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Est-il encore besoin de préciser qu’Henry Musnik fut un écrivain de littérature populaire prolifique et qu’il abreuva un nombre considérable de collections fasciculaires chez divers éditeurs, dans les genres aventures, romance et, surtout policier.

Car, Henry Musnik, bien que né au Chili en 1895, fut un auteur majeur de cette paralittérature. Sa production est difficilement quantifiable puisque signée par de nombreux pseudonymes dont Claude Ascain, Pierre Olasso, Alain Martial, Pierre Dennys, Florent Manuel, Jean Daye… et bien d’autres, dont certains, sont probablement encore non identifiés.

Certes, Henry Musnik usa d’astuces pour multiplier les textes, se contentant, parfois, de changer les noms de ses personnages et de signature pour en proposer certains à d’autres éditeurs, mais, malgré cela, le nombre de textes qu’il écrivit est impressionnant, d’autant qu’en parallèle, il signa également des articles sportifs ou des articles pour des journaux.

La plupart de ses récits s’appuient sur des personnages communs, rarement originaux, mais qui lui permettaient, malgré les contraintes de concision des petits fascicules, de livrer des histoires parfois intéressantes, souvent agréables à lire.

Si, dernièrement, j’ai eu la surprise de constater, à travers une série de longs romans, « Mandragore » que l’auteur excellait dans des formats plus longs, j’étais moins convaincu, jusque-là, de son réel talent d’auteur, me contentant de l’élever au niveau d’un bon « faiseur de textes ».

Je m’attache aujourd’hui à un autre personnage récurrent de l’auteur, Jacques Desly, dont les aventures s’éparpillent, pour la plupart, dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi.

« Le messager du diamantaire » semble être le premier épisode de la série, il date de 1937.

Est-ce une aventure originale ? Ou bien est-ce la résultante de « l’astuce » de l’auteur ? Difficile à dire puisqu’il faudrait éplucher toute la production de Musnik pour le savoir. D’autant qu’on soupçonne l’auteur de s’être également approprié, à travers des traductions, des histoires de séries de langue anglaise comme « Sexton Blake ».

LE MESSAGER DU DIAMANTAIRE

Jacques DESLY, cambrioleur de son état, durant ses moments de repos, s’adonne à une peu ordinaire gymnastique de l’esprit pour se détendre : lire la rubrique des « Petites Correspondances » du journal et imaginer qui et quel drame se cachent derrière les annonces.

Ce jour-là, c’est un entrefilet qui retient son attention : « Prière d’indiquer si les tulipes sont vendues ».

Étrange cette histoire de liliacées, d’autant que la fleur, il en est sûr, a déjà été évoquée dans les éditions précédentes.

Aussi, quand l’auteur des missives répond et donne rendez-vous le soir même dans un hôtel, Jacques DESLY, attisé par la curiosité, décide de s’y présenter…

 Le messager d’un diamantaire hollandais disparaît sur le trajet de Paris avec une cargaison de diamants représentant une forte somme.

En épluchant les petites annonces pour se divertir, Jacques Desly, un cambrioleur au grand cœur, tombe sur ce qui semble être un message codé. En suivant les autres messages du même auteur, il découvre qu’un rendez-vous est donné dans un hôtel, il s’y rend et croise un autre cambrioleur qu’il connaît, mais celui-ci est un véritable truand.

Persuadé que les deux affaires sont liées, Jacques Desly décide de mettre la main sur les diamants tout en jouant un vilain tour à un affreux concurrent…

Les personnages de cambrioleurs ne sont pas rares dans la production de Henry Musnik. On pourra, par exemple, citer Robert Lacelles ou bien Mandragore…

De toute façon, Henry Musnik fait vivre, généralement, des personnages peu originaux, préférant s’appuyer soit sur l’image d’Épinal de l’enquêteur ou plus simplement sur un personnage littéraire déjà connu des lecteurs, ici, Arsène Lupin.

Cette méthode a l’avantage d’éviter d’avoir à s’étaler pour présenter son héros et dans le monde du récit fasciculaire allant de 8 000 à 20 000 mots, cette économie est louable.

Ici, l’auteur déploie 18 000 mots pour son histoire, ce qui est le lot des fascicules de 65 pages du genre de ceux de la collection « Police et Mystère »…

On ne s’étonnera donc pas du fait que Jacques Desly ne se différencie guère de ses pairs et que sa seule particularité (tout comme pour Mandragore) réside dans la personnalité de son majordome, ici, un Annamite nommé Nan-Dhuoc, un homme doué de sagesse et qui apprit le Jiu-Jitsu à Desly.

On ne sera pas surpris, non plus, de savoir que Jacques Desly est poursuivi par un policier tenace (c’est le lot des grands malandrins de son genre), j’ai nommé, dans le cas actuel, Arthème Ladon.

C’est, d’ailleurs, des deux, le personnage le plus original puisque le moins calqué sur l’image usuelle du policier qui se fait toujours floué par le héros. D’un physique atypique, le policier, du moins, dans ce premier épisode, n’est pas placé dans la position du flic totalement stupide, mais Musnik nous refera le coup dans la série « Mandragore ».

Si ce premier épisode ne propose donc rien de bien original, il ne faut pourtant pas bouder notre plaisir de lecteur, car, contrairement à d’autres séries du genre, mais dans le format plus court du fascicule de 32 pages, le texte possède d’évidentes qualités, notamment celle d’offrir un vrai plaisir de lecture à travers une intrigue simple et des personnages un peu caricaturaux, mais développés par une plume plus alerte que de coutume et qui semble être le chaînon manquant entre les textes que j’accordais à un bon faiseur et ceux de « Mandragore » qui m’avaient fait élever Musnik au grade de « Bon écrivain ».

Au final, un premier épisode agréable à lire et qui, malgré un manque d’originalité, donne envie de suivre d’autres aventures de ce « nouveau » cambrioleur qu’est Jacques Desly…