Loto Édition

19 février 2017

Harry Dickson - Intégrale Tome 2

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Deuxième Tome de l’intégrale des épisodes de « Harry Dickson » écrits par l’auteur belge Jean Ray.

Ce second Tome comprend les 6 épisodes suivants :

– Le mystère du moustique bleu,

– La chambre orange,

– L’esprit du feu,

– Ce paradis de Flower Dale,

– Les Blachclaver,

– L’affaire du Pingouin.

Que dire de plus sur ce second Tome que je n’ai pas déjà dit à propos du premier ? Probablement le très intéressant « avant-propos » signé Jacques Van Herp, un essayiste de science-fiction belge et directeur de collection chez « Marabout ».

Jacques Van Herp livre aux lecteurs de nombreuses informations sur Jean Ray et sa façon d’écrire, débutant par une citation de ce dernier :

« Je me mettais à ma machine à écrire qui pratiquement faisait cela toute seule et moi je n’y étais pour rien. Je pratiquais l’écriture automatique. Cela se déclenchait brusquement à onze heures du soir et, à trois heures du matin, mon Harry Dickson était fini. »

On y apprend également que la longueur d’un épisode de « Harry Dickson » était d’environ 150 000 signes. Ce qui ferait une moyenne de 38 000 signes par heure, ce qui n’est pas démentiel en mode « écriture automatique » pure, ce qui l’est beaucoup plus quand on compte le temps passé à réfléchir à l’histoire et à la mettre en place.

On y apprend également l’une des raisons du fait que j’évoquais dans ma chronique sur le premier Tome : Jean Ray est plutôt un auteur penchant pour le fantastique et, alors que les histoires de « Harry Dickson » se prêtent bien souvent à ce genre, la plupart du temps, la solution de l’enquête se trouve dans le « rationnel ». Pourquoi ? Tout simplement parce que les aventures du détective étaient principalement destinées à des adolescents et que les ligues laïques veillaient au contenu des écrits...

Pour le reste, je vous laisse découvrir les propos de Jacques Van Herp.

Revenons-en à ce qui nous intéresse le plus : le texte.

Six nouvelles, dont cinq plutôt classiques, et une revenant sur la jeunesse du détective.

On apprécie, là encore, la plume de l’auteur, d’autant plus lorsque l’on sait que ceux-ci ne souffraient quasiment jamais d’une relecture (l’auteur n’en avait pas le temps et l’éditeur faisait des économies), que Jean Ray ne s’attardait même pas à chercher un mot, préférant utiliser un mot moins approprié, mais qui lui venait immédiatement afin de ne pas perdre de temps, de ne pas perdre le fil, de ne pas perdre l’inspiration...

Lorsque l’on imagine que les textes publiés étaient des « premiers jets », on n’ose imaginer la qualité de la prose de Jean Ray s’il avait eu tout loisir, ensuite, de purger ses textes des scories, de revoir certaines ponctuations, de chercher des mots plus adaptés...

Et que dire si l’éditeur avait bien fait son travail et que certaines coquilles ne vinssent, au mieux, troubler la lecture, au pire, changer le sens de certaines phrases.

Car, dans l’état, les aventures de « Harry Dickson » sont déjà très savoureuses et, parfois, on se surprend à constater l’excellence de certaines descriptions, même, s’il est vrai, que Jean Ray utilisait ses longues descriptions comme des temps de repos pour son subconscient, avant de reprendre le cours de son aventure.

On retrouve de tout dans ces six histoires, un peu de fantastique, un peu de nostalgie, un peu d’aventures exotiques, de l’action, du danger, des monstres...

Au final, en tant que lecteur, on ne peut que tomber sous le charme du personnage et, surtout, de la plume de son auteur. En tant qu’auteur, on ne peut qu’être ébahi par le travail de Jean Ray au vu des conditions dans lesquelles il écrivait. Dans les deux cas, les aventures de « Harry Dickson » forment incontestablement un pan majeur de la littérature populaire que, malheureusement, beaucoup ont oublié. 

À l’époque où certains auteurs deviennent riches en produisant un roman par an, on a fini par oublier ceux qui avaient du mal à survivre malgré une production incroyable...


16 février 2017

Okiya

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Pour continuer le parallèle entre livres et jeux de société, on peut suivre le travail d’un créateur de jeux comme un lecteur suivrait celui d’un auteur.

En effet, pour l’un comme pour l’autre, si on a apprécié le travail d’un créateur, il y a de fortes chances que l’on aime également le reste de sa production.

C’est le cas de Bruno Cathala dont j’avais déjà apprécié le jeu « Mister Jack » et dont j’ai vanté, sur ce blogue, le jeu « Longhorn ».

Les jeux cités étaient des jeux qui ne se jouaient qu’à deux, il est donc tout naturel que ce « Okiya » ne se joue également qu’à deux.

Sur un principe proche du « morpion » et de « Puissance 4 », pour gagner à « Okiya » il faut aligner des Geishas ou bien former un carré de 2 par 2. Mais, la différence avec les jeux précités est que chaque position d’une Geisha conditionne celle de la prochaine Geisha Inverse.

Il est à noter que le terme « Okiya » signifie, en japonais, « Maison de Geishas ».

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Effectivement, le plateau est composé d’un carré de 4 tuiles sur 4, déposées aléatoirement. Chaque tuile est composée de deux éléments, une végétation (4 végétations différentes) et d’un élément sujet (quatre sujets différents). Le joueur qui pose une Geisha sur une tuile oblige son adversaire à poser sa Geisha suivante sur une tuile comprenant soit une même végétation, soit un même sujet.

Ainsi, la tactique prend une grande part dans la victoire puisque chacune de ses propres actions conditionne celle de son adversaire.

Les parties, rapides, se ralentissent pourtant après quelques tours, au moment où la réflexion et l’anticipation prendront le pas sur l’action.

Le jeu, fort simple, mais fort intéressant, est magnifié par les superbes et poétiques illustrations de Cyril Bouquet.

Au final, un petit jeu à petit prix, mais qui vous offrira de grands moments de jeu.

15 février 2017

Quand l'auto-édition est faite par les autres !

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Il y a presque 4 ans, je vous parlais des différences entre un éditeur à compte d’auteur et un éditeur à compte d’éditeur, dans un article de ce blogue.

Aujourd’hui, je reviens sur le sujet pour vous parler d’une nouvelle forme d’édition en plein essor : La Maison d’auto-édition.

Ainsi formulée, la contradiction doit frapper les esprits. Maison : pour faire maison d’édition. Auto-édition : pour se démarquer des éditeurs à compte d’auteurs.

En clair, la formulation est là pour vous rassurer (à cause du charlatanisme fort présent chez les éditeurs à compte d’auteurs) tout en vous piquant tout de même votre pognon.

Le principe de l’auto-édition est contenu dans le mot même. « Auto » = faire soi-même et « édition ». En clair, faire soi-même le travail d’édition.

Nous avons donc là de nouveaux éditeurs à compte d’auteurs qui tentent de se cacher derrière une appellation plus rassurante puisqu’ils se présentent comme des « amis » dont le but est de vous aider à proposer à vos lecteurs le meilleur livre possible.

Bien sûr, cette aide étant payante, vous pouvez être assurés que leur objectif est avant tout de vous prendre votre argent.

Pour cela, ils vous proposent des « tarifs », qu’ils nomment plus facilement « formules », auxquels il faut souscrire pour obtenir leur « aide ». Les propositions sont toujours les mêmes :

– Relecture et critique de votre texte.

– Correction.

– Création d’une couverture.

– Mise en page et création d’un PDF.

– Création d’un ePub.

– ISBN.

– Dépôt légal.

– Impression.

– Distribution.

Le but de ces entreprises est de vous convaincre que, plus vous souscrivez à des options, meilleur votre livre sera, donc plus il se vendra et, par conséquent, plus vous gagnerez d’argent. En clair, investissez plus pour gagner plus, un concept que ne renierait pas Bernard Madoff.

S’il semble évident que, plus de travail est effectué sur votre livre, meilleur il sera, encore faut-il connaître la qualité dudit « travail ».

Je dois avouer que cet article m’a été inspiré de la lecture de « Valet de Pique » de Florian Payraudeau, du moins d’une première version, bourrée de fautes d’orthographe, ce qui m’a poussé à m’intéresser de plus près à l’éditeur (oui, car même quand on se dit « Maison d’auto-édition », on pousse la singerie jusqu’à mettre le nom de sa boîte en lieu et place de celui de l’éditeur sur un livre classique, afin de se faire de la publicité et d’attirer les gogos clients).

Depuis, les fichiers du livre numérique en question ont été mis à jour et la plupart des fautes dont je parlais ont disparu.

Pour autant, peut-on dire que le travail éditorial a été correctement fait puisque les fautes ont été corrigées, ou bien qu’il a d’abord été bâclé puisque le fichier a été distribué, en premier lieu, dans une forme pitoyable. L’auteur avait-il, au départ, souscrit à une formule sans correction orthographique (ce qui serait étonnant vu que toutes les offres de l’entreprise comprennent un forfait « correction ») ou bien l’entreprise en question s’est-elle contentée de corriger les fautes au fur et à mesure qu’elles étaient repérées et signalées par les lecteurs ? (Ce qui ne présagerait rien de bon sur la qualité du travail effectué.)

Mais, avant de se plonger dans le texte (et constater de possibles errances), le lecteur lambda sera confronté à deux aspects d’un livre : sa 1re de couverture et sa 4e de couverture.

Commençons par la 4e. Comme les goûts et les couleurs... je ne m’étendrai pas sur la qualité stylistique. Juste, je noterai qu’il est fort dommage que personne ne se soit aperçu que le résumé se terminait sur une grosse erreur : « Qui se cache derrière donc derrière cette carte mystérieuse ? »

Pour ce qui est de la 1re de couverture, force est de constater que celle-ci n’est pas mal... ne serait pas mal si l’image n’était pas tirée d’une banque d’images quelconques accessibles à tous (en échange de quelques euros). Dans ce cas-là, vous n’échappez pas à l’inconvénient de voir un autre auteur ou un autre éditeur utiliser la même image pour son livre, son article, son blogue...

 

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Pour un auteur, son livre, c’est son bébé ! Il se doit d’être à la fois beau, bon et original. Admettez qu’il est alors regrettable de voir pulluler les ouvrages avec la même couverture que la vôtre.

Mais, là aussi, même chez un éditeur à compte d’éditeur, vous n’échappez pas à ce risque ou à des risques proches. Effectivement, j’avais déjà pointé du doigt la couverture d’un roman des éditions Fayard, « Prix du Quai des Orfèvres 2009 » : « Chasse à l’homme » de Christophe Guillaumot.

L’auteur, que j’ai rencontré sur le salon Polar du Barcarès, m’a expliqué que son éditeur avait pioché dans le même catalogue d’images que l’éditeur coréen du film « The Chaser » dont l’image de la couverture a été tirée puis retouchée pour faire plus « français ».

Je passerais également sur le codage de l’ePub qui est le résultat d’une conversion avec un quelconque logiciel et, donc, bourrée de codes parasites. Là également, bon nombre d’éditeurs à compte d’éditeur en font tout autant donc, inutile de jeter la pierre sur Paul ou Jacques.

Je ne reviendrais pas, également, sur les fautes d’orthographe qui pullulent dans le texte, j’en avais déjà parlé sur la critique du livre qui m’a inspiré cet article et il vous suffit de lire les critiques sur Amazon pour vous rendre compte que je ne suis pas le seul lecteur qui ait été dérangé par cet aspect.

Tout cela pour prévenir l’auteur amateur à la recherche d’un éditeur qu’il lui faudra, désormais, se méfier d’une autre appellation, d’un autre genre d’éditeur à compte d’auteur, et qu’il devra faire très attention s’il ne veut pas se faire prendre ses économies en miroitant de pouvoir devenir riche et célèbre avec son dernier roman pour peu que les employés d’une gentille maison d’auto-édition vous aident, moyennant finances, à faire de votre livre un véritable succès.

Sachez que, si vous n’êtes pas certain de devenir riche et célèbre en réussissant à travailler avec un grand éditeur à compte d’éditeur, vous pouvez être persuadé de ne jamais le devenir en vous faisant arnaquer par des confrères (mais sont-ce des confrères ?) bien moins scrupuleux.

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12 février 2017

John Strobbins de José Moselli

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Dans la littérature populaire française, il est des auteurs encore plus cultes que les plus cultes des auteurs populaires.

Ainsi, s’il est indéniable que Georges Simenon, Frédéric Dard, Léo Malet... sont parvenus à des sommets dans l’esprit des lecteurs, il est des auteurs qui, parce qu’ils sont demeurés inconnus aux yeux du grand public actuel alors que leurs textes émerveillent encore l’esprit des lecteurs d’antan et de certains lecteurs de maintenant, ont réussi à supplanter, dans la tête de ceux-ci, leurs célèbres pairs susnommés.

Parmi ceux-ci, un écrivain, notamment, de par son immense production, les genres dans lesquels il a œuvré, les personnages qu’il a animés, écrase toute concurrence. Son nom : Joseph Théophile Maurice Moselli alias José Moselli.

Parlez de Moselli à un passionné de littérature populaire et vous êtes assurés de voir ses yeux clignoter de plaisir.

L’auteur est devenu tellement « Culte », autant par son parcours que par sa production, que l’on peut encore entendre des lecteurs se souvenir de feuilletons désormais introuvables dont l’écrivain a inondé les journaux de l’époque.

Son parcours, celui d’un gamin de famille aisé qui, avide d’aventures, fugue à treize ans pour s’engager comme mousse sur un navire. Les années suivantes furent un gage de souvenirs d’évènements, de personnages et de lieux qui nourriront sa plume par la suite. Brimé, maltraité, le gamin s’offre corps et âme à son boulot. Mais son esprit voyageur en fait un déserteur malgré lui. Alors, il continue à naviguer et à découvrir le monde avant de rentrer en France pour être traduit en « conseil de discipline ». Les juges furent cléments et organisèrent l’éducation du jeune homme qui devint Officier de la Marine Marchande. Ses aventures se poursuivirent, mais, lassé, José Moselli chercha à se stabiliser en acceptant un poste de journaliste en charge de la rubrique de « L’actualité Maritime ».

En parallèle, il écrit des contes et des nouvelles et entrera en contact avec les éditions Offenstadt pour lesquelles il produira un nombre incalculable de feuilletons pour divers journaux et magazines.

Parmi ces feuilletons, on pourra citer l’un de ses premiers si ce n’est le premier : « W... vert » édité dans le magazine « L’Intrépide » de 1910. Mais, également « Les aventures fantastiques d’un jeune policier », « Le roi des Boxeurs », « Le baron Stromboli », « Les champs d’or de l’Urubu », « Les naufrageurs de l’air », « La prison de glace », « Iko Teruka », « Triplix l’insaisissable »... et des centaines d’autres qui s’étalaient sur des dizaines voire des centaines d’épisodes à travers des années et des années.

Parmi ces feuilletons, certains sont devenus cultissimes et plusieurs fois réédités et d’autres sont comme le Saint Graal, tout le monde en parle, tout le monde les cherche, mais personne n’a réussi à mettre la main dessus (du moins, plus grand monde de vivant).

« John Strobbins détective cambrioleur » fait partie des premiers, un feuilleton culte, plusieurs fois réédité, du moins en partie, mais dont il est très difficile, à l’heure actuelle, de pouvoir lire l’intégralité.

Si l’on peut admettre, en commençant la lecture des aventures de John Strobbins, que l’on ne pourra jamais se délecter du moindre épisode (à moins de posséder tous les numéros du magazine originel sur de nombreuses années), il serait pourtant dommage de ne pas découvrir ce personnage et cet auteur.

John Strobbins, c’est un peu le fils caché de Fantomas et d’Arsène Lupin. C’est un cambrioleur, aventurier, justicier, possédant des moyens démesurés, sachant se déguiser à la perfection, ayant à ses ordres un gang complet avec des ramifications dans le monde entier et aimant narguer la police et, plus précisément, le chef de la police de San Francisco, Jame Mollescott (tout comme Fantomas a son Inspecteur Juve).

Plus cambrioleur et aventurier que détective, John Strobbins surfe sur les succès de l’époque et navigue plus dans un monde fait d’aventures, de déguisements et de poursuites que celui plus purement policier que pouvait proposer un « Sherlock Holmes », par exemple.

Probablement, comme ses confrères devant produire énormément en peu de temps, José Moselli usait-il d’une plume automatique (tout comme Souvestre et Allain avec Fantomas ou Jean Ray avec Harry Dickson...). Cette contrainte, si elle peut élimer une plume (voire Pierre Saurel) et atténuer un style, bien maîtrisée, parvient à insuffler un élan et une fluidité qui se marie à merveille avec le genre « aventures ».

Lorsque, en plus, l’auteur est talentueux, qu’il bénéficie d’une forte imagination, alors, le lecteur a toutes les chances de se délecter de savoureuses aventures.

Mais, plus encore que les atouts que je viens de citer, la série « John Strobbins » est portée par des épisodes qui s’enchaînent et se suivent sans se suivre et s’enchaîner et de longueur très hétérogène. De quelques pages à plusieurs dizaines, les intrigues, qui n’en sont pas réellement, tiennent le lecteur en haleine et lui donnent envie d’en découvrir d’autres... et d’autres... et d’autres...

Enfin, pour en terminer avec la présentation et apporter un peu plus de précision, il faut savoir que la série « John Strobbins » s’étale sur 73 épisodes et plus de 20 ans (1911-1933) dans le magazine « L’Épatant » (du n° 168 au n° 1294) dont plus d’une trentaine ont été regroupés en recueil dans la collection « Collection d’Aventures » aux éditions Offenstadt, puis 61 nouveaux épisodes (plus 4 déjà édités dans « L’Épatant »), dans la collection « Les grandes aventures policières » (en 1930).

Au final, les aventures de John Strobbins se révèlent très vite addictives et, lorsque l’on a mis le nez dedans, on n’a plus envie de l’en retirer. Heureusement, José Moselli a écrit plus de 130 épisodes. Malheureusement, il sera très difficile de se délecter de l’intégralité de la série même si mon petit doigt me dit qu’un petit éditeur sympathique et passionné s’apprête à en rééditer une partie.

09 février 2017

Longhorn

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Vous aimez les grands espaces, vous adorez galoper sur le dos d’un cheval, vous vous réjouissez à l’idée de voler du bétail... en clair, vous aimez les westerns, mais vous n’avez pas assez d’amis pour jouer aux cow-boys et aux Indiens, « Longhorn » est un jeu fait pour vous, même si d’Indien il n’y a.

Vous êtes deux, vous vous ennuyez. Que faire ? Regarder la télévision. Bof ! Lire chacun de son côté, voilà qui n’est pas très convivial. Pour le reste des activités à deux, soit vous avez déjà pratiqué la plus luxurieuse de celles-ci, soit votre partenaire n’est pas à votre goût, il vous reste donc la possibilité de jouer à un jeu de société.

Si les jeux de société actuels sont plutôt indiqués pour jouer entre amis, à plusieurs, certains, encore, sont uniquement prévus pour un usage à deux. C’est le cas de « Longhorn ».

« Longhorn », édité par « Blue Orange », est un jeu signé Bruno Cathala, spécialiste du jeu à deux puisqu’on lui doit déjà « Mister Jack », créé avec Ludvic Maublanc, « Seven Wonder Duel », créé avec Antoine Bauza, « Okiya » ou « Five Tribes », un jeu se jouant de 2 à 4 joueurs.

Longhorn : 1870 — Quelque part au Texas. L’élevage de Long Horn, ces vaches venues du nord du Mexique, bat son plein. Cet élevage est devenu une belle source de revenus pour les fermiers texans, attirant la convoitise des voleurs de bétail de tous poils. Les joueurs incarnent deux hors-la-loi particulièrement redoutés : Eagle Perkins et Jessie Artist Byrd. Leur objectif est simple : voler du bétail (et quelques pépites si possible) pour se constituer le plus gros pactole à la fin de la partie... ou bien se débrouiller pour que l’adversaire se fasse capturer par le Shériff !

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Le principe du jeu est donc tout simple : voler l’autre joueur.

Pour ce faire, on dispose le terrain de jeux, des champs qui vont abriter les bêtes. 9 tuiles à disposer au hasard pour former un rectangle de 3 tuiles par 3.

Sur chacune des tuiles, on place, au hasard également, le nombre de bêtes indiquées sans faire attention aux couleurs (effectivement, il y a 4 troupeaux différents représentés par 4 couleurs).

Une fois sélectionné le rôle de chacun, il est temps de jouer. Le joueur désigné second décide de l’endroit du plateau où va démarrer le jeu (une tuile contenant forcément 4 vaches) et il est temps de voler.

Le premier joueur va choisir une couleur de vaches et les retirer de la tuile pour les placer de côté, dans son ranch. Il va ensuite devoir déplacer le jeton représentant le joueur d’autant de tuiles que de vaches volées, mais en ne se déplaçant qu’horizontalement ou verticalement. Il retourne le jeton et c’est au second joueur de voler. 

Le joueur ayant volé la ou les dernières vaches présentes sur une tuile déclenche une action représentée par des petites tuiles ayant été placée au hasard sur chaque grande tuile. Selon l’action, le joueur pourra gagner de l’argent, rejouer, voler des vaches à son adversaire, ou bien perdra des vaches ou déclenchera l’ire du Shériff...

Le jeu se termine quand un voleur a réuni toutes les vaches d’une même couleur ou quand les déplacements ne permettent plus d’atterrir sur une tuile contenant encore des vaches (ou bien quand le Shériff se fâche).

Sur un concept assez simple, le jeu se révèle bien plus fin qu’il n’en a l’air. Effectivement, pour avoir plus de chance de gagner, il est important d’anticiper ses mouvements, ceux possibles de son adversaire et d’en appréhender les conséquences. Si vous réfléchissez bien, il vous est possible de forcer votre adversaire à vous amener là où vous voulez et c’est là tout le sel du jeu, car ce n’est pas forcément celui qui volera le plus de vaches qui gagnera à la fin.

Au final, « Longhorn » est un jeu fort sympathique dans lequel le hasard, mais surtout l’anticipation et la réflexion vous conduiront à la victoire. De très bons moments de jeu pour peu de jouer avec un adversaire aussi rusé et mesquin que vous.

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08 février 2017

Les funérailles du procureur Fleg

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Petit retour dans le passé et dans le catalogue des éditions Ferenczi. Après avoir un petit peu parlé de la collection « Mon Roman Policier », 1re et 2e édition, il était temps de porter notre attention sur la collection « Le Verrou ».

La collection « Le Verrou » comporte 204 ou 205 titres de 128 et 96 pages publiés entre 1951 et 1958.

Si la couverture des premiers titres est plutôt sombre avec un dessin sur fond noir, les illustrations prendront, finalement, toute la couverture.

Le symbole de la collection est... bien entendu, un verrou, que l’on retrouve en bas à droite de la couverture, puis en haut à droite.

La collection « Le Verrou » propose des textes policiers, mais également des textes d’espionnage et d’autres, pas vraiment policier... même si.

Cette dernière catégorie (pas vraiment policier... même si) comprend le titre qui nous intéresse aujourd’hui : « Les funérailles du Procureur Fleg ».

Les funérailles du Procureur Fleg : Le vieux Fleg agonise sur son lit de mort. Toute la famille se réunit pour visiter le mourant, mais, aussi... et, surtout, dans l’attente de savoir qui va hériter de la fortune du procureur. Ils sont donc nombreux à loger dans l’ancienne abbaye servant d’immense demeure au procureur Fleg. Si les premières heures voient fleurir l’insouciance de certaines retrouvailles, la situation va vite s’assombrir quand le procureur assure à son frère qu’il est certain qu’on l’empoisonne petit à petit. Quand l’un des membres de la famille s’effondre après avoir mangé de la soupe, les doutes ne sont plus permis, un assassin use de la mort-aux-rats pour se débarrasser du vieux grigou.

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Plus qu’un roman policier, c’est à un roman de mœurs que le lecteur est confronté. La réunion de famille est propice à la rancœur, la rancune, puis, suite à l’empoisonnement, à la suspicion et aux doutes. Après les premières heures légères de la réunion où chacun, ou presque, prend plaisir à retrouver l’autre, la question de qui va hériter, de quoi, va bientôt prendre la place principale dans la tête de chacun. Les frères et sœurs, l’infirmière qui a charmé le moribond, le fils attardé de la cuisinière que l’on suppute être le fils du procureur, la cousine, le cousin... chacun voit en l’autre celui qui va le priver de la fortune. Mais quand l’empoisonnement ne fait plus de doute, les choses virent au drame, les rancœurs et les haines décuplent, la violence naît de ces sentiments et les coups de feu retentissent...

René Poupon (1902-1994) est un des auteurs prolifiques de la littérature populaire française qui fit la joie des collections Ferenczi. On ne compte pas les romans et fascicules qu’il signa, sous ce pseudonyme ou sous d’autres (R. Paul Dry, René-Paul Noël). Comme ses confrères, il exerça dans les divers genres à la mode à l’époque, principalement policier et sentimental.

Comme il ne semble plus y avoir de traces de textes signés par René Poupon après la fin des années 50, on peut supputer, vu qu’il n’est mort qu’en 1994, qu’il s’est caché derrière un pseudo inconnu pour continuer son œuvre ou bien qu’un accident l’a forcé à stopper sa carrière.

Simple supputation vu que l’on ne connaît pas grand-chose de la vie de l’auteur.

Mais revenons-en au texte lui-même. « Les funérailles du procureur Fleg » ne se positionne donc pas réellement dans le genre policier puisqu’il s’attache plus aux relations ambiguës entre les protagonistes de l’histoire même si le meurtre, ou du moins la tentative de meurtre, est au centre de l’histoire et que meurtre il y aura. Pour autant, point d’enquête policière même si des policiers font une brève apparition.

Le style de l’auteur est agréable bien que loin d’être transcendant, et l’on ne peut que louer sa propension à faire monter la tension entre ses personnages et à nous surprendre quelque peu par son ultime révélation.

Au final, bien que ne se situant pas réellement dans le genre policier, « Les funérailles du procureur Fleg » n’est pas déplaisant à lire, mais ne restera pas dans la mémoire du lecteur. 

05 février 2017

Les Trois Badours

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A.D.G. est un auteur totalement particulier dans la liste des auteurs vers lesquels je me tourne régulièrement. Particulier parce que les idéaux du bonhomme, bien loin de ceux que je prône, auraient de quoi me tenir à distance. Pourtant, grâce à une plume agréable, parfois géniale, et quand il laisse aux vestiaires ses idées fascisantes ou du moins qu’il les estompe suffisamment pour qu’elles ne polluent pas ses romans, il a su conquérir mon cœur de lecteur, notamment grâce à « Pour venger Pépère » qui est un excellentissime petit polar.

Depuis ce roman, qui entrait en résonnance avec mes propres douleurs et qui représentait ma première incursion dans le monde littéraire d’A.D.G., je recherche les autres romans de l’auteur qui me feront revivre ce plaisir de lecture liminaire. Autant être franc, bien que la plume d’A.D.G. soit toujours agréable, ce sont surtout les mésaventures de son duo « Djerbitskine / Delcroix », un journaliste surnommé « Machin » et un avocat, qui m’assurent un réel ravissement.

Aussi, après quelques déceptions (pas insurmontables, non plus) suite à la lecture de romans ne concernant pas ces deux personnages, étais-je quelque peu dubitatif avant de m’engager dans l’histoire rocambolesque de « Les trois Badours ».

Les trois Badours : Micro, Bus et Lumignon sont trois pauvres clowns qui présentent un numéro minable, sous le patronyme des Trois Badours, dans les kermesses pour débiles, les congrès de sous-officiers et les goûters pour gâteux des hospices. Bien entendu, se retrouvant dans une dèche noire, ils envisagent d’user d’un expédient malhonnête pour en sortir : s’emparer de la caisse d’un supermarché. Un jour, Lumignon rencontre la fille du patron de l’établissement en question et en tombe illico amoureux. Et voilà qu’en ouvrant le coffre de la voiture de la belle, il découvre le cadavre d’un nain dont il a la galanterie de vouloir la débarrasser et qui va se révéler particulièrement collant...

A.D.G. nous offre, comme héros de ces mésaventures, un trio de bras cassés, trois paumés qui, pour survivre, font de piètres spectacles de clowns dans des kermesses ou des maisons de retraite. 

Alors qu’ils ont fait un « spectacle » pour l’anniversaire de la petite fille du patron de l’hypermarché situé en face de leur HLM et que ce dernier refuse de payer leur dû intégral parce que le spectacle n’est pas allé au bout à cause de la pluie, le meneur du trio tombe sous le charme de la grande fille du mauvais payeur. 

De plus, le trio se retrouve exproprié pour défaut de paiement du loyer et n’a plus que quelques jours pour trouver un nouveau toit.

Tant pour palier à son défaut de logement que pour avoir les moyens d’entretenir la jeune femme dont il est enamouré, Lumignon accepte de braquer les caisses du supermarché. 

Problème, alors qu’il avance sur le dossier du cœur, Lumignon découvre, dans le coffre arrière de la voiture de sa belle, le corps sans vie d’un nain qui va se révéler très collant.

Des branquignols, une histoire complètement barrée, la plume savoureuse d’A.D.G., tout est là pour assurer un plaisir littéraire au lecteur que je suis. Et, effectivement, le plaisir est là, mais pas en permanence, et ce malgré des trouvailles hilarantes (le nain dans le bain, la lessiveuse à nouilles...).

Dès lors, difficile de savoir pourquoi, exactement, la sauce ne prend pas totalement. Pas le bon moment, pas la bonne humeur, pas assez concentré... aucune idée, toujours est-il que, malgré tous ces éléments positifs, l’enthousiasme ne fût jamais total.

Au final, malgré des personnages drôles (mais pas toujours très fins), des situations rocambolesques, de bonnes trouvailles, une bonne plume, « Les trois Badours » n’a jamais réellement tenu toutes les promesses qui émanaient du projet.

02 février 2017

P.I.

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« P.I. » (Police Investigation) est un jeu créé par l’auteur de jeux à succès Martin Wallace.

Le principe du jeu est assez simple. Chaque joueur reçoit trois cartes (1 carte crime, 1 carte lieu et 1 carte suspect). Ces trois cartes correspondent à l’enquête que devra résoudre le joueur adjacent. 

Ainsi, chaque joueur connaît les éléments de l’enquête du joueur à sa droite (ou à sa gauche, c’est selon), mais ne connaît pas, forcément, les éléments de l’enquête qu’il doit résoudre, à savoir :

– Quel crime a été commis ?

– Quel est le lieu du crime ?

– Qui a commis le crime ?

Pour trouver ces trois éléments, les joueurs vont se déplacer dans différents quartiers. Dans ces quartiers auront été placés, au préalable et au hasard, un jeton « crime » et un jeton « criminel ». Sur place, le joueur possédant les éléments recherchés devra indiquer à l’enquêteur en cours le nombre d’éléments de son enquête se trouvant sur place (en clair, s’il est bien sûr le lieu du crime ou bien si le jeton « crime » correspond au crime recherché ou encore si le jeton « criminel » correspond au criminel recherché) ou bien les éléments se trouvant sur un quartier adjacent à celui où l’enquêteur se trouve.

Pour ce faire, ces indications seront données à la façon du jeu « Mastermind », par des petits cubes ou des disques en bois, d’une forme correspondant à un élément sur place et l’autre à un élément sur un quartier adjacent.

Comme le nombre de déplacements est limité, l’enquêteur pourra également piocher des cartes « Preuve » qui lui permettront, par le même procédé que précédemment, de savoir si l’élément correspond à son enquête. 

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À force de déplacement, en cumulant les indications, le joueur devra conclure son enquête en annonçant les éléments qu’il a devinés.

Le procédé est alors suffisamment simple pour être maîtrisé par tout le monde, mais pas trop simpliste pour autant. En effet, même si la chance a une grande part dans la résolution de l’enquête (si, par exemple, dès le premier déplacement, l’enquêteur obtient deux éléments de son dossier en cours), la réflexion entre également en compte, notamment pour choisir son prochain déplacement en fonction des réponses obtenues lors de son précédent déplacement.

Évidemment, certains pourront reprocher que, pour un jeu d’investigation, la part est faite plus belle à la chance qu’à la réflexion, mais, pour autant, il serait dommage de bouder ce jeu qui est très sympathique pour peu que l’on joue au moins à trois joueurs (à deux, le jeu est moins prenant).

Au final, un bon jeu à un prix, désormais, très accessible, et qui offrira de bons moments de jeu, de chance et de réflexion.

29 janvier 2017

Fièvre au Marais

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Tout comme Frédéric Dard et son San-Antonio, Léo Malet et son Nestor Burma se sont avérés, pour moi, des valeurs sûres. Sûres, car, même dans les intrigues les moins intéressantes, le style suffit à me procurer un minimum de plaisir littéraire, ce qui n’est pas le cas de biens des romans actuels.

Fièvre au Marais : Par un printemps pourri, Nestor Burma connaît des difficultés financières qui l’obligent à se rendre chez le prêteur sur gages Jules Cabirol. Mal lui en prit, car il retrouve son cadavre. Pendant qu’il contemple des fenêtres de l’appartement le  Palais Soubise, qui abrite les Archives Nationales, il s’avoue que l’usurier, être retors et sans une once d’humanité, n’a pas volé son assassinat, en témoigne un ours en peluche qu’il voit parmi les marchandises saisies par le mort. S’il était capable de prendre en gages le jouet d’un enfant... Pendant que Burma déleste Cabirol d’une partie de son argent, il se fait assommer. Quand il revient à lui et entrouvre les yeux, il devine la présence d’une jeune fille dans l’appartement à une jolie paire de jambes gainées de nylon qui ont tôt fait de déguerpir. Quand le détective parvient à se remettre sur pied, il constate que le rouge à lèvres qui colorait les lèvres du mort n’y est plus : la jeune femme est revenue pour le faire disparaître. Burma répond machinalement au téléphone qui sonne à ce moment et qui le met sur la piste de Maurice Bardoux, étudiant qui mène des recherches aux Archives nationales. De fil en aiguille, il se rapproche de la clé de l’énigme. Quelques jours plus tard, la jeune fille rend visite au détective pour s’expliquer et se disculper. Il ne la livre pas à la police, car le coupable aurait très bien pu être un malfrat, mort depuis, qui détestait Cabirol.

Ils sont rares, les auteurs qui parviennent à vous subjuguer par leur prose, surtout de nos jours. Léo Malet en fait indéniablement partie (du moins dans le genre « policier » qui est le seul qui me donne envie de lire), au même titre qu’un Frédéric Dard, Daniel Pennac ou Pierre Desproges dans son unique roman.

Il faut bien avouer que dans les polars à succès actuels, il est rare de s’arrêter sur le style de l’auteur ou sur ses personnages tant le premier est suffisamment plat pour ne pas exclure certains lecteurs et tant les seconds sont quasi interchangeables.

Heureusement, dans un jadis plus ou moins lointain ou bien en cherchant du côté des auteurs un peu plus obscurs, on peut dénicher de véritables plumes et se délecter de certaines tournures de phrases.

Ces auteurs vous offrent alors la certitude de toujours trouver quelque chose d’intéressant dans leur livre, même quand l’histoire ne vous passionne pas et que les personnages ne sont pas très attachants (ce qui n’est pas le cas des écrivains dont la plume n’est pas franchement identifiable).

Mais là, Léo Malet nous offre non seulement un style, mais également un personnage très intéressant que ce Nestor Burma. Aussi, si l’histoire tient bien la route, c’est le jackpot assuré.

Et c’est le cas dans « Fièvre au Marais »

Alors que Léo Malet nous fait montre de son talent dès les premiers paragraphes à travers certaines tournures, certaines phrases, et que le lecteur connaît le potentiel du personnage principal (à moins de découvrir Nestor Burma à travers ce roman), il a également l’intelligence, en quelques mots, de pardonner les agissements de son héros (il vole l’argent du mort) et de justifier le laxisme dont il fera montre tout au long de l’enquête pour rendre la justice à travers la simple évocation de cet ours en peluche trônant sur une étagère du prêteur sur gages (un homme capable de prendre en gages la peluche d’un enfant de pauvres est forcément un salaud).

S’en suivent alors les pérégrinations de Nestor Burma pour, à la fois, trouver un client afin d’être payé et de trouver le coupable, pour sa propre satisfaction sachant que tout tournera, Burma oblige, autour d’une jolie poupée.

Le premier titre de ce roman, « L’ours et la culotte » était bien plus évocateur que « Fièvre au Marais », en reprenant les deux symboles de cette aventure (j’ai évoqué la peluche, je vous laisse découvrir le rôle de la culotte, cela pourrait vous surprendre).

Pour le reste, du Nestor Burma pur jus avec un personnage drôle et attachant, qui sait mettre l’éthique de côté quand il le faut, qui encaisse des gnons (c’est l’une de ses spécialités), et finit toujours par trouver le fin mot de l’histoire, ce qui mènera le lecteur au mot « Fin », de l’histoire.

Au final, quand l’histoire est bonne, sachant que le style de l’auteur et le personnage le sont toujours, alors, le lecteur est promis à un bon moment littéraire, c’est encore une fois le cas avec ce roman.

26 janvier 2017

Patchwork

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« Patchwork » est un jeu de société semi-abstrait créé par Uwe Rosenberg, un créateur de jeux allemands déjà connu pour son jeu « Agricola ». Le jeu est distribué en France par l’éditeur « Funforge ».

« Patchwork » est un jeu qui ne se joue qu’à deux joueurs.

Le but de « Patchwork », comme son nom l’indique, et de créer le plus grand patchwork possible.

Pour ce faire, chaque joueur a une couverture devant lui (représentée par un carton de 9 x 9 cases) et de 5 boutons pour payer les pièces de tissus qu’il va assembler (des pièces en cartons qui s’emboîtent comme les pièces d’un Tetris).

À l’aide d’un plateau contenant la piste du temps sur laquelle les joueurs vont se déplacer, les joueurs vont avancer, acheter des pièces, gagner des boutons jusqu’à arriver à la fin où il sera temps de faire le décompte final.

Avec un processus simple, « Patchwork » n’est pas, pour autant, un jeu simpliste. En effet, chaque joueur va devoir faire en fonction des coûts de chaque pièce, mais aussi de l’intérêt qu’elle va avoir dans son patchwork, du coût de temps qu’elle va impliquer et du nombre de boutons qu’elle peut rapporter.

En plus, le joueur devra également faire en fonction de son adversaire, en faisant en sorte de ne pas lui laisser la possibilité de choisir la pièce qui lui sera la plus utile.

Chacun son tour, les couturiers vont donc avoir le choix entre trois pièces de tissus d’une taille et d’un coût en boutons et en temps différents. Une fois la pièce achetée, il faut alors la poser sur sa couverture. 

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Une fois arrivés au bout de la piste du temps, les joueurs vont compter leurs points en fonction des boutons encore en leurs possessions, de ceux représentés sur les pièces du patchwork puis retirer deux points par case encore vide sur leur couverture.

Au final, « Patchwork » est un jeu très sympathique et très prenant, plutôt malin, au déroulement très simple et qui va faire le bonheur des couturiers-joueurs et des autres.

Pour en savoir plus sur le déroulement d’une partie, voir ici.

22 janvier 2017

Le rival de Sherlock Holmes

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Comme tout grand amateur de Sherlock Holmes, je suis assez friand de pastiches de l’œuvre de Conan Doyle, soit à travers des romans inspirés de manière plus ou moins lointaine ou bien de récits où l’érudition holmésienne de l’auteur et la capacité à reproduire un style très proche de celui initial, apporte au lecteur un plaisir non dissimulé.

L’avantage, avec Sherlock Holmes, c’est que l’on peut trouver de tout, de l’excellence jusqu’à la médiocrité, du récent jusqu’à l’ancien, de la nouvelle, jusqu’aux plus grands romans, de la série télévisuelle jusqu’à la production hollywoodienne.

En matière de pastiches littéraires, le choix est immense tant le personnage du détective et son succès ont inspiré les divers auteurs.

Parmi les écrivains ayant tenté l’expérience, citons quelques noms comme Mark Twain, Maurice Leblanc, Ellery Queen, Nicholas Meyer, Alexis Lecaye, Bob Garcia, Caleb Carr, Stephen King, J.M. Erre et Anthony Horrowitz... qui font partie d’une liste extrêmement longue d’auteurs.

Dans cette liste, je retiens deux principaux noms, celui de René Réouven, pour moi, l’un des meilleurs et des plus respectueux en matière de pastiches et, surtout, Henry Cauvain qui est, à ma connaissance, l’unique cas de « pasticheur » avant l’heure puisqu’il est l’auteur du roman « Maximilien Heller », réédité chez « OXYMORON Éditions », dans lequel ont découvre un détective français qui est en tout point comparable avec le détective anglais, également accompagné d’un médecin narrateur et dont le livre a été édité 17 ans avant la parution de la toute première aventure de Sherlock Holmes.

Sherlock Holmes a été inspiré (pour ne pas dire plus) par un auteur français et les auteurs français se sont ensuite beaucoup inspirés de lui.

Maurice Leblanc confronte son personnage d’Arsène Lupin avec celui du détective avant que les avocats de Conan Doyle ne se plaignent, l’obligeant à modifier le nom du détective anglais en Herlock Sholmes (OXYMORON Éditions réédite d’ailleurs la nouvelle originale dans la collection « 221 » dédiée aux premiers pastiches et avatars en langue française du fameux détective anglais.

Alexis Lecaye, auteur de la série « Julie Lescaut », a conté avec brio les rencontres de Sherlock Holmes avec Karl Marx et Albert Einstein.

René Réouven apporte, en plus du talent, de la plume, une érudition, une connaissance et un respect du « Canon » qui force le respect.

D’autres auteurs se sont inspirés de Sherlock Holmes pour créer un autre personnage de détective en s’appuyant sur la comparaison, comme le Belge Jean Ray et son « Harry Dickson », Paul Zahori avec « Mademoiselle Sherlock », Fabre et Jacquin avec « Le chien se Serloc Kolmes » [ces deux derniers titres sont également réédités dans la collection « 221 » d’OXYMORON Éditions]... sans compter toutes les nouvelles et bluettes qui pullulèrent dans les journaux de l’époque.

Mais on en oublierait presque l’auteur francophone qui, le premier, se lança dans l’aventure, et ce dès 1900 avec son titre « Le rival de Sherlock Holmes » : Hector Fleischmann.

Hector Fleischmann est un auteur, journaliste, poète et historien belge né en 1882 et mort en 1913.

Dans son œuvre plutôt consistante pour un écrivain mort si jeune, on trouve, entre les essais, les poésies et les biographies, quelques romans, dont un, policier, « Le rival De Sherlock Holmes ».

Le rival de Sherlock Holmes : Le célèbre détective anglais Sherlock Holmes a un rival, il est américain et se nomme William Hopkins ! C’est en tout cas ce que narre l’ex-ingénieur en mécanique James D. Sanfield, qui est à Hopkins ce que le docteur Watson est à Holmes, un précieux ami doublé d’un confident conteur de ses aventures. Et, effectivement, William n’a rien à envier à Sherlock, puisqu’il base son succès sur l’observation, la réflexion, la logique et la déduction. Suite à plusieurs affaires habilement résolues, sa réputation vient à l’oreille d’un richissime homme d’affaires qui le mande, toute affaire cessante pour aider son consortium dont les membres sont menacés de mort par des courriers anonymes… « Le rival de Sherlock Holmes » écrit en 1900 par Hector Fleischmann est le tout premier pastiche en langue française du personnage de Sherlock Holmes.

Dans ce court roman, nul esprit d’érudition ni de démonstration de connaissance du « Canon » [il n’y a, d’ailleurs, point de « Canon » puisque la dernière aventure de Sherlock Holmes écrite par Conan Doyle le fût à la fin des années 20], ou de tentative d’écrire à « la manière de » Conan Doyle, juste l’envie de proposer un personnage « proche » afin de surfer, je suppose, sur le succès des œuvres de Doyle.

Hector Fleischmann nous propose donc un détective américain, décrit et surnommé comme « le rival de Sherlock Holmes » et qui, comme son homologue anglais, se repose sur une observation et une déduction pour résoudre les enquêtes.

Comme chez Henry Cauvain ou chez Conan Doyle, l’enquêteur sera secondé par un civil [ici, un ex-ingénieur] qui sera également le conteur des aventures.

« Le rival de Sherlock Holmes » nous propose donc de suivre les pérégrinations des deux partenaires à travers trois enquêtes particulièrement éprouvantes [dont, notamment, la dernière].

Si de l’ensemble émane le charme du style légèrement désuet de l’époque, l’auteur parvient à nous proposer des enquêtes sans temps mort qui offrent au lecteur d’agréables moments de lecture.

Certes, William Hopkins souffre de la comparaison avec son homologue anglais, tant sur la complexité et l’intérêt du personnage que dans sa capacité intellectuelle à résoudre les énigmes, mais, ce n’est pas pour autant qu’il faudrait bouder ce livre qui, en plus d’être un témoin du succès retentissant que pouvaient avoir les aventures de Sherlock Holmes à l’époque, nous offre un instant de lecture agréable.

Au final, « Le rival de Sherlock Holmes » a bien du mal à rivaliser avec Sherlock Holmes [mais qui y parviendrait ?], mais est un court roman de bonne facture pour peu qu’on apprécie le style du début du XXe siècle.

19 janvier 2017

Colt Express

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Si vous aimez les jeux de société et les westerns, vous devriez apprécier ce jeu de Christophe Raimbault et Jordi Valbuena (un auteur, un illustrateur, comme dans un bon fascicule de littérature populaire, comme quoi, on reste dans le sujet de prédilection de ce blogue).

Dans un jeu de société, il faut une histoire, une certaine écriture (en plus de celle des règles) et un bon illustrateur.

Tout comme pour un bon bouquin, un bon auteur et de bonnes illustrations attirent les joueurs.

Pour autant, on ne peut pas dire, avant le succès de « Colt Express », que Christophe Raimbault était un créateur de jeu en vue. Idem pour l’illustrateur Jordi Valbuena. Depuis que le jeu a été élu « Jeu de l’année 2015 ».

Pour autant, « Colt Express » a été, à raison, un grand succès.

Édité par « Ludonaute », « Colt Express » fait partie de ce que l’on appelle : « Jeu de programmation ». En clair, chaque joueur, à son tour, choisit l’action qu’il va faire et toutes les actions sont jouées, les unes derrière les autres, à la fin de la manche. Le résultat de chaque action dépend donc des précédentes.

« Colt Express » se joue entre 2 et 6 joueurs et destiné aux joueurs de plus de 10 ans.

Le jeu contient :

– 6 wagons en carton,

– 1 locomotive en carton,

– 7 figurines en bois (bandits et Marshall),

– 6 fiches personnage,

– 132 cartes,

– 32 pions butins,

– quelques éléments de décor en carton.

 

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Le grand point fort du jeu est la retranscription en 3D de l’univers du western à travers le train.

Effectivement, le premier acte avant toute partie est de construire ce fameux train, les 6 wagons et la locomotive, faits de pièces de carton et qu’il faut monter soi-même.

Une fois assemblé, le convoi apporte un réel plus à ce jeu et fait retomber le joueur dans son enfance, à l’époque où il jouait aux cow-boys et aux Indiens avec ses playmobils.

Le déroulement du jeu est assez simple. Six personnages, six joueurs possibles. Chacun choisit un bandit à incarner entre les six (Cheyenne, Belle, Django, Tuco, Doc et Ghost). Chaque bandit à son pouvoir particulier qui apportera un peu de piquant à la partie.

Chaque manche se déroule en plusieurs tours et à chaque tour, les joueurs choisissent une action à réaliser (prendre un butin, frapper un bandit, tirer sur un bandit, changer de wagon, monter sur le toit ou en descendre). Comme le résultat de chaque action peut impacter la suivant, ce n’est qu’à la fin de la manche, quand toutes les actions sont jouées les unes après les autres, que l’on découvre les conséquences de chaque action. À la fin de la partie, celui qui a le plus gros butin a gagné. Pour cela, tous les coups sont permis, coups de poing, coups de feu, vol...

Le jeu a eu un tel succès que, depuis son lancement, les extensions pullulent :

– Extension « Chevaux et Diligences ». En plus du train, une diligence, 6 chevaux, 8 otages, une mitrailleuse, des flasques de whisky, une cagnotte supplémentaire...

– Extension « Marshall et prisonniers ». En plus du train, un wagon prison, un joueur qui incarne le Marshall, 1 cheval, des prisonniers, un bandit de plus (Mei), des idées de génie, des sacs pleins de dollars...

– Le tapis de jeu pour renforcer l’immersion.

– L’application PC et Téléphone.

Un bon jeu drôle et prenant disponible pour une trentaine d’euros auquel vous pourrez rajouter presque une vingtaine d’euros par extension, et entre 7 et 10 euros pour les applications.

Précisons que « Colt Express » peut se jouer à deux, mais qu’il ne sera jamais aussi plaisant qu’à au moins 4 joueurs.

18 janvier 2017

Collection « 221 »

L’un des héros les plus appréciés de la littérature policière est, sans conteste, le détective anglais Sherlock Holmes.

Si tout le monde sait qu’il est né sous la plume d’Arthur Conan Doyle, certains ignorent encore que l’enquêteur misanthrope a été calqué sur le personnage français de Maximilien Heller développé par Henry Cauvain dans le roman éponyme édité bien des années avant la parution d’« Étude en rouge », signant la première apparition de Sherlock Holmes.

Puisque Sherlock Holmes avait été inspiré par un Français, il était logique qu’il inspire, à son tour, d’autres écrivains de l’Hexagone.

La collection « 221 » s’attache donc à rééditer certains des premiers pastiches ou avatars du célèbre détective anglais en langue francophone.

Si « 221 » est destiné également à proposer des textes courts édités dans les journaux de l’époque et qui seront regroupés en recueils, la collection s’ouvre sur trois courts romans et une nouvelle proposés en numérique à 0,99 euro le titre : 

Mademoiselle Sherlock de Paul Zahori ;

Le rival de Sherlock Holmes d’Hector Fleischmann ;

Sherlock Holmes arrive trop tard de Maurice Leblanc ;

Le chien de Serloc Kolmes de Jacquin & Fabre.

« Le rival de Sherlock Holmes », paru en 1900, est probablement le tout premier avatar en langue française du détective anglais.

« Sherlock Holmes arrive trop tard » est considéré comme l’un des tout premiers pastiches holmésiens en langue française.

Parue en juin 1906 dans le magazine « Je Sais Tout », cette nouvelle de Maurice Leblanc écrite dans le cadre de la série « La vie extraordinaire d’Arsène Lupin » est la première des trois aventures dans lesquelles se confrontent le gentleman cambrioleur et le détective anglais (plus tard, regroupées dans le livre « Arsène Lupin contre Herlock Sholmes »).

Conan Doyle appréciant peu l’utilisation faite de son héros et le faisant savoir par ses avocats, Maurice Leblanc, pour les autres nouvelles et les rééditions futures, remaniera quelque peu le texte et, surtout, changera le nom de l’enquêteur en « Herlock Sholmes ».

La présente édition reprend donc le texte original diffusé dans le magazine de l’époque, avant que Sherlock Holmes devienne Herlock Sholmes

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15 janvier 2017

Un drame à Rio de Janeiro

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Paul Salmon fait partie de ces trop nombreux auteurs oubliés qui ont participé à l’essor de la littérature populaire au début du XXe siècle grâce à une production d’envergure à travers de nombreux genres.

Paul Salmon, surtout connu sous les pseudonymes de Paul Dargens, Paul Darcy, était l’époux d’un autre auteur populaire, Léonce Prache. L’écrivain s’est essayé, comme ses pairs, à tous les genres en vogue à l’époque (sentimental, cape et épée, aventures, science-fiction, policier) et c’est avant tout sous les pseudonymes de Paul Dargens et Paul Darcy qu’il participe aux nombreuses collections des éditions Ferenczi, Rouff, La Baudinière ou Tallandier.

Avec, « Drame à Rio de Janeiro », Paul Darcy nous propose un très court roman d’aventures pour la jeunesse qui va se dérouler en grande partie au Brésil :

Un Français, en tournée au Brésil, se trouve mêlé à une rixe pendant laquelle il vient en aide à un Américain. Celui-ci se fait tuer, mais lui laisse des documents qu’il doit sauver et apporter à la sœur du défunt. N’ayant de réel but dans la vie, l’homme décide d’aider la jeune femme à venger son frère et à récupérer les terres que sa famille possédait au Brésil...

N’étant pas un réel fan de romans d’aventures, sauf si l’aspect policier est également présent, ce fascicule ne m’était pas forcément destiné. Malheureusement, ce fait fut très rapidement confirmé, tant par le genre que par la plume de l’auteur que je trouvais trop fade à mon goût et dont le style me rappelait un peu trop celui de « Candide » de Voltaire, ce qui n’est pas le comble de la modernité, faut-il l’avouer.

Malheureusement, le style n’était pas le seul à me faire penser à ce roman que j’avais dû lire dans ma jeunesse, contraint par un professeur de français qui voyait dans cet ouvrage un potentiel attractif pour des adolescents boutonneux (moi, j’étais ado, mais je n’ai jamais souffert d’eczéma, ce qui n’a rien à voir avec le sujet).

Effectivement, la façon qu’avaient les personnages de se retrouver sans cesse sur le chemin les uns des autres à travers le monde (il n’y avait pas de puces GPS pour suivre les déplacements des gens à cette époque) laissant penser que le monde est si petit que l’on ne peut que se croiser, a une fâcheuse tendance à m’agacer (c’était déjà le cas dans le livre de Voltaire).

Mis à part cela, le manichéisme omniprésent (un gentil très très gentil et courageux face à un méchant très méchant, fourbe et lâche) et l’intrigue trop classique n’arrangèrent en rien mon intérêt pour cet ouvrage.

Au final, bien que le roman fût, à l’époque, destiné à la jeunesse, il souffre d’une narration et d’une intrigue bien trop simplette pour me conquérir et, si ce n’est sa petite taille, j’aurais volontiers interrompu ma lecture en cours de route.

08 janvier 2017

La nuit de Saint-Germain-des-Prés

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Léo Malet est un auteur qui avait une véritable plume et son personnage de Nestor Burma est un héros voire antihéros, très attachant.

Comme je le disais dans une chronique sur un autre livre de la série, avec l’assurance d’un bon personnage et d’une bonne plume, il ne manque plus qu’une bonne histoire pour conquérir le lecteur.

« La nuit de Saint-Germain-des-Prés » est le titre qui peut me contredire. Effectivement, dans cet opus, l’histoire laisse la place à l’Histoire littéraire à travers la visite de Saint-Germain et de ses cafés littéraires. 

La nuit de Saint-Germain-des-Prés : Pendant un mois de juin orageux, Nestor Burma est engagé par M. Grandier, représentant une compagnie d’assurances, afin de retrouver des bijoux volés et en voie d’être recelés par Charlie Mac Gee, un noir ancien musicien de jazz devenu caïd et trafiquant de drogue. Burma se rend au Diderot-Hôtel où réside le gangster, mais découvre son cadavre, assassiné. L’enquête impose alors au détective de fréquenter la faune littéraire et intellectuelle qui se presse dans les cafés et les caves du quartier, dont le célèbre Germain Saint-Germain, alias « le fabricant de best-sellers », qui donne une fête dans son appartement, rue Guynemer, en l’honneur de la môme Taxi. Le détective suit une piste qui le mène à retrouver le veilleur de nuit du Diderot-Hôtel, en train de lire « La tête d’un homme » de Simenon dans l’appartement de sa copine. Il ne parvient pas à en tirer grand-chose et, quand il retourne le voir peu après, il retrouve un corps sans vie. Rapidement, le détective file le type à l’allure de veuf qu’il a remarqué sortant de l’immeuble à son arrivée. Le suspect le conduit tout droit au 36 quai des orfèvres, siège de la police. Burma en perd son latin. Quelques jours passent, et le détective trouve sur le paillasson de son bureau un paquet qui contient les bijoux volés, devenus trop compromettants. Puis, les événements se bousculent, car la môme Taxi a disparu. Et toute l’enquête trouve une résolution explosive dans l’appartement de Germain Saint-Germain où tous ceux qui ont un lien avec l’affaire se trouvent finalement réunis... (Wikipédia).

Toute l’histoire tourne autour de la littérature, le roman de Simenon, l’écrivain célèbre, les cafés littéraires et l’on sent que Léo Malet s’est presque plus attaché à décrire la faune fréquentant ces lieux qu’à développer son histoire.

Pour autant, il reste la plume de l’auteur et le plaisir de visiter par procuration ces lieux d’un autre temps.

Le personnage de Nestor Burma n’en demeure pas moins toujours sympathique et l’on prend plaisir à suivre ses aventures, mêmes quand celles-ci ne sont pas forcément à la hauteur du détective.

Au final, même si l’intrigue et son développement ne sont pas d’une extrême efficacité, la découverte du 6ème arrondissement en compagnie de Nestor Burma et son créateur n’en demeure pas moins plaisante.

01 janvier 2017

Harry Dickson - Intégrale Tome 1

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Harry Dickson est un des plus complexes avatars de Sherlock Holmes que la littérature populaire a pu produire pour le pire et pour le meilleur.

Pour le pire, d’abord puisque l’origine de la série est une exploitation éhontée du personnage de Sherlock Holmes dans une série fasciculaire allemande, en 1907, qui sera rééditée en néerlandais. Le personnage de Sherlock Holmes est présent nommément, mais, très vite, les avocats de Conan Doyle attaquent becs et ongles et le nom du détective disparaît du titre puis des aventures.

Jean Ray, auteur belge et traducteur du néerlandais au français, sera chargé de traduire rapidement cette production insipide. Très vite lassé de cette purge littéraire, Jean Ray va se lancer le défi d’écrire des aventures originales plutôt que de traduire celles existantes. L’éditeur français de la série accepte, mais à une condition, que les textes écrits par Jean Ray conservent un rapport avec l’illustration de la couverture d’origine et le titre initial (il a probablement acheté les droits de ces illustrations et ne veut pas gâcher son investissement).

Jean Ray se sort haut la main de cette contrainte et écrit plus d’une centaine des aventures de Harry Dickson sans que cela soit mentionné à l’époque.

Ce n’est que quelques années avant sa mort, fort de sa réputation dans la littérature d’anticipation dont « Malpertuis » (adapté au cinéma avec Orson Welles comme acteur) et « La cité de l’indicible peur » (adapté au cinéma par Jean-Pierre Mocky avec Bourvil comme acteur), que Jean Ray va établir un listing des aventures de Harry Dickson dont il est l’auteur.

Depuis, les aventures de Harry Dickson ont été de nombreuses fois rééditées, voire même poursuivies par des auteus des éditions du Carnoplaste (éditeur spécialisé dans les fascicules). 

En 1984, les éditions Néo Club, décide d’éditer une intégrale des aventures de Harry Dickson écrites par Jean Ray (ce qu’avait déjà tenté les éditions Marabout).

Harry Dickson — Intégrale Tome 1 : Le « Sherlock Holmes américain » est bien différent des autres grands détectives. Il possède les qualités propres aux grands détectives, flair, logique, flegme. Mais son univers est celui de l’étrange, du fantastique, le monde des monstres, de l’anormalité, de l’occultisme. À redécouvrir absolument. 1934-1936 Dans les griffes de l’idole noire La statue assassinée Le cas de Sir Evans La voiture démoniaque L’« Hôtel des Trois Pèlerins »

Oui, le surnom d’Harry Dickson est : « Le Sherlock Holmes américain », car, si le nom du détective de Conan Doyle ne pouvait être exploité directement, rien n’empêchait les comparaisons flatteuses afin d’attirer les lecteurs avides du Canon Holmésiens... et les autres.

Mais là où la plupart des avatars du genre se contentent de naviguer dans le monde mystérieux du crime, Harry Dickson, ou Jean Ray introduit des éléments « fantastiques » dans ses enquêtes (je ne sais si c’est Jean Ray qui a fait voyager Dickson dans ce genre ou bien si les premiers fascicules comprenaient déjà ces éléments).

Ainsi, même si souvent, du moins de ce premier Tome, le fantastique n’est qu’illusion et que le crime est bien l’œuvre d’une personne humaine, les crimes sont présentés comme émanant de monstres ou de créatures fantastiques.

Si je suis féru de littérature populaire policière, je suis bien moins à l’aise dans le genre fantastique, pourtant, étant donné que cet aspect n’est, la plupart du temps, que poudre aux yeux, j’ai pu me délecter de ces premières aventures issues de la main de Jean Ray.

Il faut reconnaître à l’auteur belge une qualité indéniable de plume malgré la rapidité avec laquelle il rédigeait chaque histoire. Malgré la contrainte du titre et de la couverture, ou grâce à cette contrainte, Jean Ray nous livre alors des enquêtes tintées de fantastique durant lesquelles Harry Dickson et son jeune élève Tom Wills font montre de pugnacité, de témérité, mais, surtout, de perspicacité.

Sans développer son personnage outre mesure, la taille des textes ne l’aurait pas permis de toute façon, Jean Ray parvient à le rendre attachant grâce, notamment, à son détachement, un flegme tout britannique (un comble pour un Américain, mais c’est probablement parce qu’il habite à Londres, devinez à quelle adresse ? 221 B Baker Street).

Aucune surprise à ce que les nouvelles finalement non fantastiques m’aient plus enthousiasmé que les autres, mais, pour autant, les unes comme les autres sont agréables à lire.

Au final, une bien bonne surprise que ces aventures de Harry Dickson de Jean Ray dont les titres originaux (ceux écrits en allemand) ont une fort mauvaise réputation. L’auteur a travaillé vite et bien et a réussi avec brio à se jouer de la contrainte imposée par son éditeur.

25 décembre 2016

Messieurs les hommes

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Quand je sors d’une lecture décevante, pour me requinquer, ces derniers temps, je me plonge dans une valeur sûre : « San-Antonio ».

Enfin, devrais-je dire : les débuts de San-Antonio. Oui, allez savoir pourquoi, contrairement à la plupart des aficionados de Frédéric Dard, je préfère les débuts de San-Antonio à sa « grande période » plébiscitée par la presse et les lecteurs.

Du coup, puisque ma précédente lecture n’était pas un moment de plaisir littéraire, je me plongeais à nouveau dans l’univers Sanantonien.

Pour ce faire, je dévorais la 16ème aventure du commissaire.

Messieurs les hommes : Savez-vous que la pègre vient de s’enrichir d’une nouvelle recrue ? Et pas une demi-portion, croyez-moi ! Du vrai casseur... Du qui file la rouste aux caïds de Pigalle... Du qui se permet de descendre un flic en plein commissariat. Son nom ? Pour Messieurs les hommes, il s’appelle Bernard Tonacci... Ça ne vous dit rien ? Alors, je vais vous en balancer davantage : à la P.J., ce zigoto est plus connu sous le nom de commissaire San Antonio. Pas de panique... Rassurez-vous, je n’ai pas changé de bord... Mais il faut admettre que tout pourrait le laisser croire au début de ce chef-d’œuvre.

Et on retrouve avec un grand plaisir notre commissaire San-Antonio qui, pour mener à bien une enquête sur l’enlèvement de spécialistes en nucléaire, décide de se rapprocher du « pourri », un truand souffrant d’eczéma. Pour ce faire, il se fait passer pour un caïd débarqué à la capitale et s’en va se foutre sur la gueule avec le pourri dans un troquet afin de se faire alpaguer avec celui-ci par la Rousse. Le plan, une évasion sanglante pour faire croire que c’est un dur à cuire et se faire ami-ami avec l’affreux afin de s’approcher d’un gang de kidnappeurs de scientifiques.

San-Antonio va même participer à l’enlèvement de l’un d’eux et, très vite, les choses tourneront vinaigre, mais c’est toujours le cas avec le commissaire.

Dans ce titre, San-Antonio joue les méchants et se retrouve mêlé à l’histoire qui va très vite partir en sucette. Pour le coup, difficile, pour le commissaire, de faire son boulot et de rester crédible. Pourtant, il s’y attachera du mieux possible, mais cela suffira-t-il ? 

Le lecteur n’assistera pas à la meilleure intrigue de la série, bien que la fin puisse surprendre, mais, le tout est agréable à lire et c’est une quasi-certitude que l’on peut avoir avec le commissaire, c’est que même ses moins bonnes aventures sont meilleures que bien des romans policiers.

Au final, c’est toujours un plaisir de retrouver le commissaire San-Antonio et ce n’est pas ce titre qui vous fera penser le contraire. Du classique, donc, loin de l’excellence de certains titres de la série, mais dans l’ambiance agréable de la première décennie de l’œuvre de Frédéric Dard. 

20 décembre 2016

Rosic et Vorgan, deux flics à l'ancienne

Arthur Conan Doyle est resté dans la mémoire collective grâce à son Sherlock Holmes. Tout d’abord publiées dans un magazine, les aventures de son héros ont très vite été regroupées et canalisées.

Georges Simenon doit grandement sa notoriété à son commissaire Maigret. Si le célèbre policier est déjà esquissé à travers les traits de l’inspecteur N° 49 dans « les aventures de Yves Jarry » – une série de romans signés Georges Sim, un pseudo évident de l’auteur – et si Maigret apparaît nommément, de façon très secondaire, dans « Train de nuit », toujours signé Georges Sim, la toute première enquête officielle de Jules Maigret, « Pietr le Letton », a d’abord été proposée aux lecteurs du magazine « Ric et Rac » le 19 juillet 1930 avant de débuter la série des « Maigret », aux éditions Arthème Fayard, qui fit la renommée planétaire du personnage.

Frédéric Dard a débuté en tant que journaliste avant de se lancer dans l’écriture de romans et, tout comme Georges Simenon, est l’auteur, sous de multiples pseudonymes, d’une production impressionnante. Contrairement à Simenon, dont l’éditeur était, au départ, sceptique quant aux qualités de son héros, le succès de San Antonio s’est fait lentement grâce à l’insistance de l’éditeur de Frédéric Dard, et ce malgré l’échec commercial du premier roman de la série : « Réglez-lui son compte ! ».

Léo Malet, qui a également beaucoup écrit sous pseudonymes (Franck Harding, Léo Latimer, Omer Refreger, Lionel Doucet…) a eu plus de chance avec son détective fétiche, Nestor Burma, car sa toute première aventure, « 120 rue de la gare », fut un succès immédiat.

Mais qui se souvient de Rodolphe Bringer et son « Commissaire Rosic » ou de Gustave Gailhard et son « Serge Vorgan » ?

Rodolphe BRINGER (1 869 – 1 943) fait partie de la longue liste des auteurs qui ont participé grandement à l’essor de la littérature populaire au début du XXème siècle et qui faute de chance ou d’une meilleure mise en valeur de leurs personnages récurrents ont, peu à peu, sombré dans l’oubli.

Rodolphe Bringer, de son vrai nom Bérenger, a voué l’entièreté de sa vie à sa plume, que ce soit en tant que journaliste en collaborant à divers journaux (« L’Humanité », « Le Sourire », « La Baïonnette », « Le Canard Enchaîné », « Le Pélican »), ou, surtout, en tant qu’écrivain à travers d’innombrables nouvelles ou romans et sous maints pseudonymes (Rodolphe Bringer, Géo Blackmussel, Gaston de Fontbesse, J.W. Killbear…).

Rodolphe Bringer a œuvré dans différents genres (policier, sentimental, cape et épée, aventures, humour…) soit au travers de nouvelles diffusées par de nombreux magazines et journaux (« La Gaudriole », « L’Épatant », « Le Sourire », « Midinette », « Floréal », « Jean qui rit », « Le Journal amusant », « Cyrano », « Ceux qui font rire »…) ou bien de romans proposés dans de multiples collections chez un large panel d’éditeurs (« Tallandier », « Ferenczi », « Éditions Chantal », « Rouff », « La Baudinière », « Flammarion », « Hachette », « Éditions Cosmopolites », « Éditions Méridionales », « La Technique du Livre », « Albin Michel », « Éditions Félix Juven », « Société Parisienne d’édition », « Éditions Pierre Lafitte », « Éditions Nillson », « La renaissance du livre »…)

Rodolphe Bringer n’a pas eu la même réussite que ses successeurs ou de son prédécesseur, et ce, malgré un personnage récurrent très intéressant et extrêmement complexe qu’est le commissaire Emmanuel Rosic.

Plusieurs raisons peuvent expliquer qu’Emmanuel Rosic et son auteur Rodolphe Bringer n’aient pas marqué les esprits des lecteurs au point de faire la renommée de l’un comme de l’autre.

La principale raison regroupe des causes variables : la difficulté pour un lecteur de l’époque de pouvoir lire l’intégralité des aventures du policier.

Effectivement, les enquêtes du commissaire Rosic s’étalent sur presque trente ans, dans diverses collections chez presque une dizaine d’éditeurs et à travers des formats divers (depuis le roman classique, jusqu’au fascicule de 32 pages).

Puisqu’il était quasiment impossible, pour le lecteur lambda, de suivre les aventures de Rosic, il lui était tout aussi impossible de s’attacher fortement à ce héros. Et, sans attachement, point de renommée. C’est ce qui fit la grande faiblesse d’Emmanuel Rosic.

Car, excepté cette arduité, les enquêtes d’Emmanuel Rosic offrent de nombreux intérêts.

Tout d’abord, la plume de l’auteur et ses qualités indéniables de conteur.

Ensuite, la complexité du personnage. En effet, Rosic (évitons de trop citer le prénom du policier qui n’apparaît que fugacement au détour d’une enquête), n’est pas un héros ordinaire, du moins pas un policier sans peur et sans reproche, dur à cuire, fin limier et qui gagne toujours à la fin.

Non, le commissaire Rosic est bien plus humain que la plupart des héros de papier parce qu’il est faillible. Pire, il est égocentrique et par gloriole personnelle il est capable de s’approprier les résultats d’un autre, sans aucun remords. Pourtant, l’homme est à la fois courageux et généreux, bien qu’il soit obtus et, parfois, détestable.

Les enquêtes de Rosic, comme précisé précédemment, font l’objet de textes de tailles variables. Si cet aspect est plutôt gênant pour qu’elles puissent être regroupées chez un éditeur « classique » (OXYMORON Éditions n’étant pas un éditeur « classique »), il confère un attrait tout particulier à l’œuvre. Car, en effet, le lecteur n’appréhendera pas d’une façon identique un texte de 32 pages qu’un roman. De la même façon, l’auteur usera sa plume autrement d’un roman à un fascicule.

De plus, l’écrivain pousse la perversité à ne pas faire, forcément, de son protagoniste récurrent, l’intervenant principal de son texte. À chaque titre, le lecteur ne sait donc pas à quoi s’attendre, à quel moment le héros va apparaître dans l’histoire ni même s’il sera réellement le héros de celle-ci.

Cette particularité assez rare dans le domaine littéraire en fait tout le sel (en plus de toutes les autres qualités).

Enfin, pour finir de replacer le personnage et son auteur dans leurs contextes, il est utile de préciser que la collection « Commissaire ROSIC », s’attache à regrouper les divers textes dans lesquels il apparaît, dans l’ordre d’écriture, à l’exception, qui fait la règle, de la toute première enquête « Le premier crime de Rosic », qui n’apparut que dans les rééditions de « Le poignard de Cristal » aux éditions « Le Masque », à la suite du texte original. 

Gustave GAILHARD (???? – 1 943) fait, lui aussi partie, de la longue liste des auteurs qui ont participé grandement à l’essor de la littérature populaire à la première moitié du XXème siècle et qui faute de chance ou d’une meilleure mise en valeur de leurs personnages récurrents ont, peu à peu, sombré dans l’oubli.

L’auteur est à ce point énigmatique que l’on ne connaît pas sa date de naissance. D’ailleurs, on ne sait pas grand-chose de sa vie si ce n’est qu’il fut directeur de collection pour les Éditions Ferenczi.

C’est donc à travers sa plume que le lecteur a pu faire connaissance avec l’écrivain, et c’est souvent mieux ainsi.

Gustave Gailhard laisse derrière lui une passionnante et grande production dans des genres aussi différents que le roman policier, le roman d’amour, le roman d’aventures ou le roman de cape et d’épée.

Publié dans plusieurs collections chez de nombreux éditeurs (« Arthème Fayard », « Ferenczi & Fils », « Éditions La Baudinière », « La nouvelle revue », « Jules Tallandier », « Éditions du Livre Moderne »… et sous divers pseudonymes [Gustave Gailhard, Louis Bonzom, Silvio…], c’est avant tout dans les collections « Ferenczi & Fils » qu’il s’épanouit dans le roman policier.

Le « polar » lui permet de développer deux personnages récurrents, Marc Bigle et Serge Vorgan qui se croisent sur plusieurs titres.

Effectivement, si, contrairement au Commissaire Rosic de Rodolphe Bringer, les enquêtes de Serge Vorgan ont quasiment toutes été éditées et rééditées au sein d’une même collection [« Crime et Police » et « Le verrou » aux éditions « Ferenczi & Fils »], elles se sont malheureusement retrouvées noyées au sein de centaines de titres composants ces dites collections.

Pourtant plus homogènes et moins étalées dans le temps [si l’on excepte les rééditions] que les enquêtes de Rosic de Rodolphe Bringer, les aventures de Serge Vorgan n’ont pas traversé le temps comme elles l’auraient mérité.

Car, si la première enquête de Serge Vorgan entre dans le cadre exact de ce qui se faisait à l’époque, tant dans le développement du héros que dans l’intrique elle-même, l’un comme l’autre évolue au cours des titres, évolution s’accompagnant de celle du style de l’auteur dont la gouaille est annonciatrice de la plume d’un Frédéric Dard ou d’un Léo Malet.

Puisqu’il était quasiment impossible, pour le lecteur lambda, de suivre les aventures de Serge Vorgan, il lui était tout aussi impossible de s’attacher fortement à ce personnage. Et, sans attachement, point de renommée.

Les enquêtes de Serge Vorgan font l’objet de textes de tailles différentes. Cet aspect, qui n’était pas si rare à l’époque confère, comme déjà dit, un attrait tout particulier à ce genre d’œuvre. 

Enfin, pour finir de replacer le personnage et son auteur dans leurs contextes, il est utile de préciser que la collection « Serge Vorgan », s’attache à regrouper les divers textes dans lesquels apparaît le policier, dans l’ordre d’écriture, même si les deux dernières aventures ont été rééditées en premier [la raison en étant la complexité à établir une liste la plus exhaustive possible des titres mettant en scène Serge Vorgan], mais qui retrouveront leur place au fur et à mesure des publications.

Les deux collections font donc leur apparition dans le catalogue numérique d’OXYMORON Éditions. La plupart des titres de celles-ci sont proposés au modique prix de 0,99 euro [à part « Le premier crime de Rosic » dans la collection « Commissaire Rosic » et « Ophélia & Cie » dans la collection « Serge Vorgan » qui sont offerts aux lecteurs afin de leur permettre de découvrir les deux auteurs et les deux personnages et « Le poignard de Cristal » dans la collection « Commissaire Rosic » et « La police est en alerte » dans la collection « Serge Vorgan », qui sont proposés à 1,49 euro du fait que les textes sont bien plus longs que ceux des autres épisodes].

Alors, n’hésitez pas à aller sur votre librairie numérique préférée afin de découvrir ces deux auteurs et ces deux personnages.

 

Collection Commissaire Rosic

  

Collection Serge Vorgan

 

18 décembre 2016

Gecko

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Il m’arrive parfois de me laisser tenter par des livres qui n’ont rien ou pas grand-chose, apparemment, pour me satisfaire. C’est le cas du roman « Gecko » de John Renmann.

Cependant, je suis un lecteur quasi exclusif de romans policiers français et ce roman, bien qu’étant ancré dans le fantastique, avait bien une base « policière » et était bien écrit en français (attention ! ma démarche n’est pas mue par une quelconque xénophobie, mais par une volonté de lire l’exact texte prévu par son auteur sans qu’aucune traduction ne puisse en trahir la valeur ou le sens).

Les commentaires sur « Amazon » étant dithyrambiques, annonçant de l’humour et du suspens, j’ai fini par me laisser tenter bien que la couverture ne m’attirait pas et que l’auteur soit passé par une plateforme de publication, ce qui peut laisser craindre un travail éditorial bancal (mais tous les éditeurs ne font pas forcément un bon boulot non plus).

Je rassure immédiatement les gens qui auraient envie de lire ce roman, rien de particulier à redire sur le travail éditorial, c’est déjà ça.

Malheureusement, rien à dire de particulier, non plus, sur le style de l’auteur. L’humour ??? Je l’ai cherché, mais point réellement trouvé. Certes, certains personnages sont tellement excessifs que l’auteur a cru les rendre drôles et certaines répliques décalées dans des situations tendues ne suffisent pas à apporter la drôlerie annoncée, bien au contraire, serais-je même tenté de dire.

Pour ce qui est de l’enquête, j’ai passé tout le début de ma lecture à espérer que, comme dans un thriller de Jean-Christophe Grangé, l’aspect fantastique finisse, en fin, par laisser place à une explication rationnelle, mais non. Le roman est bel et bien fantastique et, du coup, mon avis ne peut plus être totalement objectif, je n’aime pas les romans fantastiques...

Gecko : Guadeloupe. Ville de Pointe-à-Pitre. Le jour se lève sur la place de la victoire, révélant un corps atrocement mutilé. L’esquisse d’un mystérieux lézard tracé avec le propre sang de la victime s’exhibe sur les pavés du site. Très vite, l’île est le théâtre de meurtres perpétrés par ce qui se révèle être une créature ayant l’aspect d’un chien monstrueux. À chacune des tueries, l’horrible signature écarlate est omniprésente : un gecko dont on dit qu’il est de mauvais augure. Les inspecteurs Nicolas Rousseau et Marie Kancel se lancent dans une enquête où sorcellerie et croyances populaires vont se mêler.

Ainsi, le fantastique n’étant pas rationnel, inutile d’espérer une intrigue bien ficelée puisque, dans un tel cas, on peut sortir sa baguette magique et dire : « Abracadabra, ce sera toi le scélérat ».

Point d’humour, point de rationnel, donc pas d’intrigue (du moins, pas une adaptée à mes goûts), que pouvait-il bien me rester ? Les personnages, bien sûr. Dans le personnage du héros, l’inspecteur Nicolas Rousseau, un flic de la métropole qui ne croit, bien sûr pas, à la magie, au vaudou et à toutes ces conneries. Et du coup, l’auteur nous sort le prototype du flic dur à cuire, qui s’embrouille sans cesse avec sa hiérarchie, que les autres flics n’apprécient pas, qui n’a peur de rien...

Dans le second rôle, la jeune fliquette sexy, rien de très nouveau non plus, donc.

Pour le reste, bah, rien à me raccrocher, du coup, je me suis ennuyé assez rapidement, malgré la taille assez courte du roman et, voulant tout de même savoir si la fin serait « rationnelle » ou non, j’ai lu le dernier tiers en diagonale histoire de gagner du temps et économiser de l’ennui.

Au final, un roman qui ne casse pas des briques et qui navigue sur des eaux qui ne me correspondent pas.

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11 décembre 2016

C'est mort et ça ne sait pas

55Frédéric Dard alias San Antonio nous livre là la 15ème aventure de son commissaire de personnage.

C'est mort et ça ne sait pas : Je vous ai déjà passablement baladés à travers le monde, dans toutes les couches de toutes les sociétés, mais je n'ai pas souvenir de vous avoir présenté le Pape. N'en déduisez pas trop vite que ce bouquin se passe au Vatican et que Sa Sainteté, que je respecte profondément, est l'acteur d'une de mes facétieuses aventures ! Vous n'y êtes pas du tout. Le Pape dont le parle, s'il s'appelle Paul, ne perte pas de matricule ou plutôt n'en porte plus, vu que voilà bientôt dix piges qu'il est sorti de taule. Et c'est en toute candeur qu'il a troqué la casquette à Julot pour la tiare pontificale de la religion... luciférienne ! Cette fois, vous avez pigé ! Oui, mes amis, je vous emmène faire un tour dans une société secrète, avec messes noires, sacrifices et tout le schbigntz... Vous l'imaginez, votre San Antonio, en enfant de diable ? Ne vous inquiétez pas si mon encensoir fume, c'est qu'il vient de cracher quelques bastos de 9 mm.

Si ce n'est pas la première enquête policière à laquelle participe San Antonio alors qu'il fait partie d'un service d'espionnage, cette fois-ci, il y participe avec l'aval de son Boss voire même sous ses ordres. Effectivement, le commissaire est chargé d'aider la police à trouver les responsables de la mort de deux personnes dans les mains desquelles ont été découvertes des images liées à une secte sataniste, les « Lucifériens ». Cela tombe bien, San Antonio vient de s'entretenir avec le Pape, le gourou de ladite secte.

Mais si tout semble lier les victimes avec la secte, les choses, bien qu'évidentes, peuvent cacher des secrets que San Antonio va s'atteler à découvrir non sans penser, au passage, au plaisir de la chair, à celui des bons mots et à servir la France en toutes circonstances.

Dans cet épisode, si ni Bérurier ni Pinaud ne sont présents, pourtant, on sent le spectre de Bérurier à travers le personnage du gros flic avec qui le commissaire fait équipe. 

Si l'intrigue n'est pas digne des meilleurs thrillers, elle tient cependant la route et nous offre de bons moments San Antoniens. On sent que, petit à petit, l'auteur tend vers la plume qui fera son succès et, pourtant, j'en arrive souvent à me dire que les premiers San Antonio n'étaient pas si mal que ça, peut-être même plus intéressants que ceux de la grande époque.

Dans tous les cas, les aventures de San Antonio s'avèrent être une valeur sûre dans laquelle on peut se réfugier quand on en a marre d'être déçu par les romans actuels où les personnages, les intrigues et les plumes sont interchangeables, ou les surprises sont rares et où les auteurs ne prennent plus de risques et se contentent de suivre point par point les recommandations de la bible du « Polar pour les nuls ».

Au final, un excellent moment de lecture, comme toujours ou presque avec San Antonio. Puis, un jour, il faudra peut-être penser à parler de l'excellence des couvertures signées par Michel Gourdon, non ?