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Je poursuis ma découverte de la plume de Jean-Louis Bouquet (1898-1978), un scénariste et écrivain spécialisé dans le fantastique, mais dont la plume fit quelques incursions dans le genre policier, notamment, pour la « Collection Rouge » des Éditions Janicot, une collection de plus de cent fascicules de 16 pages, double colonne, parus entre 1943 et 1944.

Pour ladite collection, Jean-Louis Bouquet a signé 17 titres, sous le pseudonyme de Nevers-Séverin, dont trois « séries » de 5 fascicules qui seront réédités plus tard, en recueils, par la volonté de Francis Lacassin, journaliste, éditeur, écrivain et essayiste.

Dans ces trois « séries » (je mets le terme entre guillemets, car, lors de la première publication, les titres étaient mélangés aux autres de la « Collection Rouge » sans autre signe distinctif que le nom de l’auteur), je m’intéresse, dans un premier temps, à celle autour du personnage de Paul Dumviller, alias Doum, journaliste au Paris-Monde.

« Le caveau de l’angoisse » est le second titre de cette « série » et a été réédité, dans les années 1970, sous le titre « Le Mystère Skanikoff ».

LE CAVEAU DES ANGOISSES

Albert Depresle, jeune homme devenu riche grâce à un héritage inattendu, est la cible des médias qui, grossissant les traits de sa générosité, lui fait la réputation d’un excentrique.

Quand Albert Depresle se retrouve aux prises avec l’organisation du Gant Noir après avoir secouru la princesse Tatiana Skanikoff, alors qu’il l’a découverte, blessée, dans le jardin de sa propriété, il est surpris, à la suite de chaque événement de l’histoire, de constater que le journaliste de Paris-Monde, Paul DUMVILLER, a écrit un article relatant précisément les faits pourtant tenus secrets.

Néanmoins, Doum, le surnom du reporter, l’avait prévenu après qu’il ait refusé une interview au lendemain de l’incident liminaire : « La presse a toujours le dernier mot ».

Albert Depresle, à ce moment-là, était loin de se douter de la véracité de cet axiome qui, heureusement pour lui, va résonner comme une prédiction…

Albert Depresle, un jeune homme sans histoire, hérite une fortune d’un oncle d’Amérique. Très vite, un tas de monde gravite autour de lui, du fait de sa richesse et de sa générosité, au point que les journaux, avides de potins, au point de les inventer, dressent un portrait de lui sous forme d’homme excentrique faisant incruster des pierres précieuses dans ses murs et élevant des lions dans son jardin.

Un soir, il découvre une jeune femme blessée dans son parc. Elle lui dit être la princesse Tatiana Skanikoff et, le temps qu’Albert aille chercher de quoi la soigner, celle-ci disparaît mystérieusement.

Albert prévient tout de même la police et les journalistes débarquent, mais il leur tient rigueur des articles médisants et refuse toute interview. Pourtant, Paul Dumviller, le plus entreprenant des reporters, le prévient par téléphone que « La presse a toujours le dernier mot ».

Et, effectivement, chaque jour, Paul Dumviller publie un article relatant chaque fait se déroulant chez Albert, depuis la découverte de la princesse, jusqu’à la visite de la sœur de celle-ci ainsi que l’histoire de sa famille aux prises avec la bande du Gant Noir qui élimine chaque membre de sa famille les uns après les autres, tenant rigueur au père d’avoir volé des diamants leur appartenant.

Mais quand les événements vont devenir plus critique, Albert Depresle va se réjouir que « La presse a toujours le dernier mot »…

Deuxième épisode des aventures du Doum, mais un épisode différent du précédent et, surtout, dénotant avec la volonté de l’auteur, volonté relatée par Francis Lacassin dans une préface accompagnant les rééditions des aventures du journaliste.

Effectivement, celui-ci nous apprenait que Jean-Louis Bouquet, réticent à se lancer dans le genre policier, malgré les demandes de l’éditeur Janicot, était parvenu à trouver un compromis en obtenant la permission, dans l’une des trois séries qu’il développerait, de parsemer ses récits d’une ambiance fantastique, à condition que la solution de l’énigme se trouve, elle, dans le monde cartésien.

Si l’on reconnaît parfaitement cette volonté dans le premier épisode, « L’homme aux fétiches », on ne le découvre pourtant pas du tout dans ce second épisode dans lequel rien de fantastique n’apparaît, ni clairement ni même en filigrane.

Cependant, le point commun demeure dans une autre volonté de l’auteur, celle de place son héros, Paul Dumviller, au second plan de ses récits, même s’il est tout de même le personnage par lequel la vérité et la Justice jaillissent.

Car, le personnage principal de cet épisode est incontestablement Albert Depresle. Albert, homme courageux et généreux, mais dont la générosité ne lui apporte que des inconvénients : une presse tapageuse et mensongère, des pique-assiette le sollicitant sans cesse, une fiancée qui lui reproche cette générosité inconsidérée et bien d’autres mésaventures qui lui arriveront durant ce récit.

Est-ce consciemment que l’auteur fait un parallèle entre sa mésaventure et la façon dont son défunt oncle a gagné sa fortune ? Au moins inconsciemment, probablement.

Si, le « fantastique expliqué » ce genre mettant en avant des apparences de fantastique pour, à la fin, les expliquer par des faits rationnels (sous-genre prisé par Maurice Boué avec les enquêtes de son détective Lautrec ou, plus encore, par Jean Ray dans les aventures de son Harry Dickson) s’appuie forcément sur les faux-semblants, il faut alors reconnaître que cet épisode, bien que dénué de l’aspect fantastique, fonctionne sur le même mode. Il vous faudra le lire pour comprendre mon allusion.

Si l’on met de côté toutes ces considérations, il est bon de préciser que le texte, en lui-même, est agréable à lire, que le récit n’est pas dénué d’une certaine intelligence et que le rebondissement est plutôt surprenant, du moins, ne l’avais-je pas anticipé.

Au final, un épisode qui diffère du précédent, tant dans l’esprit que dans la volonté affichée de l’auteur et qui semble donc plus classique, mais qui s’avère agréable à lire et assez malin.