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Qu’on se le dise, Jim Paterson, surnommé Mister Silence pour sa propension à dézinguer des nazis durant la Seconde Guerre mondiale en se déplaçant sans bruit, agent du F.B.I. de son état est increvable… increvable et très chanceux (le second expliquant probablement le premier).

Jim Paterson est un personnage créé par l’auteur Louis Fournel, en 51, pour abreuver la collection fasciculaire « Allô Police » des éditions S.E.G.

Dans un premier temps, il vécut durant 6 titres de 64 pages ne formant qu’une seule histoire : la lutte entre Jim Paterson et une organisation criminelle menée par La Main Jaune.

Quelques mois plus tard, l’agent du F.B.I. revient, pour une salve de plus de 80 épisodes, signés, cette fois-ci, Louis de la Hattais (un des très nombreux pseudonymes de l’auteur).

Quant à Louis Fournel, excepté la liste impressionnante de ses pseudonymes utilisés principalement pour signer des fascicules pour S.E.G. et Ferenczi, on ne sait pas grand-chose de lui sauf qu’il fut commissaire pendant la Seconde Guerre à Provins.

« Fais des bulles… Dug ! » est le 7e titre de la deuxième vague (soit le 13e mettant en scène Jim Paterson).

FAIS DES BULLES… DUG

La partie qui allait se dérouler était grosse de conséquences puisque la vie de Betty était en jeu. Depuis que Dug avait enlevé son épouse et lui avait fait parvenir son étrange supplication reproduite par le magnétophone, Jim PATERSON alias « Mister Silence » vivait dans l’angoisse. Il vivait aussi dans l’attente de cet appel téléphonique promis par Dug et, lorsqu’il l’avait reçu, il n’avait pas hésité une minute à se rendre, seul, à l’endroit indiqué.

Seul ? Pas vraiment, puisque pendant que Dug expliquait qu’il attendait de Jim PATERSON qu’il cambriolât une banque en échange de la liberté de Betty, Jurry, un collègue et ami de Jim, caché non loin de là, s’apprêtait, sur une moto, à prendre en filature le kidnappeur afin de découvrir le lieu de claustration de la jeune femme.

À partir de ce moment-là s’engagerait une lutte entre deux agents du F.B.I. et toute une armée de bandits plus patibulaires et dangereux les uns que les autres…

Dug a enlevé Betty, la femme de Jim Paterson, afin de se venger de la mort de son frère.

Il s’apprête à rendre folle la jeune femme grâce à un procédé digne de Orange Mécanique (sauf que le film n’existait pas encore à l’époque).

Il donne rendez-vous à Jim pour lui signifier les conditions de la remise en liberté de Betty. Il demande, en échange, à Paterson, de cambrioler une banque pour se refaire la cerise.

Mais, Jurry, un autre agent du F.B.I. et ami de Jim, est planqué dans un coin et chevauche une moto dans le but de suivre Dug afin de découvrir l’endroit où est emprisonnée la jeune femme.

Une fois le lieu identifié, Jim et Jurry décident de profiter de la nuit pour pénétrer dans l’immense propriété et tenter de libérer Betty en douce… mais rien ne se passe en douce avec Jim Paterson…

Bon, on continue donc la lutte entre Dug et Jim Paterson en espérant qu’elle se termine un peu ce qui éviterait les multiples rebondissements durant lesquels chacun échappe miraculeusement à la mort soit grâce à une chance incroyable, soit par une négligence tout aussi incroyable de l’ennemi.

Mais l’épisode se poursuit sur le même rythme que les précédents et donc avec les mêmes coups du sort. Quand Dug tient Jim, il finit par le laisser s’échapper par trop peu d’empressement à s’en débarrasser et quand Jim tient Dug, il en fait de même. Entre les deux, les coups de chance et les négligences s’enchaînent pour donner du rythme au récit.

Certes, du rythme il y a, mais il faut bien reconnaître, qu’à force, le récit tirerait volontiers vers la parodie comique devant tant de maladresses si l’ensemble n’était pas rédigé et conduit de la manière la plus sérieuse possible.

Du coup, le lecteur se retrouve face au plaisant numéro d’un magicien, mais d’un numéro dont il apercevrait les trucs à force de les voir se répéter.

Et, dans un récit comme dans un tour de magie, on apprécie mieux quand on ne comprend ni ne perçoit les artifices de l’ensemble.

Dommage !

Bien sûr, il faut bien reconnaître à l’auteur que le rythme auquel il livre ses textes ne lui permet pas de trop réfléchir pour proposer des rebondissements originaux et crédibles ni pour chercher d’autres moyens de rythmer son histoire que ces successions de « je te tiens – je te lâche – tu me tiens – tu me lâches » et qu’il n’est pas le premier à utiliser cette recette facile.

Mais, l’auteur, à l’image de son héros, ne fait pas dans la finesse ni dans la subtilité.

Si le procédé n’est pas trop néfaste pour le plaisir de lecture sur la taille d’un épisode, il commence à devenir délétère quand on enchaîne les lectures.

Et, comme je viens d’enchaîner quelques épisodes, j’éprouve une douce lassitude devant autant d’incompétence ou de légèreté voire de connerie de la part de Paterson, mais aussi de ses ennemis.

J’y reviendrais sans doute plus tard, car, en dehors de ce gros défaut, les aventures de Jim Paterson sont plutôt plaisantes, enlevées et que la plume de l’auteur n’est pas désagréable, mais il est temps que je fasse une pause.

Au final, à trop vouloir proposer de rebondissements, l’auteur sombre un peu dans le n’importe quoi, poussant le lecteur à se demander comment Jim Paterson peut être encore vivant après tout ce qu’il endure… la plupart du temps à cause de ses propres négligences.