IM04

Je poursuis ma découverte des enquêtes de l'inspecteur Marcellin, un des nombreux personnages nés de la plume de l'incontournable Henry Musnik (1895-1957).

Je dis « incontournable » car, comme moi, quand on adore la littérature fasciculaire du siècle dernier, quand on ne jure que par le genre policier et quand, par-dessus tout, on affectionne tout particulièrement les personnages récurrents, alors, on ne peut pas ne pas connaître Henry Musnik, un journaliste et écrivain né au Chili et qui fut, entre 1930 et sa mort, l'un des principaux pourvoyeur des collections fasciculaires de nombreux éditeurs, dans le genre policier, donc, mais pas que.

Effectivement, Henry Musnik, sous son nom ou de nombreux pseudonymes (Claude Ascain, Alain Martial, Pierre Olasso, Jean Daye, Gérard Dixe, Pierre Dennys et bien d'autres encore) a signé un nombre incroyable de texte (nombre à peine gonflé par les rééditions et les réécritures)...

Ainsi, depuis des années, je plonge régulièrement dans la bibliographie de l'auteur pour lire les aventures de Jack Desly, Robert Lacelles, l'inspecteur Gaspin, Yves Michelot, Daniel Marsant ou encore Mandragore.

Ces derniers jours, c'est au tour de Michel Vaudreuil de passer à la casserole et... l'inspecteur Gaspin.

Ce dernier apparaît en 1941 dans la collection « Police-Express » des éditions A.B.C., dans un fascicule de 32 pages : « La potion n°18.099 ».

On le retrouvera dans au moins 5 autres enquêtes, dans la même collection ou d'autres.

Ce qui n'en fait pas l'un des personnages les plus présents de l'auteur (certains vécurent pas loin d'une trentaine d'aventures), mais probablement l'un des plus intéressants développé par l'auteur dans le format si contraignant du fascicule de 32 pages.

« L'étrange Denise » est la 4ème enquête de l'inspecteur Marcellin, du moins chronologiquement dans les textes que j'ai pu découvrir le mettant en scène.

Ce fascicule de 32 pages est paru en 1945 dans la collection  « Un roman Policier » des éditions S.A.G.E.D.I..

L’ÉTRANGE DENISE

Gilbert et Denise ont tout pour être heureux, d’autant que Denise vient d’apprendre que son riche grand-père, qui avait renié le père de celle-ci, demande désormais à se racheter et l’appelle auprès de lui, à Cannes.

C’est une belle vie qui s’annonce pour le futur couple !

Quelques jours plus tard, Gilbert, ayant pris des congés, s’en va rejoindre son amour et rencontrer l’aïeul.

Mais le jeune homme ne donne bientôt plus de nouvelles à personne.

Inquiète, la mère de Gilbert signale la disparition de son enfant au commissariat.

L’inspecteur MARCELLIN reçoit la plainte et accepte de faire mener des investigations pour rassurer la pauvre dame.

Quand on lui rapporte que le fameux Gilbert n’est descendu dans aucun hôtel ni pension de la Riviera, pressentant un drame, il décide de se rendre à Cannes pour enquêter…

Gilbert aime Denise et Denise aime Gilbert. Ils sont fiancés et vont bientôt se marier. Mais, Gilbert était un simple représentant, ils sont destinés à ne vivre que d'amour et d'eau fraîche, ce qui va un temps, mais pas plus.

C'est d'autant plus dommage que Denise est issue d'une famille riche, mais son père a été déshérité, avant sa naissance, par son grand-père qui lui reprochait de s'être amouraché d'une femme du peuple (la mère de Denise). Le père est mort peu après sa naissance et sa mère est depuis décédée.

Alors, quand le grand-père de Denise, bien malade, décide de se racheter et de rappeler Denise auprès de lui, Denise voit là un moyen, en plus de renouer avec sa seule famille, d'assurer un avenir à son couple.

Mais Gilbert redoute qu'une fois riche, Denise ne le délaisse.

Aussi voit-il la démarche du grand-père d'un mauvais œil... surtout quand Denise est appelée à Cannes pour rejoindre l'ancêtre.

Alors, Gilbert prend quelques congés pour rejoindre sa fiancée mais, très vite, il ne donne plus de nouvelles à sa chère mère.

Quand, au moment de reprendre son travail, il ne se présente pas à son entreprise, la mère de Gilbert s'inquiète et fait appel à l'inspecteur Marcellin pour retrouver son cher fils.

Marcellin va demander à ses confrères de la Riviera de rechercher le jeune homme mais celui-ci ne s'est inscrit dans aucun hôtel de la région ni pension de famille.

Alors, l'inspecteur Marcellin décide de se rendre à Cannes pour mener son enquête.

Bon, on retrouve donc l'inspecteur Marcellin dans une 4ème enquête.

Enfin, on retrouve, façon de dire, car Marcellin est au final peu présent dans l'histoire, celle-ci se concentrant sur Denise, sur Gilbert et sur d'autres mystérieux personnages.

Marcellin apparaît donc tardivement, brièvement, avant, dans une finale confession habituelle, expliquer tout ce qu'il a compris au cours de son enquête.

Je dis "finale confession habituelle" car, dans un format aussi court que le fascicule de 32 pages, c'est la méthode la moins papivore de tout expliquer aux lecteurs.

De toute façon, le lecteur féru de récits policiers aura déjà compris bien tôt les tenants et les aboutissants de l'intrigue, ce qui n'est pas catastrophique puisqu'on ne lit pas ce format de textes pour être surpris ou tenu en haleine.

Dans les trois précédentes enquêtes, je vantais la fluidité du texte, une fluidité rarement atteinte par l'auteur dans ce format-là.

Je ne peux malheureusement pas en dire autant cette fois-ci car, à la lecture, on sent que l'auteur a soit fait des coupes drastiques soit à éludé quelques passages pour gagner de la place.

Ainsi, la confession finale vient à point pour expliquer des détails que le lecteur n'a pas vu passer (et pour cause), renforçant cette impression.

De même, les réflexions de Marcellin qui rythmaient les précédentes enquêtes sont ici totalement absentes, purgeant un peu le récit de cette légère ambiance qui donnait du corps à l'ensemble.

C'est à tel point que l'on retrouve, ici, un récit dans la lignée de ceux que l'auteur a proposé aux différentes collections de fascicules de 32 pages alors qu'avec les précédentes enquêtes de Marcellin, il s'était démarqué en mieux. Dommage.

Ce n'est pas pour autant que le texte est déplaisant à lire, juste, il semble plus plat. Un peu comme s'il s'agissait d'une réécriture d'une aventure d'un autre personnage, dans lequel le nom du héros aurait été remplacé par celui de Marcellin. On sait que l'auteur a déjà utilisé ce stratagème pour multiplier les contrats auprès de divers éditeurs mais l'on a du mal à comprendre cet artifice ici pour le cas où artifice il y aurait.

Au final, un épisode moins fluide, moins rythmé, avec une ambiance moindre, rendant le tout un peu plus plat que les enquêtes précédentes sans pour autant que celle-ci soit indigeante.