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J’en termine aujourd’hui avec ma découverte des enquêtes du Commissaire Rombal, d’Élie Richard.

Pour rappel, en 1943, les éditions Janicot lancent leur « Collection Rouge », une collection regroupant plus d’une centaine de fascicules de 16 pages, double colonne, contenant des récits policiers d’auteurs divers.

Pour la collection, la plupart des auteurs semblent avoir signé des contrats pour plusieurs titres (souvent un multiple de 5).

Ce fut l’occasion pour ces auteurs de faire vivre un ou plusieurs personnages récurrents.

Ce fut le cas pour l’excellent Maurice Lambert (le Commissaire Mazère, l’inspecteur Machard et le détective A.B.C. Mine), Frédéric Sipline (Tancrède Ardant) ou encore Lucien Van der Haeghe (Commissaire Barma).

Bien sûr Élie Richard (ou E. L. Richard, selon les signatures) n’échappa pas à cette règle… enfin, un peu, en signant 7 aventures de son Commissaire Rombal, le faisant vivre depuis ses débuts en tant que Brigadier jusqu’à sa retraite.

« Le mystère des Froissarts » est donc la 7e et dernière enquête de Jean-Marc Rombal, un Rombal à la retraite.

Le titre est paru sous la forme d’un fascicule de 16 pages, double colonne, en 1944. Il contient un récit indépendant de presque 14 000 mots.

LE MYSTÈRE DES FROISSARTS

Alors qu’il profite d’une retraite à la campagne, Jean-Marc ROMBAL, ancien commissaire spécial, est contacté par Joachim Colonna, du proche domaine des Froissarts, un négociant en vin qu’il croise régulièrement dans le train le menant à Paris.

Celui-ci vient lui demander d’effectuer quelques recherches à propos de la disparition de Cécile, son épouse, dont il n’a plus de nouvelles depuis un certain temps.

D’abord réticent, Jean-Marc ROMBAL va se plonger dans une enquête qui mettra ses nerfs à rude épreuve et lui fera prendre conscience qu’il n’est plus le grand commissaire ROMBAL d’antan…

À 68 ans, Jean-Marc Rombal vit sa retraite dans sa petite maison de campagne à Lamorlaye, non loin du domaine viticole de Froissarts. Quand il se rend à Paris, en train, il fait souvent le trajet en compagnie de Joachim Colonna, un jeune homme, négociant à Froissarts et qui a épousé la fille du comte du domaine, la jeune Cécile.

Quand Cécile disparaît mystérieusement, Colonna demande à Rombal de passer chez lui pour le charger d’enquêter un peu.

Jean-Marc Rombal se montre d’abord réticent, estimant qu’il aura moins de moyens et de latitude que lorsqu’il était en fonction. Pourtant, il finit par s’investir totalement dans ce dossier, les jours passants, poussé en cela par ses amis de l’époque avec qui il est encore régulièrement en contact.

On constate souvent un manque d’ambition des auteurs dans une littérature fasciculaire contraignante du fait de son format court. Sachant qu’il est difficile de performer dans ce format, beaucoup se contente de faire le job, comme on dit, en livrant des récits pas forcément déplaisants à lire, mais qui ne se démarque pas du tout venant ni de par leurs personnages, leur plume, les intrigues, l’ambiance…

Aussi, il faut louer Élie Richard d’avoir osé ! Osé retracer la vie entière d’un policier, depuis ses jeunes débuts jusqu’à sa retraite, mais, surtout, osé mettre en place, à chacune des enquêtes de son héros, une ambiance différente.

« Le mystère des Froissarts » n’échappe pas à ce pari puisqu’une fois encore Élie Richard privilégie l’atmosphère de son récit à ses personnes et, surtout, à son intrigue.

Effectivement, qui dit format court, dit choix à faire. Tout aspect un peu plus travaillé implique qu’un autre pâtira de ce choix. Aussi, on ne s’étonne pas que l’intrigue soit si simple (c’était déjà le cas dans les précédents épisodes) même si l’auteur parvient, un temps durant, à faire croire au lecteur qu’elle est plus complexe.

Peu importe, car l’intérêt principal réside donc dans l’ambiance de ce récit, une ambiance à la fois mystérieuse, du fait de cette disparition intrigante, mais également une ambiance autour d’une famille curieuse, celle habitant le domaine des Froissarts, Colonna en tête, mais pas que.

Puis l’auteur s’attache aussi à des ambiances individuelles qui deviennent parfois collectives avec le groupe d’amis de Rombal. Pas d’accord les uns avec les autres, chacun développant une théorie autour de l’affaire, l’auteur effleure également une certaine idée de la décrépitude (en léger filigrane) notamment à travers le sentiment, vers la fin, de Rombal de n’être plus aussi perspicace qu’avant.

De la même manière, l’auteur aborde plusieurs thèmes qu’il serait trop long d’énumérer ici, mais qui font de ce texte un récit prenant, intéressant, ambitieux pour le format et très agréable à lire.

Il serait un peu osé d’évoquer un esprit un peu Simenonien dans sa période Maigret, mais difficile aussi de ne pas y penser durant la lecture.

Il faut également louer l’auteur d’avoir osé la fin qu’il propose aux lecteurs.

Au final, un récit qui clôt avec brio une série plus ambitieuse qu’il n’y paraît et qui parvient à se démarquer, par son ambiance, de la plupart des textes d’un format similaire.