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Marcel Priollet est un auteur majeur de la littérature populaire à l’immense production dans des genres aussi variés que le roman sentimental, le roman policier, le roman d’aventures et le roman de science-fiction.

Il œuvra à partir des années 1910 jusque dans les années 1950 que ce fût sous son nom ou sous divers pseudonymes (Henry de Trémières, R.M. de Nizerolles, M.R. Noll, René Valbreuse...) et chez divers éditeurs (Ferenczi, Tallandier, Fayard...)

Quant à la part strictement policière de son œuvre, si on note de nombreux titres édités et réédités dans différentes collections, on s’intéressera plus précisément à deux séries, « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs », dans le milieu des années 1940, même si on lui en attribue (à tort, à mon avis) une autre bien plus ancienne, « Tip Walter, le prince des détectives » dès 1910.

LES YEUX DANS LA BOUTEILLE

Un château délabré que l’on dit hanté, une soirée d’orage, une vieille gardienne muette, un piteux chat aux orbites vides, un jardin en friche et boueux… tous les ingrédients sont réunis pour que Suzy Demours, la jeune héritière du domaine, connaisse une nuit d’horreur…

Mais de là à penser que les sols se mettraient à bouger et qu’une main sanglante sortirait du mur en brandissant une bouteille contenant une paire d’yeux humains flottant dans un liquide jaunâtre… !

La demoiselle est-elle sujette à des hallucinations, à une machination ou bien a-t-elle été témoin de phénomènes surnaturels ? C’est ce que vont tenter de déterminer deux enquêteurs, un détective amateur aussi volontaire que maladroit et un policier dont la réputation n’est plus à faire…

Marcel Priollet a donc beaucoup écrit, mais sa production est d’autant plus immense que certains de ses titres ont été réédités, parfois plusieurs années après, en changeant de titre ou non, sous un pseudonyme ou un autre, chez différents éditeurs.

Mais, comme beaucoup de ses collègues, la plupart de ses textes publiés dans les années 1920 dans la collection « Le Roman Policier » sera réédité quelques décennies plus tard dans les collections policières du même éditeur Ferenczi, que ce soit dans « Police et Mystère », « Crime et Police » ou « Police » (tout comme ceux édités dans la collection « Le Petit Roman Policier Complet » dans les années 1940 connaîtrons une seconde vie dans la collection « Mon Roman Policier » dans les années 1950).

C’est donc une nouvelle fois le cas de « Les yeux dans la bouteille » dont le texte servant de base à cette chronique est issu de l’édition de 1935 dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi et qui est en fait une réédition de la version de 1920 parue dans la collection « Le Roman Policier » chez le même éditeur.

Toutes ces informations ne trouvent leur intérêt que dans l’appréhension du style de l’auteur et dans le sujet de l’histoire, qui trouvent leur ancrage totalement dans les années 1920 (ce qui pourrait être trompeur quand on ne tient compte que de la version de 1935).

On sait que Marcel Priollet était un grand spécialiste des romans sentimentaux et, à cette époque, il n’était pas rare, comme chez beaucoup de ses confrères, que ses textes policiers soient empreints d’une touche « sentimentale », ce qui est le cas également dans ce titre-ci.

Une jeune femme abandonnée toute jeune par son père parti courir le monde et dont la mère est morte, hérite, de ce père qui, pensait-elle, l’avait totalement oublié, un château quelque peu délabré et qui a la réputation d’être hanté.

Un soir, alors que l’orage approche, elle décide d’aller visiter ce château et découvre une horrible vieille femme muette et son chat aveugle et hideux, qui servent de gardiens à la propriété. Alors qu’elle s’apprête à visiter les lieux, l’orage éclate, elle se voit contrainte de passer la nuit dans ses murs.

Mais la nuit n’est pas de tout repos... des cris, des rires, les planchers qui tremblent... une main ensanglantée qui sort du mur tenant une bouteille contenant des yeux humains flottant dans un liquide, une jeune femme aveugle enfermée dans une pièce... la nouvelle châtelaine, affolée, s’enfuit, en sautant par la fenêtre et tombe dans les bras d’un policier amateur venu résoudre le mystère du château.

Dans le même temps, un jeune policier à l’excellente réputation débarque de Paris pour protéger l’héritière après que le notaire ait pris connaissance d’une lettre posthume du défunt père avertissant sa fille d’un danger qui la guettait au château.

Mystères... fantômes... romances... aventures... humour... Marcel Priollet incorpore tous les ingrédients de l’époque dans son récit afin de faire vivre divers sentiments à ses lecteurs au travers des presque 17 000 mots de son histoire.

Si tout habitué de la plume de Marcel Priollet à travers les décennies reconnaîtra aisément celle antérieure aux années 1940, l’ensemble souffre pourtant moins de désuétude que beaucoup de ses textes de l’époque (ce qui n’est pas une maladie grave et encore moins une maladie engendrant la déception. La désuétude littéraire a ses qualités que les lecteurs à l’esprit ouvert peuvent apprécier).

On doit même admettre que l’ensemble se lit très agréablement et s’il existe une déception, elle réside dans la sous-exploitation du personnage de Ripincel, ce détective amateur qui, malgré sa bonne volonté, commet boulette sur boulette et qui est à l’origine des quelques sourires que nous procure cette lecture.

Car, l’auteur aurait pu (aurait dû ?) associer un peu plus les deux enquêteurs dont les caractères et les qualités opposées étaient propices à offrir un texte savoureusement drôle comme l’eut pu faire un auteur comme René Pujol avec son « Le détective bizarre ».

Malheureusement, il n’en est rien et c’est là que réside le principal regret.

Car, si l’histoire ne s’élève pas à des hauteurs de suspens (la taille du texte ne le permettant de toute façon pas), elle s’appuie suffisamment intelligemment sur tous les éléments des romans policiers de son époque (le mystère, la recherche de la fortune à l’étranger et surtout en Amérique, l’héritage, les sentiments et l’amour, le malheur, les fantômes, le policier habile et courageux sachant se grimer à merveille, les mécanismes, la folie...) pour être certain de conquérir les lecteurs de l’époque et ceux d’aujourd’hui férus des textes d’hier.

C’est donc un roman assez enlevé que nous propose Marcel Priollet et dont la concision renforce le plaisir de lecture du fait d’une absence de temps morts et de temps faibles.

On ne pourra donc que lui reprocher que la seconde partie du texte (quand les deux enquêteurs entrent en action) ne soit pas plus à l’image de la fin qui fait sourire là où le début était conçu pour faire peur...

Au final, un bon petit roman qui aurait pu s’avérer savoureux si l’auteur avait eu envie ou le temps de faire intervenir son détective gaffeur un peu plus souvent.