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« L’énigme des diamants » est un titre paru en 1936 dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi sous la forme d’un fascicule de 64 pages contenant un récit d’environ 19 000 mots.

Il est signé H. J. Magog, un auteur qui fit les beaux jours de la littérature populaire en s’exerçant principalement, mais pas que dans deux genres : le policier et la fantastique.

Si c’est dans le roman d’anticipation que l’écrivain demeure plus facilement dans la mémoire de certains lecteurs d’aujourd’hui, sa production dans le genre policier fut bien plus importante, notamment pour les collections fasciculaires chez Ferenczi ou l’éditeur R. Simon.

L’auteur, né en 1877 et mort en 1947, débute sa carrière d’auteur dès 1909 et livre très rapidement deux romans qui vont, si ce n’est faire sa renommée, du moins marquer sa carrière.

Le premier, « Le roman d’un singe » vivra une première édition en feuilleton dans Le Journal avant d’être plusieurs fois réédité sous différents titres.

Le second, première probable incursion dans le genre policier, « L’énigme de la malle rouge », et paru également en feuilleton dans Le Journal, en 1912, possède le double intérêt d’être, avant tout, un excellent roman policier, mais également de voir apparaître pour la première fois un personnage que l’auteur réutilisera par la suite : le détective Paddy Wellgone.

On notera comme autre enquêteur récurrent : l’inspecteur Sive.

L’ÉNIGME DES DIAMANTS

Le détective Paddy WELLGONE est chargé de surveiller les diamants exposés au Grand Palais.

Mais la sécurité mise en place en son absence laisse à désirer. D’ailleurs, Paddy WELLGONE voit très bien comment les rois de la cambriole qu’il a jetés sous les verrous s’y seraient pris pour s’approprier les joyaux…

Le lendemain matin, il apprend que les pierres ont été subtilisées exactement de la manière qu’il avait imaginée. Sa surprise est encore plus grande en découvrant le butin dans la cachette secrète de son bureau…

Paddy Wellgone devient fou ! Du moins, pourrait-il le croire.

Alors qu’il surveille des diamants lors d’une Grande Exposition, il imagine, devant la faiblesse du système de sécurité des lieux, comment les criminels qu’il a jadis combattus et fait arrêter pourraient aisément s’approprier les joyaux…

Fait incroyable, le lendemain matin, il apprend que les diamants ont été volés exactement de la manière qu’il avait imaginée.

Peu de temps après, alors qu’il est chargé de surveiller des bijoux autour du cou d’une actrice de théâtre, il s’endort dans la loge tandis que, sur scène, la comédienne est agressée par son partenaire qui s’enfuit en emportant les joyaux avec lui. Paddy Wellgone, quant à lui, se réveille au matin dans son lit sans se souvenir de rien.

Sa bonne lui annonce que trois personnes l’ont ramené dans la nuit, dont le voisin, le docteur Marcus, qui se trouvait au théâtre au moment des faits.

Celui-ci, auscultant Paddy Wellgone, met en doute sa santé. Physique ? Mentale ? Probablement la seconde puisque Paddy Wellgone ne tarde pas à retrouver les joyaux du Grand Palais et de la comédienne dans la cachette de son bureau…

Pour qui a suivi les aventures de Paddy Wellgone (si ce n’est pas le cas, commencez par l’excellent « L’énigme de la malle rouge »), ce début de récit est quelque peu surprenant.

Comment ? Paddy Wellgone, le grand détective, est devenu inspecteur de Police, un policier ayant déjà une grande carrière derrière lui ? Mais comment est-ce possible ?

Connaissant les pratiques de H. J. Magog pour gonfler sa production, je ne doute pas, alors, dès les premières lignes que « L’énigme des diamants » est une réécriture ou une adaptation d’un autre titre concernant, lui, un vrai personnage policier. À voir…

Malgré ce sentiment étrange d’être doublement devant un étrange Paddy Wellgone (étrange, car ne ressemblant pas à celui des autres titres et étrange, car, dans le récit, il n’est étrangement pas lui-même), force est de constater que l’auteur instille une bonne dose de mystère durant toute la première partie du récit.

Paddy Wellgone perd la mémoire, ou la boule, ou les deux. Car il a beau prétendre que ce n’est pas lui qui vole, toujours est-il que les butins, il les retrouve systématiquement dans sa cachette. D’ailleurs, le voisin docteur ne laisse-t-il pas supposer qu’il est malade ? Mais non, Paddy Wellgone ne peut pas être un voleur, même s’il n’est pas lui-même…

Évidemment, on se doute que Paddy Wellgone est victime d’une supercherie et qu’il n’est pas schizophrène, mais tout de même. Le mystère est là et plaisant à suivre.

Pourtant, ce récit est parasité par des évocations d’actes passés que le lecteur, lui, n’a pas vu passer, justement. Erreur de l’auteur ? Peu probable que celui-ci n’ait pas écrit des scènes auxquelles il avait pensé, mais qu’il ait pensé à évoquer des scènes qu’il n’avait pas écrites.

Alors ? Alors, le doute ne subsiste plus, « L’énigme des diamants » est immanquablement une version raccourcie d’un autre texte dont le héros est probablement un vrai policier, lui.

N’ayant pas tous les textes de H. J. Magog en ma possession (il y en a trop et beaucoup sont introuvables) je comptais sur la chance et mon flair pour dénicher le pot aux roses.

Un autre policier ? L’inspecteur Sive, bien évidemment. Je fouillais donc dans les quelques enquêtes de cet inspecteur en ma possession et ne tardais pas à toucher le jackpot avec le titre « Un film dans la vie » paru en 1933 aux éditions Baudinière et réédité, chez le même éditeur en 1939, un récit de plus de 47 000 mots.

En sachant que « L’énigme des diamants » fût réédité en 1941, sous le même titre, mais signé du pseudonyme Jacques Noal, aux éditions R. Simon, voilà donc au moins 4 éditions du même récit, de quoi gonfler artificiellement une production déjà bien imposante, d’autant que ce n’est pas la seule fois que l’auteur usa de ce subterfuge.

Mais on lui pardonnera, car on ne peut que pardonner à un écrivain de littérature populaire qui, pour se nourrir, devait écrire, écrire et encore écrire, mais surtout à qui offrit aux lecteurs quelques excellents romans parmi lesquels je citerai volontiers « Le masque aux yeux rouges » ou « Un homme de Vichy » et les amoureux de romans d’anticipation n’hésiterais pas à ajouter « Trois ombres sur Paris » et « L’homme qui devint gorille ».

Alors, pour sûr, quitte à découvrir cette aventure à en perdre la boule, mieux vaut-il lire l’enquête de l’inspecteur Sive que celle de Paddy Wellgone puisque le premier colle mieux à l’histoire que le second et qu’ainsi, le lecteur sera moins gêné par les coupes du texte…

Au final, un bon petit récit qui est probablement meilleur dans sa version longue d’origine.