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L’inspecteur Grey ! Le fameux inspecteur Grey ! Voilà un personnage que je voulais découvrir depuis fort longtemps.

Né de la plume d’Alfred Gragnon, le personnage est aussi protéiforme que son auteur, Alfred Gragnon.

Car, Alfred Gragnon, né en 1882, fils d’un préfet de police, fut avocat à la Cour d’appel de Paris, auteur de pièces de théâtre, scénariste et réalisateur de films et, également, auteur de nouvelles.

Et l’inspecteur Grey, excepté, peut-être, en tant qu’avocat, poursuivit la même carrière que son créateur puisqu’il fut le héros d’au moins une pièce de théâtre, d’un film et de nouvelles.

Et c’est par les nouvelles que je voulais découvrir le personnage, attendant pour lire la pièce de théâtre dont j’avais acheté la version papier il y a quelques années.

Mais les nouvelles autour de l’inspecteur Grey n’étaient pas faciles à trouver puisque, à ma connaissance, uniquement publiée de ci de là dans le magazine « Ric et Rac » qui publia des nouvelles et des romans de grands auteurs tels Georges Simenon, René Pujol ou Pierre Boileau, entre autres.

Entre fin 1937 et fin 1940, je dénombrais 10 enquêtes de l’inspecteur Grey. Je mettais la main sur la moitié il y a quelques années et, depuis, j’attendais de trouver les autres.

C’est désormais chose faite et je peux débuter ma lecture par la première enquête : « Grey devant l’énigme », paru en 1937 dans le magazine Ric et Rac, un récit d’un peu plus de 9 200 mots, l’équivalent d’un fascicule de 32 pages (on se demande pourquoi elle n’a pas été rééditée par la suite dans ce format).

GREY DEVANT L’ÉNIGME

Le corps sans tête d’une jeune femme a été retrouvé dans la Seine par un pêcheur.

L’inspecteur principal POUSSIN, au bout de deux jours d’investigations, n’a absolument rien découvert et il est persuadé, de ce fait, que nul autre ne le pourra.

Aussi est-il ulcéré quand le juge d’instruction lui ordonne de donner l’affaire à l’inspecteur GREY, un gamin sans flair ni expérience et dont les invraisemblables succès ne sont dus, selon lui, qu’à la chance ! Ce GREY de malheur que les journaux et son chef comparent au grand Sherlock Holmes…

L’inspecteur principal Poussin patauge dans son enquête sur la découverte, par un pêcheur, dans la Seine, du corps sans tête d’une jeune femme. Ne trouvant rien, il est persuadé que personne ne pourra résoudre cette enquête. Pourtant, le juge d’instruction lui ordonne de passer l’affaire à l’inspecteur Grey, un gamin qui a les moyens de s’acheter une belle voiture, de fumer des cigarettes de marque, qui a la prétention de parler au subjonctif, et d’utiliser des mots d’anglais et que la presse compare à Sherlock Holmes.

Poussin va donc assister Grey dans cette enquête et il est rapidement surpris de constater que celui-ci va avancer à vitesse grand V...

Découverte donc de l’inspecteur Grey, un inspecteur Grey déjà installé et déjà réputé, qui a tendance à réfléchir plus qu’à agir.

Mais on découvre tout d’abord l’inspecteur Poussin, un policier bourru qui a une haute opinion de lui-même et une faible de son collègue et qui attend d’avoir enfin un peu de reconnaissance de ses supérieurs.

Cette prétention doublée d’une incapacité à une certaine incompétence est sujette à sourire du personnage.

Vient alors Grey, tout opposé. Jeune, intelligent, plutôt modeste, mais qui observe et déduit au point d’être comparé à Sherlock Holmes.

Évidemment, en moins de 10 000 mots, il ne faut pas s’attendre à une enquête haletante, à une intrigue exaltante et à des révélations inattendues.

Certes, les déductions de Grey restent assez simples par rapport à celle du grand Sherlock Holmes, mais sont à la dimension du format.

Oui, le policier, en plus d’être perspicace a de la chance, mais dans ce format, tout enquêteur est chanceux, sinon, il n’a pas le temps de résoudre une enquête en si peu de mots.

Pour autant, l’ensemble est plutôt agréable à lire et s’avère même bien au-dessus de beaucoup de fascicules policiers de la même époque.

Si les personnages ne sont qu’esquissés, ils sont suffisamment intéressants même si on peut douter retrouver Poussin dans les enquêtes suivants.

Quant au style, là aussi, sans flirter avec l’excellence, la plume d’Alfred Gragnon s’avère agréable.

Dans tous les cas, cette enquête liminaire donne, comme je m’en doutais, envie de lire les suivantes, raison pour laquelle j’ai attendu de toutes les posséder pour débuter ma lecture.

Au final, une première enquête plutôt concluante d’une taille s’approchant de celle d’un fascicule de 32 pages et qui encourage à lire les suivantes.

FLAGRANT DÉLIT

L’inspecteur GREY est contacté par une jeune femme pour l’aider à prouver l’innocence de son frère accusé d’avoir tué, par balle, la nuit, un de ses collègues de travail.

Selon les témoins s’étant rués sur place à la suite des coups de feu, jusqu’à la presse et la police, pour tous, la culpabilité du suspect est indéniable. À tel point que l’inspecteur POUSSIN, chargé de l’enquête, devant la volonté de GREY de lire les rapports, se gausse déjà du futur échec de celui qu’il déteste.

Pourtant, après avoir étudié les documents, GREY se précipite effectivement dans le mur, mais pas dans le sens espéré par son ennemi…

L’inspecteur Grey accepter d’aider une jeune femme à prouver l’innocence de son frère accusé d’avoir abattu d’une balle dans le dos un collègue de travail, la nuit. Lui prétend que, alors que les deux hommes marchaient non loin l’un derrière l’autre (ils logent dans la même rue), un homme est sorti de l’ombre et a tiré sur la victime avant de s’enfuir. Lui, a sorti son revolver et tiré en direction du meurtrier sans être certain de l’avoir touché. Mais deux chauffeurs, attirés par les coups de feu, l’ont surpris auprès du défunt sans voir personne d’autre.

Grey décide de discuter avec le policier chargé de l’enquête, malheureusement, il s’agit de l’inspecteur principal Poussin, un collègue qui le déteste à cause de ses nombreux succès. Cependant, il lui laisse lire les rapports, persuadé de son échec à venir. Mais Grey repart avec le sourire et l’assurance de l’innocence du suspect…

Très très courte enquête de 2 300 mots environ, publiée dans le magazine Ric et Rac en août 1940, mais probablement écrite bien avant (l’histoire se déroule d’ailleurs en mars 1939).

Ce récit concis est l’occasion pour l’auteur de confronter à nouveau les deux antagonistes que sont Poussin et Grey, de montrer la vanité et la jalousie du premier et la perspicacité et l’efficacité du second.

Pas grand-chose de plus à dire, sinon j’aurais peur de faire plus long que le récit commenté, juste une nouvelle agréable à lire, mais qui, bien évidemment, ne va pas révolutionner le genre tant l’intrigue est resserrée à son maximum.

Au final, toute petite enquête sympathique pour notre Sorcier d’inspecteur Grey.