Loto Édition

23 mai 2021

Accident ? Crime ? Suicide ?

Accident Crime Suicide

Bon, je vous fais un rapide résumé de la situation :

Marcel Priollet, bien que nombre d’entre vous ne le connaissent pas, fut un auteur majeur de la littérature populaire fasciculaire, adulé par les lecteurs, notamment pour ses séries dramatico-sentimentales mettant en scène de pauvres jeunes femmes malheureuses.

Mais l’auteur, écrit également un nombre considérable de récits policiers, d’aventures ou fantastiques, et ce entre 1910 et la fin des années 1950.

Sa production fut signée sous son nom ou divers pseudonymes dont les principaux sont Henry de Trémières, René Valbreuse, R. M. de Nizerolles et Marcelle-Renée Noll.

Et c’est sous ce dernier pseudonyme qu’il signa la quasi-entièreté des 96 titres de la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes vers la fin des années 1930.

Et c’est également dans cette collection que l’on retrouve plusieurs personnages récurrents de l’auteur : le détective radiesthésiste Claude Prince, l’inspecteur de la Brigade Mondaine Bob Rex, l’inspecteur principal François Pessart, le détective Sébastien Renard…

Mais l’auteur a également proposé des histoires sans héros récurrent comme c’est le cas avec « Accident ? Crime ? Suicide ? », un fascicule de 24 pages, n° 92 de la collection.

Accident ? Crime ? Suicide ? :

Le directeur de la centrale électrique « Force-Énergie » de l’Isère est en émoi. Après qu’un ingénieur soit tombé de la passerelle enjambant le barrage et soir mort déchiqueté par les turbines, voilà que, six mois plus tard, un second ingénieur disparaît sur cette passerelle. Mais là, le corps n’est pas retrouvé.

Le juge d’instruction chargé de l’enquête va devoir établir s’il s’agit là d’un accident, d’un crime ou d’un suicide.

Un corps qui chute de la passerelle enjambant l’usine électrique, voilà qui n’est pas agréable, mais quand une seconde personne disparaît au même endroit, mais que sa dépouille n’est pas retrouvée voilà qui ne fait pas l’affaire d’un juge d’instruction pour diriger son enquête…

Une fois n’est pas coutume, Marcel Priollet, sous le pseudonyme de Marcelle-Renée Noll, nous propose un récit dans la collection « Les Grands Détectives » dans lequel n’apparaît ni Claude Prince, ni Bob Rex, ni François Pessart, ni Sébastien Renard.

D’ailleurs, ne serait-ce que la présence d’un juge d’instruction et d’interrogatoires, le lecteur n’aurait pas la sensation de se trouver face à un récit policier, celui-ci prenant plus l’allure d’un drame sentimental…

Si l’ensemble n’est pas déplaisant et que les révélations se font plus par l’intermédiaire d’interrogatoires ou de confessions (format court oblige), le texte pourrait pêcher par des sentiments et des situations qui n’ont plus vraiment cours de nos jours.

Mais, ce qui plombe surtout le texte, c’est la fin brutale qui intervient sur une situation plutôt ouverte et qui pour le moins ne livre aucune réponse, ne serait-ce qu’à l’interrogation du titre.

Pourtant, le mot « FIN » imprimé, ne laisse aucun doute au lecteur : le texte s’arrête ici !

Mais l’habitué du travail déplorable de l’éditeur de l’époque se dit alors que, comme cela est déjà arrivé par trois fois précédemment dans la collection, le fascicule suivant devrait livrer les réponses même si le lecteur n’en est pas prévenu. D’ailleurs, le titre du n° 93 de la collection « Les Grands Détectives » : « La passerelle tragique » ne laisse aucun doute à ce sujet.

Malheureusement, les titres de cette collection étant très difficiles à trouver de nos jours, il y a peu de chance que je connaisse la fin de cette histoire. Merci les Éditions Modernes !

Au final, un récit qui s’avérait plutôt plaisant à lire bien que l’intrigue se dirige plus vers le drame sentimental que le genre policier, mais qui s’arrête brutalement, car la suite a été publiée dans le fascicule suivant.


Une main a tué dans l'ombre

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Allez, encore un petit Marcel Priollet pour la route.

« Petit » est généralement un adjectif qui convient bien aux titres de la collection de fascicules « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes, vers la fin des années 1930.

Petit : car les récits font souvent à peine plus de 7 à 8 000 mots.

Petit : car l’éditeur a fait un petit travail sur ses textes, voire, un très mauvais travail, parfois… souvent. Fautes à gogo, coquilles à profusion, des morceaux de phrases qui sautent ou se déplacent ou sont imprimées à l’envers.

Petit : car même Marcel Priollet, un auteur majeur de la littérature populaire fasciculaire ayant, entre 1910 et la fin des années 1950 écrit un nombre incalculable de récits sous divers pseudonymes (Henry de Trémières, René Valbreuse, R.M. de Nizerolles, Marcelle-Renée Noll) a fait preuve d’une petite forme à travers la grande majorité des 95 titres de la collection qu’il signe sous le pseudonyme de Marcelle-Renée Noll.

« Une main a tué dans l’ombre » porte le n° 91 dans la collection « Les Grands Détectives » publié probablement à la fin des années 1930 (les fascicules ne sont pas datés). C’est un fascicule de 24 pages contenant un récit indépendant de pas tout à fait 7 200 mots.

UNE MAIN A TUÉ DANS L’OMBRE

Le fils du banquier Crysal est retrouvé au petit matin, dans les Bois, au volant de sa voiture de sport, une balle dans la nuque.

Qui a bien pu tuer ce jeune homme ?

Un simple voleur ?

Un mari jaloux ?

Un obscur personnage sorti du passé de son père ?

Un maître chanteur ?

L’inspecteur François PESSART va devoir mettre toute sa sagacité au service de la justice pour identifier l’assassin !

Le fils d’un banquier est tué d’une balle dans la nuque, dans sa voiture, retrouvée dans les bois au matin. La veille au soir, il sortait pour encaisser un chèque en vue de financer son escapade avec la femme du caissier de son père. Il n’est jamais revenu.

L’inspecteur François Pessart est chargé de l’enquête. Il va alors devoir déterminer qui est le meurtrier.

Petite enquête, donc, du moins dans la taille. Dans son contenu, si celui-ci, jusqu’à la révélation finale, se révèle plutôt agréable à lire (du moins, plus agréable que la plupart des fascicules de la collection), il pèche notamment par cet ultime rebondissement.

Certes, on comprend que l’auteur ait voulu multiplier les fausses pistes quitte à, une nouvelle fois, jouer sur les coïncidences. Il est louable de sa part d’avoir voulu surprendre ses lecteurs alors qu’il n’avait pas vraiment le temps pour ça.

Mais, malheureusement, l’identité du coupable n’est guère crédible, du moins si on la rapproche avec le reste du texte. Ceci est une faiblesse de beaucoup de romans encore à l’heure actuelle, mais il est un peu plus pardonnable, pour un lecteur, quand il a passé 500 pages à se régaler avec une histoire exaltante.

Ici, elle intervient après même pas trois quarts d’heure de lecture, ce qui n’est pas la même chose.

Au final, un petit récit policier qui pêche principalement par son rebondissement final.

Le mort de la ligne Croydon-Paris

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« Le mort de la ligne Croydon-Paris » est un fascicule de 32 pages publié à la fin des années 1930 dans la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes et signé Marcelle-Renée Noll, un pseudonyme de Marcel Priollet, un pilier de la littérature populaire fasciculaire entre 1910 et la fin des années 1950.

La production de Marcel Priollet est immense et celui-ci usa de plusieurs pseudonymes (Henry de Trémières, R.M. de Nizerolles, René Valbreuse et Marcelle-Renée Noll) pour la proposer à divers éditeurs.

On lui doit la majeure partie des presque cent titres composant la collection « Les Grands Détectives ».

Si l’auteur est principalement connu pour ses séries dramatico-sentimentales sur de malheureuses filles ou jeunes femmes ou bien ses feuilletons d’aventures et d’anticipation, il écrivit pourtant un grand nombre de récits policiers.

Peu de ceux-ci furent regroupés en série (on notera uniquement « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs » au milieu des années 1940 pour les éditions Tallandier), mais si on épluche le reste de sa production, on constate que certains enquêteurs reviennent plusieurs fois dans ses textes.

C’est notamment et surtout le cas dans la collection « Les Grands Détectives » où se croisent régulièrement le détective radiesthésiste Claude Prince, le détective Sébastien Pessart, l’inspecteur de la Brigade Mondaine Bob Rex et l’inspecteur principal François Pessart

« Le mort de la ligne Croydon-Paris » met en scène l’inspecteur Pessart. L’inspecteur Bob Rex y fait une courte apparition.

LE MORT DE LA LIGNE CROYDON-PARIS

À la descente de l’avion reliant Croydon à Paris, le personnel de bord constate le décès d’un des clients de la ligne.

L’inspecteur François PESSART, présent à l’aéroport du Bourget pour réceptionner un ministre anglais, en profite pour faire les premières observations.

Sans nul doute, l’individu est mort empoisonné durant le vol.

Chargé par le juge de cette enquête, PESSART est étonné d’apprendre que le défunt voyageait sous le nom de son ami Bob Rex, inspecteur de la Brigade Mondaine.

Quel est ce mystère ? Seul le coupable pourra lui donner la réponse et il se trouve obligatoirement parmi les membres d’équipage ou les cinq autres passagers…

L’inspecteur François Pessart est au Bourget pour réceptionner un lord anglais. Mais à l’arrivée de l’avion Croydon-Paris, c’est l’affolement, un des passagers est retrouvé mort sur son siège.

Pessart fait les premières constatations : l’homme est mort empoisonné durant le vol.

Poursuivant l’enquête qu’il a débutée, Pessart apprend que le défunt voyageait sous le nom de Bob Rex, inspecteur à la Mondaine, un ami de Pessart, une fausse identité, donc.

Difficile de résoudre un crime quand on ne sait pas qui est la victime. Seul indice, des tatouages sur le bras laissent penser qu’il fut légionnaire dans sa jeunesse. Tiens, un des membres d’équipage n’est-il pas, lui aussi, un ancien légionnaire ? Est-ce là un hasard ? C’est la question à laquelle devra répondre l’inspecteur Pessart.

On retrouve donc l’inspecteur Pessart et une courte apparition de Bob Rex dans ce petit récit (8 200 mots) dont l’intrigue s’appuie sur d’étranges hasards et coïncidences, une habitude dans ce format court, meilleure façon, pour un auteur, de multiplier les fausses pistes à peu de frais de mots.

De ce fait, on comprendra que cette intrigue, destinée à être simple de par la concision inhérente au format fasciculaire, va, de plus, s’avérer peu crédible, voire intéressante.

L’auteur se contente alors de ces hasards de la vie un peu trop faciles à utiliser pour faire avancer l’histoire et proposer différents suspects avant que le coupable ne soit enfin identifié.

Celui-ci, comme de coutume, toujours à cause du format court, avouera avec une rapidité déconcertante.

Vous l’aurez compris, rien de bien nouveau dans le monde du fascicule policier, ni de bien enthousiasmant, mais, avouons-le, ce n’est pas dans cette fameuse collection « Les Grands Détectives », où les détectives n’ont rien de grand, des Éditions Modernes, alors que l’éditeur n’a rien de moderne, que Marcel Priollet a le plus excellé… bien au contraire.

On se contente alors de ces récits comme de petits moments de lecture pas désagréables, certes, mais pas exaltants non plus.

Au final, un récit un peu terne, comme tant d’autres dans cette collection d’origine.

Un cas d'hérédité

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Marcel Priollet, est-il utile de le rappeler, fut un pilier de la littérature populaire fasciculaire.

Entre 1910 et la fin des années 50 il écrivit un nombre incalculable de fascicules de tous genres (sentimentaux, fantastiques, policiers, aventures, dramatiques…) pour de nombreux éditeurs et sous divers pseudonymes (R.M. De Nizerolles, Henry de Trémières, René Valbreuse, Marcelle-Renée Noll…)

Si ces personnages récurrents sont principalement à compter dans le domaine sentimental, on notera qu’il écrivit deux séries policières pour les éditions Tallandier au milieu des années 1940 : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs ».

Mais en épluchant sa production, on peut découvrir d’autres enquêteurs récurrents, notamment dans la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes, vers la fin des années 30. Une collection de près d’une centaine de petits fascicules, dont la grande majorité est signée Marcelle-Renée Noll, un pseudonyme de l’auteur.

Dans les textes de cette collection, on y retrouve plusieurs fois le détective radiesthésiste Claude Prince, l’inspecteur François Pessart, le détective Sébastien Renard ou encore l’inspecteur de la Brigade Mondaine Bob Rex, voire le détective Starry Hamilton, par deux fois, dans un tout petit rôle.

« Un cas d’hérédité », n° 88 de la collection, est un fascicule de 24 pages contenant un récit indépendant d’à peine plus de 7 000 mots et mettant en scène l’inspecteur Pessart.

UN CAS D’HÉRÉDITÉ

Le comte André de Soigne a tout pour être heureux. Jeune, beau, sportif, riche, il est fiancé à une jolie demoiselle de bonne famille et fortement dotée.

Alors, quelle est la raison de sa rupture avec la femme qu’il aimait à l’approche du mariage ?

Et pourquoi s’est-il assis devant son bureau pour se tirer une balle dans la tempe ?

Se suicide-t-on quand l’existence vous sourit ?

D’ailleurs, André de Soigne s’est-il ôté la vie ?

L’inspecteur PESSART, chargé de l’enquête, en doute très rapidement…

Le comte de Soigne s’est suicidé, d’une balle dans la tête, dans son bureau, après avoir rompu avec sa fiancée qu’il s’apprêtait à épouser.

Mais l’inspecteur François Pessart, contrairement au juge d’instruction, ne penche pas pour la thèse du suicide. Pour démêler l’affaire, il va lui falloir comprendre les raisons de cette étrange rupture…

On retrouve donc l’inspecteur Pessart dans un petit récit et une petite enquête qui, avouons-le tout de suite, ne tient pas trop la route. Du moins, pour un lecteur d’aujourd’hui (quid de celui d’hier ?).

Effectivement, un seul indice, immédiatement repéré par Pessart, démonte totalement la thèse du suicide, mais ne semble pourtant gêner ni le médecin légiste ni le juge d’instruction.

De plus, les circonstances, expliquées plus tard, du crime et de la mise en scène, auraient dû sauter aux yeux de n’importe quel enquêteur ou médecin.

Bref, passons sur le sujet, de toute façon, les textes de cette collection sont traités un peu par-dessus la jambe par l’auteur et, surtout, par l’éditeur qui a souvent fait un très mauvais travail sur les textes, laissant d’innombrables fautes, de coquilles, de bouts de phrases déplacées, voire imprimées à l’envers ou manquantes.

Si l’éditeur, sur ce coup-là, n’est pas trop fautif, l’auteur, lui, se contente du minimum syndical, en proposant cette intrigue bancale contenant deux ou trois fausses pistes et un rebondissement final.

Ce qui est le plus intéressant, parfois, dans cette littérature d’hier, c’est le reflet de la société de l’époque qu’elle offre au lecteur d’aujourd’hui.

On se plaint souvent du racisme ou de la misogynie ambiants, mais force est de constater que l’on a quand même bien progressé par rapport à l’époque. L’image de la femme est rarement bien glorieuse dans ces récits. Souvent femme soumise qui attend son mari et lui pardonne ses infidélités, voire, les trouvent normales, ou bien femme vénale et vénéneuse par qui tous les malheurs arrivent…

Ici, le sentiment n’est pas exacerbé, mais, pourtant, plus que sous-jacent.

Pour le reste, pas grand-chose à dire, juste un petit texte dans la lignée de ceux de la collection.

Au final, petit récit policier à l’intrigue plus que bancale, mais qui remplit tout de même un tout petit moment de lecture.

Le mort du Vieux-Chemin

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« Le mort du Vieux-Chemin » est un roman policier de Jean-Toussaint Samat, un auteur né à Marseille en 1891, mort à Aix-en-Provence en 1944 et qui fut également journaliste.

Si l’homme fut connu pour ses romans policiers et d’aventures dont certains furent primés à leur époque, il le fut aussi pour ses faits d’armes pendant la Première Guerre mondiale, en tant que pilote d’avion, pour lesquels il fut distingué et pour avoir donné sa vie pour la Patrie durant la Seconde Guerre.

Malheureusement, depuis sa mort, même si un prix à son nom a été créé dans les années 2000, l’auteur est tombé dans un anonymat qui ne convient guère à l’écrivain autant qu’à l’homme.

Car si Jean-Toussaint aimait sa Patrie, il chérissait également sa région, qu’il n’hésitait jamais à utiliser comme cadre à ses divers romans.

Ainsi, dans ses faits de plumes, on notera une série d’ouvrages dans lesquels apparaît le personnage du commissaire Levert.

Tour à tour héros ou personnage secondaire, le commissaire Levert commencera sa carrière littéraire à Martigues avant d’être muté à Marseille.

« Le mort du Vieux-Chemin » a été publié en 1934, dans la collection « À ne pas lire la nuit » des Éditions de France et réédité en 1948 dans la collection « La Cagoule » des Éditions La Bruyère.

LE MORT DU VIEUX-CHEMIN

Petit matin, sur le Vieux-Chemin d’Istres, une voiture freine brutalement.

À bord quatre personnes, trois militaires de l’École d’Aviation et la femme de l’un d’entre eux, revenant d’Avignon après une soirée de festivités.

Couché en travers de la route, sur le dos, les bras en croix, le cadavre d’un homme bien habillé.

Les gendarmes, que les jeunes gens ont été chercher, ne tardent pas, sur les conseils d’un médecin les accompagnant, à faire appel au Parquet, l’individu a été assassiné.

L’inspecteur MANICACCI, en arrivant sur les lieux, ne se doute pas que l’affaire en apparence simple qui lui a été confiée va se révéler plus complexe et dangereuse que prévu…

Un homme est retrouvé mort, sur un vieux chemin menant à Istres, au petit matin par un couple et deux amis revenant de faire la fête pour célébrer la promotion au grade d’Adjudant-Chef de l’un d’eux, officiant à l’École d’Aviation d’Istres.

Comme l’un d’eux, militaire également, est sortir sans permission, les autres taisent sa présence aux gendarmes qu’ils ont été prévenir.

Le médecin mandé pour constater le décès, trouvant la posture du mort, allongé sur le dos, les bras en croix, étrange, suggère aux gendarmes de prévenir la Sûreté.

C’est l’inspecteur Manicacci, un Corse, qui est envoyé sur place.

L’enquête démontre rapidement qu’il y a eu meurtre : l’homme a reçu une balle explosive qui lui a arraché une partie du dos ; que le coup de feu a été porté post-mortem ; que toutes les étiquettes ont été arrachées de ses vêtements ; qu’il n’a aucun papier d’identité sur lui.

Mais Manicacci ne tarde pas à découvrir des morceaux de fils dans les poches, comme on en trouve chez les gens transportant des échantillons de tissus. Il fait alors le rapprochement avec la femme d’un des militaires, présente lors de la découverte du corps, et qui tient une boutique de mode…

Si l’enquête se déroule dans la région de Martigues et si le commissaire Levert est bien présent dans ce roman, le lecteur tarde à faire sa connaissance puisque celui-ci n’apparaître qu’à la toute dernière partie de l’histoire.

Effectivement, le véritable héros du roman est l’inspecteur Manicacci et c’est lui qui va mener l’enquête de bout en bout même si Levert aura également son rôle à tenir.

Comme à son habitude, Jean-Toussaint Samat choisit sa belle région comme terrain de jeux de ses personnages.

Autant l’avouer tout de suite, ce roman ne brille pas par son intrigue, somme toute assez simple, même si elle réserve son lot de fausses pistes et de rebondissements.

L’auteur nous convie plutôt à une enquête dirigée vers l’action plus que sur la réflexion et se focalise sur un mal qui gangrène la société de l’époque (et depuis, également)…

Pourtant, si l’histoire est moins mouvementée que celle de « Le mort à la fenêtre », le récit est suffisamment rythmé pour ne pas lasser le lecteur et les péripéties assez nombreuses pour maintenir l’intérêt.

Il est un peu dommage que le personnage de l’inspecteur Manicacci soit moins « complexe », original, que celui du commissaire Levert.

Probablement l’auteur a-t-il pensé qu’un personnage de l’envergure et de l’âge du commissaire n’était pas le plus judicieux pour les frasques de cette enquête...

On regrettera également que le juge d’instruction de Brissac-Bonneuil ne soit pas plus présent tant ses traits de caractère sont propices au sourire. On notera, d’ailleurs, le passage du « Frottadou », assez plaisant à lire.

D’ailleurs l’humour, malgré le sujet et le genre, n’est jamais mis de côté et Jean-Toussaint Samat se réserve quelques scènes pour décompresser, comme celle avec le député Émile André, un personnage que l’on retrouve d’ailleurs dans « Le mort de la Canebière » du même auteur.

Si je n’ai pas lu « Le mort trop tôt » et si je n’arrive pas à trouver une édition antérieure à celle de « Le mort du Vieux-Chemin » il est pourtant à noter que dans le second, il est fait plusieurs références au premier dans lequel doivent également évoluer de Brissac-Bonneuil et Manicacci.

Même si ce roman est moins fluide et moins exaltant (moins exotique, aussi) que « Le mort à la fenêtre », il n’en demeure pas moins très agréable à suivre malgré quelques tournures de phrases manquant de fluidité.

Vous comprendrez donc que le lecteur n’aura pas affaire à un roman à suspens, mais plutôt à un roman policier mêlant action et aventures.

Au final, un bon roman policier ancré dans son époque tant par le sujet que par les différents véhicules utilisés par les divers protagonistes.


16 mai 2021

L'affaire du sac postal

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On a l’habitude, dans la littérature populaire fasciculaire, que des auteurs clonent des héros célèbres de leurs prédécesseurs pour développer des personnages. Ainsi, des contrefaçons d’Arsène Lupin, de Sherlock Holmes, du commissaire Maigret… sont nombreuses.

Il est plus rare qu’un auteur s’appuie sur un de ses propres personnages pour un créer un autre

C’est pourtant probablement ce que fit Charles Marcellus pour créer le personnage de l’inspecteur Méral que l’on retrouve dans au moins 8 fascicules à partir de la toute fin des années 1930.

Effectivement, lorsque l’on fouille un peu la production de l’auteur, on découvre, à partir de 1936, dans le magazine « À la Page » au moins deux enquêtes de l’inspecteur Barral.

Barral, Méral, vous me direz que la ressemblance n’est pas frappante et, à la lecture, vous constaterez que, les personnages étant à peine esquissés, format court oblige, il n’y a rien d’étonnant à ce que les deux policiers se grattent la tête en réfléchissant et fument des cigares.

De plus, vous me direz que les cigares préférés de Méral sont des Voltigeurs, alors que ceux de Barral, des Manille.

Mais, quand on lit « L’affaire du sac postal », on découvre que le supérieur de Barral est le commissaire Mauger, le même Mauger qui est le supérieur de Méral dans les premiers fascicules, avant que l’auteur ne s’emmêle les plumes avec le commissaire de la Brigade des Jeux Payen (aperçu dans « Un drame dans le monde ») et que celui-ci prenne la place de Mauger sans autre raison que l’étourderie.

Mais alors, pourquoi ce passage de Barral à Méral ? Autre étourderie de l’auteur ?

Je pencherai plus sur le fait que, la première enquête de Barral, « Le bloc de platine », publié dans juin 1936 dans le même magazine « À la Page » fut écrit à quatre mains avec un dénommé Marcel Baudouin, et que pour éviter toute réclamation, lors du passage en fascicule, Marcellus a préféré changer le nom de son personnage et, pourquoi pas, la marque de ses cigares.

Toujours est-il que « L’affaire du sac postal » est dans la droite lignée des enquêtes de l’inspecteur Méral, dans un format à peine plus long (pas tout à fait 12 000 mots) et qu’il me semble évident de l’hérédité entre l’inspecteur Barral et l’inspecteur Méral.

L’AFFAIRE DU SAC POSTAL

C’est un accident de voiture dramatique qui relança l’affaire du vol du sac postal dans laquelle l’inspecteur Paul MÉRAL avait fait boucler le coupable.

Pourtant, l’arrestation du chauffard, un dénommé René Ricou, suspecté à l’époque puis relaxé, et la découverte dans le véhicule de reçus de diverses banques européennes pour un montant d’un million sèment le doute dans l’esprit du policier.

Mais l’homme s’est montré très malin pour justifier d’une telle somme et éviter d’être inquiété à nouveau par la justice.

Cependant, face à la détermination de MÉRAL, Ricou va commettre trois erreurs qui lui seront fatales…

Un sac postal rempli de valeur fut volé l’année précédente lors du chargement du paquebot Le Paris à destination de New York.

L’inspecteur Méral était persuadé, à la condamnation de Dorel, d’avoir arrêté le vrai coupable.

Cependant, le collègue de Dorel, un dénommé Ricou, qui avait été relaxé, vient d’être arrêté après avoir renversé une fillette au bord d’une belle voiture neuve. À l’intérieur du véhicule, la gendarmerie a trouvé de nombreux reçus de diverses banques dans différents pays pour un montant de un million.

Ricou a beau prétexté qu’il a gagné à la Loterie, Méral n’est pas dupe et va se lancer sur sa piste afin de démontrer sa culpabilité et faire relâcher un innocent.

Ainsi, Barral ou Méral, on constate que le style de l’auteur ni celui des enquêtes ne diffèrent.

L’intrigue est assez simple et l’auteur ne prend d’ailleurs pas la peine de répondre à certaines questions, notamment à propos des aveux de Dorel…

Les rebondissements manquent de crédibilité et l’on sent que ce n’est pas trop le souci de l’auteur.

Pour le reste, cela se lit sans trop de déplaisir, mais ne laissera pas un souvenir immuable, loin de là.

Au final, Méral ou Barral, Barral ou Méral, pas de la grande littérature, juste des récits dont le but est d’occuper un petit moment de lecture.

Le pendu du transbordeur

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Je poursuis ma découverte des enquêtes de l’inspecteur Machard, de Maurice Lambert, avec « Le pendu du transbordeur » un fascicule de 18 pages, double colonne, publié en 1946, dans la collection « Allo Police ».

En ce qui concerne l’auteur, Maurice Lambert est un alias de Georges O. Duvic, alias Géo Duvic, un auteur de littérature populaire et chansonnier né en 1900 et mort en 1968.

Sa production fut principalement dirigée vers le genre policier et, pour ce faire, il développa plusieurs personnages récurrents dont les deux principaux sont le commissaire Mazère et l’inspecteur Machard.

Tous deux vécurent des enquêtes réparties au sein de diverses collections chez divers éditeurs (« Collection Rouge » chez Janicot ; « Énigma » chez Nicéa ; « Police Express » chez A.B.C. ; « Ici Police » et « Allo Police » chez S.E.G...) entre 1942 et 1946.

« Le pendu du transbordeur » est une enquête de 12 600 mots mettant donc en scène l’inspecteur Machard.

LE PENDU DU TRANSBORDEUR

L’inspecteur MACHARD est dépêché à Rouen pour enquêter sur la découverte, au petit matin, d’un corps pendu en haut d’un transbordeur du port.

Le suicide est à écarter, la victime a succombé d’une balle dans le cœur avant d’être balancée au bout d’une corde.

MACHARD pense immédiatement à un règlement de compte au sein du « milieu » et s’en va parcourir les ruelles malfamées à la recherche de renseignements.

Il ne se doute alors pas qu’il risquera sa vie pour une affaire qui demeurera, selon ses dires, la honte de sa carrière…

Sur le port de Rouen, un petit matin, on découvre un homme pendu au pont d’un transbordeur.

Le médecin légiste constate que l’homme est mort d’une balle dans le cœur avant d’être pendu.

Ses papiers et les étiquettes des vêtements ont été arrachées pour empêcher l’identification, mais l’homme avait sur lui vingt billets de mille francs.

Devant le manque de résultat de la police locale, l’inspecteur Machard est dépêché de Paris.

La vêture de la victime ainsi que l’argent font penser à Machard qu’il s’agit d’un règlement de compte du milieu marseillais. Il décide alors de visiter les mauvais quartiers de la ville à la rechercher d’informations…

Je ne cesse de le clamer dès le premier titre de l’auteur que j’ai lu, Maurice Lambert maîtrisait à la perfection le format fasciculaire et suffisamment le genre policier pour réussir à performer dans un format donc la concision constitue le principal écueil.

Effectivement, la plupart du temps, l’auteur parvenait, ce que réussissaient rarement ses confrères, à proposer aux lecteurs un roman policier en condensé malgré le peu de mots qu’il avait à sa disposition (environ 10 000 mots par fascicule).

Il intégrait à son récit tous les passages obligés du roman policier : les fausses pistes, les nombreux suspects, les rebondissements…

Cependant, avec « Le pendu du transbordeur », le lecteur ne se trouve pas face au meilleur récit de l’auteur, la faute à une intrigue menée principalement par le hasard.

Certes, Maurice Lambert se dédouane un peu en agitant le spectre du fameux hasard, dieu des policiers et en précisant également que l’inspecteur Machard mène là une enquête dont il pourra avoir honte.

Mais cela ne suffit pas à hisser le texte à la hauteur des meilleurs de Maurice Lambert.

Malgré tout, l’ensemble se lit agréablement et on regrettera également la fin un peu rapide, voire brutale, malgré un double rebondissement.

Au final, pas le meilleur texte de l’auteur, mais un bon récit tout de même.

Monsieur Benoit

CouvMB

Maurice Lambert, j’en parle beaucoup, ces derniers temps, même si je ne sais pas grand-chose sur cet auteur, Georges Duvic, de son vrai nom, à part qu’il est né en 1900, mort en 1968, qu’il fut aussi chansonnier et passionné de pêche au point d’écrire des articles sur le sujet dans un magasine spécialisé…

Heureusement, et c’est ce qui m’intéresse le plus, j’en connais davantage sur sa plume et ses personnages.

Notamment deux de ses héros : le commissaire Mazère et l’inspecteur Machard, deux enquêteurs littéraires que l’auteur fit vivre séparément dans des fascicules de 32 pages destinés à diverses collections chez plusieurs éditeurs (« Police Express » chez A.B.C. ; « Énigma » chez Nicéa ; « Rouge » chez Janicot… et d’autres encore) entre 1942 et 1946, pour les titres que j’ai identifiés.

« Monsieur Benoit » est une enquête de l’inspecteur Machard, publiée en 1944 sous la forme d’un fascicule de 36 pages contenant un récit indépendant de 12 500 mots chez… je ne sais pas, l’information n’est pas indiquée sur le fascicule.

MONSIEUR BENOIT

Monsieur Benoit, un vieil homme tranquille, est retrouvé par le concierge, le soir, dans les escaliers de l’immeuble dans lequel il habite, assassiné d’un coup de couteau dans le dos.

Celui-ci se précipite à l’extérieur à la recherche d’un agent, démarche liminaire à l’enquête qui sera menée par l’inspecteur MACHARD, dépêché sur les lieux.

Le gardien est affirmatif : personne n’est entré dans le bâtiment au moment du meurtre ni n’en est ressorti. Le coupable serait donc à chercher parmi les locataires.

À défaut de vol, le défunt n’a pas été dépouillé, la vengeance semblerait être le mobile du crime.

Mais qui pourrait en vouloir à une personne sans histoire ?

À moins que monsieur Benoit ne soit pas le « bon vieux » que MACHARD s’imagine…

L’inspecteur Machard est chargé de découvrir l’identité de l’assassin de Monsieur Benoit, un vieil homme tranquille retrouvé, un soir, poignardé dans le dos dans l’escalier de son immeuble. Rien ne lui ayant été dérobé, le vol ne semble pas le mobile du crime. Aussi, qui peut bien avoir intérêt à tuer un petit vieux sans histoire ? À moins que monsieur Benoit ne soit pas ce « petit vieux sans histoire » que l’inspecteur Machard imagine.

Je retrouve l’inspecteur Machard pour la 8e fois (après 6 enquêtes du commissaire Mazère) autant dire que je commence à bien connaître la plume policière de l’auteur et que je l’apprécie, sinon je n’aurai pas autant lu de ses textes en si peu de temps..

Il faut dire que Maurice Lambert s’est rapidement avéré un écrivain maîtrisant parfaitement le format contraignant du fascicule de 32 pages (des récits d’environ 10 000 mots), un format dans lequel peu d’auteurs ont réussi à s’épanouir et à performer tant les écueils sont nombreux.

Car, pour performer dans ce format fasciculaire, il ne suffit pas de savoir écrire, d’avoir une bonne histoire, de bons personnages, et une belle plume (ce qui permettrait dans un format libre de s’en sortir avec les félicitations).

Non. Il faut d’abord maîtriser le format. C’est-à-dire posséder tous les éléments suscités et, en plus, les faire entrer dans une petite boîte, sans que rien ne déborde, mais, aussi, sans avoir à faire des coupes drastiques qui seraient perceptibles et nuisibles à la lecture.

Aussi faut-il avoir une bonne histoire, mais suffisamment simple pour être contée avec concision. Des personnages attachants, mais qu’on peut dépeindre en quelques mots (voire, qui s’inscrivent dans l’image d’Épinal inhérent à la fonction ou au type du personnage). Être capable d’installer un style et une ambiance en quelques mots. Savoir aller droit à l’essentiel sans oublier, de temps en temps, de s’égarer un peu, mais à grande économie de phrases. Savoir écrire plaisamment et simplement.

Beaucoup moins facile qu’il n’y paraît. Qui peut le plus peut le moins, assure Aristote. Pourtant, tous ceux qui sont aptes à écrire un bon pavé ne le sont pas forcément à performer dans le fascicule (qui n’est pas un genre similaire à la nouvelle).

Maurice Lambert, lui, excellait dans ce format.

Jusqu’à présent, je n’ai pas trouvé un seul mauvais récit dans tous ceux que j’ai lus. À peine certains étaient-ils un peu moins bons que les autres, mais les autres sont excellents…

C’est une nouvelle fois le cas ici. Maurice Lambert parvient à donner tous les éléments d’une intrigue policière (simple, certes, mais intrigue tout de même) en seulement quelques pages. Il propose de fausses pistes (reposant, comme souvent et je serai tenté de dire « obligatoirement » sur des hasards ou des coïncidences). Plusieurs suspects, un rebondissement final.

Comme toujours, le coupable avoue rapidement (il n’a pas le temps de faire autrement, on arrive au terme du format).

En fait, les seuls défauts à trouver à ce récit sont ceux inhérents à la concision du format. Donc, rien de répréhensible puisque quand un lecteur s’attelle à un texte de cette taille, il sait déjà à quoi s’attendre (pas une histoire rocambolesque à la J.C. Grangé ou à la Franck Thilliez, donc).

Cependant, je dois avouer que l’auteur m’a un peu surpris. Je pensais avoir trouvé le bon coupable, me disant qu’il était l’assassin idéal, celui qu’on ne soupçonne pas, mais qui pouvait avoir les connaissances et l’opportunité. Mais non, je m’étais trompé. Raa, le bougre de Maurice Lambert. Un peu déçu, il aurait fait un beau coupable.

Au final, comme toujours Maurice Lambert flirte avec l’excellence dans un format fasciculaire pourtant pas évident à maîtriser.

L'alibi de minuit

CouvLADM

La littérature populaire fasciculaire policière, bien que le prisme semble très réduit, est composée d’un nombre incalculable de textes répartis dans des centaines de collections, chez des dizaines d’éditeurs, depuis le début des années 1900 jusqu’à la fin des années 1950.

Pour les écrire, des dizaines d’auteurs se sont tués à la tâche. Parmi eux, la plupart furent d’obscurs écrivains et le sont demeurés avec le temps. D’autres furent des auteurs reconnus (Rodolphe Bringer, H. J. Magog, Georges Simenon, Léo Malet, Louis Thomas Cervoni…). Certains sont restés dans la mémoire des lecteurs (généralement pour d’autres productions que celles fasciculaires) et les autres ont sombré dans l’anonymat.

Si on ne mettra pas en doute la qualité de plume de ceux qui ont survécu à l’oubli, il ne faut pas croire que ceux qui ont disparu de la surface radar le doivent à un manque de talent.

Non ! Du tout !

Des auteurs, des écrivains (pour ceux qui feraient la différence entre les deux corporations, ce que je n’arrive pas à faire) sont désormais totalement inconnus malgré l’évidence de leurs multiples qualités littéraires.

Je passerais sur l’un des plus grands, Albert Boissière, qui pratiqua peu le format fasciculaire tel que je l’entends (entre 16 et 64 pages), mais je pourrais citer J.A. Flanigham et Charles Richebourg (dont on ne sait qui se cachaient derrière ces pseudonymes), Marcel Priollet, René Byzance et consorts.

Mais, dernièrement, j’ai fait la connaissance très tardive de la plume de Maurice Lambert, alias Georges Duvic, Géo Duvic, un auteur, chansonnier né en 1900 et mort en 1968.

Cet écrivain, dans le genre, est à rapprocher de Charles Richebourg, un auteur maîtrisant parfaitement le format fasciculaire 32 pages (des récits généralement de 10 000 en moyenne).

Et maîtriser ce format n’est pas donné à tout le monde, loin de là.

Effectivement, écrire un bon fascicule policier de 32 pages exige plusieurs compétences. Celle de gérer sa narration sur un court format, de proposer des histoires suffisamment intéressantes pour le lecteur, mais développables sur peu de pages, créer des personnages que l’on n’a pas besoin de peindre en détail, mais auquel le lecteur doit s’attacher, respecter le code du roman policier, mais en concentré sur un format bien plus court, être capable d’avoir une plume agréable, tout en travaillant dans la concision, mais sans oublier, quelques envolés qui pourrait paraître frivoles, mais qui sont pourtant essentiel à installer un style et une ambiance.

Bref, ce serait demander à un décathlonien d’être capable de rivaliser dans chacune des dix disciplines qu’il pratique avec les champions de chaque discipline.

Pas donné à tout le monde, donc.

Et pourtant, certains y sont parvenus… Charles Richebourg, donc… et Maurice Lambert.

À travers les enquêtes de ses personnages récurrents (le commissaire Mazère, l’inspecteur Machard, A.B.C. Mine… et d’autres), Maurice Lambert est parvenu à tirer la quintessence d’un format pourtant très très contraignant.

« L’alibi de minuit » est une enquête de l’inspecteur Machard, publié, à l’origine, dans la collection « Ici Police » des éditions A.B.C. en 1943 sous la forme d’un petit fascicule carré de 32 pages contenant un récit indépendant d’environ 11 500 mots.

Les enquêtes de l’inspecteur Machard furent publiées chez plusieurs éditeurs et dans plusieurs collections (« Police Express » chez A.B.C. ; « Collection Rouge » chez Janicot ; « Énigma » chez Nicéa…) à partir de 1942 et jusque vers 1946…

L’ALIBI DE MINUIT

Au petit jour, en longeant une allée déserte du Bois de Boulogne, un jardinier découvre le cadavre de M. Van Berneeghe, diamantaire anversois, assommé puis étranglé.

L’inspecteur MACHARD, appelé sur place, établit que la victime n’a pas été dépouillée de son argent ni de ses luxueux bijoux et qu’il cheminait en compagnie de son agresseur avant d’être assassiné.

Le médecin légiste, après les constatations d’usage, fixe l’heure de la mort à minuit, environ.

Problème, M. Van Berneeghe a été aperçu rentrant dans son hôtel, par le portier, à minuit pile, et n’en est pas ressorti par la suite…

L’inspecteur Machard est confronté à un meurtre étrange. Un diamantaire anversois est retrouvé mort au Bois de Boulogne, assommé et étranglé. Les éléments, sur place, démontrent que l’agresseur marchait en compagnie de sa victime avant que celui-ci ne le tue. Pourtant, rien ne semble avoir été volé au défunt alors que son portefeuille contenait une grosse somme et qu’il portait des bijoux de prix.

Plus mystérieux, le défunt a été aperçu rentrant dans son hôtel à minuit, heure du décès selon le médecin légiste, par le portier de l’établissement qui assure que personne n’est sorti par la suite.

Mais Machard ne tarde pas à apprendre que le diamantaire portait sur lui de nombreux diamants pour une transaction et qu’il se vantait auprès de tout le monde de les avoir sur lui en permanence....

Si la plupart des récits de Maurice Lambert que j’ai lus jusqu’à présent flirtaient avec l’excellence, je dois reconnaître que celui-ci peine à atteindre le niveau des autres, la faute à une intrigue un peu trop faiblarde et, surtout, au manque d’une certaine ambiance simenonienne qui était jusqu’à présent toujours présente.

Car, si les intrigues sont simples, format court oblige, bien souvent l’auteur avait la bonne idée de parsemer ses récits d’une certaine étude de mœurs à travers une lutte des classes, prenant bien souvent, comme Simenon, le partie du vil peuple plutôt que celui des nantis.

Ici, point ou presque, de cette légère (toujours à cause du format court) étude de mœurs, les suspects appartenant aux basses classes étant rapidement écartées au profit de personnages appartenant à des catégories sociales favorisées.

Dommage, car ce manque, ajouté à une intrigue qui manque de rebondissements par rapport aux autres, fait que le récit n’atteint pas l’excellence, mais se hisse tout de même au niveau « bonne lecture » ce qui est bien bien au-dessus de la majorité de la production fasciculaire de l’époque.

De plus, on devinera le procédé du meurtrier, aidé en cela, il faut bien l’avouer, par l’auteur (à condition d’être très attentif puisque cela ne tient qu’en un mot), ce qui déflore rapidement le grand mystère du récit.

Pourtant, le reste est parfaitement maîtrisé, depuis l’introduction jusqu’au final et démontre une nouvelle fois le talent d’un auteur qui mérite d’être redécouvert de nos jours…

Au final, une enquête un petit peu en deçà des autres, mais qui demeure tout de même à un haut niveau vu les difficultés pour exceller dans le format fasciculaire.

La treizième heure

CouvLTH

« La treizième heure » est une enquête de l’inspecteur Machard, un personnage né de la plume de Maurice Lambert, de son vrai nom Georges Duvic, alias Géo Duvic, un écrivain et chansonnier né en 1900 et mort en 1968.

Les enquêtes de l’inspecteur Machard, tout comme celles du commissaire Mazère, un autre personnage récurrent du même auteur, se présentent à l’origine sous la forme de fascicules de 32 pages contenant des textes indépendants d’environ 10 000 mots.

Les enquêtes de l’un et de l’autre furent publiées entre 1942 et 1946, chez divers éditeurs et dans diverses collections (« Police Express » chez A.B.C. ; « Énigma » chez Nicéa ; « Ici Police » et « Allo Police » ou encore « Collection Rouge » chez Janicot.

« La treizième heure » fut publié en 1942 sous la forme d’un fascicule de 32 pages contenant un récit indépendant de 12 000 mots.

LA TREIZIÈME HEURE

Minuit !

L’heure du crime ! Celui d’Arsène Courteau, un immonde maître chanteur, abattu d’une balle dans la tête par une personne à qui il avait ouvert les volets et la fenêtre de son bureau.

L’inspecteur MACHARD, chargé de l’enquête, n’ignore pas que les ennemis de ce genre d’individus sont nombreux… ce qui multiplie les suspects potentiels.

Pourtant, MACHARD va parvenir à démasquer le coupable en une journée !

Minuit, l’heure du crime, mais également celle de l’arrestation de l’assassin !

L’inspecteur Machard est chargé de découvrir qui a abattu Arsène Courteau, un maître chanteur notoire. Le témoignage du domestique de la victime démontre que le meurtre a eu lieu à minuit pile.

Ainsi, l’inspecteur Machard va devoir trier, parmi les nombreux ennemis du défunt, ceux qui ont un alibi pour l’heure du crime et ceux qui n’en ont pas.

Malgré la lourde charge apparente, à Minuit, le lendemain, l’inspecteur Machard va passer les menottes au coupable…

On sait désormais que Maurice Lambert était un des rares auteurs à parfaitement maîtriser le format fasciculaire de 32 pages, un format très contraignant dans lequel les auteurs peinent à s’épanouir.

La lecture des enquêtes de l’inspecteur Machard ou du commissaire Mazère démontre donc que Maurice Lambert gérait parfaitement sa narration pour l’adapter au format et, qu’en plus, il maîtrisait aussi les codes du genre policier.

Ainsi, on ne sera pas surpris, en lisant d’autres titres de l’auteur, que les défauts, si défauts il y a, dans ces récits, soient à compter dans ceux inhérents au genre [intrigue légère, personnages peu fouillés, aveux rapides du coupable, intervention fréquente du hasard…] ou bien, à une intrigue moins intéressante que d’autres.

C’est un peu le cas dans cet épisode qui, si la maîtrise du genre et du format n’est pas à remettre en cause, pèche un peu par une intrigue moins passionnante et une ambiance qui n’atteint pas les sommets de certains titres de l’auteur.

Non pas que l’ensemble soit indigeste, non, le récit s’avère est bien meilleurs que la plupart de ceux que l’on peut trouver dans le format, mais il est tout de même un peu en deçà des meilleurs récits de l’auteur.

La faute au titre, probablement ou, du moins, aux espérances qu’il fait naître chez le lecteur à propos du mystère autour de cette treizième heure sonnée à minuit.

Car, du moins, ce fut mon cas, je n’avais pas deviné l’origine de cette treizième heure et j’avais hâte d’en connaître l’origine. Du coup, je fus un peu déçu par la solution, d’autant qu’elle était probablement devinable…

Sinon, l’auteur nous offre plusieurs suspects possibles, plusieurs fausses pistes, un rebondissement final. Mais il manque un petit je ne sais quoi pour hisser cette enquête au sommet.

Mais ne boudons pas notre plaisir, et je chipote un peu, car je ne peux pas être toujours dithyrambique avec cet auteur, sinon, je n’aurai plus rien à dire.

Au final, un bon récit policier et, si on est difficile, on peut ajouter que récit est légèrement inférieur aux meilleurs écrits par Maurice Lambert.

09 mai 2021

Monsieur Chivet

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Si vous êtes comme moi, que vous aimez les enquêtes, aussi bien au cinéma, dans les jeux, à la télévision ou dans la littérature, à lire ou à écrire, alors, forcément, vous devriez aimer « Les enquêtes du commissaire Lenormand » une drôle de série fasciculaire, si ce n’est pour son intérêt purement littéraire, ni pour l’intrigue des histoires, au moins pour la complexité de la remettre dans le bon sens et d’en analyser tous les tenants et les aboutissants.

Je m’explique, car, ainsi exposé, cela ne doit pas faire sens pour les profanes de l’auteur Henry Musnik.

Henry Musnik fut un des piliers de la littérature populaire fasciculaire française dans le second tiers du XXe siècle.

Né au Chili en 1895, il fut journaliste sportif, mais, surtout, il écrivit un nombre incalculable de fascicules pour de nombreuses collections chez divers éditeurs.

Pour ce faire, le petit gars usa de nombreuses ficelles.

D’abord, il multiplia les pseudonymes dont certains sont probablement encore inconnus : Gérard Dixe, Pierre Olasso, Claude Ascain, Alain Martial, Jean Daye, Florent Manuel, Pierre Dennys…

Ensuite, il n’hésita pas à reprendre certains de ses textes, de changer les noms des personnages, de les signer d’un autre pseudonyme pour les proposer à un autre éditeur.

Il n’hésita jamais à créer des personnages très proches de héros de la littérature comme Arsène Lupin et consorts.

Enfin, on soupçonne certains de ses récits d’être des traductions pirates d’épisodes de séries de langue anglaise (Sexton Blake, notamment).

Et, lorsque l’on se plonge dans son immense production, mieux vaut avoir un esprit d’enquêteur pour parvenir à s’y retrouver. Cette enquête devient alors bien plus passionnante que celles que résolvent les héros musnikiens.

Ainsi, on constate que certains des héros musnikiens n’ont vécu qu’avec les habits d’autres personnages de l’auteur. C’est, du moins, le cas du détective Yves Michelot dont tous les récits (du moins, la plupart) sont issus de réécriture d’histoires arrivées à d’autres personnages, dont, surtout, le fameux commissaire Lenormand.

Mais, en dehors de cela, ce commissaire Lenormand demeure énigmatique. Parce que l’on retrouve deux personnages différents portant le même nom et dont les histoires furent écrites par le même auteur, Henry Musnik, sous le pseudonyme de Gérard Dixe.

Déjà parce qu’il existe une série avérée (dont le nom figure sur les couvertures) : « Les aventures du commissaire Lenormand », une série de 14 titres, si je ne dis pas de bêtises, tous écrits par Gérard Dixe… écrits ??? signés, tout de moins, car certains ont remarqué d’étranges similitudes avec des titres de la série Sexton Blake, dont on pense qu’ils ne sont que des traductions officieuses.

Ensuite, parce qu’il existe une autre série avérée « Les enquêtes du commissaire Lenormand » dont les titres sont signés soit par Gérard Dixe, soit par Jean d’Arsanje (parfois l’un est sur la couverture, l’autre dans le texte) ou José Ortmans (apparemment un auteur belge) et un certain Marcel Pivert, pseudonyme de l’écrivain Jean Meckert alias Jean Amila.

Enfin, parce que même dans cette série, les formats, les tailles, la présentation et même les personnages changent.

Sans compter que le commissaire Lenormand n’est pas policier, mais détective.

Bref, c’est le bordel.

Alors, si on ajoute les textes hors les séries avérées dans lesquels apparaît le fameux commissaire… comme « Monsieur Chivet » qui a, en plus, la particularité d’un titre incompréhensible puisque Monsieur Chivet, dans le récit, n’est qu’un personnage ultra secondaire qui n’a pas la moindre importance.

Monsieur Chivet :

Le commissaire Lenormand se rend dans un village du Loiret afin de rencontrer Me Houssier, un notaire qui doit lui fournir des renseignements et des documents.

Arrivé sur la place du bourg, Lenormand est attiré par des cris et ne tarde pas à se heurter à un homme affolé qui lui annonce qu’il vient de trouver Me Houssier assassiné dans son bureau…

Le commissaire Lenormand, détective parisien, se rend dans le Loiret pour rencontrer Me Houssier, qui doit lui fournir des documents. Mais, quand il arrive, celui-ci est retrouvé assassiné.

Une rapide enquête démontre que rien n’a été volé sauf une lettre dont le défunt a arraché un bout indiquant qu’elle provenait d’Afrique Équatoriale.

La nièce de l’huissier est convoquée et elle se pointe avec son jeune fiancé ayant un parent en Afrique Équatoriale.

Bientôt, ceux-ci rencontre dans amis du fiancé qui ont, chacun, un parent en Afrique Équatoriale et une connaissance de ces amis ne tarde pas à faire son apparition qui, lui, vient d’Afrique Équatoriale…

Et les morts vont se succéder…

Vous l’aurez compris, le sujet de l’histoire tourne autour de l’Afrique Équatoriale, un sujet très prisé à l’époque des colonies comme pouvait l’être, avant, l’Inde, après, l’Indochine…

Vous aurez également compris que l’intrigue tient sur des coïncidences, toutes ces personnes ayant un parent en Afrique Équatoriale…

Et c’est bien le problème, un problème récurrent dans ce genre de littérature, les coïncidences qui se succèdent et l’auteur qui, pour se justifier, n’a de cesse de clamer que le hasard est le dieu des policiers. Mais là, il est également celui des mécréants.

Alors, du fait de la concision du texte, pas tout à fait 15 000 mots, on excusera un peu cette propension à user du hasard pour faire tenir son intrigue, mais quand même.

Pour le reste, les personnages, comme souvent chez Musnik, sont juste esquissés (ce qui permet de changer les noms plus facilement pour mieux recycler ses textes) et on a peine à s’y attacher.

Pour autant, on a connu l’auteur moins inspiré et moins maître de son style (surtout dans des formats encore plus courts) aussi on ne boudera pas notre plaisir, car ce genre de littérature n’a d’autre but que de combler un petit moment de lecture et ce récit y parvient plutôt agréablement.

Par contre, on regrettera que le récit soit bien moins exaltant que l’enquête sur la littérature musnikienne. L’auteur ne nous tiendra jamais autant en haleine que quand il s’agit de décortiquer sa production.

Au final, rien de transcendant, rien de génial, juste une aimable lecture et c’est déjà pas mal.

Le drame au War-Office

 

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S’il n’est pas rare que d’anciens policiers finissent par écrire des romans policiers, on pourrait se poser la question de savoir si d’anciens espions se reconvertissent souvent, par la suite, en auteurs de romans d’espionnage.

En la matière, je pourrais nommer Charles Robert-Dumas, un professeur d’allemand, décoré de la croix de Guerre en 1918, et fait chevalier de la Légion d’honneur en 1919. Il poursuivra alors sa carrière aux Renseignements et, lui qui écrivait depuis longtemps des contes pour enfants, se lancera dans l’écriture de romans d’espionnage, notamment pour la collection « Ceux du S. R. ».

On notera également Georges Ladoux, qui dirigera en tant que capitaine le Deuxième Bureau pendant 8 mois en 1917.

Mais ses écrits sont, pour la plupart, des mémoires et non des romans, consacrés à ses souvenirs ou à des espionnes : Mata Hari pour l’ennemi, Marthe Richard, pour la France.

On constatera également que Pierre Yrondy, pour sa série « Thérèse Arnaud, espionne Française » s’est beaucoup inspiré de Marthe Richard et qu’il pose en capitaine du Deuxième Bureau, Georges Ladoux.

Certes, l’on n’oubliera pas, en dehors de l’hexagone, des auteurs tels Ian Fleming ou John Le Carré ou, encore, William Le Queux.

Mais comme auteur français, je peux désormais rajouter Charles Lucieto, un homme qui fut blessé deux fois au front durant la Première Guerre mondiale et qui fut reversé dans le service des Renseignements.

Charles Lucieto écrira de nombreux romans qui seront à classer principalement dans deux séries : « La guerre des cerveaux » et « Les merveilleux exploits de James Nobody ».

Il semble d’ailleurs que James Nobody soit également le héros de la première série.

« Le drame au War-Office » est un épisode de la seconde série et est paru sous la forme d'un fascicule de 48 pages double-colonne. Il est également paru dans le magazine à la page, en 1932, sous la forme de feuilleton :

Le drame au War-Office :

Le War-Office est le théâtre d’un double drame. Le collaborateur du ministre de la Défense a été assassiné et le coffre-fort de ce dernier, fracturé.

Le détective James Nobody est mandé par le ministre lui-même afin de trouver le coupable et de remettre la main sur les documents qui ont été volés.

Mais James Nobody va avoir affaire à un ennemi à la fois intelligent, rusé et provocateur…

Un meurtre suivi d’un vol de documents a eu lieu au War-Office. Le détective James Nobody, spécialiste de l’espionnage, est mandé pour enquêter par le ministre de la Défense.

Sur place, James Nobody constate que l’effraction du coffre-fort est une mise en scène et que le secrétaire du ministre menait une vie bien étrange…

Dans ce petit roman d’une trentaine de milliers de mots, Charles Lucieto nous pose un héros, James Nobody, comme un Maître détective à la Nick Carter ou à la Marc Jordan, mais spécialisé dans le monde de l’espionnage.

Le rapprochement avec ces deux détectives est d’autant plus flagrant que Nobody, aussi, travaille avec de proches collaborateurs et si ce n’était le milieu de l’espionnage, on ne trouve pas grande différence entre les aventures du second et celles des premiers.

Si les personnages sont proches, le style et le genre le sont tout autant.

D’ailleurs, James Nobody agit comme un pur détective et n’hésite pas à faire preuve de perspicacité et d’observation.

L’auteur, de son propre aveu dans l’avant-propos accompagnant le récit, voulait que les aventures de James Nobody soient accessibles à tous les publics et il y parvient puisque les jeunes lecteurs et les moins jeunes trouveront du plaisir à lire cette aventure rythmée qui offre plusieurs rebondissements et n’est pas avare en action.

Le style de l’auteur, sans volonté de rivaliser avec les grands écrivains, est plutôt alerte et en adéquation avec le genre abordé.

Au final, les aventures de James Nobody s’avèrent agréables à lire et évitent l’aspect parfois un peu rébarbatif que peuvent revêtir certains récits d’espionnages moins dirigés vers l’investigation.

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Cadavres en location

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Et voilà, les meilleures choses ont une fin… les mauvaises, aussi, d’ailleurs… aussi, il n’y a pas de raison que les choses sympathiques n’en aient pas une.

« Cadavres en location » est la 7e et dernière enquêtes des sœurs Bodin, Blanche et Berthe, deux vieilles filles septuagénaires vivant ensemble et ayant pour passion l’investigation et pour chance (qui n’est pas une chance pour tout le monde) que les gens ont la fâcheuse tendance de se faire assassiner autour d’elles.

L’auteur de la série est Jean-Pierre Ferrière, né en 1933 qui, au milieu des années 1950 sera contacté par Frédéric Ditis pour écrire des romans policiers pour sa collection « La Chouette ».

Ce sera tout d’abord « Cadavres en solde » l’histoire de deux vieilles sœurs qui cherchent à se venger du patron du Grand Bazar installé dans l’immeuble dans lequel elles sont nées et dont elles ont été chassées (mais parfaitement relogées).

Pour ce faire, elles commettent de petits attentats dans le magasin quand un employé est assassiné.

L’inspecteur chargé de l’affaire pensant que les attentats et le meurtre ont été commis par la même personne, les sœurs vont devoir enquêter pour s’innocenter.

Frédéric Ditis ne fut pas convaincu, mais devant la fermeté de l’auteur, décide d’éditer tout de même le roman. C’est un succès, 50 000 exemplaires vendus, des lecteurs écrivant pour demander une suite des aventures des vieilles filles…

6 enquêtes suivront entre 1957 et 1961.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin.

Cadavres en location :

Berthe et Blanche s’ennuient dans leur appartement et décident donc de louer la chambre laissée vacante par le départ de Daphné pour Paris. Mais les choses se compliquent quand le locataire est assassiné dans la chambre. Le mystère ranime les sœurs Bodin qui se mettent alors à la chasse au criminel…

Daphné est partie à Paris avec Valéric et l’a épousé. Les sœurs s’ennuient, aussi, elles décident de louer la chambre de Daphné afin d’égayer leur quotidien. Elles seront comblées puisqu’un homme étrange, ne quittant jamais ses gants noirs, loue leur chambre qu’il ne quitte qu’à la nuit tombée.

Les deux sœurs trouvent leur locataire suspect, mais elles vont bientôt le trouver surtout mort dans son lit, tué à coups de poignard. La chose, pour elles, serait amusante, si Blanche n’avait pas retrouvé Berthe ensanglantée, un couteau à la main, lors d’une crise d’insomnie juste avant…

Pas le choix, pour innocenter Berthe, il faudra découvrir l’identité du meurtrier…

Voilà, dernier épisode de la série, qui ne dénotera guère des précédents si ce n’est, qu’encore une fois, l’auteur peine à se souvenir de ce qu’il a écrit dans les épisodes passés à propos de ses personnages secondaires puisque Valéric, le mari de Daphné, qui était peintre, est étrangement devenu sculpteur.

Bref, rien de nouveau sous le soleil, l’auteur utilise les mêmes recettes que dans les épisodes précédents et livre une petite intrigue qui ne vole pas bien haut, mais qui permet aux deux sœurs de jouer d’espièglerie, notamment pour se venger de leur vieille amie la Colonelle.

L’intrigue n’est guère complexe et permet encore aux frangines de suspecter à nouveau des connaissances et de mener leur petite enquête.

Loin d’être inoubliable, le roman se lit tout de même agréablement et ne décevra pas les lecteurs des autres aventures des deux vieilles filles.

Au final, loin de clore la série sous forme de l’apothéose ou du drame, auquel on pouvait s’attendre, ce dernier épisode se contente de reprendre les mêmes recettes sans réellement décevoir, mais, surtout, sans surprendre.

Un monsieur de Vichy

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« Un monsieur de Vichy » est un roman de H. J. Magog paru en 1941 à la fois en feuilleton dans les journaux et en livre dans la collection « Sur la Piste » des éditions Baudinière.

H.J. Magog est un auteur majeur (mais par trop oublié) de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle qui œuvra dans différents genres (fantastique, aventures, sentimental, policier) et dans différents formats allant du conte (notamment pour la chronique « Les mille et un matins » du journal Le Matin) au roman en passant par le traditionnel fascicule (32 ; 64 ; 96… pages).

Dans le genre qui m’intéresse, le genre policier, on notera que l’auteur a développé, entre autres, deux personnages récurrents : le détective américain Paddy Wellgone et l’inspecteur Sive.

Le premier personnage a vécu plusieurs aventures fasciculaires dans la veine un peu désuète de ce qui se faisait à l’époque, mais également un roman, « L’énigme de la malle rouge », publié en feuilleton dans les journaux en 1912 avant d’être réédité en 1932 sous le titre « Le cadavre du tunnel » aux éditions R. Simon, sous la signature de Paddy Wellgone.

« Un monsieur de Vichy » met en scène l’inspecteur Sive.

UN MONSIEUR DE VICHY

Juin 1940 !

Les troupes allemandes progressent en France, provoquant un exode de la population.

Une foule hétéroclite tente de quitter le pays par tous les moyens.

Gonza, Sud-Américain de naissance, récemment naturalisé français, cherche, comme les autres, à fuir l’avancée de l’armée ennemie, emportant avec lui sa fortune édifiée sans peine ni scrupules.

À Hendaye, face à la masse grouillante s’agglutinant à l’entrée du pont pour franchir la Bidassoa, Gonza se gare à l’écart afin de réfléchir.

Un homme l’aborde et lui propose de l’aider à traverser la frontière contre quelques billets.

Devant la mine patibulaire de l’individu et le fait qu’il semble bien renseigné sur ce qu’il transporte avec lui, Gonza refuse et se rend à Biarritz.

Il y croise à nouveau la même personne.

Apeuré, Gonza reprend la route pour Vichy, ville dans laquelle va siéger le tout nouveau gouvernement français.

Gonza, un Sud-Américain qui a fait fortune en France de manière pas très légale, cherche à fuir la France avec son magot en juin 1940, après que les troupes allemandes aient commencé à envahir le pays.

Préférant se rendre à Hendaye pour traverser le fleuve la Bidassoa et aller en Espagne, sachant que des visas y sont encore signés, Gonza se rend vite compte que le pont est pris d’assaut et que ses chances de passer sont nulles.

Il y est abordé par un triste sire qui lui propose en échange d’une forte somme de le faire passer en Espagne, lui et son or. Bien que Gonza réfute posséder de l’or, il sent que le bonhomme est bien trop renseigné sur son compte pour être honnête et fuit pour se rendre à Biarritz. Mais là, il ne tarde pas à recroiser le même individu.

Pris de panique, Gonza, au bout d’un moment, décide de se réfugier à Vichy où le nouveau gouvernement français siège, le temps de trouver une solution.

Après quelques jours, pensant avoir trouvé solution et moyen de quitter le pays, Gonza prend à nouveau la route, mais ne tarde pas à tomber une nouvelle fois sur l’étrange canaille…

Comme je le disais en préambule, H. J. Magog, quand il œuvrait pour les collections fasciculaires policières semblait avoir coutume de proposer des récits un peu dans l’air du temps, naïfs, désuets, datés, avec une intrigue souvent un peu grotesque et des grosses ficelles pour faire avancer son histoire.

Pourtant, à travers « L’énigme de la malle rouge » il avait démontré que sur un format plus long, il pouvait non seulement gommer tous ses défauts, mais, en plus, faire montre d’une véritable qualité d’écrivain, de romancier.

On constate (presque 30 ans après et avec un nouveau héros récurrent) que c’est une nouvelle fois le cas avec ce roman d’un peu plus de 40 000 mots.

Effectivement, il est surprenant de constater qu’avec le format, Magog change totalement de dimension. Peut-être avait-il besoin d’espace pour s’épanouir ou peut-être sa motivation à écrire n’était pas la même, allez savoir.

Toujours est-il que, tout comme le roman mettant en scène Paddy Wellgone, celui-ci fait preuve d’indéniables qualités tant dans le style, que dans l’intrigue, la narration, les personnages et même l’ambiance.

« Un monsieur de Vichy » pourrait se décomposer en trois parties.

La première, extrêmement intéressante et passionnante, retranscrivant l’ambiance de l’exode de juin 1940, la panique se saisissant de la population, la fuite, la peur…

La seconde, la moins intéressante pour ceux qui ne goûtent pas le genre sentimental (bien que cette partie soit absolument nécessaire à l’intrigue) dans laquelle on croise différents personnages dont un jeune homme amoureux d’une jeune divorcée, un séducteur invétéré, un étrange « monsieur de Vichy », une grosse dame, une vieille jeune fille, un curieux séducteur…

Puis vient la troisième partie, celle dans laquelle intervient tardivement l’inspecteur Sive et qui prend toute son ampleur, grâce à la partie précédente et éclaire totalement la première partie de l’histoire.

Ainsi conté, vous comprendrez aisément que, malgré ce que j’ai l’habitude de dire de la littérature populaire (notamment fasciculaire), que les narrations sont très souvent linéaires (et ce n’est pas forcément un défaut), ici, la narration est soignée aux petits oignons, l’intrigue mêlant plusieurs histoires pour finalement les relier toutes en un même point et ce de façon efficace et aucunement factice d’apparence.

Si, effectivement, l’inspecteur Sive est un personnage récurrent de H. J. Magog, il n’en est pas pour autant le personnage principal ni le personnage central de l’histoire. Comme je l’ai déjà dis, il intervient très tard, après plus de 60 % du texte et s’il est forcément celui qui arrêtera le méchant, il n’est pas forcément le héros du récit.

D’ailleurs, il n’y a pas forcément de héros dans cette histoire qui réside, finalement, plus sur l’intrigue que sur les personnages ce qui est plutôt surprenant pour qui ne connaîtrait H.J. Magog qu’à travers ses fascicules.

Au final, un excellent roman policier à l’intrigue bien ficelée à l’entrée en matière efficace et poignante.

02 mai 2021

Arsène Lupin contre Herlock Sholmes

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Il était une fois le plus génial des cambrioleurs, confronté au plus grand détective de tous les temps...

Ainsi pourrait se résumer « Arsène Lupin contre Herlock Sholmes », un recueil de deux aventures d'Arsène Lupin, signées Maurice Leblanc et parues en 1908 aux éditions Pierre Lafitte.

Ce recueil reprend deux nouvelles légèrement modifiées parues à partir de fin 1906 dans le magazine « Je sais tout » : « La dame blonde » et « La lampe juive ».

Ces deux aventures font suite à « Herlock Sholmes arrive trop tard » nouvelle parue dans le premier recueil des aventures d'Arsène Lupin, « Arsène Lupin, gentleman cambrioleur ».

Arsène Lupin contre Herlock Sholmes :

Arsène Lupin contre Herlock Sholmès ! L'homme qui défie toutes les polices françaises contre l'as des détectives anglais.
"C'est justement quand je ne comprends plus que je soupçonne Arsène Lupin" avoue le célèbre limier anglais.
Quand deux hommes aussi intelligents s'affrontent, leur duel est un grand spectacle.
Qui a volé le petit secrétaire d'acajou contenant un billet de loterie gagnant ? Qui a volé la lampe juive, le diamant bleu, joyau de la couronne royale de France ? Qui joue les passe-murailles en plein Paris ?
Arsène Lupin, toujours lui, l'éternel amoureux de la Dame Blonde, plus insolent, plus ingénieux que jamais, déjouant une à une toutes les ruses de l'Anglais par d'autres ruses plus étonnantes encore.

Alors qu'Herlock Sholmes, le grand détective anglais, n'avait fait, jusque-là, que croiser Arsène Lupin, il est appelé en France pour enfin se confronter à un ennemi à sa hauteur.

Notons déjà, ce qui est amusant et en dit long sur Conan Doyle, que le détective anglais, à la première éditions de « Herlock Sholmes arrive trop tard », se nommait bien Sherlock Holmes. Mais, suite à l'intervention des avocats de Conan Doyle, Maurice Leblanc a été obligé de le renommer.

Le fait est d'autant plus notable et amusant, donc, lorsque l'on sait que le personnage de Sherlock Holmes, le vrai, celui de Conan Doyle est très inspiré (qui parle de plagiat ?) d'un personnage français, Maximilien Heller, né de la plume d'un écrivain, français lui aussi, Henry Cauvain. « Maximilien Heller » est paru 17 ans avant la première parution d'une aventure de Sherlock Holmes et, qu'apparemment, cela n'avait pas gêné Conan Doyle de reprendre ce personnage alors qu'il était froissé qu'un autre en fasse autant avec le sien...

Ceci mis à part, que Sherlock Holmes devienne Herlock Sholmes ne change pas grand-chose, bien au contraire serais-je tenté de dire puisque le ton de ces confrontations est de façon assumée parodique.

Parodie car Herlock Sholmes n'est pas aussi charismatique que Sherlock Holmes.

Parodie car Wilson, le pendant de Watson, est ridiculement abaissé à un affidé neuneu et désespérément fier de son maître.

Parodie car tout est parodique, depuis les actions d'Arsène Lupin jusqu'aux réactions d'Herlock Sholmes en passant par celles des policiers et même de Ganimard.

Parodie, enfin, car l'espièglerie, le cabotinage et le côté joueur et enfantin d'Arsène Lupin sont poussés à leurs paroxysme.

N'oublions pas que le magazine « Je sait tout » dans lequel sont parues, à l'origine, les aventures d'Arsène Lupin, était un magazine familiale, donc, adressé aussi bien aux enfants qu'aux parents et même plus aux enfants qu'aux parents.

Il ne faut donc pas s'étonner que les aventures d'Arsène Lupin soient aussi créées pour faire briller les yeux des jeunes lecteurs de l'époque (voilà plus d'un siècle).

Ceux et celles qui voudraient comparer les aventures d'Arsène Lupin avec le genre policier actuel se mettraient alors le doigt dans l'œil jusqu'à l'omoplate.

Voilà pour répondre à quelques critiques acerbes (rares, heureusement) que j'ai pu lire sur cet ouvrage.

Passons maintenant au texte lui-même.

Pour les lecteurs habitués exclusivement à des romans policiers contemporains, la plume de Maurice Leblanc pourra sembler désuette. Pourtant, lorsque l'on lit régulièrement des récits policiers du début du siècle dernier, on trouvera, au contraire, une certaine modernité pour des histoires datant de 1907.

Bien évidemment, le but de l'auteur, ici, est de s'amuser et, surtout, d'amuser ses lecteurs à travers une confrontation entre deux grands personnages (en fait, entre un grand, le détective, et un autre appelé à devenir grand, le cambrioleur).

Malgré le ton émminement parodique, Maurice Leblanc, contrairement à d'autres auteurs s'étant lancés dans ce genre de parodie, ne ridiculise pas Herlock Sholmes (seul Wilson subit cet affront) et s'il fait toujours gagner son héros, il n'en réduit pas pour autant le détective à un faire valoir.

Herlock Sholmes, certes, dans certaines attitudes, peut sembler ridicules, notamment dans le peu de cas qu'il fait des affres que Wilson subit, mais dans sa lutte contre Lupin, il s'avère tenace et bien souvent dangereux.

On sent alors dans l'histoire, le respect mutuel que vont se porter les deux adversaires, chacun reconnaissant en l'autre le seul ennemi à sa hauteur.

Maurice Leblanc nous livre donc deux aventures rocambolesques, légères et drôles qui, bien que plus d'un siècle se soit passé, sont toujours aussi plaisantes à lire...

Au final, une confrontation mythique mais surtout sympathique entre deux légendes de la littérature populaire.

La fille en question

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« La fille en question » est un roman de Jean-Pierre Ferrière, un auteur né en 1933 et qui  paru (le roman, pas l'auteur) dans la collection « La Chouette » des éditions Ditis en 1960.

Ce récit est la 6ème enquêtes des sœurs Berthe et Blanche Bodin, deux vieilles filles de plus de 70 ans, vivant ensembles, s'étant découvert la passion pour les enquêtes criminelles dans « Cadavres en soldes » après avoir dû découvrir l'identité du meurtrier des employés du grand Bazar dans lequel elles s'amusaient à commettre de petits attentats, la police pensant que le « terroriste » et l'assassin n'était qu'une seule et même personne.

Par la suite, elles vécurent 6 autres enquêtes dont « La fille en question » est l'avant-dernière.

Le roman du jour fait figure d'exception puisque le seul de la série dans le titre duquel le mot « cadavre » est absent (raison probable pour laquelle il n'apparaît pas dans les titres de la série listés dans Wikipédia). Le roman a été sous-titré « Cadavres sur ordonnance » et est paru en 1960, toujours dans la collection « La Chouette » des éditions Ditis.

La fille en question :

Daphné, la filleule des sœurs Bodin, s'apprête à épouser Michel, le neveu de la colonelle Piqué. Mais Daphné a peur de s'ennuyer avec son fiancé aussi est-elle heureuse d'apprendre que celui-ci la trompe avec Anita, l'infirmière incendiaire qui fait les gorges chaudes des commères de la ville et qui a la réputation de coucher avec tout ce qui bouge.

Irrémédiablement attiré par Anita, Daphné se rapproche de la jeune femme pour mieux la connaître.

Très vite les deux jeunes femmes se lient et Anita semble vouloir lui révèler quelque chose. N'ayant pas pu la joindre par téléphone, Daphné se rend chez l'infirmière et la découvre nue lardée de coups de couteaux...

Daphné, la filleule des sœurs Bodin, va se marier avec Michel, le neveu de la Colonelle Piqué. Mais Daphné craint une vie terne. Elle est attirée par Anita, la sulfureuse infirmière sujet de tous les ragots. Alors, quand Blanche et Berthe Bodin lui annoncent que Michel fricote avec Anna, loin d'être triste, elle se rejouit à l'idée que son homme se dévergonde et également d'avoir une raison d'approcher Anna.

Les deux femmes ne tardent pas à se rapprocher.

Un jour, Anna tente de contacter Daphné à la bibliothèque où elle travaille. Daphné oublie de la rappeler et, le soir, décide d'aller voir ce que l'infirmière avait de si important à lui dire. Chez Anna, elle trouve la porte ouverte. Elle entre et découvre Anna morte, poignardée, dans sa salle de bain...

Rien de spécifique à dire sur cet épisode qui se situe dans la lignée des précédents.

On remarquera que l'auteur se soucis peu de la continuité d'esprits de ses personnages puisque Daphné qui, dans l'épisode précédent, mourrait de jalousie quand Michel s'intéressait à une autre femme est là heureuse de savoir que celui-ci la trompe avec la belle Anna.

L'intrigue ne vole une nouvelle fois pas très haut, et est juste prétexte à mettre les deux sœurs en scène.

Et c'est l'espièglerie des deux frangines, qui se comportent comme des gamines, parfois, malgré leurs âges, qui fait tout le sel de l'épisode et de la série.

Pourtant, l'auteur nous propose une intrigue sentimentale en parallèle à celle policière, probable. Est-ce un plus ? Pour les âmes fleurs bleues, probablement. Pour les autres...

J.P Ferrière rate l'occasion de s'attarder sur deux sujets intéressants qu'il aborde : le puritanisme de son époque qui fait qu'une femme un peu volage est la cible de toutes les haines et qui pousse des gens prudes à manifester devant un cinéma proposant un film un peu trop sensuel au goût de certains. L'autre sujet, la perte d'un enfant et l'effet que ce drame peut avoir sur la mère.

Deux sujets déterminants dans le roman mais si superficiellement abordé ! Dommage ? Il aurait peut-être été difficile d'accorder le traitement de ces sujets avec le ton léger de la série...

Au final, un épisode dans la veine des précédents. Léger, amusant, simple..

Information sensationnelle

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Je poursuis ma découverte des enquêtes de l’inspecteur principal Paul Méral, avec « Information sensationnelle », un fascicule de 32 pages, contenant un récit de 8 400 mots, paru en 1954 dans la collection « Mon roman policier » des éditions Ferenczi.

Le récit est signé Marcellus alias Charles Marcellus, un auteur énigmatique qui a principalement écrit des fascicules policiers pour le compte des éditions Ferenczi.

On retrouve ces textes, pour la plupart des enquêtes de l’inspecteur Méral (et des rééditions), dans les collections « Le petit roman policier complet » à la fin des années 1930 et dans « Mon roman policier » à partir de la fin des années 1940.

Quelques récits indépendants dans les collections « Policier et Mystère » et « Crime et Police » du même éditeur, à la fin des années 1930.

Que sait-on, à part cela, de Charles Marcellus ? Rien, si ce n’est qu’un dénommé Marcel Deville avait pour surnom Marcellus, et que certains ont rapproché l’auteur du pseudonyme de Désiré Charlus, qui pourrait être un pseudonyme de Charles Richebourg… mais difficile de croire que Marcellus et Charles Richebourg soient un même auteur au vu des différences de qualités littéraires de leurs textes.

INFORMATION SENSATIONNELLE

La célèbre danseuse Betty Melville est retrouvée morte, au matin, deux balles de revolver dans le cœur.

L’enquête de l’inspecteur Paul MÉRAL met en lumière un coupable idéal, le jeune et fortuné Herbert Richards, petit ami de la victime, qui a quitté celle-ci aux environs de l’heure du drame…

Quand l’arme du crime est découverte chez le suspect, le doute n’est plus permis… sauf pour MÉRAL qui décide de relâcher Herbert Richards…

Une célèbre danseuse a été tuée, chez elle, dans la nuit, par deux balles dans le cœur. Son petit ami, un jeune et riche anglais est soupçonné, dans un premier temps, par l’inspecteur Méral, chargé de l’enquête. Pourtant, plus les preuves s’accumulent contre le dandy et moins Méral le pense coupable. Il va alors le relâcher espérant que la volonté de l’anglais de venger la femme qu’il aimait le conduira sur la piste de l’assassin…

Probablement dernière enquête de l’inspecteur Méral, après, je n’en trouve plus la trace, du moins, pas dans des textes signés Marcellus.

D’ailleurs, il est fort possible que ce titre soit une réédition déguisée d’un autre titre, car, dans la collection « Mon roman policier », il est, avec les deux précédents de l’auteur, les seuls n’étant pas des rééditions éponymes de titres de la collection « Le petit roman policier complet ».

On y retrouve donc l’inspecteur Méral dans une intrigue qui ne soulèvera pas les foules.

Bien sûr, dans un fascicule de 32 pages, de toute façon, aucun auteur ne peut développer une intrigue digne de ce nom. Mais là, l’auteur est loin de remporter la palme du scénario fasciculaire.

Si, une nouvelle fois, Marcellus démontre qu’il n’a pas la maîtrise parfaite du format et du genre contrairement à des auteurs comme Charles Richebourg ou Maurice Lambert, par exemple, son récit pèche également par une succession de dialogues qui sonnent un peu creux, notamment entre Méral et son adjoint Rivet, dialogues qui se veulent pourtant drôles et percutants.

Mais ce qui gêne le plus pour profiter du récit, c’est ce manque de maîtrise que j’évoquais et qui empêche l’auteur de proposer un roman policier en condensé. Car, pour tenir le format, l’auteur choisit de taire des informations ou bien de rendre ses héros incompétents en ne les faisant pas faire des enquêtes pourtant élémentaires qui les auraient mises directement sur la piste de l’assassin.

Si on ajoute la stupidité du meurtrier qui se trahit d’une manière absurde…

Tous ces passages tus ou mis de côté font que le lecteur a toujours la sensation que l’auteur cherche à tout prix à rentrer quitte à effectuer des coupes qui ne passent pas inaperçues. C’est fréquent dans le format fasciculaire, mais des auteurs ont pourtant démontré qu’il était possible de proposer un récit fluide et intéressant même dans un texte de moins de 10 000 mots.

Difficile de jeter la pierre à l’auteur tant rares sont ceux qui ont performé dans le monde du fascicule de 32 pages, mais on pouvait tout de même en attendre un peu mieux.

Au final, une enquête un peu décevante, même de la part d’un auteur qui n’excellait pas dans le format fasciculaire.

Cinq heures, rue Pigalle

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J’avais déjà fait une petite chronique sur ce titre il y a cinq ans.

Après une relecture, je vais compléter un peu ma trop concise critique de jadis.

Pour commencer, parlons de Marcellus, alias Charles Marcellus. Je ne serais pas beaucoup plus prolixe qu’à l’époque étant donné que nous n’en savons guère plus sur l’auteur aujourd’hui.

Charles Marcellus fut un auteur de littérature fasciculaire en activité à partir du milieu des années 1930 jusqu’à la moitié des années 1950 (après 1948, il est fort possible que les titres publiés ne soient que des rééditions, du moins, en grande partie).

Sa production se dirigea presque exclusivement pour les éditions Ferenczi et les collections « Le petit roman policier complet » et « Mon roman policier ». Les titres de l’auteur dans cette dernière collection sont probablement tous des rééditions.

Quant à l’identité de Marcellus ? Il a été fait un rapprochement entre celui-ci et un dénommé Marcelle Deville, surnommé Marcellus, mais également avec Désiré Charlus, un pseudonyme que l’on pourrait se risquer à attribuer à Charles Richebourg. Pourtant difficile de penser que Charles Richebourg et Marcellus se cachent derrière un seul et unique auteur au vu de la différence de qualités littéraires des textes de l’un et de l’autre.

« Cinq heures, rue Pigalle » est un fascicule de 32 pages publié en 1952 dans la collection « Mon roman policier ». Il contient un récit indépendant de près de 9 400 mots mettant en scène l’inspecteur Méral, un personnage récurrent de l’auteur.

CINQ HEURES, RUE PIGALLE

Cinq heures, rue Pigalle, une voiture, deux morts par balles.

Le temps pour la police de faire les constatations d’usage, d’aller interroger le patron de la boîte de nuit proche, et un des corps s’est volatilisé.

L’inspecteur principal Paul MÉRAL a la lourde tâche de découvrir ce qu’il s’est réellement passé…

C’est la nuit du réveillon de Noël, à Pigalle. Au petit matin, au sortir de la boîte de nuit l’Entrepot, deux agents font leur ronde et découvrent une Bentley avec deux corps à l’intérieur dont un a la tempe trouée d’une balle.

Le temps de prévenir le commissariat, de faire les constatations d’usage, un corps a disparu.

L’inspecteur Méral, au retour de son réveillon de famille, est chargé par le commissaire Payen de mener son enquête pour découvrir ce qu’il s’est passé, où est le corps et qui est l’assassin.

Bon, il y a quelques années, quand j’ai lu une première fois ce texte, je dois avouer que je n’étais pas encore familiarisé avec le format fasciculaire que je découvrais à peine.

Depuis, je pense que pour apprécier la littérature fasciculaire à sa juste valeur, il est préférable d’en comprendre les contraintes, les codes et savoir ce que l’on peut en attendre et, surtout, ce que ce format ne peut proposer aux lecteurs.

Ceci dit, je dois avouer que, déjà à l’époque, pour lire des fascicules, je préférais les scannériser et les transformer en ePubs afin de les déguster, la nuit, dans mon lit, sur ma liseuse.

C’est ce que je fis. Mais, à la relecture, je viens de me rendre compte que j’avais oublié de scannériser un feuillet, ce qui peut expliquer, en partie, mon triste ressenti.

Avec un texte complet (cela m’apprendra à être un peu neuneu), mon sentiment ne va pas évoluer du tout au tout pour autant.

Cependant, entre ce détail (qui n’en est pas un) et ma meilleure connaissance du format, je peux évaluer plus justement ce récit policier.

Marcellus nous livre ici une petite histoire un brin rocambolesque où les rebondissements et les agissements des protagonistes sont peu crédibles.

Ne pouvant non plus s’appuyer sur des personnages profonds, le format ne permettant pas de les développer, le lecteur ne pourra guère que s’appuyer sur le style de l’auteur pour trouver son plaisir.

Malheureusement, Marcellus n’était pas de ces auteurs dont la plume et la maîtrise du format se démarquent (contrairement à Charles Richebourg).

Du coup, difficile d’être enthousiasmé par ce récit, d’autant que celui-ci se termine sur une fin un peu ouverte qui ne sera, d’ailleurs, jamais fermée, apparemment.

Au final, bien des années après une première lecture, je serai un peu moins dur avec ce titre sans pour autant être enthousiaste, la faute à une intrigue pas très intéressante ni crédible.

Meurtre boulevard Victor

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« Meurtre boulevard Victor » est un fascicule de 32 pages publié en 1952 dans la collection « Mon roman policier » des éditions Ferenczi.

Il est signé Marcellus.

Marcellus est un auteur énigmatique dont on ne sait rien. Et ce que l’on croit savoir sur lui n’est pas bien important également et, surtout, pas totalement avéré.

Marcellus est un pseudonyme publié quasi exclusivement par les éditions Ferenczi entre le milieu des années 1930 et le milieu des années 1950.

Cependant, dans les années 50, sa participation à la collection « Mon roman policier » des éditions Ferenczi, est en partie due à des rééditions de titres de la collection « Le roman policier complet » chez le même éditeur. Possible que les autres titres soient également des rééditions non éponymes, ce qui, au final, ne nous renseigne pas sur la date de sa fin d’activité.

On notera qu’il a également écrit au moins deux enquêtes de l’inspecteur Barral pour le magazine « À la page » en 1936 et 1939.

« Meurtre boulevard Victor » met en scène l’inspecteur Paul Méral, un personnage récurrent de l’auteur. Le texte fait 8 800 mots environ.

MEURTRE BOULEVARD VICTOR

M. Grimard, ancien colonial, est retrouvé mort, dans son fauteuil, par la concierge de son immeuble chargée de faire le ménage.

La police de quartier appelée sur place conclut rapidement à un décès de cause naturelle.

L’inspecteur Paul MÉRAL venu en curieux alors qu’il passait dans le secteur ne tarde pas à repérer des éléments discordants qui le poussent à envisager la piste criminelle.

Aussi, quand l’affaire lui échoit, se voit-il contraint d’étayer son pressentiment…

En passant boulevard Victor, l’inspecteur Méral, apercevant des voitures de police devant un immeuble, y pénètre pour voir ce qu’il s’y passe et il tombe sur le commissaire du quartier occupé affairé autour du corps de M. Grimard, un ancien colonial retrouvé mort dans son fauteuil par la concierge venue faire son ménage.

Le magistrat, ne voyant rien de suspect, suppose une mort naturelle alors que l’inspecteur Méral, lui, note plusieurs éléments ne concordant pas avec la vie que le défunt est supposé mener.

Bien vite, il hérite de l’affaire et un passage à la morgue lui confirme qu’il s’agit bien d’un meurtre, M. Grimard a été tué par une fine aiguille enfoncée derrière l’oreille et qui lui a transpercé le cerveau, provoquant une hémorragie interne.

Maintenant qu’il se sait face à un crime, il va devoir trouver l’assassin…

Marcellus, Charles, de son prénom, nous livre là une petite enquête (8 700 mots) de son inspecteur Méral qui est édifiante à plus d’un titre.

Édifiante, déjà, car elle est typique des récits policiers fasciculaires de l’époque.

Édifiante, ensuite car, comparée avec celles écrites par des auteurs maîtrisant parfaitement le genre et le format, le lecteur peut constater les petits manques qui font toute la différence.

Effectivement, ce récit n’a pas à rougir face à la plupart des fascicules policiers de 32 pages dont la littérature populaire du second tiers du XXe siècle pullule.

Par contre, si on le confronte aux meilleurs, ceux qu’ont pu écrire, par exemple, Charles Richebourg (une piste laisse pourtant entendre que Charles Richebourg et Marcellus ne sont qu’une seule et même personne, mais j’en doute fort) ou, plus encore, Maurice Lambert, alors, il fait bien pâle figure.

Et cette défaillance tient pourtant à peu de choses, mais ce sont pourtant des détails primordiaux.

Le premier réside dans l’intrigue.

Ici, elle est linéaire, sans fausse piste, sans rebondissement. On se dit que, vu la concision du texte, cela est normal. Oui, mais d’autres auteurs, dans le même cadre, sont parvenus à fournir tous les passages obligés d’un roman policier en condensé.

Le second tient, également dans l’intrigue, mais plus dans la narration et dans la maîtrise du format court.

Chez Maurice Lambert, par exemple, le lecteur part de A, arrive à Z, sans avoir l’impression qu’on l’a privé des autres lettres de l’alphabet (métaphore pour évoquer les phases de l’enquête). Marcellus, lui (et la plupart de ses confrères), semble nous dispenser de certains passages, de certaines informations, notamment celles permettant d’identifier le coupable.

Le lecteur n’a plus alors la sensation de lire un roman condensé, mais plus une nouvelle, ce qui change pas mal la donne.

Tout cela pour dire qu’à la maîtrise du genre, l’auteur, pour exceller, devait également posséder celle du format et travailler son intrigue dans ce sens, ce que peu d’auteurs parvenaient à faire naturellement (sachant qu’ils n’avaient pas le temps d’aller contre nature).

Malgré tout, cette enquête n’est pas déplaisante à lire. Juste, elle ne supporte pas la comparaison avec certains textes dans le même format.

Au final, un récit sympathique, agréable à lire, mais à qui il manque des détails cruciaux pour devenir incontournable.

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25 avril 2021

L'«X» du Ravin de l'Enfer

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Ces derniers jours, je m’intéresse à un auteur totalement inconnu de la littérature populaire policière fasciculaire : Charles Marcellus.

Inconnu, car ses récits n’ont pas traversé le temps. Mais inconnu aussi, car l’on ne sait qui se cache derrière le pseudonyme de Marcellus.

Certains augurent qu’il s’agirait d’un Marcel Deville, inscrit à l’Annuaire de la Société des Auteurs et Compositeurs à la fin des années 1920, celui-ci ayant pour pseudonyme Marcellus.

D’autres le rapprochent d’un dénommé Désiré Charlus, qui pourrait bien être un pseudonyme de Charles Richebourg, auteur tout aussi énigmatique à qui l’on doit les excellentes enquêtes du commissaire Odilon Quentin au milieu des années 1950.

Toujours est-il que Charles Marcellus est l’auteur de quelques fascicules policiers (et au moins deux récits policiers pour un magazine) entre 1936 et 1954, la date butoir pouvant être faussée par des rééditions non identifiées.

L’un de ses personnages récurrents, le principal, est l’inspecteur Méral.

« L’« X » du Ravin de l’Enfer » est une enquête de l’inspecteur Méral, publiée en 1941 dans la collection « Le petit roman policier complet » des éditions Ferenczi sous la forme d’un fascicule de 32 pages contenant un récit indépendant de pas tout à fait 7 800 mots.

L’« X » DU RAVIN DE L’ENFER

L’inspecteur Paul MÉRAL, en congé près de Nantua, avec son collègue Rivet, en profite pour s’intéresser à la découverte du corps d’une jeune femme, jeté du haut du Ravin de l’Enfer, après avoir reçu deux balles dans la tête.

Il décide d’offrir son aide au juge d’instruction chargé de l’affaire, mais ce dernier voit d’un mauvais œil l’intervention de la police parisienne.

Cependant l’indice que MÉRAL a trouvé sur les lieux du drame va convaincre le magistrat d’accepter sa proposition…

L’inspecteur Méral n’a pas pu s’en empêcher. Il a fallu, bien qu’il soit en congé, s’intéresser à un crime s’étant déroulé près de son lieu de villégiature, dans le lieu-dit du Ravin de l’Enfer. Un corps de femme y a été découvert, tué de deux balles dans la tête, et il s’est rendu sur place, avec son collègue l’inspecteur Rivet, pour y mener son enquête.

Fort de ses découvertes, il se rend chez le juge d’instruction pour lui proposer son aide, mais ce dernier refuse, pensant qu’il n’a pas besoin de l’aide de policiers parisiens.

Mais il va changer d’avis devant l’indice que Méral a découvert sur le lieu du drame.

On retrouve donc l’inspecteur Méral et l’inspecteur Rivet dans la dernière enquête publiée au sein de la collection « Le petit roman policier complet », les autres se mêlant aux rééditions des autres titres de cette collection dans celle « Mon roman policier » des mêmes éditions Ferenczi, à la fin des années 1940.

Que dire de cet épisode si ce n’est qu’il ne se démarque pas beaucoup des autres et, surtout, qu’il possède, en plus des défauts inhérents au format (intrigue simple, narration linéaire, personnages à peine esquissés, voire inconsistants…) ceux des récits de la plupart des auteurs de fascicules policiers de 32 pages qui maîtrisaient difficilement le format, tant dans sa narration que dans la construction de leurs histoires.

Effectivement, après lecture de récits nés de la plume des rares auteurs excellant dans le format, on constate plus facilement les manques dans les histoires des autres.

Ici, le grand problème est que le lecteur a toujours l’impression que l’auteur lui a caché des choses, a occulté des passages de son histoire pour rentrer dans les clous ou apporter de faux rebondissements.

Déjà, le fait que l’inspecteur Méral parte en congé avec son collègue de travail peut laisser dubitatif… mais c’est surtout le préambule qui se veut intriguant et qui ne l’est qu’à travers le fait de cacher l’identité des protagonistes de cette scène.

Suivront alors d’autres ellipses qui, si elles permettent de rentrer largement dans les clous du fascicule (l’auteur avait de la marge, il pouvait faire plus long, un fascicule du genre pouvant contenir allègrement 10 000 à 12 000 mots), ne permettent pas au lecteur d’avoir l’impression de lire un véritable roman policier, même en concentré, ce que parvenaient à faire des auteurs comme Charles Richebourg, Maurice Lambert, Louis C. Thomas…

Pour le reste, si l’intrigue est effectivement simpliste et n’offre pas de grand intérêt, la lecture de ce fascicule n’est pour autant pas désagréable pour qui apprécie ce format très court.

Au final, rien de transcendant, juste de quoi remplir un petit moment de lecture.