CouvLCSTB

René Byzance est un auteur de la littérature populaire dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est que son nom ou un autre de ses pseudonymes est probablement Jean Buzançais.

« Les enquêtes du Professeur » est une série de 15 épisodes initialement éditée en 1946 par les Éditions Populaires Monégasques au sein de la collection « L’Indice ».

Elle est composée de fascicules 16 pages, simple colonne contenant environ 9 à 10 000 mots chacun.

 

LE CADAVRE SENTAIT TROP BON

 

Le baron d’Esmenard découvre, en rentrant chez lui, en pleine nuit, un inconnu gisant mort dans son fauteuil.

 

C’est l’inspecteur Gonzague GAVEAU alias « Le Professeur » qui est chargé de l’affaire.

 

Mais, sur place, avant que d’entreprendre son enquête, le policier désire s’imprégner de l’atmosphère des lieux et celle-ci est curieusement empreinte d’un violent parfum de jasmin.

 

Un cadavre qui sent si bon, voilà qui n’est pas ordinaire !!!

Autant le dire tout de suite, je ne serai pas très objectif vis-à-vis de cet épisode, et ce, pour deux raisons.

La première, parce que j’aime la série et qu’un épisode moyen d’une bonne série reste, dans mon esprit, un bon épisode.

Ensuite, et surtout, parce que, comme certains humoristes tueraient père et mère pour une bonne blague, je suis un lecteur qui pardonnerait un mauvais texte pour un bon titre.

Et il me faut confesser que j’adore les titres à l’ancienne comme celui-ci. Je suis absolument fan des titres du genre « Le tueur n’était pas l’assassin », « L’assassin n’était pas manchot », « L’assassin avait des béquilles », « Le tueur portait un béret », « Le policier faisait des claquettes » (petit jeu : trouvez le titre qui existe vraiment dans cette courte liste).

Du coup, un roman, quel qu’il soit, avec un titre tel que « Le cadavre sentait trop bon », partait, dans mon esprit, avec un bénéfice indéniable et difficile à détruire totalement.

Mais revenons-en à l’épisode.

« Le cadavre sentait trop bon » est le 15e et dernier épisode de la série « Les enquêtes du professeur » de René Byzance (du moins a-t-il signé quelques épisodes, les autres ne sont pas signés, mais le style laisse à penser que c’est le même auteur qui les a écrits).

La série, publiée originellement en fascicule 16 pages denses, offre des épisodes qui tournent généralement vers les 9 000 mots. Celui-ci est un peu plus court que la moyenne avec ses 8 300 mots.

700 mots, certes, ce n’est pas beaucoup à l’échelle d’un roman classique, mais sur un tel fascicule, cela peut faire une différence flagrante, notamment au niveau de l’intrigue qui, d’ordinaire, n’est déjà pas de haute volée.

On le sait, ce genre de récits ne brille jamais par la densité de son intrigue et c’est encore moins le cas ici. D’ailleurs, le meurtre, l’enquête et sa résolution s’effectuent en une demi-journée, sa retranscription sera sur le même modèle de concision.

On connaît, ou on devrait connaître, la série pour être empreinte de cynisme, d’ironie et d’humour en général. Ce n’est pas vraiment le cas de cet ultime épisode. À part une blague de potache de la part du Professeur (qui, d’ailleurs, va un peu à l’encontre de son caractère habituel), le lecteur n’aura pas grand-chose de cet ordre à se mettre sous la dent.

C’est plutôt à un récit classique, donc, que le bibliophage sera convié.

Récit classique dont la trame et surtout le dénouement, n’est pas sans rappeler celle d’un titre d’une autre série : « Le lit à surprises » des enquêtes du « Détective Lautrec » de Maurice Boué.

Si vous ne l’avez pas lu, rassurez-vous doublement, vous n’êtes pas le seul, mais vous pouvez vous rattraper facilement.

Gonzague Gaveau alias Le Professeur est appelé pour une étrange affaire.

Un baron guindé a trouvé, en rentrant chez lui, la nuit, un inconnu mort dans un fauteuil.

Gonzague Gaveau débarque, interroge le baron, inspecte les lieux et, tout comme le baron, il perçoit une nette et suave odeur qui ne fait pas partie de celles usuelles des lieux.

Le policier s’emploie, alors, en pleine nuit, de réveiller les habitants de l’immeuble pour les interroger et il constate que le bâtiment abrite une foule bigarrée et hétéroclite. La grosse concierge, une poule de luxe, un inventeur chef d’industrie...

Gonzague va alors se concentrer sur ses habitants et les proches du baron pour mener son enquête.

Moins drôle que d’ordinaire, donc, cette ultime enquête pèche en plus par sa concision. L’enquête est vite résolue, en termes de mots, ce qui est normal, mais également en termes d’actions, de révolutions, de révélations.

Si l’on perçoit encore le style de l’auteur par le truchement de ses alternances temporelles de narration, c’est vraiment le seul indice qui permet, en dehors du nom du personnage principal, de lier l’histoire à la série.

Cependant, comme l’ensemble demeure plutôt maîtrisé, que l’auteur a du métier, et que nulle indigence ne vient perturber la lecture, le tout se trouve agréable à lire.

Au final, un ultime épisode un peu décevant tant parce qu’il est en deçà des autres que parce que l’on pouvait espérer que la série se terminerait, si ce n’est en apothéose, du moins sur un récit de qualité supérieure.