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Je poursuis ma découverte des enquêtes de l’inspecteur Girard d’André Charpentier avec le titre « Le stylet d’argent », un fascicule de 64 pages paru initialement dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi en 1937 et réédité en 1997 dans l’éphémère collection « Metro-Police » des Éditions de la Voûte, une collection alternant courts récits de l’époque et rééditions de fascicules policiers de 64 pages.

André Charpentier est ainsi présenté par les Éditions de la Voûte (car, oui, ma lecture s’appuie sur cette réédition, ne parvenant pas à trouver le fascicule d’origine) :

André CHARPENTIER (1884-1966) entre dans le journalisme à 19 ans. Il collabore à « Le Salut Public », à « La Presse Nouvelle » et à « L’Homme Libre » avant de devenir rédacteur à « Le Matin ». Il produit de nombreux feuilletons et contes pour divers journaux, revues et magazines. Auteur prolifique chez tous les éditeurs populaires, on lui doit, chez Ferenczi, un personnage pittoresque, le policier français assisté de son chien Croûton. Avec ou sans chien, ces romans rondement menés demeurent fort distrayants.

Alors, ils sont bien sympathiques, aux Éditions de la Voûte, mais, si le fameux policier français est l’inspecteur Girard (ou Gérard, comme ici), je ne l’ai, jusqu’à présent, jamais croisé avec un chien. Le seul, dans les fascicules que j’ai déjà lus, chien qui apparaît, non seulement n’appartient pas au policier, mais à une victime, et se nomme Moustache (si mes souvenirs sont bons).

Bref.

J’ai classé cette enquête comme la 4e ou 5e de la carrière de l’inspecteur Girard, dans un ordre chronologique de parution, mais en tenant compte, également, des titres dans lesquels il est encore brigadier et du fait que je ne possède pas tous les titres de l’auteur donc, probablement pas tous les titres mettant en scène le personnage.

LE STYLET D’ARGENT

Le Père Pantoufle ne répond plus !

Le concierge de l’immeuble, inquiet devant tel silence, prévient la police.

L’inspecteur GIRARD débarque en compagnie d’un serrurier pour forcer la porte du local fermé à double tour de l’intérieur.

Dans le réduit, on découvre le Père Pantoufle, mort, un couteau dans le dos.

Un nouveau meurtre en chambre close à résoudre pour l’inspecteur GIRARD.

Mais avant de savoir comment l’assassin s’y est pris pour entrer et sortir de la pièce, encore doit-il identifier le coupable ?

Et des ennemis, le Père Pantoufle n’en manquait pas.

C’est que derrière ce surnom aux apparences sympathiques se cachait un être qui l’était beaucoup moins et qui profitait de la misère et la détresse des gens pour faire son beurre… comme tout bon usurier qui se respecte…

Encore un meurtre en chambre close dans la carrière de l’inspecteur Girard.

Cette fois-ci, c’est un usurier surnommé le Père Pantoufle qui est retrouvé mort, un couteau dans le dos, dans son local fermé à clef et dans lequel on ne peut entrer par la fenêtre munie de barreaux et située au 4e ou 5e étage.

Un usurier, forcément, cela a des ennemis : tous ceux qui lui doivent de l’argent et ne sont pas en mesure de le rembourser.

Et, en la matière, les deux derniers visiteurs de la victime font office de parfaits coupables puisqu’il s’agit d’un relieur voisin venu lui demander un délai pour le rembourser et le jeune fils de ce dernier cherchant à convaincre le Père Pantoufle là où son papa avait échoué.

Mais une jeune femme, amie de la famille du relieur, et persuadée de l’innocence du père et du fils, va tout faire pour prouver leurs innocences.

Et oui, décidément, l’inspecteur Girard se révèle le spécialiste des crimes en chambre close puisque je l’ai déjà lu confronté à cette situation au moins trois fois (et je n’ai pas lu toutes ses enquêtes).

Alors, bien sûr, un crime en chambre close se doit d’être une histoire exaltante, posséder une intrigue implacable et proposer un mystère et un suspens haletants… oui, dans le cadre d’un roman où l’auteur a toute la latitude de développer tout cela.

Mais nous sommes ici dans un fascicule de 64 pages et la seule latitude d’André Charpentier est celle que lui offrent les 18 000 à 19 000 mots qu’il va pouvoir y insérer.

Et moins de 20 000 mots, pour ce genre d’intrigue, c’est très peu… trop peu…

Mais nous le savons et pas seulement de Marseille (parfois à l’huile d’amande douce, car les amandes sont toujours douces) ce fascicule ne pourra pas rivaliser avec les meilleurs romans du genre.

Pas grave, on ne s’attend pas à cette prouesse.

André Charpentier fait donc ce qu’il peut (ceci dit, personne ne l’a obligé à œuvrer dans ce sous-genre du récit policier) et il faut bien avouer qu’il n’est pas aidé, aujourd’hui, pas le fait que les lecteurs modernes (contrairement à ceux de son époque) sont sans cesse plongés depuis leur enfance, dans les intrigues policières, que ce soit par l’intermédiaire des journaux télévisés, des feuilletons télé, des romans ou des films.

Aussi, les approximations qui devaient passer crème dans les années 1930 sont plus difficiles à digérer aujourd’hui.

Pas grave non plus, car, là aussi, on se doute bien (ou on le devrait).

Une nouvelle fois, le personnage de l’inspecteur Girard (ou Gérard, selon les fascicules) n’est pas du tout présenté aux lecteurs. Aucune description physique, rien sur son caractère, sa méthode ou sa vie civile (même pas un âge à se mettre sous la dent).

André Charpentier préfère se concentrer sur son histoire plutôt que sur son personnage, un choix qui se respecte et peut s’expliquer par le format fasciculaire et les cadences d’écriture.

On continue à remarquer sa propension à abuser des points virgules pour ponctuer ses phrases. Abus est bien le mot, car, un peu de » ; », ça va, trop, c’est indigeste (ce problème est résolu dans les récentes numérisations des textes de l’auteur).

Bien que les personnages soient manichéens, que l’inspecteur Girard se révèle un brin naïf, que le lecteur comprend avant tout le monde et que l’explication finale pour résoudre le crime en chambre close est, désormais, tirée par les cheveux et, a, de plus, depuis, été reprise dans d’autres textes fasciculaires (je pense, par exemple, à « Un crime impossible », une enquête de l’inspecteur Barre), l’ensemble n’en est pas moins plaisant à lire, notamment grâce à la plume de l’auteur qui, sans chercher à prendre le pouvoir, à être trop ostensible, se moule parfaitement dans le genre et le format pour rendre le texte fluide et agréable.

Au final, un récit qui a les défauts de son format, mais qui est bien mené par un auteur possédant une plume adaptée et une bonne maîtrise à la fois du genre et du format fasciculaire.