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Bon, je vais en revenir au parallèle que je fais souvent entre une rencontre avec un livre, un auteur, des personnages et celle que l’on pourrait faire d’une personne en chair et en os.

Cette rencontre, selon moi, se déroule souvent avec des sentiments similaires. Parfois, un livre nous séduit dès les premiers mots comme on pourrait ressentir un coup de foudre amical ou amoureux envers une personne dès les premiers instants. D’autre fois, la séduction s’impose lentement, au fur et à mesure des pages ou des conversations... Il n’est pas rare, a contrario, que la répulsion soit immédiate dans les deux cas.

Mais, pour une fois, je ne vais pas m’attarder sur les sentiments, mais sur les évènements qui provoquent une rencontre. Celle-ci peut être due au hasard ou bien à l’entremise d’une personne tierce, ou bien encore par la réputation qui précède le livre ou la personne.

Parfois, cette rencontre, littéraire ou humaine, fonctionne par le truchement de plusieurs facteurs.

C’est un peu (beaucoup) le cas de ma rencontre avec le commissaire François de Louis Rognoni.

Effectivement, cette rencontre ne fut ni directe, ni par l’entremise d’une personne me l’ayant conseillée ni même induite par la notoriété du roman (qui connaît la série « Le commissaire François » de Louis Rognoni ?).

Non. En fait, j’ai toujours été fan de Pierre Dac (oui, je ne suis plus tout jeune) et de son acolyte (et alcoolique ?) Francis Blanche. Je ne vous parle pas uniquement de leur sketch « Le Sâr Rabindranath Duval », probablement le plus connu, que je n’ai jamais vu en direct pour cause de natalité tardive.

Mais, j’aime les humoristes d’autrefois, n’hésitant pas à me délecter de sketches datant de bien avant ma naissance ou de ma prime jeunesse. Je ne vous parlerais pas des classiques indémodables que sont les sketches de Coluche ou de Pierre Desproges, mais plus particulièrement de ceux des Frères Ennemis (des modèles) ou de Robert Lamoureux (un exemple) voire même de ceux de Raymond Devos, Fernand Raynaud etc.

J’aime Francis Blanche, j’adore Pierre Dac, même sans être un inconditionnel.

Tout ça pour quoi ? me direz-vous. Tout ça pour en venir à Louis Rognoni.

Effectivement, par hasard, par le truchement d’une recherche internet, je tombe sur YouTube sur des épisodes du feuilleton radiophonique « Bons baisers de partout – L’opération Tupeutla », datant de 1966 et mettant en scène des acteurs tels Jean Piat, Paul Préboist, Roger Carel, rien que ça.

En me renseignant un peu sur le feuilleton, j’apprends qu’il fut écrit par Pierre Dac et Louis Rognoni.

Pierre Dac, OK, je savais qui c’était. Mais Louis Rognoni était un inconnu pour moi. Après un tour sur internet, j’apprenais que le bonhomme dont on ne sait pas grand-chose avait écrit des scénarios pour la radio, la télé, mais également des romans.

En termes de romans, à part des œuvres en collaboration avec Francis Dac (probablement toutes des adaptations de leurs pièces radiophoniques), 6 romans, tous mettant en scène le personnage du commissaire François.

Du policier ! un personnage récurrent ! un auteur de langue française ! et en plus, probablement de l’humour déjanté vu sa filiation avec Pierre Dac ! Il n’en fallait pas plus pour me convaincre de me plonger dans cette série.

Trouvant les 6 titres à bon prix chez mon Libraire favori, voilà que je pouvais enfin me lancer dans cette lecture.

En résulte donc ma chronique sur « Cause Toujours... », premier épisode.

Cause Toujours... :

Le jeune inspecteur François vient de prendre du grade et est devenu le jeune commissaire François !

Il n’a pas le temps de prendre possession de son nouveau bureau qu’un certain Antoine Mandolini demande à le voir.

Après hésitations, le commissaire François se souvient d’Antoine Mandolini qu’il connaît mieux sous le surnom de « Tony-cause-toujours ». Il eut affaire, un an auparavant, dans l’enquête sur l’assassinat d’Albert-le-Grec. Convaincu qu’il en était l’assassin, il n’avait pu l’accuser que de proxénétisme.

Que lui voulait maintenant « Tony-cause-toujours » ?

Il venait pour s’accuser du crime du patron du « Gardon Pépère », une affaire dans laquelle la police piétinait depuis quinze jours.

Pourquoi venait-il s’accuser ainsi du meurtre ? Le commissaire François se donne le temps de la garde à vue du suspect pour trouver les tenants et les aboutissants de cette étrange confession. 

L’inspecteur François est devenu le commissaire François et pour sa première journée en tant que « patron », il est confronté à un homme qui le manipula dans l’affaire de l’assassinat d’Albert-le-Grec et qu’il ne put que convaincre de proxénétisme alors qu’il était certain qu’il était le meurtrier.

En effet, Antoine Mandolini alias « Tony-cause-toujours » a choisir son premier jour de fonction pour venir s’accuser du meurtre du patron du « Gardon Pépère », un rade malfamé, une affaire dans laquelle piétine depuis quinze jours la police.

Mais pourquoi venir s’accuser du meurtre ? Le commissaire François a 24 heures (le temps de devoir déférer Tony devant le juge d’instruction) pour tout comprendre.

S’il faut présenter le commissaire François (ce qui expliquera en même temps l’illustration de la couverture d’origine), le mieux est encore de laisser la parole à l’éditeur qui donne toutes les précisions en 4e de couverture du roman :

Le commissaire François est né le jour où Jean Chouquet le réalisateur, Jean Bardin et Bernard Hubrenne, les producteurs de l’émission « Les Auditeurs mènent l’enquête » ont décidé François Périer à interpréter chaque semaine pour les auditeurs d’Europe N° 1, le rôle d’un commissaire de police. Dès lors, le commissaire François c’était François Périer. Chaque semaine, l’auteur de l’énigme proposée à la sagacité des auditeurs était différent. Seul, donc, l’interprète réalisait l’indispensable unité. Louis Rognoni, l’un des auteurs les plus souvent cités au générique de l’émission, a été séduit par le personnage du commissaire François. Ce personnage valait mieux que le trop court dialogue hebdomadaire qu’il avait avec l’inspecteur Piju, son fidèle adjoint. Il fallait lui donner d’autres dimensions, les seules qui lui convenaient : celles d’un personnage de roman. Ainsi est née la collection
« Le Commissaire François », dont « Cause toujours... » est le premier volume.

Quand on connaît Pierre Dac, que l’on s’imagine ou que l’on a déjà entendu ses délires radiophoniques, on est en droit de s’attendre, dans un roman de son compère, à un humour déjanté digne des feuilletons qui naviguaient sur les ondes d’antan.

Je vous rassure, ou je vous déçois, tout dépendra, cela n’est pas le cas du tout dans ce roman et, du coup, dans la série.

Effectivement, rien n’est plus sérieux que « Cause toujours... ». Sérieux, mais pas chiant, ni pontifiant, ni lénifiant...

Non. Que nenni ! Louis Rognoni ne navigue pas aux antipodes de ses habitudes à travers ce roman, mais il met l’humour de côté, du moins, l’humour pour l’humour, l’esprit potache, le plaisir des jeux de mots et tutti quanti...

Louis Rognoni nous livre ici un vrai roman policier avec un véritable personnage ayant une véritable identité, un esprit et une méthode.

Je ne connais pas le feuilleton radiophonique qui inspira la série à Louis Rognoni, je ne peux donc pas juger de la filiation entre les deux. Mais force est de constater que Louis Rognoni, à travers ce premier épisode, parvint à poser un personnage, un duo, même, avec l’inspecteur Piju, le second du commissaire François, une ambiance et même un style.

Car l’auteur semble s’imprégner sans jamais singer, d’univers aussi dissemblables que ceux des enquêtes du commissaire Maigret et ceux des romans d’Albert Simonin, tout en ajoutant une touche à la Gabin, et probablement, même de François Périer. Cependant, je connais peu l’acteur que fut François Périer à l’époque du feuilleton téléphonique, mais il est vrai qu’on peut y trouver du Périer d’après (que je connais mieux) dans ses rôles dans « Le Samurai » ou « Police Python 357 », du moins, dans le charisme du personnage.

Louis Rognoni ne se contente pas de proposer un personnage, il développe également une intrigue, intrigue, certes, limitée par la taille du roman (40 000 mots), mais qui a le mérite d’exister et de faire se poser des questions au lecteur.

Quant au style, ni indigent ni indigeste, il est parfaitement maîtrisé et, surtout, adapté au format et au genre, à la façon d’un vieux briscard.

Au final, un bon premier épisode qui pose parfaitement un personnage principal intéressant et attachant. À suivre...