Allons-au-fond-de-l-apathie

« Allons au fond de l’apathie » est un court roman paru en 1999 et signé Philippe Carrese.

Il a été publié par les éditions La Baleine et conte une énième aventure de Gabriel Lecouvreur, alias le Poulpe, un personnage créé par Jean-Bernard Pouy dans le but de le confier ensuite à d’autres auteurs, à condition que ceux-ci respectent une « Bible » mise en place par lui et quelques confrères…

Philippe Carrese était un artiste protéiforme né à Marseille d’une famille d’immigrés napolitains.

Il fut scénariste, réalisateur (deux longs métrages, des téléfilms, des épisodes de la série « Plus belle la vie »), illustrateur et auteur de romans policiers et romans jeunesse.

Pour moi, Philippe Carrese est surtout l’auteur des romans « Trois jours d’engatse » et « Graine de courge » que j’ai particulièrement adorés.

Allons au fond de l’apathie :

Attentats meurtriers à la une de tous les médias, explications alarmistes des correspondants de presse, images choc sur toutes les télés, déclarations vengeresses des politiques, et les terroristes courent toujours… Mais quels terroristes ? Ces deux gamins sur leur scooter avec leur bouteille de gaz consignée ? Et quelles images choc ? Les forces de l’ordre en état de guerre ? un élu paradant avec ses barbouzes ? Hystérie chez les journalistes, apathie chez les autres, il n’en faut pas plus pour aiguiser la curiosité du Poulpe qui descend à Marseille se rendre compte de la « tragique situation de crise ».

Un attentat à la bonbonne de gaz à Marseille ! deux jeunes maghrébins à scooter s’en prennent à un politicien, mais son garde du corps abat un des deux « terroristes » tandis que l’autre parvient à s’enfuir. Les chaînes infos et les journaux font monter la sauce… et Gabriel Lecouvreur, depuis son troquet favori, se dit qu’il y a anguille sous roche et décide d’aller dans la cité phocéenne pour se faire sa propre idée.

Écrire un épisode du « Poulpe » est forcément un exercice de style puisque le concept même est de respecter un personnage et une ambiance créés par un autre auteur tout en insufflant, si possible, son propre style.

L’humour, on sait que Carrese le maîtrisait dans ses romans, il suffit de lire les deux ouvrages que j’ai cités pour s’en assurer.

Forcément, avec l’auteur, Gabriel Lecouvreur ne pouvait aller autre part qu’à Marseille, la ville si chère au cœur de Carrese et qui scène de jeu de la plupart de ses romans.

Et c’est peut-être là la fausse bonne idée.

Effectivement, malgré l’humour de l’auteur que l’on retrouve, son goût pour sa région, on sent qu’il a du mal à se libérer du carcan de l’exercice de style. Son récit, sa plume, se retrouvent avec le cul entre les deux chaises, celle du Poulpe et celle de Carrese.

Peut-être n’aurait-il pas dû choisir la narration à la première personne qu’il a adoptée dans les romans que j’ai évoqués et qui s’éloigne un peu de celle usuelle de la saga.

En adoptant cette narration, Carrese ne peut alors s’empêcher de traiter Gabriel Lecouvreur comme l’un de ses personnages, sauf que Gabriel Lecouvreur est Le Poulpe !

Et, du coup, si l’on excepte le nom du personnage, la scène du troquet, et son goût pour les bières, difficile de reconnaître Le Poulpe dans le héros proposé par l’auteur et ce d’autant plus que le lecteur a l’impression que ce héros connaît parfaitement Marseille… mieux, qu’il est quasiment marseillais… lui ôtant de facto le costume du Poulpe.

Alors, on retrouve l’humour de l’auteur, comme je le disais, les dialogues à l’accent marseillais, l’exubérance propre ce genre de personnage en plus d’une visite « réglementaire » de la ville.

Mais, par contre, le roman pèche par son intrigue… une intrigue qui veut aborder les problèmes d’instrumentalisation des médias par les policitiens, de la peur absurde de l’étranger, du terrorisme… mais qui le fait en reposant sur une histoire au final assez peu crédible.

Les dessous de l’intrigue tiennent difficilement debout, et le lecteur que je suis, n’étant plus tout à fait dans un épisode du Poulpe, ne peut s’empêcher d’être déçu par certaines facilités scénaristiques.

Dommage.

Au final, le mélange entre le style de Carrese et la vie de Gabriel Lecouvreur a dû mal à se faire, peut-être parce que les deux éléments ne sont pas totalement miscibles, mais peu aidés, en tout cas, par une intrigue un peu bancale…