Loto Édition

20 mai 2018

Deadline à Ouessant

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« Deadline à Ouessant » est le quatrième opus de la série « L’embaumeur », une série littéraire dans l’esprit du « Poulpe » lancé par Jean-Bernard Pouy.

Effectivement, si le personnage central est toujours le même, Luc Mandoline, thanatopracteur indépendant, l’auteur est différent d’un titre à l’autre.

J’ai déjà lu les trois premiers opus, mais, si j’avais aimé les deux premiers, le troisième avait un peu entamé ma motivation à poursuivre l’aventure en compagnie de Luc Mandoline.

Deux ans après, je retente ma chance. 

Deadline à OuessantUn ami déclaré mort dont on n’a pas retrouvé le corps, un « accident » entre deux vieux loups de mer qui va révéler les secrets de l’île d’Ouessant, secrets que l’on croyait oubliés depuis des lustres. Des personnages intrigants et touchants, des caractères bien trempés, une ballade insulaire. Un guide du routard à la mode polar. Mandoline va vivre de drôles d’aventures sur ce bout de terre du Finistère au milieu des flots. Tout comme ses amis restés sur le continent. Stéphane Pajot, tout en musique nous fait visiter sa Bretagne, s’inspirant de ses proches, des lieux qu’il fréquente. De l’humour, de l’histoire, la petite et la grande, un sympathique cocktail pour l’Embaumeur à consommer en ce début d’été ! « Le quart d’heure armoricain »

Je me suis laissé convaincre de recroiser le chemin du thanatopracteur ambulant à cause des quelques commentaires élogieux que j’avais pu lire sur ce quatrième opus. Notamment, les lecteurs y vantaient le style et l’humour de l’auteur et comme j’aime les auteurs qui ont du style et de l’humour et qu’on en trouve de moins en moins, je me suis dit : « Pourquoi pas ? ».

La rencontre avec un auteur, un roman, un personnage, est régie par peu ou prou les mêmes règles qu’une rencontre avec une personne. Selon le moment, l’humeur, les conditions, elle peut se passer plus ou moins bien.

Autant le dire tout de suite, les conditions ne devaient pas être remplies pour que je profite au mieux du livre, sans que je sache réellement quels ingrédients étaient manquants.

Toujours est-il que la lecture ne fut pas très agréable. Heureusement, le roman est assez court, ce qui m’a encouragé à aller jusqu’au bout, mais quelques dizaines de pages supplémentaires m’auraient probablement convaincu de mettre un terme à l’expérience.

Côté style, je suis certainement passé à côté... ou je n’ai pas la même définition ou la même attente concernant un style littéraire.

Point de vue de l’humour, c’est pire... je n’ai rien trouvé de drôle à cette histoire, ni aux dialogues, encore moins aux situations. Non pas que je sois allergique à l’humour, bien au contraire, mais là... j’ai bien identifié les tentatives de l’auteur en la matière, pointé l’hameçon lancé afin de ferrer les zygomatiques du lecteur... mais... point de touche.

Quant à l’histoire... alors, là... je n’ai rien capté du tout. Bon, si, j’ai compris de quoi le roman parlait, je ne suis pas non plus un demeuré, mais je n’ai pas saisi ce à quoi il voulait en venir, pas plus que l’intérêt des évènements, encore moins le comment du pourquoi, le cheminement... Et puis, la conclusion...

Au final, après un troisième opus de la série qui m’a déçu et un quatrième qui m’a laissé totalement indifférent, je crois que je vais arrêter là la fréquentation du personnage, pourtant intéressant, du thanatopracteur indépendant.


Du plomb pour ces demoiselles

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Frédéric Dard est principalement connu pour ses romans mettant en scène le commissaire San Antonio, mais on oublie un peu vite qu’il a écrit énormément d’autres romans sous son nom ou sous de nombreux pseudonymes.

Parmi ces romans : « Du plomb pour ces demoiselles ».

Cet ouvrage, édité pour la première fois en 1951, a été écrit en parallèle des premiers titres de San Antonio.

On y trouve le sujet de l’époque, l’espionnage, mais un style à la fois différent de celui de l’auteur de San Antonio, mais proche de ce qui se faisait à l’époque :

Du plomb pour ces demoisellesJe regardai Gloria, ma petite Gloria, étendue dans sa mort avec ses cheveux d’or et de sang. Son sang encore sur le panneau inférieur du lit, car son tortionnaire s’était servi du montant de bois comme d’un billot pour lui sectionner les doigts. Le gars qui avait fait le coup avait mis toutes les chances de son côté et toutes les charges du mien. Comment avaient-ils pu savoir que Gloria avait collé les micropoints sur ses ongles avant de laquer ceux-ci avec un enduit foncé ? Ces types nous avaient, suivis d’Indianapolis à Chicago...

Le roman débute avec Russel Moore qui découvre dans sa chambre d’hôtel que l’on vient de tuer la femme qu’il aimait et qu’on lui a coupé les doigts. Pourquoi tant de violences ? Parce que le père de cette dernière était un scientifique ayant fait une découverte intéressant diverses puissances et que les plans étaient cachés dans des microfilms collés sur les ongles de la jeune femme...

Problème, le meurtre et les amputations ont été faits avec le revolver et le couteau de Russel.

Persuadé d’être suspecté et condamné, Russel Moore n’a alors qu’une solution : retrouver les microfilms et, au passage, venger la mort de la femme qu’il aimait. Il va devoir parcourir Chicago, sous la neige, la nuit, avec la police à ses trousses.

Le roman se déroule presque en temps réel, du moins sur un espace temps assez limité, à peine plus d’une nuit, et nous conte les mésaventures d’un homme cherchant à la fois à s’innocenter du meurtre de sa petite amie et à la venger. Pour ce faire, il n’a que très peu de moyens et si ce n’est une prostituée qui décide de l’aider, il n’aurait guère de chance de réussite.

D’autant que les indices sont quasi inexistants, mais, à partir d’un taxi, l’homme remontera, petit à petit, de piège en piège, de risque en risque, jusqu’aux divers responsables du meurtre.

Si le thème est assez proche de celui des premiers San Antonio (des affaires d’espionnage), le style, lui, est très différent. Certes, l’auteur use d’une narration à la première personne et son personnage principal parvient à faire tomber toutes les gonzesses dans ses bras, mais là s’arrêtent les similitudes. Pour le reste, point d’argot, pas d’humour, pas de digressions, mais une écriture qui, je ne sais pourquoi, me rappelle plus Boris Vian sous le masque de Vernon Sullivan, que celle de Frédéric Dard sous le masque de San Antonio.

Si le scénario est un brin linéaire, du fait que le héros ne cesse d’avancer, il réserve une surprise finale assez surprenante (bien qu’utilisée depuis, notamment dans un film culte).

Au final, une bonne lecture pour ce roman assez court qui, sans révolutionner le genre ni la langue, parvient à conserver l’attention du lecteur jusqu’à l’ultime révélation.

Poulets grillés

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« Poulets grillés » est le premier roman de la journaliste Sophie Hénaff.

Poulets grillésLorsque le divisionnaire Buron décide de faire briller les statistiques du 36, il regroupe dans une brigade dont il confie le commandement à la commissaire Anne Capestan, reine notoire de la bavure, tout ce que la police judiciaire compte d’alcoolos, d’homos, de porte-poisse, d’écrivains, de crétins... Pour élucider des affaires classées. Mais voilà, Capestan aime enquêter, travailler en équipe et, surtout, contrarier sa hiérarchie. 

L’idée de base du roman avait tout pour me plaire. En effet, j’ai toujours aimé les romans ou les films dans lesquels le ou les personnages principaux sont des bras cassés qui vont en faire baver aux plus coriaces adversaires. Souvent traité sous les ressorts de la comédie, le sujet est parfois au centre d’œuvres plus noires.

Ici, le style du roman est emprunt de légèreté bien que le thème, au fond, n’évite pas une certaine noirceur.

La Capitain Capestan, ancienne championne olympique de tir, échappe de peu à la suspension suite à une terrible bavure. Plutôt qu’une sanction directe, la policière subit ce que l’on nomme une mise au placard sous forme de promotion. Effectivement, son supérieur lui confie une brigade, une brigade « placard » puisque vont y être incorporés tous les flics dont on veut se débarrasser sans les licencier. Alcoolos, grandes gueules, porte-poisse, homos...

Mais la création de cette brigade a un double but, se débarrasser des dossiers non résolus et ainsi gonfler les stats des brigades « classiques ».

Les quelques flics qui ont décidé de jouer le jeu vont se plonger corps et âme dans deux affaires de meurtres non résolues.

Sophie Hénaff nous propose une panoplie de personnages assez délurés et originaux. De la flic mise à l’écart pour une bavure, au chat noir avec lequel plus personne ne veut faire équipe, en passant par le flic de l’IGS homosexuel et la fliquette devenue écrivain à succès et dont les romans sont adaptés à la télévision... les portraits sont variés et la lattitude de caractère assez large.

L’auteur instille un humour par petites touches, sans sombrer dans la blague potache, mais qui ajoute une indéniable légèreté qui permet de faire passer le concept de base du roman.

Question intrigue, si je suis peu friand des multiples histoires qui finissent par se croiser, il faut admettre que les deux enquêtes parallèles sont intéressantes à suivre. Le seul hic demeure, pendant toute la lecture, la désagréable impression que l’auteur va mettre cette coïncidence (le fait que les deux affaires soient liées) sur le hasard, mais force est de reconnaître que Sophie Hénaff explique parfaitement la situation.

Toujours est-il que le lecteur se prend d’affection pour cette équipe de bras cassés et suit avec plaisir leurs aventures avec une mention spéciale pour le « porteur de poisse ».

Au final, un roman fort sympathique avec des personnages attachants, un humour léger et omniprésent et une intrigue qui tient parfaitement la route.

Le dernier Lapon

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« Le dernier Lapon » est un roman d’Olivier Truc qui se déroule en... Laponie. Bravo, vous avez gagné le pompon !

En règle générale, je suis subjugué par les films ou les séries qui s’ancrent dans des paysages enneigés. J’ai aimé les séries « Jour Polaire », « Fortitude »... j’ai adoré les films « The Thing », plus récemment « Wind River » et même, il y a des années, les films « Atanarjuat » ou « Smilla »...

Aussi, je ne doutais pas que ce roman me plairait... malgré les presque 600 pages (je préfère les formats courts).

Cependant, ce que je n’avais pas anticipé, c’est que j’entamais cette lecture à une mauvaise période de l’année. Ce genre d’ouvrage, je les dévore par morceaux, le soir, au lit, juste avant de dormir. Seulement, commençant ma lecture avant Noël, et, en plus, en période de crève, le temps consacré à ma lecture nocturne se réduisait comme peau de chagrin.

Le dernier LaponDepuis quarante jours, la Laponie est plongée dans la nuit. Dans l’obscurité, les éleveurs de rennes ont perdu un des leurs. Mattis a été tué, ses oreilles tranchées – le marquage traditionnel des bêtes de la région. Non loin de là, un tambour de chaman a été dérobé. Seul Mattis connaissait son histoire. Les Lapons se déchirent : malédiction ancestrale ou meurtrier dans la communauté ? " Demain, entre 11 h 14 et 11 h 41, Klemet allait redevenir un homme, avec une ombre. »

Le dernier Lapon est d’abord une histoire de nuit, ou de jour, d’un peu de jour dans la nuit, de la nuit des temps et de la culture d’un peuple qui en est issu.

En clair (oui, un peu de lumière dans l’obscurité de mes propos) plus qu’une intrigue policière, Olivier Truc nous propose de découvrir un nouveau monde qui est avant tout un ancien monde. Des oppositions entre la modernité dans laquelle s’inscrit l’intrigue avec l’archaïsme des us et coutumes d’une partie de la population qui continue à vivre à « l’ancienne » et où certains font charnières entre les deux mondes.

L’auteur nous conte, en même temps que l’enquête de la Police des Rennes sur l’assassinat d’un éleveur et le vol d’un tambour sacré, la vie des Lapons en général et des éleveurs de rennes en particulier. L’élevage des rennes, une activité ancestrale que peu, désormais, pratiquent à l’ancienne, puisque le scooter des neiges remplace les raquettes.

Malgré tout, les traditions ont la vie dure et ce sont ces traditions qu’Olivier Truc nous expose tout au long de son récit. Les tambours chamans, l’élevage des rennes et la complexité de cette activité dans un monde désormais partagé en pays aux frontières invisibles pour les animaux, la tradition des chants lapons... 

Mais ces informations sont prenantes et font passer l’intrigue au second plan (surtout quand on est dans une période de lecture où on a du mal à se concentrer sur la durée).

L’auteur tente pourtant de nous proposer plusieurs couches d’intrigues, avec un meurtre violent, un vol, des antagonismes secrets entre le Policier des Rennes et un éleveur, entre le même policier, d’origine lapone, et un autre policier...

Au final, un roman qui devient prenant, même si on ne se concentre pas sur l’intrigue, pour l’ambiance proposée et les informations apportées. 

13 mai 2018

Des gueules d'enterrement

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San Antonio nous revient pour une 24e aventure.

Des gueules d’enterrementIl me regarde avec intérêt et commisération. -Vous êtes monsieur Berthier ? demande-t-il. Il se dégrafe le col pour avoir plus de possibilités oratoires. -Non, réponds-je, pourquoi ? -Je venais à cause que Mme Berthier a eu un petit ennui, fait-il gauchement. -Ah ? -Oui, elle s’est fait écraser par une auto... -Et elle est morte ? -Tuée net. -C’est ce que vous appelez un petit ennui, vous ?

Bérurier, l’acolyte du commissaire San Antonio, achète, aux puces, un appareil photo pour l’offrir à son neveu comme cadeau de mariage. Il a tout prévu pour faire passer l’objet pour neuf, un beau papier d’emballage pour faire la rue Michèle, mais, au dernier moment, il se rend compte que l’appareil contient une pellicule. Il la retire de l’objet et la donne au spécialiste de la photo du bureau. Celui-ci, pour s’amuser, décide de développer la pellicule voilée et une photo, une seule, est encore viable. Sur le papier il découvre la tête d’un homme avec une balle dans le crâne. San Antonio va alors chercher à déterminer qui est le cadavre, pourquoi l’a-t-on pris en photo, qui l’a tué, sans se douter qu’il va se retrouver mêlé à une tout autre affaire que celle qu’il croyait.

Encore une fois, Frédéric Dard ne se contente pas de livrer une intrigue minable sous prétexte de tout miser sur sa plume et son personnage.

San Antonio et Bérurier vont donc déranger les jeunes mariés pour récupérer l’appareil en question. Le temps de s’arrêter manger un bout et, en sortant du restau, le commissaire aperçoit un type en train de forcer sa voiture pour voler l’objet. Il arrête le type, mais, lors de l’interrogatoire, ce dernier se fait la malle non sans lui laisser une belle bosse sur le crâne...

« Des gueules d’enterrement » est un bon épisode de la série dans lequel Bérurier et Pinaud participent à bonne mesure.

Tout part d’un évènement anodin, l’achat d’un appareil photo. Pourtant, tout va alors partir en cacahouètes pour tout le monde. Béru va en baver des ronds de chapeau. SanA ne va plus rien comprendre. Et Pinaud va se perdre au propre comme au figuré.

Et, pourtant, tout débutait mal.

« Il faut que je te fasse rire », voilà que Bérurier a des exigences. Il veut faire rire San Antonio et, pourtant, il ne fait pas rire le lecteur (du moins, pas moi). Il veut faire rire, mais il s’étire, s’étend, s’entend en train de parler, prêt à rire plutôt qu’à faire rire.

« Il faut que je te fasse rire ». D’accord, mais son histoire n’est pas drôle, ni au départ, encore moins à la fin.

« Il faut que je te fasse rire ». OK, mais qu’y a-t-il de drôle dans son histoire d’un type tellement pingre que, même pour le mariage de son neveu, plutôt que de lui acheter un appareil photo neuf, il en achète un d’occasion aux puces et utilise un emballage du Printemps (le grand magasin, par la saison) pour faire croire à la virginité de l’objet.

Du coup, un « Il faut que je te fasse rire » qui ne me faisait pas rire et qui me poussait à devenir exigent. Tiens, j’avais l’impression que Frédéric Dard n’était pas au mieux de sa forme. Qu’il nous livrait un San Antonio faiblard...

Déjà, j’envisageais un opus moyen. Je me voyais ne pas retrouver la plume et le style que j’apprécie tant.

C’est dire si j’étais pessimiste en ce début de roman.

Et, pourtant, petit à petit, l’impression disparaissait à mesure que celle du visage d’un homme avec un trou dans la tête apparaissait sur le papier argentique de l’expert.

Avec cette intrigue qui démarrait, le roman en faisait réellement autant.

Puis Bérurier prenait de l’ampleur, avec son écureuil, Pinaud prenait son envol, San Antonio prenait des coups, l’histoire prenait de l’intérêt et je prenais un réel plaisir de lecture malgré mes craintes.

Au final, ce 24e titre est un bon titre dans lequel le triumvirat (SanA, Béru et Pinuche) sont présents, ensemble, séparément, et absents, ensemble, séparément. Un très bon moment de lecture, mais on commence à y être habitué avec les aventures de San Antonio.

P.S. Si on veut être un peu bégueule, le titre n’a pas grand rapport avec l’histoire et ce n’est pas la couverture la plus inspirée de Michel Gourdon.


En trois coups de dés

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Florent Manuel, alias Henry Musnik, est un auteur de la littérature populaire française né au Chili en 1895 et mort en1957. Il a été un des piliers de la littérature fasciculaire qu'il a inondé de sa production sous de nombreux pseudos.

En trois coups de désLes Romieu viennent de subir un second vol de bijoux. Le domestique a été soupçonné et licencié, mais la police n'a pas réussi à trouver une preuve contre l'homme et encore moins le butin. L'inspecteur Gaspin, chargé de relancer l'enquête, part sur la piste du valet de chambre mais avec l'intuition que celui-ci n'est pas coupable...

Je l'ai déjà dit pour d'autres titres de l'auteur, faisant également apparaître le personnage de l'inspecteur Gaspin, Florent Manuel ne semble pas à l'aise avec le format contraignant du fascicule de 32 pages.

Ceci dit, rares sont les auteurs à avoir remporté allègrement ce genre de combat. On notera l'excellent Charles Richebourg avec son personnage du commissaire Odilon Quentin et le non moins excellent René Thomas (alias Louis Thomas Cervoni) avec son personnage de l'inspecteur Lémoz (et, dans une moindre mesure, avec ses personnages de l'Agence de détectives STOP).

Mais très nombreux sont les auteurs à avoir perdu la bataille, et, certains, à avoir été laminé par l'âpreté de la tache qui consiste à parvenir en 32 pages (10 000 mots) à imposer un personnage attachant et à placer une intrigue pas trop basique et qui tienne la route.

Pour autant, on doit reconnaître au Chilien d'être parvenu, sur ce titre, à limiter les dégâts et, si l'ensemble n'est pas comparable avec l'excellence de ses pairs précités, il n'en demeure pas moins que la lecture de ce titre est agréable, que l'ensemble est plus fluide que sur d'autres de ses titres et que l'intrigue, même si elle ne vole pas haut, suffit à maintenir le bateau à flot jusqu'à l'arrivée au port (c'est-à-dire au point final de l'histoire).

Au final, sans être une lecture incontournable, ce titre démontre que, quand il le veut, Henry Musnik parvient à relever, a minima, le défit du très court roman.

Dans un vieux château

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Comme je n’ai pas grand chose à dire sur l’auteur que ce que j’en avais dis lors d’une précédente chronique sur l’un de ses titres, je répète donc :

Florent Manuel est un des nombreux alias de l’auteur chilien de langue française, Henry Musnik, né à Punta Arenas en 1895 et mort à Paris en 1957. 

D’abord journaliste sportif, il se tourne, au début des années 30, vers l’écriture de romans d’aventures, de science-fiction et policiers. 

Il a la particularité (pas si particulière, d’ailleurs), d’être édité au sein de la collection « Mon roman policier » dont est tiré le titre qui nous intéresse aujourd’hui, sous différents pseudonymes : Claude Ascain, Jean Daye, Pierre Dennys, Pierre Olasso et Florent Manuel. Il écrira aussi pour la collection « Mon roman d’aventures » du même éditeur, Ferenczi.

Dans un vieux château : Simon Lepreux vient passer quelques jours dans le château. Le matin, l’homme a disparu. Le jardinier le retrouve, mort, dans une pièce dont le seul accès, la porte, est fermée. L’inspecteur Gaspin est chargé de l’enquête. 

Pas grand chose à dire réellement sur ce très court roman (fascicule 32 pages) si ce n’est qu’il ne laissera pas un grand souvenir ni par son style ni par son histoire.

Si j’avais déjà noté dans un fascicule précédent de l’auteur que, malgé sa grande production, il n’arrivait pas à s’épanouir dans un format aussi court, force est de constater, que c’est une nouvelle fois le cas. 

Ici, guère de personnages intéressants, l’auteur ne parvient pas à imposer son héros en si peu de temps, et l’intrigue est plutôt dans la mouvance de ce qui se faisait quelques décennies auparavant. Or, dans cette collection, on s’attend, comme ont su le faire d’autres auteurs, à un style et une histoire un peu plus moderne (on est dans le milieu des années 50).

Florent Manuel, alias Henry Musnik, n’y parvient pas. C’est fort dommage.

Au final, sans être une lecture indigeante, « Dans un vieux château » est juste une lecture qui ne laissera pas de trace dans votre esprit dès la 32ème page tournée.

Tragique week end

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René Thomas, alias Louis C. Thomas, alias Thomas Cervoni, est un auteur réputé qui est tombé un peu dans l’oubli. Pour en savoir un peu plus sur lui, je vous conseille de vous reporter à mes précédentes chroniques des titres de l’auteur ou bien au blog de Toton Pierre qui lui est consacré.

Tragique week-endIl fait chaud, très chaud, trop chaud pour le gros inspecteur Lémoz qui baigne de son jus, mais qui doit remplir son devoir : retrouver Madame Lemurat, la femme d’un important industriel marseillais. Celle-ci s’est rendue, en train, chez une amie, pour le week-end, mais n’est jamais rentrée chez elle...

L’inspecteur Lémoz a chaud, mais il va pourtant devoir se démener et voyager pour retrouver la femme d’un industriel qui a disparu après un week-end chez une amie.

Seulement, très vite, Lémoz se rend compte que cette visite cache bien autre chose et que la vie de la disparue est emplie de faux semblants.

Inutile de préciser que, du fait de la taille du roman (fascicule 32 pages soit moins de 10 000 mots), l’auteur ne nous propose pas une intrigue haletante, mais il nous offre pourtant des rebondissements et des fausses pistes.

Lémoz, une nouvelle fois, n’est pas présenté comme un super héros, flic dur à cuire, mais comme un type normal, qui transpire quand il fait chaud, qui s’essouffle quand il monte des escaliers... mais qui parvient à trouver toujours la solution des énigmes qui lui sont proposées.

Pas grand-chose de plus à dire sur le titre, il est dans la lignée de ce que nous a proposé, dans ce format, René Thomas.

Au final, un très court roman agréable à lire, issu de la plume d’un très bon auteur atypique.

06 mai 2018

Le diadème sanglant

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René Thomas nous propose une troisième et probablement dernière aventure des membres de l’Agence de détective STOP.

Le diadème sanglantPaul Mercier, le directeur de l’Agence de détectives STOP, est chargé de protéger un diamant d’une forte valeur lors d’une grande réception donnée par la marquise Santinel. Alors que Paul Mercier et sa secrétaire Cloclo, sont présents parmi les invités, Jojo, le colosse de l’Agence, remplit les offices du domestique préposé au vestiaire. Durant la soirée, une coupure de courant plonge le salon dans l’obscurité. Quand la lumière revient, le diamant est toujours là, mais Paul Mercier retrouve Jojo évanoui, une plaie à la tête. Un expert en diamant présent sur les lieux avertit la marquise que le diadème a été remplacé par un faux...

Dans la lignée des deux précédents titres, « Le diadème sanglant » propose une intrigue à la base assez classique avec un vol de diamant exposé au milieu d’une foule.

La lumière s’éteint l’espace d’une minute, le temps pour que quelqu’un remplace le vrai bijou par un faux.

Les membres de l’Agence STOP vont alors devoir retrouver le bijou et découvrir qui l’a volé et comment.

Quelques fausses pistes, mais pas trop, un rebondissement, que je ne révélerais pas, mais qui me pousse à me poser toujours la même question, que je ne poserais pas ici pour ne pas déflorer la fin...

Au final, pas le meilleur épisode de la courte série, mais un titre qui se lit facilement et, forcément, rapidement. On passera sur la révélation finale qui me fait toujours le même effet.

La mystérieuse enveloppe

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L’équipe de l’Agence de détectives STOP est de retour pour une seconde et, probablement, avant-dernière aventure.

Pour ce qui est de l’auteur, René Thomas, si vous voulez en savoir plus, je vous invite à lire ma chronique sur « Le client de la dernière heure » ou, mieux encore, l’excellent blog de Tonton Pierre consacré à l’auteur.

La mystérieuse enveloppeL’Agence STOP reçoit un curieux client qui, en échange d’une forte somme, exige qu’une enveloppe scellée soit mise en sécurité. Si dans huit jours, il n’est pas venu en personne récupérer le courrier, alors, celui-ci doit être amené à la police. Le soir même, Paul Mercier, le directeur de l’Agence, est appelé d’urgence par un étrange client qui lui demande de venir chez lui. Sur place, il est assommé et ligoté. Quand il revient à lui, il parvient à utiliser un téléphone et appelle Jojo, son homme de main, qui rapplique dare-dare pour le libérer. De retour à l’Agence, les deux hommes constatent que les bureaux ont été fouillés et que l’enveloppe scellée a disparu...

Un étrange client, un guet-apens, une mystérieuse enveloppe... voilà qui démarre l’intrigue de ce très très court roman (on est toujours sur un fascicule de 32 pages, 10 000 mots environ, 9 266 pour être précis).

Mais le « mystère » va très vite s’épaissir quand on découvrira la mort du client, de retour de Marseille, dans un soi-disant accident.

Les personnages se mettent en place rapidement pour rappeler le rôle de chacun établi dans le précédent opus. Paul Mercier, le chef ; Jojo, le bras droit, l’homme fort, un peu alcoolo, très brute, un peu voyou ; Cloclo, la secrétaire amoureuse de son patron (que l’on peut fortement rapprocher de la secrétaire de Nestor Burma).

Chacun un rôle, chacun une utilité, avec une prime pour Cloclo dont les offices dépassent quelque peu celui de la simple secrétaire puisqu’elle va parfois sur le terrain et qu’elle encourt certains risques.

Somme toute, des personnages assez classiques, dans la mouvance de ce qui se fait à l’époque, mais l’ensemble est dirigé par un bon chef d’orchestre (oserais-je dire un « excellent » ? Il faudrait que je me plonge dans un roman un peu plus conséquent de l’auteur pour pouvoir l’affirmer).

Soyons clair, de toute façon, la concision nécessaire pour mener l’ensemble (histoire et personnages) sur uniquement 32 pages, limite les possibilités, mais cette contrainte, qui guide la plume de l’auteur, apporte également un plus, comme un guide qui, certes, limite la latitude de nos actes, mais évite également les débordements.

Toujours est-il que René Thomas, Louis C. Thomas, se sort toujours aussi bien du piège du roman ultra court, et propose une histoire prenante et des personnages intéressants à défaut d’être attachants. Effectivement, le fait que chacun ait son rôle à tenir est là encore un guide, mais limite aussi l’épaisseur que l’auteur aurait pu lui donner. En clair, Paul Mercier, Jojo et Cloclo sont un peu prisonniers de leurs rôles et l’on devine qu’en seulement trois enquêtes, l’auteur n’aura pas le temps de défaire leurs liens et d’épaissir leurs caractères et leurs présences.

Pourtant, ne boudons pas notre plaisir. Pour un tel format (32 pages), René Thomas peut s’enorgueillir d’être un des auteurs qui se sort le mieux de ce traquenard en proposant des personnages qui ne sonnent pas creux et une intrigue et un style fluide.

Au final, on peut commencer à regretter que l’auteur n’ait pas utilisé plus souvent ces personnages, car, étant donné le plaisir de lecture déjà présent, il est évident qu’avec le temps, les héros se seraient libérés de leurs carcans et que l’ensemble aurait été encore plus agréable à lire. Cependant, c’est déjà très bien.

Le client de la dernière heure

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René Thomas est un auteur intéressant pour plusieurs raisons.

La toute première est que sous ce pseudo se cache l’auteur Louis Thomas Cervoni.

La seconde est que, même si, aujourd’hui, malheureusement, plus grand monde connaît cet auteur, de son temps, il eut un certain succès. Outre le « prix du quai des Orfèvres » reçu pour son roman « Poison d’avril », en 1957, il voit également, son roman « L’assassin connaît la musique », adapté au cinéma, en 1968, avec Paul Meurisse dans le rôle principal.

Question adaptations cinématographiques  : « Manie de la persécution » adapté par Julien Duvivier avec Alain Delon et « Les mauvaises fréquentations » adapté par Yves Favier. Sans compter les adaptations au théâtre.

L’auteur écrit également beaucoup de scénarios pour les séries radiophoniques de l’époque.

Certains de ses scénarios seront interprétés pas Brigitte Bardot, Guy Bedos, Mireille Darc.

Canal +, à la fin des années 80, produira et diffusera une série TV, « Sueurs froides », dont 16 épisodes sont des adaptations de ses nouvelles.

Mais Louis C. Thomas (pseudonyme sous lequel il écrira également) est aussi connu pour avoir écrit 17 scénarios pour la série télévisée culte : « Les cinq dernières minutes ».

Enfin, Louis C. Thomas est un auteur particulier puisqu’il était aveugle suite à un « accident ».

Louis C. Thomas, sous ses différents pseudonymes, a fait naître plusieurs personnages récurrents dont, notamment, l’inspecteur Lémoz dans la collection « Mon Roman Policier » aux éditions Ferenczi et les membres de l’Agence de détective STOP.

Le client de la dernière heureL’agence de détective STOP est dans la mouise. Plus de pognon, les impôts à payer, les huissiers qui s’apprêtent à investir les bureaux... Heureusement, au dernier moment de la journée, un client pointe son nez. Curieux client que Maitre Bavolet qui dépose une forte somme sur le bureau en réclamant, en échange, le silence... Paul Mercier, le directeur de l’agence, accepte cet argent tombé du ciel. Mais, une fois le client parti, il commence à avoir l’impression que l’homme l’a considéré comme un Maître chanteur. Il convoque son équipe, sa secrétaire Cloclo et son homme de main Jojo et apprend que ceux-ci ont envoyé un courrier aux hommes en vue de la Région, pour proposer les services de l’agence, afin de trouver de nouveaux clients. Mais la tournure de la lettre peut, si l’on n’a pas la conscience tranquille, avoir une tout autre signification. Il décide alors d’enquêter sur l’avocat et, en le suivant, il le voit déterrer une valise dans un jardin d’une propriété d’un petit village puis aller la jeter dans la rivière. Quand Jojo repêche la valise, elle ne contient que des pierres...

Qu’il est très difficile de réussir à capter le lecteur, à proposer des personnages intéressants et une histoire captivante en seulement 32 pages (moins de 10 000 mots). 

Pour autant, quelques auteurs parviennent à relever ce défi et certains réussissent, même à briller régulièrement dans cet exercice casse-gueule.

Jusqu’à présent, j’avais noté l’excellence de la plume de Charles Richebourg, avec sa série « Odilon Quentin », et j’avais déjà apprécié le travail de Louis Thomas Cervoni, sous le pseudonyme de René Thomas, avec ses titres autour du personnage de l’inspecteur Lémoz.

L’auteur allait-il parvenir à faire aussi bien avec les membres de l’Agence STOP ?

Je vous laisse mariner quelque peu.

Tout d’abord, laissez-moi vous présenter les membres de l’Agence STOP.

Le chef, le directeur de l’agence, s’appelle Paul Mercier. C’est un jeune homme qui a décidé de se lancer dans la profession en pensant vivre une vie d’aventures avant de se rendre compte que le métier de détective n’est pas toujours si mouvementé que cela.

Jojo, c’est l’homme fort de l’agence. Un colosse qui ne se déplace jamais sans sa fiole d’alcool pour se réchauffer. Toujours prêt à castagner quand il le faut, il ne s’embarrasse pas de scrupules quant aux moyens de parvenir à son but.

Puis il y a Cloclo, la secrétaire de l’agence qui n’hésite pas à aller sur le terrain quand il le faut.

32 pages, 10 000 mots au maximum, donc, peu de temps pour présenter les personnages et proposer une intrigue digne de ce nom.

Et pourtant, René Thomas parvient en quelques mots à mettre en place l’agence et ses membres, poser les rôles de chacun puis, à lancer une intrigue qui tient la route et qui laisse une part au mystère.

Cet avocat qui débarque dans l’agence pour lâcher son pèze et réclamer le silence. Vu la situation financière de l’agence, Paul Mercier n’hésite pas à accepter le pognon avant de se rendre compte que son client a plutôt agi comme quelqu’un que l’on faisait chanter. En réalisant que Jojo et Cloclo, pour trouver des clients, donc, de l’argent, ont envoyé une lettre pour proposer les services de l’agence, à des personnalités de la région et que le contenu de cette missive est suffisamment flou pour qu’une personne n’ayant pas la conscience tranquille, la prenne pour du chantage, il s’attelle à découvrir ce qu’a à se reprocher l’avocat.

En le suivant, il le découvre en train de déterrer une valise et d’aller la jeter à la baille. Quand Jojo la repêche, la valise ne contient que des pierres...

Pourquoi aller déterrer une valise contenant des pierres pour aller la jeter à la rivière ? Ce sera tout le mystère que Mercier devra résoudre.

Avec une description minimaliste, René Thomas réussit à rendre ses personnages intéressants, à défaut d’être réellement originaux (l’auxiliaire un peu rustre, alcoolo et peu respectueux de la loi... la secrétaire qui pourrait aussi bien être celle de Nestor Burma...).

Si l’intrigue démarre sur un quiproquo à peine crédible, la suite parvient tout de même à satisfaire le lecteur dans la mesure où il est conscient d’avoir affaire à un très très court roman.

Cependant, contrairement à d’autres auteurs d’autres textes du genre, René Thomas a un style fluide et un sens de la narration et de la concision qui offrent une lecture agréable. Effectivement, d’autres auteurs, parfois des auteurs confirmés à la bibliographie impressionnante, sur des tailles aussi courtes, ne parviennent pas à instiller cette fluidité. À la lecture, on peut avoir l’impression que le texte a été passé au rabot pour le faire tenir dans la taille désirée.

Ce n’est pas le cas avec René Thomas qui a tout de suite maîtrisé le format 32 pages (on peut s’en rendre compte avec sa première production du genre : « L’assassin a tout prévu », la première enquête de l’inspecteur Lémoz.

Au final, si l’on avait pu se rendre compte que René Thomas avait une plume de qualité et maîtrisait le format court avec les enquêtes de l’inspecteur Lémoz, on pouvait se demander si l’auteur était porté par son personnage ou bien s’il pouvait récidiver avec un autre. Le lecteur peut être rassuré.

Au suivant de ces messieurs

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San Antonio nous revient avec une 23e aventure qui le conduira jusqu’en Suisse.

Au suivant de ces messieursComme j’ouvre la porte, je fais un bond en arrière qui m’envoie dinguer dans le porte-pébroques. Il y a trois Messieurs sur le paillasson, qui s’apprêtaient à sonner. Et ceux-là, pas d’erreur possible, ce sont des vrais de vrais. Ils ont des bouilles qui ne trompent pas. Ils seraient nègres ou nains que ça ne se verrait pas davantage. Le gnard San-Antonio se demande à la brutale si, par hasard, ça ne serait pas le commencement de la fin.

Au lendemain d’une grosse biture dont il a du mal à se remettre, San Antonio est convoqué par Le Vieux (son Boss) qui le charge de se rendre illico en Suisse pour abattre un certain Vlefta qui va y débarquer par avion et risquer de griller la couverture de Mathias, un ami du Commissaire.

Arrivé en Suisse, San Antonio se fait alpaguer par une jolie pépette qui l’amène chez elle et tente de l’empoisonner. Dans le coaltar, mais toujours en vie, San Antonio parvient à s’échapper et à mener sa mission à bien, non sans faire un certain barouf qui va le mettre sous les feux des projecteurs et dans le viseur de la police locale.

Le Commissaire San Antonio œuvre encore seul dans cet opus. Pas de Pinaud, ni de Bérurier. De mauvais choix en mauvaises décisions, SanA ne va pas se faciliter la tâche et va en prendre pour son compte.

Si l’intrigue n’est pas de haute volée, la courte taille du roman permet d’éviter les temps morts et d’avoir l’impression de se trouver face à un récit mouvementé.

On sera en droit d’excuser les choix du Commissaire, que l’on mettra sur le compte de la cuite, du voyage en avion, de la tentative d’empoisonnement, de la maladie... et de tous les tracas qui suivront.

Peu de personnages, un style usuel, on se trouve plutôt face à un honnête et classique San Antonio plutôt qu’à un bon voire un très bon San Antonio, mais ce n’est déjà pas si mal.

Au final, loin d’être le meilleur opus de la série, « Au suivant de ces messieurs » est un très court roman qui se lit vite et bien et qui offre un bon moment de lecture. Mais on attend avec impatience que l’auteur nous envoie du lourd.

29 avril 2018

Les doigts dans le nez

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Probablement le 22e opus de la série San-Antonio, « Les doigts dans le nez » suit directement « Ca tourne au vinaigre » puisque Bérurier est en convalescence de ses blessures.

Les doigts dans le nezIl se soulève, prend sa chaise et me l’abat sur le crâne. Aussi fastoche que je viens de vous le dire. Mon bras paralysé par le coup de poêle à frire n’a pas eu la force de se lever pour braquer le soufflant. Je biche le siège en pleine bouille et illico je me trouve inscrit au barreau. Ça se met à tourniquer autour de moi. J’essaie de me cramponner à la table, mais des nèfles ! Je vais à dame. Le couple de petits rentiers tranquilles me saute alors dessus et font une danse incantatoire sur ma personne.

Le roman débute par une scène dans laquelle San-Antonio accompagne Pinaud chez son tailleur pour lui faire un joli costard. Le tailleur en profite pour signaler au commissaire une voiture abandonnée sur le chantier faisant face à son habitation.

Dans le coffre de la voiture, San-Antonio découvre le cadavre momifié d’un type fusillé 15 ans auparavant, à la fin de la guerre.

En cherchant un peu, le Commissaire découvre plusieurs éléments étranges :

1) Le macchabée semble avoir été fusillé 15 ans plus tôt.

2) Le mort est enfermé dans le coffre de sa propre voiture, volée, des années auparavant.

3) Le défunt a été fusillé pour trahison.

4) Son corps a été volé dans le tombeau.

À partir de là, San-Antonio va partir à la quête de réponses sur son temps libre.

Frédéric Dard nous offre du San-Antonio de l’époque pur jus. Bérurier est absent pour convalescence, Pinaud à peine présent au début de l’histoire, c’est dire que le Commissaire va œuvrer seul.

Si le style est typique des quelques opus précédents, je trouve que l’intrigue est un peu plus relevée. Du moins, me suis-je demandé comment l’auteur allait expliquer tous ces mystères et force est de constater qu’il y arrive très bien.

On notera également le personnage du gendarme bas de front dont le langage semble initier celui du Bérurier du futur.

Au final, un bon épisode de San-Antonio avec une intrigue plutôt intéressante (mais faut-il rappeler que Dard ne s’est pas contenté d’un style et d’un personnage, il a également proposé souvent des intrigues dignes de ce nom.)

Chili incarné

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Le Poulpe est un personnage que j’aime beaucoup, inventé par un auteur que j’aime énormément et dont les premiers épisodes m’ont beaucoup enthousiasmé.

Il faut avouer que ce qui fait la grandeur d’un homme, parfois, fait la décadence d’une série. En clair, quand Jean-Bernard Pouy (un génie, est-il besoin de le rappeler), a inventé le personnage de Gabriel Lecouvreur et mis en place le concept et la bible de la série (en clair, des passages obligés, des personnages récurrents, un auteur différent à chaque fois, un titre sous forme de jeu de mots...) et qu’il a ouvert cette série à tout le monde, il a, à la fois, fait la renommée de cette collection et, à terme, l’a condamnée.

Car, d’avoir tenu parole en acceptant de publier toutes les histoires qui seraient écrites, et ce quel qu’en soit l’auteur, il a réalisé ce que personne n’avait fait avant et, en même temps, à condamné la collection à vivre des hauts et des bas.

Au final, après presque trois cents épisodes, force est de constater que la qualité littéraire de ceux-ci oscille entre l’excellent et l’exécrable. Et, entre les deux curseurs, nombre d’épisodes ne parviennent pas à trouver leur place faute à des auteurs voulant parler à tout prix d’un sujet, au point, peut-être, d’adapter un scénario qui n’était pas prévu pour Le Poulpe, ou bien de vouloir incorporer un de leurs personnages auprès de Gabriel Lecouvreur. Ces épisodes, sans être mauvais, pouvant même être parfois bons, n’en sont pas moins des déceptions tant ceux-ci n’entrent pas dans le moule et dans l’ambiance d’un bon « Le Poulpe ».

C’était le cas avec, par exemple, « Touche pas à mes deux seins » de Martin Winckler où l’auteur incorpore son personnage de Bruno Sachs dans la série et c’est encore le cas avec le titre d’aujourd’hui où le sujet semble avoir été choisi pour un autre projet et l’auteur l’aurait remanié pour y incorporer Le Poulpe.

Chili incarnéDes cadavres d’opposants au régime du général Pinochet transformés en momies atacamèques ? C’est l’incroyable thèse d’un jeune avocat révélée par un entrefilet du journal Le Monde. Problème : un importateur français vient précisément de revendre un lot de ces momies à l’un des plus grands musées européens. De quoi vous échauffer un Poulpe ! Direction Santiago ! En poche, Gabriel n’a que deux adresses et une coupure de journal. C’est peu pour savoir si cette affaire est bien sérieuse...

En effet, Gérard Delteil est un auteur confirmé dont il est difficile de mettre en doute la qualité de plume. D’ailleurs, je ne me risquerais pas à cette extrémité, n’ayant rien à redire sur la qualité littéraire intrinsèque du roman dont il est question.

Seulement, l’on sait Gérard Delteil passionné d’Amérique latine et on connaît l’engagement politique de l’auteur. Si l’engagement politique n’est pas un frein à l’écriture d’un bon Le Poulpe, la plupart des auteurs de base de la série sont très engagés, le sujet sur le chili, Pinochet et cette histoire de momies n’avait, selon moi, que très peu de chance d’intéresser Gabriel Lecouvreur. Non pas que le bonhomme soit rétif aux voyages, ni qu’il ne soit pas touché par les problèmes de dictature, mais, j’ai du mal à le voir s’intéresser à cette histoire de momies, d’autant que l’auteur ne parvient pas vraiment à nous faire comprendre les motivations du héros (à part l’argent ?) et qu’il semble plus pousser par une tierce personne que par sa propre curiosité (qui est sa source habituelle de motivation).

À partir de là, je me demande ce que va foutre Lecouvreur au Chili et je me désengage de l’histoire et c’est fort dommage.

Dommage, car, avec une motivation bien établie ou, mieux, avec un autre personnage, un journaliste chilien, par exemple, quelqu’un touché de prêt par le fait divers, le roman aurait pu être tout autre. 

Effectivement, le sujet pouvait être intéressant bien que j’ai du mal à croire que l’on puisse confondre des momies de plusieurs milliers d’années avec des corps récemment momifiés, surtout lorsqu’elles sont destinées à des musées. Je ne sais si l’auteur a trouvé cette idée dans des rumeurs... 

Pour autant, le sujet pouvait surtout être prétexte à exposer l’histoire du Chili et des pays alentours...

Mais, Gabriel Lecouvreur étant de la partie, le fait de respecter la « Bible » du Poulpe empêchait, de facto, de produire une œuvre approfondie et renseignée.

Reste alors une petite histoire sympathique dans laquelle, pour moi, Gabriel Lecouvreur ne trouve jamais sa place. Il a beau se trouver dans la mouise, boire des bières, vivre des péripéties, rarement j’ai eu l’impression de lire un vrai « Le Poulpe ».

Au final, un roman qui se lit sans déplaisir, mais qu’il est difficile d’apprécier réellement en tant qu’un « Poulpe » tant les motivations du héros demeurent floues.

Gokan

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Diniz Galhos est un jeune auteur qui a débuté par la traduction et qui semble être passionné de cinéma.

GokanTokyo, 2010. Une garagiste, jeune, jolie, très désagréable. Son père, ancien Béret Vert, à peine plus aimable. Une valise diplomatique débordant de billets. Un assassin américain lancé dans un safari humain. Des yakuzas dépassés. Du béton, de l’électricité, des armes et du sang. De la musique, du cinéma. Et un professeur de la Sorbonne chargé de voler une bouteille de saké appartenant à Quentin Tarantino. Secouez le tout. Servez dans un bar de quinze mètres carrés. Ce cocktail explosif, signé par le traducteur du Livre sans nom, nous emporte dans un voyage ébouriffant au pays du Soleil-Levant. 

Autant le dire tout de suite, Gokan est un roman dont la narration aurait de quoi me rebuter. Effectivement, je ne suis pas très fan des romans, des films ou des séries qui suivent plusieurs personnages qui n’ont rien à voir entre eux et qui vont finir par se rencontrer.

Pour autant, j’ai décidé de tenter l’aventure pour l’humour et les références cinématographiques qui semblaient pulluler dans le texte.

Et c’est pour ces mêmes références et ce même humour et ces personnages jusqu’au-boutistes, que j’ai achevé ma lecture.

Car, malgré le système narratif qui m’est rébarbatif, certains personnages, notamment, l’Américain, étaient source de répliques et de scènes assez drôles et décalées.

On a d’ailleurs l’impression de lire un mélange entre un roman et un scénario, ce qui permet de faire passer l’histoire pas très évoluée, mais très visuelle.

Pour autant, le problème du livre est inhérent au parti pris des multiples personnages : on ne s’accroche à aucun d’entre eux.

Avec une histoire qui ne vole pas haut et des personnages stéréotypés auxquels on ne peut s’attacher, restent les éclairs de violences et certains dialogues savoureux pour maintenir l’intérêt du lecteur.

Au final, si le roman ne laissera pas une trace indélébile dans l’esprit du lecteur, il offre, malgré tout, un agréable moment de lecture et c’est déjà pas mal.

Lettre à mes tueurs

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René Frégni est un auteur de 70 ans qui a eu une vie bien remplie.

Marseillais de naissance, il passe toute sa jeunesse dans un quartier populaire de Marseille. Il quitte l’école et part voyager à travers le monde et revient trop tard pour effectuer son service militaire. Considéré déserteur, il passera 6 mois dans une prison militaire.

Plus tard, il quittera son poste d’infirmier en hôpital psychiatrique pour écrire des romans.

Depuis, il anime régulièrement des ateliers d’écriture en prison.

Cette courte présentation de l’auteur me semblait nécessaire pour mieux comprendre le roman dont il est question aujourd’hui.

Lettre à mes tueurs : Marseille, début septembre 2003. La canicule vient de balayer dix à vingt mille vieillards en France. Pierre Chopin, écrivain local, étouffe dans son appartement tout en se battant avec la page blanche lorsque déboule sur son palier une masse ensanglantée : Charlie, un ami d’enfance perdu de vue. La police est aux trousses de ce caïd marseillais qui s’enfuit mystérieusement par les toits... Embarqué pour une garde à vue digne des séries télé dont il raffole avec sa fille de onze ans, Julie, l’écrivain voit sa vie basculer dans un engrenage sanglant... En quelques jours, il devient le gibier d’un terrible tueur surnommé « le Silencieux ». Et n’a d’autre choix que d’accepter la périlleuse amitié de Sauveur, tueur tout aussi terrifiant. Tandis que progresse la traque sauvage jusqu’aux confins du Danemark, Pierre, avec les moyens du bord, s’acharne à sauver sa peau et protéger son enfant... Roman noir trépidant, Lettre à mes tueurs brouille les frontières entre fiction et réalité en mettant en scène un face-à-face électrisant entre un écrivain et de vrais tueurs. D’une plume sensuelle, captant avec bonheur la moindre des vibrations marseillaises, René Frégni nous plonge dans l’univers fascinant de sa pègre.

René Frégni met donc en scène un écrivain en mal d’inspiration qui va se retrouver confronté à la pègre bien malgré lui.

Parce que son ami d’enfance qu’il n’a pas vu depuis des années fait partie de la pègre, et qu’il débarque, blessé, dans son appartement, lui laissant une cassette avant de disparaître, Pierre Chopin va se retrouver la cible de terribles tueurs.

Dès lors, son seul espoir de survivre est d’appeler le numéro d’urgence que lui a laissé son ami d’enfance, en même temps que la cassette. À l’autre bout du fil, « Sauveur », un tueur impitoyable qui fera tout pour sauver l’ami de celui qui l’a sauvé jadis.

Histoire d’amitiés, de pègre, de chaleur, de crimes, de sang... René Frégni puise probablement dans son expérience pour écrire ce roman. Écrivain, pègre marseillaise, chaleur, quartier populaire...

Raconté une histoire à la première personne en prenant, pour personnage, un écrivain, voilà qui est un exercice un peu casse-gueule, du moins, quand on se retrouve face à un lecteur tel que moi.

Effectivement, d’un récit narré par un écrivain, j’attends une qualité de plume infaillible, un sens de la narration judicieux et des tournures de phrases à faire briller les yeux d’un lecteur avide de style.

Malheureusement, autant le dire tout de suite, ces points tant attendus le sont demeurés, attendus, jusqu’au point final.

Pour autant, ce roman n’en est pas moins agréable à lire. Peut-être aurait-il été meilleur si le héros avait été bureaucrate, puisque, apparemment, la volonté de l’auteur était d’opposer la vie d’un personnage mou du genou, l’écrivain, avec celle mouvementée d’un tueur, Sauveur, tout en transformant lentement le pisse-copie en criminel averti.

J’oubliais donc mes espoirs de style et me laissais porter par les mésaventures de cet écrivain qui, je l’espère pour lui, écrit mieux qu’il ne pense.

Évidemment, l’ensemble se lit avec plaisir, l’histoire est rythmée, le personnage principal relativement intéressant et le roman sans réel temps mort...

Bon, j’ai énuméré les points positifs, passons maintenant aux négatifs :

Le style... j’en ai déjà parlé, mais il est bon de le rappeler. Les incohérences... houla, qu’elles sont nombreuses ! Il ne faut pas être trop regardant si on veut prendre du plaisir à l’ouvrage. Heureusement, le rythme soutenu empêche de se poser trop de questions sur le sujet. Mais, quand même, cet écrivain qui devient un tueur plus redoutable que le plus redoutable des tueurs ???? Les évasions de prison ??? Je ne précise pas pour ne pas déflorer l’histoire, mais quand même. L’évasion de Sauveur, déjà bien extravagante, n’est rien en comparaison de celle du pote de l’écrivain !!! Difficile de faire plus portenawak que cette affaire-là.

Puis les divers voyages, les allers, les retours, les comportements de chacun...

Et puis, cette fin, qui surprend autant qu’elle n’agace. Une fin si rapide, si incongrue...

Au final, un roman qui ne restera pas dans la mémoire des lecteurs les plus exigeants, mais qui offre tout de même un moment de lecture assez agréable, malgré les défauts, grâce à un bon rythme et une taille relativement courte.

22 avril 2018

Le château du lac Tchou-An

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Frédéric Lenormand est un auteur de plus de 50 ans, habitué des romans policiers historiques et de littérature jeunesse et qui a déjà une belle bibliographie.

Parmi celle-ci, plusieurs personnages reviennent régulièrement, dont, notamment, le Juge Ti, inspiré d’une figure historique dont le réalisateur Tsui Hark s’est inspiré pour son « Détective Dee » et qui fût un personnage littéraire inventé par Robert Van Gulik.

Frédéric Lenormand reprend donc le personnage, d’où le nom de la série : « Les nouvelles enquêtes du Juge Ti ».

Comme pour toute série, quand je le peux, j’essaie de la découvrir par le premier épisode et, comme les choses sont bien faites, « Le château du lac Tchou-An » est le premier titre de la série.

Le château du lac Tchou-An : En l’an 668, surpris par une inondation spectaculaire, le juge Ti se réfugie dans une auberge de province. Le lendemain, un des hôtes est assassiné. D’autres cadavres flottent bientôt sur les eaux d’une crue toujours plus menaçante. Accompagné de son fidèle Hong, Ti suit la piste d’un splendide château aux occupants étranges et inquiétants. Quel secret protègent-ils si farouchement ?

Autant le dire tout de suite, je ne vais pas m’éterniser sur ce roman pour le simple fait que j’ai abandonné ma lecture en cours de route. Non pas que le style soit mauvais, que le personnage soit inintéressant ou que l’histoire soit inepte !!! Non, juste parce que, je pense, cela n’est pas du tout mon genre de lecture.

Ce constat est assez étrange, surtout pour qui me connaît, parce que je suis un passionné de cinéma asiatique... mais, le cinéma asiatique et la littérature asiatique n’ont pas les mêmes caractéristiques et comme l’auteur, si j’ai bien suivi, a pour ambition de proposer un style et une ambiance proche de ses inspirations...

Et c’est probablement parce qu’il a réussi ce qu’il a entrepris que je n’ai pas vraiment apprécié et que je ne suis pas entré dans l’histoire, dans le style et que je ne me suis pas attaché au personnage.

Pourtant, l’ensemble est assez poétique, relativement spirituel, mais très lent... trop lent à mon goût.

Au final, un roman et une série qui ne sont pas faits pour moi, ce qui ne retire rien à leurs qualités.

Le doigt de la morte

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38e enquête du commissaire Odilon Quentin de Charles Richebourg.

Je ne m’attarderai pas sur l’auteur, dont le véritable nom est inconnu.

Le doigt de la morteLe docteur Raoul de Montford, titulaire de la chaire d’anatomie à la Faculté des Médecine et membre de l’Académie des Sciences, a reçu, par courrier, dans une petite boîte, la phalange de l’auriculaire d’une jeune fille. La lettre accompagnant le colis enjoint, sur un ton railleur, le professeur, de deviner à qui le bout de doigt appartient. Pensant d’abord à une mauvaise blague d’un de ses étudiants, le médecin décide de faire appel à la police et c’est le commissaire Odilon Quentin qui est chargé de l’affaire…

Tout part de ce qui pourrait être une simple blague de carabin, un professeur de médecine reçoit un colis avec un doigt coupé et une lettre le mettant au défi de trouver l’identité de la propriétaire du doigt, lui qui se vante d’être si doué.

Effectivement, la lettre laisse à penser à une vengeance d’un élève déchu, mais le commissaire Odilon Quentin ne s’arrête pas aux évidences et va mener son enquête en lançant ses hommes, comme à son habitude, sur les différentes pistes qui s’offrent à lui.

Avec la police scientifique (qui, déjà, à l’époque, dans les années 50, rendait de grands services), le commissaire connaît la marque et le modèle de la machine à écrire avec laquelle a été tapée la lettre accompagnant le doigt. Par le spécialiste de la médecine légale, il confirme l’âge approximatif de la propriétaire du doigt, son problème de manque de calcium provoquant, probablement, des problèmes de dents, et le fait que le doigt a probablement été coupé par un boucher (aux dires du médecin légiste). Malheureusement, les impressions entrent en contradiction. La lettre mènerait à un élève en médecine, l’étude du doigt à quelqu’un qui n’a pas la pratique de la médecine et qui use d’objets tranchants bien plus épais qu’un scalpel, genre, couteau de boucher.

Encore une fois, Charles Richebourg nous propose une histoire mettant en scène la misère humaine et aussi les aspects plus sombres de la société et des gens. Il ne traite pas de crimes spectaculaires ni de monstres, juste des petits crimes commis par des gens « ordinaires »...

Son commissaire est à l’image des enquêtes, à la fois ordinaire et humain, et son travail est au diapason du policier, ordinaire et humain. Le policier n’est pas un grand détective de romans policiers, comme il aime à le répéter, mais un fonctionnaire de la justice qui s’appuie sur les faits et non sur des déductions à la limite de la divination.

C’est ainsi que le commissaire Odilon Quentin quitte rarement son bureau puisqu’il organise tout à partir de ce point central et laisse les tâches actives et physiques à ses hommes.

On suit donc le cheminement d’une enquête classique que le commissaire pilote depuis ses quartiers, laissant les tâches subalternes à son équipe.

Le policier aura plusieurs pistes à suivre. Il les écartera au fur et à mesure pour ne conserver que la bonne, comme à son habitude.

Au final, c’est presque lassant de répéter à chaque fois que je ne suis jamais déçu avec les enquêtes d’Odilon Quentin, mais, que voulez-vous, c’est ainsi : je ne suis jamais déçu avec les enquêtes du Commissaire Odilon Quentin !

Grisbi or not grisbi

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Albert Simonin, vous ne le connaissez probablement pas. Le roman « Grisbi or not grisbi », il se peut fort que vous ne l’ayez jamais lu. Pour autant, tout le monde connaît l’auteur et le sujet de son roman puisqu’Albert Simonin a adapté librement son propre roman pour écrire le scénario d’un film culte dialogué par Michel Audiard : Les tontons flingueurs.

Cependant, à la lecture du roman, on se rend compte que l’adaptation est très libre, que, si les personnages principaux sont présents dans les deux, les dialogues de Michel Audiard et la touche d’humour ajoutée apportent une énorme plus-value au film.

Grisbi or not grisbiMax, dit « le menteur » se la coulait douce sur la côte, mais le voici rappelé d’urgence par son vieux copain Pierrot, dit « le gros » : Fernand le mexicain n’en a plus pour longtemps, et il s’inquiète. Il demande à Max et Pierrot de devenir leurs exécuteurs testamentaires, ce qui revient à veiller sur ses affaires et assurer une rente décente à sa femme. Oui, mais voilà, les Volfoni veillent…

Max, rangé des voitures sur la côte, est appelé d’urgence par son copain de toujours, Pierrot, pour revoir Fernand, rentré du Mexique où il s’est exilé depuis des années et qui est rentré à Paris pour léguer ses « affaires » avant de caner.

Et c’est à Max et Pierrot qu’il lègue ses tripots, au grand dam des frères Volfoni qui n’acceptent pas d’être ainsi spoliés d’affaires qu’ils convoitaient.

Max et Pierrot vont alors devoir subir les affres des Volfoni...

Si Michel Audiard maniait l’argot avec un sympathique humour et une certaine poésie des mots, Albert Simonin, lui, propose aux lecteurs un argot certes plus authentique, mais bien moins agréable à lire ou à entendre, du moins, pour moi.

Du coup, je n’ai jamais réussi à totalement entrer dans l’histoire et dans le roman du fait de cette langue qui prend beaucoup de place lorsqu’elle n’est pas distillée de façon fluide.

L’histoire, elle, demeure assez classique, avec cet ancien truand obligé de reprendre du service par loyauté et qui va devoir subir la vengeance de la concurrence.

Une histoire d’amitié, de double amitié, même, puisque Max et Pierrot sont amis de toujours et Max et le Mexicain l’étaient également.

Amitiés viriles, donc, qui se défendent à coup de flingues.

Cependant, force est de constater que Simonin parvient à décrire la lassitude du héros qui se serait bien passé de reprendre les armes.

Une lassitude qui trouvera son paroxysme dans un final émouvant.

Si vous connaissez les « Tontons flingueurs » par cœur, cela ne vous empêche pas de lire ce roman tant les deux histoires dévient très rapidement.

Au final, un roman qui restera moins dans mon esprit que l’adaptation cinématographique, du fait d’un langage plus brut de pomme. Malgré tout, la lecture n’est pas déplaisante et je tenterais une autre incursion dans le monde d’Albert Simonin, probablement avec la trilogie du Hotu.

Échec à la dame

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Odilon Quentin est de retour pour une 36e enquête, une enquête « double » puisque, pour l’occasion, le titre passe du format habituel de 32 pages (10 000 mots environ) à celui de 64 pages (20 000 mots environ).

Deux fois plus d’Odilon Quentin dans cet épisode, donc, mais le policier reste fidèle à lui-même.

Échec à la dameMaître Bédarieux est retrouvé poignardé devant son bureau. Le commissaire Odilon Quentin est chargé de l’enquête avec les recommandations de son supérieur et des hautes instances de la magistrature de veiller à trouver le meurtrier sans mettre à mal la réputation du défunt. Mais le policier n’est pas homme à marcher sur des œufs. Pour lui, seule la Justice compte. En épluchant le passé de la victime, le commissaire se rend compte qu’entre a vie professionnelle de l’avocat et sa vie intime très mouvementée, les suspects ayant un mobile pour le tuer sont nombreux…

Le titre débute par une scène de tribunal durant laquelle deux journalistes assistent à la condamnation à l’échafaud de Lenoir, un petit caïd du milieu grâce à la technique de Maître Bédarieux qui, à l’aide d’une astuce d’avocat parvient à convaincre les jurés de la culpabilité du prévenu. L’un des deux journalistes note le regard très sombre, meurtrier, même, de la petite amie du condamné et sent que les choses vont mal tourner pour l’avocat.

Et, peu de temps après, Maître Bédarieux est retrouvé poignardé à mort dans son cabinet.

Le commissaire Odilon Quentin fouille la vie du défunt et constate que l’homme avait de multiples maîtresses. Parmi celles-ci, sa secrétaire, dont le petit ami promet de demander des comptes à son patron. Mais le fiancé outragé prétend avoir croisé chez l’avocat, une sorte de brute. Puis, il y a l’ultime client mystérieux de l’avocat. Les pistes sont donc nombreuses.

Si l’histoire est plutôt classique et navigue toujours dans le crime à taille humaine, mêlant les représentants de différentes strates de la société, celle-ci apporte son lot de fausse piste et de rebondissement, du moins, autant que lui permet la taille du texte.

Comme à son habitude, le commissaire orchestre l’enquête depuis son bureau, envoyant ses hommes sur le terrain. Lui s’octroie les interrogatoires dans lesquels il excelle toujours en s’adaptant à son interlocuteur. Aussi, il use, au choix, de douceur, d’une stupidité feinte, de fermeté, d’un langage châtié...

Au final, je ne suis jamais déçu avec Odilon Quentin. Pas un seul bémol depuis le début de la série aussi, quand un épisode est deux fois plus long qu’à l’accoutumée, le plaisir est lui aussi doublé.