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La littérature fasciculaire est un genre anthropophage. C’est-à-dire qu’elle se nourrit des autres pour se développer.

Ainsi, les auteurs puisent leurs inspirations dans les écrits de leurs prédécesseurs, qui eux-mêmes, en faisaient autant en leurs temps.

Pour prendre un exemple précis. Maurice Leblanc, au moment de créer son personnage d’Arsène Lupin, s’est inspiré du personnage de Ernest William Hornung (beau-frère de Conan Doyle), Arthur J. Raffles, un cambrioleur dont les adaptations scéniques des aventures avaient du succès au moment où l’éditeur Pierre Laffite demanda à Maurice Leblanc d’écrire des récits dans la même veine.

L’immense succès des aventures d’Arsène Lupin (qui ne s’est jamais démenti depuis) a inspiré, par la suite, bon nombre d’auteurs qui, à leur tour, développèrent des personnages de gentlemen cambrioleurs.

Le lecteur put alors suivre les aventures de divers personnages plus ou moins similaires : John Strobbins de José Moselli ; Jack Desly, Robert Lacelles ou Mandragore, d’Henry Musnik ; Théodore Rouma, de Jean d’Auffargis ; Tancrède Ardant, de Frédéric Sipline ; Mister Nobody d’Edward Brooker… et bien d’autres encore.

Pour la collection de fascicules de 32 pages « Mon Roman Policier », des éditions Ferenczi, l’auteur Louis-Roger Pelloussat, sous le pseudonyme de Paul Tossel, signa 23 aventures, entre 1946 et 1957 d’un nouveau héros de la cambriole : le New-Yorkais Edward Warency, surnommé l’Ange, parce qu’il a une bouille d’ange et dont la spécialité est de voler les voleurs pour restituer les objets à leurs propriétaires et empocher des primes…

Comme Arsène Lupin, Théodore Rouma, Jack Desly, Mandragore et consorts, Edward Warency est poursuivi avec acharnement par un policier tenace. Ici, le rôle est tenu par l’inspecteur Hartling, un homme avec lequel il fit ses études jadis.

Si les gentlemen cambrioleurs de la littérature agissent, en général seuls ou à la tête d’une bande, ils peuvent, parfois, partager leurs aventures avec un fidèle allié, souvent un ami serviteur ou, comme ici, une compagne (Diana Deel)

« Cargaison secrète » est la 4e aventure de l’Ange. Elle est parue en 1950.

CARGAISON SECRÈTE

Le redoutable Buster Rand, un malfaiteur New-Yorkais à l’intelligence indéniable, a fait savoir qu’il s’apprêtait à se retirer des affaires après un dernier coup très lucratif.

Il n’en faut pas plus à Edward Warency alias « L’Ange », pour s’intéresser à lui, flairant là l’occasion de renflouer ses caisses au détriment du bandit.

Malgré la discrétion de Buster, Edward Warency et sa compagne Diana Deel retrouvent sa trace dans un village portuaire.

Diana décide alors d’infiltrer le gang adverse sans se douter que le caïd a recruté un triste individu susceptible de la démasquer…

Edward Warency file le bandit Buster Rand depuis que celui-ci s’est enorgueilli de préparer un dernier coup avant de se mettre au vert. De plus, il s’est vanté de ne rien craindre de la part de l’Ange, ce qui est une motivation supplémentaire à le délester du butin qu’il va chercher à s’approprier.

Aussi, quand Buster se planque, sous couverture, dans un château auprès d’un petit port, nul doute qu’il y prépare quelque chose. Le doute n’est plus permis quand l’inspecteur Hartling débarque dans la ville…

Diana, qui est parvenue à découvrir la planque de Buster, se propose d’infiltrer le château, ce dernier ne la connaissant pas. Mais elle n’avait pas envisagé que, parmi les hommes de Buster, un triste sir sait qui elle est…

Paul Tossel nous livre ici une petite aventure de 9 000 mots dans la lignée des précédentes.

Tous les personnages sont une nouvelle fois présents, depuis l’Ange, bien évidemment, jusqu’au brigand à dévaliser en passant par Diana Deel et l’inspecteur Hartling.

Comme à chaque fois, l’Ange va parvenir à ses fins, piquer le butin du méchant et ridiculiser l’inspecteur Hartling.

Le suspens réside alors dans la manière avec laquelle il va s’y prendre.

Pas d’espace pour un plan trop machiavélique et trop papivore, l’auteur fait en sorte que les choses se déroulent rapidement, sans temps morts, à travers un plan suffisamment ingénieux à la base (pour le genre, le format et pour l’époque), un plan que déjouera avec brio le héros.

Rien de nouveau, donc, mais ce n’est pas ce que l’on attend d’un fascicule de 32 pages.

Le but de ce genre de lecture est avant tout d’occuper agréablement une petite heure de lecture et ce récit y parvient parfaitement, et ce, malgré (ou grâce à) des personnages manichéens et une intrigue linéaire et simple.

On notera juste que l’Ange, comme dans les autres récits, ne s’approprie jamais le bien des autres, ou, du moins, les restitue-t-il, se contentant des primes versées comme seuls revenus.

Au final, un récit dans la même veine que les précédents avec le même résultat : une petite lecture agréable sans être inoubliable.