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« Le mort sonne à 21 heures » est un épisode de la série « Bill Disley, reporter-détective » signé par l’énigmatique J.A. Flanigham, un auteur de la littérature populaire policière fasciculaire qui sévit entre 1946 et 1959.

On ne sait toujours rien sur cet écrivain si ce n’est qu’il avait probablement pour autre pseudonyme Raymond Gauthier et qu’il était doué d’une belle plume, d’une rare maîtrise du format court aidé en cela par une exceptionnelle aisance dans l’utilisation des incises et indications lors des dialogues lui permettant de dépeindre ses personnages et l’ambiance de ses scènes avec beaucoup plus de détails et en bien moins de mots que les parfois longues scènes descriptives que l’on peut trouver dans les romans traditionnels.

Il est à porter aux comptes de l’auteur au moins trois séries policières, une, très facile à cerner puisqu’elle ne compte que 6 épisodes : « Les dessous de l’agence Garnier », une, plus difficile à lister, mais qui ne semble pas contenir énormément d’épisodes non plus : « Dick et Betty, aventuriers modernes » et « Bill Disley », sa plus longue série qui comporte des titres allant du fascicules 32 pages (ou 16 pages denses), d’environ 10 000 mots jusqu’au fascicule 128 pages qui doit en comporter plus de 30 000.

À côté de cela, l’homme a également écrit de nombreux textes indépendants, notamment pour la collection « Le verrou » des éditions Ferenczi.

LE MORT SONNE À 21 HEURES

Alors que Mary Dawson est chez elle en compagnie d’un ami proche, quelqu’un sonne à l’entrée du pavillon.

Il est 21 heures, la bonne va ouvrir la porte, le directeur de la banque locale s’écroule, un couteau planté au milieu des deux omoplates.

Un journaliste arrivé peu après ne tarde pas à souligner les similitudes entre le meurtre du financier et celui du personnage qu’il avait inspiré à Mary Dawson pour son dernier roman.

Mais les similitudes entre fiction et réalité ne vont pas s’arrêter là !...

J.A. Flanigham fait reposer son intrigue sur une idée maintes fois utilisée depuis (et probablement également avant), que ce soit dans les romans, séries ou films : des meurtres qui entrent en résonnance avec ceux d’un roman.

Ici, c’est une jeune romancière anglaise qui voit le cauchemar devenir réalité. Le banquier de sa ville, dont elle s’était inspirée pour son dernier roman, vient de mourir, de la même façon que dans ce même roman, après le cambriolage de sa banque, tout comme dans la fiction...

Outre l’horreur de la situation, c’est surtout la peur d’être suspectée qui entre en ligne de compte d’autant que le comportement de la jeune femme est assez étrange depuis quelques jours.

Si l’idée de départ est sujette à une longue quête de ressemblances entre des crimes de fictions et ceux réels, le lecteur se doutera bien que sur le format très court de ce texte (fascicule 48 pages : 12 500 mots), il n’en sera rien. Bien au contraire, même, la simplicité de l’intrigue devient même confondante, d’autant qu’elle est basée sur des coïncidences plus que hasardeuses.

Ce serait fort dommageable pour le récit si celui-ci n’était pas mené de main de maître (je suppose que l’auteur écrivait d’une seule main) par J.A Flanigham.

Pourtant, l’histoire semblait commencer sous de mauvais auspices, le personnage récurrent, central, et l’atout principal de la série, étant absents du premier tiers de celle-ci.

Mais il n’en est rien, toujours grâce à la plume de J.A. Flanigham, son flegme, sa légèreté même dans les moments sombres, et la précision de ses fameuses incises et indications scéniques dont je ne cesse de rabattre les oreilles (ou plutôt les yeux) des lecteurs de mes chroniques au sujet de l’auteur (si tant est qu’il existe des personnes occupant une partie de leur temps dans cette tâche).

Puis, quand Bill Disley débarque, le récit, déjà plaisant, devient encore plus prenant, malgré l’absence de Jeff, le comparse du journaliste, l’ancien boxeur et pickpocket.

Même l’inspecteur Martin, pourtant chargé de l’enquête, est bien en retrait dans l’histoire. Tout juste a-t-il le temps d’un échange assez savoureux avec le reporter.

Et, pourtant, le plaisir de lecture est bien présent, et ce, malgré, je le répète, un scénario quelque peu décevant.

On notera donc que, pour qu’un récit puisse à ce point capter l’attention, alors qu’il souffre de plusieurs défauts et non des moindres, il faut que l’auteur soit talentueux. C’est le cas.

Au final, « Le mort sonne à 21 heures » est loin d’être le meilleur épisode de la série, mais il jouit d’un titre à ravir (du moins, le genre de titres qui me ravit), et de la plume experte de son auteur.