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Après m’être passionné pour les enquêtes de l’inspecteur Machard ou du commissaire Mazère de Maurice Lambert, des fascicules de 32 pages datant du début des années 1940, voici que je me plonge dans celles de l’inspecteur Méral, un personnage de l’énigmatique Charles Marcellus, ayant sévi (l’inspecteur) vers la fin des années 1930 jusqu’au milieu des années 1950 (par le truchement des rééditions).

Charles Marcellus est un auteur ayant travaillé quasi exclusivement pour les éditions Ferenczi pour notamment, les collections « Le petit roman policier complet », « Police et Mystère », « Crime et Police » ou, encore, « Mon roman policier ».

De lui, on ne sait pas grand-chose. Son pseudonyme est rapproché par certains à celui de Désir Charlus, un autre auteur des éditions Ferenczi alors que ce même Désiré Charlus devrait être un pseudonyme de Charles Richebourg, auteur tout aussi énigmatique, mais dont les textes faisaient montre d’un talent et d’une maîtrise du format court.

C’est en tout cas ce que laisse supposer le fait qu’une des enquêtes du commissaire Odilon Quentin, personnage de Charles Richebourg, est signée Désirée Charlus. À moins qu’il ne s’agisse d’une erreur de l’éditeur. Allez savoir !

La Société des Auteurs et Compositeurs évoque un Marcel Deville alias Marcellus. Est-ce le même ???

Toujours est-il que Marcellus, entre autres, a écrit au moins 8 récits dont le personnage central est l’inspecteur Méral, sous la forme de fascicules de 32 pages contenant des récits indépendants de moins de 10 000 mots.

« Les preuves accusent » est un de ceux-là et a été publié en 1939 dans la collection « Le petit roman policier complet » aux éditions Ferenczi.

LES PREUVES ACCUSENT

L’inspecteur Paul MÉRAL est chargé, par son supérieur, d’une bien difficile affaire, un crime dans lequel il lui faut identifier à la fois la victime et l’assassin.

Sa seule base de travail, un buste de femme retrouvé dans la Seine par un marinier !

Mais si son enquête ne s’appuie au départ sur aucun indice, ceux-ci vont bientôt s’accumuler, un peu trop au goût de MÉRAL. Car, selon lui, les preuves ne sont souvent qu’illusions !...

Le buste d’une jeune femme a été retrouvé dans la Seine par un marinier. Les seuls éléments apportés par le médecin légiste est que la victime a probablement été étranglée et ensuite démembrée par une personne ayant des notions en la matière, un boucher, probablement.

C’est l’inspecteur Méral qui est chargé de l’enquête.

Bientôt, les bras et les jambes sont retrouvés par des pêcheurs plus loin.

Mais tout cela n’apporte pas beaucoup d’indices sur la victime et sur le meurtrier.

Cependant, rapidement, l’enquête va avancer… bien trop vite selon l’inspecteur Méral.

Marcellus nous propose ici une intrigue relativement simple autour d’un évènement assez glauque : une femme a été étranglée puis démembrée…

Ce récit se lit sans déplaisir et s’avère dans la veine de ce qui a été proposé dans les collections de fascicules policiers de 32 pages de l’époque.

On connaît la concision que le format impose et l’on ne s’attend ni à des personnages très fouillés ni à une intrigue folle.

D’ailleurs, dans cet épisode, les seuls éléments apportés autour du héros, l’inspecteur Méral, est qu’il se gratte la tête quand il réfléchit et qu’il fume des cigares de marque Voltigeur. À part ça…

Si le texte est agréable à lire, il affiche pourtant ses lacunes quand on le compare à d’autres (pas pour rien que j’évoquais les textes de Maurice Lambert au début).

Effectivement, lorsque l’on met en parallèle les meilleurs récits policiers fasciculaires de Maurice Lambert et celui-ci (ou les autres de Marcellus et nombre de ses confrères), ce n’est pas le peu de profondeur des personnages qui choque, pas plus la simplicité de l’intrigue, ni même vraiment la qualité de la plume (quoi que, cela dépend des cas).

Non, ce qui différencie grandement les uns et les autres, c’est la sensation ici et ailleurs, que l’auteur a coupé des passages de son texte ou, du moins, de son histoire pour entrer dans le cadre.

Ainsi, quand l’inspecteur Méral débarque avec l’assassin, il le fait sans préalable, laissant le lecteur de côté pendant une partie de son enquête. Ce choix peut être mis, dans certains cas, sur la volonté de surprendre le lecteur, mais il est ici, surtout, imposé par une concision inhérente au format que l’auteur peine à gérer correctement.

Jamais le lecteur n’a l’impression d’avoir lu un roman, même un petit roman, même un roman condensé, juste un texte policier, au mieux, une nouvelle policière, au pire.

Alors qu’avec Maurice Lambert, le lecteur déguste un véritable petit roman policier avec tous les passages obligés et sans aucune lacune même si l’auteur ne s’étale jamais par faute de place.

On regrettera ainsi que le lecteur ne connaisse pas les motivations de l’assassin, par exemple, que la seule fausse piste est tellement évidente qu’elle ne peut être qu’une fausse piste.

Pourtant, malgré cela, le texte est plutôt bon dans le genre et le format.

Ainsi, on constate vraiment que le fascicule de 32 pages, pour y performer, il fallait à la fois maîtriser le genre (ici, policier), mais également le format, tant dans la narration que dans son intrigue, ce que peu d’auteurs parvenaient à faire

Au final, un récit policier qui pèche principalement par un manque de maîtrise d’un format très contraignant.