le-manuscritPour qu'un éditeur puisse éditer, il faut qu'un écrivain ait écrit. Jusque là, je ne vous apprendrai rien.

A partir de là, deux solutions :

- La première (principalement pour les petits éditeurs), l'éditeur a repéré un texte, sur un blog, un site, ou ailleurs, et contacte l'auteur pour le publier. Ne vous étonnez pas si cette solution est la moins fréquente, déjà parce que tous les éditeurs n'ont pas le temps de faire cette démarche, à part pour débuter un catalogue et ensuite parce qu'on trouve difficilement quelque chose de publiable sur le net tant les bons textes sont noyés parmi les mauvais.

- La seconde, la plus courante, l'auteur envoie son manuscrit à l'éditeur et ce dernier tombe sous le charme littéraire ou commercial de l'histoire et décide d'investir ses deniers dans la publication.

Je vais donc m'intéresser à cette seconde solution.

Les auteurs, quelque soient leur âge, leur expérience ou leur talent, sont toujours des êtres très égocentriques. Ce narcissisme présent chez chacun d'entre eux (je le sais pour en être également), les pousse à penser que leur ouvrage mérite d'être publié par les plus grands éditeurs. Problème, les grands éditeurs reçoivent des milliers de manuscrits, ne les lisent pas toujours ou en travers et, surtout, n'ont que l'embarras du choix et vont préférer investir dans un auteur qui a déjà publié et a déjà un lectorat que dans un nouvel auteur même si son manuscrit est meilleur.

Du coup, certains auteurs abandonnent leur quête du grand éditeur en pensant qu'ils ne savent pas détecter le talent et qu'ils passent à côté du grand roman de la décennie, voire du siècle.

Sachez, cher auteur, que vous trouverez un oeil beaucoup plus attentif chez un moyen éditeur et encore plus chez un petit. Évidemment, la diffusion et le volume de vente espéré ne sera pas le même chez Gallimard que chez le petit éditeur du coin.

Cependant, il vous faut savoir si, vous recherchez à être édité ou bien, à faire fortune et à conquérir la célébrité. Si vous êtes dans la deuxième optique, il est de mon devoir de vous conseiller d'arrêter d'écrire et d'investir votre temps dans un domaine plus lucratif, la grande majorité des écrivains n'obtiennent ni gloire ni fortune et ne continuent à écrire que par passion.

Si être ambitieux et narcissique peut être bénéfique et prolifique, cet état d'esprit est bien souvent, à contrario, contre-productif.

Il est, en littérature comme en cinéma, des succès qui finissent par plomber la qualité artistique. Ainsi, le succès phénoménal de Bruce Lee au cinéma, engendra, et de la part des producteurs et de la part des acteurs, une somme phénoménale de navets en tous genres s'inspirant du maître, soit par passion naïve, soit pas appât du gain.

Ainsi, dans le domaine littéraire, les succès des livres de Tolkien (Le seigneur des anneaux), de Stephenie Meyer (Twilight) ou de ceux de J.K. Rowling (Harry Potter), ont engendré une génération de jeunes auteurs se prenant déjà pour la relève, et ne voyant, dans la démarche d'écriture, qu'une voie comme une autre vers la fortune et la célébrité. Il n'est alors pas rare, en naviguant sur les sites d'écrivains amateurs de constater que des écrivains en culotte courte n'arrivant pas à aligner deux phrases correctement, clament leur ambition d'écrire une histoire en 18 volumes (alors qu'ils n'ont jamais écrit plus de cinquante lignes), contant les mésaventures d'un jeune sorcier, d'un vampire gentil, d'un nabot quelconque en prise avec un monde imaginaire foisonnant de bestioles humanoïdes en tous genres, avec des oreilles pointues ou non.

Lire cette prose indigeste (surtout quand vous n'êtes déjà pas amateur des livres originaux) et les commentaires associés, est un bon indicateur de la naïveté et de la déconnexion avec le réel dont peuvent faire preuve ces jeunes écrivains.

Je n'irai pas jusqu'à dire qu'une bonne écriture nécessite une certaine maturité, mais il est évident que cela aide. Je n'ai, pour m'en assurer, qu'à relire ma prose de jeunesse et constater, avec effroi, que ce que j'écrivais alors est tout aussi indigeste que ce que je viens de dénoncer.

Mais la jeunesse est fougueuse et tout lui est pardonnable. Il est, par contre, plus incroyable d'entendre ou de lire des écrivains plus matures clamer qu'ils n'accepteront aucun changement dans leur texte de la part d'un éditeur. Je peux donc donner un conseil à ce genre d'écrivain, n'envoyez jamais vos manuscrits à un éditeur (ou alors à un éditeur à compte d'auteur, les seuls charlatans susceptibles d'accepter de publier tout et n'importe quoi sans changer une virgule, du moment que vous sortez le chéquier).

Car, le métier de l'éditeur c'est, justement, de réussir à faire d'un bon texte, un très bon texte et, pour cela, il va forcément réclamer des modifications. Si ce n'est pas le cas, alors méfiez-vous de lui, soit il ne cherche qu'à avoir un livre de plus au compteur (un éditeur fera plus d'argent en vendant quelques centaines d'exemplaires de vingt livres différents que quelques milliers d'un seul, et le travail sera plus facile puisqu'il passera par le même réseau de distribution), soit, il se moque totalement de ce qu'il publie.

Si vous pensez que votre texte est dénué de défauts, il est temps de revenir sur terre. Tout manuscrit, même le meilleur, peut encore être amélioré et, pour cela, rien de tel qu'un oeil extérieur, d'autant plus si c'est son métier et s'il est expérimenté.

Récemment encore, je conseillais à un auteur dont j'avais lu le manuscrit avec engouement, d'effectuer des modifications dans certains de ses personnages et dans la narration afin d'apporter un peu plus de réalisme et améliorer encore l'excellence de l'histoire.

Après, tout est histoire de négociations, l'auteur expliquera son point de vue, l'éditeur le sien et si personne n'est prêt à changer d'avis, alors l'auteur sera libre de changer d'éditeur. Cependant, il sera toujours plus simple de négocier avec un petit éditeur qui aura plus de temps à consacrer à l'auteur et qui fonctionnera plus à l'affect qu'un gros éditeur qui publie des dizaines et des dizaines de livres par an.

Pour séduire un éditeur, votre manuscrit devra respecter certains facteurs. Le premier, être écrit en français (ne pensez pas séduire autre qu'un charlatan avec un langage SMS), sans trop de fautes (pensez à vérifier votre texte au moins dans un correcteur orthographique d'un traitement de texte), que l'histoire décrite soit un minimum originale, que les personnages soient attachants et que l'ensemble tienne la route.

Un facteur supplémentaire entre en compte pour les petits éditeurs auto-diffusés, l'endroit où réside l'auteur. Un petit éditeur auto-diffusé aura besoin d'un auteur disponible pour défendre son livre lors de séances de dédicaces ou de salons littéraires ayant, pour la plupart, lieu dans le département où est située la maison d'édition. Ne bénéficiant pas de gros moyens, il sera impossible à l'éditeur, de prendre en charge les frais d'hébergement et de déplacement d'un auteur résidant trop loin, aussi, préférera-t-il un auteur près de chez lui à un autre auteur, peut-être meilleur, mais habitant à l'autre bout de la France, voire, à l'étranger. Dans tous les cas, chez un petit éditeur, attendez-vous à devoir multiplier les opérations commerciales nécessitant votre présence afin de vous faire connaître et augmenter le volume des ventes de votre ouvrage.

Ensuite, tout est question de goût et ce qui plaira à l'un ne plaira pas à l'autre, aussi, est-il nécessaire de bien cibler l'éditeur auquel vous envoyez votre histoire.

Ainsi, si vous m'envoyez un roman avec des Hobbits, des vampires ou des sorciers, vous venez de perdre du temps et de l'argent (si vous avez envoyé votre manuscrit sous format papier). Effectivement, ce genre de littérature est totalement en dehors de ma politique éditoriale qui est plus axée polars, romans décalés, romans à suspens ou humoristiques.

Prenez alors du temps pour chercher, sur Internet, les divers éditeurs susceptibles de publier le genre que vous écrivez.

Tant que vous êtes sur le site de l'éditeur vérifiez si celui-ci accepte de recevoir les manuscrits par courriel, système plus pratique et moins onéreux pour l'éditeur, mais surtout pour l'auteur.

La pratique n'est pas encore démocratisée, mais sachez que OXYMORON Éditions, encourage les auteurs à privilégier ce système d'envoi de manuscrits par mail pour plusieurs raisons. D'abord, parce que je connais le budget nécessaire à l'envoi de manuscrits à divers éditeurs et qu'il est préférable de faire faire des économies aux auteurs (d'autant qu'ils devront également payer pour faire photocopier le manuscrit, bien souvent le relier et fournir une enveloppe timbrée pour le retour de leur manuscrit). Ensuite, parce qu'il est plus facile, moins onéreux et plus rapide, de faire circuler le manuscrit sous format numérique au Comité de lecture. Enfin, parce qu'il n'y a pas de retour à gérer et que cela ne prend pas beaucoup de place à stocker ou pas grand temps à détruire si vous ne faites pas affaire avec l'auteur.

Malheureusement, certains auteurs pensent que, parce qu'ils envoient leur manuscrit par mail, cela les déleste de toutes les formalités usuelles comme une présentation de l'auteur et, au moins un synopsis de l'histoire.

C'est d'autant plus dommage, pour eux, qu'en occultant ce passage obligé, ils rognent les chances qu'ils ont de charmer un éditeur.

Tous les éditeurs ne fonctionnent pas de la même façon, mais, dans mon cas, il est tout de même évident qu'un auteur qui prend le temps de se présenter et de personnaliser son approche, aura mon écoute plus facilement que celui qui m'enverra un simple lien vers son blog sans même dire ce qu'il attend de moi (si si, cela m'est déjà arrivé).

Ensuite, un synopsis complet permettra de s'attacher, peut-être, à une histoire qui débute lentement alors que, si l'on ne sait pas de quoi va parler l'histoire, une entrée en matière rébartative sera totalement rédibitoire (alors que si le résumé détaillé est alléchant, il est toujours possible de passer outre une introduction râtée pour avancer un peu plus dans le roman et, qui sait, l'apprécier et conseiller à l'auteur de changer son début).

Quand je parle de résumé, ne vous contentez pas d'une quatrième de couverture. Il n'y a pas de suspens à conserver, au contraire, vous devez raconter de façon concise, l'ensemble de l'histoire afin que l'éditeur puisse savoir où va votre histoire et passer sur des passages un peu mou.

La biographie de l'auteur a aussi son importance. L'âge n'est pas un luxe et permet de renforcer l'intérêt que l'on peut avoir pour l'auteur. Si l'auteur est mineur (pas de fond), par exemple, l'éditeur sera moins enthousiaste (surtout le petit éditeur) puisqu'il sera difficile, à l'auteur, d'assurer toutes les contraintes inhérentes à l'aspect commercial du métier. Si, au contraire, l'auteur est retraité, alors, bingo, il aura tout le temps de multiplier les séances de dédicaces.

De la même manière, le cursus scolaire ou le métier permettent également d'être plus ou moins indulgent avec l'auteur. Par exemple, j'ai reçu un manuscrit d'un auteur se présentant comme journaliste, mais son manuscrit était bourré de fautes et, pire, les tournures de phrases n'étaient même pas correctes.

Enfin, quelques derniers conseils donnés à l'auteur, évitez un maximum les présentations farfelues (police de caractères bizarres, photos ou dessins pour illustrer le texte, changements de taille de police en cours de routes, multiplications des styles de polices...), utilisez une police de caractères classique et une présentation sobre. Puis, surtout, purgez au maximum votre texte des coquilles et des erreurs de frappes. Car, si l'on peut aisément pardonner des fautes d'orthographes (nous ne sommes pas tous égaux devant), les coquilles et erreurs de frappes ne font que donner l'impression que l'auteur ne s'est pas fatigué à relire son manuscrit. Si lui ne se fatigue pas, pourquoi voulez-vous que l'éditeur, lui, se fatigue à sa place ?