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« La maîtresse aux yeux pers » est la 4e aventure de Théodore Rouma, le gentleman-cambrioleur-justicier né de la plume de Jean d’Auffargis.

La collection « Les aventures extraordinaires de Théodore Rouma » est une série de fascicules de 24 pages initialement parue à partir de 1945 aux éditions S.E.B.F.

La série est composée de deux premières salves de 10 titres (10 titres illustrés par R. Charles puis 10 par Brantonne) on peut ajouter quelques-uns, difficilement trouvables dont 3 édités au Québec (parmi lesquels au moins deux semblent des réécritures d’anciens titres).

Derrière Jean d’Auffargis, un pseudonyme, se cache le bien curieux Maurice Laporte, créateur des Jeunesses Communistes françaises avant de devenir un virulent anticommuniste, puis de collaborer pendant la seconde guerre mondiale avec les nazis puis de se réfugier en Suisse pour échapper aux représailles. C’est de là qu’il se mettra à écrire, entre autres, ladite série.

Théodore Rouma est un mixte entre Arsène Lupin et l’image d’Épinal de l’aventurier justicier, un cambrioleur qui se mélange à la Haute Société pour dépouiller les riches, mais qui reverse une bonne part de ses gains aux plus démunis et qui n’hésite pas, souvent à rendre justice.

 

LA MAÎTRESSE AUX YEUX PERS

 

Au château, Noble le Vieux, le richissime écossais Jeremy Farnham réunit plusieurs personnes de la haute Société pour leur présenter le Sirdar, un magnifique bijou qu’il s’apprête à acheter à un marquis italien.

 

L’hôte amateur de pierres profite de l’occasion pour organiser des parties de bridge pendant qu’un policier surveille le coffre renfermant le précieux joyau.

 

Mais alors qu’un joueur se lève pour servir à boire, il découvre une lettre annonçant à Farnham que le célèbre cambrioleur Théodore ROUMA va voler le Sirdar.

 

Il est déjà trop tard, le coffre est vide et son gardien est retrouvé mort empoisonné…

 

Théodore Rouma a prévu de s’emparer du Sirbar, un joyau de 96 carats. Pour ce faire, il parvient à être invité à une partie de bridge organisée par le futur acheteur du Sirbar pour présenter la pierre à ses invités. Mais, pendant la partie de bridge, une mystérieuse lettre annonce le vol et son auteur.

Immédiatement, on découvre le policier chargé de surveiller le coffre dans lequel était enfermé le Sirbar, mort, empoisonné. Le joyau a disparu.

Si l’instruction ne tarde pas à voir en Théodore Rouma le coupable idéal, le public s’étonne que ce dernier se soit abaissé au meurtre, ce qui n’est pas dans ses habitudes...

Dans ce court roman de pas tout à fait 12 000 mots, Jean d’Auffargis propose un récit plutôt classique, tant dans le sens général du terme que dans celui signifiant qu’il entre dans la ligne droite des précédents épisodes de la série.

Effectivement, avec l’apparition d’un personnage dans lequel le lecteur averti reconnaîtra immédiatement Théodore Rouma, l’auteur pose les bases d’une intrigue relativement simple (format court oblige) dans lequel il proposera quelques rebondissements.

Si la narration est linéaire, l’auteur se permet quelques retours en arrière pour combler, grâce au récit fait par le héros lui-même pour expliquer à une tierce personne les évènements, les trous qu’il a volontairement laissés pour faire avancer son histoire à moindres mots.

On retrouve, en scène finale, une forme particulière, mais très usitée du roman policier (tout particulièrement du sous-genre « Whodunit ») dans laquelle le héros réunit tous les suspects et conte à l’assemblée comment il a découvert le coupable et le mobile de celui-ci.

Si la forme est propre au « Whodunit » cher à Agatha Christie, elle l’est également aux auteurs de récits policiers courts par le fait qu’elle permet une certaine concision très recherchée dans ce genre de format.

Théodore Rouma est donc fidèle à ses habitudes, se drapant d’une fausse identité pour s’infiltrer auprès d’un bien convoité, mais également dans sa relation à la gent féminine (un épisode, une femme).

Si l’intrigue ne brille pas par sa grande originalité, elle a néanmoins l’avantage de se suivre sans déplaisir et d’être au diapason du style de l’auteur même si l’on peut regretter un petit manque d’humour que l’on a pu trouver dans certains titres précédents.

Au final, un épisode agréable à défaut d’être génial et une série qui se met en place avec un schéma bien établi.