86486090_oJean-Bernard Pouy a l'habitude de nous proposer des personnages terriblement humains, gauchistes prononcés et terriblement attachants.

Avec « La Belle de Fontenay », l'auteur ne déroge pas à sa règle en nous contant les mésaventures d'Enric Jovillar, un gauchiste espagnol qui a fui, petit, son Espagne natale en y laissant derrière lui sa vie, sa famille, mais également son ouïe et sa parole à cause d'une balle qui lui a traversé le crâne.

Mais Enric est maintenant vieux, à la retraite et ne s'intéresse plus qu'à son potager et à sa partie hebdomadaire de belote. Seulement, quand une jeune étudiante qu'il connait est assassinée et que le corps est découvert dans son jardin, l'homme est vite soupçonné du meurtre et tout aussi vite innocenté puisqu'il jouait à la belote à l'heure du crime.

Dès lors, Enric se trouve une autre passion, celle de la vérité. Qui a tué la belle Laura, la jeune fille qui venait parfois s'allonger dans son jardin pour lire ? Mais comment enquêter quand on est sourd et muet ? Difficile de mener des interrogatoires poussés par l'intermédiaire de petits papiers griffonnés. Quand, en plus, on se met la police à dos, qu'il faut se mêler à la jeunesse d'un lycée quand on est un petit vieux et qu'on se fait casser la gueule, les choses ne sont pas des plus faciles.

L'avantage, avec J.B. Pouy, c'est qu'on sait ce qu'il va nous proposer : des personnages hauts en couleur, de l'humour, des réflexions sociétales, des références littéraires.

Ici, Pouy égratigne les maoïstes, l'esprit soixante-huitard, la police, les politiques... Mais il confronte, surtout, deux mondes opposés, les bruyants jeunes d'un lycée et la vieillesse sourde et muette d'Enric. Pourtant, les passerelles se font et Enric trouve le soutien de certains jeunes montrant qu'entre un vieux gauchiste et un jeune branleur, il peut y avoir des échanges. Ce rapport est d'autant plus mis en avant que le bistrot en face du lycée où les jeunes se retrouvent est tenu par une femme mûre qui voit, en ses clients les plus exubérants, une forme de filiation. La tendresse de cette relation atypique renforce l'effort que met l'auteur à faire tomber la frontière entre les générations. Car, après tout, Enric, petit vieux sourd et muet se sent plus en phase avec une partie de cette jeunesse qu'avec une certaine part de la population plus âgée, notamment celle qui, avant, se cachait derrière des idées de gauche.

« La Belle de Fontenay » est un roman court et agréable à lire même s'il n'est pas le meilleur de l'auteur. Son personnage est fort intéressant, mais on ne peut s'empêcher de se dire que Pouy n'a pas utilisé toutes les possibilités qu'offraient un tel héros et on se prend à rêver de ce qu'aurait pu donner ce roman s'il l'avait fait.

Au final, « La Belle de Fontenay » se lit facilement et avec un grand plaisir même si on a un peu l'impression qu'il manque un petit quelque chose pour en faire un excellent roman.