Loto Édition

13 janvier 2019

Fatale

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Jean-Patrick Manchette est un auteur qui divise, la preuve, c’est un auteur qui me divise. C’est tellement plus simple de critiquer un mauvais auteur, pas beaucoup plus difficile de critiquer un bon auteur, mais qu’en est-il de critiquer Jean-Patrick Manchette ?

Certains le vénèrent, d’autres le détestent, et moi, moi qui suis toujours le moins clair, moi, je suis victime de dichotomie, puisque je suis divisé.

Divisé, car, si vous me parlez de « Que d’os » ou « Morgue pleine », je ne serais pas loin de vous dire que Jean-Patrick Manchette est un génie (oui, j’en parle au présent même s’il est mort depuis trop longtemps, parce que, pour moi, un artiste ne meurt jamais), sauf qu’il ne peut y avoir qu’un seul génie de la littérature et Jean-Bernard Pouy occupe déjà ce poste et, qu’ensuite, le souvenir de mes autres lectures de l’auteur me retiendrait de m’enthousiasmer outre mesure.

Car, oui, les deux romans que je cite sont parmi les tout meilleurs que j’ai jamais lus. Le personnage, l’histoire, le style... tout, tout m’a séduit.

Car, oui, la plupart des autres romans de l’auteur que j’ai lu m’ont, au mieux, ennuyé, au pire, vraiment déplus.

Et « Fatale » se positionne dans la seconde partie de la seconde partie.

En clair, oui, je suis déçu...

Fatale :

« De quelque côté que l’on se dirige, écrit Manchette, il y a une longue côte à gravir pour sortir de Bléville. » Il est ainsi, dans Fatale comme dans ses autres livres, des phrases porteuses d’étranges ambiguïtés métaphoriques. Il en est une aussi dont on ne sait trop si elle évoque ironiquement le sanglant nettoyage entrepris par Aimée ou l’ordre moral nécessaire à l’harmonie blévilloise. Cette phrase, leitmotiv inscrit sur une bascule automatique, une borne téléphonique ou une corbeille à papier municipale, consiste en une simple injonction : GARDEZ VOTRE VILLE PROPRE ! »

La déception n’est pas au niveau du scénario de base puisque le sujet pouvait donner un bon roman noir, violent, sanglant.

La déception n’est pas non plus au niveau de la concision du roman, c’est même une qualité, vu comme je me suis ennuyé, qu’il ne durât pas plus longtemps (oui, quand je m’ennuie, je conjugue à l’imparfait du subjonctif).

Non, la principale et probablement l’unique raison de cette forte déception réside comme souvent dans les romans de Manchette, dans le style...

Je ne comprends pas. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas.

D’une part, je ne comprends pas comment je peux être aussi partagé sur un auteur.

Ensuite, je ne comprends pas comment certains lecteurs (la plupart ?) ont pu aimer le style de « Fatale » que je trouve, personnellement, très, très mal écrit.

Enfin, je ne comprends pas comment Manchette peut à la fois écrire si bien et si mal.

Peut-être est-ce dû à la narration. Les deux romans que j’ai adorés sont écrits à la première personne. Ceux que je n’ai pas aimés sont, me semblent-ils, écrits à la troisième personne.

Peut-être est-ce là le nœud du problème.

Car, « Fatale » est mal écrit. Mal écrit au point que s’il y avait un roman à faire lire aux auteurs pour leur expliquer tout ce qu’il ne faut pas faire dans un roman, je citerais volontiers « Fatale ». Et pourtant, purée (oui, ce n’est pas le mot qui m’est venu naturellement, mais je sais contrôler mes doigts et ma pensée et demeurer poli même quand je suis énervé), purée, que j’aime Manchette. Car, ne serait-ce que pour avoir écrit les deux romans que j’aime, Manchette mérite le titre de grand écrivain. Oui, mais voilà. À côté de ça, je déteste la plupart de ses romans et je les déteste d’autant plus que j’ai adoré les deux romans que je ne cesse de citer en exemple.

Mais là ! Là ! non ! Trop, c’est trop (oui, j’en fais trop). Mon dieu (et pourtant, je suis athée et pas seulement parce que le temps c’est de l’argent et que je n’ai ni l’un ni l’autre devant moi), mon Dieu que ce roman est mal écrit de A à Z.

Mal écrit et mal construit. 

Un exemple ? Bon, d’accord. Dès la première page :

On avait des fusils à deux ou trois coups, chargés de petit plomb, car c’était du gibier à plumes que l’on chassait. On avait trois chiens, deux braques et un setter gordon. Quelque part au nord-est il devait y avoir d’autres chasseurs, car on entendit le départ d’un coup, puis d’un autre, à un kilomètre de distance, ou un kilomètre et demi.

La succession de « ON » (« On » pronom imbécile qui qualifie celui qui l’emploie) indigeste.

« Car c’était du gibier à plumes que l’on chassait ». C’est moi où cette phrase est d’une lourdeur incroyable. On aurait pu dire « car on chassait du gibier à plumes » histoire de virer les « que » qui fractionnent la lecture et les phrases. 

Jésus multipliait les pains (mais pas dans la gueule, lui, il tendait l’autre joue), Manchette multiplie les « car », les « que », les « on », les « Il y avait »...

Et puis, la multiplication des descriptions des personnages et de leurs gestes même quand cela n’apporte rien à l’histoire... surtout, quand cela n’apporte rien à l’histoire. Ce serait acceptable dans un roman s’étalant sur 600 pages. On se dirait que l’auteur veut faire un peu de remplissage pour atteindre la limite de pages imposée par son éditeur. Mais là !!! Le roman est tellement court que si vous avez une soirée à perdre, ne lisez pas « Fatale », car, après sa lecture, votre soirée sera à peine entamée.

Bref, je ne m’étendrais pas sur ce roman que je n’ai pas aimé. Peut-être ai-je un problème avec Manchette. Peut-être lui en veux-je de n’avoir pas écrit plus de romans autour d’Eugène Tarpon, le détective des deux romans que je cite sans cesse, alors qu’il avait promis d’en écrire d’autres (alors, oui, il a pour excuse d’être mort, mais 20 ans après l’écriture du premier des deux romans que je cite sans cesse, alors, il avait bien le temps d’en écrire quelques-uns en plus).

Un livre, c’est une rencontre entre un auteur et un lecteur. J’ai dû louper ma correspondance et ainsi ne pas arriver à l’heure au rendez-vous. Du moins, pas cette fois-ci. 

Mais, vu tout l’amour que je porte aux deux romans que je cite sans cesse (oui, je sais, je dis que je les cite sans cesse alors que je ne cesse de ne pas les citer, mais les deux romans que je cite sans cesse n’ont pas pour nécessité d’être cités sauf pour ceux atteints de cécité), donc, vu tout l’amour que je porte aux deux romans que je cite sans cesse, je reviendrais vers Manchette, pour un autre rendez-vous, en espérant, cette fois-ci, être à l’heure.

Au final, un très court roman très mal écrit à mon sens, mais je pardonne à Manchette pour ses deux romans que...


Mygale

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Ceux et celles qui sont habitués à mes critiques de livres (il y en a-t-il ? ou bien m’escrimais-je à donner des avis dans le vide ?) n’ignorent pas que je n’aime que les romans policiers. Un roman, sans trame policière, pour moi, c’est comme un plat sans sel, un dessert sans sucre, un film sans action, une comédie française sans humour (pléonasme), bref, je ne lis que du policier.

Les mêmes (s’ils existent vraiment) savent également que je suis loin d’être fan des intrigues qui mêlent plusieurs histoires censées n’avoir rien à voir entre elles et qui finissent par se rejoindre.

Ceux qui ont lu « Mygale » de Thierry Jonquet (là, il y en a énormément, c’est certain) se sont rendu compte que ce très court roman n’avait point d’attache policière et qu’il faisait alterner trois histoires qui n’avaient rien à voir les unes avec les autres...

Mais alors, pourquoi avoir entamé la lecture de « Mygale » puisque, dès le départ, il n’avait rien pour me plaire ?

D’une, parce que je fais un peu ce que je veux et je ne me laisse pas aller aux dictats des autres, même si l’autre n’est que moi.

Ensuite, parce que : Thierry Jonquet !

Oui, ce seul nom devrait suffire à convaincre tout lecteur de lire un texte signé de ce regretté auteur, mort bien trop tôt.

Enfin, parce que le roman était très court et plébiscité par ses lecteurs.

Mais je dois vous avouer que j’ai mis beaucoup de temps à me décider à le lire, ne voulant être déçu par un auteur qui en quatre romans (« Les orpailleurs », « Moloch », « Le bal des débris » et « La bête et la belle ») m’avait apporté plus de plaisir littéraire que la plupart de ses confrères tous livres confondus (bon, sauf Jean-Bernard Pouy, qui est hors concours puisque « Génie »).

Car je n’étais pas sans savoir que « Mygale » ne tissait pas sa toile dans le milieu policier et j’avais quelque peu peur que le talent de l’auteur ne suffise pas à me faire passer cette pilule.

Peu importe, j’ai franchi le cap : j’ai dévoré « Mygale ».

Mygale :

Alex était parti, après avoir embrassé le vieux. Huit jours plus tard, il attaquait la succursale du Crédit Agricole et tuait le flic. Au village, tout le monde devait avoir gardé la page du journal, avec la photo d’Alex à la Une et celle du flic en famille.

Alors, déjà, c’est assez dommage de défendre un livre si complexe avec une 4e si simpliste et, surtout, qui, non seulement, ne parle que de la moins intéressante des trois histoires qui s’entremêlent dans ce roman, mais, en plus, qui rend aussi peu hommage à l’ambiance très sombre de l’histoire.

« Mygale » suit donc trois histoires :

Celle du chirurgien esthétique Lafarge et de sa compagne la très jolie Ève. Elle est humiliée, enfermée, contrainte à se prostituer. Lui navigue entre la haine et l’amour vis-à-vis de sa proie.

L’autre histoire suit les pérégrinations de Alex, un petit braqueur dont le dernier cambriolage a mal tourné. Il a tué un flic. Il est recherché, sa tronche apparaît partout. Il se planque.

Enfin, « Mygale » trouve son sens dans l’histoire de Vincent, un jeune homme qui a été kidnappé par un homme inconnu, qui a été enfermé dans une cave pendant des années. Son geôlier se joue de lui, le maltraitant, d’abord, l’affamant, l’assoiffant, l’obligeant à se faire dessus, puis améliorant, petit à petit, ses conditions de vie, au fil des mois, des années.

Bien évidemment, on se doute que les histoires vont se croiser, mais, comment ??? 

Quand on connaît l’œuvre de Thierry Jonquet, on sait que l’auteur était habile et avait la propension d’offrir des retournements de situation surprenants digne du film « Le 6e sens » de Nigh Shyamalan.

Ici, Thierry Jonquet ne manque pas à ses habitudes et, même, offre à ses lecteurs plus qu’ils ne demandent puisqu’il ne propose pas un retournement de situation virtuose, ni même deux, mais au moins trois surprises explosives qui sont autant de claques dans la beigne du lecteur.

Alors, oui, je n’aime que les textes policiers, je n’apprécie pas particulièrement les histoires qui se croisent, mais force est de constater que Thierry Jonquet est parvenu à me donner du plaisir de lecture malgré ces deux grandes failles et je ne doute pas que, pour ceux qui ne sont pas attachés au même point que moi à un autre genre, pour ceux que les histoires multiples ne rebutent pas, les lecteurs aient pris un énorme plaisir à la lecture de ce roman.

N.B. Ce roman a été adapté au cinéma par Pedro Almodovar dans « La piel que habito » avec Antonio Banderas dans le rôle du chirurgien.

Au final, bien que « Mygale » ait tout, au départ, pour me déplaire et ayant, pour seul attrait (à mes yeux) d’avoir été écrit par Thierry Jonquet, sa courte taille et la certitude d’être surpris à la fin ont suffi à me pousser à le lire et je ne le regrette pas bien que j’ai tout de même préféré les productions policières de l’auteur. 

Le mystère du métro Réaumur

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L’inspecteur Paul Barre est un personnage créé, probablement, par Michel Cory. Je dis « probablement », car, si la plupart des 9 titres de la série sont signés par lui, « Le Mystère du métro Réaumur », lui, n’est pas signé.

Michel Cory pourrait être un pseudonyme de l’auteur Maurice Coriem, ancien journaliste du Canard Enchaîné.

La série est regroupée dans la collection “La Clé de l’Énigme” des éditions Populaires Monégasques en 1945 et 1946.

L’inspecteur Barre est un jeune homme de bonne famille, de la haute société, même, ayant une certaine fortune et pouvant prétendre à des postes bien plus imposants que celui d’inspecteur. Mais l’homme a des aptitudes et le goût pour résoudre les mystères et c’est en homme de terrain, d’action et de réflexion qu’il se veut.

Le mystère du métro Réaumur :

Une petite annonce passée dans les journaux promet une récompense à qui permettra de retrouver une jeune femme ayant disparu.

À la station de métro Réaumur, l’inspecteur Barre, qui s’apprête à rejoindre ses bureaux, remarque, dans un wagon, une jeune femme ressemblant à la description et vêtue d’un manteau similaire à celui décrit dans l’annonce. La disparue est au bras d’un jeune homme à qui elle semble portée affection.

Très très court roman que ce “Le Mystère du métro Réaumur” puisqu’il s’étale sur 16 pages, simple colonne. Je dirais donc qu’il comporte environ 6 000 mots, sans pouvoir, pour une fois, l’affirmer puisque je n’ai, pour une fois, pas scanné le texte avant de le lire.

Avec une telle concision, on se doute bien que l’intrigue ne sera pas relevée, mais là, elle frôle tout de même les pâquerettes.

Plus que l’intrigue, ce qui chagrine c’est de constater que ce policier si efficace qu’il est reconnu par toute la profession, va s’intéresser à une banale histoire qui semble être une histoire d’adultère et qui se révèle être, en fait, pas beaucoup plus intéressante.

Une annonce promet une récompense pour la disparition d’une jeune femme. Le policier repère la femme au bras d’un jeune homme qu’elle semble affectionner. En se rendant chez l’homme qui a passé l’annonce, il apprend que celui-ci est fou amoureux d’une femme qui l’aimait aussi et, alors qu’il s’apprêtait à l’épouser, celle-ci a disparu en laissant derrière elle toutes les affaires et les cadeaux qu’il lui a faits.

À partir de là, l’inspecteur va se lancer sur la piste de la femme... ??? Pourquoi ? Une femme disparaît ! OK, cela peut intéresser la police. Mais en fait elle a disparu volontairement, elle est en bonne santé et elle est avec un autre homme ! Pourquoi le policier poursuit-il son enquête ? Pour la récompense ? Même pas ! Il n’en a pas besoin et n’en veut pas.

Non, sérieusement, le postulat de départ ne tient pas la route et comme la route est très courte, l’auteur n’aura pas le temps ni les moyens (mais en a-t-il l’envie) de nous captiver avec autre chose.

Pourtant, pour un si court roman, c’était une bonne idée de démarrer par l’annonce de journal. Cela posait les bases de l’histoire et du mystère en seulement quelques lignes. Ce gain de temps et de place pouvait être mis à profit pour complexifier l’intrigue.

De plus, l’auteur prend le temps de présenter son personnage principal en quelques lignes, mais qui suffisent à le cerner, ce qui n’est pas toujours le cas dans des romans si courts.

Mais, pour autant, l’intrigue est des plus inintéressantes et le personnage s’avère agir à l’encontre de sa mentalité que l’auteur nous a décrite.

Pour ce qui est du style : absent !

Au final, pas grand-chose à retirer de ce très court roman... et pourtant, il m’en reste deux à lire. Espérons qu’ils seront mieux...

Le fils prodigue

 

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Et voilà, je crois que je viens de finir mon tour du monde de Thomas Fiera !

Bien évidemment je ne parle pas d’un tour du Monde avec un grand M qui m’aurait obligé à quitter un fauteuil dans lequel mes fesses se plaisent à s’écorcher à longueur de temps, supportant difficilement le poids de mon Existence (là, il y a une majuscule, car, sans L je ne suis rien) qui tasse mes vertèbres et accélère le processus de vieillissement apparent d’un corps qui n’est pas celui d’une star, encore moins d’une étoile, car, si un corps, c’est leste, pas le mien (demandez-en confirmation audit fauteuil).

Non, je parle du monde de Thomas Fiera, ce détective dont Jean-Marc Ferrero narre les aventures régulièrement (mais pas assez pour étancher ma soif puisque je viens d’en dévorer la dernière tranche. Quoi ? Soif ! Tranche ! Boirais-je solide ? C’est qu’à défaut de manger liquide, j’ai encore toutes mes dents... sauf celles qui manquent... et celles qui sont fausses... bon, mais j’ai encore des dents... je bois l’eau, des préaux, comme disait Nicolas [l’homme de Lettres, pas celui du paraître] et quand il fait froid, l’eau, c’est du glaçon, un glaçon étant solide... bon, tout ça ne veut dire, mais suis-je obligé, toujours, de devoir donner du sens à médire à défaut de médire de mes sens).

Thomas Fiera ! Oui, c’est de lui que je vais parler une nouvelle fois... peut-être la dernière, puisque voilà bien longtemps que Jean-Marc Ferrero (je ne sais pas pourquoi, je n’arrive pas à l’appeler Jean-Baptiste) ne semble plus vraiment avoir d’histoires à conter.

Pour souvenir, Thomas Fiera, je l’ai découvert avec « Mourir en août », un excellent livre, pour ensuite le suivre dans de courtes histoires regroupées en recueil. Et je finis par un roman, « Le fils prodigue » ce qui semble laisser penser que la boucle est bouclée.

Le fils prodigue :

Chez Thomas Fiera, collectionner les emmerdes, c’est dans les gènes. Aussi, quand un de ses vieux amis, longtemps perdu de vue, fait appel à lui pour sortir son fils de prison, accepte-t-il la mission sans se douter qu’elle va le mener beaucoup plus loin qu’il ne l’imaginait. Thomas, avec l’aide de sa fine équipe et d’une bande d’écowarriors déjantés, va devoir affronter des avocats véreux, des assassins psychopathes et des savants fous à l’éthique dévoyée pour mener à bien une enquête pleine d’action et de rebondissements qui sera aussi pour lui l’occasion d’une réflexion sur la paternité, l’amour et la transmission. Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ? et de la santé, quand c’est Thomas Fiera qui s’occupe de l’ordonnance !

Thomas Fiera est une sorte de détective d’entreprise, généralement embauché pour résoudre des problèmes internes. Mais, allez savoir pourquoi, ses enquêtes débouchent toujours sur des affaires qui se terminent en bain de sang. Heureusement pour lui, pour l’aider, il est entouré d’une bande d’amis : deux hommes à la technique (informatique et autres) et deux femmes fatales en renfort.

La première aventure que j’ai lue, « Mourir en août », un roman (les autres sont plutôt de courts romans), possédait tous les ingrédients qui font pour moi une bonne lecture. L’auteur instillait une réelle plume. Le personnage, malgré quelques côtés caricaturaux et ultras usités (personnage cassé, au bout du rouleau, limite suicidaire) était suffisamment original et attachant, les personnages secondaires (notamment les deux femmes), relativement forts, l’ensemble ne manquait ni d’action, ni d’humour, pas même d’une pointe de mélancolie touchante (la relation entre Thomas Fiera et sa femme qui était dans le coma depuis des années)...

Les épisodes suivants avaient un peu de mal, notamment de par leurs concisions, à regrouper tous ces éléments qui avaient fait le succès de ce titre liminaire. C’était plaisant, mais on était loin de l’enthousiasme de cette première lecture.

Il faut donc avouer tout de suite que la boucle est bien bouclée, car, avec cette dernière lecture, je retrouve tous les éléments. L’action, l’humour, le style, les personnages secondaires forts et... même la mélancolie touchante, non plus avec la femme de Thomas (puisqu’elle est morte), mais avec son fils dont il découvre l’existence, ce qui le chamboule complètement.

À partir de là, tout étant de nouveau réuni, il n’y avait aucune raison pour que je n’accroche pas et j’ai totalement accroché en retrouvant le même plaisir que j’avais eu à la lecture de « Mourir en Août ».

Ainsi, sans le faire exprès, j’ai lu les épisodes dans l’ordre même où il le fallait (je ne sais même pas si c’était celui d’écriture et je m’en moque) en débutant par un point culminant et en terminant par un autre point culminant après avoir subit une légère dépression entre temps (dépression en termes de baisse d’altitude et non en termes de souffrance morale).

Au final, j’espère que Jean-Marc Ferrero (décidément, je ne me ferais pas à son prénom de Jean-Baptiste) nous offrir d’autres aventures de son héros, mais, qu’il choisira de produire un nouveau roman de taille assez conséquente pour pouvoir insérer tous les ingrédients nécessaires à une excellente lecture.

Coupable(s)

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Ne connaissant pas l’œuvre de l’auteur Samuel Sutra et devant les critiques dithyrambiques sur son roman noir « Coupable(s) », j’ai fini par me laisser tenter alors que, vraisemblablement, de par le goût des personnages récurrents et des polars décalés et drôles, j’aurais plutôt dû être attiré par sa série des « Tontons ».

Mais, qu’à cela ne tienne, revenons-en au roman qui nous occupe aujourd’hui et qui m’a occupé quelques soirées.

Je ferai l’impasse sur la biographie de Samuel Sutra, car, la vie des auteurs m’intéresse autant que l’intégrale de n’importe quelle série AB Prod en langue Pawnee sans sous-titres (mais les Pawnees n’ont pas le mauvais goût de regarder les séries AB Prod contrairement à pas mal de nos concitoyens que l’on pourrait, d’ailleurs, écrire en deux mots).

Bref, je le répète ad nauseam, la seule chose qui m’intéresse, chez un artiste, c’est sa production et donc, chez un auteur, ses textes.

Coupable(s) :

HAÏTI. 12 janvier 2010 – 16 h 50.
Le pays est frappé par le plus meurtrier tremblement de terre de son histoire.
L’aide humanitaire afflue de partout

PARIS. Aujourd’hui.
Une série de meurtres secoue la ville.
Quatre personnes sont retrouvées sauvagement assassinées.
Toutes sont liées à un projet baptisé « Kenscoff ».
Un cinquième individu est recherché.

Pour prêter main-forte à la Brigade criminelle dans cette enquête particulière, un jeune policier rejoint l’équipe.

Haïti, il connaît bien.
Il y est né.

Disons-le tout de suite, comme cela ce sera fait, « Coupable(s) » est ce genre d’œuvre qui souffre d’un rebondissement censé surprendre le lecteur ou le spectateur.

Du coup, vous comprendrez bien que ma volonté d’étayer ma critique pourrait engendrer des révélations qui nuiraient au plaisir futur des lecteurs désireux de se faire une idée par eux-mêmes.

Aussi, je vais prendre un autre exemple : le film d’Alexandre AJA : « Haute Tension ».

Pour ceux qui n’auraient pas vu le film, forcément, l’explication risque de ne pas être claire.

Mais, dans ce film qui suit le parcours d’un tueur en série, le spectateur assiste impuissant à des scènes de poursuites, de tensions, de violences à l’encontre d’une jeune étudiante, et à l’acharnement d’un psychopathe abattant un à un les membres de la famille de la jeune femme avant de tenter de la tuer à son tour.

Au bout d’une heure et demie, on se rend compte que la fille est schizo et que c’est elle la tueuse. Du coup, en repensant à tout le film (enfin, ceux qui l’ont fait, apparemment très peu, puisque le film jouit toujours d’une bonne réputation), on se rend compte que la plupart des scènes, à l’aune de cette révélation ne tiennent plus du tout la route et que le film n’en devient qu’une pénible supercherie.

C’est d’ailleurs tout l’inverse de « 6ème sens » de Night Shyamalan dans lequel tout le film prend un sens à l’issue de la révélation qui, pour le coup, est un choc qui fait de ce film un chef-d’œuvre de construction.

Bin, là, « Coupable(s) » est victime de l’idée de son auteur qui pense surprendre le lecteur et proposer un suspens insoutenable par la même occasion sauf que sa narration ne permet pas la révélation ou bien cette révélation détruit la narration et la rend caduque voire inepte. 

Bon, je ne peux en dire plus sans faire de révélation donc je vous demanderais de me faire confiance sur le sujet d’autant plus que la plupart des faits qui me dérangent fortement, ne semblent déranger que moi, ce qui fait qu’il y a de fortes chances pour que cela ne nuise pas à votre lecture pour peu que vous décidiez de tenter l’expérience.

Le roman suit le parcours de Jean Raph', un jeune policier du Renseignement qui est né à Haïti, mais a été adopté par des parents français dès sa naissance.

Des meurtres sanglants ont été commis sans que la police trouve les meurtriers. Mais, un quatrième crime semble relier les trois précédents et, surtout, démontrer un lien avec des pratiques vaudoues toutes droites issues d’Haïti.

Pour faire avancer l’enquête, le patron de l’unité de la Crim fait donc appel à Jean Raph' qui, en plus d’être né à Haïti, a beaucoup étudié les mœurs et les coutumes de ce pays.

Jean Raph' débarque donc en 36 quai des Orfèvres, la Mecques des policiers avec des yeux qui brillent et dans l’espoir d’y rester.

Sur place, il intègre une équipe qui regroupe les quatre équipes ayant enquêté sur chacun des meurtres plus une psy chargée d’établir le profil du meurtrier.

L’auteur use d’une double narration. Narration à la première personne pour suivre le cheminement de Jean Raph' et narration à la troisième personne pour décrire les actes du criminel. Double narration, alternée, bien évidemment, un procédé plutôt habituel.

Question style, si l’auteur est réputé pour ses romans humoristiques, il est à même de mettre de côté ce penchant quand il lui prend de plonger sa plume dans l’encre noire.

Pour autant, cette plume est suffisamment alerte pour que le roman se lise avec plaisir et les personnages suffisamment intéressant pour ne pas lasser, si ce n’est que la seule femme de l’équipe est forcément jeune, belle et désirable et bien évidemment attirée par le jeune flic.

Mais ce qui pêche le plus dans ce roman, c’est l’intrigue elle-même. Car, à la fin de la lecture, on a le sentiment que l’auteur a tout misé sur son rebondissement, dans une sorte d’autosatisfaction qui le pousse à répéter un peu trop souvent la question à laquelle répond ce rebondissement.

Et c’est là qui réside le nœud du problème puisque, non seulement ce rebondissement détruit l’œuvre, comme je l’ai déjà expliqué, mais, qu’en plus, le lecteur devine ce rebondissement plusieurs chapitres avant que l’auteur ne tente de l’assener en l’espérant comme un uppercut en pleine mâchoire du lecteur alors qu’il n’a guère plus d’impact qu’un soufflet de grand-mère.

C’est d’ailleurs fort dommage, car, sans cela, l’ensemble était plutôt plaisant à lire et avec un peu plus d’idée ou une meilleure structure narrative, le roman aurait même pu s’avérer plutôt bon du fait que l’auteur écrit plutôt bien.

Au final, un roman dans lequel on rentre rapidement et avec plaisir, un plaisir qui ne s’altère pas trop, mais qui s’effrite au fur et à mesure que l’on voit venir la fameuse révélation.


06 janvier 2019

L'empreinte infaillible

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L’inspecteur Barre est un personnage issu de la plume de Michel Cory, pseudonyme derrière lequel se cache probablement Maurice Coriem, ancien journaliste du Canard Enchaîné.

Les aventures du policier sont regroupées dans une sous collection éponyme de « La clé de l’énigme » des Éditions Populaires Monégasques, « Les enquêtes de l’Inspecteur Barre » dans la deuxième moitié des années 1940.

Le policier est un jeune homme de bonne famille, fortuné, ayant fait de hautes études, mais qui, par goût des mystères et l’envie de les résoudre, refuse tout autre poste que celui, de terrain, d’inspecteur.

La série fut éditée sous format fasciculaire de 16 pages offrant aux lecteurs de l’époque une lecture d’une bonne demi-heure.

Elle comprend 8 ou 9 titres.

L’empreinte infaillible :

Au château d’Archambaud, en Côte-d’Or, les époux Monty, riches propriétaires, sont retrouvés morts, au petit matin, dans leur lit, lardés de coups de couteau, par une domestique.

L’enquête, très vite prise en charge par les gendarmes, réduit le nombre des suspects à 2 : le cousin de la famille à la mauvaise réputation et aux problèmes d’argent chroniques et M. de Mercoeur, célèbre peintre, invité par le défunt couple à passer quelques jours chez eux.

Mais si l’enquête de moralité fait pencher la balance vers le cousin, les preuves et notamment des empreintes sanglantes retrouvées sur les lieux du meurtre désignent le peintre comme coupable.

Et comme tout le monde le sait, les empreintes sont infaillibles...

Comme déjà annoncé, les épisodes composant cette série sont très courts (dans les 6 000 mots) et se dévorent environ en une demi-heure.

Du coup, le lecteur se doute bien que l’intrigue qui va lui être proposée ne va pas rivaliser avec celle d’un roman à suspens classique.

Cependant, le lecteur constate également que l’inspecteur Barre tarde à pointer le bout de son nez. D’ailleurs, celui-ci attend que l’instruction soit faite et que le dossier soit en passe d’être proposé à la justice pour intervenir. Et, comme cette première instruction a pris la moitié du texte, l’intrigue est d’autant plus concise.

Car si toutes les preuves désignent le peintre comme le coupable (il dormait dans une chambre voisine, ses empreintes sanglantes sont présentes un peu partout, il dit n’avoir rien entendu de la nuit...), elles innocentent également le cousin (il a quitté le château dans l’après-midi et n’est pas revenu de la nuit comme le démontrent ses empreintes dans la neige, les seules présentes et montrant qu’il a quitté le château...).

Mais l’inspecteur Barre qui connaît le principal suspect et qui ne doute pas de sa moralité va s’évertuer à démontrer, non pas chercher des preuves de son innocence, mais tâcher de démontrer que les preuves relevées ne démontrent pas sa culpabilité.

Ceci dit, il le fera très rapidement et de façon quelque peu ironique, mais, du coup, bien trop brièvement pour que le lecteur soit entièrement satisfait.

Vu la concision du texte, on se doute également que l’auteur ne va pas s’attarder sur son personnage qui est très rapidement posé lors d’un dialogue avec le juge d’instruction, un ami de l’inspecteur.

Au final, un très très court roman policier qui, s’il n’est pas indigent à lire, est par trop concis pour vraiment apporter un petit plus au lecteur d’autant que le style de l’auteur ne se démarque pas des œuvres usuelles de la littérature populaire de l’époque.

L'assassin ne fume que des Gauloises

 

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Les personnages gentlemen cambrioleurs ont largement contribué à la littérature populaire du XXe siècle, notamment grâce à Arsène Lupin de Maurice Leblanc, mais également avec Robert Lacelle de Claude Ascain et... Théodore Rouma de Jean D’auffargis.

« L’assassin ne fume que des Gauloises » est un titre faisant partie de la collection « Les aventures extraordinaires de Théodore Rouma » publiée à partir de 1945 aux éditions SEBF dont une partie des couvertures est illustrée par le célèbre et cultissime Brantonne et au format peu ordinaire de 24 pages couvertes de petits caractères.

Derrière le pseudonyme de Jean d’Auffargis se cache l’auteur Maurice Laporte, un personnage complexe puisque fondateur de la Jeunesse Communiste en 1920 avant de quitter le parti, de devenir anticommuniste et, même, de collaborer avec les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.

Si je cite en partie la biographie de l’auteur, ce n’est ni par jugement de valeur, ni même pour information critique, mais uniquement pour démontrer la complexité du personnage. Vous le savez désormais, si vous lisez de temps en temps mes chroniques, la seule chose qui m’intéresse chez un auteur, c’est ce qu’il écrit.

Théodore Rouma est donc un cambrioleur naviguant dans la Haute Société, qui vole aux riches, pour en faire profiter les pauvres sans oublier de ponctionner une part du butin pour couvrir ses frais.

L’assassin ne fume que des Gauloises :

Théodore Rouma, sous l’identité de l’inspecteur René Fresnoy se fait inviter au bal donné pour les 20 ans de Christiane Froimont, fille d’un célèbre et riche banquier d’affaires afin de profiter de la soirée pour subtiliser un magnifique collier qui ornera le cou de la belle et richissime Américaine Edith Sidear.

Mais alors que le cambrioleur est parvenu à substituer une copie au véritable bijou, une nouvelle vient gâcher la fête : M. Froimont a été retrouvé assassiné dans le petit pavillon de chasse de la propriété...

Théodore Rouma est un voleur, certes, mais c’est également un galant homme et un justicier à ses heures perdues. Alors qu’il a infiltré une soirée mondaine dans le but de subtiliser un bijou qu’il a déjà convoité par le passé et dont il a volé une copie en lieu et place de l’originale, il se retrouve face à un meurtre. Premier problème, il est censé être policier. Deuxième soucis, un juge est présent à la fête et compte bien sûr lui pour faire avancer la fête. Troisième soucis, son ami, le docteur Didier, également de la partie, est retrouvé mort au petit matin. Enfin, ultime soucis, la police est lancée sur sa trace, le pensant coupable des deux meurtres.

C’est dire si Théodore Rouma va avoir fort à faire durant cette aventure. Pourtant, après le premier meurtre, le juge pensait bien avoir mis la main sur le coupable en la personne du cousin de la victime, les deux hommes ayant été surpris se disputant dans le pavillon par des domestiques. Mais René Fresnoy alias Théodore Rouma l’avait bien prévenu qu’il faisait fausse route, car l’assassin fume des Gauloises, selon lui. 

Sans que l’on puisse qualifier la plume de Jean d’Auffargis de flamboyante, il faut pourtant lui reconnaître une certaine aisance et une réelle fluidité qui rend le texte très plaisant à lire. Certes, l’intrigue n’est pas de haute volée, mais le court format ne permet pas, non plus, ce genre d’exigence.

Pour autant, tous les éléments d’un petit roman policier d’aventures et d’action sont présents : meurtres, faux semblants, déguisements, vengeance, audace, une légère pointe d’humour, romance, et un personnage de cambrioleur détective très gentleman.

Au final, une lecture qui donne envie de se replonger dans les aventures de Théodore Rouma qui, à défaut d’être « extraordinaires », comme le prétend l’intitulé de la série, sont plutôt agréables à lire et c’est déjà pas si mal.

La dactylo disparue

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Francis Bayard est un détective né de la plume de Jean des Marchenelles, un auteur né en 1913, mort en 1995, et qui fut, également, pigiste dans un journal puis auteur de pièces de théâtre.

Jean des Marchenelles dirigea la collection « Police-Privée » pour les éditions S.I.L.I.C. entre 1942 et 1944 qui ne comprend que des titres issus de sa production, principalement des fascicules de 32 pages, dont 8 titres sont consacrés au fameux détective Bayard.

« La dactylo disparue » semble être le troisième titre de la série (je dis « semble », parce que c’est assez confus puisque la série est mélangée à d’autres titres).

La dactylo disparue :

Micheline est dactylo dans l’étude du notaire Maître Renard.

Un jour, la jeune femme disparaît.

Son frère et son fiancé se lancent alors sur la piste sa piste, n’ayant, pour seule information, que les dires du clerc de notaire qui est persuadé que, chaque nuit, quelqu’un s’introduit dans l’office et déplace les objets et les dossiers...

Difficile de se faire une idée de la série et du personnage sur ce simple titre (le seul que je me suis procuré), déjà parce que l’épisode est court (32 pages, soit, environ, 10 000 mots) et que le détective apparaît très très tardivement du fait de l’histoire (mais je n’expliquerais pas pourquoi pour ne pas déflorer l’intrigue).

Question intrigue, pas grand-chose à en tirer. Bien évidemment, avec un texte si court, difficile d’espérer une intrigue de haute volée, mais là, celle-ci est des plus basiques. Rien n’est réellement développé si ce n’est la mise en place de l’histoire qui prendre plus de 16 pages sur les 32. Du coup, on se doute que la disparition, l’enquête et sa résolution sont bâclées.

Le détective Bayard demeure, après lecture de cet épisode, aussi mystérieux qu’avant, du fait de son « absence ».

Quant à la plume de l’auteur... sans être rébarbative, sa prose n’apporte aucune plus-value.

Au final, un très court roman qui, sans être indigeste, n’en est pas moins indigent. Pas grand-chose à retenir, donc, si ce n’est qu’on a pas forcément perdu notre temps, mais on n’a pas, non plus, gagné quoi que ce soit en découvrant les aventures de Francis Bayard. Peut-être faudrait-il donner sa chance au premier titre, en espérant mieux découvrir le personnage.

La tombola des voyous

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26e épisode des aventures de San Antonio signé Frédéric Dard.

On ne présente plus le commissaire San Antonio, aussi ne vous le présenterais-je pas, pas plus que Bérurier que tout le monde doit connaître, ainsi que Pinaud, les trois format la Sainte Trinité de la série.

La tombola des voyous :

Quand on prétend être un grand pêcheur, l’as de la ligne toutes catégories, il ne faut pas dévoiler ses secrets... surtout quand ils sont aussi curieux que ceux du valeureux Bérurier. Devinez avec quoi il appâte, le Gros ? Avec certaines parties des bovins qui constituent toute la différence entre un taureau et un bœuf, vous voyez ce que je veux dire ? Et c’est à cause de cette bizarre technique que tout a commencé. Nous étions penchés sur un immense bac d’abats, aux Halles, à la recherche du morceau convoité, quand le père Pinaud qui nous avait accompagnés poussa un léger cri et s’évanouit. Un coup d’œil dans le bac m’avait renseigné... Ce n’était vraiment pas beau à voir, et ça n’avait jamais appartenu à un quadrupède ! 

Parce que Bérurier veut appâter avec des testicules de taureau, celui-ci décide de se rendre avec un pote aux Halles et embarque avec lui San Antonio et Pinaud. Là-bas, dans un bac d’abats, entre deux têtes de bovins se trouve une tête d’humain, mais sans le corps qui va généralement avec.

Ne trouvant aucun indice à se mettre sous la dent, le commissaire qui est devenu la risée des journalistes et de ses collègues à cause de cette découverte et la déconvenue qui lui a succédé, décide de tenter le diable et fait passer un article dans le journal pour laisser supputer au meurtrier qu’une personne a été témoin du curieux dépôt. 

Les emmerdes ne font alors que débuter et vont s’accumuler dangereusement.

Le commissaire San Antonio fait encore partie du service d’espionnage et, pourtant, encore une fois, il va devoir s’occuper d’une affaire échouant à la criminelle.

Le trio est donc réuni dans ce roman ce qui n’était pas encore arrivé souvent avant (une ou deux fois ?)

L’intrigue est encore liée à la Seconde Guerre mondiale, comme c’était le cas dans « Fais gaffe à tes os » ou « Les doigts dans le nez », ce qui n’a rien d’étonnant pour une série, au départ, d’espionnage, se déroulant dans l’immédiate après-guerre.

Pour autant, Frédéric Dard emporte l’histoire sur le plan du roman policier, accumulant les cadavres, bien souvent du fait de San Antonio (volontairement ou involontairement) et les pistes.

Si le plaisir de retrouver San Antonio, Bérurier et Pinaud dans un même épisode est une plus-value indéniable, j’ai pourtant du mal à être totalement satisfait de cet épisode sans que j’arrive à savoir exactement pourquoi. Car, à part le trio, l’humour est présent, les bons mots eux aussi, ainsi qu’une histoire intéressante, de l’action, des morts et pas de temps morts (ce serait dommage vu la courte taille du roman).

Pour autant, il me manque quelque chose, pas grand-chose, pour que cet épisode atteigne des sommets, mais allez savoir quoi ? Moi, je ne sais pas trop.

Cependant, les amateurs de San Antonio trouveront leur compte dans ce titre, quant aux autres, ils ne mettront de toute façon pas leur nez entre ces pages.

Au final, un bon épisode qui réunit le fameux trio qui fit le succès de la série et de l’auteur, mais qui, contrairement à d’autres lecteurs, ne m’a pas tant emballé que cela (sans me déplaire pour autant, il ne faut pas pousser quand même).

30 décembre 2018

La chambre de lactation

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Il est parfois des romans que vous cherchez avant de lire, d’autres que l’on vous conseille, ou qui vous tombe par hasard sous la main et certains que l’on vous impose.

Je n’irai pas dire que « La chambre de lactation » de Frédéric Soulier fait partie de cette dernière catégorie, mais ce qui est sûr c’est qu’il ne fait pas partie de la première.

Effectivement, de moi-même, je n’aurai pas sauté sur cet ouvrage.

En fait, il m’a été fortement conseillé par une personne qui est aussi vitale à mon cœur que l’afflux sanguin qui le tient éveillé et aussi cruciale pour mon esprit que les neurones qui ne cessent de s’agiter pour me faire cogiter.

Venant de conseiller, à juste titre, à cette personne, de lire « Mygale » de Thierry Jonquet, celle-ci, en retour, m’invita fortement à tenter la lecture d’un roman qu’elle avait adoré, pensant, peut-être, que la similitude de sujet suffirait à me satisfaire... c’était bien mal me connaître.

La chambre de lactation :

AVERTISSEMENT : Cette novella est destinée à un public très averti et à des adultes consentants.

Luigi Rémaux et Martial Zantiva sont deux jeunes hommes qui arrondissent leurs fins de mois en commettant des cambriolages dans leur région. Quand Luigi, technicien en hydrocurage, intervient chez une riche notable qui vit seule dans un manoir isolé, au milieu d’un domaine de plusieurs hectares, il croit avoir trouvé la victime idéale. Mais la rapine ne va pas se dérouler comme prévu.

Vous qui lisez mes chroniques littéraires (si vous existez, je n’en suis pas si sûr, mais je suis parfois parano, ce qui ne m’empêche pas de rester lucide), vous n’êtes pas sans savoir qu’un seul genre littéraire n’a sens à mes yeux : Le polar !

Et cela tombe très bien, car le polar est probablement le genre codifié le plus prompt à se mêler avec ses autres confrères. Ainsi puis-je me délecter de polars humoristiques, de polars historiques, de polars scientifiques, de polars ésotériques, de polars horrifiques, de polars à suspens, de polars d’aventures, de polars fantastiques, de polars polaires, de polars aux Ydes (pour peu que l’on puisse conjuguer au pluriel ce village néerlandais).

Mais, comme tout un chacun, le sujet m’importe également. Aussi, puis-je adorer « Glacé » ou « Une putain d’histoire » de Bernard Minier et ne pas apprécier « N’éteins pas la lumière » du même auteur, même avec, pourtant, un personnage commun à « Glacé ».

Ici, à vrai dire, le sujet ne m’intéressait pas.

Pas, car le thème ne me disait rien.

Pas, car la 4e de couverture m’indiquait déjà trop de choses. Un cambriolage ; victime isolée ; riche notable ; ne se passant pas comme prévu... j’entrevoyais déjà ce qui allait se dérouler pour l’avoir déjà trop vu ou trop lu. Le cambrioleur qui tombe sur un os et qui devient la proie. Le chasseur chassé, l’arroseur arrosé...

Pas, car, je n’aime pas qu’on me prévienne que je risque d’être choqué... car c’est souvent le signe que cette démarche est volontaire et donc, qu’elle est, si ce n’est l’unique objectif, du moins l’un des buts principaux de l’ouvrage.

Pas, enfin, car j’ai toujours cette faculté à savoir à l’avance ce qui va me plaire ou pas. Un sixième sens littéraire qui me fait rarement défaut.

Mais bon, comme le roman était court et m’était très très vivement conseillé par l’unique personne capable de m’effrayer... à la simple pensée de me retrouver trop longtemps éloigné d’elle, je me lançais dans cette lecture...

Que dire ??? Il faut avouer (à moitié pardonné) que je ne suis pas partisan de l’utilisation de la vulgarité pour simple utilisation de cette vulgarité. Il faut encore me confesser que je suis devenu, avec le temps, répétitophobe. Bon, ce n’est pas tellement une phobie, je n’ai pas peur des répétitions, mais je les repère, chez les autres, et cela bloque quelque peu ma lecture, me fait sortir du texte, du contexte, du con de texte (oui, je n’aime pas la vulgarité pour la vulgarité, mais celle-ci a l’intérêt de proposer un jeu de mots).

Ces deux informations n’ont d’autre but que de justifier un mauvais départ. Car, un livre est comme toute histoire : il doit bien débuter et bien se terminer. Si c’est le cas, on pardonnera quelques faiblesses entre ces deux points.

Et là, le départ était quelque peu chaotique puisque la première phrase proposait un « se tripoter le chibre » de mauvaise facture et la seconde, une triple répétition du mot « grand ».

Bon, si cela avait été un livre lambda, j’aurais probablement refermé celui-ci sans autre forme de procès, car j’ai décidé qu’il y avait tant de bons livres que je ne lirai jamais (et pourtant j’ai depuis longtemps décidé de ne lire que des textes policiers d’auteurs francophones) pour perdre du temps avec un livre qui, je le savais, n’allait pas me plaire.

Enfin, comme je savais également que si je refermais le livre à ce stade (au bout de deux lignes) cette si chère personne me l’ayant conseillé prendrait cet acte pour de la mauvaise foi, je mettais mon ego de côté et ma patience en avant pour poursuivre ma lecture.

Que dire de plus ??? Bon, je dois avouer que la lecture s’avérait être moins indigente que je ne le redoutais. L’auteur avait le bon goût de nous proposer des mots empoussiérés à force de n’être jamais utilisés par ses confrères qu’il ne pouvait que trouver une certaine grâce à mes yeux. Mais, là aussi, utiliser des mots inusités juste pour utiliser des mots inusités ne peut suffire à faire d’un livre un bon livre et d’un auteur un bon auteur (sinon, j’aurais déjà obtenu le prix Goncourt depuis longtemps, si tant est que les récipiendaires soient des bons auteurs ? Je ne sais pas, leurs livres ne font jamais partie de ma liste de lecture).

L’histoire ne me parlant pas, mais le style n’étant pas rédhibitoire, il fallait espérer que les personnages seraient attachants. Car, oui, un polar en forme de survival (j’utilise volontairement ce terme de la langue de Shakespeare pour irriter l’oreille de celle par qui mes yeux furent irrités par la lecture de ce roman, libre à elle de chercher sa signification) se doit de proposer au moins un personnage attachant : celui qui va subir les affres de l’histoire. Car, si ce personnage ne fait pas naître un sentiment de sympathie aux yeux du lecteur, difficile pour celui-ci de s’émouvoir de ses malheurs, de trembler devant les sévices qu’il subit, d’être impatient de savoir ce qu’il va advenir de lui... bref, de prendre un certain plaisir de lecture.

Mais là, pas de bol, ni le héros du roman ni sa tortionnaire ne font naître la moindre empathie.

On ne tremble ni pour l’un qu’on ne désespère pour l’autre. Bref, on se fout totalement des raisons qui poussent l’un à faire subir à l’autre ce qu’il lui fait subir. On s’en moque, on s’en tamponne, on s’en branle, on s’en tripote le chibre, dirait l’auteur.

Du coup, pas de frissons, pas d’émotions, ne peut alors que rester l’horreur... une horreur qui aurait été accrue si la victime avait fait naître de l’empathie, mais qui peut tout de même offrir son lot d’émotions pour peu que l’on soit friand de ce genre de scènes ou, au moins, suffisamment émotif pour ressentir une certaine répulsion.

Toujours pas de chance, Maxence (oui, je suppose que toi qui lis cette prose te prénommes Maxence pour on assonance), si je n’éprouvais aucune sympathie pour le personnage principal je n’éprouvais pas plus de répulsion face aux scènes que l’auteur voulait probablement insupportables.

Insupportables, si elles devaient l’être, pour moi, elles l’auraient plus été d’un point de vue littéraire que d’un point de vue horrifique. Mais, concédais-je au moins, l’auteur délivrait une narration et un style qui, à défaut d’être révolutionnaires ou parfaitement maîtrisés, se révélaient parfaitement digestes.

Mais alors, que me restait-il ? me direz-vous, vous qui vous souciez de mon plaisir littéraire, surtout toi, Albert (oui, tu viens de changer de prénom, toujours pour une question d’assonance). Bah ! malheureusement, pas grand-chose si ce n’est un point final qui, n’étant pas si éloigné au départ, ne faisait que se rapprocher au fil de ma lecture.

Je vous passe donc le reste de mes sentiments qui, de toute façon, n’étaient pas vraiment différents au départ qu’à la fin pour en arriver à une conclusion que, je le sens, Armand, tu aurais préféré plus proche.

Au final, ce livre n’a, pour moi, d’autre intérêt que de faire se succéder une foultitude de perversions diverses et variées qui aurait pu, chez un autre lecteur, faire frissonner, saliver, exciter ou rebuter, mais qui n’a fait naître, chez moi, qu’un ennui poli et plat.

Le fantôme de Taverny

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L’inspecteur Barre est un personnage né de la plume de Michel Cory, – un alias probable de Maurice Coriem, un auteur sur lequel je n’ai aucun renseignement, – juste après la Seconde Guerre mondiale, dans la collection « La clé de l’énigme » aux éditions Populaires Monégasques.

L’inspecteur Barre est un jeune homme fortuné, fréquentant la haute société et qui, par goût du mystère, a embrassé la carrière de policier.

Le fantôme de Taverny :

L’inspecteur Barre reçoit la visite d’une jeune femme tristement connue pour avoir été la fiancée d’un espion allemand qui fût fusillé après la guerre.

Celle-ci prétend recevoir la visite, chaque nuit, du fantôme de son fiancé...

L’histoire se déroule juste après la guerre (écrite juste après la guerre, publiée juste après la guerre) et se concentre sur une histoire d’espion allemand qui fût fusillé après avoir empoisonné des militaires grâce à un produit chimique de son invention.

L’inspecteur Barre ne croit pas aux fantômes et décide de se rendre sur place. Là, il croise l’apparition, la poursuit, lui tire dessus sans que les balles fassent effet...

Histoire courte : une demi-heure de lecture (6 000 mots, probablement).

Bien évidemment, vu la concision de l’ensemble, l’intrigue est minimaliste, mais, ici, elle flirte avec le n’importe quoi (du moins, vu de notre époque... peut-être il y a 70 ans...). Car, on se doute bien qu’il y a une explication rationnelle à cette apparition, au fait qu’elle soit à l’épreuve des balles...

Comme pour le précédent titre lu, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Effectivement, la très très courte taille n’aide pas vraiment à proposer quelque chose d’exceptionnel (déjà que sur 10 000 mots, rares étaient les auteurs à proposer de très bons textes) et l’auteur se contente de dérouler une histoire sans grand intérêt dotée d’une explication fumeuse...

Question style, là encore, rien d’exceptionnel, le minimum syndical. Rien de rébarbatif, mais rien de captivant.

Pourtant, encore une fois, l’auteur prend le temps de cerner son personnage principal en quelques mots, ce que ne font pas tous les auteurs de l’époque quand la concision prime. Mais cela ne suffit ni à rendre le personnage attachant ni intriguant pas même original.

Au final, bon, un texte qui cale une demi-heure de lecture, il ne faut pas lui en demander plus. 

Mathilde et ses mitaines

Mathilde

Tristan Bernard est un auteur dont tout le monde ou presque a déjà entendu parler et qui est célèbre, entre autres, pour ses bons mots.

Né un 7 septembre 1866 et mort un 7 décembre 1947, il est l’auteur de nombreux romans et pièces de théâtre.

Mais qui se souvient que Tristan Bernard se soit essayé au genre policier ? Ceux et celles qui ont lu « Mathilde et ses mitaines », entre autres, probablement.

Mathilde et ses mitaines :

Mathilde ne paie pas de mine : « une espèce de paysanne du Morvan, au teint basané, aux durs yeux noirs, pas très fins au premier abord ». Mais lorsqu’il s’agit d’enquêter bien peu des collègues de son mari, l’inspecteur Gourgeot de la Sûreté, ne peuvent l’égaler. Justement, il se passe de drôles d’évènements à Belleville. Une bande d’apaches rode dans le quartier et une jeune femme se fait agresser sous les fenêtres de Firmin, un étudiant tranquille. Il la recueille, la soigne, mais elle n’a rien de plus pressé que de le quitter, poliment, mais définitivement… Au grand dépit de Firmin sur lequel elle a laissé une impression… forte. Et lorsqu’il visite, le lendemain, le magasin qu’elle lui a montré, il apprend que les locataires viennent de vider les lieux. Pour la retrouver, il s’adresse à Mathilde et à son mari. Mais ce couple d’enquêteurs ira, avec Firmin, de surprise en surprise : un cadavre qui disparaît, des passages souterrains, une infirmière qui se révèle un homme, des morts qui sont toujours vivants et bien d’autres découvertes les entraîneront sur la piste de dangereux criminels.

En voilà un roman bien intéressant né de la plume d’un auteur qui l’est tout autant.

Car, de la prose de Tristan Bernard, on peut s’attendre à une certaine divagation humoristique, à une accumulation de bons mots et d’aphorismes décapants, à des formulations extrapolées (il était un spécialiste des mots-croisés). Mais peut-on espérer, de sa part, une critique de la société, du mystère, du crime et de l’intrigue ?

Oui, « Mathilde et ses mitaines » le démontre allégrement.

Firmin est un jeune étudiant monté à Paris pour faire son droit. Il loue une chambre dans un hôtel d’un quartier quelque peu mal famé. Un des rares soirs où Firmin rentre tard, il croise une bande d’apaches qu’il se presse de fuir en rentrant chez lui. De sa fenêtre, il guette, après avoir entendu un cri dehors, et aperçoit une jeune femme étendue dans la rue. Son cœur et son esprit chevaleresque prennent le dessus et il descend chercher la jeune femme qu’il remonte chez lui. Là, le peu de temps passé à soigner l’inconnue, il tombe sous son charme et quand celle-ci décide de rentrer chez elle, il la raccompagne jusqu’à trouver un cocher. En chemin, elle fait un détour pour passer à une boutique dans laquelle un vieux bonhomme lui rend son chapeau. Puis la belle s’en va au loin sans que Firmin n’ait osé demander à la revoir.

Mais le cœur a ses raisons que la raison ne peut comprendre et Firmin ne se voit plus passer sa vie loin de la femme qu’il aime. Aussi, va-t-il faire appel à un ami de ses parents qui est policier et il se rend donc chez lui pour obtenir son aide. Mais, à défaut d’avoir l’aide de l’homme, il va obtenir celle de sa femme, Mathilde, une femme aux allures paysannes, mais qui va se montrer pleine de bon sens, de courage et de pratiques.

Remontant la piste, Mathilde et Firmin se rendent dans la boutique où l’inconnue a récupéré son chapeau, mais celle-ci a été vidée dans la nuit, seul un cadavre de femme demeure, enterré dans la cave. Sur l’épaule de la morte, une croix a été gravée semblable à celle ornant l’épaule de la femme que Firmin a aidée. Le temps d’aller chercher la police et le corps a disparu...

L’auteur n’hésite pas à proposer une véritable intrigue au lecteur, ne s’appuyant pas uniquement sur son sens de l’axiome et de l’humour. Mais, en plus d’une intrigue de bonne facture, Tristan Bernard s’amuse à égratigner une part de la société avec son personnage de Firmin, campagnard en pleine ville ainsi qu’avec celui du mari Mathilde qui ne cesse de conclure sur les goûts de Firmin en raison de ses origines.

Mais, avant tout cela, c’est un vrai personnage intéressant et touchant, un duo, devrais-je dire (voire même un trio), que l’auteur nous propose dans son roman.

Car, le personnage de Mathilde n’est pas du tout un faire-valoir présent pour faire naître les situations cocasses comme on aurait pu le craindre d’un livre écrit à cette époque et par cet auteur.

Bien au contraire, Mathilde se révèle à la fois femme forte, femme aimante, femme détective, femme courageuse et femme touchante. C’est le personnage fort du roman. C’est LE personnage de ce roman. Car, si l’on excepte la relation touchante qui lie Mathilde et son homme, c’est par Mathilde et quasi uniquement par elle que l’intrigue va avancer.

Si l’on ajoute à tout cela que Tristan Bernard maîtrise parfaitement sa narration et n’oublie pas, pour autant, son sens de l’humour, que rajouter à cela ?

Au final, une excellente surprise que ce roman policier très plaisant né de la plume d’un auteur n’étant pourtant pas réputé dans ce genre.

Polichinelle mouillé

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Frédéric H. Fajardie est un auteur de romans historiques et de romans noirs auquel je ne m’étais jamais confronté en tant que lecteur pour la seule raison que je ne savais pas par où commencer avec lui.

Fajardie est un grand nom de la littérature policière et je devais combler ce manque de ne point connaître sa plume, mais n’étant pas féru de romans historiques, il me fallait trouver le roman policier plus contemporain qui me donnerait envie.

Comme je suis obsédé par les personnages récurrents, et découvrant, via une critique, l’existence du commissaire Padovani, un héros de l’auteur apparaissant dans 6 romans (l’auteur est mort durant l’écriture du 7e), je décidais donc de faire la connaissance conjointe de l’auteur et du personnage.

Ne trouvant pas le premier roman de la série, « Tueurs de Flics », je me rabattais sur le 4e : « Polichinelle mouillé ». La courte taille du roman (170 pages) ne faisait que confirmer mon choix (j’aime les petits romans).

Polichinelle mouillé :

Pourquoi un dingue pousse-t-il des gens sous des rames de métro ? Comment une superbe jeune fille peut-elle tomber amoureuse de moi – et perturber mon enquête ? Pourquoi la maffia s’en mêle-t-elle ?
Moi, commissaire Padovani, un foutu flic avec une drôle d’équipe : pourquoi me refile-t-on toujours les affaires les plus dures, celles où, comme les feuilles mortes de la chanson, les cadavres se ramassent à la pelle ?

Je dois le confesser tout de suite, ce roman m’a laissé une impression mitigée. Mitigé est bien le sentiment qui prédomine dans ce texte puisque, que ce soit le style, le personnage ou l’ensemble, rien ne m’a déplu, mais rien ne m’a, non plus, enthousiasmé.

Question style, si rien n’est indigeste, dans l’écriture ou dans la narration, j’ai bien du mal à trouver ce qui la différencie d’un quelconque autre auteur de bonne facture.

Il n’y a guère que la narration qui alterne entre la troisième personne pour conter les méfaits du « pousseur » et la première pour raconter l’enquête du point de vue du policier, qui ait un petit goût d’originalité. Car le reste ne sort pas tellement des sentiers battus.

Le personnage principal, le commissaire Padovani est dans cette même mouvance. S’il se veut original, et parvient à l’être en de rares moments, il n’est pourtant guère différent de bons nombres de ses confrères littéraires.

Certes, il reste le sens de la formule de Fajardie, une critique de la société de son époque où l’on sent un désabusement évident, quelques pointes d’humour pas négligeables et un « méchant » qui ne l’est pas du tout en ce personnage du « pousseur ».

Mais à part ça... 

Au final, une lecture qui, sans m’enthousiasmer, ne m’a pas rebuté, ce qui n’est pas si fréquent que cela. Il me faudra revenir à Fajardie et, pourquoi pas, à Padovani, ultérieurement, pour me faire un avis plus défini.

23 décembre 2018

Thérèse Arnaud contre Mata Hari

 

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« Thérèse Arnaud contre Mata Hari » est le 9e épisode de la série signée Pierre Yrondy et mettant en scène l’espionne française Thérèse Arnaud et ses hommes pendant la Première Guerre mondiale.

Je ne m’étendrai pas sur les personnages récurrents (vous pouvez lire mes chroniques précédentes pour en savoir plus) ni sur l’auteur dont on ne sait de toute façon pas grand-chose.

Cependant, voici un petit résumé succinct de la série est des personnages.

Pendant la Première Guerre mondiale, le capitaine Ladoux du Deuxième Bureau est chargé de lutter contre l’espionnage allemand. Pour ce faire, il compte sur son meilleur agent, l’agent C. 25, alias Thérèse Arnaud et ses hommes, Malabar (le colosse), Languille (l’acrobate), Friquet (le titi parisien) et Marcel (le scientifique).

Thérèse Arnaud contre Mata Hari : 

Première Guerre mondiale ! 

La célèbre espionne française Thérèse Arnaud et ses hommes se sont chargés de surveiller l’ambassadeur de la Hollande qu’ils soupçonnent d’être au service de l’ennemi. 

Très vite, Thérèse Arnaud, alias l’agent C. 25 du Deuxième Bureau, va apprendre que le diplomate est en relation très étroite avec la danseuse orientale hollandaise surnommée Mata Hari… 

Thérèse Arnaud contre Mata Hari, voilà un titre qui promet une belle confrontation entre la célèbre espionne française et la non moins célèbre (et réelle) espionne allemande Mata Hari.

Espionne allemande... la chose n’est pas certifiée par l’Histoire même si Mata Hari a été exécuté pour cette raison.

Notons tout d’abord que Pierre Yrondy, s’il nous livre une œuvre de fiction, s’est, semble-t-il, inspiré de personnages réels. Effectivement, le capitaine Georges Ladoux du Deuxième Bureau a bien existé, il a même été en contact avec Mata Hari et a écrit ses mémoires dont notamment un livre titré « Comment j’ai fait arrêter Mata Hari », et ce seulement deux ans avant que Pierre Yrondy n’écrive sa série. 

D’ailleurs, on peut légitimement se demander à quel point l’auteur ne se serait pas inspiré de l’espionne Marthe Richard, à laquelle le capitaine Georges Ladoux a également consacré un tome de ses mémoires, pour développer son personnage de Thérèse Arnaud.

Mais revenons-en à la fiction.

Thérèse Arnaud et ses hommes sont chargés de démanteler un réseau d’espionnage dans lequel naviguent un ambassadeur hollandais et une danseuse exotique hollandaise.

Pour ce faire, l’espionne française tente de séduire le diplomate. Mais la tâche est difficile, l’homme étant plus intéressé par les cigares et l’alcool que par l’agent C. 25.

De leur côté, Friquet et Malabar sont chargés de surveiller les différentes fréquentations de l’ambassadeur...

Cette fois-ci, en dehors de Thérèse Arnaud, qui est toujours au centre des histoires, c’est Friquet qui prend le second rôle et Malabar le troisième. Languille et Marcel sont aux abonnés absents.

Cependant, même en l’absence des deux trublions, l’auteur nous livre une histoire rocambolesque, sans le moindre temps mort, durant laquelle Thérèse Arnaud et ses hommes vont risquer leurs vies depuis Nice jusqu’à la Hollande, et ce, à pied, à vélo, en bateau, en avion et même en motocyclette.

C’est dire qu’ils n’auront pas le temps de s’ennuyer et le lecteur non plus.

Mais, il faut bien avouer qu’à la fin de l’histoire, le lecteur qui a été alléché par le titre prometteur est quelque peu déçu tant le personnage de Mata Hari semble n’être présent que pour apporter son nom à l’histoire et attirer le lecteur. Effectivement, le personnage de Mata Hari de l’histoire est très loin de la complexité de la vraie Mata Hari, que ce soit de par son passé de femme galante ou celui d’espionne. Car, à la vérité, Mata Hari, a, au départ, été enrôlé par le capitaine Ladoux et le service d’espionnage français avant d’être accusé de travailler pour l’Allemagne.

Ici, rien de tout cela ! Mata Hari est juste présentée comme une simple espionne au service de l’Allemagne et, d’ailleurs, apparaît très peu dans l’histoire et, est sans aucun relief.

À défaut de Mata Hari, Thérèse Arnaud aurait pu affronter n’importe quelle espionne fictive, cela n’aurait rien changé à l’histoire et le lecteur aurait peut-être été un peu moins déçu.

Pour le reste, l’ensemble se lit très agréablement du fait de l’action omniprésente et de l’absence de temps mort et l’auteur poursuit son style à coup de tentatives de métaphores pas toujours très heureuses, mais qui, au moins, démontre une intention de tenter des choses.

Au final, un épisode dans la veine des précédents qui se lit tout aussi facilement et qui donne envie de suivre les autres aventures de l’espionne française et de ses hommes.

Un immonde chantage

 

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Le problème, lorsque l’on s’attaque à la lecture d’une série et que l’on veut faire une chronique sur chaque épisode, c’est que l’on est obligé de répéter à chaque fois un peu la même chose (pour ceux qui n’ont pas lu les précédentes chroniques) parce que l’on a affaire aux mêmes personnages, à la même plume, au même genre littéraire...

Aussi, je vais faire un résumé succinct :

L’auteur de la série « Thérèse Arnaud » est l’énigmatique Pierre Yrondy, auteur, également, de la série « Marius Pégomas ». Les aventures de « Thérèse Arnaud » ont été écrites et publiées initialement en 1934. Elles ont pour terrain de jeux la Première Guerre mondiale et Thérèse Arnaud y est l’une des plus célèbres espionnes françaises. Elle est entourée d’hommes de confiance : le colosse Malabar, l’agile Languille, le malin Friquet, et le scientifique Marcel.

Passons maintenant à l’épisode d’aujourd’hui :

Un immonde chantage :

La Première Guerre mondiale bat son plein ! Les troupes allemandes ont envahi le petit village de Pierrelaye dans lequel elles sont confrontées à la résistance de certains habitants.

Refusant de dénoncer les rebelles, Pierre Gallois, le maire du bourg, est promis au peloton d’exécution.

Sa fille Lucie, espérant obtenir la grâce de son père, vient plaider sa cause auprès d’un officier. Un odieux marché lui est alors proposé : devenir espionne au service de l’Allemagne contre la vie de son paternel.

N’ayant pas d’autre choix, la jeune femme accepte à contrecœur, mais, pendant l’une de ses missions, elle va croiser la célèbre espionne Thérèse Arnaud qui va alors tout mettre en œuvre pour contrer l’ennemi et sortir Pierre Gallois des griffes de l’adversaire…

Dans un petit village du Val d’Oise, les Allemands subissent les exactions de villageois. Le maire est arrêté et sommé de dénoncer les coupables. Devant son refus, il est condamné à être exécuté. Il parvient à convaincre son geôlier de faire parvenir une lettre d’adieu à sa fille.

Mais celle-ci n’est pas décidée à laisser son père mourir et elle décide de plaider sa cause auprès de l’officier du village. Le jeune lieutenant Hamsler, qui assiste à la scène, devant la beauté de la jeune femme et le fait qu’elle parle allemand, voit en elle une potentielle alliée de charme et lui met un marché en main : devenir espionne au service de l’Allemagne contre la vie de son père.

La jeune femme accepte la mort dans l’âme et va se voir confier des missions. Durant l’une d’entre elles, elle est abordée par Thérèse Arnaud qui va prendre connaissance des malheurs de Lucie, et tout faire pour l’aider et sauver son père.

Les ingrédients des précédents épisodes sont plus ou moins respectés : un peu d’humour, pas mal d’espionnage, beaucoup d’actions.

Si Thérèse Arnaud arrive un peu tard dans l’épisode, ce que l’on pourra reprocher le plus est la quasi-absence de la plupart de ses hommes à l’exception de Languille. Car, si Malabar apparaît brièvement, Friquet et Marcel sont eux aux abonnés absents.

Si cela ne nuit en rien à l’action, cela atténue tout de même l’attachement que l’on a à rencontrer les personnages usuels, chacun à sa place, comme on a pu le faire jusqu’ici.

Ceci dit, l’épisode se lit plutôt agréablement, comme les autres même si, du coup, absence de Friquet oblige, l’humour est moins présent et, avec celle de Malabar, l’action est un peu en retrait également. La part belle est alors faite à l’aventure et Thérèse Arnaud et Languille vont devoir en vivre pour se sortir de la gueule du loup dans laquelle ils vont se jeter corps et âmes afin de sortir le maire des griffes allemandes.

Pierre Yrondy nous livre donc là un épisode « classique », dans la veine de ce qu’il a proposé jusqu’ici avec ses phrases courtes, ses passages d’un temps au passé à celui du présent, afin de dynamiser son histoire.

Pour le reste, pas grand-chose de plus à dire si ce n’est que le lecteur attend avec impatience le prochain épisode à cause du rebondissement final de celui-ci, mais également parce que le suivant verra Thérèse Arnaud se confronter avec Mata Hari, rien de moins.

Au final, un bon épisode qui se lit vite et bien, mais qui est légèrement en deçà des autres.

Du sang sur les roses

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Thérèse Arnaud, alias C. 25, l’espionne française du Deuxième Bureau, qui œuvra pendant la Première Guerre mondiale, est l’un des deux personnages récurrents créés par l’énigmatique Pierre Yrondy (le premier. Le second étant le célèbre détective marseillais Marius Pégomas).

Thérèse Arnaud est une série d’espionnage humoristique (Pierre Yrondy fait du Pierre Yrondy) qui, en 1934, proposa 64 épisodes en fascicules de 32 pages doubles colonnes (environ 15 000 mots).

Si chaque histoire est totalement indépendante, les ennemis reviennent parfois d’un épisode à l’autre, ce qui offre également un fil rouge à la série.

Thérèse Arnaud, bien que courageuse et vaillante, ne travaille jamais seule, elle est entourée d’hommes de confiance : Malabar (le costaud de l’équipe), Marcel (le savant), Friquet (le titi parisien gouailleur) et Languille (le gymnaste). À eux cinq ils sont la terreur et la cible des espions allemands.

« Du sang sur les roses » est le 7e épisode de la série.

Du sang sur les roses :

Première guerre mondiale : les espions allemands investissent les rues de Paris. Pour communiquer entre eux, le pigeon voyageur demeure un moyen sûr.

Mais quand l’un d’eux ne retrouve pas le volatile porteur du message, qu’à la place, il découvre un bouquet de roses tachées de sang… que cela peut-il vouloir dire ???

De son côté, Thérèse Arnaud, alias l’agent C.25 du Deuxième Bureau est sur la piste d’Emma Gottlieb, la coordinatrice du réseau ennemi.

Entre les deux femmes va s’engager une lutte à mort dont sortira gagnante celle qui découvrira le secret du « sang sur les roses »…

J’ai déjà parlé de Pierre Yrondy dans mes autres chroniques sur les divers épisodes de ses deux séries et, d’ailleurs, je n’en ai pas dit grand-chose tant on ne sait rien ou presque sur cet écrivain.

La seule chose que l’on sache vraiment, on l’apprend à la lecture de ses textes : l’écrivain aimait l’humour, le phénomène de bande où chacun à son rôle...

Ce sont les deux points communs entre les deux séries de l’auteur (« Thérèse Arnaud » et « Marius Pégomas »).

Si l’humour est toujours présent dans les deux séries, le phénomène de « bande », bien que présent également dans les enquêtes de Marius Pégomas, est omniprésent dans les aventures de « Thérèse Arnaud ». J’évoquais, dans une chronique sur un précédent épisode, l’esprit à venir de la série télévisée « L’Agence tous risques », c’est exactement cela. Dans l’une ou l’autre des séries, chaque personnage a son rôle attitré. Le chef qui coordonne tout, mais met également la main à la pâte (Hannibal Smith vs Thérèse Arnaud). Le costaud qui a charge d’assommer les vilains ou de défoncer les portes (Barracuda vs Malabar). Les autres sont plus dissociables même s’ils ont chacun leur utilité. Languille, le gymnaste, est là pour escalader, se faufiler... Friquet, le titi parisien est d’une utilité générale, mais, surtout, la source des moments de fantaisies. Marcel, le savant, chargé de décoder les messages, développer les photos...

Dans les premiers épisodes, Thérèse Arnaud et ses hommes avaient affaire au terrible Karl Himmelfeld qu’ils avaient réussi à faire disparaître. Dans ce nouvel épisode, la bande va devoir affronter Emma Gottlieb, la chef d’un réseau d’espions allemands urbains qui s’est juré de venger Karl.

Pierre Yrondy nous livre une aventure plaisante dans son pur style : de l’humour, de l’action, de l’aventure, des chapitres rythmés parfois de phrases très courtes, dénuées de verbes. Des métaphores parfois hasardeuses... mais, dans l’ensemble, une bonne gestion de la narration et, surtout, une histoire très agréable à lire.

Bien évidemment, la série « Thérèse Arnaud » offre, à l’auteur, un avantage sur celle de « Marius Pégomas », qu’il n’a pas à développer une réelle intrigue, car le genre « espionnage » n’en nécessite pas forcément contrairement au genre « policier ». Comme la concision du texte ne lui offre, de toute façon, aucune latitude en la matière, on comprendra que l’auteur ait usé moins de l’humour pour compenser dans la série d’espionnage que dans la série policière. Pour autant, l’une comme l’autre offre ses moments de sourire, mais la série d’espionnage est plus concentrée sur l’action et l’aventure que sur les facéties et les loufoqueries des héros.

Si, bien évidemment, la France et ses représentants sortent toujours gagnants de la bataille avec l’ennemi allemand, ce dernier n’est pas forcément représenté (comme dans certains films ou séries de l’après-Seconde Guerre mondiale), comme ennemi un peu stupide et facile à combattre. Non, même si Thérèse Arnaud et ses hommes s’en sortent toujours, l’ennemi est à chaque fois coriace et intelligent.

Au final, un 7e épisode dans la veine des précédents, qui se lit avec tout autant de plaisir et dont la « bande » donne envie de suivre ses aventures à venir et il y en a encore plus d’une cinquantaine...

19 décembre 2018

Gil Baer

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Gil Baer né à Strasbourg le 17 février 1863 et mort à Paris le 22 avril 1931.

Illustrateur de presse (« Jean qui rit », « Le Pêle-Mêle », « Le Rire »...), il est, pour moi, avant, tout, un illustrateur de la littérature populaire.

S’il a illustré bon nombre de couvertures dans différentes collections de l’époque, il est lié à jamais, dans mon esprit, au point d’interrogation des couvertures de la mythique collection policière « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi des années 1920.

l'auberge du puits sans fond

D’un style et d’une signature reconnaissables, Gil Baer a illustré de très nombreuses couvertures toutes plus belles les unes que les autres, liant à tout jamais une image à un texte, un illustrateur, à un auteur...

 

 

 

 

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le bracelet fantôme

 

le puits sans fond

 

 

16 décembre 2018

La main de singe


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H.R. Woestyn est un des auteurs énigmatiques de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle. De sa biographie l’on ne sait pas grand-chose (pas plus les dates essentielles que les autres), si ce n’est qu’il était écrivain (ba oui), mais également traducteur des textes d’Edgar Alan Poe et qu’il usait de différents pseudonymes (André Beucher, Roger Nives, Jacques Bellême, Jules France, Henri Sevin).

Dans le catalogue d’OXYMORON Éditions, vous avez pu déjà découvrir l’auteur, notamment, dans un exercice de style peu courant, le micro roman, avec le recueil « Inspecteur Pinson » et quelques nouvelles pour la collection « KatreCar » ou, plus récemment, dans un titre de la collection « Les Cadennes » : « Une fête qui finit mal ».

La main de singe :

 Le comte de Servières, ancien consul de France à Palerme, est la cible d’une Vendetta depuis qu’il a contribué à faire condamner à mort un membre de la maffia locale. 

Revenu en France pour échapper à ses ennemis, il n’en a pas moins subi deux tentatives d’assassinat auxquelles il a réchappé par miracle.

 Bien qu’ayant changé d’identité, le voilà de nouveau face aux menaces de la bande qui en veut à sa vie.

 En ultime recours, il réclame l’aide du fameux détective Romain Farel. 

Ce dernier accepte de retrouver ses persécuteurs sans se douter que son client va devoir faire face à une menace des plus étranges… 

« La main de singe » est un court roman assez particulier, car il ressemble à un condensé de roman-fleuve.

Effectivement, malgré la concision de son texte, l’auteur nous livre une suite de séquences, de tableaux, qui s’emboîtent les uns dans les autres, mais où chacun prend le temps de mettre en place sa série.

L’histoire débute ici par une scène durant laquelle des maffieux discutent et où l’un d’eux apprend aux autres qu’il a retrouvé l’ennemi qu’ils ont essayé, par deux fois, d’assassiner.

Vient ensuite un chapitre pour conter les raisons de cette vendetta.

Puis un autre chapitre met en place ladite Vendetta.

Enfin, intervient le détective qui va résoudre l’affaire.

C’est donc un mini roman-fleuve, pourrait-on dire avec un peu d’ironie, que nous propose H.R. Woestyn.

D’autres répondraient que c’est un peu court pour un roman-fleuve, et ils n’auraient probablement pas tort.

Du fait de la concision du texte (14 000 mots), l’auteur ne peut développer aucune des parties et, en multipliant celles-ci, il rend encore plus difficile le fait de parvenir à les rendre lisibles.

Pourtant, H.R. Woestyn, sous le pseudo de Jacques Bellême, nous a démontré son talent de concision et que le fait de conter une histoire en quelques milliers de mots ne le dérangeait nullement, bien au contraire.

C’est encore le cas ici bien que l’on sente tout de même que le plaisir de lecture aurait été plus intense si l’histoire s’était étalée sur plusieurs centaines de pages.

À défaut, c’est sur 32 pages que l’intrigue tient.

Au final, voilà un petit roman qui sent le roman-fleuve et qui, pourtant, ne s’étire que sur le court espace d’un fascicule. Les émotions sont donc multipliées, autant que les différentes « parties » de l’histoire, mais elles sont forcément moins intenses qu’elles ne l’auraient été sur une taille plus conséquente.

Le mystère du cabanon

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Marius Pégomas, le célèbre détective marseillais, est un personnage créé par l'énigmatique écrivain Pierre Yrondy en 1936 pour une série fasciculaire de 36 titres de 32 pages double colonnes (environ 13 000 mots).

Chaque épisode est indépendant et « Le mystère du cabanon » est le 17ème de la série.

Pour en savoir plus sur la série, le personnage ou l'auteur (même s'il l'on ne sait pas grand chose sur ce dernier) il suffit de se reporter à mes chroniques sur les épisodes précédents.

Le mystère du cabanon :

Quatre amis attendent avec impatience, dans le cabanon de l’un d’eux, l’arrivée de Mireille, l’une des filles de la bande.

Mais à défaut de Mireille, c’est la police qu’ils voient débarquer pour fouiller les lieux.

Tandis que le corps de la disparue est rapidement retrouvé caché dans le coffre à bois, André, le fiancé de la défunte, s’enfuit en courant.

Pour le commissaire chargé de l’enquête les coupables sont vite trouvés et tous sont arrêtés.

Mais André est allé réclamer l’aide de Marius Pégomas, le célèbre détective marseillais.

Ce dernier aura fort affaire pour trouver le meurtrier et le mobile et va risquer sa réputation pour innocenter le pauvre jeune homme et ses amis…

Les enquêtes de Marius Pégomas sont donc de très courts romans policier à ambiance, d'environ 15 000 mots. Avec une telle concision, difficile de mettre en place une intrigue qui rivalise avec les grands thrillers, mais là n'est pas le but. Le but, c'est de donner du plaisir aux lecteurs et, pour peu que l'on apprécie les facéties du héros, ces enquêtes sont très agréables à lire.

Car, il ne faut pas se le cacher, le véritable atout de cette série est Marius Pégomas en personne. Car le bonhomme est prêt à toutes les frasques pour trouver la clef de l'énigme et n'hésitera pas, au passage, à ridiculiser la police, ou bien pire.

Le détective s'entoure parfois de Titin (son beau-frère), Flora (sa femme), de bouillabaisse (un ami) ou du docteur Mercadier (un savant loufoque).

Cette fois-ci, Marius Pégomas est mandé directement par l'un des principaux suspects d'un crime pour en trouver l'auteur et l'innocenter. Marius se méfie car, comme il le dit, ce n'est pas la première fois qu'un coupable l'embaucherait pour tenter de l'innocenter. Aussi, il ne néglige aucune piste.

Mais tout, dès le départ, semble étrange au détective (et à n'importe qui d'autre que la police). Déjà, de cacher un cadavre à l'endroit où on se réunit tranquillement. Ensuite, que la police reçoive une lettre anonyme dénonçant le meurtre, et expliquant où trouver le corps et que cette lettre ait été postée avant même l'heure du crime. Mais le commissaire et le juge chargés de l'enquête sont tellement persuadés de tenir les coupables qu'ils ne cherchent pas d'autres pistes, au contraire de Marius Pégomas.

Les enquêtes de Marius Pégomas sont toujours drôle et celle-ci ne déroge pas à la règle. Pourtant, Marius Pégomas y est moins loufoque qu'à l'accoutumée, mais le docteur Mercadier est, à son tour, source de sourires face à sa distraction légendaire.

Le principal défaut que l'on pouvait émettre à la lecture des précédents épisodes, c'est que l'auteur nous cachait la façon dont son détective résolvait son enquête (par soin de concision, mais aussi, avouons-le, pour éviter d'inventer un cheminement de pensée qu'il aurait été difficile, parfois, à mettre en place). On ne pourra pas faire un tel reproche à cet épisode car, même si le lecteur n'est pas placé en face de tous les indices, et bien qu'il parvienne à deviner le meurtrier avant que Marius ne l'accuse publiquement, l'auteur nous propose tout de même de suivre l'enquête de son détective privé, de suivre sa façon de réfléchir et de savoir quelles pistes il a suivi pour en arriver à sa conclusion. Ce n'est certes pas le policier à suspens du siècle, mais, comparé aux autres épisodes, c'est un grand pas en avant de ce côté-là. Du coup, Marius Pégomas étant plus investi dans la réflexion, il l'est moins dans l'action et, surtout, la réaction et, du coup, bien moins exhubérant qu'à l'ordinaire. En clair, ce que l'histoire gagne en aspect policier, il le perd un peu en humour. Pour autant, l'ensemble reste léger et drôle.

De plus, contrairement à l'épisode précédent, Pierre Yrondy se risque moins à des métaphores hasardeuses, à croire que cet épisode n'a pas été écrit à la même période que le précédent, ce qui est difficile à imaginer, ou bien, tout simplement, que l'auteur a varié quelque peu ses écrits.

Au final, un épisode un peu moins burlesque mais un peu plus policier, dans lequel le plus célèbre détective marseillais s'avère à son aise. 

Un mariage tragique

MP17

Marius Pégomas, le célèbre détective marseillais, est un personnage créé en 1936 par l’énigmatique Pierre Yrondy, auteur, juste avant, d’une autre série fasciculaire mettant en scène un personnage récurrent : Thérèse Arnaud, l’espionne française.

Marius Pégomas, si vous parcourez mes chroniques, vous devez déjà le connaître puisque j’en parle régulièrement au fur et à mesure de la lecture de ses aventures.

« Un mariage tragique » est le 17e épisode de ces aventures.

Un mariage tragique : 

Dans les Vosges, la population du petit village de Falconnet est en liesse. C’est jour de mariage. Jean Martinet, le fils du riche et apprécié industriel épouse Mariette Parny.

Les jeunes mariés sortent de l’église sous les vivats… Jean s’écroule.

Conduit immédiatement à l’hôpital, il mourra en route. Le diagnostic est clair : empoisonnement !

Alors que le Juge d’instruction commence à mener son enquête, un ami de la victime décide d’appeler le célèbre détective marseillais Marius Pégomas à la rescousse.

Quand le Juge et le commissaire de la police locale se rendent à la morgue pour récupérer la dépouille du défunt, ils apprennent avec stupeur que le corps a été emporté par un inconnu…

Marius Pégomas, est-il besoin de le rappeler, est un détective fantasque, barbu, trapu, fumeur de pipe, à l’humour omniprésent et qui n’hésite jamais à faire ce qu’il veut quand il veut, quitte à se mettre les représentants des forces de l’ordre à dos.

Mais, Marius a besoin de repos et, avec Flora, sa femme, il part en vacances dans les Vosges.

Et, comme le hasard fait bien les choses, un évènement tragique arrive non loin de son lieu de villégiature : un jeune marié a été empoisonné le jour de son mariage.

Un ami de la victime décide d’appeler le célèbre détective et, comme il obtient la communication alors que le Juge d’instruction est présent à ses côtés, pour lui cacher l’identité de son correspondant, il se met à tutoyer la personne qu’il a au téléphone en le faisant passer pour un ami du défunt et l’enjoignant à venir assister la famille.

Marius n’étant pas chez lui, c’est Titin, son beau-frère, qui a décroché et cet embrouillamini permet au détective d’entrevoir une partie des faits.

Bref, le Juge veut aller chercher le corps du marié, mais celui-ci a été emporté par un inconnu entre temps, ce qui fait que le Juge est de fort mauvaise humeur et commence à questionner tout le monde sans soucis des considérations de deuil de la famille.

Marius, qui est arrivé entre temps sur les lieux, ne peut s’empêcher de remettre en place le Juge et lui assurer qu’il va lui indiquer qui a enlevé le corps, et, surtout, lui amener l’assassin sur un plateau, du moins, la solution de l’énigme.

C’est toujours un plaisir de retrouver Marius Pégomas car il a la bonne humeur chevillée au corps et l’auteur semble s’en donner à cœur joie pour lui faire vivre des aventures. Outre les quelques expressions marseillaises (ou assimilées) que l’auteur lui met dans la bouche (« Pas Moinss », « Viédase », « Troun de l’air », « Boufre », « Pechère », « Pitchoun », « Bonne Mère »...), ce sont aussi les frasques de son héros qui lui confèrent une sympathie immédiate de la part des lecteurs. Marius Pégomas est prêt à tout pour faire triompher la justice, à tout et, surtout, à n’importe quoi.

À l’origine, les aventures de Marius Pégomas ont été éditées en fascicules de 32 pages doubles-colonnes, ce qui équivaut à peu près à 15 000 mots.

Avec une telle concision, on se doute que l’atout principal des textes ne résidera pas dans son intrigue et, d’ailleurs, très souvent, l’auteur, pour laisser plus de places aux pérégrinations du détective (et, peut-être, aussi, pour ne pas avoir à se creuser le citron), ne cherche pas à expliquer comment Marius Pégomas a bien pu résoudre l’affaire. Cet aspect peut, certes, être un peu frustrant pour ceux et celles qui aspirent à découvrir la clef d’une énigme en même temps ou avant le personnage, mais avouons que, dans le cadre de ce genre (« policier à ambiance ») on préfère tout de même profiter un maximum des loufoqueries du héros que de sa perspicacité.

Là encore, Marius n’explique rien et comprend tout, ou presque, immédiatement. Il est alors inutile de se demander comment il a compris, ce qu’il a compris, à partir de quel indice il a compris, vous ne saurez pas. Mais qu’importe, vous sourirez devant les frasques du personnage et apprécierez les dialogues pleins d’humour.

En parallèle, l’auteur tente d’instiller un peu d’originalité à sa plume en utilisant des métaphores parfois osées (mais qui ne tente rien n’a rien), comme « le capot mangeait le ruban ardoise », « l’auto dévorait la route », « Les maisons, les arbres, les prairies, à peine entrevus, fondaient dans le passé » pour signifier que la voiture filait à toute vitesse sur la route. Ce n’est pas toujours de bon aloi, mais, au moins, l’auteur essaye et on peut au moins lui reconnaître cela.

Question style, on notera la tendance de l’auteur (que l’on avait déjà noté dans les titres précédents) à rythmer certains passages à coups de phrases courtes, orphelines de verbes. Cette tendance n’est pas outrancière, l’auteur n’en abuse pas et permet quelques modifications de vitesse qui ne sont pas inintéressantes.

À part cela, on peut préciser que Marius Pégomas, dans l’ensemble, n’en fait pas trop (par rapport à certaines enquêtes) et qu’il s’est, en quelque sorte, mis au diapason du deuil de la famille afin de résoudre ce crime avec une certaine sobriété.

Au final, un épisode plaisant, dans lequel le personnage principal est un peu sur la retenue, mais qui offre tout de même son lot de bons moments et de sourires. À lire avec l’accent chantant et en pensant au chant des cigales.