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La littérature populaire regorge d’un nombre incalculable d’auteurs qui, sous leur identité, ou derrière des pseudonymes, ont abreuvé celle-ci de leurs textes.

Souvent, l’on ne sait rien de ces pseudonymes, pas grand-chose de ces auteurs, parfois, on en sait peu, d’autres, on en apprend trop.

J’ai coutume de dire que peu importe la vie d’un auteur, seuls ses écrits comptent. C’est d’autant plus vrai quand la vie de l’auteur n’a rien de très glorieux.

C’est la raison pour laquelle, au lieu de m’intéresser à Maurice Laporte, qui fût fondateur des Jeunesses Communistes, pour devenir un farouche anticommuniste, puis un sympathisant nazi durant la Seconde Guerre, obligé même, avant la fin de celle-ci, à se réfugier en Suisse où, pour vivre, il se mettra à écrire des petits romans, je préfère évoquer Jean d’Auffargis, un pseudonyme plus glorieux que son maître.

De Jean d’Auffargis, la seule chose que l’on a à connaître, c’est son œuvre.

Et cette œuvre est entièrement dédiée à un personnage, celui de Théodore Rouma, un cambrioleur justicier dans la droite ligne d’Arsène Lupin et consorts.

Théodore Rouma vécut une trentaine d’aventures sous la forme de fascicules de 24 pages contenant des récits d’un peu plus de 10 000 mots.

Cette trentaine d’épisodes, on pourra la découper en trois parties distinctes : une première salve de 10 épisodes en 1945 illustrés par Charles R. ; une seconde salve d’une quinzaine d’épisodes en 1946 illustrés en majorité par René Brantonne ; enfin, une dernière salve en 1947 de trois épisodes (il me semble) édités au Québec, mais dont au moins deux (au vu de la similitude des titres avec des épisodes déjà parus en France) semblent être des réécritures partielles de titres parus précédemment.

 

LE MYSTÈRE DU CERCLE ROUGE

 

L’Hôtel Drouot organise la vente des biens d’un défunt diplomate amateur de peintures dont quelques toiles de maîtres.

 

Quand vient le tour d’une vulgaire croûte, un cercle chromatique né de la main même du collectionneur, plusieurs acheteurs rivalisent d’enchères pour tenter de l’obtenir.

 

500 000 francs ! Pour un barbouillage sans valeur !

 

Le commissaire Larbart, présent dans la salle, ne parvient pas à y croire. Pas plus que ce qu’il voit en sortant du bâtiment : le nouveau propriétaire du « cercle rouge » gisant au pied de l’escalier un poignard fiché dans le dos…

 

En ce vendredi 13, à l’Hôtel Drouot, une vente aux enchères est organisée pour liquider les biens d’un défunt diplomate amateur de grands peintres. Si les toiles de maîtres partent à bon prix, l’assistance se retrouve médusée quand enchère s’envolent à propos d’un banal cercle chromatique né de la main dudit diplomate, une peinture sans aucun intérêt, mais qui, après une lutte acharnée, est pourtant remportée par un Japonais pour la somme de 500 000 francs.

Si cette information suffit à laisser cours à toutes les spéculations, le fait que l’acquéreur soit retrouver mort, un poignard fiché dans le dos, à la sortie de l’hôtel des ventes et que le cercle chromatique ait disparu, laisse toute le monde ébaubi, le premier, le commissaire Larbart, présent à la vente et celui qui a découvert le corps.

Pour les policiers, si le Japonais a emporté la peinture, l’Allemand qui n’a eu de cesse de faire augmenter les enchères doit probablement être l’assassin voleur.

Mais si, tout compte fait, le coupable était l’Argentin Alfonso Ricardo de Cardola d’Arundal qui a lui aussi participé aux enchères ?

Jean d’Auffargis nous fait découvrir le personnage central de sa série à travers une histoire d’espionnage ayant pour pièce maîtresse un code militaire français convoité par des puissances ennemies.

Si l’auteur se masque derrière un pseudonyme pour écrire ses récits, il en fait tout autant de son héros qui, pendant toute une partie de l’histoire, se déplace incognito.

Aussi, difficile de s’attacher immédiatement à Théodore Rouma.

Cependant, c’est souvent le cas dans ces récits courts mettant en scène des personnages ayant coutume de changer d’identités : cambrioleurs mondains, espions...

Ne pouvant compter sur le héros pour donner le goût à la série, reste à se reposer soit sur le genre soit sur la plume.

Ici, le genre demeure un peu vague. Une histoire d’espionnage mêlant la police et un cambrioleur mondain... difficile de savoir vers quoi va tendre la série par la suite.

Question plume, là aussi, rien de bien convaincant, sans non plus que cela soit rédhibitoire.

En fait, après ce premier opus, je demeure un peu dans l’expectative.

Certes, comme j’avais déjà lu le second épisode il y a quelque temps, je sais un peu plus à quoi m’en tenir et je suis plus rassuré que je ne l’aurai été à la seule lecture de ce premier titre, mais, quand même, je m’attendais à être charmé immédiatement. Ce n’est pas le cas.

Au final, un premier épisode un peu décevant, mais au-delà duquel il ne faut pas hésiter à aller pour mieux découvrir la série, son personnage central et la plume de l’auteur.