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Les « Aventures étonnantes d’Elsa van Laëghels » est une série de courts textes sensés relater les confessions d’une détective hollandaise à un auteur français, Gaston Ch. Richard.

Gaston Ch. Richard est un écrivain et journaliste français né en 1875 et mort un jour, c’est sûr, à moins de penser qu’il puisse être encore vivant à 143 ans ??? Non, donc, c’est bel et bien un auteur mort.

Dans l’œuvre de l’auteur, on trouve les « Aventures étonnantes d’Elsa van Laëghels », éditées, premièrement, par bribes, dans le magazine « Lecture Pour Tous » dans les années 30, éditées en recueil en 1932, rééditées à la fin des années 40 dans le magazine « Lisez-moi Aventures ».

Dans « Lecture Pour Tous » ont été diffusés 18 épisodes sur plusieurs années. Dans le recueil, il semblerait que seuls 10 épisodes aient été réunis. Dans « Lisez-moi Aventures », je ne compte que 11 titres réédités (mais j’ai pu en louper).

Les « Aventures d’Elsa van Laëghels » sont particulières à plusieurs titres.

D’abord, le héros est une femme, ce qui n’était pas souvent le cas, à l’époque, dans le monde du roman policier.

Ensuite, la taille des textes. Effectivement, la plupart des titres naviguent entre 3 000 et 7 000 mots (vers la fin de la série, les titres seront un peu plus longs).

Enfin, la particularité, pas si particulière, de l’auteur, de tenter de nous faire croire que ces histoires sont vraies et qu’il se contente de les narrer.

Enfin, bis, le fait que les aventures ne sont pas éditées dans l’ordre chronologique, mais je pense qu’un éditeur va bientôt combler ce manque.

Texte court, très court : on se doute que l’intrigue ne va pas être le principal atout de la série.

Gaston Ch. Richard est un auteur un peu mystérieux, à tel point qu’on ne connaît pas sa date de décès.

Journaliste et écrivain, il mêle ses deux métiers pour faire croire au lecteur qu’il est simple narrateur d’aventures qui lui ont été confiées par Elsa van Laëghels elle-même. D’ailleurs, il n’hésite pas à ancrer ses textes dans l’Histoire, soit en présentant des personnages ayant réellement existés, soit en prétendant que les noms ont été changés, justement, parce que les personnages ont réellement existé.

Elsa van Laëghels est une jeune femme que rien ne prédestinait à ce métier d’aventures et de risques. Issue d’une famille modeste, très vite devenue orpheline, elle met à profit son éducation et sa maîtrise des langues pour se faire embaucher comme surveillante dans une pension pour jeunes filles en Angleterre.

Alors qu’elle officie sans passion, un vol est commis au pensionnat : un portefeuille a été volé dans l’armoire de la maîtresse de musique. La rustre servante est rapidement soupçonnée, d’autant que tout l’accuse et, pour autant, Elsa, sans réellement en prendre conscience, va chercher à innocenter la femme de ménage et trouver le véritable voleur.

Bien sûr, elle va réussir, mais, pour éviter le scandale, les responsables de la pension vont se débarrasser de tous les protagonistes de l’histoire : la voleuse, l’innocente accusée ainsi que celle qui a découvert la vraie voleuse.

Elsa, alors, va enchaîner les petits boulots pour s’en sortir. Le hasard, une nouvelle fois, va la mener vers le métier de détective. Des bijoux ont été volés, une grosse prime est promise à celui qui les retrouvera et, ayant besoin d’argent, Elsa va tenter de renouveler sa performance et elle va y réussir.

Désormais, c’est certain, Elsa van Laëghels est faite pour ce métier et elle va y exceller.

C’est donc 18 enquêtes, 18 aventures, que va nous conter l’auteur, s’étalant sur 20 ans. Elsa van Laëghels va traverser la Première Guerre mondiale, rencontrer des sommités, se faire des amis importants, des clients non moins bien placés, avec, toujours, comme constante, de risquer sa vie et de trouver toujours, ou presque, le coupable.

Sa première enquête, au pensionnat, se déroule en 1906. L’ultime enquête relatée, quant à elle, a lieu en 1926. Entre les deux, la détective risquera sa vie de nombreuses fois, notamment dans la période entre 1914 et 1918, puisqu’elle participera à l’effort de guerre et travaillera, parfois, dans le contre-espionnage.

Les enquêtes sont courtes, donc, les intrigues légères, l’auteur nous convie donc plus à du roman d’aventures teinté d’espionnage, plus qu’à du roman policier pur et, surtout pas à du roman à suspens. D’ailleurs, les titres sont réellement conçus comme des moments de confessions, des histoires racontées et, il n’est pas rare, qu’à la fin, l’auteur intervienne pour demander à Elsa la fin de l’histoire.

Cependant, malgré ou grâce à cette concision si rare de nos jours, malgré ou grâce à un style un peu ampoulé, des expressions ou des tournures surprenantes, l’ensemble se lit de façon agréable.

Agréable, car ces textes se dévorent rapidement, ce qui les destine à des moments de lectures assez courts, des instants que l’on n’aurait pas forcément consacré à un roman, en sachant qu’on n’aurait pas eu le temps de faire avancer l’intrigue, mais que l’on pourra destiner aux titres de la série « Elsa, détective privée » (titre de la série sous lequel je subodore qu’un éditeur va tout prochainement rééditer ces textes).

Au final, des aventures à lire non pas pour satisfaire une envie d’intrigue, mais pour s’offrir de petits voyages dans le monde d’Elsa van Laëghels, un monde dangereux et trépidant dans lequel les femmes se faisaient fort rares à l’époque, quand la journée ne vous offrira que quelques minutes à consacrer à la lecture.