigham fait beaucoup mieux que tout cela, mais je vous laisse le découvrir en lisant ses textes.

Chez Alexandre Léoty, les personnages, tous autant qu’ils sont, surtout les enquêteurs, ont la fâcheuse tendance à « hocher de la tête ». Pour un oui, pour un non, quand ils sont d’accord, ou, au contraire, sont en désaccord, quand ils sont heureux ou mécontents, ils hochent la tête.

Cette particularité m’a tellement frappée à ma première lecture d’un roman de l’auteur, « Le Diable des Pyrénées » que c’est rapidement devenu un jeu de compter les hochements de tête.

Et c’est ce détail, entre autres, qui m’a incité à poursuivre mes lectures, ce défaut ajoutant un petit plus à des romans qui s’inscrivaient un peu trop dans ce que « le Polar pour les Nuls » conseillerait aux auteurs s’il existait.

D’ailleurs, ce défaut et donc le jeu que j’ai instauré du « comptage des hochements de tête » fonctionne dans tous les romans d’Alexandre Léoty (du moins ceux que j’ai lus), la preuve avec le décompte suivant du nombre de « hochement de tête » par roman :

Les ombres du Midi : 25

Le tueur du canal : 41

L’or caché de Toulouse : 45.

Le diable des Pyrénées : 56

Les murmures de l’Apocalypse : 48

On voit que le nombre a tendance à augmenter avec le temps (je les ai classés par ordre de publication, si je ne me trompe) et ce quelque soit l’éditeur puisque « L’or caché de Toulouse » n’est pas publié chez T.D.O. Éditions, mais Les Éditions du 38.

Bref, voici donc mon ressenti sur « Les murmures de l’Apocalypse », un roman publié chez T.D.O. Éditions en début d’année 2022.

Les murmures de l’Apocalypse :

Le corps d’un homme sans nom est retrouvé dans une tombe fraîchement creusée, dans les ténèbres du cimetière de Terre-Cabade, à Toulouse. Une sépulture qui ne lui était pourtant pas destinée… Ce sinistre messager d’outre-tombe n’est que la première victime d’une série de meurtres atroces commis par celui que la presse surnomme vite « Le tueur aux quatre éléments ».
Pour traquer ce maniaque qui ensanglante la région, Tessa Marie-Luce, commandant au SRPJ de Toulouse, ne pourra compter que sur son courage. Et le soutien d’un étrange jeune homme, reclus depuis des années dans la solitude de ses secrets. Ensemble, ils n’auront que quatre jours et quatre nuits pour découvrir l’identité de l’assassin. Avant que l’Apocalypse ne s’abatte sur la Ville rose.

Tessa Marie-Luce aurait espéré une meilleure première journée en prenant son poste de commandant au SRPJ de Toulouse, en provenance de Martinique pour fuir, avec sa jeune fille, un mari et père et refaire sa vie. Effectivement, débuter par une affaire de Zombi dès son premier jour, voilà qui n’est pas banal. Heureusement, le « Zombi », retrouvé enterré dans une tombe qui n’est pas la sienne, la main sortant de terre, comme dans un film de George Romero, n’est qu’un cadavre banal, dont la mort a été mise en scène par un assassin qui, lui, n’est pas banal.

Problème, la police tarde à découvrir l’identité de la victime. Heureusement, Tessa recevra un SMS d’un inconnu lui donnant le nom du défunt. La signature du SMS rappelle quelque chose à son collègue, celle d’un hacker qui donne parfois un coup de main à un de ses amis…

Que dire de ce roman d’Alexandre Léoty ?

Déjà, que l’auteur continue de suivre les mêmes recettes que dans ses précédents et donc celle du « Le polar pour les Nuls ».

D’abord, proposer des meurtres bien bizarres, un tueur énigmatique, des messages laissés à la police, le tout ayant, si possible, un rapport avec le mysticisme, la religion ou quelque chose du genre.

L’Apocalypse ! C’est bien, l’Apocalypse. Un bon thème.

Ensuite, un bon roman policier se doit d’être mené par un duo d’enquêteur hétérogène.

D’ailleurs, généralement, les auteurs utilisent les codes du « buddy movie » ce genre de films ou deux personnages totalement opposés se voient contraints de faire équipe et vont finir par s’apprécier. On pense à « L’arme fatale », « 48 heures », « La chèvre », « Les compères », « Rush Hour » et je ne vous ferai pas une liste exhaustive, ce serait trop long.

Ici, vous prenez une jeune femme venue de Martinique avec sa petite fille. Mère célibataire (ou divorcée) qui doit jongler avec son travail, des lieux et des collègues qu’elle ne connaît pas, une fillette à faire garder…

Vous lui adjoignez un hacker agoraphobe, mysophobe, qui vit reclus depuis trois ans dans un château d’eau rénové et adapté à ses phobies sans jamais sortir de chez lui ni voir personne…

Et hop, le tour est joué, du moins si l’on n’est pas trop exigeant sur la crédibilité et sur les facilités avec lesquelles, d’une part, la police joue avec les règles et, d’autre part, le hacker, Jacob, parvient à surmonter ses phobies.

Vous ajoutez un peu de drame dans la vie des deux personnages pour les rapprocher (la mort dramatique de sa femme et son enfant pour Jacob, un mariage qui a dégénéré pour Tessa) et vous avez tous les éléments d’un bon duo d’enquêteurs.

Forcément, ils vont commencer par se détester et finir par s’apprécier, comme toujours.

Quant au tueur, un assassin mystérieux, énigmatique, mystique…

Vous ajoutez des chapitres courts alternant sur les futures victimes et sur l’enquête, d’autres sur le passé d’un ou des deux enquêteurs, le tout rythmant les chapitres dédiés à l’enquête.

Vous saupoudrez le tout avec des rebondissements, un peu d’action, de fausses pistes, des révélations et une fin cataclysmique et hop, vous avez un bon roman policier, du moins un roman policier respectant parfaitement les codes du « Polar pour les Nuls » que je vais finir par écrire si ça continue.

Vous comprendre qu’ici rien de nouveau, l’auteur reprend les mêmes schémas, les mêmes codes et propose un roman dans la lignée de ses précédents bien qu’il ait changé de personnages.

Ni mauvais ni bon, un roman policier qui fait le job à partir du moment où on n’est pas trop exigeant du côté de la crédibilité, tant du côté de la police que du hacker ou du tueur.

Il faut avaler les justifications et les motivations de l’assassin (très tirées pas les cheveux), supporter ces chapitres (heureusement courts) sur les différentes victimes ; croire en la capacité d’un être tel Jacob à sortir malgré tout de chez lui et se confronter aux autres (l’auteur ne doit pas connaître de personnes souffrantes de telles phobies pour croire à son histoire) et croire encore plus au fait que la police ferait appel à un tel personnage et, surtout, le traînerait sans que cela soit nécessaire, sur les scènes de crime.

Si vous acceptez tout cela, alors, vous passerez un bon moment lors de la lecture de ce roman.

Pour ma part, généralement, je fuis un peu les auteurs se référant au « Le polar pour les Nuls ». Oui, mais voilà, Alexandre Léoty a deux avantages, celui d’être publié chez TDO Éditions et, surtout, le côté ludique de la lecture de ses romans du fait du « comptage des hochements de tête ».

Au final, un roman policier qui s’inscrit dans la lignée des précédents de l’auteur et de ceux proposés par tous les auteurs de Thriller qui cherchent à avoir du succès en singeant les romans qui se vendent bien. De quoi hocher la tête dubitativement.

Trop tard, Mrs Grant !

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Maurice Lambert, de son vrai non Géo Duvic (1900-1968) est un auteur qui est entré dans mon palmarès des maîtres du fascicule policier grâce à son style, ses personnages et, surtout, sa maîtrise du format fasciculaire et du genre policier.

Effectivement, les enquêtes de ses personnages récurrents (le commissaire Mazère, l’inspecteur Machard, l’ancien policier A.B.C. Mine) m’ont enthousiasmé par la qualité littéraire, mais surtout par cette maîtrise rare du format fasciculaire, 32 pages (textes de 8 à 12 000 mots) et du genre policier au sein de ce format contraignant (parvenir à proposer une intrigue, des personnages, des suspects, de fausses pistes, des rebondissements et une fin qui tient la route) que j’ai rarement observé durant mes nombreuses lectures de fascicules…

Mais, après avoir dévoré les « séries » de l’auteur, je plonge maintenant dans ses récits indépendants.

C’est au tour de « Trop tard, Mrs Grant ! » de passer sur le grill.

Ce titre est paru en 1946 sous la forme d’un fascicule de 16 pages, double-colonne (texte de 11 500 mots) dans la collection « ÉNIGMA » des éditions Nicéa.

La collection « ÉNIGMA » est donc une collection d’un peu moins d’une vingtaine de titres qui ont pour particularité (du moins les premiers) de proposer, en fin de lecture, une grille de mots croisés permettant aux lecteurs de trouver l’identité du coupable…

« Trop tard, Mrs Grant ! » est le premier titre de cette collection.

TROP TARD, MRS GRANT !

L’inspecteur O’Mara est appelé dans la propriété de Moor House pour enquêter sur le meurtre de Terry Grant, le fils de la maîtresse de lieux.

La victime a été retrouvée au petit matin, poignardée dans sa chambre. L’arme du crime a disparu ainsi que les bijoux du défunt.

Si la vieille Mrs Grant opte pour l’acte d’un rôdeur, O’Mara est bien convaincu que le coupable est à chercher parmi ceux qui logent à Moor House : Mrs Grant, Norma Grant, sa bru, Sidney et Edna Turner, un couple d’amis de Terry, et M. Graville, un homme qui était en affaires avec Terry Grant… et les divers domestiques…

Une chose est certaine pour le policier, aucun des protagonistes de l’histoire n’a une réaction normale face au décès…

La vieille Mrs Grant, outre le couple formé par son fils Terry et sa bru Norma, abrite dans sa propriété de Moor House, quelques invités (Sidney et Edna Turner, M. Graville) et quelques domestiques.

Quand au petit matin, le valet de chambre découvre Terry mort d’un coup de couteau, l’inspecteur O’Mara, chargé de l’enquête, peut s’étonner de la réaction des divers protagonistes.

Que ce soit la mère ou la femme du défunt, la peine ne semble pas le sentiment premier qui les anime. Quant aux autres… la tristesse n’est pas de mise.

Bien que tout semble indiquer le crime d’un rôdeur (vol des bijoux de la victime, une porte donnant vers l’extérieur demeurée ouverte), la vieille Grant pense que la meurtrière est sa propre bru, une épouse qui n’aimait plus son mari.

D’ailleurs, Norma Grant ne se sent pas à l’aise à Moor House et elle a bien raison…

Si la plupart de mes lectures précédentes des récits de l’auteur proposaient un récit plongeant dans un genre policier classique, ici, on sent que Maurice Lambert s’essaye au roman noir à l’américaine.

C’est probablement la raison qui le pousse à poser son intrigue aux É.-U.

Maurice Lambert cherche donc à offrir aux lecteurs une ambiance noire, pesante, avec un crime commis dans une propriété et la certitude, pour les lecteurs et l’enquêteur que le coupable vient de l’intérieur.

Mais, à l’intérieur, 5 survivants, en plus des domestiques.

Et les interrogatoires des divers protagonistes démontreront à l’inspecteur O’Mara, que chacun a un alibi incontrôlable (ils dormaient tous au moment du crime, mais ils dormaient seuls) et des réactions loin d’être habituelles dans ce genre de circonstance.

Peut-être est-ce contraint par le principe de la collection (la fameuse grille de mots croisés finale révélant l’identité du coupable) qui a imposé à l’auteur le déroulé de son intrigue, le système des interrogatoires, les non-dits et le fait que chaque protagoniste agit bizarrement et pourrait être l’assassin.

Sans doute, même, bien que l’on ai déjà vu ce genre de situation, notamment dans le « Whodunit », sous-genre cher à Agatha Christie dans lequel l’enquêteur regroupe tous les protagonistes d’un crime pour innocenter chacun avant de dénoncer le coupable.

D’ailleurs, la grille a un peu cette fonction, en plus ludique.

Il faut bien avouer que l’aspect ludique et le récit policier ont toujours fait bonne entente.

Que ce soit cette collection, la série des « 13 » de Georges Simenon pour le magazine détective dans laquelle 13 récits contaient chacun un crime avec suffisamment de détails pour que le lecteur devine seul le nom du coupable qui était donné la semaine suivante, « Les 5 dernières minutes » de l’inspecteur Bourrel à la télévision, j’en passe et des meilleurs jusqu’aux nombreux jeux de société s’appuyant sur le genre policier (« Cluedo » en tête).

Bref, c’est donc forcément une bonne idée. D’autant plus que, dans ce récit, on peut facilement se passer de remplir la grille (pour les plus fainéants, les plus impatients, ou les lecteurs de la réédition numérique qui, bien qu’elle comporte la grille, n’est pas un format pratique pour ce genre de sport) pour suivre l’enquête et obtenir la réponse.

Du coup, le passage par la grille n’est pas une obligation et le sauter n’entache en rien le plaisir de lecture.

Pour ce qui est du texte lui-même, je dois avouer que j’ai préféré les enquêtes des récurrents de l’auteur, mais plus parce que le genre abordé n’est pas le même que pour des qualités purement littéraires.

Cependant, l’ensemble est agréable à lire même si on peut tiquer sur la qualité de l’intrigue et surtout de sa conclusion bien que cette faiblesse soit principalement à mettre sur le compte du principe de la collection (la fameuse grille).

On notera, en plus, l’excellence de l’illustration de couverture.

Au final, à partir d’un principe ludique et sympathique (une grille de mots croisés pour découvrir l’identité du coupable), Maurice Lambert propose un récit qui pâtit un peu de ce parti pris, mais qui s’avère tout de même très agréable à lire.

30 octobre 2022

Quartier Chinois 1938

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Vous le savez si vous suivez mes chroniques, je suis particulièrement friand de la littérature populaire policière fasciculaire de la première moitié du siècle dernier…

Ce format court se départageait principalement en deux sous-formats : le fascicule de 64 pages et celui de 32 pages.

Le premier proposait des textes d’environ 20 000 mots, ce qui correspond à la moitié d’un petit roman.

Le second, lui, renfermait des textes entre 8 000 et 12 000 mots.

Si le fascicule de 64 pages laissait une latitude suffisante aux auteurs pour s’exprimer, celui de 32 pages, lui était à ce point contraignant que peu d’auteurs sont parvenus à s’y épanouir…

Effectivement, en 10 000 mots, il est impossible de proposer une intrigue convaincante, difficile de développer suffisamment des personnages pour les rendre attachants, quasi impensable, en respectant les codes du genre, d’instiller un style et de faire preuve d’une plume originale…

Du coup, malgré le grand nombre de fascicules de 32 pages que j’ai lus, j’ai rarement découvert des auteurs réussissant l’exploit de proposer un récit complet dans tous les sens du terme…

Parmi ces auteurs, je citerai Charles Richebourg, J. A. Flanigham, et dans une moindre mesure René Byzance.

Mais je peux surtout avancer le nom de Maurice Lambert, un pseudonyme de Géo Duvic (1900-1968), romancier et parolier.

Si jusqu’à présent, je m’étais régalé avec les récits de Maurice Lambert mettant en scène ses personnages récurrents (commissaire Mazère, l’inspecteur Machard, A.B.C. Mine)… depuis peu, je découvre les récits indépendants de l’auteur et, pour confirmer les talents de Maurice Lambert, rien de mieux que de plonger à nouveau dans des fascicules de 32 pages avant de tester des textes plus longs.

Le titre du jour « Quartier Chinois 1938 » est un récit d’aventures publié en 1943 dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot sous la forme d’un fascicule de 32 pages, double colonne.

QUARTIER CHINOIS 1938

André Vallier, reporter français, arrive dans la ville chinoise de Chien-Men alors que celle-ci s’apprête à subir un pillage de l’armée du terrible général Li-Tsang.

Regroupé avec d’autres Européens, dans l’Hôtel Intercontinental, le journaliste fait la connaissance de Crawer, un sympathique Belge, et de Janette, sa ravissante fille.

Quand Li-Tsang débarque dans l’établissement et s’approche de trop près de la jeune femme, André Vallier tente de s’interposer, provoquant la rage de Li-Tsang et ne doit la vie qu’à l’intervention de Crawer qui le présente comme son associé…

Obligé alors d’assister à une entrevue entre Li-Tsang et Crawer, Vallier apprend que ce dernier est un trafiquant d’armes en affaire avec le tyran…

Alain Vallier, journaliste français, débarque à l’Hôtel Internationale de Chien-Men, en Chine, pour faire un reportage sur le pays.

Il y fait la connaissance de Crawer, un belge et de Janette, sa ravissante fille.

Mais, la ville est prise d’assaut par les hommes de l’impitoyable général Li-Tsang.

Quand les pillards pénètrent dans l’hôtel, Vallier intervient quand Li-Tsang s’approche de Janette, obligeant Crawer à intervenir et, pour sauver la vie au jeune homme, à présenter le journaliste comme son associé.

Ainsi, Vallier apprend que Crawer est un trafiquant qui livre des armes et des véhicules aux hommes de Li-Tsang contre de l’argent.

D’abord dégoûté par l’homme qu’il jugeait sympathique, qui plus est père d’une femme dont il s’est épris, Vallier retrouve des meilleurs sentiments envers lui quand il apprend que Crawer livre des armes également à l’ennemi de Li-Tsang, dans le seul but que diverses armées renégates s’entretuent afin de se venger de la mort de sa femme assassinée lors d’un tel pillage…

C’est donc bel et bien à un récit d’aventures auquel Maurice Lambert convie les lecteurs. D’aventures exotiques, même, puisque l’intrigue se déroule dans une chine miséreuse, sauvage, tel qu’elle devait l’être dans l’esprit des Européens casaniers de l’époque (peut-être même dans la réalité, je ne peux le savoir).

Le lecteur a ainsi le droit au racisme ordinaire de l’époque, heureusement révolu, désormais, chez nos contemporains les mieux éduqués et les moins bas du front.

Les termes utilisés pour définir les Orientaux sont les mêmes que l’on retrouve depuis plusieurs décennies dans la littérature de l’époque et ne sont pas plus élogieux que ceux désignant les Africains ou les Juifs. Le racisme de jadis faisait peu de différence entre les non-blancs.

Bref, on passera sur ces passages qui choquent désormais nos rétines en remettant ceux-ci dans un contexte et une époque où même les auteurs faisant preuve de plus d’ouverture d’esprit ou de xénophilie employaient malgré tout des termes tels « nègres », « jaunes » et autres joyeusetés du genre.

Qui dit récit d’aventures, dit aventure et donc, celui-ci ne nécessite pas de s’appuyer sur une réelle intrigue. C’est le cas ici avec une histoire contant la volonté de rédemption d’un trafiquant d’armes qui décide de mettre sa vengeance de côté après avoir fait un dernier coup d’éclat en arnaquant deux opposants.

Petite intrigue sentimentale en plus, avec la relation entre le journaliste et la fille du trafiquant, histoire d’adoucir le tout.

Je dois bien avouer que l’ensemble est loin d’atteindre les sommets auxquels l’auteur m’avait habitué avec ses enquêtes policières. Le genre « aventure » moins codifié que celui « policier », fait que l’auteur, de par son cadre plus lache, paradoxalement, a plus de difficultés à s’exprimer naturellement. On ne dira jamais combien la contrainte facilite l’écriture…

Au final, un récit d’aventures moins enthousiasmant que les récits policiers de l’auteur et ce pas uniquement du fait que le texte est saupoudré du racisme ordinaire de l’époque.

L'assassinat du Spirite

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Maurice Lambert, j’ai toujours aussi peu de choses à dire sur l’homme, dont je ne sais pas grand-chose si ce n’est qu’il est né en 1900, mort en 1968 et qu’il fut chansonnier et journaliste.

Par contre, sur l’auteur, j’ai beaucoup à vous conter à moins que ce beaucoup ne se résume qu’en quelques mots : un bon écrivain maîtrisant à la fois le genre policier et le format fasciculaire 32 pages, une double maîtrise relativement rare dans le domaine de la littérature fasciculaire.

L’ASSASSINAT DU SPIRITE

Sa brillante défense du devin indien Itoka vaut à l’avocat Fred Laurent d’être invité à une soirée spiritisme par la richissime MadameDelphin, dans son château isolé, en compagnie de divers spécialistes des sciences occultes.

À peine arrivé avec sa jeune épouse dans les murs ancestraux, malgré la tempête qui sévit à l’extérieur, Fred Laurent est félicité par une vieille femme prétendant lire dans les braises du feu de cheminée.

Soudain, perturbée par une vision, celle-ci annonce avec gravité qu’une personne va mourir dans la nuit…

Le jeune avocat Fred Laurent est invité, avec sa compagne, à participer à une soirée de spiritisme dans le château de Mme Delphin après avoir brillamment défendu le devin indien Itoka accusé d’assassinat.

À peine dans la demeure, une des invités, prétendant lire dans les braises de feu de bois, en regardant les flammes dans la cheminée, les prévient que quelqu’un mourra dans la nuit…

J’ai découvert la plume de Maurice Lambert à travers les aventures de certains de ses héros récurrents : le commissaire Mazère, l’inspecteur Machard et l’ancien policier A.B.C. Mine…

Ayant épuisé les textes concernant ces enquêteurs, me voilà lancé dans la découverte des récits indépendants.

Avec « L’assassinat du Spirite », l’auteur poursuit sa revisite des classiques du roman policier et des sous-genres souvent abordés.

Ici, le lecteur a le droit à un crime en chambre close avec une résolution à la « Whodunit », quand l’enquêteur réunit tous les suspects dans une même pièce pour expliquer le cheminement de ses réflexions et donner, au final, le nom du coupable.

Et l’auteur ne lésine pas en la matière en enfermant plusieurs personnes dans une pièce obscure à l’intérieur d’un vieux château, séparées du monde après l’écroulement sous la tempête de neige du pont permettant de communiquer avec l’extérieur.

C’est donc un récit un peu parodique que le lecteur découvre et ce d’autant plus que Maurice Lambert ajoute une pincée d’humour à travers les personnages de l’avocat et de sa femme, deux personnes cartésiennes plongées dans une foule d’hommes et de femmes croyant aux esprits, à la divination…

Bien évidemment, du fait du format court (12 000 mots), l’intrigue se révèle assez simple et la narration linéaire avec quelques facilités afin de proposer aux lecteurs plusieurs suspects, des fausses pistes, des rebondissements.

On pardonnera donc ces ficelles nécessaires afin d’empaqueter un texte agréable à lire et ce d’autant plus que l’ensemble est bien mené, que les genres abordés sont maîtrisés ainsi que la narration, l’aspect parodique et, qu’en plus, l’auteur met en scène un sympathique couple d’enquêteurs et saupoudre le tout d’une petite touche d’humour.

Au final, bon, si j’espérais que Maurice Lambert puisse me décevoir une fois privé de ses personnages récurrents, il n’en est heureusement rien.

La croisière du Noordland

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Maurice Lambert, de son vrai nom Géo Duvic (1900-1968) est un parolier et auteur de littérature populaire fasciculaire.

Depuis que je l’ai découvert, je ne cesse de découvrir avec plaisir le moindre de ses textes tant je suis toujours conquis par son sens de la maîtrise du genre policier et du format fasciculaire.

Effectivement, le format fasciculaire, surtout celui de 32 pages, est un format très contraignant où il est extrêmement difficile de performer.

La plupart des auteurs qui s’y sont frottés se sont contentés, au mieux, de livrer des textes plaisants à lire, au pire, des purges et, la plupart du temps, de proposer le minimum syndical, c’est-à-dire un texte bouchant sans déplaisir un petit moment de lecture…

Rares sont ceux qui sont parvenus à offrir aux lecteurs de véritables romans policiers condensés, en maîtrisant à la fois son intrigue, ses personnages, le genre policier le tout mené d’une belle plume.

En la matière, le premier qui me conquit fut Charles Richebourg avec ses enquêtes du commissaire Odilon Quentin.

J.-A. Flanigham, que ce soit avec ses personnages récurrents ou ses courts romans noirs, est également parvenu à cet exploit (ajoutant à cela une excellente plume).

René Byzance, par moment, s’est hissé à hauteur de ces deux écrivains.

Mais, comment ne pas citer Maurice Lambert qui, à travers ses enquêtes du commissaire Mazère, celles d’A.B.C. Mine ou encore celles de l’inspecteur Machard, a toujours ou presque flirté avec l’excellence ?

Aussi, c’est toujours pour moi un plaisir de découvrir un nouveau texte de l’auteur.

Le récit du jour : « La croisière du Noordland » est un récit d’aventures plus que policier, publié sous la forme d’un fascicule de 32 pages, double colonne, dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot en 1943.

Il fait partie des enquêtes de l’inspecteur Machard.

LA CROISIÈRE DU « NOORDLAND »

M. Zogrophos, dirigeant les productions cinématographiques « Francex » en est persuadé, le tournage de « Tragédie au large » doit se faire en conditions réelles, sur un véritable bateau, car les scènes en intérieur et dans un décor manquent cruellement d’authenticité.

Il loue le cargo « Noordland » pour y embarquer avec son équipe durant la traversée jusqu’en Hollande.

Dans le même temps, le professeur Merlier, en graissant la patte du capitaine du navire, parvient à monter à bord avec des caisses contenant du matériel médical…

Alors que le « Noordland » s’éloigne des côtes, l’atmosphère s’alourdit, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du caboteur…

Une tension évidente se crée entre Merlier et Zogrophos.

Le scientifique est étrangement sur ses gardes quant à son chargement.

Et puis le soutier embauché juste avant le départ se montre trop curieux pour être honnête…

M. Zogrophos, producteur de la boîte de production cinématographique Francex, est consterné par les séquences tournées pour le film « Tragédie au large »…

Selon lui, on ne croit pas du tout à la scène de tempête sur un bateau tourné en intérieur. Le décor n’est pas réaliste, les acteurs ne sont pas empreints de leurs personnages.

Aussi décide-t-il d’embarquer toute son équipe sur un vrai navire et les filmer au sein d’une véritable tempête.

Il loue, à cet effet, le cargo « Noordland » sur lequel tout le monde embarque pour une « croisière ».

Mais, outre un étrange professeur qui a payé le capitaine du bateau pour embarquer avec de mystérieuses caisses contenant des ustensiles médicaux, les gens de cinéma vont également faire la connaissance d’un mystérieux soutier un brin trop curieux pour être honnête…

Bien évidemment, avec ce résumé et sachant qu’il s’agit au final d’une enquête de l’inspecteur Machard, on se doute bien qui est le soutier…

Il faut dire aussi qu’à l’origine, le texte fut publié (comme les autres de l’auteur) au sein de collection généraliste de genre policier, mélangé avec d’autres titres écrits par d’autres auteurs et que rien ne signalait aux lecteurs s’il s’agissait d’une aventure mettant en scène un personnage qu’il avait déjà rencontré dans la collection.

D’ailleurs, je dois bien avouer que ce n’est que vers la fin de la lecture du fascicule original que je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’une enquête de l’inspecteur Machard.

Car, jusqu’à cette révélation, le récit se dirigeait plutôt vers un récit d’aventures et rien ou presque ne laissait présager de la présence du récurrent de l’auteur.

D’ailleurs, cela se ressent à la lecture du texte qui pâtit du genre hybride abordé.

Effectivement, dans ses récits purement policiers, Maurice Lambert s’appuie, en les respectant, sur les codes du genre : un meurtre, des suspects, des fausses pistes, des rebondissements, une enquête, des indices, résolution, fin.

Ici, forcément, la plupart des éléments sont manquants et seul le personnage de Machard rattache réellement l’ensemble au genre policier.

Du coup, le texte manque cruellement de tout ce qui fait l’atout d’un récit policier de Maurice Lambert sans pour autant se révéler désagréable à lire.

Évidemment, l’auteur n’a pas perdu tout son talent dans l’affaire et il parvient à délivrer un récit plaisant à lire, mais celui-ci peine à arriver à la cheville des autres enquêtes du personnage.

Il faut bien avouer que, s’il est très ardu d’exceller dans un tel format à se confrontant à un genre extrêmement codifié, cela l’est encore plus quand on aborde un genre hybride et que l’on manque d’espace pour contourner celui-ci ou pour exploiter ses forces qui nécessitent une certaine latitude.

Au final, en s’éloignant un peu du genre policier tout en y gardant un pied, l’auteur perd les contraintes inhérentes au genre, mais qui sont également des ornières guidant sa plume vers un point final. Pas mauvais, mais loin de se hisser au niveau des autres textes policiers de l’auteur.

23 octobre 2022

Le tueur du canal

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Je découvre l’œuvre d’Alexandre Léoty et son personnage récurrent, le journaliste Gabriel Hadour, un peu dans le désordre.

J’ai fait la connaissance des deux à travers « Le Diable des Pyrénées », la 4e aventure de Gabriel Hadour, me semble-t-il, pour ensuite lire « Les ombres du Midi », la seconde et maintenant « Le tueur du canal », la troisième aventure du personnage.

Alexandre Léoty est né en 1983 et vivant à Villefranche-de-Lauragais, non loin de Toulouse et a suivi une formation en histoire.

Il est l’auteur de plusieurs bouquins sur l’histoire de l’aviation, la gastronomie toulousaine et, surtout quelques romans policiers dont certains mettent en scène le personnage de Gabriel Hadour.

Le tueur du canal :

Occitanie, de nos jours. Qui est ce maniaque qui kidnappe ces pauvres jeunes femmes, les assassine froidement et dépose leurs cadavres sur les passerelles des écluses du canal du Midi ? À quoi riment ces tristes mises en scène, ces dépouilles allongées sous des draps blancs, comme autant de linceuls ? Une fois de plus, le journaliste toulousain Gabriel Hadour se retrouve mêlé bien malgré lui à une affaire sinistre. Mais pour traquer celui que la presse a surnommé « Le tueur du Canal », il n’est pas seul. À ses côtés, la flic bretonne Yuna Klec ’h se bat pour sauver sa petite sœur, qui vient de tomber entre les griffes de l’assassin. Ensemble, ils ont cinq jours, pas un de plus, pour retrouver sa trace, avant que le tueur n’accomplisse sa besogne sanglante. Seront-ils de taille ?

Un mystérieux tueur en série kidnappe des jeunes filles pour déposer, quelques jours plus tard, leurs corps sur une écluse du Canal du Midi. La commissaire toulousaine Pinget, responsable de l’affaire, est retrouvée assassinée, une nuit, à son bureau. Par l’intermédiaire d’un testament placé chez un notaire, elle invite son ami le journaliste Gabriel Hadour, avec qui, par le passé, elle a déjà résolu plusieurs enquêtes, à reprendre l’enquête pour découvrir son assassin et celui des jeunes femmes. Mais Hadour va devoir faire équipe avec une jeune flic bretonne venue sur place, car la dernière fille enlevée est sa jeune sœur. Va s’en suivre alors un jeu de pistes entre les messages énigmatiques laissés par le tueur et ceux provenant de la commissaire Pinget via son notaire…

Je l’ai déjà dit, mais j’en ai un peu soupé des Thrillers à base de tueurs en série, car, au final, on retrouve toujours la même recette puisque les auteurs n’osent pas s’écarter d’une recette qui fonctionne auprès des lecteurs.

Alors, pourquoi m’intéresser à « Le Tueur du Canal » ? Tout simplement parce que j’ai lu deux autres aventures de Hadour.

Mais, pourquoi avoir lu les autres aventures de Hadour, alors ? Tout bêtement parce que celles-ci sont publiées chez T.D.O. Éditions, le petit éditeur qui grandit, que je suis depuis ses débuts et qui est installé non loin de chez moi.

Cet éditeur, spécialisé dans les romans terroirs, s’est ouvert au genre policier (le seul qui m’intéresse) tout en conservant l’aspect terroirs dans les romans. C’est ainsi que les intrigues se déroulent toujours en Occitanie et que les auteurs publiés, pour la plupart (tous ?) sont donc de cette région.

Mais, si j’ai poursuivi ma découverte de la plume de Léoty et des aventures de Gabriel Hadour, c’est bien que ma première lecture m’a plu, malgré des défauts que je pointe chez les autres.

Car, oui, Alexandre Léoty respecte parfaitement les codes du Thriller à succès en mettant à chaque fois en scène un tueur diabolique, mystérieux, un duo d’enquêteurs disparates, des rebondissements nombreux, la surprise du chef et j’en passe et des meilleurs.

En clair, Alexandre Léoty fait tout bien comme les grands (et la grandeur n’est ici que celle des ventes et non pas de la qualité littéraire).

Aussi, je pourrais mettre Alexandre Léoty comme j’ai fini par le faire de Bernard Minier, Franck Thilliez et consorts…

Oui, mais plusieurs raisons font que je suis plus indulgent avec Léoty qu’avec ses confrères plus médiatisés.

Déjà, parce que je suis toujours plus indulgent avec les « petits » qu’avec les « grands ».

Non, ne voyez pas là de la démagogie ou je ne sais quoi d’autre du genre. C’est juste que je considère qu’un écrivain avec une renommée moindre, publié chez un petit éditeur, a moins de moyens, de temps, d’appuis, pour écrire son roman. Du coup, il est normal d’être moins exigeant.

Ensuite, si je suis plus indulgent avec Léoty qu’avec ceux que j’ai cités, c’est aussi parce qu’il est publié par un « petit » éditeur et donc que celui-ci a également moins de moyens pour effectuer son travail éditorial.

Enfin, et je crois que c’était la principale raison, c’est que ma lecture « Le Diable des Pyrénées » s’était rapidement transformée en jeu puisque je comptais, de ligne en ligne, de page en page, la récurrence de l’expression « Hocher la tête », expression dont l’auteur abusait.

Je dois dire qu’en la matière, je fus déçu de ma lecture de « L’ombre du Midi ».

Heureusement, le jeu est de nouveau de mise dans « Le tueur du Canal ».

Mais, tout n’est pas qu’un jeu dans mes lectures.

Encore faut-il que le texte, la plume, tiennent la route pour que je ne referme pas rapidement le bouquin que j’ai entre les mains.

Donc, Alexandre Léoty fait tout bien comme les « grands » à tel point que l’on peut se demander pourquoi les autres sont super connus et pas lui.

Aucune raison a priori puisque les recettes sont les mêmes, les plumes ne diffèrent pas tellement (il faut être fédérateur et éviter les plumes trop virevoltantes…).

D’ailleurs, Léoty pousse le mimétisme, ici, jusque dans le portenawak de son intrigue que même J.C. Grangé n’aurait pas renié après « Le vol des cigognes ».

Car, si on décortique l’intrigue, rien ne tient la route. Mais peu importe.

Bien évidemment, je ne peux pas donner trop d’exemples au risque de divulguer des informations, mais, par exemple : Pourquoi la commissaire Pinget, qui semblait savoir bien des choses sur le tueur, communique-t-elle post mortem via des messages énigmatiques (très énigmatiques) et au compte-gouttes au lieu de livre tout ce qu’elle sait d’une manière claire et en un seul coup à Hadour ?

On peut également ergoter (et le terme est faible) sur les motivations du tueur, sur le comment il s’y est pris.

Pour résumer, chaque rebondissement est moins crédible que le précédent, et ce jusqu’à la super grande révélation finale…

Bon, peu importe, me direz-vous, c’est un constat que l’on peut faire sur presque tous les Thrillers à succès. (mais quand même).

De plus, comme Léoty suit à la lettre le « petit manuel du Thriller à succès », il n’oublie pas, comme il l’a fait dans les précédents opus et dans le suivant, de proposer une narration alternée, entre différents personnages (le tueur, la victime, les enquêteurs), mais également, comme il l’avait fait dans le précédent, entre le présent et le passé.

C’est ainsi que le lecteur alterne entre des morceaux du journal intime de la victime (heureusement très courts, car ils ne servent à rien) et d’autres sur une histoire vieille de 25 ans (heureusement très courts aussi).

Alors, que reste-t-il en faveur d’Alexandre Léoty ? Une plume par pire que les autres (et c’est un compliment de ma part), un personnage plutôt intéressant, Gabriel Hadour, et le petit jeu du « hochage de tête » qui m’a encore amusé.

Au final, Alexandre Léoty a tout d’un grand auteur de Thriller, du moins reprend-il parfaitement les codes du genre, trop parfaitement, même, puisqu’il en conserve le moindre défaut.

Jeux dangereux

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C’est toujours exaltant de découvrir une œuvre ou l’auteur d’une œuvre que personne ou presque ne connaît.

Mais, en parallèle, c’est très frustrant de ne pouvoir parler de cette œuvre ou de cet auteur, faute de trouver des personnes connaissant l’une ou l’autre.

C’est ce que je ressens souvent, lors de mes découvertes, qu’elles soient littéraires ou cinématographiques, du fait que mon intérêt se porte presque toujours vers des œuvres oubliées ou méconnues dans notre Pays.

C’est gênant quand il s’agit de films étrangers (de Hong Kong, de Corée du Sud, du Japon ou plus récemment d’Inde), ça l’est encore plus quand ladite œuvre provient de notre si beau patrimoine.

En clair, j’aime la littérature populaire fasciculaire du siècle dernier, une immense part de notre patrimoine boudé, oublié ou méconnu des lecteurs d’aujourd’hui.

Dans cette immensité (et encore, je ne m’intéresse qu’au genre policier), le nombre d’auteurs sur lesquels j’aimerai échanger est grand.

Et, parmi ce grand nombre, je suis las de ne point trouver d’autres lecteurs des textes d’Albert Boissière, de Maurice Lambert ou, plus sûrement, de J.-A. Flanigham.

C’est de ce dernier dont il est question aujourd’hui puisque « Jeux dangereux », un fascicule de 64 pages publié en 1958 dans la collection « Police et Mystère - 2e série » des éditions Ferenczi, est signé J.-A. Flanigham.

De l’auteur, je ne peux rien vous dire, car on ignore qui se cachait derrière ce pseudonyme.

Certains avancent l’hypothèse qu’il s’agisse d’un pseudonyme commun à plusieurs auteurs. Mais, après lecture de plusieurs dizaines de titres signés J.-A. Flanigham, j’ai bien du mal à croire à cette thèse tant le style est homogène et excellent d’un texte à l’autre.

Tout ce que je puis vous apprendre c’est que le pseudonyme apparaît en 1945 et signe des textes pour les Éditions du Moulin Vert, puis pour les éditions Lutèce et, enfin, pour les éditions Ferenczi, jusqu’en 1959.

Que le même auteur utilisait probablement un autre pseudonyme, Raymond Gauthier.

Qu’il écrivit plusieurs dizaines de récits autour du personnage Bill Disley, un reporter anglais, puis de Dick et Betty Reutel, des aventuriers (anglais eux aussi) ainsi que 6 aventures des membres de l’Agence Garnier sans compter un bon nom de récits noirs.

Enfin, que l’auteur était passé maître dans l’art de l’utilisation des incises, ces indications scéniques souvent insérées dans les dialogues et qui permettent d’appréhender mieux l’état d’esprit des personnages.

JEUX DANGEREUX

Peter, diplomate anglais en poste à Paris, retrouve, dans la capitale, son ami Ronald, un agent secret américain chargé de récupérer, en collaboration avec la D.S.T., des documents auprès d’un traître à l’organisation de Défense des Intérêts Orientaux.

Quand Ronald décède dans un accident de voiture à la suite d’un sabotage du véhicule, Peter est contacté par un membre du contre-espionnage français pour poursuivre la tâche du défunt.

Par désir de vengeance, Peter accepte de courtiser Maryse Dahl, une chanteuse de cabaret très proche d’un dangereux et énigmatique italien que Ronald avait repéré la veille de sa mort…

Peter est un diplomate anglais en poste à Paris. Ronald, qu’il a bien connu durant la guerre et avec lequel il est demeuré ami, est un agent des services secrets américains chargé de négocier des documents avec un traître d’une organisation de Défense des Intérêts Orientaux. Raoul, un agent de la D.S.T., pilote l’affaire.

Aussi, quand Ronald trouve la mort suite à un sabotage de son véhicule, Raoul propose à Peter de prendre du service et de découvrir qui a assassiné son ami et pourquoi.

Pour ce faire, il devra se rapprocher d’une chanteuse de cabaret, Maryse Dahl, qui est très proche d’un espion italien au rôle énigmatique…

C’est donc à un récit d’espionnage que nous convie cette fois J.-A. Flanigham.

Si l’intrigue se déroule à Paris, elle met en scène protagonistes de différents pays : Égypte, pays de l’Orient, anciens nazis, Américains, Français…

Comme souvent chez Flanigham et dans ce format médiant (fascicule de 64 pages ; récit d’environ 20 000 mots ; moitié d’un petit roman) son intrigue est à la fois simple et complexe.

Ici, une affaire d’espionnage assez simple : des traîtres dans une organisation cherchent à vendre des informations ; et une double affaire de vengeance impliquant des civils.

Et comme toujours, il y a au moins une femme au centre de l’intrigue (ici, une seule, la chanteuse de cabaret).

Généralement, la femme n’a que deux rôles chez Flanigham : l’oie blanche ou la femme vénéneuse et/ou vénale.

Ici, la même femme joue les deux rôles…

Il faut bien avouer que l’intrigue, format oblige, n’est pas haletante.

Et c’est là que l’on constate que le talent de Flanigham, notamment son art des incises, fait toute la différence.

Car, grâce à ces indications scéniques nombreuses, l’auteur parvient à la fois à densifier son récit et ses personnages. Par ces incises, il donne corps aux personnages, dépeint leurs sentiments en quelques mots, en un geste décrit, ce qui rend l’ensemble à la fois plus consistant et surtout plus intéressant à lire.

On pourrait presque se dire que peu importe l’histoire, ces incises rendent forcément le texte plaisant et c’est un talent rare que celui-ci et difficile à acquérir.

C’est pour cette raison que je ne crois pas à la thèse du pseudonyme commun. J’ai bien du mal à imaginer plusieurs auteurs maîtrisant aussi bien ce talent rare.

Bref.

Malgré cette intrigue qui n’est pas la plus intéressante au monde, J.-A. Flanigham parvient, parfois, à toucher le lecteur, ainsi que certains personnages qui, pourtant, se vantent de n’être point sentimentaux.

Pour le reste, une histoire d’espionnage, de meurtres, de mystification, de vengeance qui se révèle agréable à suivre même pour ceux qui, comme moi, ne sont pas fans de récits d’espionnage.

Au final, le talent de J.-A. Flanigham parvient à rehausser l’intérêt d’une histoire qui, écrite par un autre auteur, aurait pu me lasser. Ce n’est pas cette fois-ci que je serai déçu par la plume de J.-A. Flanigham

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Mort deux fois

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J.-A. Flanigham est un auteur énigmatique de la littérature populaire fasciculaire qui œuvra entre 1945 et 1959.

Dans ce laps de temps, ce pseudonyme (on ignore quel auteur se cachait derrière) signa plus d’une centaine de titres (130 en comptant les quelques rééditions) que l’on pourrait diviser en 4 catégories.

La première, la plus conséquente, est consacrée aux aventures du reporter Bill Disley.

Effectivement, le personnage eut le droit à trois séries distinctes, d’abord sous la forme de fascicules de 16 ou 32 pages, puis des épisodes plus imposants pour ses nouvelles aventures.

La deuxième est destinée aux aventures de Dick et Betty Reutel, un couple d’aventuriers détectives. Elle compte 7 ou 8 titres d’environ 10 000 mots.

La troisième comprend les aventures de l’Agence Garnier. Six épisodes d’environ 20 000 mots.

Puis vient celle regroupant les récits noirs de l’auteur, des fascicules de 32, 64, 96 pages destinées à des collections policières telles « Police et Mystère - 2e série » de Ferenczi.

C’est à cette dernière catégorie qu’appartient « Mort deux fois », un fascicule de 64 pages paru en 1958 dans la collection « Police et Mystère - 2e série » des éditions Ferenczi.

MORT DEUX FOIS

Le Destin est souvent un meilleur scénariste qu’un auteur de « polars » !

C’est ce que pourrait penser Fabienne Pressy, écrivain à succès, en se retrouvant plongée dans une sombre affaire mêlant son amant, son mari, sa secrétaire, un gangster venu d’Amérique, un « consortium du crime », des policiers, des journalistes…

Mais le Destin, contrairement aux romanciers, s’avère généralement moins charitable avec les principaux protagonistes de l’histoire qu’il orchestre…

Maria est la secrétaire de l’écrivain à succès Fabienne Plessy. Quittée par l’homme qu’elle aime, elle s’en épanche envers sa patronne et se rend alors compte que celle-ci était la maîtresse de son amoureux.

Quand les deux jeunes femmes apprennent la mort de ce dernier, elles ne se doutent encore par que ce crime n’est que la pierre d’achoppement d’une sanglante affaire…

Dans ce court roman de 20 000 mots, J.-A. Flanigham met en place une intrigue à la fois simple et complexe avec de multiples personnages, tant du côté des suspects que de celui des enquêteurs puisqu’en plus des deux policiers, l’affaire avancera grâce au travail d’un journaliste, d’indics et autres…

Comme dans tout récit noir de J.-A. Flanigham, celui-ci étant inspiré par les romans noirs à l’américaine, la femme est au centre de tout. Femme vénale, femme fatale, femme vénéneuse, les femmes sont, pour la plupart, jeunes, belles, et sources des pires travers de la société.

« Mort deux fois » n’échappe pas à la règle d’autant que ce n’est pas une, ni deux, mais trois femmes qui sont au cœur de ce drame.

L’auteur relie le crime français à celui d’outre-Atlantique à travers une double passerelle, celle mise en place par le personnage de Frédo, un gangster américain venu en France et celle d’un consortium du crime américain ayant lancé des tueurs dans l’hexagone.

Si l’on retrouve également l’art des incises de l’auteur, on peut cependant reprocher qu’il n’est pas ici porté si ce n’est à son paroxysme, du moins au niveau habituel.

L’auteur abuse effectivement de certaines incises, soit par manque de temps, soit par manque de relecture à moins que ce ne soit pour signifier des tics des personnages, mais j’en doute (ou alors, ce n’est pas assez explicite).

On peut également regretter qu’il n’y ait, dans cette histoire, aucun personnage attachant, les deux devant jouer ce rôle (l’inspecteur et la secrétaire de la romancière) n’étant pas assez fort ou assez développés pour attirer l’empathie du lecteur.

Heureusement, même quand J.-A. Flanigham n’est pas au meilleur de sa forme, cela ne l’empêche pas de livrer un texte appréciable et de proposer une lecture agréable à défaut de très agréable.

N’oublions pas que le format fasciculaire 64 pages est un format dans lequel il est difficile de s’épanouir. On en attend logiquement bien plus qu’un fascicule de 32 pages à qui on pardonnera un scénario basique ou certaines facilités, en oubliant qu’il ne permet pas de livrer autant que dans un roman de taille classique.

Au final, un récit noir à l’intrigue un peu complexe qui pâtit d’un trop grand nombre de personnages (même si certains n’apparaissent qu’en filigrane) et, surtout, de personnages principaux auxquels on a un peu de mal à s’attacher.

16 octobre 2022

Morte à jamais

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Jamais je ne clamerai assez toute la passion que je porte à la plume de l’auteur J.-A. Flanigham…

Et pourtant, difficile d’apprécier autant un écrivain dont on ne sait strictement rien.

Car, J.-A. Flanigham est indéniablement le pseudonyme d’un auteur français du siècle dernier.

Le premier texte signé de ce pseudonyme apparaît en 1945 dans la collection « Murmure d’amour » des éditions du Moulin Vert.

Il disparaît en 1958, avec le titre « Mi-Carême sanglante » dans la collection « Police et Mystère - 2e série » des éditions Ferenczi.

Entre les deux, près de 130 récits portent cette signature. Une partie est issue des rééditions affichées ou masquées.

Des fascicules de 16, 32, 64, 128 pages, quelques récits pour des magazines…

Des personnages récurrents : Bill Disley, Dick et Betty, les membres de l’agence Garnier…

Des récits ou des romans noirs…

Mais un point commun dans tous les textes de l’auteur : la qualité littéraire, l’art et la maîtrise des incises, de la narration et du genre abordé.

Bref, j’adore la plume de J.-A. Flanigham et réfute l’hypothèse émise par certains qu’il s’agit en fait d’un pseudonyme commun à plusieurs écrivains.

Car J.-A. Flanigham sait être drôle, touchant, tendre, sombre…

Car J.-A. Flanigham sait surtout écrire, bien écrire… très bien écrire…

Car J.-A. Flanigham est inspirant, de par son style, de par ses personnages.

Bref, je n’aurai de cesse de clamer toute l’admiration que j’ai pour J.-A. Flanigham et qu’importe que je ne sache jamais qui se cachait derrière ce pseudonyme.

Si j’ai dégusté les premières aventures de Bill Disley et toutes celles de Dick et Betty Reutel, que j’apprécie pour la légèreté et le format court ou toutes celles de l’Agence Garnier, j’aime de temps en temps plonger dans un récit noir de l’auteur.

C’est une nouvelle fois le cas avec « Morte à jamais », un titre publié initialement sous la forme d’un fascicule de 64 pages dans la collection « Police et Mystère - 2e série » des éditions Ferenczi en 1958 (l’avant-dernier titre paru de l’auteur. Un autre fut annoncé, mais n’a jamais été publié)…

MORTE À JAMAIS

Norma Briss… Frieda Klosterman… Christiane Roublier… Nelly Graveleur… Douchka Klisnier voire « Douchka l’aventure », autant de noms, de personnalités, de fausses vies… de quoi y perdre la sienne…

Surtout lorsque l’on désire en changer, se ranger, tester les joies d’une existence normale, sans arnaque, sans mensonge, sans haine…

Mais, pour quitter définitivement « l’association » à laquelle elle appartient, elle n’a que deux possibilités extrêmes : tuer… ou mourir…

Douchka l’aventure, tel est le surnom de cette belle jeune femme d’origine russe qui change de personnalité et d’identité pour charmer de riches et crédules hommes afin de les dépouiller d’une partie de leur fortune.

Mais elle n’agit pas seule, elle appartient à une association dirigée par David Frommel, alias David-le-rapace ou David-le-rat…

Douchka déteste les hommes, n’a jamais connu une vie normale et, pourtant, quand elle rencontre par hasard Thierry, c’est le coup de foudre.

Alors, elle n’a plus qu’un désir, laisser l’aventure derrière elle. Mais David-le-rapace n’acceptera jamais de perdre son gagne-pain. Alors, pour que son rêve se réalise, Douchka n’aura plus que deux solutions : tuer… ou mourir…

J.-A. Flanigham nous livre là un récit classique dont l’intrigue souffre un peu du fait de la concision exigée par le format du fascicule 64 pages.

Ne pouvant développer son histoire et ayant pour obligation d’écrire vite, l’auteur va donc sombrer dans une certaine facilité pour poser son intrigue et user un peu trop des hasards de la vie qui font que les personnages se rencontrent un peu trop facilement.

On pardonnera ce travers qui est inné au format et on appréciera une intrigue certes un peu trop commune avec un personnage désireux de se ranger des voitures, mais dont les partenaires voient d’un mauvais œil ce changement d’attitude.

Pour une fois, J.-A. Flanigham ne fait pas de son personnage féminin une personne totalement vénale et vénéneuse. Certes, au départ de l’histoire, Douchka s’inscrit dans le style de femmes qui pullulent dans les romans noirs à l’américaine dont s’inspire l’auteur, ces belles mantes religieuses qui en veulent à la vie ou à l’argent des mâles aveuglés par leur désir.

Mais Douchka va changer en découvrant l’amour… oui, dit comme cela, ça pourrait avoir l’air un peu gnangnan, mais Flanigham est plus doué que moi pour présenter la chose.

On se retrouve alors dans un récit, là aussi classique, de rédemption, une rédemption difficile à acquérir et qui n’a d’autre aboutissement que la mort, la sienne ou celles des autres…

On regrettera également que Flanigham n’use qu’avec parcimonie des incises (son habituel point fort) et qu’il a du mal à enrober ses clichés (le bel homme, la belle femme, le méchant vilain, les hommes riches et naïfs) avec un peu plus de substance.

M’enfin, comme dirait l’autre, il ne faut pas être trop exigeant avec un tel format contraignant.

Au final, pas le meilleur récit ni le plus noir de l’auteur, mais un texte de près de 20 000 mots qui se lit avec plaisir, car, après tout, un texte de J.-A. Flanigham se lit toujours avec plaisir. Et si vous n’en êtes pas convaincu, c’est que vous n’en avez jamais lu.

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Les ombres du midi

 

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De temps en temps, j’aime bien découvrir un ouvrage publié par T.D.O. Éditions, un petit éditeur d’à côté de chez moi (qui n’est plus si petit que cela) et que j’ai découvert quand il n’en était encore qu’à ses balbutiements…

J’apprécie l’évolution de la maison d’édition et, comme d’une production purement terroir, elle s’est, depuis, penchée un peu plus vers le monde du roman policier (terroir, tout de même), cela me permet, quelquefois, de lire un des livres qu’ils ont publiés.

Récemment, j’ai découvert, par leur biais, l’écrivain Alexandre Léoty, à travers son roman « Le diable des Pyrénées » qui mettait en scène, il me semble, pour la quatrième fois, le personnage du journaliste Gabriel Hadour.

Ayant apprécié de roman et le style de l’auteur malgré un certain classicisme, je reviens un peu en arrière en découvrant avec « Les ombres du midi », paru en 2019, la deuxième enquête du reporter.

Les ombres du midi :

Toulouse, de nos jours. Un vieillard est retrouvé assassiné dans son lit. Gazé au Zyklon B, l’arme des nazis. Son crâne a été rasé. Une croix gammée et un nombre étrange ont été gravés sur son torse. Au même moment, à Marseille, la sépulture d’un homme mort dix ans plus tôt est saccagée, victime d’une profanation manifestement antisémite. Mais dans les deux affaires, un élément trouble les enquêteurs : les deux victimes n’étaient pas juives. Des ruelles de la Ville rose aux artères brûlantes de la Cité phocéenne, en passant par les paysages déchirés de la campagne provençale, Anne Pinget, la vieille flic coriace, et Gabriel Hadour, le journaliste cynique, mènent une enquête tambour battant. Une impitoyable course contre la montre qui prend au fil des pages des allures de sinistre voyage dans le temps.

À Toulouse, un petit vieux est assassiné dans des conditions qui laissent à penser à un crime antisémite de la part de nazillons sanguinaires. Seul problème, la victime n’est pas juive.

La commissaire Pinget, chargée de l’affaire, malgré sa grande expérience, ne comprend rien à cette histoire.

Mais, quand une tombe est saccagée, à Marseille et que les circonstances évoquent indéniablement un acte antisémite alors que le défunt n’était pas juif, elle voit là une similitude bien trop grosse pour n’être qu’une coïncidence et elle décide d’enquêter dans la cité phocéenne. Là, elle retrouve le journaliste Gabriel Hadour avec qui elle a collaboré dans une précédente affaire et insiste pour l’intégrer à l’enquête…

Je retrouve donc Gabriel Hadour, même si ce n’est pas dans un ordre chronologique.

L’idée de départ du roman est intéressante, des crimes aux apparences antisémites perpétrés contre des personnes qui ne sont pas de confession juive.

Pourquoi ? D’autant que les victimes sont soit déjà morts depuis longtemps, soit en passe de l’être vu leur grand âge.

Chaque fois, le meurtrier laisse un morceau de papier sur place ou sur sa victime, un bout d’une lettre qui semble ancienne…

À travers ce puzzle c’est à un jeu de pistes que le tueur convie les enquêteurs…

En reculant dans l’histoire du reporter, je recule également dans celui de la plume de l’auteur.

Souvent, la plume varie, mûrit, avec les années.

Bon, là, il ne doit y avoir que deux ans entre les deux romans et la différence de style n’est pas significative même si j’ai été un peu déçu de ne pas retrouver le gimmick qui m’avait tant amusé dans « Le diable des Pyrénées », le fait que tous les personnages ne cessaient de « hocher la tête ».

Bon, là, il n’y a pas le petit jeu du décompte du hochage de tête.

Mais est-ce la raison pour laquelle j’ai moins apprécié ce roman que le suivant du suivant ?

Non, en fait, le principal bémol que j’adresserai à l’auteur quant à ce roman pose sur l’intrigue et les réactions des différents personnages.

Si l’intrigue part d’une bonne idée, malheureusement, celle-ci s’étiole au fil des pages.

À trop vouloir suivre les recettes du « Thriller à succès », l’auteur se perd dans une histoire qui peine à convaincre.

D’abord, à cause d’une narration alternée qui n’a d’autre intérêt que de proposer une narration alternée, car cela fait bien de proposer une narration alternée.

Aussi, a-t-on le droit à de courts chapitres consacrés à un « journal intime » écrit par une jeune femme dans les années 1940, puis à d’autres donnant le point de vue du tueur, mais à la troisième personne à coup de « il » en italique.

D’ailleurs, le roman débute par un tel chapitre.

Ces alternances censées rythmer le récit n’ont ici aucun intérêt si ce n’est celui de faire comme les auteurs à succès.

Alors, si je ne me trompe pas, même si l’auteur a écrit plusieurs livres auparavant, celui-ci est seulement son deuxième roman policier.

On peut alors comprendre que l’auteur soit maladroit et qu’il cherche à se rassurer en faisant comme les autres.

Mais il aurait mérité que son éditeur ou ses relecteurs lui disent qu’il se trompait en la matière.

Ensuite, un bon Thriller se devant de posséder des nombreux rebondissements et scènes d’action, l’auteur fait en sorte de proposer aux lecteurs ce qu’il est en droit d’attendre.

Seulement, les uns comme les autres semblent un peu forcés comme un triangle de bois que l’on cherche à faire rentrer dans un trou rond.

Ils tombent souvent comme un cheveu sur la soupe.

La scène finale est à ce titre édifiante tant l’ultime rebondissement débarque de nulle part, brusquement, brutalement, sans explication ni avant et encore, surtout moins, après.

Enfin, les réactions des protagonistes principaux.

On a du mal à croire que des enquêteurs chevronnés (surtout la commissaire) puissent imaginer des hypothèses qui non seulement ne tiennent pas la route, mais, ensuite, entrent en contradiction avec les indices recueillis. On peut aussi s’interroger quand ils plongent dans la gueule du loup aussi bêtement qu’ils le font.

Et que dire de la révélation finale et, surtout, du dernier rebond de l’histoire qui intervient de manière brutale, et tellement à point nommé qu’il en deviendrait inconcevable s’il ne l’aurait pas été même dans un timing moins serré.

Au final, à trop vouloir faire comme les « grands auteurs », Alexandre Léoty s’est perdu dans une intrigue qui peine à convaincre, si ce n’est tout du long, du moins à l’aulne des révélations finales.

N'accusez personne

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Yann Le Cœur est un auteur dont seuls les amateurs de récits d’enquêteurs de la première moitié du siècle antérieur ont été des lecteurs.

Né en 1902 et mort prématurément en 1951, Yann Le Cœur, de son vrai nom Jean-Marie Le Lec, s’est lancé dans l’écriture de romans policiers au début des années 1940.

En quelques années, il écrivit une demi-douzaine de romans dont la double particularité est de se dérouler dans la région de Quimper et de mettre en scène Martial Le Venn alias le commissaire Mars (et quelques autres personnages secondaires)…

Chacun de ces romans est l’occasion de mettre la lumière sur son Pays, ses habitants, ses coutumes et, parfois, sa langue…

« N’accusez personne » est un roman paru en 1948 dans la collection « Le Labyrinthe » des éditions S.E.P.E.

N’ACCUSEZ PERSONNE

Le village de Pont-Abbat se prépare à fêter la Tréminou pour célébrer la fin de l’été.

Pour l’occasion, le « Grand Cirque Buffalo Bill » s’installe au centre de l’agglomération.

C’est donc dans l’effervescence que vivront les habitants pendant les prochains jours.

D’autant qu’en plus des réjouissances, deux suicides, ceux du dompteur de fauves récemment débarqué et de l’organiste vont exciter les craintes et les doutes de certains.

Mais, sont-ce réellement des suicides ?

Le commissaire MARS n’en est pas convaincu, intrigué par l’identique message que les suppliciés ont laissé derrière eux : « N’accusez personne »…

Or, le commissaire MARS fait fi des injonctions, même quand elles proviennent des morts…

La fête de la Tréminou approche. Pour l’occasion le Grand Cirque Buffalo Bill et ses romanichels vont s’installer au centre du village de Pont-Abbat.

Le clou du spectacle est le dressage d’une panthère noire par le major Young.

Mais, quand l’organiste du village et le major sont retrouvés, à quelques heures d’intervalle, suicidés, de façon différente, après avoir laissé pour message d’adieu « N’accusez personne », Martial Le Venn alias le commissaire Mars ne tarde pas à douter de l’aspect suicidaire de ces deux morts…

On retrouve donc le commissaire Mars et toute une foule de personnages croisés dans les précédents romans de l’auteur : Arianne de Charmaz (l’épouse de Mars), l’abbé Le Venn (le frère de Mars), les trois femmes du café Les Trois sans Homme et quelques notables…

Mais, si l’auteur ne se contente pas de naviguer en terres connues avec des personnages familiers, il fait à nouveau reposer son intrigue sur les sentiments communs à ces romans précédents : l’amour, le désir de mariage, l’envie, la jalousie, l’argent, bref, des sujets, de tout temps, sont au cœur des pires drames de la société.

Les femmes cherchent toujours à se marier, chez Yann Le Cœur et, pour cela, elles sont souvent prêtes à beaucoup. Par amour ? Des fois, pas toujours, car le célibat est souvent rapproché (à l’époque ou du moins dans les récits de Yann Le Cœur) au statut peu enviable de celle dont personne ne veut, qui ne mérite pas d’être demandée en mariage.

Les hommes cherchent toujours à se marier également. Par amour ? Parfois aussi, mais, souvent, par appât du gain, le gain étant la dot ramenée par la mariée.

Histoire d’amour, histoire d’agent, histoire de crimes, les derniers étant souvent inspirés par les premiers.

Bref.

Le lecteur habitué aux romans de l’auteur sait à quoi s’attendre.

Pourtant, cette fois-ci, Yann Le Cœur ne prend pas le temps d’instiller une ambiance délétère, de faire monter lentement la sauce, de mettre le lecteur au cœur d’un typhon en formation…

Non, les crimes viennent rapidement (du moins plus rapidement que d’ordinaire) et le récit est moins « contemplatif » et l’auteur retourne son récit comme une chaussette. C’est-à-dire que là où d’ordinaire l’ambiance gonflait et expliquait le crime à venir, là, les crimes sont par la suite expliqués par des éléments révélés au lecteur.

Yann Le Cœur distille les informations au compte goutte afin de permettre (ou non) aux lecteurs de deviner l’identité du meurtrier. Mais, même là, les suspicions s’égarent sur plusieurs personnages et le lecteur que je suis se met douter de la justesse de son intuition.

Le récit est toujours l’occasion, pour l’auteur, de nous conter les us et coutumes de son époque et de sa région et il n’est pas étonnant que la fête de la Tréminou soit à nouveau au cœur de son intrigue.

Quelques expressions bretonnes viennent s’ajouter à tout cela.

La séquence de la révélation finale est certes quelque trop exubérante, démonstrative, trop mise en scène pour être crédible, mais on se trouve dans un roman policier et, après tout, elle se fond parfaitement dans le décorum du monde du cirque.

Il me semble que c’est là la dernière fois qu’apparaîtra le personnage du commissaire Mars.

D’autres titres de l’auteur sont cités dans les rubriques « À paraître » des divers romans, mais, excepté « Cateya ou le faux témoignage » paru l’année suivante dans la collection « Le Bandeau Noir », mais qui ne doit pas mettre en scène Mars, les autres semblent ne jamais être parus.

Au final, un roman dans la veine des précédents de l’auteur, toujours aussi agréable à lire.

09 octobre 2022

Un crime au Palais d'Hiver

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George Trombert (1874-1949) fut tout d’abord un sportif de haut niveau.

C’est en escrime (Fleuret, épée, sabre) qu’il remporta, en 1920, 3 médailles par équipe aux Jeux olympiques d’Anvers en 1920 (deux d’argent et une de bronze).

Mais George Trombert rendit également des services à la France pendant la Première Guerre mondiale, du moins, suffisamment pour être élevé au rang de Chevalier de la Légion d’honneur en 1923.

Enfin, et c’est ce qui m’intéresse le plus, George Trombert fut également écrivain.

Sous son nom ou divers pseudonymes (Marcel Darache, George Sanzès, Rosita d’Ainay, René Morny, Michèle Rivière), il écrivit des fascicules à l’eau de rose ou des romans policiers ou d’espionnage…

« Un crime au Palais d’Hiver » est un court roman policier publié en 1935 dans la collection « À ne pas lire la nuit » chez Les Éditions de France…

UN CRIME AU PALAIS D’HIVER

Lorsque Ranch se leva au son du gong annonçant la seconde reprise, la victoire ne semblait pas pouvoir lui échapper.

Son adversaire, l’Anglais Tom Beeck, après avoir pris deux fois le compte de neuf, était de nouveau par terre quand le round avait pris fin.

Lorsque le gong retentit, il se mit debout, avec cette souplesse qui le faisait ressembler à un tigre, mais, aussitôt, il retomba sur sa chaise, et, basculant en avant, il s’étala la face contre terre.

Les tenants de Ranch l’avaient saisi par les épaules pour le relever, mais c’était une masse inerte qu’ils soulevaient. Les yeux du champion étaient fermés. De sa poitrine s’écoulait un ruisseau de sang.

Il était mort…

Alors que Ranch, jeune pugiliste, fils d’un riche américain, se lève de son tabouret pour entamer le second round de son combat au Palais d’Hiver, face à un champion d’Europe de Boxe, celui-ci s’écroule brutalement.

Cet amateur qui, pourtant, avait largement dominé son adversaire n’avait alors aucune raison de faire un malaise et, pour cause, c’est d’une balle dans le cœur qui l’a fait flancher.

Pourtant, personne, dans cette salle bondée à craquer, n’a vu ni entendu quoi que ce soit…

Qui et, surtout, comment cet homme a-t-il été ainsi abattu sous les yeux de tous ?...

C’est ce que vont chercher à découvrir le Préfet de police Labaume, le juge d’instruction Duchamp et le substitut Vernet, en menant chacun son enquête de son côté, qui par esprit professionnel, qui par amitié, qui par amour…

Voilà donc un court roman policier (33 600 mots) qui base son intrigue sur un crime en chambre close, mais une grande chambre avec beaucoup de monde dedans puisqu’il ne s’agit pas moins du Palais d’Hiver.

Un meurtre mystérieux pour lequel la justice cherchera d’abord à savoir comment la victime a été tuée, puis de quelle manière le crime a été organisé pour être aussi discret et, enfin, qui a commis ou commandité le meurtre.

Il faut reconnaître à George Trombert le talent d’avoir mis en place une intrigue intéressante, pas dénuée d’intérêt même si elle se base sur des éléments devenus désormais archaïque et que l’on peut se demander la raison de l’organisation d’un crime aussi complexe et spectaculaire quand il aurait été plus simple de tuer la personne à un autre endroit et d’une manière plus conventionnelle.

La bonne idée du roman réside également dans le fait de proposer une large galerie de personnages tant du côté des suspects que des enquêteurs.

Effectivement, d’une part, le lecteur fait connaissance avec le Préfet de Police, le substitut et le juge d’instruction et l’étudiant russe Meskoutine.

Le premier, parce que le meurtre est médiatique du fait des circonstances dans lesquelles il s’est déroulé.

Le deuxième, parce que l’ambassadeur américain a promis une forte somme en récompense de la découverte de l’identité du meurtrier, et que le juge d’instruction, connaissant l’ambassadeur, tient là une démarche à la fois politique et amicale.

Le troisième, parce qu’il s’éprend d’une des protagonistes de l’histoire, la fille adoptive de l’ambassadeur.

Et le dernier, tout d’abord pour l’aspect intellectuel de résoudre une telle énigme, puis par appât du gain pour la prime promise.

Certes, des quatre, l’enquête sera principalement menée par le Préfet et même plutôt par ses hommes (et femme) bien aidés en cela par l’analyse de l’étudiant russe.

De l’autre côté de la barrière, on retrouve des personnages plus classiques avec les enfants de l’ambassadeur d’un côté, la femme dont la victime était amoureux et son cousin de l’autre.

Dans les deux cas, les femmes sont jeunes et belles et les hommes sont jeunes et beaux. On ne trouvera donc aucune originalité parmi eux.

En plus de l’intrigue pas inintéressante, George Trombert fait preuve d’une plume agréable et d’une certaine maîtrise de la narration.

On regrettera seulement une résolution beaucoup trop abrupte, trop rapide, à cause d’élision de certaines scènes qui aurait permis aux lecteurs de suivre l’enquête de bout en bout.

Ce choix se comprendrait dans un format fasciculaire puisqu’il implique une forte concision, mais elle est un mystère dans le format « livre » de la collection « À ne pas lire la nuit » qui peut aisément contenir 30 % de texte supplémentaire. Et ça l’est d’autant plus que l’auteur, pendant tout le reste du récit, prend son temps conter son histoire.

Au final, un bon roman policier des années 1930 qui ne pêche que par la brutalité de la résolution de l’enquête.