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La série fasciculaire « Marc Jordan », le plus grand détective français, est une série charnière dans le monde de la littérature populaire française.

Charnière à plusieurs titres, d’ailleurs.

Tout d’abord parce qu’elle est l’une des premières séries fasciculaires policières d’origine française (si ce n’est la première), suite au succès de la série « Nick Carter », importée des É.-U. en France par les éditions allemandes Eichler.

Ensuite, et surtout, parce que c’est par cette série que les éditions Ferenczi se sont tournées par le fascicule en général et le fascicule policier, en particulier.

Effectivement, avant que Ferenczi décide d’éditer « Marc Jordan », la maison d’édition proposait plutôt des œuvres érotiques ou anticléricales. Comme cela lui produisait quelques soucis avec la justice, Ferenczi a tenté de changer de politique éditoriale et a lancé la série des « Marc Jordan » pour, ensuite, se spécialiser dans la littérature fasciculaire avec le succès que l’on sait (du moins que vous devriez savoir si vous suivez mes chroniques depuis le temps que je parle de l’éditeur et de son catalogue).

En clair, Marc Jordan n’est ni plus ni moins qu’une adaptation française des Nick Carter, que ce soit dans le style, dans le format ou dans la présentation.

L’enlèvement d’une vierge :

Le duc de la Riviera, grand et riche seigneur brésilien, est profondément par la mort de Carmen, sa jeune fille qu’il aimait plus que tout. D’autant que le corps de celle-ci s’est volatilisé du cercueil dans lequel elle avait été enterrée.

Persuadé que le mal inexplicable et subit qui a emporté son enfant est de la responsabilité du comte Cazalès, un étrange gentleman aux fréquentations douteuses dont sa Carmencita s’était éprise, il charge le célèbre détective Marc Jordan de faire la lumière sur toute cette affaire et de châtier le brigand.

Marc Jordan se lance alors sur la piste de Cazalès, assurant le duc de la Riviera que, non seulement il arrêtera le responsable de ses malheurs, mais, qu’en plus, il lui ramènera sa fille vivante…

« L’enlèvement d’une vierge » le premier fascicule de la série, a été édité en septembre 1907. Non signé par son auteur, tout comme le reste de la série, il est par contre illustré par un artiste reconnu : Édouard Yrondy (dont on ne sait pas s’il a un quelconque lien avec l’auteur de « Marius Pégomas » ou « Thérèse Arnaud », Pierre Yrondy).

Tout dans la présentation du fascicule est donc fait pour rappeler la série « Nick Carter ». De la même façon, les épisodes ne sont pas signés.

Malgré le fait que l’on ait affaire au tout premier épisode de la série, le personnage de Marc Jordan y est présenté comme un détective déjà aguerri et célèbre au point d’être reconnu dans la rue lorsqu’il poursuit un malfaiteur. Tout comme son homologue américain, Marc Jordan est courageux, déterminé, intelligent, agile, fort, maîtrise l’art de se grimer... Il est également entouré d’hommes de main (qui, contrairement à Nick Carter, ne font pas partie de sa famille) et que l’on découvre au fur et à mesure de l’histoire : Lagingeolle dit l’Andouille, Fil-en-Quatre, Cœur d’Ours, Léonnec, l’Assommoir, Féréol...

Dans ce premier épisode, Marc Jordan va avoir affaire à forte partie (y rencontrera-t-il sa Némésis ? Qui sait !) en la personne du comte Cazalès, un gentleman cinquantenaire aux activités et aux fréquentations louches. S’étant entiché de la fille d’un riche seigneur brésilien et étant parvenu à se faire aimer de cette dernière, le brigand s’est lancé dans une machination machiavélique dans le but d’épouser sa belle et de toucher le pactole.

Mais le détective Marc Jordan a déjà repéré le brigand qui se cache derrière l’homme du monde et voilà longtemps qu’il veut le mettre sous les verrous sans jamais trouver un moyen de le faire. Aussi, quand le Brésilien vient lui demander d’intervenir, il voit là l’occasion de faire d’une pierre deux coups, rendre le bonheur à un vieil homme et mettre en prison le terrible personnage.

Mais Marc Jordan ne se doute pas de tout ce qu’il va devoir endurer pour parvenir à ses fins (s’il y parvient !!!).

Les aventures de Marc Jordan baignent dans la même ambiance que celles de Nick Carter. Si le théâtre des opérations est déplacé dans l’hexagone, le reste est peu ou prou du même acabit, sans les bizarreries des traductions un peu aléatoires qu’a subies son homologue américain (voir mes chroniques sur les épisodes de Nick Carter).

Développées sur un même rythme, tout autant dénué de temps morts ou de circonvolutions littéraires, s’étendant sur la même taille (fascicule 32 pages, double colonne soit environ 20 000 mots), usant des mêmes rebondissements, les détectives utilisant les mêmes procédés, tout est fait pour que l’élève singe le maître afin de satisfaire les lecteurs férus de Nick Carter.

Et l’on peut dire que c’est plutôt réussi dans l’ensemble et même que la lecture des aventures de « Marc Jordan » s’avère un peu plus plaisante que celle des Nick Carter, probablement du fait des noms de personnages et de lieux un peu plus de chez nous ce qui renforce l’immersion dans l’histoire et l’attachement aux personnages.

Bien sûr, ni dans un cas ni dans l’autre, l’ambition des auteurs n’est de produire de la grande littérature, mais juste de tenir le lecteur en haleine pendant deux heures et c’est plutôt efficace en la matière.

Au final, « Marc Jordan » est une série créée pour séduire les lecteurs de Nick Carter, et il y a de fortes chances que si vous aimez le second, vous apprécierez le premier. En tout cas, voilà l’occasion de découvrir la naissance de tout un pan de la littérature populaire.