maigret_Affaire Saint Fiacre 23

Le commissaire Maigret, inutile de vous en parler, vous savez tous qu’il s’agit d’un personnage créé par Georges Simenon au début des années 1930 et dont les aventures littéraires eurent un tel succès qu’elles furent très rapidement adaptées au cinéma puis à la télé.

Les adaptations sont presque aussi nombreuses que les rééditions. Georges Simenon, dont c’était très récemment le 30e anniversaire de la mort, demeure une des meilleures poules aux œufs d’or de la littérature dont les droits sont jalousement et sauvagement gardés par les ayants droit.

Il y a peu, Rowan Atkinson interprétait encore le rôle du commissaire à la pipe dans une série télévisée britannique (les Anglais ont-ils lu Maigret pour choisir Rowan pour le rôle ?) pour 4 épisodes.

Je me concentre, dans cette chronique littéraire, sur les adaptations des enquêtes de Maigret pour deux raisons.

La première, pour dire que le commissaire Maigret, je l’ai découvert à travers les trois adaptations cinéma ayant Jean Gabin pour acteur principal, dont « L’affaire Saint-Fiacre » fait partie.

Je n’ai lu Maigret que bien plus tard.

La seconde, c’est que très très longtemps, j’ai pensé que Jean Gabin était le meilleur interprète de Maigret qu’il puisse se faire (je n’aimais pas les séries avec Jean Richard ou avec Bruno Cremer).

Mais, depuis, il y a peu, j’ai décidé de voir les premières adaptations cinéma des enquêtes de Maigret, à savoir « La nuit du carrefour », « Le chien jaune » et « La tête d’un homme ». Trois films, trois réalisateurs, trois interprètes : Pierre Renoir (frère du réalisateur du film Jean Renoir), Abel Tarride (frère du réalisateur du film, Jean Tarride) et Harry Baur (qui n’est pas frère de Julien Duvivier, le réalisateur du film).

Hé bien, force m’est de reconnaître qu’encore une fois je me trompais, Jean Gabin n’est pas le meilleur interprète du Commissaire Maigret, mon affection pour le comédien m’a trompé, non, ce statut revient incontestablement à Harry Baur (dans l’attente qu’un jour il soit possible de voir l’introuvable film « Brelan d’as » une œuvre comportant trois courts-métrages autour de personnages de la littérature policière, Lemmy Caution, l’inspecteur Wens et le commissaire Maigret, interprété par l’immense Michel Simon).

Ceci dit, revenons au roman qui nous intéresse aujourd’hui :

L’affaire Saint-Fiacre :

« Un crime sera commis à l’église de Saint-Fiacre pendant la première messe du jour des Morts. » Tel est le message reçu par la police de Moulins qui en a averti la P.J. de Paris. Maigret se rend aussitôt dans ce village de l’Allier où il a passé son enfance ; son père était le régisseur du château. Il assiste à cette messe où la comtesse de Saint-Fiacre meurt d’une crise cardiaque. Le commissaire comprend que cette mort a été provoquée par une émotion violente : il trouve, dans le missel de la comtesse, un papier qui ressemble à une coupure de journal ; on y annonce la mort de Maurice, fils de la châtelaine.

Maigret revient donc sur les lieux de son enfance afin de tenter d’empêcher un crime annoncé par un message reçu par la police.

Car, le père de Maigret fût régisseur au domaine des Saint-Fiacre, et Jules Maigret, le désormais commissaire, vécu sur le domaine durant sa jeunesse.

C’est donc pour lui l’occasion de revoir les lieux et les personnes qu’il connut jadis, dont la comtesse de Saint-Fiacre et son fils font partie.

Épisode nostalgique, donc, dans lequel Maigret ne fait qu’observer sans jamais réellement agir ou penser à tel point qu’il ne participe quasiment pas à la résolution de l’enquête qui progresse sans lui.

Certes, on retrouve l’opposition entre les nantis et la classe prolétaire si chère à Simenon, les réflexions sur la société et sur l’humain, mais est absent à mon sens, de ce roman, tout ce qui fait la quintessence d’un bon roman de Maigret : l’ambiance et la complexité du caractère de Maigret cachée derrière des apparences frustes.

Je me suis donc surpris à ne pas trop apprécier sur papier ce roman dont j’avais aimé l’adaptation cinématographique (là, encore, mon affection pour le talent de Jean Gabin a dû avoir raison de mon objectivité).

Au final, sans être un mauvais roman, « L’affaire Saint-Fiacre » souffre de l’absence du Commissaire Maigret alors que, paradoxalement, Jules Maigret, lui, est omniprésent dans le présent et dans le passé.