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Les couples de détectives, dans la littérature, ne sont pas si nombreux que cela. Bien évidemment, je ne parle pas de duos dont les partenaires, hommes et femmes, femmes et femmes ou hommes et hommes entrent dans une relation de séduction, ou ont des relations plus poussées, mais bien d’un homme et d’une femme mariés (pour la littérature populaire du siècle dernier) ou, pourquoi pas, de deux hommes mariés ou de deux femmes mariées voire, même pacsé(e)s.

D’ailleurs, comme ça, sans trop chercher, je n’en vois qu’un, que la plupart d’entre vous ne doivent pas connaître : Dick et Betty Reutel, un couple d’Anglais nés de la plume de l’énigmatique auteur J. A. Flanigham au milieu des années 1940.

Que vous ne connaissiez pas l’auteur, je vous rassure, cela est totalement normal, déjà parce qu’à l’heure actuelle on ignore qui se cachait sous ce pseudonyme actif entre 1946 et 1959, ensuite parce qu’il ne signa que des fascicules policiers pour les collections « Murmure d’amour » des éditions du Moulin Vert et pour les collections « Verrou » et « Police et Mystère - 2e série » pour les éditions Ferenczi (plus une série de 6 titres autour de l’Agence Garnier pour un magazine).

Ensuite, parce que Dick et Betty Reutel ont vécu de trops rares aventures, moins de 8.

Mais précisons que J. A. Flanigham, derrière lequel certains voient le même auteur que celui qui signe Raymond Gautier à la même époque, ou, d’autres, un collectif d’auteurs (je ne crois ni à l’une et encore moins à l’autre théorie), est l’auteur d’une série (trois, en fait) autour du personnage du reporter détective Bill Disley, des récits brillant par une plume experte dans les incises de dialogue et dans l’humour.

Bref, « Dick et Betty, aventuriers modernes » virent leurs courtes aventures publiées au sein de la collection « Murmure d’amour » des éditions du Moulin Vert, sous la forme de fascicules de 16 pages double colonne contenant des récits indépendants d’environ 10 000 mots.

« Le meurtrier assassiné » est l’une de ces aventures.

LE MEURTRIER ASSASSINÉ

Dick REUTEL, le premier détective d’Angleterre, est invité pour une surprise-partie organisée le soir même, par une vague fréquentation de jeunesse : Larry Hopper, un être loufoque au possible.

Pendant la réception, Larry Hopper confie à Dick REUTEL que des lettres de menaces lui sont parvenues, la dernière affirmant qu’il mourrait durant la nuit.

Pour faciliter la tâche de Dick REUTEL, il précise qu’il a convié à la fête, parmi toutes les personnes déjà présentes, dix individus qui auraient des raisons d’attenter à sa vie…

Dick Reutel est invité pour une soirée organisé par Larry Hooper, un homme excentrique qu’il connut adolescent. Déjà à l’époque, Larry était considéré comme excentrique, alternant phases de spleen et moments de folies. En grandissant, les choses se sont empirés, sombrant dans la drogue, passant de femmes en femmes, surtout des femmes mariés et faisant des affaires un peu louche.

C’est dire si le bonhomme peut avoir des ennemis. D’ailleurs, il en a, probablement une dizaine, selon sa confession, et l’un d’eux veut plus sa mort que les autres puisqu’il lui a envoyé des lettres de menaces dont la dernière le prévient qu’il mourra dans la soirée, raison pour laquelle il a convié Dick Reutel pour identifier son meurtrier…

On retrouve le charmant couple que forment Dick et Betty Reutel, un couple dit « moderne » à l’époque, mais dont les vouvoiements et les minauderies fleur bleue rendent plutôt, à l’heure actuelle, quelque peu surannés.

Et c’est donc ce côté ampoulé de la relation, cette désuétude, qui donne, désormais, tout son charme à la série.

J. A. Flanigham, on le sait, maîtrise correctement le format court, habilement l’humour et parfaitement les incises de dialogues.

Si, notamment, dans les aventures de Bill Disley, où les personnages sont moins lisses, ces fameuses incises permettent de donner une meilleure idée des protagonistes à faible renfort de mots, elles demeurent, dans les aventures de Dick et Betty, agréables bien que moins productives.

De même quant à l’humour de l’auteur, humour qui passe le plus souvent, dans les aventures de Bill Disley, dans la relation et les dialogues entre Bill Disley et son ami Jeff.

Forcément, dans ce couple charmant, difficile de proposer des dialogues aussi railleurs et drôles, du coup, les personnages, et Dick en particulier, manient plutôt l’ironie désabusée.

Si l’on sait que le format court ne permet pas de développer une réelle intrigue, J. A. Flanigham tente, parfois, de proposer tout de même une histoire qui réservera quelques rebondissements et surprises.

C’est le cas ici même s’il ne faut pas s’attendre à l’intrigue du siècle.

Cependant, l’histoire est suffisamment intéressante, au départ, pour regretter que l’auteur n’ait pas le loisir de la développer plus, notamment à travers l’étude des dix assassins potentiels.

Certes, le début d’histoire n’est pas sans rappeler le fameux livre d’Agatha Christie, et je pense que la référence est volontaire, mais Flanigham s’en détache très vite, déjà en retournant l’intrigue : dix suspects potentiels pour un meurtre à venir et non dix personnes qui deviennent suspectes suite à un meurtre ; mais également dans la poursuite de son histoire.

Pour le reste, rien à dire de réellement pertinent à part deux trois répétitions un peu gênantes qui auraient pu être facilement évitées par une relecture (ce que les auteurs et les éditeurs de cette littérature fasciculaire n’avaient probablement pas le temps de faire).

Au final, un récit policier charmant, à l’intrigue pas si inintéressante que cela, et qui occupe très agréablement un petit moment de lecture.