Couv Les traces du vampire

« Les traces du vampire » est un court roman de Gustave Gailhard qui reprend le personnage du policier Serge Vorgan.

Ce titre s’inscrit donc dans la collection « Serge Vorgan », dont « La police est en alerte » est la première enquête et « Les traces du vampire », la quatrième.

Les traces du vampire : Le brigadier-chef de la Sûreté Générale, Serge Vorgan, est chargé d’une bien délicate affaire. Une série de crimes horribles a lieu dans les trains en partance de la Capitale. Le policier ne tarde pas, avec les maigres éléments en sa possession, à soupçonner Marc Faran, alias « L’Étudiant », alias « L’Anguille », d’être derrière tous ces crimes. L’homme est d’autant plus redoutable qu’il n’hésite pas à se déguiser pour approcher et se jouer de ses pourchasseurs, allant jusqu’à glisser un mot de menace dans la poche de Bertillon, le bras droit de Vorgan. Quand la Grande Irma, la maîtresse de Marc Faran, débarque pour livrer son amant aux forces de l’ordre, Bertillon se réjouit de pouvoir mettre la main sur l’homme qui l’a berné. Mais, Serge Vorgan, par expérience, se méfie des femmes trop belles et trop intelligentes… 

Un crime atroce a eu lieu dans un train. Un homme a été retrouvé égorgé, ses biens ont disparu. Le tueur semble avoir quitté le wagon en marche. Tous les indices indiquent que le coupable est jeune et svelte.

Serge Vorgan, Brigadier-chef à la Sûreté, soupçonne Marc Faran, un criminel redoutable et introuvable.

Un indic lui apprend que le fameux Faran, dit « L’Étudiant », a rendez-vous avec une blonde dans un bar. Le policier met une surveillance en place. Des hommes de Vorgan planquent dans un troquet faisant face au lieu de rendez-vous. Mais tout ne se déroule pas comme prévu. Faran a éventé le piège et s’est enfui non sans poignarder l’indic de la police.

Alors que tout semble compromis, la maîtresse de Faran prend contact avec Vorgan et Bertillon et veut leur balancer son amant.

Dès lors, Vorgan et ses hommes vont naviguer entre espoir de mettre la main sur le criminel et méfiance envers cette offrande un petit peu trop bienvenue.

Gustave Gailhard fait évoluer son personnage, exit la romance présente dans le premier opus, Vorgan n’est pas encore commissaire, mais dirige déjà son équipe d’une main ferme.

Le style et l’ambiance se popularisent, se dirigeant lentement vers un tout plus « argotique » qui prendra toute son ampleur dans « Un cadavre sur une route ».

Pour autant, l’auteur ne se départit pas de son goût pour le « travestissement » fort à la mode dans les textes policiers de la première moitié du XXe siècle et qu’il avait déjà mis en avant dans « La Police est en alerte ». D’ailleurs, l’influence de ce tout premier opus est permanente tout au long de l’histoire : la présence systématique des taxis dans l’histoire, le tueur qui se joue de la police au risque de se brûler les ailes, les déguisements... jusqu’à un extrême un peu plus « discutable » qui est l’autoplagiat.

Effectivement, pour gagner du temps (de l’argent ?) ou pour toute autre raison, Gustave Gailhard, à l’exception des noms des deux protagonistes, réutilise, mot pour mot, dans « Les traces du vampire », une scène écrite pour « La Police est en alerte ». Certes, il ne s’agit que d’une scène subsidiaire, dont l’intérêt ne demeure pas crucial et qui aurait pu, sans aucun problème, se dérouler totalement autrement, mais cela démontre une certaine malice de l’auteur (ou le manque de scrupules) et certaines dérives induites par la façon dont les émoluments des auteurs sont calculés. 

Car, il n’y a pas à douter que, lorsque les auteurs étaient payés au mot ou à la ligne, le fait de répéter ad nauseam, « Monsieur le directeur de la société MachinTruc » ou « Madame la Comtesse de BiduleMachinChose » au lieu d’utilisé un simple « il », « celui-ci », ou « elle », « la Comtesse » ou « Celle-ci » ne soit fait dans le simple but de gagner quelques centimes sans effort. 

Mais, dans un même temps, à une époque où la chasse aux répétitions est systématique, voire maladive, cette ancienne pratique (de la répétition volontaire) confère aux textes de l’époque une certaine aura, une « patte ».

Il est à noter, enfin, à condition que cette coïncidence n’en soit pas une, mais en est-elle ? que le début du roman fait indéniablement penser à celui de « Le poignard de cristal » de Rodolphe Bringer, qui, alors, vient d’être réédité chez Rouff sous le titre du « Le mystère du B-14 » seulement 5 ans auparavant.

Ne nous attardons donc pas sur cet accroc et concentrons-nous sur le texte dans son intégralité :

Gustave Gailhard maîtrise sa narration, comme il nous l’a déjà démontré par le passé, mais reste encore flou sur ses personnages. Flous, car ils ne sont pas, volontairement ou involontairement, cernés par l’auteur. Ceux-ci ne sont même pas réellement esquissés, ce qui ne dérange en rien la lecture, mais qui tranche, par exemple, avec le personnage d’Odilon Quentin de Charles Richebourg qui, quelques années plus tard et sur un texte bien moins étendu, est dessiné précisément par son auteur en quelques mots. 

Cette présentation, même succincte, n’a pas réellement lieu dans le texte de Gailhard et cela est une constante dans sa série (même si, d’opus en opus, les contours se feront plus nets).

Encore une fois, cela n’apporte pas de désagrément et, le fait de laisser le lecteur se faire une image par sa propre imagination, n’est pas une tare. Mais là, ce qui frappe le plus est que les personnages semblent ne pas avoir de trait de caractère ou de trait physique qui les démarquent les uns des autres. Chez d’autres auteurs, pour d’autres personnages, on notera que l’un est plutôt âgé, souffre d’embonpoint, aime fumer la pipe ou le cigare, se gave de sandwiches au bureau ou aime prendre des calvas au bistrot, porte un chapeau, ou une canne, parle comme un bourgeois ou comme un apache... là, il serait bien difficile, pour le lecteur, de différencier les protagonistes « bons », autrement que par leur rang dans la police ou bien par leur nom.

Une exception se fera pour l’indic, d’abord parce qu’il n’est pas réellement de la police, ensuite parce qu’il n’est qu’un personnage secondaire et, enfin, parce qu’il est japonais et, admettons, qu’un Japonais se différencie plus facilement d’un Caucasien qu’un autre Caucasien.

Mais, il est important de noter que ces informations ne sont en rien des critiques, puisqu’elles ne nuisent pas à la lecture, mais juste des constatations qui peuvent surprendre dans un monde littéraire ou l’auteur cherche, la plupart du temps, à « spécifier » son héros afin qu’il se démarque, qu’il soit remarquable et remarqué par le lecteur afin de renforcer l’attachement que ce dernier peut avoir envers lui.

De plus, tout ce que je viens d’énoncer peut être contrasté par le fait que, si l’on cherche bien, Serge Vorgan se démarque par une expression : « Mon vieux ! » qu’il lance sans cesse à son adjoint Bertillon.

Les personnages, s’ils sont identifiés et identifiables, notamment et presque exclusivement, par leur identité propre et leur position hiérarchique, forment donc plutôt un tout qu’une somme d’individualité et c’est peut-être là que veut en venir l’auteur.

Car, si Serge Vorgan est indéniablement le héros de l’histoire, ce n’est pas un héros omniscient, omnipotent... omniprésent... mais juste un homme, avec un petit « h ».

Un homme avant tout, un homme qui se repose sur ses hommes, mais qui sait également prendre les risques et devenir un chef, un guide. Mais, comme le policier est un homme de son époque (du moins, de l’époque de son auteur), c’est également un homme un brin machiste, voire misogyne, puisqu’il porte un regard méfiant sur les femmes, surtout si elles sont belles.

Cependant, même mis en retrait par rapport à d’autres confrères, d’autres auteurs, Serge Vorgan n’en demeure pas moins un bon policier et ses aventures n’en sont pas moins plaisantes à lire. 

Le petit plus, indéniablement, par rapport à d’autres pairs immuables, gravés dans le marbre de leur célébrité, Serge Vorgan, lui, peut évoluer, changer, et il ne s’en privera pas au cours de sa carrière et pas uniquement en montant dans la hiérarchie.

Au final, « Les traces du vampire » est une histoire qui s’inscrit dans le style et dans l’ambiance qui commence à poindre à l’époque avec des auteurs comme Georges Simenon et son Commissaire Maigret (qui est né trois ans auparavant), et qui prendra, quelques années plus tard, une ampleur grandissante avec « Nestor Burma » de Léo Malet pour s’envoler vers des Albert Simonin, Alphonse Boudard et consorts...