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Jean-Louis Bouquet est un scénariste et auteur de récits fantastiques né en 1898 et mort en 1978.

Bien que réticent à se lancer dans le genre policier, sous l’insistance de l’éditeur Janicot, il accepta d’écrire des textes pour sa « Collection Rouge », une collection de fascicules de 16 pages, double colonne, contenant des récits d’environ 15 000 mots.

Pour cette collection, il signa 17 fascicules du pseudonyme Nevers-Séverin, un pseudonyme qu’il destina principalement à ses récits policiers.

Sur ces 17 fascicules parus entre 1943 et 1944, on peut identifier trois « séries » de 5 fascicules articulés autour d’un même sujet ou d’un même personnage.

« La Reine des Ténèbres » est la troisième aventure sur cinq de Paul Dumviller, journaliste au Paris-Monde.

LA REINE DES TÉNÈBRES

Le journaliste Paul DUMVILLER, alias Doum, est contacté par Philippe Granger qui sollicite son jugement à propos de la disparition, dans d’étranges circonstances, de Jacques Renoux, le fiancé de sa jeune sœur Aline.

Un soir, Philippe et Jacques, attirés par des bruits provenant du parc d’une propriété voisine censée être inhabitée, ont surpris une mystérieuse cérémonie d’hindous présidée par une magnifique créature vêtue en danseuse orientale.

Repérés, les deux intrus se sont enfuis séparément, mais, depuis, Jacques n’a plus donné signe de vie.

Sentant qu’il tient là un bon papier, Paul DUMVILLER décide de s’intéresser de près à l’affaire.

Très vite, il parvient à faire un rapprochement entre les curieux « locataires » qui ont subitement disparu, et un énigmatique entrefilet paraissant régulièrement dans divers journaux.

Paul DUMVILLER va alors de répondre à l’annonce sans se douter qu’il s’apprête à se jeter dans la gueule d’une meute de loups…

Paul Dumviller travaille sur un article, dans son bureau, quand on le prévient que quelqu’un veut lui parler. Il reçoit alors un jeune homme et une jeune femme, un frère et une sœur, qui viennent lui demander d’enquêter sur la disparition de l’ami du premier qui est le fiancé de la seconde.

Depuis quelques soirs, le frère, Philippe, se promenant dans les bois, a remarqué, dans le parc d’une propriété sensément inhabitée, des faits étranges. Des individus bizarres, Hindous, probablement, semblent s’adonner à des cérémonies barbares.

Parvenant à convaincre Jacques, les deux hommes ont pénétré, la veille au soir, dans le parc et ont assisté à ce qui ressemblait à un enterrement sacrificiel. Surpris, ils se sont enfuis, chacun de son côté, mais Jacques n’a, depuis, plus donné de nouvelles.

Paul Dumviller accepte de s’intéresser à l’affaire et contacte la police. Dans le parc, on constate un carré de terre retourné laissant penser que des corps ont été enterrés là. Mais la police ne découvrant aucun corps, Paul Dumviller décide de continuer seul son enquête et écrit un article concernant les événements, relatant les maigres indices découverts, comme la description de l’homme qui a loué la fameuse propriété.

Le garçon chargé des petites annonces pour le journal et d’autres, vient voir Paul Dumviller pour lui expliquer qu’un type ressemblant à la description est souvent venu pour faire passer une étrange annonce de « recrutement ».

Paul Dumviller prend alors le parti de répondre à l’annonce pour savoir ce qu’elle cache…

On retrouve donc Paul Dumviller, alias Doum, pour une troisième enquête.

Difficile de voir ici, comme dans la précédente aventure, l’ambiance fantastique promise par les révélations de Francis Lacassin dans la préface accompagnant la réédition des aventures de Paul Dumviller dans laquelle il disait que Jean-Louis Bouquet avait accepté d’écrire des récits policiers à condition qu’il pût pratiquer ce qu’il appelait du « fantastique expliqué », c’est-à-dire des histoires débutant dans une ambiance fantastique, mais dont tout s’expliquait, à la fin, par des faits cartésiens (un peu comme put le faire Maurice Boué dans les enquêtes du détective Lautrec ou plus encore Jean Ray dans les aventures de Harry Dickson).

Si ce compromis s’est senti dans le tout premier épisode, ici, rien de tout cela. On peut évidemment parler de mysticisme, mais le mysticisme n’a rien de fantastique si ce n’est dans les convictions de ceux qui le pratiquent.

De fait, ce texte s’apparente plus à un récit d’aventures classique teinté d’un brin d’exotisme du fait des « coutumes » abordées provenant de l’Inde ancestrale.

Le sujet a d’ailleurs plusieurs fois été abordé dans la littérature policière ou aventurière même si celui-ci était passé de mode depuis quelques décennies au moment de la publication première.

Paul Dumviller est d’ailleurs moins en retrait que dans le premier épisode, ce qui démontre bien que l’auteur s’est moins intéressé à l’ambiance qu’au personnage ou à l’aventure.

On notera que dans les trois épisodes, l’auteur met en place l’intrigue via les confessions d’un personnage tierce, méthode assez fréquente dans la littérature fasciculaire puisqu’elle nécessite moins de circonvolutions littéraires qu’une narration classique omnisciente.

Pour le reste, difficile de n’être pas un peu déçu, car, si le récit se lit agréablement et n’a rien à envier à ce qui se faisait en la matière, il faut bien reconnaître que les promesses du « fantastique expliqué » et d’une ambiance privilégiée au héros et à l’intrigue ne sont pas tenues.

Au final, pas désagréable à lire, mais décevant si on connaît le contexte dans lequel ont été écrites ces histoires et les promesses d’un genre hybride qui en découlent.