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Quand j’ai fini une lecture, généralement, je passe un certain temps à choisir le prochain livre sur lequel je vais me pencher. Car, il y a des livres que j’ai envie de lire, mais pas à n’importe quel moment et pas derrière ou devant n’importe quel autre.

Quand je n’arrive pas à me décider, souvent, je me plonge dans la bibliographie de San Antonio, celle de Nestor Burma ou bien celle du commissaire Maigret.

Mais, parfois, je n’ai pas le temps de chercher, soit parce que j’ai eu d’autres choses à faire, soit parce que j’ai oublié et que je m’en rends compte au moment de me plonger dans mon moment de lecture.

Alors, dans ce dernier cas, il n’est pas rare que je choisisse au hasard dans ma PAL et que je tombe sur un ouvrage qui aurait pu resté coincé là pendant encore bien longtemps même si, comme dans le cas présent, celui-ci l’avait intégré récemment.

C’est le cas de « Batignolles Rhapsody » un roman de Maxime Gillio, un auteur que je ne connaissais pas jusque-là.

Apparemment, d’après les commentaires de l’auteur, ce roman est une histoire de jeunesse qu’il a récemment retravaillée pour la faire publier. Une précision qui peut probablement justifier mon ressenti loin d’être proche du dithyrambe autour du bouquin.

Batignolles Rhapsody :

Qui veut vivre pour toujours ?

Frédéric Pluton, sosie officiel de Freddie Mercury, n’a pas le temps de répondre, foudroyé sur scène, assassiné en direct sous les projecteurs d’une boîte gay parisienne.

Très vite, les autres membres du groupe craignent pour leur vie.

La journaliste Stella Poliakov se saisit de l’enquête mais elle ne s’attendait pas à ce que son propre passé refasse surface.

Entre les frappés du show-biz et les démons de sa jeunesse, elle risque, elle aussi, de mordre la poussière.

Un pâle sosie de Freddie Mercury (pléonasme) trouve la mort lors d’une représentation, électrocuté par son clavier.

La journaliste Stella Poliakov est chargée par son chef de faire un reportage sur le décès et aussi autour de la mode des sosies.

Mais, très vite, Stella sent que l’accident est en fait un crime et va mettre son nez un peu partout et, surtout, là où il ne faut pas. Il est des adversaires durent à vaincre lorsque l’on est en pleine possession de ses moyens physiques et mentaux, alors, quand on est une ivrogne notoire traumatisée par la mystérieuse disparition de son amour de jeunesse et qu’on le voit un peu partout, la partie semble perdue d’avance…

Si je commençais à être fan de Freddie Mercury et du groupe Queen juste avant le décès du chanteur (j’étais plus versé vers le heavy metal ou bien Balavoine et Brel), je n’ai, par contre, jamais apprécié les sosies en général et surtout ceux qui ne vivent plus qu’à travers l’image de leur idole. Je trouve cela assez pathétique de vivre sa vie par procuration, notamment quand celui dans la peau duquel on se glisse est mort.

Mais bon, chacun fait ce qu’il veut de son existence même s’il la consacre à un culte ridicule, réducteur et, surtout, ne rendant pas grâce à l’être copié.

Ceci dit, cela ne m’empêche pas de déguster parfois des bisseries nanardesques mettant en scène de pâles imitateurs de Bruce Lee, bien que je préfère, sur pellicule, l’original sans commune mesure.

Cependant, je n’aime ni la violence ni la mort et, pourtant, je lis des romans policiers, c’est l’avantage d’une fiction, de pouvoir te confronter avec plaisir à ce que tu fuirais dans la réalité.

Autant le dire tout de suite, je n’ai pas été séduit par ce roman, loin de là, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, je trouve que l’intrigue est mal menée, assez peu crédible. Quand on veut se faire discret, on évite de commettre des assassinats trop voyants, à mon sens.

Ensuite, je n’ai pas du tout accroché au personnage principal, celui de la journaliste. Femme paumée, alcoolique, dépressive et j’en passe et des meilleurs.

D’ailleurs, j’ai du mal également à croire aux raisons de sa dépression, trop durable, trop exagérée, issue d’une époque où tout n’est qu’insouciance ou bien des chagrins à courte durée.

Enfin, je n’ai pas non plus été conquis par la plume de l’auteur.

Et, en plus, je trouve l’épilogue à la fois mal venu et inutile.

Cela fait beaucoup de choses, ainsi dit, mais, je pense que ce roman, dans sa version actuelle, est issu d’une fausse bonne idée, celle de reprendre un ouvrage de jeunesse pour le retravailler.

Fausse bonne idée ou, tout du moins, une idée très casse-gueule, car elle débouche rarement sur de bons résultats.

Le principe d’une œuvre de jeunesse, dans la plupart des cas, c’est qu’elle manque de maîtrise. Maîtrise dans son intrigue, sa narration, le développement de ses personnages, de son style…

Retravailler ce genre de texte nécessite de tout refaire, de retravailler à la fois l’histoire, les personnages, la narration, et le style de sa plume.

Mais, bien souvent, ce qui semblait tenir la route à l’époque et qui apparaît bancal à l’aulne de l’expérience acquise, a toutes les chances de trouver l’apparence d’un édifice viable après un certain travail, mais l’apparence n’est qu’indue par l’attachement que l’on porte à son écrit et par le manque de distanciation que l’on peut avoir.

C’est, il me semble, ce qui est arrivé à l’auteur.

Prendre son texte qu’il ne trouvait pas bon pour diverses raisons, le retravailler avec son style d’aujourd’hui, sa maîtrise actuelle, et analyser le résultat avec le regard d’un parent qui voit son enfant évoluer sans se rendre compte qu’en grandissant, il a certes changé, mais que ses défauts voyants se sont gommés pour laisser place à d’autres, moins perceptibles à travers le prisme de l’amour.

Car, si l’intrigue est mal menée et souffre de quelques manques de crédibilité dans les réactions de certains et, surtout, des méchants, si le personnage central n’est guère attachant, ces détails ne sont pas rédhibitoires et l’ensemble aurait pu donner un bon roman.

Mais, c’est plus l’impression d’un manque de liant entre les éléments, un manque de cohésion entre intrigue, narration, style, personnages, qui me laisse une mauvaise impression.

Alors, je justifie, après coup, après avoir lu dans les remerciements qu’il s’agit d’une œuvre de jeunesse retravaillée, mais, peut-être n’est-ce pas là la véritable raison de ce ressenti, toujours est-il l’ensemble est bancal sans être indigeste ou indigent. Juste l’impression de lire un roman un peu inconsistant à tout point de vue.

Renouer avec les anciens amours donne rarement de bons résultats, et c’est d’autant plus vrai et prévisible que l’intrigue, elle-même, tourne autour de ce sujet.

Au final, un roman bancal qui déçoit, un peu comme quand vous retrouvez, 20 ans après, un amour de jeunesse.