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Passionné de littérature populaire policière, plus encore de la littérature fasciculaire du même genre, ainsi que des personnages récurrents, il m’était bien difficile de ne jamais croiser le chemin de l’auteur Henry Musnik, un spécialiste en la matière.

Car l’écrivain, né au Chili en 1895 et qui fut également journaliste, a été très prolifique et pas seulement dans le sous-genre évoqué.

Effectivement, s’il a énormément participé, sous divers pseudonymes (Pierre Olasson, Alain Martial, Gérard Dixe, Jean Daye, Claude Ascain… et j’en passe), à abreuver de nombreuses collections fasciculaires policières entre 1930 et la fin des années 1950, il a également énormément écrit dans d’autres genres à la mode à l’époque.

Mais revenons-en à sa production policière, la plus intéressante (selon moi).

Pour écrire autant, l’auteur avait ses petites habitudes. Si on retire les rééditions officielles (les éditeurs, notamment Ferenczi, n’hésitaient pas, quelques années après, à rééditer certains titres de collections précédentes), on peut noter que Henry Musnik avait coutume de réutiliser certains de ses textes en changeant les noms des protagonistes, en les signant avec un autre pseudonyme pour les proposer à un autre éditeur.

Je n’évoquerai pas l’hypothèse de traductions pirates d’épisodes de séries anglo-saxonnes que mon manque de connaissance de la langue de Conan Doyle m’empêche de vérifier.

Mais, en ce qui concerne l’écriture pure, pour avancer plus vite, l’auteur n’hésitait pas à reprendre un personnage déjà apparu dans un récit précédent.

Bien souvent, il le faisait au sein d’une même collection policière.

Ainsi, on découvre, par exemple, dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, à la fin des années 1930 et sous le pseudonyme de Claude Ascain, deux duos de personnages dont l’un prend la suite de l’autre après de nombreuses aventures. L’un est composé de Daniel Marsant et le Grand Maître ; l’autre, de Jack Desly et Arthème Ladon.

Le cas qui m’intéresse aujourd’hui concerne la lutte entre Daniel Marsant, agent du Deuxième Bureau et du Grand Maître, le génie du crime aux cent noms et aux mille visages.

Les deux hommes se sont mené une lutte acharnée sur 17 épisodes disséminés à partir de 1939 dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, une collection contenant plus de 400 titres

Ces 17 fascicules de 64 pages contiennent des récits indépendants d’environ 18 000 mots.

« L’énigme de la tête masquée » est la 12e confrontation entre les deux ennemis.

L’ÉNIGME DE LA TÊTE MASQUÉE

Daniel Marsant, l’agent du Deuxième Bureau, accompagné de son ami, le détective Armstrong, voyagent au petit jour à bord d’une voiture sur une route de la campagne anglaise quand ils aperçoivent, au loin, une fumée noirâtre s’élever dans le ciel.

Ils se rapprochent des lieux de l’incendie et découvrent des paysans s’évertuant à tenter d’éteindre un corps en flammes.

Une fois le feu étouffé, Daniel Marsant constate que la tête du cadavre n’a pas été brûlée, mais que le visage est recouvert d’un masque, impossible à retirer, car collé sur la peau à l’aide de sécotine.

Après incision du tissu au niveau des lèvres, le médecin légiste mandé sur place remarque que la bouche et la gorge de la victime sont emplies de coton…

Dans le cadre de sa lutte contre le Grand Maître, Daniel Marsant se trouve en Angleterre et s’est adjoint son ami le détective Armstrong.

Alors qu’ils rentrent à Londres, en voiture, au petit matin, ils remarquent de la fumée noire dans le ciel en plein bois.

Curieux, ils s’approchent et découvrent des paysans tentant d’éteindre un corps enflammé.

Marsant parvient à éteindre le brasier grâce à l’extincteur de la voiture et découvre alors un cadavre dont la tête est encore intacte, mais recouverte d’un masque collé sur le visage pour empêcher l’identification. En découpant le tissu à hauteur de la bouche, où il a repéré un renflement, il découvre du coton emplissant la gorge et la bouche de la victime.

Pourquoi cette macabre mise en scène ???

Bientôt, un cambriolage et un meurtre dans une banque vont occuper les autorités. Mais Daniel Marsant est convaincu que les deux affaires sont liées et que derrière se cache… le Grand Maître.

Qui a déjà lu une aventure de Daniel Marsant ne sera pas surpris à la lecture de cet épisode.

Effectivement, depuis le début, l’auteur reprend un identique schéma d’épisode en épisode. Schéma dans son intrigue, mais également dans sa narration.

Ainsi, comme chaque épisode, celui-ci débute par un crime mystérieux et sordide. Marsant va être soit présent dès le départ, soit arriver en cours de route. Il va immédiatement lier l’affaire au Grand Maître, chercher à le repérer. Il le cernera, mettra en place une souricière, de laquelle le Grand Maître parviendra à s’échapper au dernier moment. Le dernier chapitre sera dévolu aux explications de Daniel Marsant (ou plus rarement d’une tierce personne) afin d’expliquer tous les dessous de l’affaire.

C’est donc encore le cas ici. Donc, pas de surprise.

Si le premier meurtre est suffisamment mystérieux pour intriguer le lecteur, malheureusement, l’auteur n’en fait pas la base de son récit, celui-ci étant vite relégué au second plan. Dommage, il y avait matière à faire.

Le reste de l’histoire est d’un intérêt moindre. On sait que le Grand Maître est derrière tous les crimes comme l’ont été, avant lui, Fantômas ou le Professeur Moriarty. Un grand héros a besoin d’un grand ennemi pour briller.

Si la lecture est loin d’être déplaisante, l’enchaînement des épisodes peut vite devenir rébarbatif à cause de ce schéma répétitif.

Il faut cependant se souvenir que les lecteurs de l’époque, pour lire chaque aventure de Daniel Marsant, devait, auparavant, lire les histoires écrites par d’autres auteurs et qui étaient publiées entre chaque titre signé Claude Ascain, ce qui permettait d’alterner un peu les récits et les intrigues.

Pour autant, cette série n’est pas ma préférée de l’auteur. Si j’ai longtemps considéré Henry Musnik comme une sorte d’honnête tâcheron de l’écriture (mon Dieu que le terme est péjoratif et je m’en excuse, mais cela reflétait un peu mon état d’esprit), j’ai, depuis, révisé mon avis sur l’auteur, qui ne s’appuyait que sur la lecture de fascicules de 32 pages, format dans lequel l’auteur n’était pas le plus à l’aise de sa génération. Mais, après avoir lu des récits de 64 pages et, surtout, des épisodes de « Mandragore », contenant des récits de 80 000 mots, ce qui correspond à un gros roman, force m’a été de constater que l’auteur pouvait s’avérer être un écrivain correct voire même un bon écrivain (notamment pour Mandragore).

Mais, dans un format similaire et dans la même collection (« Police et Mystère », je préfère de loin les aventures de Jack Desly, un gentleman cambrioleur.

D’ailleurs, après avoir lu également un épisode des aventures de « Miche Vaudreuil » du même auteur [sous le pseudonyme d’Alain Martial] un autre espion Musnikien, je constate qu’il n’était pas très à l’aise avec le genre « espionnage » et bien plus avec un genre plus « policier ».

Au final, un épisode dans la veine des précédents, depuis le genre, jusqu’au style d’intrigue et à la narration.