unnamed

B.H.L, tout le monde connaît, mais qui en a déjà lu ?

Personnellement, je ne suis pas très attiré par les discours lénifiants de pseudo philosophes se prenant pour Robin des Bois, alors qu’ils prennent l’argent des pauvres lecteurs pour les donner à des riches (eux-mêmes, en l’occurrence).

Alors, quitte à lire un jour du B.H.L., je délaissais Bernard-Henri Lévy, pour Bertrand-Hilaire Lejeune, le lieutenant de police né de la plume de Pascal Jahouel ?

Y ai-je gagné au change ?

Pascal Jahouel est un auteur que j’aimerai aimer. Pascal Jahouel est un auteur dont je n’arrive pas, après lecture de ce roman, à définir mon sentiment envers lui et sa prose.

Mais Pascal Jahouel, une chose est sûre, est un auteur approchant la soixantaine, né au Havre et dont le premier roman semble dater de 2006, ce qui en ferait un écrivain tardif.

« Un temps de chien ! » est le quatrième roman mettant en scène le personnage du lieutenant Bertrand-Hilaire Lejeune.

Un temps de chien ! :

Le lieutenant Bertrand-Hilaire Lejeune, eh oui BHL, parcourt les rues de Rouen, grimé en vieille femme. Objectif de ce travestissement, tenter de coincer une bande d’arracheurs de sacs à main. La tâche peu reluisante est une sorte de punition infligée à notre héros par son patron, Chassevent, flic en fin de carrière plus porté sur les agapes et les siestes qui en découlent, que sur la lutte contre le grand banditisme. Les deux hommes cohabitent difficilement au sein d’un commissariat un poil vintage, mais partagent un goût immodéré pour la dive bouteille. C’est dans cette ambiance addictive et ronronnante que surgissent les emmerdements sous la forme d’un cadavre de roumain au CV peu reluisant.
Suicide ou crime ? That is the question ! L’enquête va conduire BHL dans la villa d’un trafiquant de Pitbull, dans un bar à poker, sur un ring de boxe… Dans ces hauts lieux d’un tourisme normand pour le moins criminogène se croisent une jeune chef de gang radicale, végétarienne et « méphistophélique », un prédélinquant portugais terrorisé par sa mère, une couguar peu farouche, une flic agoraphobe, une accorte infirmière, un poulet parisien pompeux et donneur de leçon délicatement surnommé « la fistule » par ses correspondants rouennais…

Une ancienne star du hand-ball roumain est retrouvé mort, chez lui, asphyxié. L’enquête préliminaire conclue au suicide, mais Bertrand-Hilaire Lejeune, venu par hasard sur la scène de crime, sent plutôt un crime sous cette affaire, sans que rien n’étaie, à première vue, son impression.

Pourtant, B.H.L. va demander une autopsie et se lancer sur l’enquête alors qu’il est déjà en charge d’une autre affaire, celle d’une bande de jeunes agressant des petites vieilles dans la rue pour leur voler leurs sacs.

B.H.L. va donc mener les deux enquêtes de front...

Comme je le disais dès le début, Pascal Jahouel est un auteur que j’aimerais aimer.

Oui, j’aimerais l’apprécier fortement, comme tant d’autres, car l’auteur me semble éminemment sympathique (ne me demandez pas pourquoi, c’est juste un ressenti). En tous cas, Jahouel met dans son récit tous les ingrédients qui sont susceptibles de me séduire.

Effectivement, côté style, tout d’abord, l’auteur fait des efforts pour sortir du carcan usuel des auteurs de romans à succès actuels : les sujets-verbes-compléments construits à l’aide des 300 mots de vocabulaire du français moyen...

Je me dois, ici, de faire un aparté pour spécifier qu’il ne faut aucunement voir du dédain dans ce reproche sur les « 300 mots de vocabulaire du français moyen ». Loin de moi de dénigrer le français ou l’étranger (la langue française n’appartient pas uniquement aux Français) qui n’use que de 300 mots de vocabulaire. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir l’opportunité d’enrichir son vocabulaire plus que cela. Tout le monde n’a pas la nécessité ou l’envie d’enrichir son vocabulaire. Mon reproche va aux auteurs et encore plus aux éditeurs qui, sous prétexte de ne pas se priver d’un certain lectorat, se veulent fédérateurs et restreignent volontairement le vocabulaire des récits à publier.

Ce sont eux, par cette démarche à la fois mercantile et stupide, qui empêchent les lecteurs d’enrichir leur vocabulaire et les maintiennent dans l’illusoire certitude que 300 mots de vocabulaire suffisent à être heureux. Raaaa, s’ils savaient ces gens-là le plaisir que l’on a à manipuler les mots, la langue, à en découvrir, en oublier pour les retrouver plus tard...

Bon, revenons-en à Pascal Jahouel... L’auteur aime manipuler la langue, les mots, et, pour cela, il devrait me plaire. D’ailleurs, plusieurs lecteurs le décrivent comme un descendant de Frédéric Dard...

Et me voilà déjà reparti dans un nouvel aparté sous forme de coup de gueule. Oui, toi, lecteur, toi, critique, il va falloir arrêter, dès qu’un auteur utilise un peu d’argot, de le comparer à Frédéric Dard, à San Antonio... Oui, que cela cesse. Frédéric Dard, qu’on apprécie ou pas sa plume, n’écrivait pas en argot, que nenni. Albert Simonin, lui, écrivait en argot. Frédéric Dard créait une nouvelle langue à partir de tous les mots mis à sa disposition. Certes, les détracteurs de Dard ne comprendront pas la différence que je veux mettre dans cette remarque, mais j’espère que les autres, oui.

Ensuite, Pascal Jahouel utilise des références musicales qui me parlent (Bashung, par exemple). Non pas que je sois spécialement Fan de Bashung, mais l’idée d’introduire des références musicales dans un récit me plaît, même quand je ne partage pas ces références. Cela peut permettre aux lecteurs de se mettre plus facilement dans l’ambiance, de tisser un lien avec les personnages... bref, c’est toujours une bonne idée du moment qu’elle n’est pas mise en place de façon factice et qu’elle n’est pas surutilisée.

J’apprécie également que l’auteur ait écrit une nouvelle autour de Little Bob, un rockeur français à la longévité aussi longue que le bonhomme est petit et méconnu du grand public.

Puis, Pascal Jahouel manie l’humour et, vous le savez si vous me lisez de temps en temps, je ne suis pas insensible à l’humour.

Alors, pourquoi dis-je que j’aimerai aimer Pascal Jahouel et non pas que j’aime Pascal Jahouel ? Tout simplement parce que, comme dans toutes recettes de cuisine, le fait d’intégrer tous les ingrédients que l’on aime ne garantit pas que l’on va apprécier le plat. Car tout est question de dosage, mais également d’alchimie entre les ingrédients.

Car le récit de « Un temps de chien ! » est conté à la première personne, par B.H.L. lui-même, une flic plutôt jeune dont le nom laisse à penser qu’il est issu d’une famille plutôt éduquée et le voilà qui parle un argot qui ne dénoterait pas dans la bouche d’un soixantenaire issu du peuple ou abreuvé des romans de Dard, Simonin, Malet et consorts, des films dialogués par Audiard... bref, ayant des références bien éloignées de celle d’un B.H.L.

Alors, le contraste ou la contradiction est peut-être voulu, certes, mais fonctionne mal.

Elle fonctionne d’autant plus mal que le personnage de B.H.L. n’est lui-même pas exempt de failles.

Son langage, d’abord. Son alcoolisme latent, beaucoup trop fréquent chez le policier (en littérature, dans la réalité, je ne m’avancerais pas à une telle affirmation). Son dilettantisme pour ne pas parler de je-m’en-foutisme qui, non seulement sont dérangeant dans une telle profession, mais également contradictoire avec son envie de résoudre une enquête classée et sur laquelle personne ne lui a demandé de travailler. Mais également son caractère en général. Fort avec les faibles ; faible avec les forts. B.H.L. raille voire martyrise ses collègues de travail et s’aplatit devant ses supérieurs, se laisse incendier, insulter par eux sans réagir. Pis, alors qu’il maltraite des collègues qui, paradoxalement l’apprécient, il va s’enquiquiner à sauver les fesses de branleurs qui frappent des petites vieilles pour leur piquer leurs sacs à main ???

Rien n’est cohérent chez ce personnage.

Pourtant, le roman démarre par une scène assez cocasse qui laisse plutôt présager du bon. Mais, malheureusement, par la suite, B.H.L. se perd à la fois dans les contraintes de son personnage que dans deux enquêtes peu intéressantes et, surtout, qui vont finir miraculeusement par se rejoindre. Bien sûr, il n’est pas rare qu’un auteur de polar use de ce subterfuge de deux enquêtes que tout oppose et qui se rejoignent à la fin. Généralement, c’est pour réunir deux enquêteurs, et ce sont souvent deux enquêtes mystérieuses et imposantes (au moins l’une des deux), mais là, Pascal Jahouel tente de faire la même chose avec deux enquêtes dont, au final, on se fout totalement : des braquages de vieilles – un trafic de chiens...

Pas de grandes incidences, pas de grandes tensions et sans tension, pas de suspens. Du coup, la graine plantée de porte pas ses fruits.

Alors, un personnage peu attachant, une intrigue (double intrigue) peu intéressante, une plume peu en adéquation avec le personnage et l’ambiance... que reste-t-il ? Le fait que j’aimerai aimer Pascal Jahouel.

Au final, sans être indigent ou indigeste, ce roman mêle des ingrédients mal dosés entre lesquels l’alchimie a du mal à se faire.