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Poursuivons notre découverte (oui, je parle de moi à la troisième personne du pluriel, car je suis encore plus mégalomane qu’Alain Delon... et meilleur acteur) des auteurs français de la mythique collection « Série Noire » des éditions Gallimard, avec l’écrivain Michel Lebrun.

Michel Lebrun, de son vrai nom Michel Cade, en plus d’écrivain, fut critique littéraire, scénariste et traducteur.

Né en 1930, mort en 1996, il écrivit sous divers pseudonymes (Michel Lecler, Michel Lenoir, Pierre Anduz...), mais c’est probablement sous le pseudonyme de Michel Lebrun que sa production fut la plus importante, et lui valut le surnom de « Pape du Polar ».

Michel Lebrun fait partie de ces auteurs dont je connus le travail par l’intermédiaire du cinéma et de la télévision, mais, pour une fois, il ne me semble pas avoir vu un seul des films tirés de ses romans. Pourtant, il fut scénariste sur « Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause ! » et sur « Les prédateurs de la nuit » un film un peu plus obscur bien que culte pour certains (est-ce à cause de la présence de Brigitte Lahaye ???) et, surtout, au scénario de plusieurs épisodes de la mythique série « Les cinq dernières minutes » avec le non moins mythique inspecteur Bourrel, « Bon sang, mais c’est bien sûr » et non pas « Bien sûr, mais c’est bon sang ! ».

Il faut bien préciser que si « Loubard et Pécuchet » a été publié au sein de la « Série Noire » en 1996, il s’agit, en fait, d’une réédition du titre éponyme publié dans la collection « Fleuve Noir » en 1982.

Loubard et Pécuchet :

Quand une cheftaine, quinquagénaire et moustachue s’éprend d’un loubard de 17 ans, ça risque de faire des étincelles. D’autant que Pécuchet, dit Pécu, n’est pas un adolescent comme les autres, loin de là ! En ce qui concerne l’arnaque, il serait plutôt un surdoué. N’en disons pas plus, sinon qu’un certain Gustave Flaubert se trouve impliqué jusqu’aux oreilles dans l’histoire. Flaubert, qui l’eût cru ?

En voilà un bien étrange roman ! (Tiens, n’ai-je pas déjà dit cela du précédent ???)

Étrange ? Pas vraiment, mais il m’est difficile d’en parler sans dévoiler une révélation qui change pas mal de choses à la lecture du début du roman et qui n’étant pas précisée dans la 4e, pourrait nuire un peu à ceux qui envisageraient de le lire.

Commençons déjà par préciser que je ne connaissais pas Michel Lebrun et c’est sur le titre (j’adore les titres créés à partir de jeux de mots ou de références et, ici, il y a les deux) et sa participation à la « Série Noire » que je me suis décidé à lire ce roman.

Le début du roman nous permet donc d’assister au 17e anniversaire de Pécuchet, que tout le monde surnomme Pécu. Pour l’occasion, ses potes lui ont préparé une super fiesta dans un hangar servant de stockage.

Puis le lecteur subit une ellipse de deux ans et retrouve notre fameux Pécu dans une « Cellule ». Il reçoit la visite d’un de ses potes qui lui apporte un jeu de clés fait à partir d’empreintes sculptées dans de la mie de pain. Il profite de la nuit pour déjouer la surveillance laxiste des gardiens et s’enfuit en mobylette pour aller cambrioler un appartement... puis revenir au bercail.

Non, mais, l’évasion n’est-elle pas un peu trop facile ? Puis sa mobylette qui l’attend comme ça à proximité ? Puis, quelle idée de revenir dans sa « cellule » juste après ? Quand on s’évade, généralement, c’est pour s’enfuir définitivement.

Et là, on se dit que Michel Lebrun ne s’est pas trop foulé pour son histoire, qu’il y va à coup de grosses cordes, voire d’énormes calembredaines... Mais c’est sans compter sur la fourberie de Scapin Lebrun qui nous réserve une petite révélation de derrière les fagots à l’aulne (je ne vous refais pas mon laïus sur l’orthographe du mot, si ???) de laquelle tout le début du roman non seulement, prend une réelle consistance, mais crée un attachement immédiat et pour le héros et pour l’histoire.

Vous comprenez désormais que je ne veuille pas vous déflorer une information si importante.

Mais, une fois dehors pour de bon, Pécu ne trouve pas de boulot et il lui faut bien grailler, alors, son expérience si heureuse dans le précédent cambriolage va lui donner une idée : réitérer l’expérience.

Mais, plutôt que d’aller chez l’habitant, il attendra que celui-ci vienne à lui et c’est dans la rue qu’il se met à assommer les quidams pour leur piquer leur pognon... jusqu’à ce qu’il tombe sur un os, un gros os, qui commence à lui mettre une dérouillée et est neutralisé in extremis, par une drôle de rombière accompagnée de son molosse de chienne.

Héroïne dans son esprit, elle porte secours au frêle Pécuchet, agressé par un vilain mastard, sans se douter qu’en fait, la vérité est inverse.

Et elle va se prendre d’affection pour le petit Pécu et se comporter en mère poule avec lui, à son grand détriment puisque, sous sa surveillance permanente (elle habite dans son fourgon, qu’elle a garé sous les fenêtres de Pécu) difficile de poursuivre ses agressions nocturnes, donc, de gagner sa croûte.

Mais là n’est pas le seul malheur que la grosse femme moustachue va apporter à Pécuchet...

Bon, là, j’ai fait le maximum pour parler de l’histoire sans en révéler la substantifique moelle afin de préserver la surprise aux futurs lecteurs.

Car c’est vraiment cette révélation qui changea totalement le ressenti que j’eus vis-à-vis de ce roman. Avant, ce n’était pas mal écrit, sympathique, mais le scénario manquait cruellement de réalisme. Ensuite, ce n’est pas mal écrit, très sympathique, drôle, malin et le personnage devenait attachant et le manque de crédibilité tombait d’un coup comme la poigne de Wenstein sur le nichon d’une starlette de cinéma.

Pour le reste, il faut avouer que Michel Lebrun mène plutôt bien sa baraque, qu’il manipule à plaisir le lecteur, mais qu’il propose, surtout, une agréable histoire, juste ce qu’il faut de subversive, pleine d’humour, de tendresse avec des personnages hauts en couleur et fortement sympathiques malgré des penchants condamnables, et ce jusqu’à un final où la ruse du personnage principal se mêle à celle de l’auteur.

Question plume, Michel Lebrun, là aussi, fait preuve de maîtrise, en alternant un récit à la troisième personne avec des réflexions à la première (celle de Pécuchet) maintenant son roman sur ce fil ténu d’une narration omnisciente et celle d’un point de vue interne au personnage principal.

Au final, un roman qui débute mollement du fait d’une crédibilité que le lecteur peut mettre en doute, le forçant à se demander si l’auteur n’a pas traité son scénario par-dessus la jambe avant de prendre toute son ampleur suite à ladite révélation et devenir un très agréable roman avec des personnages attachants.