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Tous les chemins mènent à Rome et tous les métiers peuvent mener à celui d’écrivain.

S’il existe des passerelles évidentes comme celles de journaliste-écrivain ou policier-écrivain (de romans policiers) il en est d’autres, plus étonnantes.

Il est un homme qui, jadis, employa l’une des plus surprenantes : escrimeur-écrivain.

Il s’agit de George Trombert, un escrimeur né en 1874 à Genève (Suisse) et mort en 1949 à Lyon (France).

Dans son sport, il est triple médaillé (2 en argent et une en bronze) aux Jeux olympiques de 1920 à Anvers.

En parallèle, il est honoré de la Légion d’honneur en 1923 pour ses services lors de la Première Guerre mondiale…

À partir de 1930, il semble se lancer dans la carrière d’écrivain puisque plusieurs de ses romans sont publiés, dès lors, dans la collection « À ne pas lire la nuit » des éditions chez Les Éditions de France.

Romans policiers ou d’espionnage, George Trombert n’hésite pas à placer ses intrigues dans le milieu du sport (cyclisme, boxe)…

« Sous la griffe de la mort » est un roman d’espionnage et d’aventures publié en 1936 dans la collection « À ne pas lire la nuit ». 

SOUS LA GRIFFE DE LA MORT

Moi qui pensais perdre mon poste de petit secrétaire d’ambassade après avoir frappé un diplomate étranger qui embêtait une jeune femme !

J’étais loin d’imaginer, en étant convoqué par le Président du Conseil, que celui-ci me chargerait d’une mission capitale dont dépendrait la paix de l’Europe.

En plus, j’avais carte blanche pour m’octroyer les services de qui je voulais !

Mon choix se porta sur Edward Kinley, fils d’un riche magnat américain de l’information, et que j’avais rencontré sur le ring de la salle de boxe que je fréquentais.

Son amitié profonde et sincère, son goût de l’aventure, sa force physique et intellectuelle et ses talents d’aviateur me serviraient indéniablement pour m’acquitter de ma tâche.

Désormais, j’avais sept jours pour protéger un important document des nombreux espions qui ne reculeraient devant rien pour s’en emparer.

Une semaine au terme de laquelle je devais me rendre à Genève pour remettre ce que l’on m’avait confié à qui de droit… à la condition que l’on ne m’ait pas volé ou tué entre-temps…

Georges Dalbens est un jeune secrétaire d’ambassade en place à Genève.

Il est convoqué par le Président du Conseil après avoir boxé un diplomate étranger qui ennuyait une jeune femme.

S’imaginant déjà sans emploi, il est surpris quand il se voit confier une mission délicate et dangereuse : protéger pendant 7 jours un document dont la paix de l’Europe dépend et le remettre, à Genève, au Président, juste avant une importante déclaration.

Dalbens obtient alors carte blanche et décide de proposer à son ami Edward Kinley, un aventurier américain fils d’un très riche magnat de l’information, de l’accompagner dans son aventure…

Les deux hommes vont alors devoir, durant toute une semaine, se défendre contre les espions de différents pays qui convoitent le document et sont prêts à tout pour l’obtenir.

George Trombert livre donc ici un récit d’espionnage et d’aventures mettant en jeu la Paix de l’Europe.

Probablement est-il inspiré du contexte de son époque. Le roman a été publié en 1936. Hitler, devenu Chancelier en 1933. Depuis, il s’est rapproché de Mussolini et a débuté le réarmement de la Rhénanie.

Bref, l’histoire évoque la paix mondiale, un traité de paix européen, des pays dissidents cherchant à faire des coalitions…

Mais, finalement, tout cela n’est prétexte qu’à une grande aventure mettant en scène Georges Dalbens et Edward Kinley. Une aventure mêlant trahisons, espionnages, double jeu, fuites en avion, bateau, train, etc.

Le tout est raconté à la première personne du présent par le héros narrateur Georges Dalbert.

Le procédé de la narration à la première personne, surtout au présent, s’il n’est pas nouveau, n’est pas celui préféré des auteurs de cette époque.

Aussi, la lecture prend-elle un tournant intéressant dès les premières lignes.

Effectivement, le choix narratif plonge immédiatement son héros et le lecteur dans l’aventure, et rythme l’ensemble pour qu’il ne souffre pas de temps morts.

De plus, ce procédé permet à l’auteur d’excuser l’éventuelle platitude de sa plume (ce qui n’est pas le cas) et son inexpérience littéraire.

D’ailleurs, George Trombert, par le biais de son personnage, ne se cache pas de cela en lui faisant dire, au moment de raconter un événement qu’il n’a pas vécu et qu’on lui a relaté :

« Force m’est donc de renoncer pour un peu de temps à parler, comme on dit, à la première personne. J’avais adopté cette manière pour donner à ma narration une continuité susceptible – à défaut de talent littéraire – de soutenir l’intérêt du lecteur. Je compte bien y revenir dans la suite si les événements auxquels je suis mêlé le permettent. »

Et l’ensemble a bien besoin de rythme étant donné que, si on analyse l’intrigue, celle-ci est réduite à sa portion congrue tant elle ne tient que sur une ligne… de fuite.

Il doit protéger un document secret… on essaye de lui voler… il doit résister au péril de sa vie…

Mais, peu importe, car la lecture est agréable, grâce à ladite narration, mais également au personnage secondaire qu’est l’aviateur Edward Kinley, un personnage à la fois courageux, intelligent, pince-sans-rire, énigmatique, pragmatique et agaçant…

Et, comme c’est également le véritable héros de l’histoire, Georges Dalbens se fait voler par deux fois la vedette, mais, après tout, il sera tout de même le grand gagnant de l’aventure.

Pour le reste, on peut regretter une certaine naïveté dans le développement de l’histoire de l’auteur, mais qui est aussi due à la naïveté de Dalbens, et quelques facilités qui se sont pas si dérangeantes que cela.

Au final, un récit d’espionnage, mais surtout d’aventures qui, à partir d’un sujet sérieux (et qui le deviendra encore plus dans la réalité) propose une lecture agréable, légère, parfois drôle et sans temps mort. C’est déjà pas mal.