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Rodolphe Bringer est un auteur majeur de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle qui œuvra principalement dans les genres « policier », « humour » et « sentimental ». Il fut également journaliste dans divers journaux, notamment des journaux satiriques.

Dans son immense production, on retiendra, du moins, je retiendrai, principalement, un personnage récurrent : Emmanuel Rosic, un commissaire de police, qui apparaît dans 13 histoires (14 si l’on compte une très courte nouvelle).

Le commissaire Rosic a pour principale caractéristique de ne pas être figé dans l’œuvre de son auteur, ni par son caractère ni par sa présence.

Ainsi, le commissaire Rosic peut devenir le héros de l’enquête, ou bien le dindon de la farce quand, trop sûr de lui, il se fait doubler par un détective.

De même, le commissaire Rosic peut être omniprésent dans une histoire, ou très en retrait, voire, n’intervenir que très tardivement.

La double mort de Barnabé Klain :

Édouard Montel, jeune trentenaire revenu d’Afrique après un exil forcé consécutif à des ennuis avec la justice, revient en France où il retombe rapidement dans ses travers.

Ruiné aux jeux, sans famille, sans amis, il décide d’en finir avec la vie et se rend dans le vieux château délabré, unique témoignage de la grandeur passée de sa famille pour se suicider.

Le canon de son browning contre la tempe, prêt à appuyer sur la détente !

Une détonation !

Pourtant son arme est demeurée silencieuse !

Édouard Montel, poussé par la curiosité, cherche d’où peut bien provenir le coup de feu et ne tarde pas à tomber sur le cadavre d’un homme bien mis aux poches pleines…

Que faire ?

Est-ce un signe de la providence ?

Cet argent tombé du ciel peut le remettre en selle !

Mais le jeune homme est loin de se douter de l’ampleur des ennuis dans lesquels il s’apprête à plonger !!!

Édouard, un jeune homme a la vie dissolue, ayant perdu ses parents, fêtard invétéré, se met à magouiller pour se faire de l’argent. La police l’arrête, mais celui-ci étant le neveu d’un haut magistrat, au lieu d’être emprisonné, il est convié à s’exiler, ce qu’il fait en partant au Congo pendant 7 ans.

À son retour au pays, tout a changé, sauf lui, qui est toujours épris de fête et de jeux. Il ne tarde pas à tout perdre et, acculé, ruiné, esseulé, il décide de se suicider dans les ruines du château familial.

Au moment de mettre sa menace à exécution, il entend une détonation dans le château. Il chercher d’où cela peut venir et tombe sur un cadavre encore chaud. Dans ses poches, une grosse liasse de billets, de quoi éponger ses dettes et se refaire.

Pensant que c’est la Providence qui lui a mis cet argent sur sa route au moment où il était désespéré, l’homme prend l’argent et s’en va jouer au casino et le fait fructifier.

En route, il rencontre un ami de régiment qui est gêné aux entournures, mais qui attend un homme avec qui il fait des affaires, un antiquaire, qui doit lui donner de l’argent. Très vite, Édouard comprend que l’homme mort dans son château est l’antiquaire. Problème, il apprend dans la foulée que le même antiquaire est censé être mort dans un accident de voiture, celle-ci ayant fait une embardée et ayant plongé dans le Rhône sans que le corps soit retrouvé.

Du coup, intrigué par cette histoire et voulant en connaître le fin mot de l’affaire, il accepte d’accompagner son ami sur les lieux du drame. Mais, chemin faisant, il se rend compte que son ami est effrayé à l’idée que le cadavre de l’antiquaire soit retrouvé. Tellement effrayé que celui-ci finit par s’enfuir en Suisse avec seulement quelques centaines de francs en poche.

Bien décidé à comprendre la terreur de son ami et cette histoire de double mort de Barnabé Klain (mort, officieusement, dans le château d’une balle dans la nuque et mort, officiellement, dans l’accident de voiture), Édouard va se lancer dans l’enquête.

La lecture de ce roman entre en résonnance avec celles des épisodes de la série « Marc Bigle » écrits par Gustave Gailhard dont les premières éditions remontent à une dizaine d’années avant.

Si ce n’est le principe de narration (première personne chez Gailhard, troisième personne chez Bringer), les personnages sont assez proches et leurs histoires également. Effectivement, on est face à deux personnages qui aiment jouer et qui, ruinés, se retrouvent face à un dilemme qui peut faire d’eux des hommes riches à condition d’accepter d’empocher l’argent d’un mort.

Bien évidemment, là ou presque s’arrête les similitudes bien que la propension des deux personnages à tomber, par hasard, sur des personnes qu’ils connaissent en font deux « Candide » en herbe (lire l’œuvre de Voltaire pour mieux comprendre).

Mais là où Marc Bigle, à part la décision de conserver l’argent, avait toujours été honnête, et devenait malhonnête pour conserver son train de vie, c’est le processus inverse que va expérimenter Édouard Montel qui, malhonnête au départ, va voir dans cet argent, la possibilité de se racheter une conduite et de mener une vie bien rangée (surtout après avoir rencontré Toniella, la fille de la fleuriste chez qui Édouard, jeune, se fournissait en fleurs pour en couvrir ses conquêtes de l’époque).

Excepté ces multiples coïncidences qui mettent à chaque fois sur la route du héros les personnages de son passé (mis à part celle de sa cousine qui sera expliquée par la suite), le cheminement du récit est plutôt agréable bien que l’on sente et que l’on puisse s’exaspérer de la propension de l’auteur de faire répéter, par son personnage, les mises au clair de la situation, dans le but, probablement, d’allonger le récit pour le faire tenir sur un nombre de pages suffisant pour en faire un roman publiable sous forme de livre et non pas dans un format fasciculaire.

Rodolphe Bringer abandonne ou presque son système de narration des précédents titres mettant en œuvre le commissaire Rosic (un chapitre consacré à la présentation et à l’histoire de chaque personnage) pour en faire un roman plus linéaire, mais également plus digeste (à part les mises au point répétitives).

Encore une fois, tout comme dans « Kérapian le justicier » et « Feu Grimaud », le commissaire Rosic apparaît tardivement, très tardivement, même, et n’a qu’un rôle subalterne dans l’histoire.

On notera que, tout comme dans les deux titres précités, il est encore question des colonies françaises. Au passage, on se désolera quelque peu de la vision qu’avaient les Occidentaux de l’époque des populations africaines.

Au final, mise à part les répétitions des réflexions du héros, le hasard qui le fait un peu trop souvent rencontrer des personnages de son passé qui ont en même temps rapport avec le défunt et le fait que le commissaire Rosic soit si peu présent, Rodolphe Bringer nous propose un bon roman policier d’aventures dans la veine des « Marc Bigle » de Gustave Gailhard.