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« Le neuvième passager » est la 10e aventure de Robert Lacelles, le gentleman-cambrioleur, né de la plume de Henry Musnik, sous le pseudonyme de Claude Ascain, du moins dans sa première édition à la fin des années 1930 (1939-1940) au sein de la collection « Le Petit Roman Policier » des éditions Ferenczi (il occupera la 12e place dans la réédition au sein de la collection « Mon Roman Policier » au début des années 1950).

Claude Ascain, de son vrai nom Henry Musnik, bien que né au Chili en 1895, est l’un des principaux piliers de la littérature populaire française en générale et policière en particulier.

L’auteur a écrit des centaines de textes (milliers ?) dont la plupart autour de personnages récurrents, et ce sous de nombreux pseudonymes (Pierre Olasson, Alain Martial, Jean Daye, Gérard Dixe, Florent Manuel, Pierre Dennys...)

Pour ce faire, il s’est bien souvent inspiré de héros de la littérature populaire passée et Robert Lacelles est incontestablement un ersatz d’Arsène Lupin, dont les aventures ont été diffusées sous la forme de fascicules de 32 pages (8700 mots environ).

LE NEUVIÈME PASSAGER

À l’arrivée d’un vol Marseille-Paris, au moment de descendre, Robert LACELLES, le gentleman-cambrioleur, tente d’éveiller son voisin de fauteuil, sans y parvenir... Il semble sans vie.

Mais, à peine a-t-il eu le temps de faire cette constatation que des amis du voyageur endormi montent à bord, se saisissent du corps et l’emportent dans un bâtiment dont il sortira un peu plus tard, sur ses deux pieds.

Surpris de cette mystérieuse « résurrection », Robert LACELLES décide de prendre contact avec la fille de cet homme, et apprend que celle-ci a disparu…

Robert Lacelles a décidé de voler le richissime M. Grindhall, pour se faire, il s’est embarqué dans le même avion faisant la navette Marseille-Paris. Il a eu la chance (il a toujours de la chance), de se retrouver le voisin de siège de sa proie. S’il a essayé de nouer connaissance avec le bonhomme, devant sa réticence, il s’est abstenu et celui-ci a fini par s’endormir.

Arrivé au Bourget, Lacelles, tentant de réveiller son voisin, constate que celui-ci est mort, du moins le croit-il. Mais il n’a pas loisir de se pencher plus sur la question que deux Américains montent dans l’avion pour prendre en charge M. Grindhall et l’emmènent dans un bâtiment le temps qu’un ami médecin vienne le voir.

Peu de temps après, Lacelles voit M. Grindhall sortir du bâtiment sur ses pieds et monter dans un taxi.

Bien curieux de cette mystérieuse résurrection (il était vraiment persuadé de la mort du bonhomme), il cherche à en savoir plus en contactant la fille du type, dans son hôtel et sur place, il se retrouve en présence de l’inspecteur Jolivet, son ennemi juré. La jeune femme a disparu.

Pire, son père est retrouvé mort dans la rue le lendemain matin...

Une nouvelle fois, Robert Lacelles est confronté à l’inspecteur Jolivet qui s’est juré de le mettre sous les verrous.

C’est avec plaisir que l’on constate très rapidement la présence du policier, car, il faut bien l’avouer, que depuis que celui-ci est entré dans la danse (en plein milieu de série), la qualité des épisodes est bien meilleure. Meilleure, car l’auteur s’amuse en mettant en place un vrai jeu du chat et de la souris. Meilleure, car l’auteur use également d’humour, grâce aux railleries de Lacelles envers le policier. Meilleure également de par les déconfitures successives qu’essuie ledit policier.

Il est évident que Claude Ascain (appelons-le ainsi puisque c’est sous ce pseudonyme qu’il signe la série) a trouvé l’élément sur lequel s’appuyer pour dynamiser ses récits. Cette confrontation devient, effectivement, l’épine dorsale de chaque épisode et apporte son lot de bonne humeur, permettant d’augmenter le plaisir de lecture sans avoir réellement à approfondir ses intrigues.

Évidemment, l’atout principal n’étant plus le héros, mais le rapport du héros envers son ennemi, ce jeu entre les deux personnages n’a plus réellement besoin d’une intrigue développée et se suffirait presque à lui-même. L’histoire n’est plus qu’un prétexte à confronter les deux hommes, et ce pour le plus grand plaisir du lecteur.

Du coup, Claude Ascain nous démontre qu’il avait encore plus de métier que l’on ne le pensait (du moins, que je ne le pensais) et qu’il savait utiliser au mieux ses atouts.

Des récits qui s’avéraient un peu fades, avant, se retrouvent désormais épicés par cette opposition entre les deux personnages et ce petit plus suffit, vu la concision du texte (8700 mots) à le rendre beaucoup plus attractif.

Car, sur une taille si courte (fascicule 32 pages = entre 8500 et 10 000 mots), pour captiver le lecteur, l’auteur ne peut compter réellement sur son histoire qui demeurera basique quoi qu’il fasse. Aussi lui faut-il mettre ses billes ailleurs. Certains l’on fait sur le style, sur l’ambiance, sur les frasques d’un personnage, et Claude Ascain, dans la seconde moitié de la série « Robert Lacelles », dans une opposition qui n’est pas sans rappeler celle entre Fantomas et Javert (du moins, dans les films qui viendront plus tard, milieu des années 60). On s’attendrait même à voir Jolivet reprendre l’expression préférée de Marcel Philippot dans la série télé « Palace » des années 1980, devenu, depuis, culte à cause ou grâce à la publicité pour une assurance : « Je l’aurai, un jour, je l’aurai ! »...

Au final, dès que Jolivet apparaît, le sourire naît, il est donc naturel de constater que cet épisode s’avère très plaisant à lire puisque le policier est présent...