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Jean-Toussaint Samat est un auteur qui, en son temps, eut un certain succès et obtint même des récompenses pour ses ouvrages et depuis 2003 un prix à son nom est désormais décerné. Cependant, aujourd’hui, qui connaît l’auteur et sa production ?

Jean-Toussaint Samat est né en Camargue en 1891. La Première Guerre le voit servir dans l’aviation, et, ensuite, son métier l’amène à voyager à travers le monde (notamment la Guyane et Madagascar).

Ses origines provençales, son service durant la guerre et ses voyages lui apportent du carburant pour ses écrits qu’il commence dès les années 20.

Signés principalement « Jean-Toussaint Samat » ou « Jean-Marie Lecoudrier », ses romans abordent les genres « Terroir », « Aventures », « Voyages », « Espionnage » et, surtout, « Policier ».

Dans certains ouvrages, l’auteur n’hésite pas à mélanger les genres et c’est notamment le cas dans celui qui nous intéresse aujourd’hui :

L’horrible mort de Miss Gildchrist : Martigues, commune bordée par l’étang de Berre, surnommée « La Venise provençale », est un lieu où il fait bon vivre, un sanctuaire accueillant les peintres de tous horizons, avides du calme, de la lumière et du paysage local. Mais l’horrible mort de Miss Gildchrist, une Anglaise excentrique et généreuse, dévorée, dans sa demeure, par ses deux gros chiens, a tôt fait de troubler la nonchalance usuelle des Martégaux. Le commissaire Levert, chargé de l’affaire s’empresse volontiers de conclure à un accident même si un jeune touriste, bien trop curieux et étrangement malin, se met à fureter sur la scène de crime et à pointer des éléments discordants dans l’hypothèse mise en place par l’officier. Et si l’accident n’en était pas un ? Et si le touriste se révélait bien plus qu’un simple badaud ? Et si toute l’affaire cachait un mystère et des risques qu’aucun fonctionnaire de police n’est préparé à surmonter ??? 

Le roman débute comme un roman policier pour se mâtiner de roman d’espionnage en court de route.

La première scène du roman nous présente une certaine « quotidienneté » d’un village de Provence (qui, depuis, s’est bien étendu), empreint de calme, de douceur et d’habitudes. L’auteur nous décrit le calme avant la tempête, la vie sereine d’un village qui n’est dérangée que par les arrivées fréquentes d’artistes peintres qui prennent racine pour profiter de la beauté et la lumière des lieux.

Miss Gildchrist fait partie de ces artistes-là. Arrivée depuis quelques années, la vieille fille dont l’excentricité est reconnue par tout le monde est appréciée pour sa gentillesse et sa générosité et sa discrétion. Cependant, sa peinture laisse perplexes les habitants du coin.

Puis, un matin, la tempête arrive en l’espèce de la mort de Miss Gildchrist, dévoré par ses chiens adorés, des molosses. Le corps est découvert par le chauffeur de car qui dépose, chaque mardi, un panier d’œufs à la vieille dame. Mais, ce jour-là, elle n’est pas là pour réceptionner le panier. Le chauffeur décide alors d’aller voir dans la maison et aperçoit, à travers la vitre, le corps déchiqueté de Miss Gildchrist.

Branle-bas de combat, le chauffeur fonce au village prévenir la police et c’est toute une foule de curieux qui se presse pour en savoir plus.

Alors que le commissaire Levert demande au chauffeur de le conduire sur place, avec tous les voyageurs qu’il désire pouvoir interroger après s’être rendu compte de la scène, un jeune homme débonnaire, un touriste qui pêchait non loin, monte dans le car.

Sur place, le policier commence son inspection et trouve, sur son chemin, le même jeune homme, placide, curieux, ingénieux et observateur. L’homme parvient à capturer les chiens qui empêchaient le policier d’entrer et trouver quelques indices qui avaient échappés au commissaire et à ses hommes. Mais qui est donc cet étrange personnage ???

Le suspens sur l’étranger ne durera pas très longtemps, et c’est un regret que l’on peut avoir tant cet énigmatique bonhomme était fort intéressant et donnait de la rondeur à l’histoire.

Jean-Toussaint Samat aurait probablement gagné à conserver son identité secrète plus longtemps (au moins sur la première moitié du roman) tant ce personnage apportait à la fois une touche d’intrigue, d’humour et de décalage à l’histoire.

Cependant, l’auteur, décidé à mener sa barque sur les eaux peuplées et attirantes (pour l’époque) de l’espionnage, dévoile un peu trop rapidement son parti-pris.

Pour autant, ne boudons pas notre plaisir (du moins, le mien, puisque je suis attiré par le genre « policier » que par celui « espionnage ») car l’ensemble est bien mené et que le roman se lit avec un grand plaisir même si l’aspect « polar » cède sa place à l’aventure et à l’espionnage.

Du coup, le commissaire Levert revêt la parure du personnage secondaire, laissant sa première place (qu’il retrouvera dans les romans suivants), au jeune espion.

L’intrigue navigue, comme je le disais, dans les eaux usuelles du roman d’espionnage, mêlant les nations qui s’affrontaient à l’époque. Les rebondissements sont présents même si l’intrigue, du fait du passage au second plan de l’aspect policier, s’affaiblit, les tenants et les aboutissants du crime, puisque crime il y a, dépassant les simples contours d’un crime crapuleux ou d’un crime passionnel.

Sachant que Jean-Toussaint Samat reprendra son personnage du Commissaire Levert dans d’autres romans, purement « policier » cette fois-ci (« Le mort à la fenêtre », « Le mort de la Canebière », « Le mort du vieux chemin », « Le mort trop tôt », « Le mort du Vendredi saint », « Le mort et sa fille » - Oui, il doit y avoir un mort à chaque fois), il me tarde de découvrir réellement le commissaire dans son vrai rôle, au sein de son vrai métier.

Car, il faut reconnaître à Jean-Toussaint Samat une grande qualité de plume et de narration.

Le premier chapitre, en ce sens, est un exemple parfait de la volonté de l’auteur de prendre son temps, de poser ses bases, de planter un décor, une ambiance, une nonchalance, pour pointer l’élément discordant qui va tout faire exploser.

L’auteur sait également manier le suspense, développer son intrigue, proposer des personnages intéressants, user un peu d’humour, et l’on sent également sa propension à maîtriser la plume du roman d’aventures (d’ailleurs, le roman a été récompensé par le « prix du roman d’aventures » en 1932).

Il reste à noter que le roman « Circuit-fermé » fait suite à « L'horrible mort de Miss Gildchrist » et que le personnage de l’espion revient, mais que celui du policier semble avoir disparu.

En parallèle des nombreux romans d’espionnage ou d’aventures ainsi que ceux de la série du Commissaire Levert, Jean-Toussaint Samat a également participé à la littérature fasciculaire à travers quelques titres dans les collections « Crime et Police » et « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, entre autres.

« Le mort et sa fille » sera le dernier roman de Jean-Toussaint Samat, un roman qu’il laissera, d’ailleurs, inachevé à sa mort et qui sera terminé par sa fille, Maguelonne Samat.

Au final, « L’horrible mort de miss Gildchrist » est un bon roman mélangeant policier et espionnage, un roman maîtrisé de bout en bout, et qui offre, pour un amateur tel que moi de romans policiers, de belles promesses quant aux romans purement policiers de l’auteur.