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Yann Le Cœur, de son vrai nom, Jean-Marie Le Lec (1902-1951), est un écrivain d’origine bretonne qui ne cessa, dans les romans policiers qu’il écrivit, de mettre sa Région en général et la Cornouaille en particulier, au centre de ses intrigues, tant par la géographie que par les mœurs des habitants…

Malheureusement, il mourut seulement quelques années après s’être lancé sérieusement dans l’écriture de romans policiers et il ne laisse derrière lui qu’un peu plus d’une demi-douzaine de titres…

« Le juge n’aime pas faire le mort » est le 5e, dans l’ordre d’écriture, de ces romans.

Comme les précédents, il met en scène la population de la Cornouaille et, pour résoudre le crime, le commissaire Martial Le Venn alias le commissaire Mars…

LE JUGE N’AIME PAS FAIRE LE MORT

François Labatut, Juge de paix de Porzabbat, sait cultiver les inimitiés, tant dans le cadre de son travail que dans son rapport avec les femmes…

Aussi, recevoir une lettre anonyme de menaces ne le perturbe pas beaucoup et ne l’empêche surtout pas de jouer sa partie de bridge quotidienne avec quelques cadres de la ville.

Pourtant, quand une seconde missive lui parvient, l’avertissement de sa mort dans trois jours ébrèche son assurance même si d’autres contribuables ont également eu le droit à ce type de courrier.

Alors, quand François Labatut disparaît un soir d’orage, les habitants commencent à s’inquiéter, plus pour eux que pour le magistrat…

Le juge Labatut n’est pas un homme aimé dans la ville de Porzabbat. Que ce soit pour sa façon de traiter les coupables ou ses proches, il sait s’attirer les rancunes.

Pourtant, quand il reçoit une lettre anonyme lui annonçant sa mort prochaine, il commence par railler cet enfantillage, avant de prendre l’avertissement au sérieux.

Mais, rapidement, d’autres personnalités du village, notamment ses compagnons de bridge, reçoivent elles aussi de similaires missives.

Et, quand le juge Labatut disparaît un soir d’orage, c’est tout Porzabbat qui s’inquiète.

Yann Le Cœur reprend une idée qu’il a déjà développée dans un roman précédent : « La Mite ».

Non seulement, du fait de l’étude de mœurs des habitants d’une petite ville bretonne (mais, en même temps, c’est le cœur de toutes ses intrigues), mais aussi et surtout avec cette histoire de corbeau qui envoie des lettres de menaces et ce bistrot qui est le centre de tout.

Effectivement, dans la « Mite », il était question de corbeau et d’un bistrot qui était le point central et de l’étude de mœurs, et de l’intrigue policière.

Yann Le Cœur poursuit d’ailleurs sur son inspiration liminaire avec un premier rebondissement quant à l’identité du corbeau, mais il se détache par la suite de cette histoire pour en développer une toute autre… quoi que.

Car il y a beaucoup de points communs entre l’intrigue de « La Mite » et celle de « Le juge n’aime pas faire le mort ». Les lettres de menaces, bien sûr, des sous-intrigues sentimentales, de vieilles filles aigries, qui tiennent le bistrot (comme dans « La Mite ») et même certaines raisons de certains protagonistes de l’histoire.

D’ailleurs, l’auteur y fait une référence subtile (j’ai du mal à croire que ce soit inconscient), en citant l’Hôtel de l’Épée à Kemper (Quimper), le lieu emblématique du roman « La Mite ».

Pourtant, Yann Le Cœur propose un tout autre roman, grâce à son talent et, probablement, à tout ce qu’il avait à dire sur les mœurs bretonnes qui, pour beaucoup, ne sont pas différentes de celles des habitants des autres régions, voire des autres pays…

Une nouvelle fois, il profite de son récit pour nous conter, en parallèle, sa Région, sa Cornouaille, à travers les évocations des rues, des ambiances et du climat, mais aussi, et surtout, à travers des expressions du cru (qui sont nombreuses ici).

Le tout se lit donc agréablement, tout autant agréablement, d’ailleurs, que les précédents romans de l’auteur, à condition de ne pas être trop exigeant avec l’intrigue qui, cette fois-ci, tient un peu moins la route que de coutume.

Déjà, de par l’identité du coupable, qu’un lecteur un brin assidu aura deviné assez rapidement.

De par la découverte de cette identité, le même lecteur aura donc un coup d’avance sur tout le monde quant au premier gros rebondissement de l’affaire.

Mais cela ne serait pas grave si le mobile du meurtrier n’expliquait pas réellement son crime ou si, l’atrocité du crime n’était pas disproportionné par rapport au mobile du meurtrier qui aurait d’ailleurs pu obtenir un résultat approchant sans tuer qui que ce soit.

Difficile d’en dire plus ou d’être plus précis sans déflorer l’intrigue, aussi, je me contenterais de ces informations.

On retrouve une nouvelle fois tardivement le commissaire Mars, la majeure partie du roman étant consacrée à l’étude de mœurs et aux dissentiments entre les protagonistes permettant aux lecteurs de deviner le drame à venir.

Le crime est donc tardif et l’enquête l’est encore plus.

Le commissaire Mars est donc une nouvelle fois peu présent, tout comme l’est sa femme, Arianne Charmaz, que l’on retrouve également dans chacun des romans policiers de l’auteur.

Ainsi, tous les ingrédients d’un bon roman de Yann Le Cœur sont ici présents (peut-être même un peu trop).

Au final, un roman rappelant sur beaucoup de points un autre de l’auteur et qui souffre un peu d’un mobile du crime un peu bancal, mais qui se révèle tout de même plaisant à lire.