Loto Édition

18 novembre 2018

L'homme aux nerfs d'acier

NC23

Nick Carter est un détective américain de fiction, créé par John R. Coryel en 1886 est un des piliers de la littérature populaire dans le monde entier et, aussi, et peut-être surtout, en France.

Le succès de ses rééditions dans l’hexagone a bouleversé la face de la littérature populaire créant ou démocratisant un format peu usité (voire, pas du tout), au tout début du XXe siècle : le format fasciculaire de quelques dizaines de pages. Format qui, par la suite, deviendra LE format de la littérature populaire jusqu’à l’apparition du livre de poche dans les années 50.

Mais Nick Carter n’a pas influencé qu’un format, il a également imposé un style et un genre, l’un imbriqué dans l’autre et inversement.

Effectivement, ce sont les aventures de Nick Carter qui imposèrent le personnage récurrent apparaissant dans une aventure complète au sein d’un même fascicule, le tout, pour un prix modique permettant à toutes les bourses de s’en délecter.

« Chaque fascicule contient un épisode complet ». Telle était la promesse de ce genre d’ouvrage. On verra avec « L’homme aux nerfs d’acier » que la belle promesse est tenue, mais que les auteurs de l’époque étaient bien malins en faisant apparaître certains ennemis de Nick Carter sur plusieurs titres, poussant ainsi le lecteur à acheter les épisodes suivants pour savoir comment se terminera la confrontation.

L’homme aux nerfs d’acier :

Après la macabre découverte d’un wagon de marchandises contenant cinq corps embaumés disposés en une sinistre scène digne du musée Tussaud, Nick Carter est persuadé que l’esprit machiavélique responsable de tout ça n’est autre qu’un émule du Docteur Quartz, l’ennemi qu’il a eu tant de mal à détruire par le passé.

Mais les preuves lui manquent et, très rapidement, le détective va se rendre compte que le second Docteur Quartz est bien plus fort, plus intelligent et plus dangereux que son prédécesseur…

« L’homme aux nerfs d’acier ou le Docteur aux abois » est un épisode qui fait directement suite à « Docteur Quartz ou une trouvaille à donner le frisson ».

Effectivement, dans l’épisode précédent, Nick Carter faisait la découverte, dans un wagon de marchandise non réclamé et vendu aux enchères, de cinq cadavres embaumés positionnés à l’aide de fil de fer dans une scène macabre.

Persuadé d’avoir affaire à un émule du Docteur Quartz, un ennemi qu’il avait battu et abattu par le passé, Nick Carter parvenait à retrouver ce personnage qui ressemble comme une goutte d’eau et physiquement et mentalement au Docteur Quartz et qui se fait appeler par le même nom, mais n’était pas parvenu à démontrer sa culpabilité, celui-ci accusant deux femmes qui s’étaient intéressées également au wagon lors des enchères ;

« L’homme aux nerfs d’acier » débute par une scène dans laquelle Nick Carter fait part au chef de la police de Kansas City de ses certitudes quant à la culpabilité du Docteur Quartz et à son intelligence criminelle. Il conclut son entrevue en prévenant le policier qu’il va se rendre chez le Docteur pour lui annoncer directement qu’il entre en guerre contre lui, mais, surprise, c’est le Docteur qui affiche ses intentions criminelles et vengeresses en lui expliquant qu’il l’étudie depuis dix ans, qu’il sait tout de lui et qu’il va le détruire pour venger son frère aîné, le Docteur Quartz premier du nom.

Si lors de la lecture du précédent numéro j’avais quelques réticences dues à la traduction parfois particulière, force est de constater que Nick Carter est parvenu à m’attraper dans ses filets grâce à un récit sans temps mort et assez machiavélique (à l’image du méchant de l’histoire).

Effectivement, le Docteur Quartz se révèle non seulement intelligent, mais aussi patient, démoniaque, puissant, inventif, perspicace, ingénieux, et bien renseigné.

À tel point qu’à l’issue de la première confrontation entre le détective et le docteur, on commence à douter des facultés du premier à mettre un terme aux agissements du second, d’autant que la confrontation s’achève sur un échec retentissant du détective.

Mais, rassurons-nous, Nick Carter ne manque pas de ressources, de courage et d’abnégation et vu qu’il va encore être confronté à des centaines d’histoires, on se doute qu’il va bien gagner à un moment ou un autre, mais quand ?

Car, quand on étudie les rééditions du début du XXe siècle, on se rend compte que ce second Docteur Quartz apparaît dans huit épisodes consécutifs, donc encore six après celui-ci. On devine donc que la guerre ne se terminera pas à cet épisode même si, contrairement au précédent, celui-là clôt temporairement l’affrontement, ce qui n’oblige pas à lire les autres, mais la curiosité poussera tout de même le lecteur à le faire probablement.

Pas énormément d’action, pourtant, à se mettre sous les yeux, dans cet épisode et, malgré tout, il se dévore assez rapidement, tant la confrontation est prometteuse et tant on espère apprendre comment le Docteur peut à ce point être fort et connaître les agissements du détective ou les prédire.

C’est donc tout particulièrement à un duel intellectuel et physique que le lecteur est confronté.

Au final, un épisode bien moins pollué par les problèmes de traduction et qui offre une confrontation de haute volée entre un grand détective et un machiavélique ennemi.


Le Docteur Quartz

NC22

Nick Carter le personnage littéraire, pas le chanteur pour anciennes ados en chaleur devenues, depuis, jeunes femmes en chaleur ou jeunes mères en chaleur et même, moins jeunes femmes en chaleur... mais je m’égare...
Nick Carter est probablement l’un des personnages de la littérature populaire policière les plus connus après Sherlock Holmes, Maigret, Hercule Poirot, San Antonio, Nestor Burma, Lecoq, Harry Dickson et quelques autres...
Nick Carter, en tout cas, aux É.-U., est une institution.
Nick Carter, le grand détective américain est né de la plume de John R. Coryell en 1886. Il est repris ensuite par Frederick van Rensselaer Dey qui écrit une aventure par semaine pendant 17 ans (près de 900 aventures).
La série s’arrête en 1915, mais le personnage renaît dans les années 30, puis dans les années 50. Ses aventures sont portées au cinéma (par Jacques Tourneur, entre autres) et sont adaptées en pièces radiophoniques, en France, dans les années 60.
Mais pour les amateurs de littérature populaire, en France, Nick Carter c’est une série de plusieurs centaines de titres (mal) traduits par des auteurs comme Jean Petithuguenin et qui sera ensuite rééditée en partie par Sobeli (comme toutes les séries Eichler après la fermeture de la maison d’édition).
Mais, plus encore, l’importation par les éditions allemandes Eichler, de la série « Nick Carter », ainsi que celle des « Buffalo Bill » va changer la face de la littérature populaire française en imposant une forme, un genre, liés de façon inextricable. Effectivement, la liaison entre la série populaire et le fascicule est, dès lors, imposée par le succès de Nick Carter, non seulement aux É.-U. et en France, mais également dans toute l’Europe.
Dès lors, et ce pour des décennies, le genre et la forme seront liés dans l’esprit des éditeurs et des lecteurs (Toto Fouinard, Tip Walter, Miss Boston, Ethel King, Harry Dickson... et bien plus tard, Thérèse Arnaud, Marius Pégomas, Old Jeep et Marcassin, Monseigneur et son clebs...).
C’est dire si les aventures de Nick Carter représentent, à elles seules, tout un pan de la littérature populaire américaine et française.
C’est la raison pour laquelle j’ai passé outre mes réticences à lire des traductions et à ne me concentrer que sur des œuvres écrites en français pour découvrir le détective dont tout le monde parle depuis 130 ans...

Le Docteur Quartz :

Un mystérieux wagon consigné en gare de Kansas City depuis des semaines est promis à une vente aux enchères si le propriétaire ne se manifeste pas rapidement. Jeremy Stone, qui attend l’événement pour s’en porter acquéreur afin de savoir ce que peut renfermer le compartiment, fait appel au célèbre Nick CARTER, car il soupçonne que derrière cette étrange machine se cache le redoutable Docteur Quartz, ennemi juré du détective. Bien que le Docteur Quartz soit officiellement mort, Nick CARTER sent qu’il a affaire à une terrible machination sans se douter que ce qu’il va découvrir dépasse de loin ses prédictions... 

Il faut savoir que Nick Carter, durant toute sa carrière, a eu plusieurs Nemesis, plusieurs adversaires récurrents, tous plus forts et machiavéliques les uns que les autres. Il y aura, par exemple, Dazaar, qui apparaîtra dans divers épisodes. Puis il y a le Docteur Quartz.

Si Nick Carter, comme je vous l’ai succinctement dit, a bouleversé la littérature populaire policière française, et pas que, c’est bien plus par l’imaginaire, le format, la périodicité, la sérialité, que par les qualités littéraires.
Car, effectivement, je ne sais pas si les textes sont traduits de l’allemand (eux-mêmes traduits de l’anglais) ou directement de l’anglais, mais toujours est-il que le résultat ressemble, par moments, à une traduction effectuée par un logiciel de traduction automatique.
Ainsi, on se retrouver avec l’expression « Suivant vous ! » que j’aurais plus volontiers traduits par « Selon vous ! » ou une expression que j’ai dû relire plusieurs fois pour comprendre ce que cela voulait dire : « cous en caoutchouc » pour exprimer des badauds curieux.
Mais, ce qui m’a surtout dérangé, c’est le fait de connaître déjà l’histoire. Non pas que celle-ci soit pompée sur une autre (je ne sais pas), mais parce que j’avais déjà écouté trois pièces radiophoniques de Nick Carter et l’une d’elles était une adaptation de ce titre.
C’est dire si, entre la traduction aléatoire et le fait que je connaissais déjà l’histoire, il m’était bien difficile de prendre du plaisir à ma lecture.
Pourtant, en cours de route, plutôt vers la fin, d’ailleurs, j’ai fini par entrer dans ce roman de 25 000 mots, étalé sur 32 pages, double colonnes et par avoir un avis un peu moins négatif que celui que j’avais pu avoir dans la première moitié de ma lecture.
Certes, l’ensemble aurait mérité un « retravail » d’écriture, notamment pour quelques phrases, afin d’alléger le tout et de le rendre un peu plus digeste, mais il faut reconnaître que la série a pour avantage de se concentrer sur son personnage et sur le crime sans jamais se perdre en conjectures ou en frivolités. De plus, il faut bien avouer que l’histoire est assez machiavélique et que l’on aurait bien aimé en connaître le fin mot. Malheureusement, même s’il est indiqué que chaque fascicule contient une histoire complète, celle-ci ne l’est pas réellement puisque les motivations du criminel ne seront dévoilées que dans l’épisode suivant. Dommage !
Au final, Nick Carter aura bouleversé la littérature populaire que j’apprécie tant et je l’en remercie plus pour cela que pour le plaisir de lecture bien que, malgré un certain désenchantement, il y a tout de même un petit goût de « reviens-y » qui me laisse à penser que je me relaisserai tenter prochainement.

Le bouge de Mammy Tooter

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On ne présente plus le personnage littéraire de Nick Carter. Si oui, lisez mes autres chroniques sur la série ou bien l’avant-propos contenu dans les rééditions de Nick Carter chez OXYMORON Éditions.

Sachez seulement que la série « Nick Carter », changea à jamais, au début du XXe siècle, la face de la littérature populaire mondiale et française, de par son genre et son format.

Nick Carter est donc un détective américain qui officia, dans la littérature américaine, à partir de la fin des années 1880, aux É.-U. et en 1908 en France par l’intermédiaire de traductions diffusées par les éditions Eichler puis Sobelli.

 

LE BOUGE DE MAMMY TOOTER :

 

Les bijoux d’une cantatrice à succès ont été dérobés dans sa chambre d’hôtel.

 

Le célèbre détective Nick CARTER est chargé de retrouver les joyaux et d’arrêter le ou les voleurs.

 

Très vite, son enquête le mène au bouge de Mammy Tooter, une infâme taverne peuplée des pires brigands que la ville puisse abriter et qui lui doivent, pour certains, bien des années passées derrière les barreaux.

 

Pour percer le mystère du cambriolage, Nick CARTER a besoin absolument pénétrer dans la gargote, au péril de sa vie.

Nick Carter est chargé de retrouver les bijoux de la cantatrice (qui n’est pas chauve) et d’arrêter le ou les voleurs. Seulement, les pistes sont nombreuses entre la bonne qui ne dit pas tout ce qu’elle sait et qui ment, un locataire d’une chambre d’hôtel voisine des lieux du forfait qui est suspect, un groom qui est en fait une femme déguisée, une bagarre entre un groom et une autre personne... et le brigand qui tente de tuer Nick Carter avant d’aller se réfugier dans le bouge de Mammy Tooter.

Mais le détective, quand les pistes sont nombreuses, choisit invariablement la plus dangereuse et c’est chez Mammy Tooter qu’il va se rendre incognito. Problème, la taverne abrite les pires malandrins de la ville et Nick Carter en a arrêté un bon nombre. S’il est reconnu, il va passer un mauvais quart d’heure.

On le comprend aisément, l’épisode, comme la plupart de la série, ne met pas l’accent sur l’enquête elle-même, ni sur la recherche d’indices, les performances de déductions du détective, mais sur l’aventure et l’action. On suit donc les pérégrinations de Nick Carter et on assiste à sa mise en danger et à la façon dont il va se sortir, bon an, mal an, de toutes les embûches en y laissant un peu de lui, au péril de sa vie.

Mais Nick Carter est invincible (la preuve, il lui reste encore plusieurs centaines d’aventures à vivre donc, on se doute qu’il ne va pas mourir ici).

Ici, pas de génie du crime comme dans les luttes contre le Docteur Quartz ou d’autres criminels du genre. Non, Nick Carter a plutôt affaire à du menu fretin, mais du menu fretin dangereux.

Si cela ne retire rien à l’action, cela réduit quelque peu la tension que pouvait amener la joute intellectuelle en sus de celle physique.

Tant pis.

Mais, ne boudons pas notre plaisir, l’épisode se lit tout de même de façon agréable, du fait de l’absence de temps mort de l’histoire.

Au final, un épisode qui manque un peu de tension, mais pas d’action.

Les fausses gouttes de sang.

 

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Nick Carter est le personnage emblématique de la littérature populaire policière américaine qui fit les beaux jours des lecteurs outre-Atlantique pendant près d’un siècle.

Cependant, il a également été à l’origine d’une révolution dans le monde de la littérature populaire française.

Pour en savoir plus sur le sujet, je vous invite à lire l’avant-propos qui accompagne les rééditions des aventures de Nick Carter par OXYMORON Éditions.

Ce qu’il faut tout de même savoir c’est que Nick Carter, dans sa première vie aux É.-U., a vécu près d’un millier d’aventures sur près d’un quart de siècle et qu’au début des années 1900, un éditeur allemand (Eichler) a importé une centaine de titres en France dont certains (la plupart ?) ont été traduits par Jean Petithuguenin, un auteur bien connu de la littérature populaire française.

Par la suite, Sobelli a racheté Eichler et poursuivi le travail de réédition.

Nick Carter a depuis été adapté au théâtre, à la télévision, au cinéma, à la radio, en bande dessinée...

 

LES FAUSSES GOUTTES DE SANG :

 

Le célèbre détective Nick CARTER est mandé par Edgar Barnes, un ami de longue date pour enquêter sur l’enlèvement d’une de ses connaissances, un riche homme d’affaires.

 

Sur place, Nick CARTER apprend que le disparu a d’abord été retrouvé mort dans sa chambre par son domestique et que le corps s’est ensuite volatilisé. Il découvre de nombreuses traces de sang qui le conduisent dans le jardin puis près des berges de l’Hudson.

 

Cependant, l’œil avisé de Nick CARTER constate très rapidement que les divers indices laissés par le meurtrier ne forment qu’une mise en scène chargée d’égarer la police…

On pensera ce que l’on voudra des qualités littéraires des aventures de Nick Carter (les rééditions en France fournissaient des traductions rapides voire, parfois, hasardeuses), toujours est-il qu’il faut reconnaître que ces courts romans (20 000 mots en moyenne) ont révolutionné la littérature populaire américaine, mais également européenne et encore plus française.

Car, c’est avec le succès de Nick Carter qu’est né, en France, l’esprit de la littérature fasciculaire avec ses qualités et ses défauts. Les qualités étant que ces courts textes étaient dénués de temps morts et de circonvolutions littéraires, qu’il était toujours plaisant de retrouver son héros récurrent, que le format permettait des prix abordables et un transport facile. Les défauts, eux, sont bien souvent inhérents aux qualités. Textes courts donc intrigue réduite. Faible prix donc travail bâclé (papier de faible qualité, corrections et relectures succinctes...). Mais tout cela n’empêchait pas parfois une qualité littéraire (je parle notamment pour la littérature populaire française qui fut alimentée parfois par de grands noms et nombre de bons écrivains méconnus).

Pour ce qui est des Nick Carter, on ne pourra pas avancer une qualité de plume extraordinaire. Si l’on se doute que la traduction d’origine n’aide pas (elle a été un peu retouchée pour les rééditions au sein d’OXYMORON Éditions), on comprend que les textes d’origines ne rivalisent pas en style avec les meilleurs romans de leur époque. Cependant, malgré cette première impression qui peut saisir le lecteur, celui-ci se retrouve malgré tout pris dans l’histoire, dans sa lecture, comme un spectateur devant un bon film de série B qui, s’il prend du plaisir à son visionnage, sait très bien qu’il n’obtiendra jamais le moindre Oscar, César ou Palme d’or à Cannes. Mais, après tout, lecteur comme spectateur ne cherche pas toujours l’excellence, mais juste à passer un bon moment.

Et c’est ce qui se produit avec les aventures de Nick Carter. Car, une fois dépassées les questions sur certaines tournures de phrases (qui sont gommées dans ces dernières rééditions sans que cela ne nuise à la cohérence de l’ensemble), le lecteur se prend vite au jeu parce que le format en lui-même assure les qualités dont je parlais plus haut. 20 000 mots, c’est suffisant pour développer une intrigue correcte, mais pas assez pour laisser de place aux temps morts, aux passages inutiles aux sous-intrigues chronophages et bien souvent lassantes.

Le ou les auteurs (aucun texte n’est signé même si on connaît l’auteur des textes on ne sait pas à quel point il n’utilisait pas des « nègres » pour fournir les épisodes à temps) maîtrisent parfaitement le sujet et le format. Ils savent ce que le lecteur de l’époque attend et lui proposent exactement cela. Et, comme le lecteur n’a guère changé (du moins, pas tant que ça, ou pas tous), le lecteur d’aujourd’hui s’y retrouve également.

Car il y a un peu de tout dans les aventures de Nick Carter. Du mystère, de l’énigme, de l’action, des rebondissements, des révélations, des surprises, de la technologie, des grands criminels, des petits malfaiteurs, des personnages secondaires qui ne prennent pas trop de place, et, surtout, il y a le héros : Nick Carter.

Car Nick Carter est le héros par excellence. Il est fort, intelligent, sans peur, drôle, parfois, manie l’ironie, s’agace également, ne se laisse jamais faire, peut user, parfois, des sciences, a de bons amis qui l’aident, et, surtout, il gagne toujours à la fin.

En fait, Nick Carter, c’est Chuck Norris avant l’heure. Un Chuck Norris sans barbe (probablement avec moins de poils au torse), qui tatane moins la gueule des méchants, mais qui est tout autant destructeur en étant plus intelligent.

« Les fausses gouttes de sang » ne déroge pas à la règle même si la perspicacité de notre héros ne se révèle pas si infaillible que cela. Effectivement, Nick Carter va se retrouver face à un mystère qui risque de dépasser son entendement et il va même se poser des questions sur ses propres capacités intellectuelles.

Cependant, il ne lâchera pas le morceau et vaincra à la fin (c’est quand même Nick Carter).

Au final, si on aime le genre, on appréciera cet épisode autant que les autres et même si on peut se dire que cela ne vole pas haut, on aura pris sa part de plaisir et un petit goût de « revienzy » vous poussera vers le prochain épisode.

Deux gouttes de sang

 

NC158

Nick Carter est un personnage littéraire central de la littérature populaire américaine, mais également de la littérature populaire française puisque son succès outre-Atlantique puis, par l’intermédiaire de traductions, en Europe, a fait naître tout un pan de littérature policière : la littérature fasciculaire.

Parmi les centaines (milliers ?) d’épisodes qui pullulèrent sur des décennies aux É.-U. et les quelques centaines qui furent édités en France via les Éditions Eichler, puis, Sobelli, j’ai aujourd’hui choisi de vous parler de l’épisode n° 158 de la série II : « Deux gouttes de sang ».

 

DEUX GOUTTES DE SANG :

 

Un riche New-Yorkais disparaît de sa chambre mystérieusement.

 

Sa jeune sœur fait passer une annonce dans le journal offrant une prime généreuse à qui retrouverait son frère.

 

Quand le chef de la sûreté new-yorkaise demande au célèbre détective Nick CARTER de s’occuper de l’affaire, ce dernier refuse de crainte que son action soit entravée par les enquêteurs en herbe attirés par la récompense.

 

Nick CARTER finit par accepter d’autant qu’il soupçonne que l’enlèvement soit le fait de criminels redoutables…

Nick Carter est un redoutable détective américain qui a vécu des centaines et des centaines d’aventures, aux É.-U., à la fin des années 1800 et au début des années 1900, puis, via des rééditions et des adaptations, a passionné des lecteurs, des auditeurs de pièces radiophoniques et même des spectateurs de cinéma pendant encore des décennies et des décennies.

Cette fois, Nick Carter va avoir affaire à une mystérieuse bande de criminels qui enlèvent des riches hommes pour les forcer à signer allégeance à leur gang et à leur verser de fortes sommes d’argent.

Aidé de son cousin Chick, Nick Carter va tout faire pour mettre la main sur toute la bande.

Parce que, suite à la disparition d’un riche homme, Nick Carter est le seul à constater que trois hommes sont entrés dans la chambre de celui-ci et qu’à partir de deux gouttes de sang, il devine qu’il va être confronté à une bande de criminels, le célèbre détective décide de se grimer comme le frère du disparu pour infiltrer le club de Tennis mondain dans lequel celui-ci avait l’habitude de se rendre, soupçonnant qu’il y trouvera l’un des kidnappeurs.

Sur place il fait la connaissance d’un individu louche et sait qu’il est sur la bonne piste.

Dans ma précédente lecture des aventures de Nick Carter, j’avais noté la piètre qualité de la traduction et notamment de quelques phrases assez lourdingue.

Le texte d’origine faisait partie du début de la première série de rééditions. Celui concerné par cette chronique fait lui, à l’origine, partie de la fin de la seconde série et ceci explique peut-être que la traduction soit meilleure.

Ainsi, si le texte ne fait pas montre d’une qualité littéraire extraordinaire, du moins, les approximations de traduction n’entravent-elles pas le plaisir de lecture.

Car, ce qui a fait le succès de la série, c’est avant tout le rythme et l’aventure. Et il faut avouer, même si j’étais réticent puisque je préfère lire des textes écrits en français plutôt que des textes traduits, que le rythme est présent et que ces courts romans (20 000 mots) remplissent leur office qui est d’offrir un simple plaisir de lecture immédiat qui, s’il ne laissera pas de souvenirs individuels (je ne pense pas qu’un lecteur usuel des aventures de Nick Carter puisse citer un titre qui l’ait marqué plus qu’un autre), laissera pourtant un plaisir général. En effet, on se souviendra de Nick Carter pour son personnage et son ambiance plus que pour telle ou telle enquête.

Aussi, quand on se lance dans la lecture d’un Nick Carter on fera fi du vocabulaire assez pauvre, des tournures de phrases soit basiques soit complexifiées par une traduction hasardeuse. De même, on pardonnera les facilités qui permettent au détective d’avancer dans son enquête soit grâce à des hasards bienheureux soit par des déductions magiques. On passera probablement (je le confirmerai ou l’infirmerai après plusieurs lectures) sur des structures similaires, des histoires similaires, des méchants récurrents ou bien calqués sur d’autres...

Oui, on excusera tout cela, car la lecture d’un Nick Carter n’a, comme beaucoup d’autres textes de la littérature populaire (mais pas tous, heureusement), d’autre but que d’être vite lu et d’offrir un plaisir immédiat.

C’est cette immédiateté qui fait que le travail éditorial de cette littérature est souvent bâclé, que le papier utilisé pour imprimer ses histoires est souvent de faible qualité, que le prix des fascicules est toujours bas...

Mais revenons-en à l’histoire de « Deux gouttes de sang ». Tout ou presque est dans le titre, car, à partir de deux gouttes de sang, Nick Carter parvient à anticiper l’affaire et à la résoudre avec son style habituel fait de courage, de sang-froid, d’intelligence, de force, de perspicacité, d’astuce et de chance.

Au final, un épisode qui se lit facilement et qui ne cherche pas à tromper son lecteur en offrant plus qu’il ne peut. Un bon moment de lecture et c’est déjà beaucoup.


11 novembre 2018

L'étrange sursis

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Bill Disley est un journaliste à la vocation de détective né de la plume de l’énigmatique J.A. Flanigham derrière lequel l’on ne sait pas qui se cache réellement.

Les premières éditions des aventures du reporter datent de 1946 et celles-ci s’étalèrent sur plusieurs collections au rythme de nouvelles éditions ou de rééditions sous un autre titre, sur des formats de 32 pages, 48 pages et 128 pages. Les deux premiers formats proposent des textes entre 10 000 et 13 000 mots, quant au dernier, il faudra attendre que je me sois penché dessus pour en connaître la teneur exacte.

Bill Disley est un jeune journaliste qui aime résoudre des mystères et qui, pour cela, compte sur l’aide de son ami Jeff, un ancien boxeur, ancien pickpocket, qui a encore des connexions dans le milieu et un gauche foudroyant et de son autre ami Martin, un policier de Scotland Yard qui, malgré sa droiture, flirte souvent avec la ligne blanche sous l’influence du reporter.

Bill Disley aime les drinks en tout genre, champagne et whisky en tête et Jeff est accro au gin et au turf.

L’ÉTRANGE SURSIS :

Bill DISLEY, le célèbre reporter-détective, est sollicité par une jeune femme pour protéger son père.

Celui-ci est menacé de mort par un ancien complice ayant participé au braquage de la National Bank, vingt ans auparavant.

Seul condamné et écroué, il s’apprête à sortir dans quelques jours et prévoit de régler ses comptes avec ses ex-associés qui ont dépensé sa part du magot…

Épisode indéterminé dans les précédentes éditions, « L’étrange sursis » est le 9e épisode de la toute récente réédition numérique des aventures du journaliste.

Une jeune femme aux yeux couleur violette vient supplier Bill Disley d’aider son père qui, vingt ans auparavant à participer au célèbre cambriolage de la National Bank avec, en butin, 15 millions de livres. Wallis, le seul de la bande à avoir été attrapé et écroué, purge sa peine et sera bientôt libéré et n’a qu’une hâte, se venger de ses comparses qui, au lieu de donner sa part à sa fille, l’a laissé dans la misère et ont tout gardé pour eux.

Pour se renseigner sur cette affaire, le journaliste fait appel à son ami policier, mais aussi à son ami Jeff qui est chargé de sonder le « milieu ».

Immédiatement, Jeff apprend que les dires de la jeune femme ne sont pas d’une vérité complète, ce qui n’empêche pas Bill de poursuivre ses investigations jusqu’à apprendre, en compagnie d’un autre ami, avec qui il a décidé d’aller finir une soirée dans une boîte, que la jeune femme qui lui a mandé son aide est danseuse dans ces lieux et que son amie la connaît en tant que maîtresse d’un riche homme d’affaires. À la sortie de la boîte, Bill et son ami sont suivis et, à la descente de voiture, une rafale éclate, l’ami du journaliste s’écroule. 

Qui peut bien lui en vouloir, pense Bill ? Mais, quand, le lendemain, il apprend de la part du policier que son ami blessé a été abattu dans sa chambre d’hôpital, il semble clair que ce n’était pas Bill qui était visé.

13 000 mots pour nous conter une petite histoire policière, il est évident que l’auteur ne peut proposer une intrigue rivalisant avec les grands romans du genre. Pourtant, et comme à chaque fois ou presque, Flanigham parvient à condenser suffisamment son histoire et de belle façon au point que le lecteur ne se sente jamais devant un roman au rabais ni devant un si court texte. À aucun moment l’impression de coupes drastiques ou d’élisions préjudiciables n’apparaît et le flegme, la nonchalance et l’humour de Bill Disley font mouche.

Le lecteur peut également se satisfaire du fait que toute la bande est ici réunie : Bill Disley, bien sûr, mais également Jeff et l’inspecteur Martin. Et, quand les trois sont là, le plaisir de lecteur également.

Au final, encore un bon épisode de la série, qui n’en compte, jusqu’ici, aucun de mauvais ni même de moyen, et le plaisir de retrouver Bill Disley est sans cesse renouvelé.

L'étrange mort d'Arthur Higgens

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Bill Disley est un reporter-détective né de la plume de J.A. Flanigham vers la fin des années 1940.

Difficile de dire qui se cache derrière le pseudonyme de J.A. Flanigham. LA BNF indique un autre pseudonyme : Raymon Gauthier, une rumeur laisserait entendre que l’écrivain Marcel Idiers pourrait être l’auteur de cette série... qui sait ???

Peu importe, d’ailleurs, l’auteur, seuls les personnages et les textes comptent pour moi et il faut savoir que dans le format contraignant d’édition de l’époque (livret 32 ou 48 pages = environ 10 000 mots), les aventures de Bill Disley font figure d’excellence.

Contraignant, car, en 10 000 mots, rares sont les auteurs à avoir tiré la quintessence de leur plume et de leurs personnages tout en livrant des histoires intéressantes. 

L’étrange mort d’Arthur Higgens Bill Disley, le célèbre reporter-détective, est intrigué par un entrefilet dans le journal relatant l’arrivée d’un magnat du pétrole américain en Angleterre, pour échapper à des menaces pesant sur sa vie. Bill Disley ayant eu affaire avec le « Roi du pétrole » deux ans auparavant, et surtout, avec Rosita, sa belle et jeune fille, il décide de se rendre dans le lieu de villégiature du riche industriel pour en savoir plus. Il convainc le millionnaire d’accepter la présence de Jeff, son fidèle compagnon et ancien boxeur pour veiller à sa sécurité, mais le soir, l’homme est retrouvé mort dans son lit : crise cardiaque…

Bill Disley discute avec son patron à propos d’un entrefilet dans le Star Express (le journal dans lequel il travaille), faisant part de l’arrivée du Roi du Pétrole en Angleterre, celui-ci fuyant les É.-U. suite à des menaces sur sa vie.

Bill Disley est intrigué par l’histoire, non seulement parce qu’il est curieux de tout, mais aussi parce qu’il soupçonne que cela pourrait faire un bon article. Et, enfin, parce qu’il connaît la fille du magnat, qu’il a croisé deux ans auparavant et que cette dernière lui a donné une gifle mémorable.

Bill se rend dans le manoir acheté par le riche homme et constate que son homme d’affaires est une connaissance de Harvard. Grâce à lui, il peut approcher le Roi du Pétrole, discuter avec lui et lui conseiller de garde Jeff, son fidèle acolyte et ex-boxeur, auprès de lui pour le protéger.

Mais, durant la nuit, le millionnaire est retrouvé mort dans son lit. Le médecin appelé à son chevet conclut à une crise cardiaque et accorde le permis d’inhumer.

Mais Bill n’est pas plus con qu’un autre, du moins, pas plus con que le lecteur et il se doute bien que la mort n’est pas naturelle. Un homme menacé de mort et qui meurt, on a tendance à penser qu’il s’agit plutôt d’un meurtre.

Aussi, Bill Disley décide donc de rester et il va assister à l’arrivée du frère de la victime et de son infirmière (l’homme est couvert de bandages et boite suite à un accident). Tout de suite, quelque chose semble suspect au détective, mais il n’arrive pas savoir quoi et finit par s’agacer.

Je me plaignais dans mes premières lectures (mais je lis un peu dans le désordre tant il est difficile d’établir une réelle chronologie dans les aventures de Bill Disley à cause des différentes éditions et rééditions au sein de diverses collections) que Bill n’était pas souvent à son boulot de journaliste... Là, il début dans les bureaux du Star Express et décide d’enquêter pour délivrer un article intéressant à son Boss.

Il faut savoir que dans les aventures de Bill Disley naviguent plusieurs personnages secondaires dont Jeff, son acolyte et fidèle ami, ancien boxeur, ancien pickpocket, qui se ferait tuer pour lui ; Bob, le gros patron du journal où Bill travaille ; l’inspecteur Martin, un policier et ami qui vénère Bill Disley bien que celui-ci l’énerve et le conduit souvent à faire des choses à la limite de la légalité voire totalement en dehors.

Ici, du trio, seul le policier est absent et, pour cause, de crime il n’y a, du moins, pas selon le médecin qui affirme que la mort est naturelle.

C’est pourtant la relation entre Bill et ses compagnons et les dialogues qui en émanent, qui font tout le sel de la série. Heureusement, il en reste deux et cela suffit à notre plaisir.

Parallèlement, je vantais le fait que l’auteur parvenait à nous livre une intrigue par trop simpliste et sans avoir l’air d’être obligé de couper son texte parfois à la hache pour entrer dans le cadre des 10 000 mots (ce qui, je le répète est un format court très contraignant).

Ici, l’intrigue est plutôt honnête et, si encore une fois on n’a pas l’impression d’avoir affaire à un si court texte en le lisant, l’auteur s’accorde tout de même quelques facilités qui étaient surtout usitées durant les décennies précédentes.

Pour autant, l’ensemble tient la route et on a la surprise de trouver un Bill Disley un peu perdu (probablement moins qu’il ne le parait, d’ailleurs), ce qui le change de son assurance habituelle.

Au final, que dire à part que c’est encore un bon épisode et que la série s’avère vraiment au-dessus de la production habituelle (tout en haut, même) dans ce format de courts romans.

04 novembre 2018

Le secret de la Folle-aux-chats

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Bill Disley est un reporter-détective créé par la plume de J.A. Flanigham au cours des années 1940. Je ne vous dirais pas qui se cache derrière le pseudonyme utilisé pour signer ces aventures, personne ne le sait vraiment. Ce sont les mystères de la littérature populaire du siècle dernier.

Tout ce que vous avez à savoir est que les aventures de Bill Disley ont été éditées, au départ, sous plusieurs formats : livret 32 pages, livret 48 pages et livret 128 pages. Les deux premiers formats offrent peu ou prou la même taille de texte : 10 000 mots. Pour le troisième, la taille devrait avoisiner les 30 000 ou 40 000 mots.

« Le secret de la Folle-aux-chats » a été édité en livret 32 pages (10 300 mots, en l’occurrence).

Le secret de la Folle-aux-chats : Bill Disley, le célèbre reporter-détective anglais, est amené à enquêter sur la mort d’une vieille dame étrange habitant dans une impasse et y logeant une armée de félins faméliques. La victime a été retrouvée chez elle, le crâne défoncé, le visage dévoré par les bêtes affamées… Le journaliste constate rapidement, malgré un désordre habituel, que le logement a été fouillé et est persuadé de se trouver face à une affaire très très passionnante. Et, pourtant, il est loin de se douter de ce que va révéler le secret de la Folle-aux-chats…

Si vous avez lu mes précédentes chroniques sur les aventures de Bill Disley, vous savez désormais que je considère, du moins dans les versions 32 et 48 pages, celle-ci comme un exemple du genre et comme faisant partie de l’excellence en matière de romans ultra-courts d’environ 10 000 mots.

Est-il besoin de répéter que ce format très courant à l’époque et qui n’a plus cours de nos jours était très contraignant ? 10 000 mots pour développer une intrigue, un style, une ambiance et des personnages sont un défi quasiment insurmontable. D’ailleurs, la plupart des nombreux auteurs qui s’y sont essayés, même les plus prolifiques, s’y sont souvent cassé les dents et ont, au mieux, réussi à fournir des textes plaisants à lire, sans plus.

Certains sont parvenus à s’en sortir avec brio (Charles Richebourg et la série « Odilon Quentin », René Byzance et la série « Les enquêtes du Professeur », René Thomas et la série « Inspecteur Lémoz »...), mais ceux-ci sont rares.

J.A. Flanigham, ou, tout du moins, l’auteur se cachant derrière ce pseudonyme, est parvenu, avec sa série Bill Disley, a tous les surclasser et ce, aussi bien du point de vue de l'intrigue, du développement des personnages que style et ambiance.

C’est bien simple, la lecture d’un des épisodes de 32 ou 48 pages des aventures de Bill Disley apporte exactement ce qu’apporterait celle d’un bon roman policier sans qu’à aucun moment (sauf en fixant votre montre pour connaître votre temps de lecture) on ne se doute être face à un texte aussi court.

Car, si tout est condensé (forcément, en 10 000 mots on ne peut pas en faire entrer 60 000), cette concentration passe totalement inaperçue tant elle est parfaitement maîtrisée.

Pas un seul instant on se dit que les personnages ne sont pas assez esquissés. Jamais on ne pense que l’intrigue est bas de gamme. Onques ne ressent-on une quelconque platitude dans le style ni un manque d’ambiance.

L’ensemble est à ce point géré que l’enthousiasme ne peut que naître quand on tente faire un ratio taille/qualité qui n’a pas lieu d’être puisque, après tout, on se fout totalement de la taille d’un texte, seul compte le plaisir de lecture que l’on en tire et là, le plaisir est maximum.

Bill Disley enquête sur le meurtre étrange d’une vieille dame recluse qui vit avec plein de chats et qui est connue pour ses talents de guérisseuses, du moins, pour les potions qu’elle fabrique pour guérir les maux.

Mais la femme est trouvée morte, par les voisines, le visage dévoré par ses chats. Le médecin légiste constatera que la mort est consécutive à un coup reçu à l’arrière du crâne, il s’agit donc d’un meurtre.

Le reporter fouille et farfouille en compagnie de son ami l’inspecteur Martin et découvre rapidement quelques feuillets écrits de la main de la morte et qui laisse planer un mystère sur toute cette affaire, d’autant que le logement a été fouillé au préalable.

Une enquête rapide auprès des voisins lui permet de savoir que deux personnes huppées, un homme et une femme du monde se rendaient régulièrement, ces derniers temps, chez la Folle-aux-chats.

Bill Disley décide donc de laisser son pote Jeff, l’ancien boxeur, en planque chez la voisine pour surveiller la maison de la mort afin de suivre l’un ou l’autre de ses visiteurs si jamais ils venaient à se pointer sur place.

Mais Bill Disley est loin de se douter dans quelle affaire il a mis le nez et il va se rendre compte petit à petit que l’enjeu dépasse de très loin tout ce qu’il imaginait.

L’auteur nous offre donc une intrigue, certes resserrée, mais de très bonne facture et qui apporte son lot de mystères et de rebondissements.

Il est à noter que, malgré une concision nécessaire pour entrer dans le cadre restreint des 10 000 mots, l’auteur n’hésite pas à fleurir ses phrases, notamment durant les dialogues, de quelques renseignements sur les gestes des interlocuteurs (ex : « Il considéra fixement un coin de ciel gris, se détourna lentement, regarda Bill, et dit seulement, d’une voix parfaitement neutre : ». Certes, l’exemple retiré de son contexte ne prend pas sa pleine valeur, mais sachez que ce genre de petits détails, parsemés ici et là, à bon escient, participe grandement à la mise en place d’une ambiance qui rehausse la qualité d’un texte si court. Là où nombre d’auteurs purgeraient leurs textes de ces quelques mots pouvant paraître inutiles afin de gagner de la place, Flanigham, lui, les conserve à juste raison.

Au final, les aventures de Bill Disley démontrent que lorsqu’un auteur maîtrise à la fois sa plume, ses personnages et les contraintes d’un format court, il est capable de proposer des grands textes, même sur seulement quelques pages...

28 octobre 2018

Le Club des Six

BD6

Bill Disley, est un personnage littéraire né de la plume de l’énigmatique J.A. Flanigham, dans les années 1940 et qui vécu diverses aventures éditées sous formats livrets de 32, 48 pages, puis 128 pages.

Bill Disley est un jeune reporter anglais travaillant au « Star Express ». C’est un jeune homme porté un peu sur l’alcool, beaucoup sur les femmes et passionnément sur le mystère et les aventures.

Il est souvent accompagné de son ami Jeff, un ancien boxeur et ancien malfrat qu’il a sorti d’une situation périlleuse et qui, depuis, se ferait tuer pour lui.

Parfois, il enquête en compagnie de l’Inspecteur Martin de Scotland Yard, un policier un brin rigide, mais qui se laisse aller à malmener le règlement pour les beaux yeux du journaliste dont il apprécie le courage, l’intelligence et la perspicacité.

Le Club des SixLassé par sa vie d’aventures, le reporter Bill Disley décide de prendre des vacances au Touquet afin de profiter de l’air pur, du sable, du Casino et des mondanités. Sur la plage, il fait la connaissance de France, une belle jeune femme et, alors qu’elle s’apprête à lui faire une confidence, elle fuit devant l’arrivée de l’inspecteur Martin, ami de longue date de Bill Disley, lui aussi en « séjour » dans la station balnéaire. Le policier apprend alors au journaliste que la jeune femme qu’il vient de rencontrer n’est autre que la petite fille d’un très célèbre scientifique et qu’elle vient d’échapper à trois attentats dirigés contre sa personne…

La vie est terne, les bandits semblent endormis, rien ne se passe à Londres, en tout cas, pas de quoi faire un bon article. Aussi, Bill Disley décide donc de prendre des vacances et de se rendre au Touquet.

Sur la plage, il rencontre une ravissante rousse, mais, alors que cette dernière, apprenant son métier, s’apprête à lui faire une confidence, l’Inspecteur Martin débarque. Lui aussi est en vacances. Lui aussi est venu au Touquet... mais, officieusement, il semble s’intéresser de très près à la rousse, qu’il sait être la petite-fille d’un grand scientifique qui travaille sur une invention que toutes les puissances du monde pourraient s’arracher, et qui sait que la jeune femme vient d’échapper à trois tentatives de meurtre.

Il n’en faut pas plus pour Bill Disley, pour se lancer dans une aventure qui réunit une jolie femme et du mystère...

Édité, au départ en livret de 48 pages, ce court roman s’étale sur près de 14 500 mots, soit un petit peu plus que les autres titres sous le même format.

L’auteur nous livre là une histoire d’espionnage qui n’est pas sans rappeler les premiers titres de la série San Antonio, dans le fond, plus que dans la forme, car, ici, nul langage argotique, manipulation de la langue, ni même narration à la première personne.

Voici un titre qui doit suivre, chronologiquement, de très près, l’épisode « Le crime à Wood House » (dont il est d’ailleurs question dans l’histoire), mais l’on sent que l’auteur commence à mieux cerner son personnage et, surtout, sa relation avec les autres personnages récurrents.

Effectivement, si je notais dans « Le crime de Wood'House » que Bill Disley était un peu en deçà, un peu moins affectueux avec ses amis, que dans les autres épisodes que j’avais lus avant, c’est un peu moins le cas dans celui-ci.

À noter aussi (ou toujours) que l’auteur, malgré la concision qu’un tel format impose, n’hésite pas à ajouter des renseignements sur les agissements des personnages pendant les dialogues afin de rendre l’ensemble bien plus vivant et plus intéressant.

Au final, bien que proche de « Le crime de Wood'House », « Le Club des Six » met déjà en place les éléments par encore présents dans le premier épisode, mais qui feront le sel de l’ensemble de la série.

21 octobre 2018

Le crime de Wood'House

BD5

Bill Disley est un reporter de la littérature populaire, né au milieu des années 1940 de la plume de l’énigmatique J.A. Flanigham, derrière lequel se cache, selon la BNF, un autre pseudo : Raymond Gauthier. À part cela, on ne sait rien sur l’auteur si ce n’est qu’il maîtrisait à la perfection le format très contraignant du roman très court édité en fascicules ou livrets de 32 pages soit, environ, 10 000 mots.

On connaît son talent, effectivement, pour peu qu’on ait déjà lu des aventures de Bill Disley dans ce format particulier (car il y a également des titres de 128 pages mettant en scène ce personnage).

Le crime de Wood'House :

Un soir, au sortir de son bureau, Bill Disley, le célèbre reporter, plongé dans ses pensées autour d’une sinistre affaire de vol de bijoux, déambule sans se soucier de son chemin.

Quand il reprend ses esprits, il est perdu au milieu d’un quartier sinistre.

Soudain, le cri d’une femme retentit, une ombre apparaît dans le brouillard, lui demandant de l’aider.

Celle-ci semble poursuivie par des hommes armés.

Profitant de la nuit et de la brume, Bill Disley et sa protégée parviennent à échapper aux poursuivants.

Le lendemain matin, le journaliste apprend qu’un crime a été commis à Wood’House, une maison se situant à deux pas d’où il a croisé la frêle demoiselle…

« Le crime de Wood'House » fait partie des nombreuses aventures de Bill Disley qui ont été rééditées, dans les années 1950, sous un autre titre, dans une autre collection (certains ont même été allongés).

Je ne parlerais pas de l’autre titre du roman, celui-ci, à mon sens, en révélant un peu trop sur l’histoire et, surtout, sur la conclusion de l’intrigue.

Bill Disley est préoccupé par une affaire de bijoux volés, persuadé que le désigné coupable par la justice était en fait innocent. Il voit derrière ce crime et de nombreux autres qui ont lieu, la signature de l’énigmatique Mr Sweet, un chef de bande dont tout le monde parle, mais que personne ne connaît.

Perdu dans ses réflexions, alors qu’il voulait rentrer chez lui à pied, il se perd dans les rues et atterrit dans un quartier sinistre qu’il ne connaît pas.

Soudain, un cri, une femme se jette sur lui réclamant son aide. Elle est poursuivie par deux hommes. Le brouillard aidant, Bill Disley et la femme parviennent à s’échapper et le journaliste la ramène chez lui afin d’en savoir un peu plus, d’autant qu’il est persuadé l’avoir déjà vu.

Le lendemain matin, son Boss l’appelle pour savoir pourquoi tout le monde parle d’un crime à Wood'House la nuit dernière, sauf son journal. Problème n° 1, Wood'House se trouve à deux pas de l’endroit où il a croisé la femme la nuit dernière. Problème n° 2, Bill Disley, durant la nuit, s’est souvenu d’où il avait déjà vu la femme : au fameux procès sur l’affaire des bijoux qui le préoccupait. C’était la secrétaire de l’accusé.

Bill décide de se rendre au journal pour en savoir plus, et, quand il revient chez lui pour interroger la femme, celle-ci s’est envolée.

Bill Disley fourre toujours son nez là où il ne le faut pas, et, comme il est bien trop curieux, normal, pour un journaliste, il lui arrive sans cesse des ennuis.

Il semblerait que « Le crime de Wood'House » soit l’un des premiers à avoir été publié (même s’il est assez difficile de lister de façon chronologique à cause des titres éparpillés dans diverses collections ou édités sous différents titres.

C’est peut-être ce qui expliquerait que le personnage de Bill Disley est un petit peu moins fantasque que dans les titres que j’ai lu précédemment. Effectivement, du moins dans ses relations avec son Boss, avec son pote Jeff ou son ami l’inspecteur Martin, Bill Disley est un peu moins drôle, évitant les petits noms doux qu’il donne à l’un et à l’autre, ce qui atténue quelque peu l’humour de l’épisode.

Reste alors l’histoire et la narration qui, pour un tel format contraignant, est tout de même d’un bon niveau. Rappelons que la narration et l’intrigue sont les deux points faibles des romans de cette taille [environ 10 000 mots] et que très rares sont les auteurs ayant performé dans ce domaine. J.A. Flanigham lui, nous prouve dès ce premier épisode qu’il maîtrise totalement le format et son sujet.

Mais, heureusement, le meilleur est à venir parce que, très vite, J.A. Flanigham va conférer à son personnage principal ce petit côté « Jemenfoutiste », ironique et affectueux qui va faire tout son intérêt.

Au final, ce premier épisode, bien que déjà de bonne facture, est encore loin de l’excellence des épisodes à venir, du fait que Bill Disley n’a pas encore pris ses marques. C’est la raison pour laquelle, l’éditeur a préféré ne pas le placer en première position de ses rééditions, sûrement afin de permettre à un maximum de lecteurs de découvrir tout de suite le véritable Bill Disley.

14 octobre 2018

Une femme dans l'ombre

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Bill Disley, le reporter-détective, est un personnage de la littérature populaire française créé par l’énigmatique J.A. Flanigham derrière lequel se cache un auteur au nom probablement bien moins « anglophone » dont la BNF nous fournit comme autre pseudonyme Raymond Gauthier.

Bill Disley a vu ses aventures éditées sous des formats courts : 32/48 pages, mais aussi sous un format un peu plus étalé : 128 pages.

Bill Disley, dans l’esprit, est une sorte de Nestor Burma (pas celui de la télévision incarné par Guy Marchand), mais bien celui dépeint par Léo Malet (oui, je sais, l’un est l’adaptation de l’autre, mais, pour autant, je n’aime pas la série télé et j’adore la série littéraire) un peu à la même époque d’ailleurs. Il n’y a pas à douter que le premier fût inspiré par le succès du second, que cela soit consciemment ou non.

D’ailleurs, chez Léo Malet, le détective était souvent épaulé par un journaliste, Marc Covet, alors, qu’ici, le journaliste est épaulé par un policier, l’inspecteur Martin.

Mais Bill Disley peut aussi compter sur son fidèle Jeff, un ancien pickpocket et boxeur à la carrure impressionnante, qui se ferait tuer pour lui.

UNE FEMME DANS L’OMBRE : Londres est sous le joug d’un impitoyable clan de malfaiteurs surnommé « La Bande à Pépé ». Échange de faux billets et assassinats se multiplient dans les rues de la ville. Bill DISLEY, le reporter-détective, lancé sur la trace des criminels avec l’aide de son fidèle Jeff, ne tarde pas à recevoir un message le menaçant s’il continue son enquête. Mais Bill DISLEY est une tête de mule et il va apprendre, à ses dépens, que « La Bande à Pépé » ne plaisante pas…

L’aventure du jour (du jour de lecture, parce qu’elle a été écrite il y a fort longtemps), du moins le titre ayant servi à cette chronique (car certains titres ont été édités sous différents formats), est façonnée en 48 pages (à peine plus de 11 000 mots).

Ceux qui lisent régulièrement mes chroniques savent désormais qu’un texte de plus ou moins 10 000 mots (correspondant peu ou proue à un format fascicule 32 pages dont je suis friand) n’a pas pour principal atout son style ni son ambiance et encore moins son intrigue. C’est tout du moins ce que j’avais l’habitude de dire concernant les textes de ce format très court.

« J’avais », car, si le style était parfois présent (« Odilon Quentin », « Les enquêtes du Professeur »), l’ambiance et l’intrigue étaient toujours en deçà du fait d’une concision contraignante. Mais, force est de constater que l’auteur se cachant derrière J.A. Flanigham, est parvenu à faire fi de cette contrainte et nous livre, à chaque fois, une histoire qui ne sent pas l’intrigue au rabais ni même l’intrigue resserrée. Certes, le suspens ne rivalisera pas avec des Thrillers de 600 pages, mais à aucun moment on n’a l’impression d’avoir affaire à un texte de cette taille-là tant le plaisir de lecture est grand et proche de celui d’un bon roman de taille normale.

Le fait est que l’auteur s’appuie sur des personnages sympathiques et qu’il sait rendre attachant. Que ce soit Bill Disley, ce reporter qui passe plus de temps à enquêter pour la justice, beau gosse, penché sur la boutanche, au cynisme omniprésent, à l’ironie et au sourire agaçants. Ou bien Jeff, le colosse à gueule de brute, ancien boxeur, ancien malfrat, qui voue à Bill Disley une fidélité à toute épreuve au point qu’il mourrait pour lui et qu’il supporte les sarcasmes incessants de son ami. Et encore, l’inspecteur Martin, un policier à la moralité sans faille... mais qui est souvent amené par Bill Disley a franchir la ligne et qui, malgré l’agacement que lui procure le journaliste (décidément, Bill Disley agace autant qu’il ne séduit), ne peut s’empêcher de l’apprécier, pour sa pugnacité et son intelligence.

Bref, avec un tel beau monde, J.A. Flanigham s’offre un joli trépied sur lequel asseoir ses histoires.

Mais le trio ne servirait à rien s’il n’était servi par une bonne histoire et, surtout, par de bons dialogues. Et c’est là un autre atout de la série : les dialogues souvent savoureux, notamment entre Bill Disley et ses interlocuteurs. Car Bill Disley ne prend jamais rien au sérieux et ne répond jamais sérieusement, même dans les moments les plus mouvementés ou les plus émouvants.

Pour ce qui est de « Une femme dans l’ombre » la seule chose que l’on pourrait regretter c’est la fin un peu abrupte due, il va sans dire, à cette contrainte de taille. C’est le seul moment du roman où l’on sent que l’auteur s’est précipité.

Au final, un excellent épisode d’une excellente série qui se lit avec un plaisir immense, ce qui est excessivement rare pour un format aussi court.

07 octobre 2018

Mystère autour d'un collier

BD3

Bill Disley est un reporter-détective anglais né, dans les années 1940, de la plume de J.A. Flanigham, un pseudonyme qui en cache un autre, Raymond Gauthier, qui lui-même cache une identité qui nous est à l’heure actuelle inconnue.

Bill Disley a vécu de nombreuses aventures dans de courts romans édités, à l’époque, aux formats 16 pages, 32 pages, 48 pages ou 128 pages en fonction des collections et des rééditions. Les éditions de 16 à 48 doivent receler des textes d’environ 10 000 mots, les 128 pages devaient offrir entre 30 et 40 000 mots (je confirmerais cela dès je m’attaquerais à un titre de cette taille).

MYSTÈRES AUTOUR D’UN COLLIER : Bill DISLEY, le célèbre reporter-détective, enquête sur Walter Raybell, un mystérieux personnage disparu une quinzaine d’années auparavant et réapparu il y a deux ans à la tête d’une belle fortune et en possession d’un collier d’une inestimable valeur. Le fidèle bras droit de Raybell, blessé lors d’une fusillade, se rend chez la nièce de son boss et lui remet le joyau juste avant de décéder. Bill DISLEY, qui suivait l’homme à distance, débarque à son tour au domicile de la jeune femme, mais celle-ci nie posséder le bijou. Le journaliste la met alors en garde, persuadé qu’elle est en danger et que toute l’affaire tourne autour d’une vengeance familiale.

Lors de mes précédentes lectures des aventures de Bill Disley, je n’ai cessé de clamer mon enthousiasme devant les qualités de romans dont la concision est bien souvent un écueil pour les auteurs ayant tenté de s’y confronter.

10 000 mots pour développer un roman obligent à des concessions qui empêchent bien souvent les écrivains d’exploiter tout le potentiel de leur plume, de leur histoire et de leurs personnages.

Ce n’était pas le cas avec Bill Disley, grâce, notamment, à des personnages attachants et à des dialogues savoureux et drôles, mais aussi au fait que l’histoire, le texte, jamais, ne semblaient avoir été taillés à la hache, ou manquaient d’ambitions, comme c’est souvent le cas dans ce format très court.

Pour « Mystère autour d’un collier », je serai un peu moins dithyrambique, non pas que ce roman ne soit pas bien, que l’histoire soit inintéressante, mais tout simplement parce que les deux comparses de Bill Disley, dont l’interaction entre le héros et eux fait le sel de la série, sont quasiment inexistants dans cet épisode.

En effet, Jeff, l’ex-boxeur, fidèle allié de Bill Disley n’apparaît que lors de deux courtes scènes dont une n’est pas à son avantage et l’inspecteur Martin n’intervient qu’à la toute fin et, encore, sa présence est juste signifiée par l’auteur et par une phrase de Disley lui étant adressée, sinon on ne saurait même pas qu’il était là.

Ceci dit, malgré ça, l’ensemble se lit vite et est même plaisant à lire, mais, sans les deux faire-valoir de Disley, le texte manque un peu d’épices.

Par contre, alors que je trouvais que, pour un journaliste, Bill Disley faisait plutôt de la police, pour une fois, l’auteur parle du travail de son personnage, d’un article écrit, on a même le droit d’une scène entre le journaliste et Bob, son gros patron.

Au final, un épisode un peu moins savoureux que les précédents, mais pour un titre aussi court, le résultat est quand même bien au-dessus de la mêlée et l’ensemble offre un bon moment de lecture.

30 septembre 2018

Nettoyage en série

BD2

La littérature populaire française n’aura jamais de cesse de nous faire vivre de bons moments en compagnie de personnages sympathiques et d’auteurs talentueux, connus, reconnus, méconnus, inconnus ou oubliés, mais, pour beaucoup, très mystérieux.

Parmi ceux-ci, l’écrivain J.A. Flanigham et son personnage de reporter-détective, Bill Disley.

Il n’est pas rare que la littérature populaire se nourrisse d’elle-même. Anthropophage par essence, les personnages puisent dans l’âme de leurs prédécesseurs, les écrivains dans l’encre de leurs pairs.

C’est indéniablement le cas de Bill Disley, du moins, à la lecture de ce court roman (il faudra affirmer ou infirmer cette impression par la suite), tant le personnage et le style ressemblent pour beaucoup aux aventures du détective Nestor Burma de Léo Malet, les bosses en moins.

Quant à J.A. Flanigham, quel auteur se cache derrière ce pseudonyme, difficile de le dire. Le nom qui revient le plus souvent est Raymond Gauthier. Mais là encore, il semble que nous ayons affaire à un autre pseudonyme et la trace de l’identité de l’auteur se perd dans les méandres des alias.

Mais, comme vous le savez si vous suivez mes chroniques, pour moi, peu importe la biographie d’un auteur, seuls ses textes comptent.

NETTOYAGE EN SÉRIE : Bill DISLEY, le célèbre reporter-détective, est chargé par son riche ami Paul Robbick, de surveiller sa femme, May, qu’il soupçonne de le tromper avec un triste individu. Un soir, alors que Bill DISLEY et son « client » sont attablés dans une boîte de nuit branchée, dans laquelle se trouvent également l’épouse de celui-ci et son amant, un cri retentit : May Robbick vient d’être retrouvée morte d’un coup de couteau planté dans le cœur.

Bill Disley est chargé par un riche ami de surveiller sa femme, May, qui sort un peu trop souvent et dépense son argent de façon irraisonnée.

Un soir, une situation cocasse se met en place puisque Bill, son ami, l’ex-fiancée que celui-ci a plaquée pour épouser May, se retrouver à une table d’une boîte de nuit pendant que May et son amant se trouvent dans un salon du même établissement.

Soudain, un cri retentit, on vient de retrouver May, un couteau enfoncé dans le cœur.

Bill, qui sait que son ami s’est absenté, constate qu’il a des traces de sang sur la manche, mais ne peut imaginer que celui-ci soit le meurtrier.

Bill va donc se lancer dans l’enquête, en parallèle de son ami l’inspecteur Martin qui, lui, ne voit que l’évidence : il tient l’assassin !

Bill Disley est avant tout un journaliste, mais il n’hésite pas à faire le détective quand il en a l’occasion et l’occasion semble se présenter régulièrement (si l’on compte le nombre de titres le mettant en scène) et, comme il est ami avec l’inspecteur Martin, c’est l’occasion de faire équipe, mais une équipe bicéphale où chacun pense différemment et chacun possède sa façon de progresser.

Bien évidemment, Bill Disley se révèle plus perspicace que le policier, mais cela n’est pas pour déplaire à ce dernier, car, pour une fois, la rivalité entre le policier et le détective se révèle très amicale.

C’est d’ailleurs la relation entre ces deux personnages qui semble faire le sel de la série (je le confirmerais après lecture de plusieurs épisodes) puisque Bill s’amuse avec Martin, en lui donnant des noms doux, en se moquant de lui, pendant que l’autre peste, mais plus pour la forme qu’autre chose.

La série des aventures de Bill Disley, les séries, devrais-je dire, tant le personnage est revenu sous différents formats chez différents éditeurs, est constituée de titres assez courts. L’épisode du jour s’étale, à l’origine, sur 32 pages, dépassant à peine les 10 000 mots, alors que d’autres sont édités sous le format 48 pages et, aussi, 128 pages.

32 pages, vous devez être habitués, maintenant au format, puisque je chronique souvent des textes de cette taille et donc vous savez déjà deux choses essentielles sur ce sujet. 1 ° la concision d’un tel texte ne laisse guère la place à une intrigue poussée, ni à une présentation des personnages en profondeur et difficilement à la mise en place d’un style. 2 ° rares sont les auteurs a réussir à performer dans ce format si contraignant.

Je vous ai déjà vanté les rares noms des auteurs étant parvenus à exceller dans le format 32 pages (René Thomas, Charles Richebourg, René Byzance) je peux désormais rajouter J.A. Flanigham ou bien Raymond Gauthier ou quelque soit l’identité de l’auteur.

Effectivement, dès les premiers mots, l’on sent que l’auteur va maîtriser le format et proposer un personnage intéressant.

Même si l’auteur rentre directement dans le sujet, en présentant le personnage de Bill Disley, et en annonçant sa quête (en savoir plus sur la femme de son riche ami), il le fait de telle façon que l’on saisit immédiatement le personnage du reporter-détective, nonchalant, bambochard, espiègle, légèrement cynique et moqueur et, accessoirement, plutôt attiré par la boutanche.

À partir de cette présentation sommaire, mais amplement suffisante, l’auteur poursuit sa mise en place en ébauchant l’intrigue, tout aussi sommaire, puisqu’elle se résume par un triangle amoureux qui s’étire en carré : le mari, la femme, l’amant de la femme... et l’ex du mari.

Vient ensuite le crime qui détermine l’action que va devoir réaliser le personnage : prouver l’innocence de son ami et découvrir le vrai coupable.

S’en suit alors une double enquête (la sienne et celle de l’inspecteur Martin) qui se résume peu ou prou à quelques interrogatoires et à des réflexions croisées.

Si l’auteur utilise une astuce déjà très utilisée dans le monde du récit policier très court, afin de réussir à terminer son intrigue dans le temps imparti (consistant à ne pas révéler réellement la façon dont le héros découvre le meurtrier), il n’en délivre pas moins un très court texte des plus agréables à lire, et ce dès les premières lignes et jusqu’au point final.

Au final, une très bonne entrée en matière dans la découverte des aventures de Bill Disley qui nous permet d’affirmer que l’auteur qui se cache derrière le pseudonyme est plutôt talentueux et que le personnage nous réserve de bonnes aventures à venir.

23 septembre 2018

Le fabuleux héritage de Sir Grandville

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La littérature populaire pullule de personnages récurrents en tous genres, et ce depuis près d’un siècle et demi avec une recrudescence depuis le succès des Nick Carter au tout début du XXe siècle.

Parmi ces personnages récurrents, dans la littérature populaire policière, en particulier, on retrouve, le plus souvent, des policiers ou des détectives.

Mais aussi des héros exerçant d’autres fonctions en parallèle de celle de redresseur de torts.

Ainsi les cambrioleurs-détectives sont nombreux (John Strobbins, Robert Lacelle, Arsène Lupin…), mais les journalistes-détectives ont également quelques représentants dont le plus connu et l’un des premiers est Rouletabille et un plus récent et moins imprégné dans l’imagerie populaire est : Bill Disley de J.A. Flanigham.

Bill Disley est un reporter anglais né de la plume d’un auteur français dont il est difficile de cerner l’identité exacte. La BNF lui octroie pour autre pseudonyme Raymond Gauthier, ce qui ne fait pas plus avancer le Shmilblick. Certains voient Henry Musnik derrière la plume, d’autres, l’auteur belge Marcel Idiers, mais rien de bien concluant.

Pour ce qui est de Bill Disley, il est plus facile de le cerner puisqu’il a vécu de très nombreuses aventures sous différents formats : fascicules 32 pages, 48 pages et 128 pages. Entre les « aventures de Bill Disley », les « Nouvelles aventures de Bill Disley », les lecteurs ont pu savourer le parcours de cet atypique reporter-détective.

LE FABULEUX HÉRITAGE DE SIR GRANDVILLE : Bill DISLEY, le reporter-détective, est appelé au chevet du richissime Sir Grandville qui le charge de protéger sa fille illégitime à qui il lègue toute sa fortune après avoir surpris sa jeune et belle femme, la nuit, versant du poison dans sa potion. Mourir ne dérange pas le vieil homme, ni même que cela soit de la main de son épouse qu’il adore. Bill DISLEY accepte la mission largement rémunérée, mais, quand Madame Grandville, en personne, vient lui proposer de l’aider à défendre son futur héritage convoité par l’avoué de son mari, le journaliste ne sait plus exactement à quel saint se vouer d’autant que l’affaire va se révéler bien plus complexe que prévu… à moins qu’elle ne soit finalement plus simple… 

Bill Disley est chargé d’une affaire simple qui se complique avant de se simplifier (vous ne comprenez pas ? Lisez l’histoire, vous comprendrez).

Chargé de protéger la fille illégitime d’un riche vieillard, le reporter pense se trouver devant une affaire toute simple. La jeune épouse de son client en veut à l’argent de ce dernier et elle l’empoisonne lentement chaque nuit, pour toucher l’héritage.

Mais quand la charmante future veuve lui donne rendez-vous pour lui demander de l’aider à toucher son futur héritage dont tente de la spolier l’avoué de son mari, en ayant convaincu celui-ci de la déshériter au profit de sa fille illégitime, alors le reporter ne sait plus que penser.

Et les choses vont encore se compliquer avec la mort de la veuve…

Bill Disley est un jeune reporter, détective à ses heures (et elles sont nombreuses, car on le voit rarement faire du reportage), légèrement alcoolique (mouais, pas que légèrement), à l’humour cynique, noir et de biens d’autres couleurs, qui aime agacer les gens et dont, notamment, son ami l’inspecteur Martin, qu’il entraîne souvent dans des histoires pas possibles.

Bill Disley réfléchit… encore mieux quand il est imbibé (dur dur d’être imbibé), ce qui lui vaut des maux de tête pour avoir le fin mot de l’histoire.

L’auteur nous propose un très court roman (11 600 mots à peine) sans pourtant ne rien sacrifier sur l’autel de la concision inhérente au format 32 pages ou 48 pages (un petit 48 pages dans le cas présent).

À aucun moment le lecteur n’a l’impression que l’auteur use de raccourcis drastiques ou bien qu’il est face à une histoire au rabais.

Certes, l’intrigue ne rivalise pas avec les grands Thrillers de 600 pages, mais, pour autant, tout est présent dans ce court roman.

Et c’est là une réussite assez rare dans le monde contraignant de l’ultra court roman de 10 000 mots.

Car, non seulement l’histoire est présente, mais le style et le personnage également. Rien, donc, n’est laissé de côté pour réussir à tenir dans le cadre.

Effectivement le sentiment à la lecture du point final est juste de se dire : « Tiens, j’ai déjà terminé ce roman ! » sans se rendre réellement compte qu’il ne faisait que 10 000 mots, non pas, parce qu’on s’est ennuyé, mais, au contraire, parce qu’à aucun moment on n’a eu l’impression d’être face à un texte aussi réduit.

Au final, si la lecture de la précédente aventure de Bill Disley m’avait conquise, celle-ci m’a enthousiasmée, ce qui est assez rare, pour un roman de cette taille, pour le mettre en avant.

16 septembre 2018

Les millions du borgne

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Je pourrais être un peu lassé de vous répéter, ad nauseam, que Marcel Priollet fût un des piliers de la littérature populaire française.

Je pourrais être lassé, oui, mais je ne le suis pas tant il est vital et nécessaire de convaincre un monde incrédule que le cauchemar littéraire a déjà commencé (il vous suffit de lire la plupart des romans policiers actuels pour vous en convaincre), mais, qu’avant ce cauchemar, il était une fois, à une époque fort lointaine, où existait des écrivains de littérature de genre sachant manier plus de 300 mots et former des phrases un peu plus complexes que le « sujet – verbe - complément » si cher aux auteurs d’aujourd’hui. Une période où les policiers de papier n’étaient pas imbibés d’alcool ou de désespoir, voués à une fin tragique pour laquelle le bourreau et la victime se fondaient en une seule et même entité (alors là, pour les amateurs des 300 mots, je sous-entends le suicide). Un temps où, pour conquérir le cœur des lecteurs, il n’était nul besoin d’user d’artifices lascifs, libidineux et stupreur. Une ère à laquelle les dégénérés, tueurs en série sanguinaires, violeurs de femmes, d’enfants (ou de femmes enceintes) n’étaient pas conviés.

Bref, il était un âge ou les écrivains savaient écrire et c’est d’ailleurs ce qu’ils faisaient à longueur de temps (probablement même la nuit vue la production des plus prolifiques d’entre eux). Non pas que leurs confrères d’aujourd’hui ne le sachent pas (enfin, j’ai des doutes pour certains, suivez mon regard), mais les romans policiers actuels semblent tellement écrits à partir d’un même guide (« Comment écrire un Thriller à succès pour les Nuls ») que l’on en vient à douter qu’ils ne soient pas tous développés par la même personne (ou bien par un programme super bien codé).

Pourtant, en ce temps pas si lointain, les auteurs de genre subissant de multiples contraintes, auraient pu, auraient dû, même, quand on voit ce qui se fait actuellement avec plus de liberté, tous écrire la même chose comme cela se fait désormais.

Car, outre les contraintes nées des exigences de l’éditeur (ce qui a et sera toujours le cas), celles du marché et des attentes des lecteurs (idem), les auteurs d’hier avaient pour principale contrainte un format très très restreint. 

Oui, si aujourd’hui les éditeurs exigent des romans policiers de 600 pages, car c’est, paraît-il, ce que désire le lecteur, mais c’est surtout un moyen de lui faire admettre que son roman coûte 26 euros, car, oui, tout de même, il comporte 600 pages et que si tu es prêt à payer 15 euros un roman classique de 300 pages, tu ne devrais pas rechigner à en débourser 11 de plus pour le double de pages même si, sur ces 600 pages, 200 sont inutiles, car remplies à coup de scènes inopportunes voire ineptes, que 200 autres (généralement les dernières) sont très moyennes voire carrément nulles, et, qu’au final, tu n’as que 200 pages d’intéressantes à lire.

Alors qu’hier, bien au contraire, les éditeurs exigeaient une certaine concision, voire, une surconcision, ce qui est, à la concision, une sorte de castration.

16 pages, 32 pages, 64 pages, 96 pages, 128 pages, l’auteur devait non seulement faire preuve d’un laconisme certain, mais, en plus d’une brièveté calculée.

Aujourd’hui, 600 pages ou 601, 602, 603... voire 599 ou 598. Hier 16 pages ! 32 pages ! etc. Mais, quel que soit le format, pas une page de plus.

C’est donc avec une telle contrainte que l’on s’attendrait à ce que tous les auteurs usent des mêmes procédés narratifs, des mêmes personnages, des mêmes phrases, des mêmes... alors que c’est tout l’inverse.

Tout cela pour dire que je ne suis pas las de vous dire que Marcel Priollet fût un des piliers de la littérature populaire française au même titre que Henry Musnik, Rodolphe Bringer, H.-J. Magog, Jean Petithuguenin, Jacques Bellême, Arnould Galopin, Léon Sazie, Marcel Allain, Paul Salmon, Maurice Limat et bien d’autres encore.

Et il était temps que je vous le répète, car me voici venu à bout de la série « Old Jeep et Marcassin » du sieur Marcel Priollet.

Au bout, après 10 épisodes savoureux dans lesquels le commissaire Marcassin, cinquantenaire trapu, ronchon, à la moustache grisonnante et accro à la cigarette, collaborait avec le policier américain Gordon Periwinkle, alias Old Jeep, un trentenaire élégant, beau gosse, svelte et bien éduqué.

Les millions du borgne :

Toute chose a une fin !

Gordon Periwinkle, alias Old Jeep, a reçu l’ordre de regagner les États-Unis.

Alors que le commissaire Marcassin l’accompagne, en voiture, à Saint-Nazaire, où le détective américain doit prendre l’avion pour rentrer chez lui, un accident de voiture contraint les deux amis à faire une halte dans un petit village, le temps des réparations.

Les policiers sont alors chaudement accueillis par les habitants du bourg, ceux-ci étant persuadés qu’ils sont là pour résoudre « l’affaire » qui met ici tout le monde en émoi depuis quelque temps…

Old Jeep doit rentrer chez lui après avoir s’être familiarisé avec les méthodes de la police française, en général, et du commissaire Marcassin, en particulier.

Les deux hommes ont appris à s’apprécier et les lecteurs aussi.

Old Jeep doit prendre un avion pour rentrer aux É.-U. et Marcassin décide de l’accompagner jusqu’à l’aérodrome. Mais, en route, c’est l’accident de voiture. Le véhicule est remorqué jusqu’au village le plus proche où la nouvelle de l’arrivée des deux célèbres policiers ne tarde pas à se répandre. Très vite, les policiers sont accueillis chaleureusement, car chacun pense qu’ils sont là pour trouver le corbeau qui envoie des lettres anonymes à tout le monde, accusant un riche industriel d’avoir tué sa femme pour en épouser une autre.

Alors que les deux policiers ne semblent pas intéressés par cette affaire, le fameux industriel envoie son majordome les chercher pour les inviter à manger chez lui. Le majordome les précède, en vélo, emportant leurs bagages, mais les deux amis le retrouvent mort, sur le bord de la route, un couteau dans le corps...

C’est avec un plaisir non dissimulé que je retrouve les deux personnages, même si, comme dans tous les épisodes, c’est le commissaire Marcassin qui va prendre la vedette, reléguant Old Jeep au second plan d’autant que, comme souvent, celui-ci sera absent une partie de l’histoire, ce qui ne l’empêchera pas de participer activement à l’enquête.

Un plaisir tout de même gâché par le fait que c’est le dernier épisode et qu’après celui-là, tout sera fini.

Avec une série actuelle, même quand la fin est là, on peut toujours espérer avoir la chance que l’auteur, un jour, accepte d’écrire une suite (Daniel Pennac a bien écrit une suite à la saga Malaussène 18 ans après le dernier tome. Bon, mauvais exemple, il aurait mieux fait de s’abstenir.).

Mais, avec les auteurs de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle, on sait à l’avance que le dernier épisode d’une série est réellement le dernier épisode (on n’a jamais vu un auteur revenir d’outre-tombe pour écrire un roman).

C’est donc la dernière occasion de découvrir le commissaire Marcassin dans une nouvelle enquête, de goûter à son humour pince-sans-rire, à sa mauvaise humeur, à sa perspicacité et à son intelligence, voire même à sa retenue et à sa pudeur.

Gordon Periwinkle, lui, se contentera à nouveau d’un rôle subalterne qui sied si bien à son personnage plus basique (il est jeune, il est beau, il est courageux et il est bien élevé).

Comme pour chaque épisode des deux séries citées de l’auteur, celui-ci n’oublie pas, avant tout, qu’il raconte une histoire et fait en sorte que celle-ci tienne la route même si les personnages en étaient changés. Ainsi, on ne se contente pas de suivre les péripéties de Marcassin et Old Jeep, on est également conviés à suivre une histoire dont on tiendra à connaître la fin.

Récit plutôt classique, réservant quelques fausses pistes et surprises usuelles, dans la mesure que le permet le format court (20 000 mots maximum) on notera avant tout les facéties de son personnage principal qui nous manqueront donc, puisque, je le rappelle, après cet épisode, y’a plus. Fini ! Basta !

D’ailleurs, si le temps passé et la mort de l’auteur nous assurent de l’absence d’une suite, à son époque, les éditions Tallandier, qui éditaient la série, avaient demandé à Marcel Priollet d’écrire d’autres épisodes (ce qui laisse entendre que les personnages avaient trouvé leur public), mais l’auteur a préféré commencer une nouvelle série avec de nouveaux héros (« Monseigneur et son clebs »).

Au final, dernier épisode qui se déguste tout aussi bien que les précédents, mais qui laisse un petit goût amer à la fin, sachant que l’on ne retrouvera plus le commissaire Marcassin et, accessoirement, Gordon Periwinkle.

La pendue du Pré-Catelan

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4e épisode des « Enquêtes du Professeur », signé René Byzance, initialement édité dans la collection « L’Indice » aux éditions Populaires Monégasques.

L’inspecteur Gonzague Gaveau est surnommé « Le Professeur » parce qu’il a fait Sorbonne et a écrit une thèse sur « Les Variations de la voyelle O dans les langues ougaro-caucasiennes ».

Difficile d’en dire plus sur l’auteur d’autant que la plupart des épisodes ne sont pas signés.

Il est intéressant de noter que les « Enquêtes du Professeur » a été une sous-collection de la collection « L’Indice ».

La pendue du Pré-Catelan : Au Pré-Catelan, au cœur du Bois de Boulogne, au petit matin, une jeune femme est retrouvée nue, pendue à un arbre. L’identité de la victime ne tarde pas à être découverte, il s’agit d’une jeune actrice en vue. L’inspecteur Gonzague Gaveau, alias « Le Professeur », est chargé de l’enquête. Les premières constatations démontrent que la comédienne a été étranglée avant d’être suspendue. Un crime ! Dans le milieu du cinéma, voilà qui promet d’exciter tous les folliculaires, d’autant que la vie privée de la nymphette permet de multiplier les suspects potentiels depuis ses amants, ses rivales jusqu’à ce mystérieux boiteux en trench-coat qui a été aperçu non loin des lieux du crime…

L’inspecteur Gonzague Gaveau qui était descendu sur Grenoble se retrouve (on ne sait vraiment comment) à mener une enquête au Bois de Boulogne.

Une jeune femme nue a été retrouvée pendue à un arbre. L’enquête démontre, d’une part, que la victime était une actrice en devenir et, d’autre part, qu’il ne s’agit pas d’un suicide mais que la défunte a été étranglée avant d’être pendue.

Comme le dit si bien l’un des personnages de l’histoire : « Dans tout roman policier, la règle du jeu l’exige, de multiples personnages doivent être soupçonnés. ». Et les suspects ne manquent pas entre le producteur adipeux qui l’entretenait, l’amant avec lequel elle le trompait, la femme à qui elle a piqué cet amant, du frère à la vie dissolue... et le boiteux au trench-coat qui a été aperçu près du lieu du crime.

Que dire de plus de cet épisode que de ceux dont j’ai déjà traité si ce n’est que plus je dévore ces enquêtes et plus je constate que l’auteur maîtrisait parfaitement le format 32 pages (ou, là, du 16 pages bien remplies de petits caractères, c’est qui est peu ou proue la même chose. En clair, un peu moins de 10 000 mots). Et le fait est suffisamment rare dans le monde de la littérature populaire pour être notée. 

Effectivement, les auteurs ayant performé dans ce format très contraignant sont très rares et j’avancerais principalement les noms de Charles Richebourg et René Thomas. 

Et, d’ailleurs, l’ombre de Charles Richebourg plane un peu sur ces enquêtes et sur ce Professeur, d’autant qu’une expression très appréciée par l’auteur et qu’il utilisait souvent dans les enquêtes du commissaire Odilon Quentin : « Jouer par la bande » est présente dans ce court roman. D’autant que tout comme Richebourg, Byzance fait preuve d’une véritable plume dans un format tellement contraignant que rares sont les auteurs à tenter d’y avoir un style. 

Alors, est-ce le même auteur qui se cachait derrière Charles Richebourg et René Byzance ? Je ne sais pas, mais, pourquoi pas. Ce serait une hypothèse à creuser... mais où creuser, la littérature populaire fasciculaire est semblable aux abysses, difficile d’y repêcher les informations que l’on recherche.

Toujours est-il que ces enquêtes du Professeur sont fort plaisantes, celle-ci peut-être encore plus que les autres de par le fait d’un humour léger qui imprègne l’ensemble du récit, mais aussi par un je-ne-sais-quoi, ce qui est l’apanage des bons auteurs. Car, utiliser une recette identifiable, même si ce n’est pas toujours aisé, peut aboutir à un bon roman... mais quand on ne peut identifier réellement le « petit plus », qu’on ne peut le pointer du doigt, alors, force est de constater que l’auteur a réussi un petit miracle... petit miracle dans un petit fascicule contenant une petite histoire qui procurera un agréable petit moment de lecture... voilà qui confère à son auteur le qualificatif de « grand ».

Au final, c’est un réel plaisir de suivre les enquêtes de ce Professeur même si les intrigues, de par le format court, ne sont pas de hautes volées, parce que le talent de l’auteur se fait grandement sentir et son aisance et la maîtrise de sa plume et du format, également.

Meurtre à Baumugnes

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Les « Enquêtes du Professeur », c’est une série éditée dans la collection « L’indice » des éditions Populaires Monégasques dans les environs de 1946.

La collection « L’indice » semble avoir regroupé également d’autres textes que ceux autour du Professeur.

Les textes de la série semblent avoir tous été écrits pas René Byzance, même si la plupart son non signés, pseudonyme qui cacherait, selon certains, l’auteur Jean Buzançais dont, de toute façon, je ne sais rien.

Gonzague Gaveau est un inspecteur de police que l’on surnomme « Le professeur » pour une raison probablement expliquée dans le premier épisode de la série (celui-là semble être le second) mais qui est vraisemblablement dû au fait qu’il se promène avec des ustensiles de police scientifique pour étudier les indices et, surtout, que ce soit un ancien étudiant en Sorbonne.

Meurtre à Baumugnes : L’inspecteur Gonzague Gaveau dit « Le professeur », est envoyé dans un village perdu de montagne pour enquêter sur la mort de L’Empereur, un vieux chef de famille retrouvé mort, au petit matin, dans son fauteuil. Arrivé sur les lieux, le policier fait la connaissance de Toine, le petit-fils de cinq ans du défunt et Noiraud, le chien de la famille. Le village n’étant habité que par deux familles et le chien n’ayant pas aboyé la nuit du crime, les suspects se font rares…

Les « Enquêtes du Professeur » s’étalent sur une quinzaine de fascicules de 16 pages à la mise en page très dense offrant, au final, des textes d’un peu moins de 9 000 mots.

Du coup, on se doute que l’auteur ne va pas nous proposer une intrigue très évoluée et des personnages fouillés.

Cependant, ce n’est pas non plus ce que le lecteur attend de ce genre d’ouvrage.

Pour autant, dès les premières phrases, on note immédiatement que l’auteur nous propose un style un peu mieux maîtrisé que la plupart de ses homologues œuvrant dans la littérature populaire fasciculaire.

Sans parler de grande littérature (mais qu’est-ce que la grande littérature et, surtout, que signifierait « petite littérature » ?), l’auteur, qui n’a pas signé le texte, nous démontre un certain talent et une envie de faire montre d’une certaine aisance avec la langue, ce qui n’est pas si fréquent. D’habitude, la qualité que l’on demande à un auteur de fascicule, c’est de parvenir à être fluide tout en étant concis, à diriger ses personnages, plus que sa plume.

Rares sont donc les fois où je suis captivé, d’abord par la plume, avant de l’être par les personnages ou l’histoire. Ce fût le cas pour les enquêtes du commissaire Odilon Quentin de Charles Richebourg et c’est le cas, ici, avec les enquêtes du Professeur, du moins, de ce « Meurtre à Baumugnes ».

Mais l’auteur ne se contente pas de manier aisément sa plume et le langage, il fait montre également d’un certain humour qui ajoute une touche de légèreté à l’ensemble. 

L’humour, au départ, vient principalement de Toine, un gamin de cinq ans que la mort de son grand-père ne semble pas émouvoir et qui se réjouit même, car « Les crimes cela amène du monde ». Mais, comme le dit si bien le gamin, son grand-père était vieux et les vieux, ça doit disparaître, c’est dans l’ordre des choses.

L’auteur décide donc de nous poser une ambiance, avant une intrigue qui, il le sait bien, ne sera de toute façon pas très ambitieuse.

Notre Professeur va alors vite se rendre compte qu’à Baumugnes, il n’y a que deux familles qui se partagent les terres, plus l’idiot du village. Le meurtrier sera donc à compter parmi cette population d’autant que Noiraud, le chien de la famille du défunt, n’a pas aboyé la nuit du crime, laissant suggérer que celui-ci a été commis par un proche. Et comme l’Empereur (le surnom du mort) n’était pas un homme apprécié, les pistes demeurent nombreuses.

Court texte, donc, mais texte plutôt agréable à lire de par la maîtrise de son auteur et le léger humour distillé.

On regrettera que le personnage principal ne soit qu’esquissé, mais, probablement que comme dans toute série fasciculaire, le lecteur apprend à connaître le héros au fur et à mesure des épisodes. Encore faut-il trouver ces épisodes qui semblent assez rares à dénicher.

Au passage, j’adore l’illustration de la couverture qui n’est pas signée, elle non plus.

Au final, une bonne lecture, qui donne envie d’y revenir et de faire mieux connaissance avec le fameux Professeur.

Le crime du Bar du Peuple

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Lecture un peu dans le désordre des « Enquêtes du Professeur » de René Byzance ou autres (certains titres sont signé Byzance, d’autres ne sont pas signés).

Après avoir découvert le Professeur, alias l’inspecteur Gonzague Gaveau, par « Meurtre à Baumugnes » et « L’assassinat de la mère Cibiche », voilà que je lis enfin la toute première enquête du personnage : « Le crime du Bar du Peuple ».

Gonzague Gaveau est un inspecteur de police qui a fait Sorbonne, d’où son surnom et qui, voulant fuir les crimes sordides de la capitale a demandé sa mutation à Grenoble, mais les hommes et les femmes s’entretuent, même jusque dans les Hautes-Alpes.

Je ne m’étendrais pas sur l’auteur, de toute façon, il n’a pas signé son texte et même s’il s’agit de René Byzance, je n’ai rien trouvé à dire dessus.

CRIME AU « BAR DU PEUPLE » : L’inspecteur Gonzague GAVEAU, dit « Le Professeur », après avoir résolu l’affaire du « Meurtre à Baumugnes », s’installe dans une modeste chambre au « Bar du Peuple », établissement tenu par la plantureuse et exubérante Martine qui héberge une faune hétéroclite et haute en couleur. Un matin, la patronne est retrouvée dans la salle commune, baignant dans son sang, la gorge tranchée. « Le Professeur » va alors se charger de l’enquête…

Second épisode de la série des « Enquêtes du Professeur », initialement édité dans la collection « L’Indice » des éditions populaires Monégasques et probablement écrit par René Byzance.

L’inspecteur Gonzague Gaveau est donc un policier parisien qui a demandé sa mutation à Grenoble.

Ayant enquêté à Baumugnes sur un meurtre, de retour, il s’installe au Bar du Peuple, n’ayant ni les moyens ni l’envie de loger dans une auberge plus huppée.

Le Bar héberge de drôles de personnages, depuis la patronne, une quarantenaire affriolante ayant passé une partie de sa vie au Cameroun, comme, d’ailleurs, une partie de ses pensionnaires et clients.

Les suspects sont nombreux, depuis le compagnon de la victime, un homme bien plus jeune qu’elle, épuisé de nature et par l’alcool, le fils de la morte, issu d’une relation passée et qui vit un amour contrariant avec la maîtresse de son père qui a été également sa nourrice, un drôle de cycliste qui semble bien moins performant sur un cycle qu’il ne le dit, un motocycliste... jusqu’au maire la ville dont la trogne ne revient pas au policier.

Court roman (au départ il a été édité sur 16 pages bien remplies de petits caractères) qui dépassé à peine les 9 000 mots. Est-il nécessaire de répéter que sur un tel format, l’intrigue ne sera jamais la qualité principale d’un texte ?

Non, bien sûr ! Le plaisir est donc à trouver ailleurs : dans un personnage, une histoire, une ambiance, un style.

On retrouve un peu de tout ça dans les épisodes des « Enquêtes du Professeur » certes, pas dans un dosage massif, mais dans une posologie adaptée à la taille du roman.

Au final, un épisode dans la lignée du précédent qui, sans atteindre des sommets, offre au lecteur un bon moment de lecture et lui donne envie de lire le suivant. 

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09 septembre 2018

La mère aux chats

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9e et avant-dernier épisode de la série « Old Jeep et Marcassin » signée Marcel Priollet.

Marcel Priollet, pilier de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle, qui, à travers différents genres, sous différents pseudonymes, a écrit un nombre incroyable de textes qui sont désormais tombés dans l’oubli, car, bien souvent, destinés à des collections fasciculaires (aventures, policières ou sentimentales).

Pour sa participation purement policière, on retiendra deux séries : « Old Jeep et Marcassin » et celle qui suivit, « Monseigneur et son clebs », toutes deux éditées au format 64 pages aux éditions Tallandier.

Contrairement à beaucoup de ses confrères, Marcel Priollet ne s’est pas contenté de disséminer ses personnages récurrents au sein d’une collection généraliste, mais a bien souvent bénéficié de séries dédiées.

« Old Jeep et Marcassin » fait apparaître deux personnages récurrents. Un policier américain trentenaire, athlétique et souple, au sourire enjôleur et aux bonnes manières et un commissaire de police français, cinquantenaire, trapu, rustique, moustachu, fumeur invétéré, bougon et rustre.

Le premier est venu en France pour se familiariser avec les méthodes policières françaises et est très rapidement devenu ami du second, d’autant qu’ils s’étaient déjà rencontrés à la fin de la seconde guerre pour la libération de Paris :

LA MÈRE AUX CHATS : Le détective GORDON PERIWINKLE alias OLD JEEP, est dépêché pour arrêter un gangster en provenance des États-Unis, après un braquage sanglant dans une bourse aux timbres. Aidé de l’inspecteur Belfontaine, OLD JEEP file le truand jusqu’à un appartement insalubre dans lequel les deux hommes ont la surprise de trouver le cadavre d’une vieille femme entourée d’une tripotée de matous miaulant. 

 

— My mother ! (Ma mère !), souffle le bandit avant de profiter de l’étonnement de ses poursuivants pour se faire la malle.

 

Rapidement, l’enquête révèle plusieurs éléments troublants. Le logement attenant à celui de la défunte est habité par un négociant en timbres et le médecin refuse le permis d’inhumer de la « Mère aux chats », suspectant un empoisonnement. La « Mère aux chats » est-elle réellement la maman du tueur américain ? Par qui et pourquoi a-t-elle été empoisonnée ? L’assassinat de la vieille et le vol de timbres sont-ils liés ? Les voisins ont-ils quelque chose à se reprocher ? Ce sont des questions auxquelles OLD JEEP – à la poursuite du fuyard – et le commissaire MARCASSIN – chargé de résoudre le meurtre de la « Mère aux chats »vont devoir répondre, chacun de leur côté…

La police américaine, sachant que Gordon Periwinkle, alias Old Jeep, est toujours en France, lui demande de procéder à l’arrestation d’un dangereux criminel dont le dernier méfait consiste en un braquage dans une bourse aux timbres, braquage ayant fait plusieurs morts et blessés.

Pour ce faire, Old Jeep va avoir l’assistance de l’inspecteur Belfontaine, un des hommes de Marcassin et le duo va suivre le dangereux braqueur jusqu’à un appartement dans un immeuble parisien. Là, ils pénètrent dans l’appartement dans le but de procéder à l’arrestation et découvrent le tueur près de la dépouille d’une vieille dame entourée d’une meute de chats.

Le tueur, plutôt que de se démonter, laisse entendre qu’il s’agit de sa mère et, face à la surprise des policiers, en profite pour filer non sans les enfermer dans l’appartement.

Le médecin venu constater le décès de la vieille dame soupçonne un empoisonnement et c’est au commissaire Marcassin de faire son apparition pour élucider ce meurtre.

Durant les divers interrogatoires, il constate que le voisin de la vieille est un négociant en timbres, ce qui laisse suspecter à Old Jeep que le meurtre de la dame et l’arrivée du gangster américain sont liés. Mais le commissaire n’en a que faire du gangster venu d’outre-Atlantique, il ne veut s’occuper que de l’empoisonnement.

Pourtant, petit à petit, les évènements suspects s’enchaînent et les deux policiers vont devoir à nouveau coopérer.

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé ce duo hétérogène de policier.

Chacun retrouve son rôle usuel. Le commissaire Marcassin navigue au premier plan et Old Jeep au second, comme dans les autres épisodes.

Et c’est tant mieux, car c’est véritablement Marcassin qui est le personnage le plus intéressant, le plus complexe des deux. Rustre, bougon, se fichant des bonnes manières, Marcassin est bien moins lisse que son homologue. De plus, l’homme est intelligent et perspicace, mais partage peu ses conclusions ce qui l’amène à avoir des comportements qui semblent étranges aux autres et provoque donc des situations décalées et drôles.

Old Jeep, lui, se contente souvent d’un rôle un peu plus physique, quand il n’est pas un simple faire-valoir.

Une nouvelle fois, Marcel Priollet ne mise pas tout sur ses personnages et met en place une réelle histoire, une réelle intrigue (intrigue qui ne rivalise pas avec les grands thrillers du fait de la concision du texte : fascicule 64 pages = plus ou moins 20 000 mots).

Ainsi, on suit en même temps l’avancée du scénario et celle du duo, ce qui garantit un réel plaisir de lecture.

Car il est indéniable que Marcel Priollet maîtrise sa plume et sa narration, en plus de ses personnages et propose un très court roman sans réelle faiblesse.

Au final, un 9e épisode, dans la lignée des précédents, qui offre un bon moment de lecture.

Sans pitié ni remords

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Nicolas Lebel est un auteur dont je ne sais pas grand-chose (mais je ne semble pas le seul dans ce cas-là) et dont je n’ai pas envie d’en savoir plus, non pas que je n’aime pas cet auteur, mais tout simplement, comme je l’ai souvent dit, qu’un auteur ne m’intéresse que par ses écrits.

« Sans pitié ni remords » est le troisième opus d’une série autour de personnages récurrents : le capitaine Merhlicht, un avorton à tête de grenouille, aux yeux globuleux, aux cheveux rares, au teint verdâtre, fumeur invétéré, râleur impénitent, misogyne et empreint de biens d’autres défauts plus par habitude ou pour poser une barrière entre lui et les autres que par malveillance.

Il est entouré de Dossantos, un flic bodybuildé qui ne vit que pour son métier. Son corps, il le façonne pour être plus efficace, et son esprit est obnubilé par le Code Pénal dont il connaît chaque alinéa par cœur.

Sophie Latour, une jeune fliquette à la rousseur flamboyante, une des rares femmes positives de la série, mais qui est toujours légèrement en retrait.

Le commandant Matiblout, un fonctionnaire qui n’a de but que d’éviter les ennuis, et qui espère toujours refiler les dossiers épineux à un autre service.

Carrel, l’imposant médecin légiste à l’humour aussi noir que son appétit est grand.

Puis, Jacques Morel, un personnage récurrent qui ne récurera plus rien puisqu’il est mort d’un cancer à la fin de l’épisode précédent : « Le jour des Morts ».

Sans pitié ni remords : 9 novembre, cimetière du Montparnasse. Le capitaine Mehrlicht assiste, en compagnie de son équipe, aux obsèques de son meilleur ami, Jacques Morel. Quelques heures plus tard, il se retrouve dans le bureau d’un notaire qui lui remet, comme « héritage », une enveloppe contenant un diamant brut. Il s’agit de l’un des yeux d’une statue africaine, le Gardien des Esprits, dérobée dix ans auparavant lors du déménagement du Musée des arts africains et océaniens, que Jacques avait supervisé, et recherchée depuis par la « Police de l’Art ». Merlicht prend un congé et son équipe se retrouve sous le commandement du capitaine Cuvier, un type imbuvable aux multiples casseroles, quand les inspecteurs Latour et Dossantos sont appelés sur la scène de l’apparent suicide d’un retraité. Quelques heures plus tard, ils assistent impuissants à la défenestration d’une femme qui, se sentant menacée, avait demandé la protection de la police. Les deux « suicidés » avaient un point commun : ils travaillaient ensemble au MAOO lors de son déménagement. Ces événements marquent le début de 48 heures de folie qui vont entraîner Mehrlicht et son équipe dans une course contre la montre, sur la piste de meurtriers dont la cruauté et la détermination trouvent leur origine dans leur passé de légionnaires. Une enquête sous haute tension, dans laquelle débordent la fureur et les échos des conflits qui bouleversent le monde en ce début de XXIe siècle.

Jacques Morel est mort, donc, et, pourtant, l’auteur en fait le personnage central de cette histoire.

Après l’enterrement de son vieux pote, Merhlicht assiste à l’ouverture de son testament en présence d’un étrange flic noir.

Jacques Morel, dans son testament, en plus de ses affaires lègue à son ami un diamant... diamant qui figurait l’un des deux yeux d’une statue africaine qui a disparu il y a quelques années.

Le flic noir, Kabongo, fait justement partie du service de l’OCBC, l’Office Central de lutte contre le trafic de Biens Culturels. Il soupçonne Jacques Morel d’avoir participé au casse pendant lequel la statuette a disparu.

Merhlicht ne va alors avoir qu’un seul but : démontrer l’innocence de son défunt ami.

Pour ce faire, il va suivre tout un jeu de piste que Jacques Morel a mis en place avant sa mort, jeu mettant en œuvre des sudokus, mots fléchés, jeux d’acrostiche... qui sont censés le mener petit à petit à la réponse du mystère.

Problème, une bande de dangereux mercenaires refait surface et leur but est, apparemment, d’éliminer tous les participants au fameux casse et récupérer la statuette.

Nicolas Lebel a bien cerné les atouts de ses précédents romans et les conserve dans celui-ci.

Ainsi, bien évidemment, les personnages reviennent (même d’outre-tombe), mais également l’humour, les répliques cinglantes et les « running gags » (gag revenant périodiquement).

Le générateur de ces fameux gags, dans les opus précédents, était la sonnerie de téléphone de Merhlicht, une sonnerie sous forme de « répliques d’Audiard », « Chanson de Jacques Brel » ou, ici, de « répliques de vieux sketches ». C’est le fils de Merhlicht, un gamin de 17 ans, qui lui installe ces applications, car son père est technophobe (en plus de tout ce qu’il déteste déjà).

Évidemment, ces répliques, issues de sketches de Michel Leeb, Coluche, Desproges et autres, vont toutes tomber à point nommé et vont surtout toutes avoir des consonances racistes (du moins, quand elles sont retirées de leurs contextes), ce qui va mettre Merhlicht dans l’embarras puisqu’il va passer son temps en présence de Kabongo.

L’une des grandes forces des épisodes précédents était la relation touchante et émouvante entre Merhlicht et Morel. On se demandait comment Nicolas Lebel allait se passer de ces moments : il ne s’en passe pas, cette relation est encore omniprésente et délivre son lot d’émotions, notamment à la toute fin.

Pour ce qui est du reste, l’auteur nous livre une histoire très rythmée, plaisante à lire, qui délivre son quota d’action, d’humour et d’émotions.

Puis, il y a les petites histoires annexes qui offrent un petit plus.

Histoires qui concernent nos héros comme la relation entre Sophie Latour et un sans-papiers, dont la crainte de l’un et de l’autre est que celui-ci se fasse arrêter et reconduire dans son pays.

Histoire de Dossantos, amoureux de Latour... au point de refuser qu’elle soit malheureuse et de renouer des liens dangereux avec des relations de sa jeunesse, relations toxiques, issues d’un groupe fasciste et dont l’un d’entre eux est devenu un membre influent qui peut obtenir des papiers pour le compagnon de Latour. Mais tous les services se paient et Dossantos va payer le prix fort.

Histoire d’un père et d’un fils entre les Merhlicht, livrés à eux-mêmes après le décès de la mère, de la femme, qui laisse un grand vide dans les deux vies, deuil que chacun vit à sa manière.

Histoire, enfin, des mercenaires, d’un mercenaire, dont le passé va ressurgir petit à petit afin d’expliquer ce qu’il est devenu et ce qu’il va devenir.

C’est ce dernier point que je mettrais dans une balance sans savoir si c’est un plus ou un moins.

Je le reprochais déjà dans d’autres chroniques, les auteurs de romans policiers en devenir, ceux qui commencent à avoir du succès après un ou deux romans et qui tentent de singer leurs confrères plus aguerris, en prenant leurs tics d’écriture qui ne sont pourtant pas forcément des atouts. Ainsi je dénonçais les auteurs que j’avais appris à aimer avec leur premier roman et qui, au fur et à mesure des livres, lissaient leurs plumes et suivaient le petit guide du « l’écriture du polar pour les Nuls) en évitant les tournures de phrases complexes, les mots compliqués, mais, surtout, en se lançant dans le chapitrage alterné, mélangeant deux histoires qui vont finir par se rejoindre.

C’était le cas d’Olivier Norek, Bernard Minier et consorts... Je l’avais déjà noté dans le précédent opus de Nicolas Lebel, même si ce travers était léger (les chapitres de la seconde histoire étaient rares et courts). C’est encore le cas ici même si l’ensemble reste digeste et ne nuit pas à la lecture. Ce sera le cas, encore plus, dans le suivant, mais là, je pense que cela posera problème...

Mis à part ce détail, l’ensemble se lit avec un grand plaisir. L’histoire est intéressante, l’intrigue est bien menée, le jeu de piste intéressant à suivre, il y a du suspens, de l’humour, de l’action, de la violence, des cons (au moins un)...

La seule chose qui manque dans cet épisode, c’est la présence du stagiaire, la cible des railleries de Mehrlicht. Mais cela s’explique facilement du fait que Merhlicht est en congé, donc, ne peut avoir de stagiaire à s’occuper. 

Au final, chaque roman de Nicolas Lebel mettant en scène ses héros récurrents est encore plus agréable à lire que le précédent alors que chaque précédent était déjà agréable à lire. Qu’en sera-t-il du 4e ? La suite dans un prochain épisode !