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Léon Groc est un journaliste et écrivain français qui fit les beaux jours de la littérature populaire pendant la première moitié du XXe siècle à travers des contes, des feuilletons dans les quotidiens et magazines, mais également via des romans et des fascicules.

Ses nombreux récits s’ancrent dans les genres plébiscités à l’époque : sentimental, S.F., policier, aventures et également patriotiques (notamment les titres écrits pour la mythique « Collection Patrie » des éditions Rouff pendant la Première Guerre mondiale).

Parmi les rares personnages récurrents que l’auteur a développés, on peut noter celui du détective Stan Kipper, qui eut le droit à une série éponyme de fascicules de 24 pages avortée, faute de succès, au bout de 8 épisodes.

« Le champion escamoté » est le premier titre de cette série.

 

LE CHAMPION ESCAMOTÉ

 

Stan KIPPER, le célèbre « roi des détectives » américain, est contacté par le manager d’un boxeur qui s’est évaporé à la veille de son combat pour le titre de Champion de France des poids plumes…

 

Rapidement, Stan KIPPER établit que s’il y a disparition, elle ne peut qu’être volontaire et n’avoir eu lieu qu’avec la complicité de la domesticité de la villa dans laquelle le sportif s’entraînait.

 

Stan KIPPER s’apprête donc à décliner l’affaire quand le commissaire de police de Saint-Germain débarque et lui apprend que le boxeur escamoté a été retrouvé pendu à la branche d’un arbre dans la forêt…

 

Tout le monde est surexcité à l’idée d’assister au combat de poids plumes pour le titre de champion de France entre Bob-le-Frappeur et Pierre Chevalier.

Parmi les amateurs impatients : Stan Kipper, le célèbre détective américain installé en France et Nérac, le journaliste.

Les deux hommes discutent de ce combat, avec d’autres amis, devant un repas chez le détective quand le manager de Bob-le-Frappeur vient voir Stan Kipper, qu’il connaît, afin de lui annoncer la disparition de son poulain.

En inspectant les lieux dans lesquels vivait et s’entraînait le boxeur, Stan Kipper conclut qu’il n’a pu disparaître que volontairement, avec la complicité de ses domestiques, aussi s’apprête-t-il à refuser l’affaire quand le commissaire de police de Saint-Germain débarque et lui annonce que le corps sans vie du boxeur a été retrouvé pendu à la branche d’un arbre de la forêt de Saint Germain...

Voici un premier épisode de série qui permet d’avoir plusieurs confirmations à propos de Léon Groc, mais également à propos des séries populaires, qu’elles soient littéraires ou télévisuelles.

La première sonne comme une évidence : Léon Groc savait manier la plume, mais, plus encore, maîtrisait parfaitement les formats dans lesquels il travaillait.

Si le roman de taille classique ne semblait pas lui poser de soucis, comme le démontre, par exemple, « L’autobus évanoui », on pouvait se demander ce qu’il en serait avec un format aussi court et contraignant que celui du petit fascicule.

Car, si les pages des fascicules de la série sont imprimées en double-colonne, ce qui est censé permettre de publier plus de textes qu’en simple colonne, les 24 pages, au final, ne contiennent guère que 10 000 mots, soit le contenu d’un petit fascicule de 32 pages classique.

Et je n’ai cessé de dire combien ce format était très difficile à gérer.

En effet, avec si peu de mots à disposition, il est difficile de présenter un personnage, développer une intrigue, offrir un rebondissement et une fin intéressante.

La plupart des auteurs se contentent d’à peine esquisser le personnage central puis de proposer une intrigue simple avec une narration linéaire.

Si, ici, l’intrigue demeure simple et la narration linéaire, c’est dans la présentation de son personnage que l’auteur devient intéressant.

C’est dans une simple conversation autour d’une table, en quelques questions de convives, quelques répliques, qu’il parvient, en peu de mots, à étoffer son personnage central en évoquant son passé, son présent et ses motivations.

Cela n’a l’air de rien, mais ce court passage permet de s’attacher plus vite et mieux au héros que ne le font d’ordinaire des récits aussi courts.

Quant au reste de l’histoire, Léon Groc offre un rebondissement final qui, plus encore, a été induit de façon judicieuse par l’auteur en cours de texte sans que le lecteur s’en rende compte sur le moment.

Bien évidemment, pour parvenir à faire tout cela, Léon Groc est obligé d’user de concision ailleurs et c’est dans la résolution de l’enquête, l’action et le danger inhérents à celle-ci, que l’auteur coupe à la hache par l’intermédiaire usuelle du passage où le héros raconte en quelques mots comment il a découvert le coupable...

Et à ce moment, le lecteur assidu de cette chronique se souvient que je parlais de plusieurs confirmations apportées par cet épisode alors que je n’en ai évoqué qu’une.

Voici la seconde : dans la littérature comme à la télévision, ce ne sont pas toujours les meilleures séries qui s’étalent et pas toujours les moins bonnes qui sont rapidement avortées.

On comprendra également que pour un éditeur il était, à l’époque, plus difficile de rentabiliser une collection dédiée à un personnage et ceci explique peut-être pourquoi tant de personnages récurrents voyaient leurs histoires se perdre dans des collections plus généralistes.

Au final, un premier épisode qui confirme tout le bien que l’on doit penser de Léon Groc et qui donne surtout envie de se plonger dans le suivant.