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J’ai rarement lu des romans terroirs, même si ceux-ci sont du genre policier, alors que, pendant des années, j’ai fréquenté régulièrement des éditeurs et des auteurs de ma région qui étaient très attachés à ce sous-genre.

Certes, j’ai bien lu, il y a quatre ans, « Le Pilier assassiné » de Gérard Raynal, un auteur du cru que je croisais souvent. Mais ce choix était porté par le fait que son roman tournait autour du rugby, un sport que j’ai pratiqué jeune et que j’adore toujours.

Mais, récemment, j’ai lu « Le diable des Pyrénées » d’Alexandre Léoty qui, sans se dérouler exactement vers chez moi, était publié chez T.D.O. Éditions, un éditeur que je suis depuis ses tous débuts et à l’essor duquel j’ai assisté depuis.

Ayant, dans l’ensemble, bien apprécié ce roman, l’envie m’est venue de me plonger, de temps en temps, dans les récits policiers publiés chez les éditeurs des Pyrénées-Orientales.

Dans le domaine policier, les deux éditeurs avec lesquels j’étais le plus en contact étaient Mare Nostrum et T.D.O. Éditions.

Les deux éditeurs ont des trajectoires différentes puisque Mare Nostrum a malheureusement fermé boutique en 2018.

Pour autant, j’ai décidé de lire un livre publié en 2006 chez ces derniers : « Croix de sang au Grand Hôtel » de Daniel Hernandez, son premier roman, après quelques recueils de nouvelles et contes.

« Croix de sang au Grand Hôtel » est l’occasion, pour l’auteur, de développer deux personnages qui reviendront régulièrement dans ses récits : l’inspecteur Jepe Llens et l’ancien international de rugby, José Trapero.

Croix de sang au Grand Hôtel :

Quel rapport entre la mort suspecte d’un jeune drogué, retrouvé gelé sur l’étang du Diable et le meurtre sanglant de son père, découvert nu, attaché sur une chaise, des croix gammées tracées avec son sang sur les murs de sa salle de bains, dans le Grand Hôtel de Font Romeu ?
L’enquête réveillera les fantômes de la vénérable bâtisse et ceux du maquis de Llo…

Dans la même mâtinée, on retrouve le cadavre d’un jeune homme, sur un étang gelé proche de Font Romeu et celui de son père, torturé, dans un hôtel désaffecté de la même ville de montagne. Si le premier semble décédé d’un accident de ski, les croix gammées tracées autour du cadavre du second avec son propre sang dirigent les enquêteurs vers les milieux néo nazis d’autant que la victime était un résistant réputé de la Deuxième Guerre mondiale…

D’abord, je dois préciser que cette chronique s’appuie sur la version publiée en 2006 chez Mare Nostrum. Je précise, car certains défauts que je pointe semblent avoir été gommés dans la réédition publiée en 2021 chez T.D.O. Éditions.

Je dois avouer que j’ai eu bien du mal à me plonger dans ce récit du fait, au départ, d’avoir du mal à maîtriser les personnages, je ne sais pour quelle raison. J’ai mis longtemps à différencier Jepp Llens et José Trapero et, même, à comprendre que José et Trapero étaient une seule et même personne.

Ensuite, ce qui m’a empêché de me concentrer sur le récit, c’est un problème de datation.

Je m’explique.

Dans mon inconscient (pas si inconscient que cela), je considère que les auteurs écrivent leurs récits au présent (pas leur temps de narration, mais l’époque où se déroule leur histoire). Ainsi, sauf raison précise de s’inscrire dans une autre époque (volonté d’aborder un sujet passé, ou d’évoquer un monde antérieur) l’auteur fait se dérouler son récit dans le moment qu’il est en train de vivre durant l’écriture. Si tel n’est pas le cas, alors, il le précise en datant son récit ou bien, de façon plus subtile, en évoquant des évènements, dans le récit, que tout le monde peut évaluer dans le temps.

Dans le récit lu, aucune date n’est avancée. Ainsi, aucune raison de penser que le récit ne se déroule pas au moment de l’écriture, c’est-à-dire, généralement, un ou deux ans avant la date d’édition (sauf cas d’un manuscrit ressorti des tiroirs des années après et trouvant alors un éditeur).

Donc, l’histoire est censée se dérouler au début des années 2000, environ.

Pour l’évaluer, il faut tout de même connaître la date d’édition ce qui, pour un livre d’occasion ou un livre numérique, oblige à vérifier dans le livre.

Ce que je n’avais pas fait, bien évidemment.

Aussi, lire, maintenant, une histoire ou un septuagénaire a été résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, m’a un peu étonné. Le personnage de Raymond Comas, la victime, résistant à 15 ans, devait donc être né vers 1930, du coup, ses 70 ans correspondaient au changement de siècle. Bon, une fois la date d’édition connue, cela collait finalement plus ou moins. Mais, quand le doute s’immisce dans l’esprit, difficile de le mettre de côté et l’on a tendance à se concentrer ensuite sur les détails.

Et là, d’autres problèmes de datation me sautaient aux yeux. Notamment, le maire de Font Romeu, « quinquagénaire à l’allure intellectuelle » au moment du meurtre, dixit l’auteur. Malheureusement, le même maire, évoque la date de son premier mandat : 1980 qui correspond à l’année de son mariage, « Il avait alors cinquante ans et elle, seulement vingt-trois », toujours d’après Daniel Hernandez.

Être maire semble conserver, puisque, en 20 ans, le bonhomme avait, au pire, pris 9 ans (si tant est qu’à 59 ans on évoque encore un « quinquagénaire » sans préciser qu’il arrive au bout de cette dénomination).

Et, comme il est dit qu’il avait 20 ans de moins que la victime (résistant à l’âge de 15 ans), les calculs l’amènent toujours vers les 50 ans, même vingt ans après avoir fêté ses cinquante ans.

Cela n’a l’air de rien, mais c’est le genre de petit grain de sable qui enraye ma machine à plaisir et qui m’empêche de profiter pleinement d’une lecture, même si le récit est bon.

Du coup, il m’est difficile de dire si le manque de réel plaisir de lecture, par la suite, est induit par ce seul souci, ou bien s’il est purement inhérent à un déficit de qualité du texte ou de l’histoire.

Cependant, je puis affirmer que, niveau intrigue, l’ensemble manque un peu de maîtrise (normal, premier roman) et que la volonté de l’auteur d’aborder un sujet qui lui tient visiblement à cœur (la Retirada, le rôle des exilés espagnols dans la Résistance), passe probablement avant celle de proposer la meilleure intrigue possible. D’autant que l’on sent également que, malgré le sujet, l’auteur ne veut pas plonger sa plume ni ses personnages, dans une certaine noirceur pourtant requise par le genre et le sujet.

Rajoutons à cela que les personnages principaux (Llens et Trapéro) ne sont pas très développés et, pas tellement intéressant non plus. Du premier, je ne me souviens pas grand-chose. Du second, que c’est un ancien policier, un ancien international de rugby (alors que c’est, en fait, Llens, le rugbyman, comme quoi, cela ne m’a pas marqué).

Le second part en vacances à la neige avec le premier, car sa compagne, enceinte, lui demande de prendre du recul et de réfléchir à leur relation (il n’est pas très chaud pour garder l’enfant, comme si c’était lui qui le gardait !!!).

Je passerais sur le fait que le bonhomme, qui aime sa compagne et tout ça, ne peut s’empêcher de se taper la première venue… mais bon.

Bref, si le style n’est pas déplaisant, j’ai par contre eu plus de mal à m’intéresser aux personnages et à l’histoire qui, malgré un point de départ fort intéressant (un ancien résistant torturé et étouffé à l’aide d’un brassard nazi et des croix gammées tracées autour avec son sang), des sujets abordés qui pouvaient, eux aussi, être fort instructifs, finie par s’embourber à force de ne pas vouloir faire trop glauque.

Au final, un roman que j’ai eu bien du mal à terminer, aidé en cela par sa relative concision et, surtout, ma flemme de chercher ma prochaine lecture.