Loto Édition

17 septembre 2017

Larchmütz 5632

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Jean-Bernard Pouy est un génie, un génie qui n’écrit pas que des choses géniales. Je ne vais pas redire ce que j’ai déjà dit dans d’autres chroniques sur d’autres livres de J.B.P., contentez-vous alors de cet aphorisme ou bien, plongez-vous, si vous n’avez rien d’autre à faire, dans mes autres critiques des romans de l’auteur.

Passons sur le postulat que J.B. Pouy est un génie et intéressons-nous à son roman :

Larchmütz 5632Benno et Adrien sont deux anciens combattants révolutionnaires, en sommeil depuis vingt-cinq ans. Lorsque l’Organisation les réactive, ils quittent à contrecœur leur ferme de Bretagne et abandonnent Momone sans savoir qu’elle est la seule vache télépathe au monde. Ils rejoignent Paris par des chemins détournés pour se lancer dans un nouveau combat : « redonner un sens à l’Histoire en organisant un contre-pouvoir moral doté d’une justice armée ». Mais les temps ont changé, et lorsqu’on leur demande de se transformer en tueurs internationaux, ils abandonnent la sacro-sainte discipline pour tenter de savoir qui les manipule. 

L’avantage de J.B. Pouy, outre le fait qu’il soit un génie (oui, je me répète, mais j’ai bien l’espoir qu’à force de crier sur les toits que J.B. Pouy est un génie, celui-ci, un jour, découvre toute l’admiration que je lui porte et qu’il cherche à me rencontrer afin de discuter de littérature générale, cinéma, littérature populaire, musique... et du métier d’écrivain) c’est que, quel que soit le roman qu’il nous propose, le lecteur trouvera toujours de quoi se délecter. Parfois, c’est l’idée de départ (« Pierre de Gondole »), ou le projet (« Le poulpe »), d’autres fois le style (la plupart des romans), l’histoire et, quasiment à chaque fois, ce sont les personnages.

Car, la grande force de J.B. Pouy, c’est de nous proposer des personnages attachants, souvent touchants et qui se démarquent de la production habituelle.

Ici encore, l’auteur nous propose un duo (trio, avec Momone la vache), assez particulier. Certes, Pouy nous a habitués à ses personnages contestataires et anarchistes, c’est même une constante, chez lui, quasi une obsession. Bien sûr, les personnages sur le retour sont assez nombreux dans le vestiaire de Pouy. Aussi, rien d’étonnant de retrouver ces deux caractéristiques dans « Larchmütz 5632 ». Pour autant, si les personnages sont typiquement pouyesques, ils n’en demeurent pas moins atypiques et attachants.

Atypiques, car, Adrien et Benno sont des « agents dormants » en plein sommeil, dans la campagne bretonne, qui, depuis 25 ans, attendent qu’on les réveille tout en profitant de la vie.

Quand le jour est venu, le réveil est à la fois salvateur, régénérateur, mais également source de craintes, de doutes et de regrets...

Car, s’ils sont heureux de se réveiller, leur sommeil était peuplé d’un rêve plutôt agréable.

25 ans plus tard, ils se sentent un peu comme des dinosaures dans un magasin de haute technologie. Plus vraiment à leur place, ils agissent avec la fougue et la volonté d’enfants engagés dans un jeu de rôle. Mais ces rôles-ci risquent bien d’être leurs derniers.

Pour autant, petit à petit, les deux retrouvent leurs marques et se prennent au jeu sans que leur passé « dormant » et la vache Momone leur manquent.

Mais les choses ne vont pas se passer comme ils le voudraient.

« Larchmütz 5632 » est un petit roman dans la pure veine de ceux que J.B. Pouy nous propose régulièrement, avec des personnages et un style qui ne dénotent pas des habitudes de l’auteur.

On pourra noter la narration à deux voix, un narrateur omniscient pour conter les mésaventures du duo et la vache Momone qui permet d’avoir un avis distancié sur l’ensemble.

Au final, « Larchmütz 5632 » est un petit roman sympathique proposant deux personnages attachants. Le tout se lit sans déplaisir sans, pour autant, flirter avec l’exceptionnel. La fin est à la fois abrupte et surprenante. Un livre à réserver aux fans de Pouy ? Peut-être, mais pas sûr !


14 septembre 2017

Combat de Maîtres

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Version toute personnelle du jeu « Kung Fu Fighting » de Cliff Bohm dans sa version « Print N' Play » trouvée sur le site Kickstarter.com (un site de financement participatif) lors de la recherche de budget pour un rajeunissement du jeu de base.

À partir, donc, de la version PNP de base tout en anglais et sans illustration, je me suis lancé dans une traduction, d’abord approximative (mon anglais est lui aussi très approximatif), des règles et du contenu des cartes que j’ai ensuite amélioré en testant le jeu.

J’ai posé des illustrations trouvées sur Internet (je n’aime pas les cartes blanches), illustré les cartons de scores avec des caricatures de mes artistes martiaux préférés puis ajouté des cartes inventées de toute part.

Mais, peu importe la personnalisation que j’ai apportée au jeu pour mon propre plaisir et ma propre utilisation, revenons-en au jeu de base.

« Kung Fu Fighting » est un jeu de cartes pour 2 à 6 joueurs dont le but est de se « Tataner la gueule » !

Pour ce faire, une piste de score contenant votre niveau de Chi (énergie). Vous démarrez à 20. Si vous descendez en dessous de 1, vous êtes mort ! Quand un seul combattant est encore vivant, il est forcément le vainqueur.

Pour vous battre, vous possédez une main de cartes (7, généralement, mais parfois moins, parfois plus, en fonction des aléas du jeu).

Les cartes représentent des coups de pieds, de poings, des armes, des blocages, des styles de combats... Toutes les cartes peuvent être regroupées en 4 genres. Des cartes « Base » qui servent à définir le genre de votre attaque. Des cartes « Bonus » qui vont renforcer votre attaque. Des cartes « Finition » qui vont conclure votre attaque et des cartes « Style » qui vont interagir avec certaines attaques et apporter des avantages. Les cartes « Bases », « Bonus »  et « Style » sont aussi bien utilisées pour attaquer ou pour se défendre alors que les cartes « Finition » ne peuvent être utilisées que pour une attaque.

Pour attaquer, il vous faut obligatoirement une carte « Base » (attaque au pied, au poing ou avec une arme) et une carte « Finition ». Les cartes « Bonus » et « Style » sont bienvenues, mais pas nécessaires. Si vous ne possédez pas, dans votre main ou sur votre plateau, une carte « Base », trois cartes « Poing » sont disponibles pour tous les joueurs. Ces cartes vous permettent de mener une attaque ou une défense, mais, avec le strict minimum de puissance.

Chaque carte de votre attaque apporte des points d’attaque (le chiffre est indiqué dans les taches rouges). Parfois, ces points sont bonifiés si certaines cartes sont combinées avec un style adéquat. De même, certaines cartes possèdent des points de défense (le chiffre est indiqué dans les boucliers bleus). De même, ces points peuvent être bonifiés si certaines cartes sont combinées avec un style adéquat.

L’attaquant mène son attaque, compte ses points d’attaque et désigne le ou les joueurs qu’il attaque (certaines cartes permettent d’attaquer plusieurs joueurs). C’est alors au joueur attaqué (ou aux joueurs) de mettre en place sa défense et de compter ses points de défense. La différence représente le nombre de Chi que le défenseur perdra si le chiffre est positif. Si les points de défense sont supérieurs ou égaux aux points d’attaque, le défenseur n’est pas touché, il ne perd pas de Chi.

Quand les points sont comptés, il faut survoler les cartes. Car, sur certaines des indications précisent des évènements spécifiques. La plupart des cartes sont à jeter à la défausse, d’autres peuvent être conservées, des points de Chi peuvent être gagnés ou perdus...

Chaque joueur à son tour peut donc attaquer, mais, s’il n’attaque pas, il peut renforcer sa main en jetant celles en sa possession qu’il n’aime pas ou en plaçant un style ou une arme sur son plateau de score afin de libérer sa main d’un maximum de cartes, car, à la fin de son tour, s’il n’a pas attaqué, il peut remplir sa main en piochant. S’il lui reste plus d’une carte en main à la fin de son tour, il pioche de façon à avoir 7 cartes en main ensuite. S’il avait une carte ou moins en main, il pioche jusqu’à en avoir 8.

Et c’est là toute la subtilité du jeu : on ne renforce sa main qu’à son tour en n’attaquant pas et non pas en fin de tour après avoir attaqué. Car, comme dans un vrai combat, une attaque, même réussie, épuise et donc rend le joueur plus faible et donc en fait une cible plus facile. Donc, quand vous jouez à plusieurs, attaquer une adversaire vous met dans une position de faiblesse vis-à-vis des autres. Mais, si l’un de ceux-ci vous attaque, il s’affaiblit à son tour...

Si vous jouez à deux. Lorsque vous attaquez votre adversaire, vous vous affaiblissez également. Du coup, si votre adversaire s’est peu défendu alors que vous avez beaucoup attaqué, il se retrouve alors avec beaucoup de cartes en main et vous, peu, ce qui lui permet, à son tour, de vous attaquer et, sans doute, de vous infliger plus de dégâts que ce que vous lui en avez infligé.

La tactique sera donc de savoir à quel moment attaquer, qui attaquer et comment attaquer. Car, parfois, vous pourrez avoir une attaque forte avec peu de cartes, mais, la plupart du temps, pour attaquer en force, vous allez multiplier les cartes et vous affaiblir à excès.

L’autre tactique, parfois, sera de se défendre avec peu de cartes pour conserver suffisamment de cartes pour attaquer à votre tour et profiter de l’état de faiblesse de celui qui vient de vous attaquer.

Les coups et les styles sont inspirés du Kung Fu (Style du Singe, de la Grue, du Tigre, de l’Homme ivre, du Dragon ou Serpent et, dans l’extension, de la Mante religieuse et du Panda [que j’ai remplacé par celui de l’Ours, car le style du Panda n’existe que dans le dessin animé]).

À savoir que la règle spécifie que, si suite à une attaque, votre Chi doit descendre en dessous de 0, il reste à 1 le temps d’arriver à la phase de résolution qui suit la phase d’attaque, de contre et, éventuellement, de contre-attaque. Ce qui fait qu’un joueur potentiellement mort peut, s’il a les cartes adéquates, refuser de se défendre pour opérer une contre-attaque. Lors de cette contre-attaque, il pourra laminer l’adversaire qui vient de l’attaquer et qui est affaiblit (voire le tuer si sa contre-attaque est assez puissante) ou, par l’effet de certaines cartes, regagner un peu de Chi et survivre...

Voilà, un jeu très sympathique, du moins, pour ceux qui, comme moi, aiment les films de Kung Fu.

10 septembre 2017

Début dans la police

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« Début dans la police » de A.M. Hychx est un roman intéressant à plus d’un titre.

D’abord, parce qu’il s’agit là d’un bon roman policier (très bon, même), qui met en scène un détective atypique dans une histoire à la fois simple et rocambolesque.

Ensuite, parce que le roman d’A.M. Hychx a été traduit en français par l’auteur Paul Max.

Enfin, parce que Paul Max et A.M. Hychx ne formaient qu’une seule et même personne.

Car, si, d’après Wikipédia (dont il faut toujours se méfier, la preuve en est que, la fiche même de Paul Max comporte une grosse et une petite erreur dans la partie bibliographie), le roman est issu d’une courte nouvelle publiée, à la base, en anglais, il y a fort à parier que le stratagème consistant, pour un auteur, à se faire passer pour le traducteur du roman écrit par lui-même sous pseudonyme anglais, n’a d’autre but que de séduire les lecteurs de l’époque plus avides de romans policiers anglo-saxons que de ceux issus de la plume d’auteurs français (ce stratagème a été plus ou moins utilisé par des auteurs tels que Rodolphe Bringer, Frédéric Dard, Léo Malet et consorts...).

Mais, peu m’importe l’astuce, l’important, pour moi, est de savoir que les mots imprimés sont issus directement de l’esprit de l’auteur du texte. Et c’est le cas avec « Début dans la police » de Paul Max (exit, donc, A.M. Hychx).

Paul Max est un journaliste né en Algérie et naturalisé Belge qui se lancera dans l’écriture de romans, notamment, à travers d’un personnage atypique : Billy Mac Tiddle, le détective à la chaussette, un marchand de chaussettes Écossais (le marchand, pas les chaussettes), qui débutera, par hasard et par défi, dans le métier de détective. 

Et c’est dans « Début dans la police » que le fameux Billy Mac Tiddle va se lancer dans « la police » au sens large, dans le métier de détective, au sens plus strict.

Début dans la police :  Billy Mac Tiddle, un jeune marchand de chaussettes Écossais, débarque à Londres dans l’espoir d’y ouvrir un commerce et de faire fortune.  Dans la chambre qu’il a loué dans un bouge infâme, sa quiétude est dérangée par les cris d’une femme violentée dans la pièce voisine.  La police arrive et embarque la victime et ses agresseurs alors qu’un rougeaud locataire assure à l’assistance curieuse qu’il connaît la martyre et qu’elle est au cœur d’un mystère insoluble qui s’est déroulé au Myron Castle et sur lequel la justice s’est cassé les dents. Même un détective Écossais aurait abandonné l’enquête au bout d’une journée d’après lui.  Le vendeur de chaussettes, ne pouvant croire qu’un compatriote puisse jeter l’éponge pour quelques raisons que ce soient, assure que si la personne avait réellement été Écossaise, elle n’aurait jamais baissé les bras.  Devant tant de chauvinisme déplacé, le bonhomme le met au défi de résoudre l’affaire.  Poussé à bout, ne voulant reculer et déshonorer sa patrie, le vendeur de chaussettes va se lancer dans le métier de détective sans se douter que ce nouveau métier va être bien plus dangereux et éprouvant que celui du commerce… 

C’est donc par pur hasard et par bravade et fierté que le jeune Billy Mac Tiddle va s’essayer au métier d’enquêteur. Pour cela, il va se faire embaucher comme aide-jardinier à Myron Castle (car le rougeaud qui le pousse est jardinier là-bas) afin d’y mener son enquête.

Mais, comment résoudre une affaire sur laquelle même des professionnels se sont cassé les dents quand on ne sait pas comment s’y prendre ? C’est tout le problème auquel va devoir se confronter Billy.

Billy ne sait pas comment s’y prendre, il tâtonne, il piétine, prend de notes, fait des listes de suspects, met des croix devant celui qui est louche à ses yeux, les efface quand il pense s’être trompé, les remets... bref, pédale dans la semoule.

Mais l’homme est plein de bonne volonté, aidé par une certaine chance, et va, petit à petit, progresser.

Paul Max nous propose un personnage sympathique et attachant que ce jeune vendeur de chaussettes écossais, trop têtu, trop fier, trop inconscient, qui, parce qu’il s’est trop avancé, ne veut plus faire demi-tour et va risquer sa vie pour une histoire qui ne le regarde pas.

L’auteur sait indéniablement manier sa plume sans en faire trop, préférant mettre en avant ses personnages et son histoire. Ainsi, si on ne criera pas au génie de la plume (mais le style et l’histoire ne le demandent pas), on se prendra, parfois, à apprécier l’humour sous-jacent de l’auteur. Un humour léger, qui n’est pas sans rappeler celui de Maurice Boué, un autre auteur belge, lorsqu’il nous conte les enquêtes du détective Lautrec.

L’ensemble se lit avec un grand plaisir et les pages défilent sans que le lecteur s’en rende compte. 

Au final, si l’histoire est moins complexe qu’elle ne semble l’être, et si le suspens n’est pas magistral (mais là encore, ce n’est pas le but de ce roman), Paul Max nous démontre sa grande capacité à conter une enquête, à faire vivre un personnage attachant et à lui faire prendre une place certaine, juste avec quelques traits de caractère, nous faire sourire et, plus que tout, à nous faire prendre du plaisir à la lecture de cette première enquête de Billy Mac Tiddle puisque celui-ci reviendra dans quelques autres romans.

08 septembre 2017

Fête du Livre et des Éditeurs de Céret 2017

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Situé dans le Vallespir, au creux de la vallée du Tech dont les eaux rafraîchissent les pieds du Pont du Diable, arche de pierres datant du moyen-âge, Céret est une ville magnifique ayant connu les constructions romaines, les Comtes d’Empúries, l’annexion du Roussillon à la France...

Mais Céret est surtout connue pour sa Fête de la Cerise, sa Féria, son Musée d’Art Moderne, et, depuis 10 ans, pour son salon littéraire : La Fête du Livre et des Éditeurs.

Depuis dix ans, les rues de la vieille ville, protégées du soleil par de magnifiques platanes, abritent chaque année l’un des salons littéraires les plus attractifs de la région et, probablement, mon préféré de tous.

Effectivement, ce salon brille de par l’investissement dans l’organisation, mais aussi dans son déroulement, d’une association de lecteurs motivés et curieux.

Ainsi, si l’on y retrouve les badauds usuels de ce genre de manifestations (le passant qui passe, le passant un peu curieux, le lecteur lambda qui profite de sa proximité pour venir, le lecteur avide qui se déplace exprès pour l’évènement...), à Céret, l’on peut trouver une autre catégorie de personnes, les membres de l’association de lecteurs qui, curieux et gourmands, viennent faire des découvertes et ses emplettes pour remplir ses prochaines soirées de lecture (ou matinées, ou autres moments).

Cette année, encore, ce dimanche 10 septembre 2017, à partir de 9 hOXYMORON Éditions et toute son équipe (petite équipe, mais dynamique et passionnée) seront présents à Céret afin de faire connaître leur travail aux lecteurs de tous bords et de tous âges.

Car, si OXYMORON Éditions est spécialisé dans le roman policier, sa politique éditoriale a l’intelligence et le bon goût de proposer aux lecteurs des romans qui plairont aux amateurs du genre, mais qui pourront également réconcilier avec ce large genre, les lecteurs qui ne sont pas férus de polars.

Effectivement, dans le catalogue d’OXYMORON Éditions, point de « Thriller » à l’américaine surfant sur le succès d’un genre fait de surenchère de violence, de sang, de perversion, de sexe et de personnages dépressifs et suicidaires cassés par la vie et par le métier. Non, nous avons pour ambition de parvenir à faire sourire le lecteur à travers le « polar » en proposant des œuvres décalées, drôles, tendres, que ce soit avec des œuvres d’aujourd’hui, comme les séries « Wan & Ted » ou « Marc-Antoine DECOME » ou « Le Psychopathe, le Dément et le Trisomique » de KAMASH, ou des récits d’hier par l’intermédiaire de rééditions judicieuses de romans ou de séries tombés dans l’oubli ou introuvables jusqu’alors comme les séries « Toto Fouinard » de Jules Lermina, « Marius Pégomas » de Pierre Yrondy, « Maximilien Heller » d’Henry Cauvain, « Le petit vieux des Batignolles » d’Émile Gaboriau, « Le coup d’œil de M. Piédouche » de Fortuné du Boisgobey, « Les enquêtes du Détective Lautrec » de Maurice Boué, « Les enquêtes de l’inspecteur Pinson » de Jacques Bellême, « Les aventures d’un détective amateur », et une collection tentant de remettre au goût du jour les fascicules d’antan avec la « Collection Les Cadennes » et ses premiers titres « Devant le coffre-fort » de Gustave Gailhard et « Le Troisième Trèfle » de Rodolphe Bringer.

À ces quelques œuvres, cette année, viennent s’ajouter des livres tout aussi passionnants comme les enquêtes du Commissaire Rosic avec « Le poignard de cristal » de Rodolphe Bringer ou celles de Serge Vorgan avec « La police est en alerte » de Gustave Gailhard...

Bien sûr et heureusement pour le public, nous ne serons pas les seuls présents à Céret et de nombreux autres auteurs et éditeurs vous proposeront leurs ouvrages. La plupart d’entre eux sont du département, la volonté des organisateurs de la manifestation étant, avant tout, de permettre aux lecteurs de découvrir les petits éditeurs et les auteurs trop méconnus des Pyrénées-Orientales. Mais, cette année, pour la dixième édition du salon, deux invités de marque seront présents pour dédicacer leur dernier livre :

– Mazarine Pingeot pour son roman « Théa »

– Didier le Bret pour « L’homme au défi des crises »

Si l’on ne présente plus Mazarine Pingeot, si vous ne connaissez pas Didier le Bret (honte à vous), faites comme moi, aller voir sur Wikipédia (honte à moi).

Bref, n’hésitez pas à venir à Céret ce dimanche 10 septembre entre 9 h et 18 h afin de découvrir les auteurs locaux, et surtout KAMASH qui dédicacera ses ouvrages.

OXYMORON Éditions vous parlera de sa passion pour la littérature populaire et son engagement et son investissement pour proposer aux lecteurs une sélection judicieuse de rééditions de productions policières du début du XXème siècle.

OXYMORON Éditions vous annonce que, pour tout livre papier acheté, l’équivalent en numérique du livre (aux formats ePub, Mobi et Pdf) sera offert au lecteur sur simple présentation d’une adresse mail.

Parce qu’un livre est fait pour être lu, en format papier ou en format numérique, OXYMORON Éditions et KAMASH ont décidé de faire de cette promotion une généralité depuis maintenant deux ans.  

Rares sont déjà les éditeurs du département à proposer l’intégralité de leur catalogue papier en format numérique, mais OXYMORON Éditions doit être la seule maison d’édition à offrir le format numérique pour l’achat du format papier et à proposer, en plus des équivalents numériques de tous ses livres papiers, d’autres livres édités uniquement en numérique.

Car, si vous trouvez le catalogue papier d’OXYMORON Éditions alléchant, vous vous délecterez de son catalogue numérique qui reprend les séries et les romans déjà publiés en papier, mais également bien d’autres séries et romans que vous ne trouverez qu’en numérique, toujours à des prix défiant toute concurrence.

Aussi, que vous aimiez le livre papier, que vous préfériez le format numérique, que vous aimiez les deux formats, que vous appréciez les romans policiers d’aujourd’hui, que vous ne consommiez que les romans policiers d’antan, que vous adoriez les personnages originaux et drôles, que vous ne conceviez les personnages de romans policiers que comme des héros classiques et sérieux, venez nous voir, nous avons le livre qu’il vous faut, les livres que vous allez dévorer, les collections dont vous deviendrez accros.

En plus de découvrir un auteur, des romans, une saga, de redécouvrir des auteurs d’antan, vous pourrez visiter un beau village des Pyrénées-Orientales, alors, venez nombreux.

03 septembre 2017

Les traces du vampire

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« Les traces du vampire » est un court roman de Gustave Gailhard qui reprend le personnage du policier Serge Vorgan.

Ce titre s’inscrit donc dans la collection « Serge Vorgan », dont « La police est en alerte » est la première enquête et « Les traces du vampire », la quatrième.

Les traces du vampire : Le brigadier-chef de la Sûreté Générale, Serge Vorgan, est chargé d’une bien délicate affaire. Une série de crimes horribles a lieu dans les trains en partance de la Capitale. Le policier ne tarde pas, avec les maigres éléments en sa possession, à soupçonner Marc Faran, alias « L’Étudiant », alias « L’Anguille », d’être derrière tous ces crimes. L’homme est d’autant plus redoutable qu’il n’hésite pas à se déguiser pour approcher et se jouer de ses pourchasseurs, allant jusqu’à glisser un mot de menace dans la poche de Bertillon, le bras droit de Vorgan. Quand la Grande Irma, la maîtresse de Marc Faran, débarque pour livrer son amant aux forces de l’ordre, Bertillon se réjouit de pouvoir mettre la main sur l’homme qui l’a berné. Mais, Serge Vorgan, par expérience, se méfie des femmes trop belles et trop intelligentes… 

Un crime atroce a eu lieu dans un train. Un homme a été retrouvé égorgé, ses biens ont disparu. Le tueur semble avoir quitté le wagon en marche. Tous les indices indiquent que le coupable est jeune et svelte.

Serge Vorgan, Brigadier-chef à la Sûreté, soupçonne Marc Faran, un criminel redoutable et introuvable.

Un indic lui apprend que le fameux Faran, dit « L’Étudiant », a rendez-vous avec une blonde dans un bar. Le policier met une surveillance en place. Des hommes de Vorgan planquent dans un troquet faisant face au lieu de rendez-vous. Mais tout ne se déroule pas comme prévu. Faran a éventé le piège et s’est enfui non sans poignarder l’indic de la police.

Alors que tout semble compromis, la maîtresse de Faran prend contact avec Vorgan et Bertillon et veut leur balancer son amant.

Dès lors, Vorgan et ses hommes vont naviguer entre espoir de mettre la main sur le criminel et méfiance envers cette offrande un petit peu trop bienvenue.

Gustave Gailhard fait évoluer son personnage, exit la romance présente dans le premier opus, Vorgan n’est pas encore commissaire, mais dirige déjà son équipe d’une main ferme.

Le style et l’ambiance se popularisent, se dirigeant lentement vers un tout plus « argotique » qui prendra toute son ampleur dans « Un cadavre sur une route ».

Pour autant, l’auteur ne se départit pas de son goût pour le « travestissement » fort à la mode dans les textes policiers de la première moitié du XXe siècle et qu’il avait déjà mis en avant dans « La Police est en alerte ». D’ailleurs, l’influence de ce tout premier opus est permanente tout au long de l’histoire : la présence systématique des taxis dans l’histoire, le tueur qui se joue de la police au risque de se brûler les ailes, les déguisements... jusqu’à un extrême un peu plus « discutable » qui est l’autoplagiat.

Effectivement, pour gagner du temps (de l’argent ?) ou pour toute autre raison, Gustave Gailhard, à l’exception des noms des deux protagonistes, réutilise, mot pour mot, dans « Les traces du vampire », une scène écrite pour « La Police est en alerte ». Certes, il ne s’agit que d’une scène subsidiaire, dont l’intérêt ne demeure pas crucial et qui aurait pu, sans aucun problème, se dérouler totalement autrement, mais cela démontre une certaine malice de l’auteur (ou le manque de scrupules) et certaines dérives induites par la façon dont les émoluments des auteurs sont calculés. 

Car, il n’y a pas à douter que, lorsque les auteurs étaient payés au mot ou à la ligne, le fait de répéter ad nauseam, « Monsieur le directeur de la société MachinTruc » ou « Madame la Comtesse de BiduleMachinChose » au lieu d’utilisé un simple « il », « celui-ci », ou « elle », « la Comtesse » ou « Celle-ci » ne soit fait dans le simple but de gagner quelques centimes sans effort. 

Mais, dans un même temps, à une époque où la chasse aux répétitions est systématique, voire maladive, cette ancienne pratique (de la répétition volontaire) confère aux textes de l’époque une certaine aura, une « patte ».

Il est à noter, enfin, à condition que cette coïncidence n’en soit pas une, mais en est-elle ? que le début du roman fait indéniablement penser à celui de « Le poignard de cristal » de Rodolphe Bringer, qui, alors, vient d’être réédité chez Rouff sous le titre du « Le mystère du B-14 » seulement 5 ans auparavant.

Ne nous attardons donc pas sur cet accroc et concentrons-nous sur le texte dans son intégralité :

Gustave Gailhard maîtrise sa narration, comme il nous l’a déjà démontré par le passé, mais reste encore flou sur ses personnages. Flous, car ils ne sont pas, volontairement ou involontairement, cernés par l’auteur. Ceux-ci ne sont même pas réellement esquissés, ce qui ne dérange en rien la lecture, mais qui tranche, par exemple, avec le personnage d’Odilon Quentin de Charles Richebourg qui, quelques années plus tard et sur un texte bien moins étendu, est dessiné précisément par son auteur en quelques mots. 

Cette présentation, même succincte, n’a pas réellement lieu dans le texte de Gailhard et cela est une constante dans sa série (même si, d’opus en opus, les contours se feront plus nets).

Encore une fois, cela n’apporte pas de désagrément et, le fait de laisser le lecteur se faire une image par sa propre imagination, n’est pas une tare. Mais là, ce qui frappe le plus est que les personnages semblent ne pas avoir de trait de caractère ou de trait physique qui les démarquent les uns des autres. Chez d’autres auteurs, pour d’autres personnages, on notera que l’un est plutôt âgé, souffre d’embonpoint, aime fumer la pipe ou le cigare, se gave de sandwiches au bureau ou aime prendre des calvas au bistrot, porte un chapeau, ou une canne, parle comme un bourgeois ou comme un apache... là, il serait bien difficile, pour le lecteur, de différencier les protagonistes « bons », autrement que par leur rang dans la police ou bien par leur nom.

Une exception se fera pour l’indic, d’abord parce qu’il n’est pas réellement de la police, ensuite parce qu’il n’est qu’un personnage secondaire et, enfin, parce qu’il est japonais et, admettons, qu’un Japonais se différencie plus facilement d’un Caucasien qu’un autre Caucasien.

Mais, il est important de noter que ces informations ne sont en rien des critiques, puisqu’elles ne nuisent pas à la lecture, mais juste des constatations qui peuvent surprendre dans un monde littéraire ou l’auteur cherche, la plupart du temps, à « spécifier » son héros afin qu’il se démarque, qu’il soit remarquable et remarqué par le lecteur afin de renforcer l’attachement que ce dernier peut avoir envers lui.

De plus, tout ce que je viens d’énoncer peut être contrasté par le fait que, si l’on cherche bien, Serge Vorgan se démarque par une expression : « Mon vieux ! » qu’il lance sans cesse à son adjoint Bertillon.

Les personnages, s’ils sont identifiés et identifiables, notamment et presque exclusivement, par leur identité propre et leur position hiérarchique, forment donc plutôt un tout qu’une somme d’individualité et c’est peut-être là que veut en venir l’auteur.

Car, si Serge Vorgan est indéniablement le héros de l’histoire, ce n’est pas un héros omniscient, omnipotent... omniprésent... mais juste un homme, avec un petit « h ».

Un homme avant tout, un homme qui se repose sur ses hommes, mais qui sait également prendre les risques et devenir un chef, un guide. Mais, comme le policier est un homme de son époque (du moins, de l’époque de son auteur), c’est également un homme un brin machiste, voire misogyne, puisqu’il porte un regard méfiant sur les femmes, surtout si elles sont belles.

Cependant, même mis en retrait par rapport à d’autres confrères, d’autres auteurs, Serge Vorgan n’en demeure pas moins un bon policier et ses aventures n’en sont pas moins plaisantes à lire. 

Le petit plus, indéniablement, par rapport à d’autres pairs immuables, gravés dans le marbre de leur célébrité, Serge Vorgan, lui, peut évoluer, changer, et il ne s’en privera pas au cours de sa carrière et pas uniquement en montant dans la hiérarchie.

Au final, « Les traces du vampire » est une histoire qui s’inscrit dans le style et dans l’ambiance qui commence à poindre à l’époque avec des auteurs comme Georges Simenon et son Commissaire Maigret (qui est né trois ans auparavant), et qui prendra, quelques années plus tard, une ampleur grandissante avec « Nestor Burma » de Léo Malet pour s’envoler vers des Albert Simonin, Alphonse Boudard et consorts...


31 août 2017

ShootOut

Plateau

Reiner Knizia est un créateur de jeux de société allemand considéré comme un des plus prolifiques avec plus de 500 jeux au compteur.

Après vous avoir parlé de « En garde ! » nouvelle mouture de « Duell », du même auteur, je viens maintenant vous parler d’un jeu qui fonctionne sur le même principe (remplacez des bretteurs par des cow-boys, les épées par des colts et les cartes par un dé).

ShootOut est donc, également, un jeu qui se joue à deux, un duel, donc ! Mais un duel au pistolet et non plus à l’épée.

ShootOut : Il est midi à Silver City, au Texas. Le soleil brûle sans relâche. Un peu de bruit dans un salon, un argument, et ensuite la fusillade éclate. Votre adversaire vous fait face de l’autre côté de la rue. Silence mortel. Pas à pas, vous vous rapprochez de votre ennemi. Votre main se dirige vers le pistolet rivé à votre ceinture. Face à face, les yeux dans les yeux. Une goutte de sueur coule dans votre cou. Soudain, la main de votre adversaire dégaine son colt de son étui en un éclair, puis un flash ! Mais qui a tiré en premier ? 

 Matériel requis :

– Plateau de jeu et 2 pions

– 5 cartes à jouer avec les valeurs de 2 à 7

– 24 balles noires (compteurs) et 12 balles rouges (compteurs)

– Une piste de duel.

Une piste de duel sur laquelle chaque joueur pose son pion sur la case 17 (sur 20).

Chaque joueur reçoit 12 balles noires (des balles de colt) et 6 balles rouges (des balles de winchester).

Les cartes (numérotées de 1 à 7) sont mélangées puis placées en tas sur le bord de la piste. La première carte est retournée.

Le premier joueur est désigné comme bon vous semble (à moins que vous choisissiez le plus moche, car, dans les westerns, c’est souvent le plus moche qui lance les duels, ou le plus méchant, qui, bien souvent, est également le plus moche).

Donc, le plus moche commence la fusillade, une fusillade qui sera une succession de duels. Les duels suivants seront entamés par le perdant du duel précédent.

Le joueur aura alors deux choix. 

Avancer : il avance son pion d’une case.

Tirer : il décide de dégainer son colt ou sa winchester.

S’il dégaine son colt, il jette une balle noire puis lance le dé à 20 faces. Si le score du jet est égal ou supérieur au nombre de cases le séparant de son adversaire, il réussit son tir et touche son adversaire qui recule de 3 cases (sachant qu’il ne peut sortir de la piste).

S’il dégaine sa winchester, il jette une balle rouge puis lance le dé à 20 faces. Le principe est le même que pour un tir de colt sauf que le jet de dé est bonifié de 3, car une winchester est plus précise d’un colt. 

Il ne sert donc à rien de tirer à plus de 23 cases de distance, car le tir sera forcément raté.

Si le joueur réussit son tir, c’est à nouveau à lui de jouer et de choisir s’il tire à nouveau ou s’il avance.

S’il décide de tirer à nouveau, il choisit son arme, jette une balle correspondante, puis lance le dé...

Il joue jusqu’à ce qu’il rate son tir ou bien qu’il décide d’avancer.

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Le duel se termine de deux façons possibles :

– 1 joueur décide de mettre un terme au duel. À son tour, il recule, il perd le duel. Si son adversaire était sur la case 6 ou au-delà, il peut se réapprovisionner de deux balles. Sinon, il perd le duel sans compensation.

– 1 joueur atteint la case centrale. Il remporte alors automatiquement le duel.

Le joueur qui remporte le duel empoche la carte retournée.

On retourne alors la carte du dessus de la pioche, on remplace les pions sur les cases 17 et on commence un nouveau duel.

Le perdant du précédent duel devient alors le premier joueur.

Le vainqueur de la fusillade est le joueur dont la somme des cartes qu’il a remportées dépasse 14 points.

Pour un jeu plus long, on place une carte 8 dans la pioche et le but est de dépasser 18 points.

Il ne vous reste plus qu’à vous battre en duel en économisant vos balles, car, vous le constaterez rapidement, les munitions se font rares.

ShootOut est un petit jeu bien sympathique, qui ne vous permettra pas de passer des soirées entières, mais qui vous fera passer quelques bonnes minutes.

Le seul problème de ShootOut c’est qu’il n’est pas distribué en France, mais, qu’importe, tout comme « En garde ! » le jeu est assez facile à fabriquer soi-même. Alors, pourquoi ne pas se laisser tenter ?

27 août 2017

Le bal rouge

Le bal rouge

Rodolphe Bringer, j'aimerais dire de lui que c'est un auteur que l'on ne présente plus mais, si OXYMORON Éditions lui a fait une belle place dans son catalogue, notamment avec sa collection « Commissaire Rosic », vous n'êtes pas encore assez nombreux à vous être délectés de ses textes et de sa plume même si le nombre de ses lecteurs croît lentement de mois en mois.

Rodolphe Bringer, pour vous rafraichir la mémoire, il vous suffit de lire l'article sur la sortie de « Le poignard de cristal », première enquête du Commissaire Rosic (si l'on excepte « Le premier crime de Rosic » une courte nouvelle écrite bien après, pour rallonger une réédition du 1er roman).

Après avoir lu la chronique sus-mentionnée, vous aurez compris que « Le bal rouge » est la 7ème enquête du Commissaire Rosic.

Le bal rouge :

 

Jacques Vix, joyeux rentier, ancien professeur de philosophie et, accessoirement, détective émérite et méconnu, croise, par hasard, à Orange, un camarade de guerre avec qui il a partagé les tranchées de Verdun et les éclats d’un même obus.

 

Heureux de cette rencontre, il accepte l’invitation de son frère d’armes qui, en plus de partager du bon temps avec son ami, veut lui présenter sa femme et lui faire visiter sa propriété composée d’un château, d’une ferme et de terres. Si l’on ajoute qu’un bal et des festivités sont prévues pour le lendemain soir, le destin a tout prévu pour le distraire…

 

La soirée se déroule sous les meilleurs auspices jusqu’à ce que, au petit matin, le valet de ferme soit retrouvé assassiné d’une balle dans la tête.

 

C’est le commissaire Rosic qui est chargé de l’affaire, un policier qu’il a déjà côtoyé et ridiculisé lors de précédentes enquêtes…

 

Le commissaire Rosic ne tarde pas à se faire une idée du coupable idéal, au grand dam de Jacques Vix qui, pourtant, décide de ne pas se mêler de cette histoire.

 

Mais, chassez le naturel et il revient au galop, un indice passé inaperçu aux yeux du représentant de la justice va émailler la volonté du pédagogue dont l’envie de connaitre le fin mot du mystère sera le plus puissant des carburants… 

 

Encore une fois, Jacques Vix, ancien professeur de philosophie et rentier, va être opposé au commissaire Rosic. Jacques Vix pour qui, réfléchir et analyser, peuvent suffire à résoudre une enquête, va donc se confronter avec le Commissaire Rosic qui, malgré une bonne volonté et un bon esprit, a, généralement, tendance à se contenter des évidences.

Autant le dire tout de suite, l'auteur s'y est déjà amusé dans sa bibliographie, il n'a pas fait du policier le personnage principal de son roman. Loin de là puisque Rosic n'a qu'un rôle très subalterne et dans le roman et dans l'enquête. Jacques Vix va donc être une nouvelle fois en avant d'un roman de la série (même si celle-ci se nomme « Commissaire Rosic ») car, même si l'auteur relègué au second voire troisième plan, son antagonisme avec l'ancien professeur va être, également, une motivation pour ce dernier.

Jacques Vix est en visite à Orange et y croise un ancien frère d'armes à qui il porte une réelle affection et la réciproque est encore plus vraie même si la vie, à la fin de la guerre, a séparée les deux amis.

Retrouvés, ils ne veulent plus se quitter et Vix accepte l'invitation de son camarade à venir s'installer dans son château et faire la connaissance de sa ravissante femme.

Tout se déroule au mieux, jusqu'à une fête mémorable à tout point de vue puisque, au petit matin, le corps du valet de ferme de la propriété est retrouvé avec une balle dans la tête.

Le coupable est tout désigné : le fermier. Celui-ci n'a pas d'alibi, le défunt semblait tourner autour de sa ravissante et jeune épouse et, surtout, l'arme du crime est un fusil qui lui appartient.

Oui mais voilà, si les évidences suffisent au Commissaire Rosic, elles ne convainquent pas Jacques Vix d'autant que, très vite, il découvre un indice qui relie la femme de son meilleur ami à l'arme du crime. Et si le valet avait été tué par celle-ci ? Oui, mais, pourquoi ?

Jacques Vix va donc s'attacher à mener son enquête sans causer de tort à son frère d'armes. Oui, mais, comment faire ? Comment enquêter sur sa femme sans que personne ne soit au courant ? Et, pire ? Si ses doutes se retrouvaient avérés ? Que faire ? Détruire le bonheur de son ami ? Mais si sa femme est une tueuse ? Ne devrait-il pas être au courant ? Ne courerait-il pas un risque ?

C'est tout le dilemne qui va animer Jacques Vix d'un bout à l'autre du roman. Effectivement, en plus de suivre l'enquête, d'accumuler les indices et les soupçons, le lecteur va s'infiltrer dans l'esprit de l'enquêteur. Que faire ? Ne rien faire et laisser condamner un innocent ? Parler et faire souffrir son camarade ?

Mais, plus les doutes s'aggravent et plus l'évidence de ne pouvoir se taire devient tortueuse. D'autant que des soupçons n'ont jamais forgés des preuves. Et puis, les indices concordant entrent en contradictions avec d'autres éléments. Quelle piste suivre ?

Rodolphe Bringer nous offre là un bien bon petit roman policier, un brin psychologique, mais, surtout, très agréable à lire. Le lecteur suit les pistes découvertes par Jacques Vix et se pose les mêmes questions, est épris pas les mêmes doutes, jusqu'à une fin qui peut laisser des regrets ou des remords.

Au final, voilà encore un très bon roman de Rodolphe Bringer qui, comme je le disais en préambule, mériterait d'être bien plus connu des lecteurs..

24 août 2017

En garde !

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Reiner Knizia est un créateur de jeux de société, d’origine allemande, que l’on ne présente plus, du moins, pour ceux et celles qui s’intéressent un peu aux jeux de société.

L’homme a été primé pour ses créations de nombreuses fois et est l’auteur de plus de 500 jeux, rien de moins que cela. De plus, c’est un spécialiste des jeux de dès et il aime créer aussi bien des petits jeux simples que des grands jeux plus complexes.

Parmi les très nombreux jeux qu’il a inventés, je vais revenir sur l’un d’eux : « En garde ! »

« En garde ! » (à ne pas confondre avec un autre jeu éponyme) est une réédition du jeu « Duell » du même Reiner Knizia.

La réédition apporte un peu plus de décorum au jeu et rénove, également, un peu les règles de bases, mais, surtout, reste l’occasion de faire du neuf avec du vieux et de vendre plus cher un jeu qui, à la base, demeure simpliste dans son matériel.

Effectivement, pour jouer à « En garde ! » ou à « Duell », il vous faut une piste en longueur contenant des cases allant de 1 à 23, 25 cartes et deux pions. Tout le reste n’est que subsidiaire et ne fait que renforcer l’immersion ou augmenter la note.

Le principe du jeu est simple. Le jeu se joue à deux joueurs. Chacun pose son pion à une extrémité de la piste. On mélange les cartes, on en distribue 5 à chaque bretteur et c’est parti.

Les cartes comprennent des valeurs de 1 à 5 (chaque carte existe en cinq exemplaires).

Chacun son tour, un des adversaires va jouer une carte et choisir, soit de se déplacer en avant ou en arrière, du nombre de cases indiquées sur sa carte, soit, si ce nombre correspond au nombre de cases le séparant de son opposant, décider de l’attaquer (il peut doubler ou tripler son attaque à condition de posséder deux ou trois cartes de la même valeur). Alors, son adversaire peut contrer, en jetant des cartes de la même valeur. Sachant que les cartes existent uniquement en 5 exemplaires, on comprend bien que si l’un triple son attaque, l’autre ne pourra la contrer, au maximum, que deux fois et finira par être touché. Le joueur ayant attaqué ou s’étant déplacé, pioche alors autant de cartes qu’il vient de jouer. Le joueur ayant contré (sans être touché) ne pioche pas, mais prend la main et peut, maintenant, décider d’avancer ou, à son tour, d’attaquer. Seulement, après cela, il pourra piocher afin d’avoir 5 cartes en main.

Ces règles, simples, sont les règles de base du jeu « Duell ».

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« En garde ! » complexifie un peu le principe des attaques avec la possibilité de faire des attaques indirectes. Pour cela, le joueur joue d’abord une carte pour avancer (et uniquement avancer) puis joue une ou plusieurs cartes pour attaquer. Son adversaire aura alors deux possibilités, la première contrer, de la même manière que précédemment, en jouant autant de cartes de la même valeur que celles d’attaque ou bien reculer en jouant une carte. S’il contre, la partie se déroule comme précédemment. Il ne pioche pas, mais prend la main. S’il recule, son tour est terminé, il pioche une carte et c’est à nouveau à son adversaire de jouer.

Voilà, rien de bien compliqué dans ce petit jeu, mais, cependant, il est très agréable à jouer. Bien sûr, on ne passera pas des soirées entières à s’escrimer la gueule sur la piste, mais, une petite partie de temps en temps ne fera pas de mal. En plus, le matériel est assez simple à faire soi-même si on le désire, comme le démontre Matthieu.

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20 août 2017

On n'achève pas les chiens !

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Éric l.a. Filoche est un artiste sympathique, c’est du moins l’impression que j’en ai en naviguant sur son site.

Peintre, sculpteur, auteur, passionné apiculture et de SIMCA Aronde, cette personne semble être mû par la passion.

De plus, l’homme aime partager, au point d’offrir son court roman, aussi bien au format numérique, qu’audio et c’est tout à son honneur.

Si l’on ajoute à cela que l’auteur doit également être un fervent lecteur des romans de San Antonio, alors, la sympathie ne fait que croître.

Oui, mais, voilà, la passion ne fait pas tout...

Autant le dire tout de suite, je ne suis pas allé au bout du roman, pourtant fort court. Cependant, ces derniers temps, j’ai bien du mal à être satisfait de mes lectures.

Il faut avouer que, si j’aime l’argot, point trop n’en faut et là... on est dans l’excessif, voire, dans l’overdose.

Car, s’il est vrai que l’auteur ne se prend pas au sérieux, il semble concourir à des championnats du monde de l’écrivain qui use du plus de mots d’argot à la ligne. Car, si San Antonio ne faisait pas dans la demi-mesure, il savait prévoir, aux lecteurs, quelques plages de repos, afin de reprendre son souffle avant de replonger en apnée dans son monde gouailleur.

Malheureusement, Éric l.a. Filoche, lui, n’a pas prévu ses sas de décompressions et la fatigue se fait très vite ressentir. D’autant plus que, en parallèle, la ponctuation de son roman laisse à désirer, ou, du moins, n’est pas faite pour arranger les choses.

Du coup, ne trouvant pas les virgules là où il fallait, remué par une multitude de mots et d’expressions chatoyantes, j’ai eu bien du mal à me concentrer sur le récit... trop de mal... au point que je m’en suis totalement désintéressé.

Pourtant, il faut reconnaître qu’il y a du bon dans ce que nous propose l’auteur. Avec une alternance entre pur argot et langage plus classique et une bonne ponctuation, le tout aurait pu être très intéressant, du moins, bien plus digeste.

Mais... à trop vouloir surenchérir en la matière qui fit le succès de Frédéric Dard, Éric l.a. Filoche se prend les pieds dans le tapis.

C’est d’autant plus dommage que j’avais bien envie d’aimer ce roman. Pour son titre, en premier lieu. Pour sa couverture, ensuite, que je trouve très belle. Pour la démarche de l’auteur, également, dont la générosité et la passion transpirent à travers son site. Pour l’argot, enfin, que j’apprécie beaucoup, mais à petites doses ou à doses moyennes, pas à doses pachydermiques...

Au final, je suis assez déçu d’être déçu, car, même si les défauts énoncés sont réellement présents, je demeure certain que l’auteur, en se refrénant quelque peu, aurait pu livrer un roman plus savoureux.

17 août 2017

Docker

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Docker est un petit jeu de blocage de Hilko Drude, Ingo Althöfer et Reinhold Wittig, illustré par Cyril Bouquet, édité par « 1-2-3 Games » et distribué par « Jactalea ».

« Jactalea » s’est fait une spécialité des petits jeux à petits prix, bien souvent, jouables à 2. On notera « Okiya », le jeu où il faut aligner des Geishas, « Full Moon », où il faut aligner des loups, « Button Up », où il faut superposer des boutons, « The Blue Lion » où il faut encadrer les voleurs ou les diamants, et « Docker » où il faut pouvoir déplacer ses containers.

La boîte est petite, son contenu est simple (9 cube, un dé, un plateau de 9 cases) et son prix est mini (10 euros au plus).

Le principe est tout aussi facile à comprendre. Chaque joueur a en sa main 3 containeurs d’une couleur (à deux joueurs, chacun possède 2 couleurs, soit 6 containers). Le plateau de 9 cases représente le lieu d’entrepôt des containers. Il possède 4 entrées, 9 cases de dépôts. 

Les joueurs, chacun leur tour, vont lancer le dé dont le résultat imposera le nombre de déplacement d’un des containers du joueur. Le joueur peut déplacer un container déjà présent sur le plateau de stockage ou en faire entrer un nouveau. le container peut se déplacer sur les cases du plateau, mais aussi à la verticale pour être déposé sur un autre container. Le joueur qui ne peut plus déplacer son container comme imposé par son lancer de dé a perdu. Pour cela, il faut savoir qu’un container ne peut pas faire marche arrière, ni à l’horizontale ni à la verticale.

Pour monter sur un container, il faut compter un déplacement en hauteur et un déplacement pour se poser dessus. Si la pile contient deux containers, il faut trois déplacements et ainsi de suite.

Le but, bloquer les containers des autres en se posant dessus mais tout en faisant attention qu’à un moment, si tous vos containers sont en hauteurs, si votre dé fait un tout petit chiffre, alors, vous ne pourrez plus vous déplace.

Comme vous le voyez, contenu simple, règles simples, du hasard, de la stratégie, des parties rapides...

Au final, si « Docker » n’est pas un jeu qui occupera toute votre soirée, il n’en est pas moins un sympathique petit jeu à petit prix qui va vous faire travailler des méninges tout en vous faisant maudire le petit dé. Jouable aussi bien à 4 qu’à 2, pour occuper quelques minutes de votre temps.

13 août 2017

Commissaire Odilon Quentin

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Comment ai-je pu omettre de vous parler de la série « Commissaire Odilon Quentin » de Charles Richebourg ???

Charles Richebourg, je l’ai déjà évoqué (ainsi qu’Odilon Quentin), dans ma chronique sur « 30 rouge pair passe » du même auteur.

Mais, l’auteur et la série méritent bien plus que d’être simplement évoqués.

Si je ne vais pas pouvoir m’étaler sur Charles Richebourg, faute d’informations le concernant, si ce n’est, quelques pseudonymes sous lesquels il se cachait, j’ai envie de vous parler un peu de sa série « Odilon Quentin ».

À la base, le personnage d’Odilon Quentin ne fait pas partie d’une série, mais est noyé dans une immense collection du milieu du XXe siècle, la collection « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi. Plus de 500 titres la composent dont chacun tient sur 32 pages et dont la couverture est ornée d’une illustration monochrome de l’excellent Georges Sogny.

Des titres dont la qualité est variable selon l’auteur et le personnage central.

Si la plupart des ouvrages sont dissociables les uns des autres, lorsque l’on se penche un peu plus sur la collection, on constate que des héros reviennent plusieurs fois. 

– Teddy Verano ou Guy Farnèse de Maurice Limat

– Yves Michelot de Florent Manuel (Henri Musnik)

– Robert Lacelles de Claude Ascain (Henri Musnik)

– Luc Hardy de Paul Dargens

– L’Ange de Paul Tossel

– Le père Leboeuf de Léo Frachet

– L’inspecteur Cartier ou Jean Lhortier de Léo Gestelys

– Le commissaire Sihol d’Étienne Retterdy

Etc.

Mais, si la qualité est parfois discutable et les personnages plus ou moins attachants et intéressants, du fait de la difficulté à placer son héros, une ambiance et un style sur seulement 32 pages, deux auteurs sont bien au-dessus du lot et remportent la palme :

– René Thomas et son Inspecteur Lémoz

– Charles Richebourg et son Commissaire Odilon Quentin

Mais, s’il ne fallait choisir qu’un de ces deux héros, mon cœur irait immédiatement à Odilon Quentin pour plusieurs raisons.

Déjà, parce que Charles Richebourg, dès les premières lignes du premier titre, nous démontre une plume aguerrie, riche et maîtrisée, ce qui, pour ce genre de littérature et de format se révèle un exploit. Ensuite, parce qu’avec un certain talent dans la concision, il parvient à nous décrire son personnage en quelques mots. Pas besoin de s’étendre sur 20 pages, il lui suffit de trois détails physiques et voilà que l’on s’imagine parfaitement à quoi peut ressembler Odilon Quentin. Mieux, avec ces trois mêmes caractéristiques, l’auteur parvient à nous faire comprendre comment est perçu le policier par les autres et de quelle façon il joue sur cette perception pour arriver à ses fins.

Mais, ce qui permet à Odilon Quentin de surclasser Lémoz, c’est aussi sa longévité. Effectivement, là où le premier partage avec le lecteur un peu plus de 10 enquêtes, le second lui, en fait profiter de près d’une cinquantaine, rien de moins. Quarante-deux enquêtes de 32 pages au sein de la collection « Mon Roman Policier » et quatre dans une autre collection du même éditeur « Police et Mystère » où les titres comportent, non plus 32 pages, mais 64 pages.

Odilon Quentin est un commissaire à l’ancienne, qui ressemble à un marchand de bestiaux. Quand on le voit, on ne se méfie pas de lui, car on sous-estime son intelligence et c’est là-dessus qu’il compte, bien souvent, pour soutirer des confidences aux personnes qu’il questionne. Car le policier n’interroge pas, non, quand il veut obtenir des réponses, il ne convoque pas la personne dans ses bureaux, il se rend, soit, chez lui, ou, mieux encore, au bistrot, devant un petit verre. Jamais il ne pose des questions directes sur ce qui l’intéresse, lui, il joue par la bande, discutant d’un sujet neutre pour, finement, amener son interlocuteur à en venir sur le point névralgique... s’attardant sur des détails insignifiants pour rassurer l’autre, le faire parler, sans prendre de notes, pour ne pas l’affoler, le laisser mariner dans une conversation futile comme il pourrait en avoir avec son concierge. À ce sujet, c’est justement avec les concierges qu’il préfère discuter, car, celles-ci, sont des sources intarissables de renseignements.

Quand il n’est pas dans un troquet, pour déguster un calva, ou dans une loge, pour tailler la bavette avec une concierge, le commissaire Odilon Quentin aime diriger son enquête et son équipe depuis son bureau, tel un chef d’orchestre, donnant les ordres, passant des appels et, surtout, réfléchissant à l’enquête en cours.

Car, le commissaire est soutenu par une équipe de flics aussi importants que différents. Du flic modèle le considérant comme son père spirituel au mecton gouailleur qui passe inaperçu dans les milieux interlopes avec sa dégaine et son langage du peuple.

L’autre atout du Commissaire Odilon Quentin, c’est de savoir s’adapter à son interlocuteur. Il use de manières et du langage propre à celui qu’il veut dompter, pour le rassurer. Mais, s’il a clairement de la sympathie pour les gens du peuple, le commissaire est irrité par les parvenus et les noblillons qui se pensent plus importants que les autres du fait de leur statut social.

Le commissaire Odilon Quentin, enfin, est intelligent et perspicace, mais, surtout, malgré sa dégaine, est un être très méthodique. Pour résoudre les crimes, il évite de se borner aux évidences, aux hypothèses, préférant utiliser la méthode des « Trois Questions ». Effectivement, pour lui, une enquête est résolue lorsqu’il a répondu à « Comment » le crime a été perpétré. « Pourquoi » le crime a-t-il été commis. Et, enfin, « Par qui » le crime a été perpétré. Bien souvent, la réponse aux deux premières questions induit la réponse à la troisième.

Mais, Odilon Quentin, le personnage central, n’est pas le seul intérêt de la série. Non, le style de l’auteur est là, également.

Style, car, dès les premières lignes du premier titre, on distingue, pour ceux et celles qui sont habitués à ce format de 32 pages, une aisance que n’ont pas beaucoup d’autres auteurs dans ce domaine. Certes, on est loin des envolées lyriques d’autres auteurs, mais, quand la plume se doit d’être concise, il est difficile de mettre en place un juste milieu pour éviter un style trop narratif, se contentant de conter les évènements sans laisser la place à d’autres considérations.

La narration, également, qui étaye le style. Dès la toute première enquête, Charles Richebourg met en place un préambule à ses histoires. Sur 32 pages, on pourrait être tenté d’aller droit au but, direct au meurtre, mais l’auteur, lui, ne voit pas les choses ainsi. Il prend le temps, même si c’est un temps court, le temps d’un premier chapitre, de poser les bases de son crime, en dépeignant la victime, afin que le lecteur devine, ou pense deviner, pourquoi et par qui celui-ci a été commis.

Car, évidemment, les apparences sont souvent trompeuses.

Et, cette narration, l’auteur la tient d’épisode en épisode, ce qui renforce l’attachement que l’on peut avoir pour la série (un peu comme Jean-Bernard Pouy a pu le faire avec sa série « Le Poulpe » en imposant aux auteurs un premier chapitre mettant en scène la découverte du crime, dans un article de journal, par Gabriel Lecouvreur).

Alors, bien évidemment, sur 32 pages, on se doute bien que Charles Richebourg ne nous propose jamais une intrigue haletante, un suspens insoutenable, mais là n’est pas le but de la manœuvre. Certes, les crimes sont plutôt communs (enfin... presque), et peuvent ressembler à ceux dont doivent s’occuper les policiers la plupart du temps. Les victimes, bien souvent, sont des gens du peuple, les criminels, également.

Au final, les enquêtes du Commissaire Odilon Quentin se dégustent facilement, chacune en une heure de lecture, mais se lisent, surtout, avec un très grand plaisir, ce qui est une gageure dans le monde très particulier des romans ultra-courts faisant dans les 10 000 mots. À picorer sans modération.

P.S. L’illustration de la couverture d’origine est bel et bien monochrome, je l’ai colorisée pour le plaisir.

10 août 2017

L'auberge sanglante

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« L’auberge sanglante » est un jeu de société inspiré d’un fait divers qui avait déjà inspiré le film « L’auberge rouge » en 1951, avec Fernandel et, plus récemment, en 2007, son remake avec Josiane Balasko et Christian Clavier.

L’affaire d’origine s’est déroulée en Ardèche, vers 1830 où un couple d’aubergistes a été condamné pour avoir tué, détroussé et enterré une centaine de clients.

Le jeu de Nicolas Robert reprend donc le thème du fait divers et propose aux joueurs de devenir membre d’une famille d’aubergistes dont chacun cherchera à s’enrichir plus que les autres en tuant les clients de leur auberge.

Le matériel du jeu est assez sommaire, un petit plateau représentant l’auberge, des chèques en carton, des clefs en carton, quatre pions et des cartes... ce sont ces dernières qui serviront à toutes les actions... ou presque.

Le nombre de joueurs sera compris entre 1 et 4. Chacun se verra attribuer une ou des chambres, l’aide de deux paysans (représentés par des cartes) et la somme de 5 francs pour débuter (représentée par le pion posé sur le 5 du serpentin monétaire au milieu du plateau [allant de 0 à 40].

À partir de là, le premier joueur aura la charge de remplir les chambres avec les clients [chaque carte représente un client de différentes catégories, ceux qui aiment construire, ceux qui aiment corrompre, ceux qui aiment tuer, ceux qui aiment enterrer et ceux qui n’aiment rien faire et que l’on tue ou construit] et de différents rangs [de 0 à 3].

La distribution des clients se fera en fonction des rangs et de l’intérêt que les joueurs peuvent leur porter puisque le but est de conserver, dans sa chambre, des clients vivants, c’est-à-dire, des clients qui n’ont intéressés aucun autre joueur.

Les cartes dans votre main vont représenter vos aides, les personnages qui vont participer à vos actions, pour vous aider à corrompre d’autres clients, à les tuer, à les enterrer, à construire...

Chacun son tour, les joueurs pourront décider de corrompre un client en le prenant dans sa main en échange d’autant de cartes que son rang l’exige. Pour corrompre un client de rang 3, il faudra donc posséder 3 cartes en main et être prêts à s’en séparer... mais pas toujours.

Pour tuer un client, idem, il faudra se séparer d’autant de cartes que le rang du client l’exige. Pareil pour l’enterrer ou lui construire le bâtiment qui lui correspond et qui est inscrit sur sa carte.

Corrompre un client permet d’avoir plus de cartes en main, mais, surtout, de bénéficier de l’aptitude de ce client. Si vous utilisez un partenaire dans le cadre de son aptitude, vous ne serez pas forcé à vous en débarrasser [en clair, si vous n’utilisez pas votre partenaire pour son aptitude, il vous rend service, une fois, puis s’en va, lassé de réaliser des actes qu’il n’aime pas. Mais si vous l’utilisez pour ce qu’il sait faire de mieux, alors, il vous aide et reste avec vous pour le tour suivant. Un policier vous permettra de tuer sans avoir à le laisser partir, un mécanicien vous aidera à construire des bâtiments sans vous quitter ensuite, un novice à enterrer, un vendeur de journaux à corrompre un client.].

Seuls les clients nobles [représentés par des cartes vertes] n’ont aucune aptitude particulière et sont bons, principalement, à tuer pour les délester de leur argent ou à construire pour gagner immédiatement quelques francs.

Les constructions ont plusieurs intérêts. Le premier, vous permettre de gagner quelques euros tout de suite [pour certaines]. La seconde, le rang du bâtiment vous indique le nombre de cadavres que vous pouvez enterrer dessous [sachant que vous ne pouvez délester un mort de son argent qu’au moment où vous l’enterrez]. La troisième, certaines bâtisses accroissent le pouvoir de certaines catégories (en clair, vous avez besoin d’une carte en moins pour vos actions. Deux cartes pour enterrer un rang 3 ou 1 carte pour corrompre un rang 2... selon les cas et bien plus encore pour certaines cartes.

Chaque manche se compose de deux tours où chacun des joueurs effectuera une action (donc, deux actions par tour et par joueur).

À la fin de la manche, si des policiers sont toujours présents en chambre, alors, il y a inspection et si des cadavres ne sont pas enterrés, vous perdez l’argent qu’il possède et vous devez payer le fossoyeur pour vous en débarrasser. Sinon, vous gagnez un franc par client dans une de vos chambres et vous devez payer un franc par partenaire dans votre main. Les clients toujours vivants sortent alors de l’auberge et sont, pour l’instant, sauvés, puisqu’ils reviendront une deuxième fois à l’auberge, quand vous aurez vidé une première fois la pioche.

Quand vous avez vidé la pioche une deuxième fois, la partie est terminée et le joueur le plus riche a gagné.

Le principe énoncé du jeu est donc de tuer le plus de clients possible, mais, en jouant, vous constaterez qu’au final on ne tue pas tant de clients que cela et que ce n’est pas forcément la seule façon de gagner. La construction peut également s’avérer plus rentable, mais, surtout, plus facile et moins risquée. Car, pour emporter l’argent d’un mort il vous faudra des cartes pour le tuer (autant que son rang) puis autant de cartes pour l’enterrer le tour d’après (autant que son rang). Si vous voulez prendre l’argent d’un client de rang trois, il vous faudra donc vous séparer de trois cartes pour le tuer puis trois cartes pour l’enterrer (sauf si vous utilisez les aptitudes adéquates). Sachant qu’à la fin des deux tours nécessaires à cette double action, si un policier est toujours présent, non seulement vous avez perdu des cartes, vous ne gagnez pas d’argent, mais vous devez payer dix francs au fossoyeur.

Du coup, certains joueurs préféreront construire à tour de bras, d’autant que certaines constructions pourront vous rapporter beaucoup, à la fin de la partie, en fonction de leurs particularités.

Parfois, il vous sera nécessaire de blanchir de l’argent, pour reculer sur le serpent monétaire, puisque l’argent que vous gagnez ne peut être inscrit que sur celui-ci et vous ne pouvez pas dépasser la somme de 40 francs (certains clients morts et enterrés peuvent vous rapporter 26 francs). Pour blanchir de l’argent, vous échangez une ou plusieurs dizaines de francs de votre serpent monétaire contre autant de chèques de 10 francs.

Cette action, nécessaire durant la partie, d’autant plus si vous tuez à tour de bras, ralenti vos actions et les mets en péril (car, un client tué sur un tour devra attendre le tour suivant pour être enterré).

Mais assez parlé des règles et venons-en au ressenti du jeu.

Les illustrations participent à l’ambiance un peu glauque que le jeu veut instaurer sans le rendre pour autant poisseux, loin de là. Car, si ce n’est le thème et les illustrations, le reste se déroule aussi simplement que tout autre jeu de société d’échange de cartes.

De plus, comme déjà énoncé, les joueurs n’ont pas forcément un intérêt particulier à tuer un maximum de clients et, bien souvent, si on le fait, c’est plus pour respecter le thème du jeu que par stratégie.

Et c’est là le plus gros problème du jeu. Effectivement, l’auteur a déposé son jeu entre deux chaises, voulant proposer un thème non politiquement correct en conservant un système de jeu classique. Car si ce n’est l’illustration d’un cercueil lorsque l’on retourne une carte, rien ne met le joueur dans la peau d’un tueur et c’est là où le bât blesse, du moins, pour moi.

Car, la procédure est la même pour corrompre, construire, tuer et enterrer.

De plus, il n’y a pas grande interaction entre les joueurs alors que chacun est en compétition avec les autres. Hormis sélectionner au mieux les clients quand on a la charge de les placer en chambre, de faire en sorte de laisser des policiers dans l’auberge si vos adversaires ont tué des clients, rien ne vous permet d’influer réellement sur le cours du jeu des autres participants, et c’est bien dommage.

Autre souci, la manche en deux tours. Deux tours pour deux actions si l’on veut respecter le thème (tuer puis enterrer), voilà qui est un peu beaucoup court. Effectivement, il ne faut pas vous louper, si vous voulez devenir tueur de masse. D’autant que, pour tuer, il vous faudra des partenaires et pour avoir des partenaires il vous faudra corrompre, donc, deux tours sont insuffisants...

De même, la partie est bien souvent trop courte pour réellement pouvoir faire un massacre. Je vous déconseille, d’ailleurs, de jouer une partie courte, car vous n’aurez le temps de rien y faire.

Malgré tout, le jeu « L’auberge sanglante » n’est pas déplaisant, mais je pense que l’auteur aurait gagné à étoffer un peu plus la jouabilité et l’aspect ludique de son jeu. Peut-être augmenter le nombre de tours, user d’un autre procéder pour tuer et enterrer que pour corrompre et construire...

Bref, au final, « L’auberge sanglante » n’est pas un mauvais jeu, c’est même un bon jeu, mais qui s’avère un peu trop répétitif et frustrant pour pouvoir enchaîner les parties jusqu’à la fin de la nuit et c’est fort dommage.

06 août 2017

Charade

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Laurent Loison est un auteur de presque 50 ans dont « Charade », son premier roman, est sorti en 2015.

L’auteur tente de suivre les traces des « auteurs professionnels » du Thriller glauque à la française (Thilliez, Chattam, Grangé) et l’on peut dire qu’il y réussit, mais pas pour les bonnes raisons.

Autant le dire tout de suite, je ne suis pas allé au bout de ma lecture bien que les critiques des lecteurs du roman soient dithyrambiques.

Aussi, je ne m’attarderai pas sur l’histoire, en elle-même, encore moins sur le dénouement final ou l’identité du meurtrier, que je ne connais pas.

Non, ma chronique se contentera de porter sur le premier quart du livre et sur les raisons qui m’ont poussé à abandonner ma lecture.

Charade : Il laisse derrière lui des cadavres de jeunes femmes atrocement torturées et de mystérieux messages. Ce cruel et terrifiant tueur en série est pourtant traqué par le meilleur flic du 36, le commissaire Florent Bargamont, et une brillante criminologue, Emmanuelle de Quezac. Un rythme effréné qui vous laissera le souffle court !

Vu les bonnes critiques sur le roman, je m’attendais à être happé par une intrigue haletante menée par des personnages si ce n’est, originaux, du moins, attachants. Je devrais probablement conclure que je n’attends plus d’un roman policier ce qu’en attendent la majeure partie des lecteurs.

Car, effectivement, la première chose qui m’a sauté aux yeux, outre le manque de style de l’auteur, mais c’est une critique que l’on peut faire à tous les gros vendeurs de livres qui formatent et lissent leur plume pour plaire au plus grand nombre, ce sont les clichés et les stéréotypes repris à foison pour définir les personnages principaux.

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Alors, tout y passe :

– Le héros, un flic taciturne, déprimé, alcoolique, d’une antipathie apparente cachant, probablement, un bon fond (je ne suis pas arrivé jusqu’à ce moment du livre, mais je me doute que cette révélation existe). Cassé, usé, détruit, par son métier qui consiste à analyser, comprendre et traquer les pires tueurs possibles, mais, cependant, d’une attirance animale, d’un charme envoûtant... (ajoutez tous les qualificatifs du genre que vous voudrez).

– La partenaire, une jeune femme belle et désirable (ba oui, faut pas déconner, ils n’embauchent pas de femmes laides dans la police dans les romans, les séries et les films), qui va, forcément, tomber amoureuse du héros et avoir pour ambition de l’aider à lutter contre ses démons, de le sauver (c’est beau, l’amour). 

– La psychiatre (car, oui, tout le monde sait que le flic est torturé et alcoolique, alors, il faut savoir si, en plus, il peut être dangereux pour lui-même ou pour les autres, mais, en attendant, on lui laisse son travail de terrain et son flingue) qui n’obtient rien de son patient bourru, mais qui est plus occupée à fantasmer sur lui (ba ouais, le transfert, dans les romans, c’est l’inverse de la réalité, c’est la psy qui tombe amoureuse de son patient) et à imaginer ce que pourrait lui faire ce flic bourru et alcoolique, mais tellement craquant (bon, dans la vraie vie, une femme, quand elle est face à un mec bourru et alcoolique, elle se sauve... là, non !).

– Le flic très con qui en veut au héros de son succès et qui fait tout pour lui mettre des bâtons dans les roues.

– Le tueur super sadique (mais alors, très très sadique, à se demander s’il n’a pas été élevé par Charles Manson et allaité par Magdalena Solis [cf. Wikipédia pour ceux qui ne connaissent pas cette charmante dame] qui, en plus d’être sadique [mais alors, très très sadique], se révèle être très très joueur, également.

Vous mélangez ces personnages et vous obtenez le début de « Charade ».

Pour la fin, je ne saurais dire... On sait, dès le début, que le héros à vaincu, mais qu’il a du mal à s’en remettre et, je miserais une petite pièce pour dire que le tueur pourrait être, en fait, une tueuse [pourquoi pas la psy] ou, mieux, si on continue dans les clichés, le flic qui déteste le héros [une révélation que l’on trouve régulièrement dans les romans policiers]... ceux qui seront arrivés au bout de ce roman pourront confirmer ou infirmer mes suppositions.

Bref, ces clichés qui deviennent lassants tant ils sont usés jusqu’à la corde, auraient pu être compensés par un style original, se servir de stéréotypes à travers une plume innovante... mais non.

L’auteur se contente de copier les défauts de ses pairs sans apporter la moindre originalité (du moins, dans le premier quart... qui sait, peut-être que la révélation finale sauve l’ensemble du livre et que l’on apprend que le tueur en série est, en fait, le président de la République ou un extra-terrestre ou bien, encore, le héros, lui-même... non, ça, c’est du déjà vu.

Bref, rien de neuf dans le monde du polar et ce n’est pas avec  « Charade » de Laurent Loison que cela changera.

Au final, une lecture déplaisante du fait des nombreux clichés qui défilent pire que des militaires le matin du 14 juillet. À quand des personnages originaux dans le monde du polar ?

03 août 2017

Complots

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Complots de Rikki Tahta est un petit jeu de bluff qui a tout d’un grand jeu, sauf le contenu et le prix.

À partir d’une idée de départ simple (5 personnages en jeu, chacun son pouvoir, au joueur d’utiliser le pouvoir de ses deux cartes ou de faire croire qu’il possède le personnage ayant le pouvoir qu’il utilise), Complots propose des parties rapides, rythmées et réjouissantes (pour peu que vous jouiez avec des personnes sachant bluffer).

Complots est un jeu ne contenant que 24 cartes personnages, quelques cartes d’aides et 30 pièces en plastique.

Le jeu trouve tout son intérêt à partir de 3 joueurs.

Sur les 6 personnages, on en retire un du jeu (il vaut mieux retirer l’Ambassadeur qui ne sert pas à grand-chose et conserver l’Inquisiteur). On retire, selon le nombre de joueurs, une carte dans le tas de chacun des autres personnages. On mélange.

Chaque joueur reçoit deux pièces et deux cartes qu’il doit conserver cachées des autres joueurs (sinon, il ne pourra pas bluffer). Et c’est parti.

Chacun son tour, un joueur invoquera le pouvoir d’un personnage qu’il a en main (ou pas) afin de prendre des pièces au trésor ou dans la cagnotte d’un autre joueur, ou bien pour tuer un joueur. Si un joueur est directement visé, il pourra contrer l’attaque en invoquant le pouvoir du personnage adéquat. Bluffe-t-il ? possède-t-il vraiment ce personnage ? C’est tout l’intérêt du jeu.

Si une attaque vise un joueur en particulier, seul ce joueur pourra accuser son assaillant de bluffer. S’il contre l’attaque, alors, tous les joueurs pourront l’accuser de bluff, mais seul le premier à l’avoir fait pourra faire un duel avec.

Mais, revenons-en à l’attaque. L’attaquant peut se faire contrer ou être accusé de bluff. S’il se fait contrer, mais considère que son adversaire ne bluffe pas, alors, il perd le résultat de son attaque (et l’argent qu’il a investi dans l’attaque, dans le cas de l’invocation du pouvoir de l’assassin). Si son adversaire ne contre pas, alors, son action est validée et, s’il a invoqué le pouvoir de l’assassin, le joueur visé doit retourner une de ses deux cartes (celle de son choix), sachant que s’il doit, à un autre tour, retourner sa seconde carte, il est écarté du jeu, il est définitivement mort. Le pouvoir de la carte retourné n’est plus actif, mais rien n’empêche le joueur de continuer à invoquer ce pouvoir en faisant croire (ou non) qu’il possédait deux cartes du même personnage.

Si le joueur visé par une attaque décide de la contrer, le premier joueur à l’accuser de bluff entre en duel avec lui. Le joueur contreur doit alors prouver qu’il possède bien la carte personnage du pouvoir indiqué, sinon, il retourne la carte de son choix. S’il possédait bien cette carte, c’est le joueur qui l’a accusé de bluff qui perd une vie. Le joueur contreur doit alors piocher une nouvelle carte personnage et mélanger celle qu’il a révélée dans la pioche.

Si un joueur invoque un pouvoir qui ne vise personne en particulier (notamment pour prendre de l’argent au trésor), tout le monde peut l’accuser de bluff (la mécanique est alors la même que précédemment).

Quand un joueur possède 7 pièces, il peut alors tuer qui il veut sans jamais pouvoir être contré.

Le but du jeu est donc de bluffer le mieux possible et d’empêcher un joueur de posséder 7 pièces. 

Le dernier joueur possédant encore une carte en main est déclaré vainqueur.

Voilà, rien de plus simple.

Contenue simple, règle pas très compliquée, petit prix, un jeu qui peut se transporter dans la poche et qui assure de très bons moments de jeu. Que demander de plus ?

Au final, petit jeu à petit prix, mais qui assure un maximum de plaisir. Je valide !

N.B. Un « Complots 2 » avec de nouveaux personnages et de nouveaux pouvoirs est disponible ainsi qu’un « Complots — Saint-Barthélemy » qui permet de joueur en groupe plutôt qu’individuellement.

30 juillet 2017

Société noire

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Andreu Martin est un auteur catalan dont j’ai entamé l’ouvrage parce qu’il avait été publié dans la Série Noire et que je pensais, donc, qu’il n’écrivait qu’en français. Or, « Société noire », contrairement à mes lectures habituelles, n’a pas été écrit en français, mais a été traduit par la suite. Ma politique de lecture, depuis quelques années, est de ne lire que des textes écrits en français, car je suis adepte de l’aphorisme italien « Traduttore, tradittore » qui explique qu’un traducteur trahit toujours le texte qu’il traduit. Du coup, pour être certain de lire exactement les mots que l’auteur voulait que l’on lise, je ne lis plus que des œuvres écrites en langue française. Tant pis, un écart à ma politique de lecture qui est bienvenue.

Bienvenue, car ce fût une bonne lecture s’appuyant sur une bonne histoire, de bons personnages et des partis pris narratifs et un style d’écriture plutôt intéressants.

Car, si je ne cesse de me plaindre du manque d’originalité des auteurs de polars actuels qui reprennent, ad nauseam, le même genre de personnages, une idem narration, et un style au plus plat possible ici, Andreu Martin, aidé par sa traductrice, me propose, à travers quelques clichés légèrement esquissés, une narration efficace, à défaut d’être novatrice (mais peut-on encore être novateur en ce domaine), des personnages bien sentis et un héros attachant et un parti pris stylistique (dont je me demande, du coup, s’il est la volonté de l’auteur ou un résultat de la traduction) qui, bien que désarçonnant de prime abord, finit par faire sortir le roman des ornières de la production habituelle.

Société noire Les triades ne sévissent pas qu’en Chine : elles se déploient aux États-Unis et en Europe. Seule Barcelone se croit encore épargnée. À tort, selon l’inspecteur Diego Cañas. Il charge son indic Liang, un Sino-Espagnol né à Hong Kong, d’infiltrer pour lui la très discrète mafia chinoise. Un mois plus tard, on retrouve au petit matin la tête d’une femme sur un capot de voiture. Un crime atroce qui porte la marque des maras, ces gangs ultra-violents d’Amérique centrale. Mais Cañas est convaincu que l’affaire est liée, d’une façon ou d’une autre, à son enquête sur les triades. Reste à le prouver à ses supérieurs…

Andreu Martin nous propose donc une immersion dans le monde interlope Barcelonais, en général, et dans le milieu chinois, en particulier.

Avec le personnage de Lian, immigré chinois né d’un père espagnol qu’il déteste et rejette au point de rejeter, avec, ses gênes hispaniques, l’auteur nous expose un héros des plus intéressants. Intéressant, car celui-ci répond à la fois à tous les clichés tout en les explosant. Clichés sur les Chinois inhérents à un personnage qui se veut plus chinois que le plus chinois des Chinois, allant jusqu’à devenir professeur d’arts martiaux et philosophe à ses heures perdues. Explosion consécutive à ce chinois qui se veut plus chinois que le plus chinois des Chinois, mais qui va oser faire ce qu’aucun bon chinois n’aurait osé : s’en prendre à la triade qui exploite les immigrés chinois jusqu’à la corde quand ceux-ci, en retour, bossent jusqu’à épuisement dans le but de gagner quelques euros pour rentrer, ensuite, chez eux.

Car Lian ne supporte plus cette particularité (cliché ?) du Chinois qui ne fait pas de vagues et décide de prendre tous les risques pour venger les siens (mais ont-ils envie d’être vengés ?).

En parallèle, Andreu Martin tisse un monde policier qui n’est ni tout blanc ni tout noir, du flic corrompu qui profite de sa position pour s’enrichir à celui qui, pour faire son travail le mieux possible, est prêt à utiliser son indic et le manipuler.

Et ce gris, qui va du gris clair au gris foncé, dans un monde qui se veut en noir et blanc (le Yin et le Yang), pose sa chape de ciment sur tout l’ouvrage.

À travers une narration naviguant entre passé et présent, autour d’un acte fondateur du roman, pour montrer l’évolution des personnages et de la situation, expliquer comment les protagonistes en sont arrivés à faire ce qu’ils ont fait, pour exposer les conséquences des actes de chacun, Martin Andreu tisse une toile dont le lecteur ne parviendra pas à se dépêtrer et dont il ne voudra pas s’échapper, trop attiré par le point central que devient le point final.

Car, ici, chacun se sert de l’autre, volontairement ou sans s’en rendre compte et, tout le monde devient donc responsable des dommages irréversibles que les actes des uns, interagissant avec ceux des autres, vont produire.

Au final, un bon roman, une bonne intrigue, un bon style, de bons personnages, la seule chose que je pourrais reprocher à ce livre, c’est qu’il soit le résultat, ne serait-ce que partiel, d’une traduction...

23 juillet 2017

Double meurtre à Rouen

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Il est des livres, comme ça, dont on n’attend rien et par lesquels on ne peut, du coup, être déçu. C’est un peu l’histoire de ma rencontre avec « Double meurtre à Rouen » de Patrick Morel.

Patrick Morel, je ne connaissais pas et « Double meurtre à Rouen » ne m’évoquait rien, si ce n’est qu’il devait parler de deux meurtres qui se déroulaient sur Rouen ou ses alentours.

Banjo ! (comme dirait Bullit, ou Ripper, je les confonds toujours), le roman s’axe bien autour de deux meurtres et se déroule dans les alentours de Rouen.

Mais, blague mise à part, ce roman est une rencontre du hasard et de la fainéantise.

Je suis assez fainéant et, dans mon cas, le mot « assez » est un doux euphémisme, comme dirait l’autre (mais, ne me demandez pas qui, j’ai oublié son nom, c’est dire si le type m’a marqué et, là encore, c’est un doux euphémisme, comme dirait le voisin de l’autre). Donc, comme vous l’avez compris, je suis économe de mes gestes (mais pas de mes pensées, puisqu’il m’arrive très souvent de penser sans bouger, alors que je bouge rarement sans penser, du moins, pensai-je à éviter de bouger tant que faire ce peut).

Si j’arrive à m’arrêter de m’interrompre avec des pensées inertes, je pourrais reprendre le fil de ma pensée et vous expliquer en quoi, le fait que je sois fainéant est pour beaucoup dans ma rencontre avec le roman « Double meurtre à Rouen », parce que, c’est tout d’abord une chronique sur un livre que je tente d’écrire et non une pastille humoristique ou une chronique de la vie quotidienne.

Moi = fainéant, donc, pour faire concis et tenter de rattraper le temps fou que je perds à soliloquer comme un loufoque. Et, comme je suis flemmard (vous ai-je déjà dit que j’étais fainéant), il m’arrive, parfois, quand je n’ai plus rien à lire, d’avoir la flemme de chercher quel ouvrage je vais dévorer. Oui, car, sinon, d’habitude (quand je ne suis pas fainéant, mais, comme la fainéantise, chez moi, est une constante, elle devrait être considérée comme une habitude, mais, pour trouver ma prochaine lecture je me fais violence et, la plupart du temps, je cherche, je creuse, je fouille, je farfouille et c’est dire si cela me prend du temps et de l’énergie). C’est bon ? Ai-je fini de m’interrompre avec mes considérations sidérantes ? Car, ce n’est pas tout ça, mais ma chronique m’attend !

Je cherche, donc, je fouille, je farfouille, des critiques, des chroniques, des articles, sur des romans policiers, afin de déterminer celui qui passera quelques heures entre mes mains.

Mais bon, là, j’avais chassé le naturel, mais il était revenu en métro (le galop n’étant pas assez rapide et parce qu’il faut bien vivre avec son temps).

Comme je redevenais naturel, la chasse, pas celle du naturel, mais celle du livre à dévorer, car, comme tout papivore, il faut trouver la proie pour que je dévore (même si je lis beaucoup sur liseuse, mais il n’existe pas vraiment de mot pour définir ceux qui dévore des romans sur ce média), la chasse, donc, me fatiguait. Et qu’il y a-t-il de plus éreintant, pour un fainéant, qu’un acte fatiguant ? 

Mais là ! Pouf ! Pas envie. Oublié Babelio et ses millions de critiques, les listes des meilleurs romans policiers (que je trouve bien souvent mauvais), celle des meilleures ventes de polars (dont je trouve encore plus mauvais les livres qui la compose), et toutes les listes possibles et imaginables, car, lire une liste, ça me fatigue.

Aussi, du coup, j’ai décidé de faire de ma faiblesse une force et de ma fainéantise une occasion de découvrir, par hasard, sans préméditation, un roman policier et mon choix s’est posé sur...

... Bah ! sur « Double meurtre à Rouen », puisque c’est l’objet de cette chronique même si mes divagations pourraient donner du vague à l’âme à tout amateur de romans policiers.

Hé bien, je peux vous dire que, parfois, il est bon d’être fainéant.

Car, oui, autant le dire tout de suite, j’ai apprécié cette découverte bien plus que de nombreux romans policiers plus réputés qui me sont tombés des mains faute à un manque de style, à des personnages creux et à une intrigue tarabiscotée.

En effet, Patrick Morel fait l’effort, contrairement à nombre de ses confrères, de nous proposer, d’entrée de jeu, un personnage qui se démarque, bien qu’il ne soit pas le héros du livre, un style qui, sans être d’une originalité folle, propose tout de même une certaine fraîcheur par rapport à ses contemporains plus huppés, et une intrigue qui, sans rivaliser avec les plus grands livres à suspens, tient relativement bien la route.

En clair, si aucun des points du roman n’excelle par sa grandeur et son originalité, chaque ingrédient est suffisamment épicé pour éviter que le mélange ne devienne, au mieux, insipide, au pire, indigeste.

Car, si je reproche, bien souvent, l’utilisation d’un flic dépressif, cabossé par la vie, Patrick Morel n’a pas écouté mes doléances, mais, pour autant, bien que son personnage de flic, Lucien Povert, ait certaines caractéristiques que je dénonce, il n’en demeure pas moins un personnage fort et intéressant. Surtout qu’il est secondé par un policier à son opposé et qu’un troisième flic, aux antipodes des deux autres, va participer à l’enquête.

Pire... ou mieux... je ne saurais dire, même la petite stagiaire qui se veut un contre-pied d’un personnage usuel tout en en devenant un autre (oui, c’est compliqué, mais... la vie est compliquée) et qui m’a excédé au possible (c’est bien simple, j’avais envie d’être dans le roman pour lui foutre une tarte dans la gueule) de par cette réaction épidermique qu’elle m’a provoquée, renforce l’intérêt du livre (oui, car, d’un côté tu t’attaches à un personnage, de l’autre tu en détestes un autre qui n’est pas le méchant et te voilà pris entre deux feux, du coup, c’est plutôt bien joué.).

C’est donc avec un plaisir non dissimulé que j’ai suivi cette double enquête, ces trois ou quatre flics (oui, parce qu’ils sont deux, puis trois, puis trois et demi, puis quatre et demi, puis trois et demi... il faut avoir lu le livre pour comprendre) dont certaines particularités sont à peine énoncées alors que d’autres sont étalées...

Une certaine gouaille émaille ce roman, notamment grâce, dès le début, au personnage de Ruben, mais aussi une certaine patte qui offre une plus-value au roman. 

Là où certains romanciers à succès mettent le curseur sur « Medium » au niveau des personnages, de la narration et de la plume, pour le pousser au maximum sur une intrigue tarabiscotée, Patrick Morel a le bon goût d’élever chaque ingrédient à un niveau supérieur à la moyenne sans, pour autant, sombrer dans des excès et c’est de cet équilibre déséquilibré que se nourrit le plaisir de lecture.

Bref, inutile dans dire plus, j’en ai déjà trop dit.

Au final, une bonne surprise, un bon roman qui, sans se hisser à des hauteurs stratosphériques, apporte un bon moment de lecture et c’est avant tout ce que l’on demande à un bon bouquin, non ?

20 juillet 2017

Timeline - multi-thèmes

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« Timeline » est une série de petits jeux de société qui font appel à la culture ou à la mémoire.

« Timeline » est un jeu simple dans tous les sens du terme.

Des cartes illustrent un évènement (historique, scientifique, cinéma, sportif, invention...). Au dos des cartes, la date correspondant à cet évènement. Seulement, voilà, vous ne voyez pas les dos des cartes. Votre mission, insérer vos cartes entre des cartes déjà déposées au centre du jeu, retournées et alignées dans l’ordre chronologique.

55 cartes, vous en distribuez 4 ou 5 ou plus, selon la difficulté que vous voulez donner au jeu. Vous retournez une carte au centre de la table. Celle-ci indiquera la date de départ de la ligne de chronologie que tous les joueurs vont devoir remplir. Pour ce faire, le premier joueur placera une carte qu’il choisira parmi celles placées devant lui après ou avant la carte retournée en fonction de s’il pense que l’évènement illustré s’est déroulé avant ou après la date de l’évènement central. Ensuite, il retourne sa carte pour vérifier s’il a eu raison ou s’il a eu tort. S’il a eu raison, il laisse sa carte en place et c’est au tour du joueur suivant. S’il a eu tort, il jette sa carte à la défausse et en pioche une autre puis c’est au tour du joueur suivant. Lorsqu’il y a plus d’une carte au centre, le joueur devra insérer sa carte entre deux dates. Idem, s’il a raison, il laisse sa carte, sinon, il la défausse et en pioche une autre. Le but, être le premier à se débarrasser de toutes ses cartes en évitant de se tromper.

Jeu simple, aux règles simples, au contenu simple (uniquement 55 cartes et une règle du jeu) et au prix... pas si simple que cela puisqu’il est souvent affiché à 15 euros pour un jeu ne contenant que 55 minuscules cartes. Je vous conseille donc, comme moi, de l’acheter d’occasion, d’autant que ce jeu n’est pas rejouable à l’envie puisque, à 4, en seulement trois parties, nous avons réussi à faire le tour des cartes. Alors, certes, ce n’est pas parce que la carte est déjà passée dans sa main ou celle d’un autre joueur que l’on se souvient pour autant la date qui est inscrite à son dos. Mais bon, la durée de vie et la rejouabilité de ce jeu est tout de même assez limitée à moins d’acheter les autres titres de la licence, mais... à 15 euros, ou pouvait tout de même s’attendre à mieux ou à plus.

Au final, un petit jeu simple, dont les règles s’expliquent en quelques secondes, qui offre (vend) des parties assez rapides et qui permet de s’instruire en s’amusant, mais qui a le grand défaut d’une rejouabilité très limitée par rapport à son prix de vente.

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16 juillet 2017

Les cinq détectives

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Gabriel Bernard (1885-1934) est un des auteurs très prolifiques de la littérature populaire.

Si l’auteur a écrit de nombreux romans, il est principalement connu pour une série de romans d’espionnage (Les drames de l’espionnage), éditée, tout d’abord, sous le pseudonyme Pierre de Chantenay, aux éditions Offenstadt, avant d’être rééditée aux éditions Tallandier.

Cette série met en scène l’inspecteur Tony, qui deviendra, par la suite, commissaire, et qui œuvre dans le contre-espionnage. (cette information est importante pour la suite de la chronique).

Mais Gabriel Bernard est également connu pour un roman, ou, du moins, devrait l’être : Les cinq détectives.

Les cinq détectivesLa fille d’un riche industriel américain disparaît mystérieusement à Paris, juste après son mariage d’avec un baron français dont elle est terriblement amoureuse. Le père de la mariée pense d’abord à une facétie de son enfant, mais, les heures passant, l’inquiétude grandit, d’autant que la police française piétine et ne trouve aucune piste ni explication à cette « fugue ». Après des mois sans nouvelles, le père, abattu, décide de lancer une compétition entre détectives pour espérer retrouver la chair de sa chair. Ce sont alors cinq détectives qui sont sélectionnés. Quatre d’entre eux se révèlent être les élèves de maîtres de l’investigation : Sherlock Holmes, l’inspecteur Lecoq, Nick Carter et l’inspecteur Tony. Le quintet est complété par un sympathique bonhomme replet à la gouaille toute provençale…

Gabriel Bernard s’appuie sur le mode du pastiche à la mode à son époque où les pâles copies et les avatars de Sherlock Holmes pullulent dans tous les pays suite au succès des aventures du détective développé par Sir Arthur Conan Doyle.

Mais Gabriel Bernard, plutôt que de proposer un clone de Sherlock Holmes, a l’idée de confronter des copies des plus grands détectives de la littérature de l’époque.

Parce que la fille d’un riche industriel américain a été enlevée, son père, devant l’incapacité de la police à la retrouver, décide de lancer une compétition entre détectives. Parmi les candidats, il en sélectionne cinq. Chacun, ou presque, se révèle être l’élève d’un célèbre détective. Sherlock Holmes, Nick Carter, l’inspecteur Lecoq, l’inspecteur Tony.

Car on apprend, dans le roman, que les héros de la littérature policière sont, en fait des vraies personnes. Ainsi, Sherlock Holmes est un être de chair et d’os, tout comme l’inspecteur Lecoq, dont Émile Gaboriau a conté les enquêtes, ainsi que le célèbre détective américain Nick Carter et, l’inspecteur Tony développé par Gabriel Bernard lui-même.

C’est donc à un exercice de style particulier auquel se confronte Gabriel Bernard. Un exercice de style excitant, mais que l’auteur ne remplit pas totalement, se contentant de nous livrer les résultats des enquêtes là où il aurait été plus intéressant qu’il nous propose les différentes enquêtes des différents protagonistes menées avec le style particulier de chacun.

Gabriel Bernard prend son temps pour poser son décor de départ, cette disparition soudaine, mystérieuse et inexpliquée. Il nous expose les personnages principaux, leurs liens, afin de plonger le lecteur dans l’étrangeté de cette « fugue ».

Si l’exposition liminaire est un peu longue, si elle n’est pas hyper prenante, l’intérêt croît avec l’arrivée des différents détectives. La rencontre de chacun avec le père est prétexte à nous esquisser chaque personnage et nous montrer à quels points ils sont différents, et dans leur allure, dans leur comportement que dans leur façon d’appréhender la tâche à laquelle ils sont dévoués.

Alors, chacun se lancer dans leur quête et finit par arriver au résultat, seul problème, chacun passe par un chemin différent, aboutit dans un lieu différent et appréhende une jeune femme différente...

Qui aura raison, qui aura tort, là devrait être le problème si l’on n’imaginait pas, dès le début, que l’auteur allait donner l’avantage à son propre personnage.

Mais, aura-t-il fait ce choix évident ? Seul le lecteur qui ira au bout du roman le saura.

Au final, un bon petit roman qui se dévore avec plaisir et qui s’appuie sur un point de départ très intéressant, même si l’auteur évite l’écueil en le contournant plutôt qu’en le surmontant. 

09 juillet 2017

L'étrange supplice

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Maurice Limat est un auteur qui n’est pas inconnu des amateurs de littérature populaire qui a œuvré, principalement, dans les genres « Policier » et « Fantastique », et, parfois, mêlant les deux genres dans une même histoire.

Parmi ses personnages, le plus récurrent demeure Teddy Verano, surnommé « le détective de l’étrange » tant il est habitué à enquêter sur des affaires le confrontant à des vampires, des tueurs sanguinaires et des mystères.

Dans « L’étrange supplice », Teddy Verano est embauché par une jeune femme, pour retrouver son amoureux, un ancien détenu, catcheur, ayant accepté un boulot de modèle pour un sculpteur vivant dans un château en ruines.

Teddy Verano se rend dans le petit village proche de la bâtisse et apprend que celle-ci est habitée par un bien curieux couple qui ne sort jamais de ses murs et que seul visite l’apprenti du boucher qui les livre régulièrement en viandes.

Teddy Verano se fait passer pour un commercial d’une société de marbre afin de pénétrer les lieux et croise, sur place, un homme au corps musclé, qui vient d’être embauché pour servir de modèle au sculpteur.

Si je ne suis pas friand du genre « fantastique », le fait qu’il soit utilisé en parallèle à un genre « policier » suffit à m’intéresser à ce texte et à ce personnage.

Et, clairement, le fantastique ne prend pas plus le dessus sur le policier, ni le policier sur le fantastique, puisque ni l’un ni l’autre des deux genres n’est vraiment mis en avant, le texte flirtant entre l’un et l’autre sans jamais réellement choisir.

Ajoutons à cela un format court (64 pages) dans lequel l’auteur ne parvient pas à poser son personnage suffisamment pour le rendre attachant ou, au moins, très intéressant.

Pourtant, la lecture n’est pas déplaisante et l’on arrive au point final sans, réellement, s’en rendre compte.

Au final, une lecture pas désagréable, mais qui ne me marquera pas ni qui me donnera envie de retrouver Teddy Verano dans une autre de ses enquêtes, à moins que je tombe dessus par hasard.

02 juillet 2017

La momie rouge

CouvLMR4José Moselli est un auteur populaire trop méconnu que j’ai déjà évoqué dans ma critique sur « John Strobbins ».

Mais, José Moselli, ne s’est pas contenté d’écrire des séries ou des feuilletons, il a également écrit des romans-feuilletons tel celui qui fait l’objet de cette chronique : « La momie rouge ».

La momie rouge : Ralph Gorse est réputé pour être l’un des meilleurs policiers des États-Unis. Aussi, quand le superintendant de la police reçoit une lettre anonyme pour lui annoncer le vol, prochain, de la « Momie Rouge », l’unique momie trouvée sur le continent américain, c’est, tout naturellement, Ralph Gorse qu’il nomme à la surveillance de la relique. Mais, un matin, la « Momie Rouge » ainsi que la « Pierre de Lune », un joyau unique provenant d’un temple Maya, ont disparu et le célèbre policier et ses hommes sont retrouvés inanimés. Seul Ralph Gorse se relèvera de l’asphyxie mortelle dont les « gardiens de l’ordre » ont été victimes. Ridiculisé par son échec, meurtri par l’humiliation et le sentiment de porter la responsabilité de la mort de ses collègues, Ralph Gorse redouble d’efforts dans son enquête et celle-ci, débouche très rapidement sur l’arrestation de Robert Madison, un jeune architecte sans le sou, cocaïnomane, que tout désigne comme le coupable idéal. Si le fait que la fiancée du « voleur-meurtrier » clame l’innocence de celui-ci à corps et à cris ne saurait émouvoir le policier intègre et brutal qu’il est, la présence d’un personnage énigmatique va remettre en question ses certitudes, le conduisant à revoir son enquête, son jugement, ses principes et sa morale au point de risquer son poste et sa vie pour trouver le fin mot de l’histoire…

« La momie rouge » est un roman-feuilleton publié dans le magazine « Le Pêle-Mêle » de 1925 en 33 épisodes.

Robert Madison, un jeune architecte sans le sou, est accusé du meurtre des policiers chargés de la surveillance de la momie rouge, la seule et unique momie découverte en Amérique, et du vol de celle-ci, ainsi que de la pierre de lune.

Il faut dire que tout accuse le jeune homme. Il a été repéré, de nombreuses fois, dans le musée abritant la momie. Ralph Gorse, le policier chargé de l’affaire, découvre, au pied du sarcophage, une pilule pour le cœur appartenant à l’architecte. Ce dernier est cocaïnomane et est incapable de fournir un alibi pour la nuit du crime...

Pour autant, la fiancée de l’accusé est persuadée de l’innocence de son amoureux et cherche à en convaincre le policier. Mais c’est le frère de lait de Robert Madison, un Canadien au tempérament décalé, qui finit par faire naître le doute dans l’esprit de Ralph Gorse.

Dès lors, l’un fera tout pour innocenter son frère et l’autre pour faire jaillir la vérité.

José Moselli a été un grand voyageur dans sa jeunesse et cela lui a probablement servi à nourrir sa plume et à nous proposer des histoires mouvementées.

Mais José Moselli n’est pas qu’un écrivain d’aventures, c’est aussi un écrivain à l’imagination fertile, comme nous l’a démontré sa production dans le genre « fantastique ». Mais, surtout, José Moselli avait un talent sûr pour proposer des personnages intéressants et attachants en leur insufflant une légère particularité.

Dans le cadre de « La momie rouge », le personnage qui prend le pas sur les autres est incontestablement Jules Givassier, alias « La Givasse », le frère de lait de l’accusé.

Outre le fait d’être canadien, ce qui n’a rien ni d’original ni de décalé, l’homme est surtout reconnaissable par un nez mauve et par un passé particulier durant lequel il pratiqua de nombreux métiers : chercheur d’or, vendeur de bois, crieur de journaux, acrobate, cireur, garde-freins, acrobate... laissant, dans chaque profession, un peu de lui.

Mais, « La Givasse » est surtout le personnage qui, par son côté décalé, apporte une touche d’humour à un récit qui en est, à la base, dénué.

Car, rien de drôle dans la détresse d’un innocent condamné, de ce cocaïnomane dont l’addiction est source de tous les malheurs. Rien de joyeux, non plus, dans la tristesse de cette jeune fiancée qui se sent impuissante face à l’injustice qui frappe son amoureux. Pas plus d’humour dans le personnage de Ralph Gorse, un policier dur à cuir, obtus, imbu de sa personne, mais qui œuvre uniquement pour la recherche de la vérité.

Non ! Seul Givassier apporte cette touche d’humour qui assure une plus-value à l’œuvre.

Car, même sans cet humour, « La momie rouge » n’est pas dénuée de qualité, bien au contraire.

Alors que les auteurs de romans policiers, actuels, et leurs lecteurs ne prêchent que pour le « Page Turner », le fameux livre à suspens qui pousse le lecteur à tourner page après page pour connaître la suite de l’histoire, José Moselli, un siècle auparavant, nous livrait déjà l’un des exemples le plus parfait de ce genre particulier.

Effectivement, grâce à ce roman-feuilleton, et son découpage adapté à la publication dans un journal, l’auteur nous offre là un chapitrage millimétré qui met l’eau à la bouche du lecteur. Mais là où un roman impose au lecteur d’attendre la page suivante pour connaître la suite de l’histoire, José Moselli vous obligeait à patienter une semaine puisque le magazine concerné était un hebdomadaire.

Quand je pense à l’attente insupportable imposée par le fait de ne pas pouvoir tout lire d’un coup, d’être obligé d’attendre d’être rentré à la maison pour poursuivre ma lecture, alors que j’avais en ma possession l’intégrale du roman avant de commencer ma lecture, je n’ose imaginer ce que ce fût, à l’époque, pour les lecteurs, de patienter sur 32 semaines...

Car le rythme de « La momie rouge » est tout bonnement insoutenable. Chaque épisode se termine sur une situation inextricable. Le lecteur se demande alors comment les héros vont se sortir de cette situation et c’est avec une grande excitation qu’il se jette sur l’épisode suivant, jusqu’à la fin de celui-ci et sa nouvelle « situation » en suspens... cardiaque s’abstenir.

Comme vous l’imaginez bien après ce début de chronique, un mot résume clairement ma lecture : « Enthousiasmante ».

Effectivement, José Moselli parvient, en l’espace d’un roman, à nous proposer un aperçu de l’étendue de son talent. Policier, suspens, humour, aventures, personnages décalés, héros détestable, victime naïve, méchants très méchants, dangers... tout y est pour satisfaire le lecteur le plus exigent.

C’est bien simple, José Moselli, à travers ce roman, en démontrerait à tous les plus grands écrivains de genre « policier » actuels, tant en termes d’efficacité, qu’en termes de qualités. Et, en prime, José Moselli n’use d’aucun des artifices actuels censés dynamiser un roman à suspens ni dans sa narration ni dans sa plume. De plus, le lecteur n’est jamais en présence des personnages stéréotypés qui pullulent dans les « polars » actuels.

Non, l’auteur allie simplicité avec efficacité, car, ici, point de chapitres alternés pour insuffler un faux rythme à l’histoire, point de fils tirés dans tous les sens pour perdre le lecteur quitte à ne jamais pouvoir dénouer l’écheveau avant le terme, pas de révélations fracassantes finales à la limite du crédible pour expliquer l’inexplicable... José Moselli fait simple et, pourtant, José Moselli subjugue le lecteur, l’hypnotise, le conquit, depuis les premières lignes jusqu’à, quasiment, la dernière.

Il faut dire qu’il est bien aidé par l’opposition qu’il établit entre les deux personnages principaux. D’un côté, Ralph Gorse, flic intègre, défenseur de la justice, un brin mégalo, qui accepte difficilement d’avoir tort, mais qui finit toujours par faire prévaloir la vérité face à sa réputation. De l’autre, Jules Givassier, frère de lait de l’accusé, qui se bat par amitié fraternelle, prêt à risquer à bafouer la loi et à risquer sa vie pour sauver celle de l’architecte, qui a un physique particulier, une vie cahotique, et un humour à toute épreuve.

C’est le grand paradoxe qui réside entre ces deux héros, grand écart qui a fait, par la suite, le succès de bien des « Buddy movies », ces films où deux personnages que tout oppose finissent par s’associer et devenir amis (Bud Spencer et Terence Hill, Depardieu et Pierre Richard dans « La Chêvre », Mel Gibson et Danny Glover dans « L’arme fatale »...). C’est dire si José Moselli était en avance sur son temps sur bien des domaines.

Sauf que, si les deux hommes s’associent, l’un pour sauver Robert Madison, l’autre pour trouver le vrai coupable (quitte à ne pas réussir à sauver l’architecte), et si un respect mutuel s’installe entre les deux, l’amitié, elle, n’est jamais réellement présente, chacun demeurant à sa place, ce qui rend le récit encore plus intéressant.

Au final, José Moselli nous offre là un roman assez exceptionnel de par son rythme et son découpage, ne négligeant jamais de proposer de l’aventure au lecteur et de lui offrir des personnages touchants dont Jules Givassier émerge grandement.

Et dire que ce roman, jusque là, n’avait jamais été réédité. Mais que font les éditeurs ??? Les autres, je ne sais pas, mais OXYMORON Éditions, lui, a décidé de rééditer ce roman qui le méritait amplement...