MP25

25e épisode de la série « Marius Pégomas » né de la plume de Pierre Yrondy et initialement édité aux éditions Baudinière en fascicules 32 pages, double colonne en 1936. La série compte 35 épisodes.

Pierre Yrondy est un auteur de la littérature populaire dont la biographie est extrêmement difficile à cerner. Probablement de la famille de l’illustrateur Édouard Yrondy, journaliste, auteur, acteur et metteur en scène de théâtre, il est principalement connu pour avoir écrit deux séries fasciculaires, « Marius Pégomas », donc, mais également « Thérèse Arnaud, espionne française », une série parue en 1934 aux éditions Baudinière, sous le même format fasciculaire 32 pages double colonne, et qui compte plus de 60 épisodes.

Si on ignore la date de naissance de l’auteur et sa date de décès, on sait tout de même qu’il participa, en 1928, à un Rallye Paris-Berlin en tant que passager dans une vieille voiture datant de 1889.. une Locarno.

UNE MACABRE SUBSTITUTION

Marius PÉGOMAS, le célèbre détective marseillais, est chargé par une compagnie d’assurance de confirmer l’identité de la victime d’un accident de voiture avant de verser la prime aux bénéficiaires, les deux frères du défunt.

Mais si l’enquête permet d’établir que le comportement des résignataires est étrange, elle met surtout en lumière des détails immisçant le doute quant à l’aspect accidentel du décès…

Ce 25e épisode de la série est dans la lignée des épisodes précédents qui amorçaient déjà un virage dans le style de celle-ci. Virage, certes, léger, mais qui est suffisamment notable pour le signifier.

C’est-à-dire que le tout début de la série, du fait d’un récit de courte taille, environ 13 000 mots, se concentrait sur l’excentricité de son personnage principal, le fantasque détective marseillais Marius Pégomas. Celui-ci, de par son comportement quelque peu étrange, voire, totalement foutraque apportait une dose d’humour qui faisait oublier que l’aspect policier des épisodes passait très largement au second plan. C’était à ce point vrai que, bien souvent, Marius Pégomas résolvait les enquêtes sans faire part aux lecteurs de la façon dont il s’y était pris, permettant ainsi à l’auteur d’éviter de se creuser le citron pour trouver un cheminement d’indices et de pensées tout en évitant de trop s’étendre afin de respecter le format court.

Mais, après une quinzaine d’épisodes, soit par volonté de changer un peu, de se rapprocher plus du vrai polar, de proposer autre chose ou bien pour respecter les désirs des lecteurs, Pierre Yrondy s’est mis à développer plus la recherche de la vérité. Mais, comme les épisodes n’étaient pas extensibles, pour respecter le format, l’auteur était contraint de prendre d’un côté ce qu’il offrait de l’autre et c’est forcément les frasques de Pégomas qui en pâtirent.

Du coup, les épisodes devenaient moins drôles, mais la conclusion des enquêtes était moins frustrante du fait que l’on savait, désormais, comment s’y était pris le détective.

Pour autant, fallait-il amoindrir la part humoristique de la série pour amplifier celle policière (en sachant, de toute façon, qu’avec 13 000 mots, même avec la meilleure volonté du monde, l’auteur ne pourrait jamais proposer une intrigue digne de ce nom ???), c’est une question à laquelle, peut-être, tous les lecteurs n’auront pas la même réponse.

Pour ma part, je dirais un grand NON !

Certes, les conclusions à l’emporte-pièce de Pégomas dans le début de la série étaient sujettes à frustrations, mais toutes les simagrées du personnage compensaient largement ce défaut.

Puis, si l’histoire était moins intéressante, l’intrigue vraiment banale, le style moins virevoltant, on avait toujours la compensation de ces grands moments déjantés que Marius Pégomas nous offrait.

Désormais, il suffit que le récit, en lui-même, soit un peu en deçà pour que le plaisir de lecture en pâtisse quelque peu.

Cependant, « Une macabre substitution » est un bon compromis entre les deux versants de la série.

Sans posséder une intrigue de haute volée, l’histoire se suit sans déplaisir. Et sans que Marius Pégomas retrouve son excentricité d’antan, il est suffisamment fantasque pour provoquer le sourire.

Mais, l’épisode est aussi propice à mettre en avant l’astuce de l’auteur pour remplir les pages avec une intrigue moyenne (astuce utilisée encore souvent par les auteurs d’aujourd’hui) qui consiste à faire des récapitulations de l’affaire par l’enquêteur. Celui-ci réorganise ses informations à « haute voix » ou, dirons-nous, à « haute encre », ce qui permet de tenir la distance même quand on n’a pas énormément de choses à étaler.

On notera également que l’auteur se passe de plus en plus souvent de ses tics d’écritures du début de la série, tics notables, parfois risibles, mais qui apportaient une touche d’audace à son style, comme l’utilisation de métaphores un peu hasardeuses, de changements de temps brutaux, de phrases rabotées afin de changer le rythme de son récit.

Au final, si la série conserve son virage amorcé depuis une dizaine d’épisodes, « Une macabre substitution » s’avère être plutôt un bon épisode de cette seconde mouture.