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En l’an de grâce 1946, en le jour 7e du mois de mai, naquit un drôle de journal ou un journal drôle, à la fois magazine papier et radiophonique, mené par les baguettes de quelques noms issus du milieu du journalisme, de la littérature, de la chanson de la télévision ou de la radio dont les plus connus sont Raymond Souplex, Jean Rigaux, Fernand Trignol…

27 numéros hebdomadaires au moins (au plus ?) dans lesquels les lecteurs retrouvaient tout un tas de chroniques télés, radios, littéraires, nouvelles, et autres joyeusetés du genre, dont le fameux « Ciné-Roman Montmartrois ».

Le « Ciné-Roman Montmartrois » (qui, si j’ai bien suivi, devait être un feuilleton radiophonique à la base), débute, par écrit, avec le magazine, c’est-à-dire dès son premier numéro.

Le concept en est simple : sur un scénario de Jean Lec (chansonnier, peintre, écrivain et rédacteur du magazine), quatre participants (Raymond Souplex, Jean Marsac, Robert Rocca et Roger Sarladenne) vont alterner pour écrire un épisode de l’histoire, avec pour seule consigne celle de suivre le scénario original (que l’on devine très mince) et l’interdiction de faire mourir les deux héros de l’histoire.

Chacun produira donc un épisode tenant sur une page du magazine, charge à l’auteur suivant de prendre la suite comme il peut : bref, une sorte de cadavre exquis.

Cet exercice de style durera une vingtaine de numéros durant lesquels les lecteurs pourront suivre deux aventures loufoques du détective Antoine Latripe : « Robes dérobées » et « Le filou file »…

Le but premier des auteurs étant probablement de s’amuser tout en embêtant un petit peu leurs confrères en mettant les personnages dans de drôles de situations, on se doute que le résultat sera un peu foutraque et va partir dans tous les sens.

C’est indéniablement le cas puisque l’un et l’autre des deux héros, que ce soit le détective Antoine Latripe ou la jeune Annette, vont se faire kidnapper, rekidnapper, se retrouver au centre du repas d’un roi anthropophages, au milieu de l’explosion d’une bombe atomique, d’un naufrage, vont mourir, mais pas vraiment… jusqu’à parvenir à la fin de l’histoire.

On comprend bien que l’intérêt principal ne réside alors pas dans l’histoire en elle-même, mais dans l’amusement à suivre les péripéties des personnages et, surtout, de savoir comment chaque auteur va se dépêtrer avec la situation mise en place précédemment par son confrère.

Pas de la grande littérature, donc, qu’il ne faut absolument pas lire sérieusement. Un exercice de style qui pèche par les défauts inhérents au genre, mais qui se lit agréablement et dont l’intrigue, au final, n’est pas beaucoup plus loufoque que celle de Candide de Voltaire, par exemple.

Dans les deux cas, le monde est petit…