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Il est inutile, je pense, de revenir sur la personnalité de Marcel Priollet, auteur majeur de la littérature populaire fasciculaire dont je vous ai déjà parlé à de multiples reprises pour ses nombreux ouvrages que j’ai dévorés.

Je n’ai cessé de vous clamer tout le bien que je pensais de l’auteur pour ses deux séries policières « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs », et pour ses autres courts romans publiés sous divers pseudonymes (R.M. de Nizerolles, Marcel-René Noll, René Valbreuse...) dans les diverses collections des éditions Ferenczi et ailleurs.

Aussi, passons au titre du jour :

LA BAGUE AU DOIGT

Il n’y eut pas, dans toute l’étendue des États-Unis, d’homme plus dépité que le détective James Quincy Jackson, lorsque celui-ci apprit l’arrivée à Philadelphie du célèbre Bellétoile, inspecteur principal à la police judiciaire française.

Lors d’une soirée où les deux rivaux sont réunis, Bellétoile lance un défi à son homologue : il assure livrer en moins de vingt-quatre heures le responsable du prochain crime que la ville abritera, et ce, en laissant une demi-journée d’avance à son concurrent.

James Quincy Jackson accepte le pari, sans se douter, à cet instant, de la personnalité du criminel après qui il devra courir…

« La bague au doigt » est initialement paru dans la collection « Le Petit Roman Policier » des éditions Ferenczi en 1941 avant d’être réédité, comme à peu près tous les textes de cette collection dans une autre intitulée « Mon Roman Policier », en 1948. Les deux sous le pseudonyme de R.M. de Nizerolles.

Cette information n’a peut-être pas grand intérêt, en apparence, mais vous le verrez, elle en a véritablement une.

Court roman n’atteignant pas les 8500 mots, paru sous le format fascicule de 32 pages, illustré par l’excellent Georges Sogny (illustration en couleur pour la première édition, en monochrome pour la seconde), « La bague au doigt » fait figure d’esquisse pour une œuvre à venir de l’auteur (et c’est là que les dates d’édition prennent leur importance).

Souvenez-vous, je vous disais en tout début de chronique que Marcel Priollet était l’auteur de deux séries policières dont « Old Jeep et Marcassin ».

Cette série de 10 fascicules de 64 pages publiée aux éditions Tallandier en 1945, sous le pseudonyme de Marcel Priollet, nous contait la collaboration entre un policier américain, Gordon Periwinkle alias Old Jeep et un commissaire français, Marcassin. Le premier était venu en France apprendre les méthodes de la police française, mais la rencontre entre les deux hommes datait d’un congrès en Angleterre et leur amitié s’était nouée après un défi entre les deux policiers à qui arrêterait en premier le responsable du prochain crime commis.

Mais comme de crime, il ne s’en commettait pas pendant plusieurs jours, Old Jeep défiait alors Marcassin de l’arrêter en lui annonçant qu’il commettrait un crime dès le lendemain, lui indiquant les circonstances de ce crime, lui montrant l’arme qu’il utiliserait et jurant d’abandonner sur place l’épingle de cravate que le commissaire lui confiait.

Et c’est exactement le même canevas, la même intrigue, que l’on retrouve dans « La bague au doigt » et la raison pour laquelle la date de première édition est importante.

Paru en 1948 dans « Mon Roman Policier », ce titre ne serait qu’une resucée du titre liminaire de la série précitée.

Mais, paru initialement en 1941, « La bague au doigt » devient l’ébauche, l’esquisse, de l’excellente série à venir.

Le texte inspirateur prend alors une tout autre ampleur à la lecture pour peu que l’on ait lu et apprécié ladite série avant, ce qui est mon cas, et que l’on puisse s’enthousiasmer devant ce genre de découverte comme un archéologue le ferait devant un texte ancien datant d’un siècle av. J.-C. et ébauchant les actes que devrait exercer un homme se présentant comme fils de Dieu afin de convaincre ses prochains de le suivre (multiplications des pains, miracles, crucifixion et résurrection compris), comme je suis capable de la faire (devant Marcel Priollet, pas devant Jésus).

Car, oui, je suis capable de m’enthousiasmer outre mesure de la découverte de cette ébauche de la série « Old Jeep et Marcassin » comme un étudiant en art pourrait le faire devant la découverte d’une esquisse de Mona Lisa signée par le grand Maître Léonard de Vinci. On a chacun le Léonard qu’on mérité, que ce soit de Vinci, di Caprio, Cohen, Nimoy ou même l’approximative tortue ninja.

Bref, « La bague au doigt » esquisse donc la série à venir en contant le défi mis en place par un inspecteur français, Bellétoile, face à un détective américain, James Quincy Jackson, dans la ville de Philadelphie.

Mais les criminels semblent s’être endormis aussi, devant partir bientôt, Bellétoile rend visite à Jackson en lui annonçant qu’il va tuer une personne dans quelques heures, lui montrant le poignard dont il va se servir, lui indiquant que le corps se trouvera sur un remblai le long d’une voie de chemin de fer, proche de la maison de la victime et pour qu’il soit sûr de sa culpabilité, il propose de laisser au doigt de la morte, la bague que porte toujours Jackson (d’où le titre).

L’américain accepte bien qu’il pense à une blague, mais, bientôt, le corps d’une vieille femme est découvert sur un remblai, le même poignard ensanglanté se trouve à côté et elle porte au doigt la bague de Jackson.

Le doute n’est plus permis, Bellétoile est passé de l’autre côté de la barrière.

Certes, si l’histoire est très proche, évidemment, Marcel Priollet l’a adapté pour sa série, échangeant les personnages, les lieux, les unités de temps et quelques autres détails, non pas pour qu’on ne s’aperçoive pas de l’emprunt, mais juste pour coller à des personnages qui sont bien mieux dessinés dans la série (le texte est deux fois plus long) que dans ce titre-là.

Mais c’est réellement enthousiasmant de lire l’esquisse à l’aune de l’œuvre, comme je vous le disais précédemment.

Certes, ici, les personnages sont bien plus flous, moins attachants, l’intrigue plus resserrée et donc s’appuyant sur des éléments plus bancals, mais la patte de Marcel Priollet est là et, étant donné la concision du texte inhérente au format de la collection dans laquelle il s’inscrit, on n’attendra pas plus que ce qu’il propose.

Parce que, malgré tout le talent de l’auteur, et s’il est parvenu en 17 000 mots, à incorporer une intrigue correcte tout en proposant des personnages étoffés et attachants, on se doute qu’il ne peut, en moitié moins de temps, faire aussi bien.

Mais, si le fait qu’on ait déjà lu la série mise en avant ajoute un plus à la lecture de ce titre, on peut très bien prendre du plaisir à le lire même si on ne connaît pas la série.

Bien sûr, pour cela, il faut être habitué des formats courts et savoir à quoi on peut s’attendre (en clair, ne pas espérer découvrir une intrigue à la Franck Thilliez avec des multiples personnages dont on découvrirait au fur et à mesure l’histoire sur cinq générations).

Dans ce cas, on s’apercevra que Marcel Priollet, décidément, maîtrisait son genre, ce format (même s’il était plus à l’aise dans un format un petit peu plus long).

Et puis, il y a le plaisir de l’archéologue de la littérature populaire !!!!

Au final, un titre enthousiasmant pour des raisons qui passeront au-dessus de la plupart des lecteurs, mais qui offrira un bon plaisir de lecture à tous les autres.