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René Byzance est un mystérieux auteur de la littérature populaire qui écrivit principalement de courts récits policiers dont la série « Les enquêtes du Professeur » qui compte 15 épisodes façonnés en fascicules 16 pages très denses (vers 9 000 mots) et qui furent publiés au sein de la collection « L’Indice » des Éditions Populaires Monégasques en 1946-1947.

La série met en scène l’inspecteur Gonzague Gaveau, surnommé Le Professeur parce qu’il a fait Sorbonne et qu’il écrit, depuis dix ans, une thèse obscure...

« Le mystère de l’abri » est le 8e épisode (dans l’édition d’origine).

LE MYSTÈRE DE L’ABRI

La Guerre résonne encore dans ses bruits les plus banals.

Les bombes éclatent, la D. C. A. gronde, les sirènes vrillent les tympans pour conseiller à la population d’aller s’abriter.

L’inspecteur Gonzague GAVEAU alias « Le Professeur », dont la réputation n’est plus à faire, lâche son enquête pour obéir aux consignes et se réfugie dans une « cave abri » d’un immeuble de modeste apparence.

Un escalier obscur, un sous-sol ténébreux et insalubre, la promiscuité…

Puis il est l’heure pour chacun de retrouver ses occupations.

Un homme extirpe une lampe de sa poche pour faciliter la sortie de tous, il balaie les lieux de son pinceau lumineux et se met à hurler :

— Halte ! Que personne ne sorte !

Un corps gît par terre, sans vie.

Comme il n’est pas rare dans ce genre de série policière de l’époque, l’auteur, René Byzance, se pose comme le confesseur du policier qu’il met en scène.

Depuis Conan Doyle et probablement même avant, s’ériger directement ou indirectement en tant que conteur d’aventures vécues, soit en personne, soit pas procuration, n’est pas un procédé nouveau.

Le fait de se transposer en « Hagiographe » d’un héros de fiction en laissant croire à son existence réelle ne l’est pas moins. On peut penser à Gaston-Charles Richard pour sa série « Elsa van Laëghels, détective », ou là également, l’auteur se présente comme l’« historiographe » de l’héroïne en prétextant que celle-ci, ayant véritablement existé, lui a conté ses enquêtes qu’il retranscrit, par la suite, sur papier. On signalera également Alfred Mortier qui en fit de même avec son personnage de l’inspecteur Mic... et bien d’autres encore comme Arthur Bernède et son policier Chantecoq...

Mais ici, René Byzance use d’un autre procédé dans le procédé, celui de laisser parler directement son personnage, comme si celui-ci, mieux que de conter aux lecteurs son aventure via la plume d’un écrivain, le faisait lui-même, directement.

Certes, là également, rien de révolutionnaire ; certains des auteurs cités en exemple au-dessus s’y sont également essayés.

Mais ce choix narratif implique un certain changement de plume afin de coller à la circonstance.

Certes, Gonzague Gaveau qui, décrit par une tierce personne, se révèle possédant quelques défauts, dont la sourde ironie, l’orgueil et d’autres encore, sera, ici, dénué de ses travers (il est rare que quelqu’un connaisse ou reconnaisse ses défauts).

L’auteur... Gonzague Gaveau, nous convie donc à une enquête ayant pour but d’imager un de ses propos consistant à dire qu’une enquête est quasiment une course à handicap dans laquelle le criminel a une certaine avance sur son poursuivant. Mais qu’en est-il quand ce handicap n’est plus ? C’est ce que nous conte le policier à travers la seule enquête où il fut « témoin » direct d’un meurtre et donc où il entreprit la course en même temps que le meurtrier.

Alors que la guerre n’est pas terminée, que les bombardements résonnent, l’alerte est lancée, il faut se rendre dans les abris. Gonzague est à ce moment-là en pleine enquête et se rend dans la cave d’un immeuble qu’il ne connaît pas, en présence des locataires de celui-ci, dans l’obscurité et la promiscuité.

L’alerte est levée, la lumière se rallume quelque peu, un cri résonne, « Que personne ne sorte », un corps est étendu, au sol, mort et comme Gonzague est le seul inconnu de l’assemblée, il devient immédiatement suspect...

N’oublions pas que les épisodes de la série oscillent entre 8 et 11 000 mots, c’est-à-dire soumis à une concision importante empêchant le développement d’une intrigue digne de ce nom. Aussi, ici encore, il ne faut pas s’attendre à ce que le récit virevolte. L’ensemble demeure plutôt linéaire, ce qui est quasiment la seule façon de respecter le format.

Pour autant, l’ensemble ne manque ni de rythme ni de légèreté et si Gonzague Gaveau se conte lui-même, il n’en oublie pas une certaine distance et un certain humour.

Certes, le policier se contente de dérouler le fil classique, et réussit, aidé en cela par l’apport d’un témoignage important, mais là n’est pas la question.

On sait qu’un texte de cette taille, s’il n’est pas rébarbatif par son histoire ou son style, a déjà remporté la bataille principale. Quand, en plus, les deux attributs sont plaisants, alors, c’est la victoire sans rémission.

On est presque tenté de dire que c’est le cas ici, même si je noterais deux défauts majeurs.

Le premier, c’est l’absence de cette ironie propre au personnage dans les meilleurs épisodes de la série.

Le second, c’est le titre ??? Pourquoi donner à cet épisode ce titre si vague du « Le mystère de l’abri » quand le texte et les personnages claironnent à plusieurs reprises la clé de voûte de l’histoire qui aurait fait un excellent titre (et qui est d’ailleurs le titre du 5e chapitre) : « L’assassin ne sait pas siffler “La Marseillaise” » ???

Ce titre aurait été une plus-value indéniable (du moins pour moi qui adore ce genre de titre). Je ne comprends donc pas que ni l’auteur ni l’éditeur ne s’en soit immédiatement emparé.

Au final, un épisode bien plaisant, qui souffre d’un titre en deçà de ce qu’il aurait pu être, mais qui n’en demeure pas moins un bon épisode de la série.