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Olivier Norek, c’est un peu comme un anniversaire, le feu d’artifice du 14 Juillet, Noël, ou le Pyrenean Warriors Open Air de Torreilles, un rendez-vous incontournable qui revient chaque année à la même date (ou presque).

Mais Olivier Norek, c’est un peu comme si tu t’apprêtes à revoir pour la première fois ton amour de jeunesse trente ans après : tu as peur d’être déçu, car tu peux difficilement être plus agréablement surpris qu’à l’époque.

Effectivement, depuis « Code 93 », le tout premier roman d’Olivier Norek, le rendez-vous annuel est devenu incontournable avec, à chaque fois, cette crainte lancinante que, comme certains de ses confrères (Bernard Minier, par exemple), il finisse par se planter dans les grandes largeurs en tentant d’en faire plus.

Il faut bien avouer que le bonhomme avait placé la barre très haut dès son premier roman.

En un seul livre, il avait démontré un talent fort prometteur que l’on pouvait craindre se pervertir avec le succès (comme ce fût encore le cas avec certains de ses confrères que je ne citerai pas, cette fois-ci).

Heureusement, Olivier Norek rassurait les lecteurs avec son second roman, « Territoires ».

Celui-ci reprenait les mêmes personnages que « Code 93 » et laissait apparaître la possibilité d’une série au long terme comme Franck Thilliez l’a fait avec Sharko, par exemple.

Si les craintes apparaissaient réellement avec « Surtensions », son troisième roman, du fait du sentiment que l’auteur se référait à la « Bible du Polar pour les nuls » en structurant son intrigue et sa narration à la mode de ce qui se fait de plus en plus, Olivier Norek avait alors intelligemment rebattu les cartes en changeant à la fois ses personnages, son sujet, son style, son ambiance, son genre, même, et proposer le roman coup de poing « Entre deux mondes ».

La question était maintenant de savoir comment l’auteur allait pouvoir rebondir à nouveau. En reprenant son personnage liminaire, Victor Coste ? En allant ailleurs ?

Et c’est ailleurs qu’Olivier Norek est allé avec « Surface ».

Surface :

Après un grave accident, une capitaine de la PJ parisienne s’y retrouve parachutée bien malgré elle. L’apparition du cadavre d’un enfant disparu 25 ans auparavant va profondément bouleverser le quotidien des villageois et la reconstruction de la policière.

Il est indéniable, roman après roman, qu’Olivier Norek, ancien policier, a la volonté de décrire le milieu dans lequel il a vécu, de montrer les forces et les failles d’un policier, d’une profession, d’un monde...

Après avoir, d’une façon classique, immergé des policiers dans une enquête, l’auteur s’est investi à tenter de décrire également le psychisme de ces hommes et de ces femmes souvent si décrié.

Il parvenait, sans manichéisme, à proposer une palette de policiers et de sentiments dans « Entre deux mondes ».

Olivier Norek continue sur sa lancée en mettant en avant, cette fois-ci, une gueule cassée, une policière ayant été gravement blessée lors d’une opération.

L’auteur s’attarde alors sur son personnage principal, le capitaine Noémie Chastain, qui a pris en pleine tête une décharge de fusil de chasse. Joue arrachée, mâchoire cassée, du plomb un peu partout dans la face, Noémie survit, mais est défigurée à vie.

Traumatisée, autant par la scène qu’elle a vécue que par celle qu’elle vit à chaque fois qu’elle se regarde dans la glace, la jeune femme n’a qu’une envie, reprendre le boulot, occuper son esprit, reprendre sa vie tout en sachant qu’elle ne sera plus jamais pareil. Mais l’acte est difficile. Difficile parce que second est aussi son mec, mec qui prend du recul ne pouvant supporter le nouveau visage de celle qu’il aime. Difficile parce que ce visage si marqué est également un signe, aux autres policiers, de ce qui peut leur arriver à chaque intervention. Un risque de miner le moral. Difficile parce que Noémie n’est plus la même tant physiquement que psychiquement.

Car, si le physique est atteint et visible, le traumatisme est bien plus fort intérieurement, d’une façon totalement invisible.

Aussi, devant la détermination de la jeune femme à reprendre le service, son supérieur, espérant se débarrasser d’elle, l’envoie dans l’Aveyron pendant un mois pour évaluer la pertinence de conserver un poste de police dans un trou perdu où il ne se passe rien : Avalone.

Avalone est à l’image de la fliquette, traumatisé, remodelé, puisque 25 ans auparavant, le village d’Avalone a été englouti par un lac artificiel et recréé à l’identique un peu plus loin.

Mais ce traumatisme a été double, car, en même temps que ce déménagement forcé et la noyade du village, trois enfants ont disparu, enlevés ou tués par un ancien repris de justice en fuite depuis lors. On n’a jamais retrouvé les trois corps ni le forçat.

Bien entendu, là où il ne se passait rien, il va se passer beaucoup avec la découverte d’un fût remonté à la « Surface » et contenant le corps d’un enfant décomposé, corps, dont des comparaisons ADN avec des objets de l’époque de la disparition vont démontrer qu’il s’agit d’un des trois enfants.

Olivier Norek démarre son roman par la scène traumatisante (pour son personnage) de l’opération de police qui tourne mal.

Il suit alors la dérive de Noémie Chastain (dérive mentale, morale, tant que physique), avec son incapacité à assumer son nouveau visage. Noémie n’est plus, il reste No, comme elle se nomme dorénavant semblant vouloir dire « Non » à tout.

Olivier Norek lui fait subir les traumatismes les uns après les autres : la douleur physique et mentale de la blessure et de sa défiguration ; la douleur de son homme qui la repousse ; la douleur du regard des autres sur son visage ; la douleur de son propre regard sur son visage ; la douleur du traumatisme du passage de l’univers chaotique parisien à celui champêtre et calme d’Avalone...

Pour ce faire, l’auteur n’hésite pas à proposer un mille-feuille, au risque d’en faire trop, pour appuyer sur ce traumatisme à travers des répliques successives. Le village, traumatisé, qui a changé de face, à l’image de la policière. Le chien, qu’elle récupère, lui aussi gueule cassée par un maître brutal.

Et c’est le risque de ce genre de démarche, d’en faire trop, par maladresse, malgré de bonnes volontés.

Il semble alors que le titre soit bien choisi « Surface », car, l’auteur, contrairement à ses premiers romans, ne fouille pas en profondeur le métier de policier, s’attardant plus sur les sentiments et le sentimental.

Si Olivier Norek sait nous raconter son histoire, nous proposer des personnages parfois attachants (pas forcément ceux qu’il aurait voulu, qu’il aurait dû), il semble s’être laissé aller un petit peu trop à la fameuse Bible dont je parlais et à laquelle beaucoup de ses confrères se réfèrent.

Si on ne peut lui reprocher de démarrer son roman brusquement, violemment, par la scène de l’arrestation qui tourne mal, et ni lui tenir grief de sa narration en général, c’est plutôt, cette fois-ci, dans l’intrigue elle-même qu’il pêche.

Ce personnage bouleversé, chamboulé, traumatisé. Ce personnage qui va changer totalement d’atmosphère pour finir par l’apprécier et l’adopter. Ce personnage qui croise son « double » dans ce chien. Cette intrigue sentimentale bancale, inutile et, surtout, peu crédible (quand on ne peut tomber sous le charme physique, il faut, à mon sens, plus de temps pour s’éprendre de quelqu’un). Ce « Cold Case » qui tombe à point nommé. Ce flic traumatisé, incapable de se confronter à elle-même, mais qui va réussir à démêler son enquête. Ce méchant pas si méchant. Ce gentil pas si gentil. Jusqu’au final que l’on voit venir de loin avec ce personnage qui débarque à reculons dans un endroit où il ne voulait pas aller et finit par ne plus vouloir en partir...

Tous ces schémas, toutes ces ficelles, sont usés jusqu’à la corde et les accumuler ne renforce pas l’édifice pour autant.

L’histoire est à ce point calibrée qu’on la croirait écrite pour plaire à la fameuse ménagère de moins de cinquante ans que tentent de charmer tous les directeurs de chaînes télévisés afin de lui vendre de la publicité. Et il n’y a rien d’étonnant de savoir que l’auteur est en pourparlers pour l’adaptation du roman en série (probablement une mini série de 6 épisodes pour M6, comme il a été proposé à Bernard Minier pour « Glacé », mais en espérant que le résultat soit meilleur).

Ces défauts pourraient alors être rédhibitoires. Ils le seraient probablement avec un autre auteur. Mais Olivier Norek sait mener son affaire, développer son intrigue, faire parler ses personnages et cela suffit à garder tout l’attrait au roman et à offrir du plaisir aux lecteurs.

Certains n’y trouveront rien à redire et apprécieront pleinement. D’autres, comme moi, regretteront le parti pris sans pour autant détester.

Mais il faut avouer que, pour moi, Olivier Norek bénéficie d’un fort capital sympathie.

Déjà, parce que je l’ai découvert avec « Code 93 » alors qu’il n’avait pas encore le succès qu’on lui connaît et que j’ai apprécié le roman que j’ai chroniqué sur mon blogue.

Ensuite, parce que j’ai apprécié, dans les remerciements du second ouvrage, « Territoires », que l’auteur remercie les blogueurs qui avaient chroniqué son premier ouvrage, dont, mon blogue.

Enfin, parce que je trouve qu’il a une bonne bouille et un regard attachant.

Alors, certes, Olivier Norek n’a plus le temps d’éplucher les blogues parlant de ses livres, il n’aurait plus assez d’une vie désormais avec son succès grandissant, mais il continue à remercier, à chaque fois, les blogueurs et les blogueuses qui parlent de lui et il a bien raison, car ceux-ci sont également vecteurs d’envies et de découvertes.

Au final, pas le meilleur roman de l’auteur, mais un roman policier pourtant très agréable à lire et ce malgré un réel manque de profondeur, ce qui est un comble pour un ouvrage se nommant « Surface »...