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Tito Topin ! Voici un nom qui m’a toujours intrigué.

Tito Topin ! Pour moi, depuis toujours, du moins, depuis mon adolescence, c’était le créateur de Navarro, la série télévisée de TF1 dont Roger Hanin tenait le rôle éponyme.

Mais on oublie, du moins, j’oubliais, que Tito Topin avait aussi été un illustrateur et un romancier.

Travaillant pendant un temps en collaboration avec l’immense Jean Yanne, pour les affiches de ses films mais également pour des BDs, Tito Topin a aussi écrit des romans policiers, notamment, au sein de la cultissime collection « Série Noire » des éditions Gallimard.

Aussi, dans ma quête de découverte ou redécouverte des auteurs de la « Série Noire », il était logique que je me penche enfin sur la prose de Tito Topin.

Pour ce faire, comme j’aime les personnages récurrents, il était tout à fait logique que je jette mon dévolu sur « 55 de fièvre », le premier roman dans lequel apparaît l’inspecteur Émile Gonzalès, un personnage revenant dans 5 autres romans et qui aurait inspiré à l’auteur le personnage du Commissaire Navarro.

55 de fièvre :

La ville avait la fièvre. Une fièvre qui suintait de sueur chaude, qui tordait les intestins et brûlait les poitrines. Georges réprima un frisson. Sa bouche était sèche et sa langue tannée comme un vieux cuir, son visage tuméfié se brouillait de barbe naissante, ses membres lui faisaient toujours mal. Il lâcha le cou de la fille. La tête tomba sur les deux seins, les bras balancèrent, les genoux fléchirent et le cadavre bascula en avant.

Comme les auteurs s’inspirent souvent de ce qu’ils connaissent, il n’était pas étonnant que Tito Topin situe son roman à Casablanca, au Maroc, puisqu’il y vécut dans sa jeunesse et que son père y fût commissaire.

1955, la France occupe le Maroc, trustant les postes et les situations d’importances, ne laissant que les miettes à une population partagée entre révolte et résignation.

La chaleur, la moiteur, la rage, la haine, le dédain, s’agglomèrent pour former un climat qui ne peut mener qu’à une violence aveugle.

Aussi, quand le fils d’une chirurgienne française ayant des accointances avec un haut fonctionnaire viole une jeune femme européenne, le responsable de la police a tôt fait de faire rejeter la faute sur la population locale, engendrant une vague de violence et de haine à laquelle veulent répondre quelques autochtones par une violence encore plus forte, plus aveugle.

C’est donc un climat délétère que met en place l’auteur, un climat étouffant, suffocant, qui, le lecteur le sait, va conduire à la catastrophe...

Tito Topin décrit une ambiance et un pays qu’il connaît bien, cherchant, dans ces descriptions à dénoncer certains comportements, sans jamais réellement prendre position directe.

Cet entre-deux, l’auteur le cultive jusque dans ses personnages tant aucun ne sort vraiment du lot. Même le personnage de Gonzalès, qui deviendra pourtant récurrent, n’apparaît qu’en filigrane durant le roman et ne sort véritablement de l’ombre qu’à la fin du roman.

Mais les autres personnages ne sont guère plus présents. Ils se placent, se déplacent, avec difficulté, avec langueur, à l’image de l’ambiance. Et, parmi eux, aucun n’est réellement attachant. Au mieux, le personnage est détestable, au pire, juste anodin. Ce manque de manichéisme renforce, d’un côté, la « crédibilité » de l’ensemble, mais empêche réellement de s’investir dans l’histoire.

Mais, ce qui m’a le plus gêné, le plus retenu, dans mon investissement émotionnel pour les personnages, c’est le contexte historique même. Certes, il est probablement très bien rendu, ceux qui l’on vécu en jugeront, mais m’a tout bonnement excédé. Insupportable, pour moi, le comportement du colonisateur envers le colonisé. Tout aussi insupportable le sentiment de supériorité, le dédain... sentiments encore pires que la haine.

Trop jeune pour avoir vécu l’époque, les rares témoignages que j’en eu, pourtant totalement dénués de rancœur et de haine, m’ont touché à jamais.

Pour reprendre un parallèle, le racisme anti-noir américain, l’image qui m’a le plus touché, meurtri, malgré toutes les images de haines et de violence, c’est un petit film montrant un vieux noir endimanché, se rendant probablement à l’église et qui, sur le chemin, est victime de quolibets, d’insultes. Le petit vieux poursuit son chemin imperturbable, résigné, il reçoit des coups de pied aux fesses, les gens rient de lui, et le petit vieux, toujours digne, tenant son chapeau pour ne pas le perdre, continue à marcher, habitué qu’il doit être à subir cet affront quotidiennement, soulagé, peut-être, de ne pas subir pires sévices.

Certes, l’image est pourtant bien moins horrible que tant d’autres et c’est pourtant celle qui me choqua le plus. Impossible, pour moi, d’accepter ou de comprendre cette haine de l’autre uniquement due à une couleur, une race, une religion, une sexualité...

Bref, je ne vais pas m’étendre sur le sujet, tout cela pour expliquer que le roman m’a tellement horripilé pour ce racisme que d’aucuns qualifieraient d’ordinaire, que j’eus bien du mal, ensuite, à me concentrer sur l’histoire et les personnages. C’est un signe, bien évidemment, que l’auteur est parvenu à rendre l’ambiance de l’époque et à faire passer le message, mais, chez moi, ce message est passé en force, au détriment reste.

Mis à part cela, il faut reconnaître à Tito Topin un certain style, notamment pour dépeindre l’ambiance d’un lieu et d’une époque, mais l’ensemble manque, pour moi, de personnages forts.

Car, en fait, tous les personnages sont faibles. Faibles dans leur développement, faibles dans leurs actes, faibles dans leur mentalité. Que ce soit le commissaire Guglielmi qui réclame que le viol soit mis sur le dos des autochtones et qu’on ne s’attaque pas au fils de la chirurgienne ; le flic Shumacher, xénophobe affirmé capable du pire ; Ferton susceptible de vendre jusqu’à sa mère pour avoir un peu d’agent et qui taxe tout le monde ; Manu qui, bien que mû par des sentiments louables sera également responsable du pire ; l’infirmier Ikken ses proches... jusqu’à Gonzalès, jeune flic pitoyable...

Tito Topin a privilégié son ambiance, le rendu d’une époque, d’un contexte, d’une haine... oubliant que les messages passent mieux quand on les diffuse via des personnages forts.

Mais, bien sûr, je ne suis plus très objectif sur le roman du fait du sentiment cité plus haut.

Au final, un court roman, plutôt agréable et qui devrait même être bon pour peu que l’on soit capable de rester objectif, ce qui ne fut pas mon cas...