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« Le parfum qui endort » est, à l’origine, le titre d’un fascicule de 24 pages paru dans la seconde moitié des années 1930 dans la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes.

Il est signé, comme près de 90 % des presque 100 titres de cette collection, par Marcelle-Renée Noll, un pseudonyme du prolifique auteur Marcel Priollet (1884-1960).

Marcel Priollet, les passionnés de littérature populaire le connaissent forcément pour son immense production principalement consacrée à deux genres : la police et le récit dramatico-sentimental mettant en scène de jeunes femmes amoureuses et/ou malheureuses.

Marcel Priollet, c’est les séries « Old Jeep et Marcassin » ou « Monseigneur et son clebs » vers 1945 pour les éditions Tallandier.

Marcel Priollet, c’est également de nombreux fascicules policiers pour les diverses collections aventures et surtout policières des éditions Ferenczi et ce dès la fin des années 1910 et la collection « Le Roman Policier ».

Et Marcel Priollet, c’est donc la quasi-intégralité des titres de la collection « Les Grands Détectives ».

Mais si « Le parfum qui endort » est le titre d’un fascicule, il est surtout le premier pan d’un même récit se poursuivant sur le titre suivant : « La maison des trois bossus ».

Effectivement, dans cette collection bordélique et maltraitée (j’y reviendrai), si les titres étaient en général indépendants, quelques histoires, sans que cela soit précisé en couverture ou même dans les récits, se poursuivaient sur un second fascicule.

Pas facile de suivre l’histoire, surtout de nos jours, quand le lecteur n’est pas prévenu et qu’il n’a pas forcément accès à tous les titres de cette collection difficile à compléter.

LE PARFUM QUI ENDORT

Roger Max, un jeune ingénieur chimiste, vient d’inventer un parfum synthétique qui assurera sa fortune.

Quand il le fait sentir à la femme qu’il aime secrètement et qu’il rencontre régulièrement lors de ses promenades, celle-ci s’endort profondément et rien ne peut la sortir de sa léthargie.

Roger Max se souvient alors de ce chat qui, après avoir renversé un flacon du même produit, s’était retrouvé dans un état comateux…

Ainsi, sa création aurait des effets soporifiques incroyables… Mais quel avantage tirer de cette substance ?...

Roger Max est un jeune ingénieur chimiste cherchant à reproduire synthétiquement les plus doux parfums. Cette invention aurait l’avantage de réduire les coûts pour les parfumeurs et il compte bien sur la réussite de celle-ci pour obtenir une commandite de la part d’un grand parfumeur parisien et, ainsi, assurer sa richesse.

Et la richesse, cela tomberait bien, car il envisage d’épouser une jeune femme qu’il rencontre régulièrement en promenade et dont la mise semble laisser à penser qu’elle est habituée au luxe.

Aussi, quand il parvient à trouver la bonne formule, et devant l’échec de négociations avec ledit parfumeur, son amie lui propose-t-elle de parler de lui à de riches connaissances. Elle demande donc à sentir les parfums ainsi créés, mais, à peine la première vaporisation, celle-ci s’endort sans pouvoir être réveillée et est conduite à l’hôpital…

Ce coma serait-il dû au parfum ? Roger Max se souvient alors que le matin même, dans son laboratoire, un chat avait renversé et brisé un flacon et avait sombré dans une idem léthargie…

En temps normal, je devrais avant tout et uniquement commenter le récit, l’histoire, le style, l’intrigue, les personnages.

Mais comme il s’agit probablement de l’une des dernières fois où j’aborde un titre de la collection « Les Grands Détectives », en ayant chroniqué déjà beaucoup, j’aimerais revenir sur le travail exécrable de l’éditeur de l’époque.

De nos jours, on trouve beaucoup de textes issus d’une traduction automatique. Manuels de certains produits, fiches techniques sur Internet… même des sous-titres sur des DVDs de films de Bollywood (si, si, je vous assure).

Hé bien, parfois, en lisant certains textes de la collection « Les Grands Détectives » j’ai l’impression de me retrouver devant des traductions automatiques. Pire, même.

Effectivement, je n’ai jamais lu de textes autant maltraités par un éditeur que ceux de cette collection. Pas tous, mais beaucoup.

Si les fautes d’orthographe, les coquilles d’impression et les noms qui changent quelque peu en cours de route sont légion dans le monde de la littérature fasciculaire, les Éditions Modernes ont battu tous les records.

En effet, parfois, le travail exécrable de l’éditeur rend les textes difficilement lisibles.

Les fautes ne se comptent plus, pas plus que les coquilles, les mauvaises ponctuations (des « ! » à la place de « ? », des virgules ou des points manquants, des phrases mal coupées…).

Dans les pires cas, des morceaux de phrases manquent ou bien sont déplacés.

Mais les Éditions Modernes vont encore plus loin en parvenant à imprimer des bouts de phrases à l’envers voire même à coder certaines phrases qui ne veulent plus rien dire.

Dans le cas de « Le parfum qui endort » et sa suite, « La maison des trois bossus », l’éditeur semble faire un sans-faute dans le plus mauvais sens du terme.

Rien ne manque ! Des « ! » quand il faudrait des « ? », des virgules absentes, beaucoup trop absentes, des phrases qui auraient dû être terminées par un point, mais qui se poursuivent sur une autre phrase, des fautes, d’accord, de conjugaison, des mots mis à la place d’autres, des noms qui changent en cours de route, des morceaux de phrases déplacés, d’autres manquants, d’autres imprimées à l’envers… tout y passe.

Décidément, les lecteurs de l’époque n’étaient pas difficiles ou bien étaient très compréhensifs ou très gentils pour avoir continué d’acheter les titres et permettre à la collection d’approcher les 100 fascicules.

Décidément, Marcel Priollet n’était pas difficile ou bien très compréhensif ou très gentil pour accepter qu’un éditeur massacre ainsi son travail.

Cependant, Marcel Priollet s’était un peu mis au diapason de son éditeur et l’on sent que soit par manque de temps, soit connaissant le travail de son éditeur, il n’avait jamais livré le meilleur de lui-même pour cette collection. Entre les textes un peu fadasses, les intrigues simplistes (aidées par la concision des textes) et les répétitions, l’auteur livrait le minimum syndical (et encore).

Bref, revenons-en à l’histoire…

Comme souvent, Marcel Priollet mélange sentiment et policier, intégrant à chacune de ses intrigues policières une autre sentimentale (une ou plusieurs).

On sait dès le début ou presque comme se terminera le récit, du côté sentimental, et l’aspect policier est plutôt polissé vers le récit d’aventures.

L’auteur s’étend sur l’ingénieur et son invention dans un premier temps et ne laisse que peu de place à la part policière de son récit dont le crime et sa résolution seront traités en quelques lignes.

Les personnages sont eux également très manichéens et si l’auteur aborde un aspect intéressant d’un couple si ce n’est libertin, du moins libre de mœurs, il ne le fait qu’à travers des personnages très caricaturaux… trop caricaturaux pour que cela soit réellement pertinent. De toute façon, ce n’était pas là le sujet du récit.

D’ailleurs, comme souvent dans cette collection, le sujet ne semble que prétexte à l’auteur de pisser de la copie, de noircir des pages, de remplir des fascicules.

Car rares sont les titres de la collection « Les Grands Détectives » à être réellement passionnants (toutes proportions gardées), et ce alors qu’ils sont écrits par un auteur de métier et de talent.

Pour le reste, le seul sentiment à demeurer après lecture est le travail pitoyable des Éditions Modernes, des éditions qui n’avaient de modernes que leur faculté à massacrer les textes qu’ils publiaient.

Heureusement pour les lecteurs d’aujourd’hui, les récentes rééditions numériques des titres de Marcel Priollet ne laissent aucune trace de ces lacunes.

Au final, une histoire assez banale rédigée d’une manière assez banale, massacrée par l’éditeur d’origine, réhabilitée par l’éditeur d’aujourd’hui.