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Je poursuis ma découverte de la bibliographie de l’auteur André Helena que j’avais découvert à travers ses séries fasciculaires un peu fadasses avant d’être subjugué par son tout premier roman écrit (publié pourtant après celui du jour) « Le Bon Dieu s’en fout »…

André Helena (1919 - 1972) est un auteur très prolifique qui, sous de nombreux pseudonymes, a alimenté les collections fasciculaires policières (et même érotiques) comme « L’Aristo » ou « Maître Valentin Roussel » sans jamais sortir du lot des « faiseurs » de cette littérature.

Pourtant, quand on se penche sur ses romans, du moins ses premiers et quelques rares autres, on peut se rendre compte de l’immense talent d’un écrivain détruit par le système éditorial de son époque et probablement aussi par l’alcool.

Narbonnais de naissance et Leucatois de vie et de mort, André Helena aurait pu avoir un destin à la Léo Malet (les premiers romans de chacun sont proches dans l’esprit), mais il n’eut que celui d’un petit auteur de fascicules : quel gâchis.

Bref, après avoir dévoré et plus qu’apprécié « Le Bon Dieu s’en fout », j’ai immédiatement plongé dans son second roman (premier publié) : « Les flics ont toujours raison ».

Écrit en 1948, publié en 1949, ce roman narré à la première personne (comme « Le Bon Dieu s’en fout ») nous parle des mésaventures d’un ancien taulard qui cherche à rentrer dans le rang, mais dont le passé va lui coller à la peau comme une chape de plomb et l’entraîner vers le fond.

Les flics ont toujours raison :

Premier roman publié en 1949 (le premier écrit étant le Bon Dieu s’en fout, en 1945), par World Press,
dans la collection Nuits Noires, les Flics ont toujours raison s’avère plus classique que l’œuvre précédente.
L’argument est simple : un pauvre bougre, tombé pour cambriolage, cherche vainement à se réinsérer dans la société. Trois mois de recherches infructueuses se passent alors après sa sortie de prison. Infructueuses, car son statut d’ancien détenu le rend interdit de séjour dans la capitale et la région parisienne.
Ce qui fait surtout la force du récit, c’est la dénonciation de la torture et de la prison qu’Helena considère comme une matrice criminelle. Dénonciation aussi de cette justice d’une époque qui n’était rien d’autre qu’une organisation répressive, une machine à punir, voire à broyer l’individu.
Bien sûr, André Helena se positionne d’autorité comme un écrivain révolté, mais déjà, ce roman policier de mœurs l’impose aussi comme le maître du polar français. Qu’importe qu’il soit resté longtemps un maître dans l’ombre. Aujourd’hui, plus d’un demi-siècle après ce premier titre, André Helena nous apparaît dans toute la plénitude de son talent de conteur dont la violence est toujours de mise.
Jean-Pierre Deloux

Bob Renard vient de sortir de prison pour un cambriolage. Interdit de séjour à la Capitale, il cherche du boulot en province, mais, chaque fois, quand il doit montrer son carnet de tricard, on lui claque la porte au nez.

Paris étant le seul endroit où il pense trouver du travail et, surtout, son environnement naturel, il décide de passer outre et d’y retourner. Là, il finit par trouver un boulot, une petite amie… avant que le destin et les flics le ramènent à son véritable statut et s’il n’est pas coupable, il est, du moins, « capable du fait ». Et les flics ont toujours raison…

Dans son second roman, André Helena nous propose un personnage assez proche de son premier, un ancien taulard, mais qui a payé sa dette à la Société et qui cherche à rentrer dans le rang.

Narré à la première personne, ce roman est une charge contre la Société, contre le manque d’aide à la réinsertion, contre la Justice, contre la police, contre les tortures morales et physiques, aussi bien lors des interrogatoires que durant les incarcérations…

Bob Renard est pourtant bien décidé à se ranger des voitures, quitte à bosser pour un salaire de misère. Mais tout et tous participeront à le repousser dans la fange à laquelle il cherche à échapper.

Moins nihiliste, moins noir, moins déprimant que « Le Bon Dieu s’en fout », ce roman s’intéresse plus aux problèmes sociétaux qu’à la Société, à dénoncer la façon dont on traite les taulards, aussi bien après que pendant leur incarcération, qu’à ceux d’un personnage.

Bob Renard n’est alors qu’un prétexte à cette dénonciation, à cette charge qui, pour n’être pas virulente en apparence n’en est pas moins inexorable et, finalement, insupportable.

Pour les flics, pour les employeurs, pour la Justice, un ancien taulard est un taulard à vie et rien de ce qu’il fait ne changera ce statut.

Dès lors, les anciens détenus n’ont plus qu’à se contenter de faire avec, de mourir en cherchant à s’en sortir honnêtement ou bien à replonger dans le crime et conforter leurs détracteurs dans leurs certitudes.

Et Bob Renard, comme bien d’autres, en fera les frais…

Alors, bien évidemment, ce roman est moins fort, moins puissant, moins poignant que le précédent, mais il n’en reste pas moins un très bon roman et un nouveau témoignage du talent d’André Helena et de ce qu’aurait pu être l’œuvre de l’auteur si les choses avaient été différentes…

« Les flics ont toujours raison » est un second roman, comme souvent, moins puissant, moins charismatique, moins chargé d’émotion et de la substantifique moelle de son auteur, mais un très bon roman noir et, qui plus est, une critique sur la société carcérale dans son ensemble.

Au final, un roman noir qui prouve que son auteur méritait mieux, bien mieux, énormément mieux que la carrière qu’il eut.